Identifiez-vous ou Créez un compte

IIIe République

Proclamation de la IIIe République
Proclamation de la IIIe République

Régime de la France du 4 septembre 1870 au 10 juillet 1940.

1. La Défense nationale (4 septembre 1870-12 février 1871)

La république est proclamée à Paris le 4 septembre 1870 à l'annonce du désastre de Sedan. Les républicains forment le gouvernement de la Défense nationale, qui reste dans Paris assiégé et envoie en province une délégation menée par Gambetta. Le 28 janvier 1871, il signe un armistice prévoyant l'élection d'une Assemblée nationale (8 février 1871). Les monarchistes, partisans de la paix, l'emportent largement sur les républicains, qui veulent la guerre à outrance.

2. La fondation de la République (1871-1879)

Réunie à Bordeaux, l'Assemblée nomme Thiers chef du pouvoir exécutif. Il conclut la paix avec l'Allemagne (préliminaires de Versailles, 26 février 1871 ; traité de Francfort, 10 mai). L'assemblée s'installe à Versailles.

Contre elle éclate l'insurrection de la Commune (18 mars-28 mai 1871), réprimée impitoyablement par Thiers. Celui-ci devient président de la République (loi Rivet, août 1871). Le pays se relève : le paiement de l'indemnité de guerre hâte la libération du territoire (1873).

Thiers est renversé par l'Assemblée (24 mai 1873) et remplacé par le maréchal Mac-Mahon. La restauration semble imminente. Mais orléanistes et légitimistes ne peuvent s'entendre (octobre 1873). Le centre gauche orléaniste vote, avec les républicains, l'amendement Wallon (30 janvier 1875), qui introduit le mot République, puis les trois lois constitutionnelles des 24 et 25 février et 16 juillet 1875, qui tiennent lieu de Constitution (→ assemblée).

Au début de 1876, si la nouvelle Chambre est à forte majorité républicaine, la présidence (Mac-Mahon) et le Sénat restent acquis aux monarchistes. En 1877, Mac-Mahon dissout la Chambre avec l'accord du Sénat. Les républicains ayant gagné les élections (octobre), Mac-Mahon se soumet. Puis, le 30 janvier 1879, il se démet et est remplacé par Jules Grévy. La majorité du Sénat vient de passer aux républicains, qui tiennent ainsi les trois pouvoirs.

3. La République modérée (1879-1899)

Les chambres quittent Versailles pour Paris (fin 1879). Les condamnés de la Commune sont amnistiés (1880). Mais les dirigeants républicains se divisent en opportunistes, partisans de mesures progressives, et radicaux, plus pressés. L'instabilité ministérielle caractérise désormais le régime. Gambetta, pourtant populaire, ne reste que 2 mois au pouvoir (novembre 1881-janvier 1882).

Cependant Jules Ferry, souvent ministre, deux fois président du Conseil (septembre 1880-novembre 1881 et février 1883-mars 1885), peut réaliser une œuvre considérable : liberté de presse et de réunion (1881), liberté municipale et syndicale (1881), école primaire gratuite (1881), laïque et obligatoire (1882).

La République traverse ensuite une série de crises : scandale des décorations, qui entraîne la démission de Grévy (1887) ; agitation nationaliste et antiparlementaire (1887-1889), derrière le général Boulanger qui, après des succès électoraux répétés, échoue ; scandale de Panamá (1892-1893), qui éclabousse le monde politique ; vague d'attentats anarchistes, culminant avec l'assassinat du président de la République Sadi-Carnot (juin 1894).

La France, touchée par la dépression économique mondiale, a recours aux grands travaux (plan Freycinet, 1878) et surtout au protectionnisme (tarif Méline, 1892). L'ordre social est mis en cause : par le réveil, à partir de 1880, du mouvement socialiste, et la naissance d'un syndicalisme révolutionnaire (formation de la CGT, 1895). Cependant le régime est solide.

Au-dehors, la conclusion de l'alliance franco-russe (1891-1892) a tiré la France de vingt ans d'isolement. Le ralliement de certains catholiques à la République, prôné par le pape Léon XIII (1892), contribue à l'apaisement de la politique anticléricale. L'affaire Dreyfus qui, à partir de 1897, déchire le pays, remet tout en cause.

4. La République radicale (1899-1914)

Contre l'agitation « nationaliste » se forme un ministère de Défense républicaine dirigé par Waldeck-Rousseau (juin 1899-juin 1902).

Radicaux et socialistes s'unissent en un Bloc des gauches. L'anticléricalisme, modéré sous Waldeck-Rousseau, devient virulent sous le ministère Combes (juin 1902-janvier 1905). Avec la loi de séparation des Églises et de l'État (9 décembre 1905), l'œuvre de laïcisation est achevée.

Dès lors la question sociale passe au premier plan. Les socialistes, qui, grâce à Guesde et Jaurès, ont réalisé en 1905 leur unité dans la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), quittent le Bloc des gauches. La CGT, où domine le courant anarcho-syndicaliste (Charte d'Amiens, 1906) se fait plus revendicative.

Clemenceau, président du Conseil d'octobre 1906 à juillet 1909, affronte les grèves d'ouvriers et de fonctionnaires et les manifestations de vignerons qu'il réprime brutalement. Son successeur Aristide Briand use de méthodes plus douces. La législation sociale française reste timide.

Les problèmes extérieurs dominent la dernière période. Delcassé, ministre des Affaires étrangères de 1898 à 1905, a resserré l'alliance russe, et réalisé l'Entente cordiale en liquidant le contentieux colonial franco-britannique (avril 1904), mais, irritée, l'Allemagne se plaint « d'encerclement ».

Le Maroc, que la France convoite, est l'occasion de graves crises franco-allemandes : l'une en 1905-1906, avec la visite de Guillaume II à Tanger, l'autre en 1911 (→ affaire d'Agadir), réglée par Caillaux qui cède des territoires au Congo pour avoir les mains libres au Maroc.

La tension croissante développe le nationalisme, dont Raymond Poincaré, président du Conseil en janvier 1912, puis président de la République en février 1913, apparaît, à tort ou à raison, comme le représentant. La France riposte aux armements allemands en portant le service militaire à trois ans (août 1913). Mais l'opinion reste pacifiste : la gauche radicale et socialiste, hostile à la loi de trois ans, gagne les élections d'avril-mai 1914.

5. La République et la Première Guerre mondiale (1914-1919)

Lorsque la guerre éclate, l'« Union sacrée », réclamée par Poincaré, se réalise. Mais en 1916-1917, le pays connaît une grave crise, liée aux mutineries de l'armée et à la révolution russe.

L'arrivée de Clemenceau au pouvoir (1917-1920) apaise la situation, et l'armistice du 11 novembre 1918 et accueilli avec enthousiasme. Mais la victoire a été chèrement payée. Si l'Alsace-Lorraine est récupérée, la France est exsangue et partiellement ruinée. (→ Première Guerre mondiale.)

6. L'après-guerre : les illusions de la victoire et de la prospérité (1919-1932)

Lors de la conférence de la paix à Paris (1919), la France doit compter avec les craintes anglaises d'une prépondérance française en Europe et les « Quatorze points » de Wilson. De ce fait, le traité de Versailles (28 juin 1919) ne lui accorde pas des garanties suffisantes. La majorité de droite du Bloc national, issue des élections de 1919, veut faire appliquer sans concession le traité de Versailles.

En 1923, Poincaré, alors président du Conseil, fait occuper militairement la Ruhr. Mais devant l'hostilité de la Grande-Bretagne et des États-Unis, il se résigne à l'évacuer et à accepter le plan Dawes (1924).

Par ailleurs, sa crainte du bolchevisme (fondation du parti communiste français, 1920) l'incite à se rapprocher de la Pologne (février 1921) et des pays de la Petite-Entente (Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Roumanie).

Le rassemblement des forces de l'opposition permet cependant la victoire du Cartel des gauches (1924-1926). À la tête d'un gouvernement radical homogène (1924-1925), Édouard Herriot se heurte rapidement à des difficultés financières considérables, et doit démissionner.

Ses successeurs, Painlevé et Briand, s'engagent dans la voie d'une politique internationale nouvelle, qui se traduit par le pacte de Locarno en octobre 1925 (alliance avec l'Angleterre, rapprochement avec l'Allemagne et l'URSS).

De retour au pouvoir, Poincaré forme un gouvernement d'Union nationale (1926-1929) et restaure la situation financière en créant un franc dévalué mais stable. Tandis que les modérés reviennent au pouvoir (1928), Briand se maintient aux Affaires étrangères (1925-1932) et poursuit une politique pacifiste : pacte de Briand-Kellogg (1928), plan Young (1929), conférence de La Haye (1929).

7. La crise en France (1932-1938)

La crise économique mondiale atteint la France en 1931-1932. Elle s'accompagne d'une crise sociale, politique et, bientôt, diplomatique.

Les socialistes et les radicaux remportent les élections de 1932, mais l'instabilité ministérielle, les scandales financiers (→ affaire Stavisky, 1933) développent dans le pays un vaste courant antiparlementaire, qui se traduit par l'essor des ligues d'extrême droite. L'agitation culmine avec la manifestation du 6 février 1934, et menace le régime.

Après la démission de Daladier, Gaston Doumergue forme un gouvernement d'union nationale (février-novembre 1934).

Les gouvernements de droite qui se succèdent ensuite doivent affronter la montée des tensions extérieures, liées à l'avènement de Hitler (1933). Recherchant un système de sécurité pour la France, Pierre Laval conclut des accords avec l'Angleterre et l'Italie (→ conférence de Stresa, avril 1935) et avec l'URSS (mai). Pour redresser les finances publiques, Laval pratique une politique de déflation qui provoque un profond mécontentement et la chute du gouvernement.

Le Front populaire, unissant les partis de gauche, remporte les élections de mai 1936. Devenu président du Conseil, Léon Blum se heurte à un vaste mouvement de grèves, mais parvient à faire accepter de nombreuses lois sociales (→ accords Matignon, juin 1936). Face à l'opposition de la droite et de l'extrême droite et à l'hostilité des milieux d'affaires, le Front populaire ne peut toutefois se maintenir au pouvoir, et se disloque après un second cabinet Blum (1938).

8. De Munich à la chute du régime (1938-1940)

Édouard Daladier devient président du Conseil et Paul Reynaud, ministre des Finances (1938), procède par décrets-lois pour restaurer l'économie. La France sort peu à peu de la crise, mais cette reprise est trop tardive.

À l'extérieur, la menace nazie se précise. Après la remilitarisation de la Rhénanie (1936), l'Allemagne occupe l'Autriche (mars 1938) et, après la signature des accords de Munich (septembre), annexe la Bohême-Moravie (mars 1939).

En août 1939, le pacte germano-soviétique de non-agression est signé, et Hitler envahit la Pologne (1er septembre), contraignant la France et la Grande-Bretagne à déclarer la guerre (3 septembre).

L'armée française ne résiste pas à l'offensive allemande (→ campagne de France), et P. Raynaud, qui veut poursuivre la lutte outre-mer, est contraint de démissionner (16 juin 1940). Il est remplacé par Pétain, qui signe l'armistice (→ armistice de Rethondes, 22 juin) avec l'Allemagne. Rassemblée à Vichy, l'Assemblée vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain (10 juillet) mettant fin à la IIIe République. Dès le 12 juillet, Pétain se proclame chef de l'État français, congédiant les chambres et le président de la République.

Pour en savoir plus, voir les articles histoire de la France, Seconde Guerre mondiale.