Caius Iulius Caesar appartenait à la famille patricienne des Iulii, qui, par homonymie, prétendait remonter à Iule, fils d'Énée, et, par ces intermédiaires, à Vénus elle-même. Il était en rapport avec le parti démocrate par sa tante paternelle, qui avait épousé Marius, et par sa femme Cornelia, fille de Cinna.
En 82 avant J.-C., Sulla le somme de répudier Cornelia. Il refuse et, poursuivi par la haine du dictateur, doit se cacher, puis s'éloigner de Rome. Jules César perd sa prêtrise, la dot de Cornelia et la plus grande partie de ses héritages. Officier, il prend part à des opérations en Asie, se distingue au siège de Mytilène (80 avant J.-C.), puis en Cilicie, dans la lutte contre les pirates (79 avant J.-C.). Sulla mort, il réapparaît à Rome, où il amorce sa carrière politique (78 avant J.-C.).
Il commence par accuser publiquement des gouverneurs partisans de Sulla, Cneius Cornelius Dolabella et Caius Antonius Hybrida. C'est l'occasion de faire connaître la qualité de son éloquence et de se mesurer aux plus illustres avocats (77-76 avant J.-C.). Il part ensuite pour Rhodes afin de perfectionner son talent auprès du célèbre rhéteur Molon et aussi dans le dessein de fuir temporairement certaines inimitiés qu'il a suscitées à Rome. En cours de route, il est pris par des pirates, à qui il verse une plus forte rançon que celle qu'ils demandaient, mais sur lesquels il se venge peu après.
En 73 avant J.-C., il rentre à Rome, où, en son absence, on l'a nommé pontife. Il entreprend alors résolument de gravir la carrière des honneurs, ce qu'il exécute à la manière d'une opération commerciale, car, très dépensier et endetté, il est poussé par la nécessité de disposer des capitaux qui permettent de flatter le corps électoral et s'attache aux basques de Licinius Crassus, réputé l'homme le plus riche de Rome. Après avoir poursuivi son activité d'accusateur des partisans de Sulla, il obtient pour 68 avant J.-C. la questure, dont il accomplit les fonctions en Espagne Ultérieure. Si l'on en croit les anecdotes, il manifeste déjà, en paroles, sa grande ambition. Traversant une localité perdue, il avoue qu'il préfère être le premier dans un village que le second à Rome. Au pied d'une statue d'Alexandre, il gémit de n'avoir encore rien fait, alors qu'à son âge Alexandre avait conquis le monde.
Sénateur en 67 avant J.-C., c'est en tant que défenseur du parti populaire qu'il a l'occasion de soutenir Pompée, d'origine équestre. Édile en 65 avant J.-C., il fait remettre en place sur le Capitole la statue de Marius et surtout assure sa popularité en donnant de grands jeux et en travaillant à la décoration du Forum. Au même moment, il trempe dans un complot qui doit porter Crassus à la dictature et qui échoue. Il semble avoir pris la précaution de ne point trop se compromettre. De même, lors de la conjuration de Catilina, il est au nombre des sympathisants, prêt, si le coup réussit, à en profiter. Il vient d'être élu au grand pontificat, en 63 avant J.-C., quand on juge les complices de Catilina. Son autorité lui permet d'obtenir la clémence de leurs juges. Il se sent toutefois mal à l'aise. Préteur en 62 avant J.-C., il s'en prend à ceux qui l'ont compromis. À ce moment, il répudie sa femme, Pompeia (il était veuf de Cornelia), qui le trompe avec le célèbre démagogue et agitateur Publius Appius, futur Clodius, mais arrive, en même temps, à éviter de compromettre celui-ci en prétendant qu'il divorce parce que « la femme de César ne doit pas même être soupçonnée », l'un de ses mots fameux qui sont plus des arguments retors que de la simple rhétorique.
Propréteur en Espagne Ultérieure (61 avant J.-C.), il fait quelques opérations militaires sur les côtes et dans la montagne, de manière à revenir très vite à Rome pour reprendre le fil des intrigues, mais riche de butin et pourvu du prestige du général victorieux. Pompée était revenu d'Orient, en général vainqueur, dix-huit mois plus tôt, sans réussir à exploiter son prestige. César, au contraire, se met rapidement d'accord avec les deux rivaux du moment, Pompée et Crassus, pour former ce que l'on a appelé le premier triumvirat, qui n'est qu'une association d'ambitieux. Fort de cet appui, il réussit à se faire élire consul quelques semaines après son retour d'Espagne (août 60 avant J.-C.). Son collègue au consulat est M. Calpurnius Bibulus, un conservateur, qu'il a déjà eu pour collègue, bon gré mal gré, lors de son édilité. Mais il parvient à le neutraliser : Bibulus restera bientôt enfermé chez lui.
César est très actif. Sans illusions sur l'attitude du sénat et du tribunal de la plèbe, il opère en force et viole les interdictions qui le gênent. Il fait voter une série de lois dont les unes vont dans le sens de son intérêt personnel et dont les autres sont d'une réelle utilité pour le peuple romain. Parmi celles-ci, une importante loi sur la concussion et une autre sur l'administration des provinces vont lui assurer la sympathie des peuples soumis. Il accorde aux publicains une remise sur les sommes dues au titre des impôts qui leur sont affermés. Il demande et obtient la ratification des actes de Pompée en Orient, ratification que Pompée lui-même s'était vu refuser à son retour. Une loi agraire distribue des terres d'Italie aux vétérans de Pompée et aussi à la plèbe de Rome. Une autre étend ces dispositions à la Campanie. Les comptes rendus des séances du sénat seront désormais affichés. Enfin, et c'est là l'une des premières manifestations d'un intérêt particulier de César pour l'Égypte, le roi Ptolémée XIII Aulète est reconnu, avec le titre d'ami et d'allié du peuple romain, ce qui vaut à César une « gratification » financière qui le débarrasse de ses dettes.
Autre bénéfice de ce consulat : César s'est procuré de nombreux partisans. Le gouvernement provincial qu'il devait obtenir à l'expiration de son mandat pouvait également étendre sa clientèle politique par l'enrichissement de la soldatesque et accroître son prestige militaire à la faveur d'une guerre de conquête. Le sénat l'avait vu venir de loin et avait décidé que les provinces consulaires seraient « les forêts et les drailles » des régions pauvres d'Italie. Alors, César s'entend avec un tribun de la plèbe, P. Vatinius, qui fait casser le décret sénatorial et lui fait attribuer pour cinq ans la Cisalpine et l'Illyrie, le sénat y ajoutant de lui-même la Narbonnaise. À Rome, on ne doit pas intriguer derrière son dos : Clodius est élu tribun de la plèbe, Cicéron, son adversaire farouche depuis l'affaire Catilina, part pour l'exil, et les consuls élus pour 58 avant J.-C. sont ses amis. César peut partir.
La conquête des Gaules, effectuée de 58 à 51 avant J.-C., représente le premier grand épisode de la vie de César. C'est elle qui fait du politicien heureux un personnage de l'histoire.
Les Gaulois avaient la réputation d'ennemis redoutables, depuis qu'à l'époque primitive ils étaient venus déranger les Romains chez eux. Leur pays paraissait riche et peuplé, et, au-delà, leurs routes menaient à l'étain britannique. César avait voulu cette guerre. Il ne chercha, du moins au début, que la soumission des chefs et la constitution de protectorats. Mais il lui fallait nécessairement guerroyer pour se procurer du butin, donc de l'argent. De là des campagnes successives, qui vont se prolonger d'autant plus longtemps que la pacification n'est parfaite qu'après des sursauts de révolte. De là aussi une armée qui s'accroît, en même temps que l'autorité de son chef.
Il est impossible de reconstituer les allées et venues de César à travers les Gaules. La localisation des oppida qui furent assiégés, bien qu'à peu près certaine dans l'ensemble, laisse la possibilité de controverses. De même, les causes et les faits eux-mêmes n'apparaissent pas avec la plus grande évidence. D'où cela provient-il ? De César lui-même, qui, par ses Commentaires sur la guerre des Gaules, est notre source presque unique. Or, il est apparu de plus en plus que c'était là une œuvre tendancieuse. Il semble démontré aujourd'hui que ces Commentaires, faits à partir de rapports réguliers au sénat, remaniés par la suite, sont une œuvre de propagande, où les faits sont intentionnellement obscurcis, pour ne pas tout révéler aux autres généraux de son art militaire, ou déformés de diverses façons, pour rehausser le prestige de César lui-même, minimiser le rôle de ses légats, enfler l'importance des adversaires (Vercingétorix) et rendre la victoire plus glorieuse. Il en résulte qu'il faut lire entre les lignes. En dehors des opérations militaires, il y eut des négociations, que César nous raconte à sa façon et qui demeurent entourées de mystère. On sait que les druides jouaient un grand rôle politique : César n'y fait guère allusion. On soupçonne aujourd'hui l'un d'eux, le Gutuater, d'avoir été leur chef et, en tant que tel, le plus dangereux ennemi de Rome. César l'ignore. Alors, en l'absence d'interprétations possibles, on se fie au récit de César.
Les opérations commencent en 58 avant J.-C., quand les Helvètes veulent émigrer vers la Gaule. César les arrête, comme des envahisseurs, et se fait passer pour le protecteur ou au moins l'allié des Éduens, peuple puissant, maître de la Gaule centrale. Il barre ensuite la route à Arioviste, envahisseur qu'il qualifie de Germain, mais qui est « probablement un Celte, roitelet transrhénan qui cherchait des fiefs sur la rive gauche » (M. Rambaud). S'étant assuré vers le Rhin comme vers le Centre, César s'avance vers le nord-ouest de la Gaule, battant successivement, apparemment sans difficulté, les peuples belges (57 avant J.-C.). Entre-temps, son lieutenant Galba attaque, sans succès, les montagnards des cols alpestres, qui rançonnent les voyageurs et, rendant le passage périlleux, obligent le plus souvent à passer par Marseille, dont les péages sont coûteux. En 56 avant J.-C., César, confirmant ainsi son intérêt pour la route vers l'Océan, s'en prend aux populations côtières : il triomphe des Vénètes, qui peuplent la région du Morbihan. Ses lieutenants opèrent alors en Normandie et en Aquitaine. En 55 avant J.-C., des Celtes d'Outre-Rhin, que César disait Germains, les Usipètes et les Tenctères, ont franchi le fleuve. Ils sont massacrés. Puis César fait lui-même une incursion rapide au-delà du Rhin, opération d'intimidation et de prestige. Il en va de même de ses tentatives en Bretagne (l'actuelle Grande-Bretagne). Un premier débarquement outre-Manche échoue faute d'expérience technique. Un autre, en 54 avant J.-C., bien préparé, permet d'imposer un tribut- d'ailleurs tout théorique- à un roi de l'île.
Peu après, à la fin de 54 avant J.-C., la Gaule entre en rébellion. Elle n'est pas occupée en profondeur : les Romains ne tiennent que les points stratégiques, les voies. Chaque camp légionnaire est attaqué par le peuple voisin. Le légat Q. Titurius Sabinus est massacré dans son camp avec la plupart de ses soldats par les Éburons, menés par Ambiorix. La retraite de César vers l'Italie n'est même plus possible. En 53 avant J.-C., celui-ci est parvenu à se dégager et à tranquilliser la Gaule, dont il a dû abandonner le Nord-Ouest. Mais la tranquillité n'est qu'apparente. En 52 avant J.-C., la révolte part des États du Centre (Carnutes, Bituriges) ; César doit mettre la Province (Narbonnaise) en état de défense. L'Arverne Vercingétorix a réuni une armée assez forte qui, à distance prudente, nargue les Romains. Il évite le combat, mais dévaste la campagne, pour détruire les vivres. La prise d'Avaricum (Bourges) par César assure à celui-ci une plus grande facilité d'évolution. César échoue cependant devant Vercingétorix à Gergovie : échec moindre qu'il ne prétend, car il veut faire prendre son adversaire pour le chef de la Gaule entière, ce qui est absolument faux. À la suite d'un engagement malheureux, les Gaulois s'enferment dans l'oppidum d'Alésia, d'où César ne les laisse plus s'échapper. César présente sa capitulation comme un succès définitif. La guerre n'est pourtant pas finie. En 51 avant J.-C., il faut réduire les résistances isolées. Les Cadurques se défendent le plus longtemps et ne rendent leur oppidum d'Uxellodunum qu'après un siège difficile.
Les Gaulois se sont montrés beaucoup plus organisés que César ne l'a admis. De là une guerre longue, plus dure également qu'il n'a voulu en convenir. Il aurait tué un million d'hommes et fait un million d'esclaves, selon Plutarque. Mais il a obtenu le résultat escompté : il a trouvé ce qu'il cherchait, l'argent et le prestige, la fidélité de ses compagnons d'armes, et il a ouvert un nouveau champ d'opérations aux trafiquants italiens.
Pendant l'absence de César, à Rome, les politiciens ont poursuivi le cours de leurs intrigues. Le tribun Clodius entraînait le peuple à sa suite et l'excitait contre Pompée. Celui-ci, ne pouvant s'appuyer pleinement sur le sénat, où d'intransigeants républicains lui demeuraient hostiles, avait, en 55 avant J.-C., renouvelé l'accord de triumvirat avec Crassus et César. Il était entendu que les pouvoirs de celui-ci étaient renouvelés jusqu'au début de 50 avant J.-C. Mais Pompée devait perdre son épouse, Julie, fille de César, en 54 avant J.-C. et Crassus devait mourir en 53 avant J.-C. Il ne reste donc pratiquement rien alors du triumvirat.
Les républicains ont à présent beau jeu d'opposer César et Pompée. Le sénat nomme Pompée seul consul (51 avant J.-C.), avec l'objectif d'abattre César. Tout se passe en bordure de la légalité. De part et d'autre, on s'efforce d'en respecter les formes tant que c'est possible, mais, inévitablement, on la viole. César pose sa candidature à un nouveau consulat et obtient du sénat l'autorisation de le faire tout en restant absent de Rome, c'est-à-dire près de ses armées. Faute de cette autorisation, il redevient simple particulier, ce qui le met à la merci de ses adversaires. Malgré l'intercession formelle des tribuns de la plèbe, qui le défendent, Pompée fait escamoter par une nouvelle loi l'autorisation sénatoriale : il pousse véritablement César à agir, lui aussi, en dépit des lois républicaines. L'année 50 avant J.-C. s'écoule dans les atermoiements. On apprend que César concentre ses troupes en Cisalpine. Le consul M. Claudius Marcellus somme Pompée de prendre ses dispositions pour marcher contre lui. César a conservé ses fonctions au-delà de la date limite : il propose d'y renoncer si Pompée en fait autant. En refusant et en décrétant le rappel de César, le sénat jette définitivement les deux rivaux l'un contre l'autre. Pompée envisage de refuser la bataille : il espère lasser les armées de César. Mais il a désappris le métier de chef militaire et, à ses côtés, il a surtout des politiciens véreux.
Au contraire, le camp de César est rempli d'officiers d'une fidélité aveugle à leur chef. César s'est attaché ses lieutenants et ses hommes avec un art consommé. Il les appelle non pas « soldats » mais « compagnons ». Aussi, « quand il s'engagea dans la guerre civile, les centurions de chaque légion lui promirent d'équiper chacun un cavalier à leurs frais, et les soldats lui offrirent leurs services gratuitement, sans ravitaillement ni solde, les plus riches se chargeant d'entretenir les plus pauvres » (Suétone). César entre donc dans la guerre civile avec d'énormes atouts, mais une chose le gêne : le fait d'avoir à se mettre lui-même hors de la légalité. C'est ce qui doit arriver s'il franchit avec ses soldats le Rubicon, la rivière qui sépare sa province de l'Italie (péninsulaire), territoire sur lequel il ne lui a pas été confié de commandement. Il hésite jusqu'au dernier instant et en débat avec les siens. Un incident précipite les choses : des soldats suivent un pâtre qui jouait du chalumeau jusqu'au-delà du pont. César… suit. Le sort en est jeté (nuit du 11 au 12 janvier 49 avant J.-C. = 16-17 décembre 50 avant J.-C. du calendrier julien).
La guerre se déroulera, de 49 à 45 avant J.-C., à travers tout le monde romain. Pompée se fait illusion sur ses forces : il doit lui suffire de frapper du pied le sol de l'Italie pour en faire jaillir des légions, et tout le monde est persuadé de la faiblesse de César. Celui-ci s'est préparé avec discrétion. Puis, une fois le Rubicon franchi, il fonce : cinq jours plus tard, Pompée et ses partisans quittent Rome en proie à la panique. Ils cherchent à barrer le sud de la péninsule. César a tenté de tourner Rome par l'est : il a parcouru les régions du versant adriatique. L. Domitius Ahenobarbus, qui n'a pas suivi la consigne de repli, l'attend à Corfinium : il est débordé par le nombre des césariens, qui s'étaient regroupés en quelques jours, et capitule (21 février). César se montre clément et entraîne avec lui ses soldats. Pompée se replie sur Brindisi. César arrive à son tour, mais ne parvient pas à l'empêcher d'embarquer, discrètement, de nuit.
Il revient donc sur Rome, où il ne trouve qu'un sénat réduit : les partisans de Pompée sont partis avec lui. Il se tourne alors vers les pompéiens d'Espagne, mais il se heurte en route aux Marseillais, qui, peu satisfaits des conséquences économiques de la guerre des Gaules, se sont rangés parmi ses adversaires : il les assiège en mai 49 avant J.-C., et ceux-ci capitulent en octobre. En Espagne, la forteresse d'Ilerda (Lérida), où les pompéiens sont installés, capitule en août. César revient à Rome, s'y fait donner la dictature, puis le consulat pour 48 avant J.-C. et s'y convainc de plus en plus de la légitimité de sa position face aux sénateurs exilés avec Pompée. Avant de reprendre la poursuite de ses adversaires, il prend la précaution, d'une part, de faire désigner des arbitres pour la réévaluation des dettes, de manière à éviter l'effondrement du crédit, et, d'autre part, d'amnistier ceux qui avaient été condamnés pour brigue par une loi de Pompée.
Alors, en 48 avant J.-C., il peut passer en Épire et en Thessalie, où, dans des conditions souvent difficiles, puisqu'il est un moment le poursuivi et Pompée le poursuivant, il parvient à Pharsale (9 août 48 avant J.-C.), y bat les pompéiens, puis gagne Alexandrie (2 octobre), où les ministres du roi lui font remettre la tête de son adversaire, qu'ils ont fait décapiter. Rien n'est encore terminé, car il reste des pompéiens un peu partout. Dans l'immédiat, César est arrivé en Égypte au milieu d'une crise politique. Il s'érige en arbitre entre les deux souverains en désaccord, Ptolémée XIV et Cléopâtre VII. Il semble bien ne pas se laisser tellement séduire par celle-ci, bien qu'il se décide en sa faveur. Les partisans de Ptolémée provoquent alors contre lui une insurrection dans Alexandrie. Il rétablit la situation grâce à Mithridate, roi de Pergame, venu à son aide (bataille du Nil et prise d'Alexandrie, 27 mars 47 avant J.-C.). Il visite alors l'Égypte en remontant le Nil sur un bateau en compagnie de Cléopâtre.
Pharnace, fils du grand Mithridate, entreprend de renouveler les exploits paternels : il attaque les rois de Cappadoce et de Petite Arménie. Mais ceux-ci ont fait leur soumission à Rome : le légat Cneius Domitius Calvinus attaque Pharnace, mais se fait battre à Nicopolis (décembre 47 avant J.-C.). César vient à son tour, réunit des troupes, écrase ses adversaires à Zela et écrit, désinvolte : Veni, vidi, vici (Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu) [2 août 47 avant J.-C.].
L'hiver suivant, il est en Afrique, où se sont réfugiés de nombreux républicains. À l'issue d'une campagne difficile, il les massacre en grand nombre à Thapsus (6 avril 46 avant J.-C.). Quelques-uns se suicident, dont Caton d'Utique.
Les pompéiens se sont alors regroupés en Espagne, sous Cneius Pompeius, fils du grand Pompée, et à la faveur de désaccords entre les césariens. À Munda, au sud de Cordoue, César en vient à bout en un combat ultime, mais sans pitié (17 mars 45 avant J.-C.). Les légionnaires gaulois auraient massacré 33 000 hommes.
La guerre civile est alors terminée. César n'a plus qu'un an à vivre. Mais quelques mois lui suffisent pour transformer la république romaine en un empire.
Dans l'intervalle des campagnes, son pouvoir politique s'est fortifié. César a été soutenu par ses partisans, s'est acquis de nouveaux honneurs, même en son absence de Rome. Il est de nouveau dictateur, puis consul pour cinq ans, dictateur pour dix ans, consul pour dix ans, préfet des mœurs pour trois ans (nouvelle tâche créée pour lui, puisque, étant consul, il ne pouvait légalement pas être censeur). Ne pouvant, patricien, devenir tribun de la plèbe, il s'est fait déclarer, comme les tribuns, inviolable et sacré, et s'est arrogé le droit de les déposer. Acclamé imperator, c'est-à-dire général victorieux, à l'issue de ses campagnes, il est devenu, après Munda, imperator dans un nouveau sens du mot, en tant que détenteur de l'imperium, toute-puissance politique, et ce titre s'accole habituellement à son nom.
Ainsi, maître de tout et de tous, il poursuit les réformes et la politique intérieure déjà amorcées dans l'intervalle de ses campagnes ou même au cours de celles-ci. Car, toujours par monts et par vaux, il travaille en voyage. C'est en cours de route qu'il écrit plusieurs de ses œuvres. Il s'entoure d'un secrétariat de plus en plus nombreux, de même qu'il confie des fonctions inédites à ses fidèles. C'est ainsi que s'esquisse le système des bureaux impériaux, parallèles aux magistratures d'origine républicaine. D'intrigant politique, César est devenu homme de guerre, puis administrateur et réformateur. Il se révèle tout aussi brillant dans cette dernière tâche.
D'abord, la sécurité : après les désordres de la guerre civile, César et l'État seront respectés grâce à la loi de majesté. Une lex de vi décourage la violence dans la rue. Les associations sont supprimées en grand nombre.
Ensuite, sous une apparence de réconciliation, d'amnistie et de ralliement, César revient à la politique de recherche de la popularité, c'est-à-dire de démagogie. Son despotisme égalitaire tend à abaisser la noblesse sénatoriale et les hommes d'affaires, mais favorise tous les autres. Il fait grâce aux pompéiens, en libérant les prisonniers, en laissant entrer ceux qui ont fui, en donnant des fonctions à quelques-uns. Cicéron se fait pardonner sa longue bouderie. La clémence ne s'étend quand même pas à tous : il s'agit d'un choix savamment dosé. César relève les statues de Pompée, mais aussi de Sulla. Les fils des proscrits de Sulla cessent d'être inéligibles. Les exilés politiques sont rappelés. Les soldats, eux, outre leur part de butin, bénéficient de lots dans des colonies dont les sites sont bien choisis, car ce sont ceux de grandes villes ou de futures grandes villes : Séville, Narbonne, Arles, Corinthe.
Au peuple de Rome, César cherche à procurer du travail et propose des terres à ceux qui veulent quitter la ville. Il limite à 150 000 les participants aux distributions publiques, mais étend les limites de la ville, qu'il gratifie de nouveaux monuments : Saepta Iulia ; nouveau Forum, avec basilique, temple de Venus Genitrix et bibliothèque, la première bibliothèque publique de Rome. Il fait davantage encore pour les provinciaux. Il distribue le droit latin, et il l'accorde notamment à la Sicile. Il en est de même du droit de cité, dont la Cisalpine bénéficie. Les abus des sociétés financières sont réprimés, et les impôts directs ne sont plus affermés (on a pensé que ce pouvait être une des causes de sa chute !). La lex Iulia municipalis accorde une appréciable autonomie aux colonies et aux municipes. Il s'amorce ainsi une décentralisation de l'État, comme pour rapprocher le monde romain du type hellénistique de la confédération des villes. Sur le plan religieux, même, César se garde bien de proscrire les religions exotiques. Il laisse les peuples soumis pratiquer le culte de Mithra ou d'Isis. Les mystes de Bacchus reçoivent, eux aussi, la permission de célébrer les bacchanales au grand jour. César est tolérant même à l'égard des Juifs, pourtant adversaires de tout le paganisme classique : les synagogues sont autorisées à fonctionner, et le grand prêtre de Jérusalem est habilité à percevoir la taxe d'entretien du Temple.
Parmi ces dispositions, souvent destinées à rallier les populations, on remarque des vues quasi prophétiques et des réformes de valeur durable. César esquisse quelques traits de la géographie politique de l'Europe : il est le premier à assigner, de sa propre autorité, le Rhin comme frontière naturelle à la Gaule, et il inaugure l'unité de l'Italie. Il dote le monde du calendrier julien, que l'on utilise toujours. Il pratique une politique économique évoluée : en décongestionnant Rome, ville de fainéants, au profit d'un retour à la terre ; en imposant des taxes douanières à l'entrée des denrées, non à leur sortie, comme c'était l'usage antique ; en restaurant une monnaie saine et en adoptant l'étalon-or. Il accorde aux anciens combattants des emplois réservés, découvre, de beaucoup le premier, « la notion d'incompatibilité appliquée aux fonctions électives ; un minimum de moralité imposé aux élus ; dans les compétitions électorales, le bénéfice de l'âge » (Jérôme Carcopino). Il favorise les familles nombreuses. Il organise- conception combien moderne- la propagande politique, en prescrivant l'affichage des comptes rendus des séances du sénat, comme il a publié au jour le jour ses communiqués de guerre. Enfin, il révolutionne l'instrument du travail intellectuel en adoptant le codex, ancêtre du livre actuel, à la place du rouleau, volumen. Tout cela fait de César « un des plus puissants démiurges qu'ait façonnés l'histoire des hommes » (J. Carcopino).
Malgré le caractère estimable de l'ensemble de ces réformes, César a aussi détruit des institutions au profit de son despotisme personnel. Respectueux des comices tributes, il n'en a pas moins fait un instrument de louange et d'approbation à sa dévotion. Le sénat est devenu un conseil consultatif. L'accroissement du nombre de ses membres (900) réduit le prestige de la classe sénatoriale et permet d'y introduire des fidèles et des provinciaux. Les magistrats sont, eux aussi, affaiblis par leur multiplication : 40 questeurs, 6 édiles, 16 préteurs, des consuls suffects en plus des éponymes…, quand, toutefois, il y a d'autres consuls que César lui-même. De toute façon César nomme la moitié de ces magistrats.
Après l'abaissement des magistrats, le prestige du maître. En 46 avant J.-C., César célèbre quatre triomphes successifs. Mieux, un véritable culte s'instaure autour de sa personne. Comme les dieux, il donne son nom à un mois. Comme eux, il bénéficie de cérémonies ou d'attributs significatifs : jeux publics en l'honneur de ses victoires, char professionnel, flamine attitré, statues dans les temples. On rappelle qu'il descend de Vénus. Tout cela fait songer aux rois-dieux des monarchies hellénistiques et aussi à une marche vers la royauté. Certes, le peuple romain avait en horreur le nom de roi. Là apparaît une difficulté : César peut-il, sans risque, prétendre à un titre abhorré ? Il faut conclure de façon positive. Il désire ce titre. En 44 avant J.-C., on sent qu'il va l'obtenir. En février, le sénat lui accorde un costume de roi, un trône. À la fête des lupercales, Antoine tente de le coiffer du diadème, équivalent hellénistique d'une couronne. On lui attribue le titre de pater patriae, il devient dictateur perpétuel, sa tête apparaît sur les monnaies, ce qui est une prérogative royale ou divine. Des monnaies avec le titre royal sont sur le point d'être émises. Mais on sent la foule prête à protester. César fait mine de repousser la royauté offerte par le peuple. Peut-être portera-t-il le titre de « roi » hors de Rome ? Il s'apprête à partir en guerre contre les Parthes, et, en Orient, un titre de « roi » est très opportun. Il a d'ailleurs adopté Octave, devenu Octavien, pour le seconder là-bas, en attendant de lui succéder éventuellement.
Le cours de l'histoire nous laisse à nos hypothèses : la multiplication des mécontents a amené la formation d'un groupe de conspirateurs qui, menés par Cassius et Brutus, assassinent César en plein sénat, le jour des ides de mars 44 avant J.-C. (le 15). Ils ont bien failli manquer leur coup. Ils ont hésité jusqu'au bout. Mais César avait, la veille, festoyé chez Lépide. Il avait bu, et l'on sait que, épileptique, il supportait très mal le vin. Il était donc en état de moindre résistance. Ses mots historiques de ce jour-là en témoignent : « Mais c'est de la violence !… Et toi aussi, mon fils ! » On ne reconnaît pas l'homme qui, en quelques mots laconiques et sentis, savait mettre fin à une menace de mutinerie.
L'assassinat fut assez diversement jugé. Si l'on en croit Lucain, pourtant républicain qui considérait ce meurtre comme un sacrifice nécessaire, il fut assez généralement considéré comme une chose honteuse. On se rallia souvent par la suite, et pour éviter le courroux impérial, à l'opinion de Plutarque, selon lequel César était l'homme providentiel, seul capable, par sa monarchie, de remédier au désordre politique. Il est vrai que l'ordre qu'il avait créé valait mieux qu'une république abusive. Il a surtout réussi à déposséder très rapidement l'oligarchie, et celle-ci n'a pas réussi à reprendre le dessus. Quant aux apparences de l'État, c'était toujours la république, mais César l'avait confisquée au profit d'un seul homme. Cette œuvre politique sent le grand homme d'État.
On trouve dans le caractère du personnage l'ensemble des causes de son succès politique : l'ambition sans bornes, l'habileté à se procurer les capitaux nécessaires à sa carrière, que ce soit en empruntant ou que ce soit en rapinant et en rançonnant les pays conquis, l'endurance en campagne, l'indifférence à la nourriture (« seul entre tous, César complota à jeun la ruine de la république » [Caton d'Utique]), l'art de mener les hommes, le sens de la propagande, l'art de ne pas mêler les femmes et la politique, cela malgré ses mœurs notoirement légères : « Citoyens, surveillez vos femmes, nous ramenons le chauve adultère », fredonnaient les soldats au retour de Gaule.
Le nom de César, comme celui d'Auguste, a été adopté et conservé par les empereurs successifs. On ne disait pas l'empereur, mais César ou le césar. Le terme, donc, devait devenir synonyme d'empereur, et c'est à ce titre qu'on le retrouve sous la forme de kaiser, de czar ou de tsar pour désigner des monarques bien éloignés des dynasties romaines. Les douze premiers empereurs romains, en vertu de l'œuvre de Suétone, sont appelés les douze Césars, sans que cela corresponde à un lien particulier entre eux, puisque s'y trouvent englobées deux dynasties, celle des Julio-Claudiens, fondée par Jules César, et celle des Flaviens. Ces douze sont César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron, Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Titus et Domitien.
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