En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

le Nil

en arabe al-Nīl

Le Nil
Le Nil

Principal fleuve d'Afrique, drainant un bassin d'environ 3 millions de km2 et long de 6 700 km (5 600 km depuis le lac Victoria), et qui rejoint la mer Méditerranée par un vaste delta.

Le fleuve a été appelé Hâpî par les Pharaons, Chrysonoas par les Grecs, Bahr (« mer ») par les Arabes.

GÉOGRAPHIE

1. Le cours du Nil

Le fleuve trouve son origine dans un cours d'eau du Burundi, le Kasumo, qui devient, dans son cours inférieur, la Kagera, tributaire du lac Victoria. Cette mer intérieure (près de 70 000 km2), perchée à 1 133 m, s'écoule vers le Nord par le Nil Victoria, qui traverse le lac Kioga entre deux chutes. Il pénètre ensuite dans le lac Albert, alimenté par la Semliki, et en sort sous le nom de Bahr el-Gebel, « rivière de la Montagne », puis entre dans la plaine du Soudan du Sud. Les inondations, la multiplication des bras, la végétation aquatique et une évaporation intense qui prélève près de la moitié de la masse liquide caractérisent cette immense cuvette marécageuse des « sadd », qui reçoit en outre le Bahr el-Ghazal. Sortant du lac No, le fleuve, qui prend alors le nom de Nil Blanc (Bahr el-Abiad), reçoit le Sobat (rive droite), reprend la direction du nord et entre au Soudan.

À Khartoum, il reçoit le Nil Bleu (Bahr el-Azrak) et, dès lors, on lui donne parfois le nom de Grand Nil. Il reçoit encore l'Atbara, toujours sur la rive droite, et travers ensuite 2 700 km de désert, en Nubie, puis continue son cours en Égypte, passe au Caire, à la tête du delta, avant de rejoindre la mer Méditerranée.

2. Le profil du Nil

Le profil longitudinal du Nil n'est pas régularisé dans le cours supérieur, mais, à l'entrée des marais des « sadd », la pente devient très faible, jusqu'au-delà de Khartoum (3,5 cm par km). En aval, une série d'accidents séparent des biefs à pente douce : ce sont les fameuses « cataractes » numérotées de 1 à 6 en remontant le cours du fleuve à partir d'Assouan. En fait, ce ne sont que des rapides qui, souvent, n'interdisent la navigation qu'en basses eaux. Peu après la deuxième cataracte, la vallée inférieure constitue la partie habitable de l'Égypte. Le haut-barrage d'Assouan régularise son cours inférieur et créé un vaste lac artificiel, long de 500 km (en partie au Soudan). Passé Le Caire, le Nil entre dans son delta, construction postglaciaire qui a continué de progresser pendant la période historique et dont l'extension est à présent bloquée par la raideur de la pente sous-marine et le fort courant littoral. Le fleuve aboutit à la mer par les branches de Rosette et de Damiette, aux modules respectifs de 1 076 et 508 m3s.

Le bassin du Nil s'étend de l'équateur à la Méditerranée et inclut des parties de dix États : Burundi, Rwanda, Tanzanie, Ouganda, Kenya, République démocratique du Congo, Soudan du Sud, Éthiopie, Soudan, Égypte.

3. Le régime du Nil

En Égypte, le Nil a un régime simple et plutôt régulier : le débit, minimal au début du mois de juin, augmente jusqu'à la fin de septembre pour décroître ensuite. Ce régime est pourtant le résultat d'une combinaison complexe d'affluents répartis sur 35 degrés de latitude. Le Nil Blanc, malgré un appauvrissement dans les « sadd », a encore beaucoup d'eau en saison sèche et son régime est pondéré. Le Nil Bleu et l'Atbara sont, au contraire, excessifs : au début de septembre, ils apportent au Nil plus de 90 % de son débit moyen de 8 000 m3s mais, en avril, le Nil Bleu est fort réduit (131 m3s) et, pendant cinq mois, de janvier à mai, l'Atbara est à sec. La fameuse crue du fleuve est due à la montée des affluents éthiopiens, dont les eaux violentes érodent les massifs volcaniques auxquels elles arrachent des terres fertiles. Il en résultait jadis l'inondation de la vallée égyptienne, à laquelle échappaient les villages construits sur des buttes. Le sol emmagasinait une réserve naturelle d'eau, tandis que la surface recevait quelques millimètres de limon régénérateur. Dès novembre, le fleuve étant rentré dans son lit mineur, on procédait aux semailles dans la boue. Cependant, si les hautes eaux ont toujours lieu dans la même saison, elles sont parfois faibles et tardives, parfois hautes et dévastatrices. Ainsi le débit moyen annuel du Nil à Assouan a pu varier de 4 341 m3s en 1879 à 1441 m3s en 1913, alors que la moyenne, pour 80 ans, est de 2 922 m3s. Les nilomètres permettaient de noter, dès l'Antiquité, la hauteur de la crue et même de faire des pronostics.

4. Les travaux sur le Nil

Depuis le xixe s., le régime du Nil a été sensiblement transformé par de grands travaux : édification de barrages pour relever le plan d'eau à la tête des canaux (notamment barrages du Delta, d'Assiout, de Nag Hamadi, de Esnèh près de Louqsor) et création de barrages-réservoirs pour améliorer le débit entre février et juillet (barrages d'Assouan, du Djebel Aulia, de Sennar, d'Owen Falls). Enfin, à proximité d'Assouan, le Haut-Barrage, construit de 1960 à 1964 et dont la mise en eau a été achevée en 1972, est l'un des plus imposants du monde. L'intérêt, capital pour l'Égypte, d'un développement de l'irrigation et l'avantage d'une production hydroélectrique dans un pays mal pourvu de sources d'énergie sont à l'origine de cet ouvrage. Le Nil est enfin un fleuve navigable par biefs, entre les rapides ou les chutes, et son cours égyptien est utilisé par une batellerie très active.

4.1. Les premiers barrages

La vallée fut équipée de barrages d'élévation à Assiout (1902), à Esnèh (1909) et à Nag Hamadi (1930). Ces travaux visaient surtout à étendre la culture du coton, pour approvisionner les filatures anglaises. Mais l'extension de l'irrigation pérenne fut handicapée par le manque d'eau pendant l'étiage, alors que la plus grande partie de l'eau de la crue se perdait dans la Méditerranée. Les premiers barrages-réservoirs en Égypte et au Soudan permirent d'augmenter le niveau de l'eau disponible pendant l'étiage : le premier barrage d'Assouan (1898-1902) voit sa capacité passer de 1 à 5 milliards de mètres cubes, grâce à deux surélévations ; le barrage de Sennar (1925), sur le Nil Bleu, sert à irriguer le vaste périmètre cotonnier de la Gezireh – en échange, le Soudan renonce en 1929 à toute ponction entre janvier et juillet ; le barrage du Djebel Aulia (1929-1933) retient les eaux du Nil Blanc durant la crue du Nil Bleu.

4.2. Le haut barrage d'Assouan

Les besoins augmentant plus vite que les disponibilités, la solution proposée est celle d'un nouveau barrage à Assouan, qui retiendrait toute la crue dans un réservoir d'une capacité maximale de 156 milliards de mètres cubes, à cheval sur l'Égypte et le Soudan. L'eau du Nil est partagée, en 1959, sur la base de 55,5 milliards de mètres cubes pour l'Égypte et 18,5 milliards pour le Soudan (les pertes du lac-réservoir représentent 10 milliards de mètres cubes). Le barrage, construit avec l'aide soviétique, est inauguré en 1970, quelques semaines après la mort du président Nasser, qui en avait été l'initiateur. Cent mille villageois nubiens durent quitter leur foyer submergé.

Le haut barrage d'Assouan a permis la régulation pluriannuelle du débit, la production d'électricité, la bonification d'étendues désertiques sur les marges de la vallée et du Delta (400 000 ha), le passage à l'irrigation pérenne des derniers bassins de Haute-Égypte (300 000 ha), l'extension des cultures grosses consommatrices d'eau, comme la canne à sucre et le riz. Mais le haut barrage a aussi pour effet de retenir le limon de la crue, réduisant à néant la pêche côtière, érodant les berges et le littoral, et privant le sol de sa fertilité. Les paysans arrosent trop, provoquant l'élévation de la nappe phréatique et la salinisation des terres. La mise en valeur du désert n'a pas compensé la perte des meilleurs sols devant la croissance urbaine. Enfin, la croissance démographique et l'augmentation constante des besoins ont contraint l'Égypte à consommer plus que sa part, tandis que le Soudan entreprenait de se doter de ses propres aménagements.

4.3. Les nouveaux projets

Sur le Nil Blanc, le percement du canal de Jongleï, long de 380 km et destiné à drainer une partie des sadd, commence en 1978. Cofinancé par l'Égypte et le Soudan, il devait fournir à chacun 3,5 milliards de mètres cubes d'eau supplémentaires par an. Mais la reprise de la guerre civile au Soudan a entraîné l'arrêt des travaux en 1983. C'est cependant le Nil Bleu qui détient le plus grand potentiel inexploité : il dispose de sites hydroélectriques prometteurs et donne à l'Éthiopie, qui en a la maîtrise, les clés du destin du Soudan et surtout de celui de l'Égypte. Devant la pression démographique croissante sur les vieilles terres érodées du plateau, le gouvernement éthiopien a mis en chantier de vastes projets agricoles dans les vallées du Nil Bleu, de la Sobat et de l'Atbara.

En 2013, l'Éthiopie a commencé les travaux de détournement du cours du Nil Bleu en vue de la construction du barrage de la Renaissance, destiné à la production d'hydroélectricité.

5. Les accords de partage des eaux du Nil

Plusieurs accords ont été signés entre les pays riverains pour le partage des eaux du Nil.

5.1. Les accords de 1929 et de 1959

Les accords de 1929 et de 1959 étaient favorables à l'Égypte. Seuls deux pays peuvent disposer du débit du Nil : l'Égypte et le Soudan (qui englobe alors le Soudan du Sud). Les deux tiers reviennent à l'Égypte, 22 % au Soudan, tandis que l'Éthiopie ne reçoit rien. L'Égypte dispose d'un droit de veto sur tout projet sur le fleuve.

5.2. L'accord d'Entebbe, en 2010

L'accord d'Entebbe a été signé en 2010 par six pays de l'amont du fleuve : l'Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda. Il conteste les accords de 1929 et de 1959. L'Égypte a rejeté cet accord.

HISTOIRE

1. Le Nil dans l'Antiquité égyptienne : berceau d’une civilisation

L'agriculture apparaît dans la basse vallée du Nil il y a environ 7 000 ans. Il s'agit tout d'abord de cultures pratiquées dans le limon laissé par la décrue du fleuve ; puis, vers 3400 avant notre ère, on note une organisation supravillageoise qui permet de retenir l'eau dans des bassins.

L'unification du Delta et de la vallée égyptienne est réalisée vers 3300 avant J.-C., et assure la prospérité du pays, grâce au contrôle centralisé de la crue et de l'activité agricole, durant l'Ancien, le Moyen et le Nouvel Empire. En revanche, les périodes de division (première période intermédiaire, fin du Nouvel Empire) ou d'occupation étrangère entraînent désordre et famine.

1.1. La civilisation koushite

Au-delà de la 1ere cataracte sont entreprises de fructueuses expéditions, qui aboutissent parfois à une présence égyptienne permanente. Mais dès le IVe millénaire est apparue au Soudan actuel la civilisation koushite, dont la capitale est Kerma, en Nubie.

Colonisée au Moyen Empire, la Nubie recouvre son indépendance lors de la deuxième période intermédiaire et de l'occupation de l'Égypte par les Hyksos.

1.2. Napata, Méroé, Aksoum

Sous le Nouvel Empire, Thoutmosis III la reconquiert; mais elle s'émancipe à nouveau vers l'an 1000. Ce sera pourtant par elle que l'unité sera rétablie sous la XXVe dynastie, dite éthiopienne, des pharaons noirs de Napata ; vers 700 avant J.-C., ils étendent leur pouvoir jusqu'à la Méditerranée pendant un siècle, puis le royaume de Napata, replié au sud de la 1ere cataracte, transfère sa capitale à Méroé, entre l'Atbara et le Nil Bleu. La civilisation méroïtique, où le respect des traditions égyptiennes s'allie au fonds africain, est maintenue jusqu'au iiie siècle de notre ère, avant de disparaître sous les coups du puissant royaume d'Aksoum, qui contrôle le haut bassin du Nil Bleu.

1.3. Le Nil, bon génie des Égyptiens

Le Nil était vénéré par les Égyptiens comme un bon génie, envoyé par les dieux ; son nom était Hâpî. On localisa d'abord sa retraite dans une grotte située au milieu de la première cataracte ; il s'agit là, en fait, d'une fiction mythologique, les Égyptiens sachant très bien que la Basse-Égypte, plus avancée en civilisation, bénéficiait d'une irrigation régularisée pendant la période de l'inondation annuelle, alors que la Haute-Égypte laissait passer sans l'endiguer un flot dévastateur.

Après que la Haute-Égypte eut été dotée à son tour d'un système d'irrigation, on lui appliqua le même cadre mythologique, une seconde retraite étant assignée au bon génie Nil. Lorsque l'Égypte fut unifiée, on représenta sur les monuments et on vénéra deux Nils, le premier étant censé prendre sa source en amont d'Éléphantine, le second, à Hélouân, en amont d'Héliopolis.

2. L'ère chrétienne et la conquête arabe

Des royaumes chrétiens, berceau d'une civilisation florissante, se fondent en Abyssinie à partir du ive siècle, et en Nubie à partir du vie siècle.

La conquête arabe de l'Égypte, en 641 rend plus difficiles les contacts de ces royaumes avec les centres de la chrétienté. Le royaume d'Aloa, au confluent des deux Nils, subsiste pourtant jusqu'au début du xvie siècle, et le christianisme éthiopien, demeuré monophysite, comme celui d'Égypte, se maintient jusqu'à nos jours. L'islam ne provoque pas l'unification de la vallée du Nil, même si en 1504 le sultanat noir des Fundji s'établit sur les rives du Nil soudanais, avec sa capitale à Sennar.

Dans la région des Grands Lacs, c'est au xiiie-xive siècle que les pasteurs tutsis s'installent au Rwanda, et en soumettent les cultivateurs hutus et les chasseurs pygmées, tandis que l'Ouganda est le siège de quatre royaumes : Bouganda, Toro, Ankolé et Bounyoro, le plus puissant. Mais au XVIe siècle, le Bouganda, en s'alliant aux commerçants arabes de la côte, prend le dessus et continue son expansion jusqu'à l'occupation britannique.

3. La découverte du Nil

Le réseau supérieur du fleuve est demeuré longtemps inconnu. Ce sont les récits des marchands qui permirent l'établissement des premières cartes, où l'on note des « monts de la Lune », vers les sources. Néron envoya deux centurions à la recherche de celles-ci ; ils furent arrêtés par les sadd (ilôts de végétation formant barrage).

Du xiiie au xviiie siècle, l'Éthiopie est parcourue, et le Nil Bleu repéré ; on le considérait comme le fleuve principal.

Au xixe siècle, les expéditions ordonnées par Méhémet-Ali atteignent, en remontant le Nil Blanc, Gondokoro, en amont des sadd. Partant de l'océan Indien, l’explorateur John Hanning Speke, avec sir Richard Francis Burton puis avec James Augustus Grant, atteint le lac Victoria ; Speke le contourne pour toucher à Gondokoro (1863). Un long travail de reconnaissance, de cartographie et d'hydrologie commença alors.

À la suite de l'ouverture du canal de Suez, la Grande-Bretagne impose son protectorat sur l'Égypte (1882), tandis qu'au Soudan le Mahdi s'empare de Khartoum (1885) et fonde un empire qui dure treize ans.

L'Éthiopie est également menacée, mais les troupes italiennes sont écrasées à Adoua en 1890. Les visées françaises et britanniques se heurtent à Fachoda (1898), sur le Nil Blanc : la Grande-Bretagne a décidé de reconquérir le Soudan pour faire la jonction avec ses possessions d'Afrique orientale, alors que la France espère atteindre la mer Rouge (→ affaire de Fachoda).