Cette reprise est due au cours très élevé atteint sur les marchés internationaux par les deux principales exportations ivoiriennes : le café et le cacao. Le cas du café, l'or brun, est instructif ; 3e producteur mondial, 1er producteur africain, la Côte-d'Ivoire a bénéficié de diverses circonstances, qui ont entraîné un triplement des prix entre janvier 1976 et février 1977 : retombées des gelées brésiliennes de 1975 et du tremblement de terre du Guatemala qui ont ravagé les plantations, habiles manœuvres de certains pays producteurs (dont le Brésil) qui ont poussé les prix, guerre civile angolaise, etc.

Succès

En 1975-1976, le café avait été payé aux planteurs 150 F le kilo et avait rapporté environ 47 milliards de F CFA. En 1976-1977, le prix minimal a été porté à 180 F le kilo et 55 milliards de F CFA ont été distribués. Commentant avec enthousiasme cette évolution, l'hebdomadaire officiel du gouvernement note, en février 1977 : « Ce n'est qu'un juste retour des choses. Pendant trop longtemps, la fameuse détérioration des termes de l'échange a contribué à la paupérisation des producteurs de café. Pour être élevés, les prix actuels ne sont pas excessifs. Les industriels occidentaux du café le reconnaissent, même si la situation les gêne. »

À noter qu'au moment où les ventes de café (dont 38 % vendues sur la France, et en partie réexportées) atteignaient le chiffre record de 150 milliards de F CFA, ce qui représente plus du double du niveau moyen des années 1974 et 1975, les ventes de cacao atteignaient 78 milliards de F CFA (contre 48 milliards en 1975). Ce qui explique que, de mars 1976 à mars 1977, l'excédent de la balance commerciale soit passé de 17 à 59 milliards de F CFA et que, au cours du premier trimestre 1977, l'ensemble du commerce extérieur ait progressé de 17 % par rapport au premier trimestre 1976. Seul point sombre dans cette euphorie : la sécheresse qui persiste dans certaines régions, notamment dans le Centre, et qui va jusqu'à menacer le ravitaillement en eau potable de grandes villes, comme Bouaké, par exemple.

Les succès économiques spectaculaires éclipsent les aléas de la vie politique, au demeurant mineurs. C'est le cas de l'agitation scolaire et universitaire qui sévit en janvier 1977 à Abidjan et en mars à Korhogo. L'intervention personnelle d'Houphouët-Boigny suffit, une fois encore, à ramener l'ordre, tandis qu'on annonce l'ouverture, pour 1978, de deux nouvelles universités à Bouaké et à Korhogo.

Ouverture

En politique extérieure, les dirigeants ivoiriens placent toujours au premier plan la coopération avec Paris, et Houphouët-Boigny vient en France en septembre 1976, novembre et février 1977 pour y rencontrer Giscard d'Estaing. En recevant, en février, à Abidjan, le président roumain Ceaucescu, les Ivoiriens témoignent d'une certaine volonté d'ouverture à l'Est, bien qu'ils renouvellent, à plusieurs reprises, l'expression de leurs inquiétudes face au « péril cubain » qui, selon eux, menace l'Afrique. Ces craintes ne sont pas étrangères à la rencontre Vorster-Houphouët de mai, à Genève.

Au sujet d'Israël, avec lequel Houphouët-Boigny a dû rompre à contre-cœur en 1973, une reprise du dialogue paraît s'amorcer. En janvier, Issam Sartaoui, chargé par Arafat des contacts secrets avec Israël, a été reçu par le leader ivoirien à Genève. En février, le président ivoirien reçoit Ytshak Rabin à Genève et, à Marnes-la-Coquette, le député socialiste israélien Arieh Eliav, puis, en mai, à Paris, le ministre Ygal Allon.

Djibouti

Djibouti. 125 000. 5.
Institutions. Ancien Territoire français des Afars et des Issas. Indépendance proclamée le 27 juin 1977, après le référendum du 8 mai 1977. Constitution républicaine. Président de la République : Hassan Gouled Aptidon, élu le 24 juin 1977.

Le 51e État africain

Le 26 juin, à minuit, le drapeau tricolore est amené dans la dernière enclave coloniale française du continent noir. Le Territoire français des Afars et des Issas accède à la souveraineté internationale, dans l'amitié avec l'ancienne métropole, et devient la République de Djibouti. Cent quinze années de présence française s'achèvent sur la rive méridionale du golfe d'Aden, au débouché méridional de la mer Rouge. C'est en effet le 11 mars 1862 qu'avait été signé un traité de paix et d'« amitié perpétuelle » entre l'empereur Napoléon III et les tribus Afars de la côte d'Aden, la France ayant pris, en mai, possession de ce qui allait devenir le territoire d'Obock et dépendances, puis la Côte française des Somalis, avant d'être dénommé TFAI en 1967.

Compromis

Avant la proclamation de l'indépendance, l'année a été riche en événements de toute nature, et ce n'est pas sans difficulté que Djibouti a fait son entrée officielle dans le concert des nations. Le 17 juillet 1976, à la suite de violents affrontements, au chef-lieu, entre partisans du gouvernement et opposants, qui, une semaine plus tôt, ont fait dix morts et une cinquantaine de blessés, Ali Aref démissionne. Le 29, Abdallah Mohammed Kamil lui succède à la tête du gouvernement, élu à l'unanimité des 24 députés présents à l'Assemblée (les 17 partisans d'Ali Aref n'ont pas pris part au vote).