L'armée de l'air zaïroise intervient à plusieurs reprises contre les envahisseurs, et le chef de l'État prend personnellement la direction des opérations militaires, menées avec le support logistique de la France, l'aide du Maroc et de l'Égypte. Le Nigeria offre vainement sa médiation pour mettre fin au conflit. Cuba dément catégoriquement toute intervention. La république populaire de Chine accuse en revanche Cubains et Soviétiques d'avoir organisé l'invasion du Zaïre. La crise zaïroise s'internationalise, tandis que l'opposition au régime Mobutu, profondément divisée, revendique les succès des envahisseurs qui progressent au Shaba (ex-Katanga), s'emparant de Mutshaha, et menaçant l'important centre minier de Kolwezi.

Katangais

Le gouvernement zaïrois envoie des renforts importants au Shaba, appelle la population à l'« engagement total » contre l'« invasion barbare des mercenaires » que l'on appelle les « gendarmes katangais ». Le fer de lance des envahisseurs venus d'Angola semble constitué par d'anciens soldats de l'armée katangaise, qui soutinrent Moïse Tshombe lors de la tentative séparatiste de juillet 1960. Ces anciens prétoriens, contraints à l'exil après l'échec de la sécession katangaise, en juillet 1963, revinrent au Zaïre pendant l'éphémère présence de Tshombe à la tête du gouvernement de Kinshasa, de juillet 1964 à octobre 1965. Répartis à l'étranger, après l'accession de Mobutu au pouvoir, ils participent à l'aventure des mercenaires blancs du colonel Jean Schramme au Kivu.

Ceux d'entre eux qui échappèrent à la répression qui suivit l'échec de Schramme gagnèrent le Rwanda, puis l'Angola. Dans ce pays, certains combattirent aux côtés des Portugais pour réprimer le soulèvement armé des nationalistes. Mais, ultérieurement récupérés par ceux-là même qu'ils avaient combattus, formés idéologiquement par eux, encadrés par de nouveaux ressortissants zaïrois réfugiés en Angola, ils firent le coup de feu au service du gouvernement MPLA de Luanda contre ses adversaires politiques du FNLA et de l'UNITA, avant de se lancer contre le régime Mobutu. Cependant, de l'avis des adversaires de Mobutu, « les gendarmes katangais d'aujourd'hui ne sont plus ni gendarmes, ni Katangais... ».

Pont aérien

Sous le commandement du général Nathanaël Mbumba, ancien responsable de la police zaïroise, en rupture de ban avec Mobutu depuis 1968, les envahisseurs, que les autorités de Kinshasa affirment être encadrés par des Soviétiques et des Cubains (le 5 avril, Mobutu rompt les relations diplomatiques avec La Havane), atteignent la banlieue de Kolwezi.

C'est alors que Rabat annonce l'envoi d'un contingent de plusieurs centaines d'hommes au Shaba et que Pékin fait état de l'envoi d'« une aide spéciale ». Justifiant l'intervention de son pays, Laraki, ministre marocain des Affaires étrangères, indique qu'il entend défendre l'unité nationale et l'intégrité territoriale du Zaïre et contribuer à circonscrire le conflit dans un cadre strictement africain. Dix avions cargos Transall et un DC 8 français commencent, le 9 avril, une longue noria entre Rabat et Kinshasa assurant le transport de matériel marocain. Bien que le gouvernement français affirme ne transporter aucun soldat, de nombreuses protestations s'élèvent contre l'attitude de Paris, en Angola d'abord et jusque dans les rangs de l'opposition, en France, Robert Ballanger, député communiste, accusant V. Giscard d'Estaing de vouloir « précipiter la France dans une aventure guerrière ».

Cependant, si quelques gouvernements, dont celui d'Alger, attaquent ouvertement Paris, la plupart adoptent une attitude prudente. Washington s'abstient de tout jugement officiel. Moscou cite, dans un premier temps, quelques commentaires hostiles à Paris, mais fait silence. Quelques États réservent l'exclusivité de leurs critiques au Maroc. Mais, dès le début de l'intervention, en Afrique même, les commentaires favorables se multiplient, de Bangui à Nairobi et de Kigali à Abidjan. Avant la fin de la deuxième quinzaine d'avril, l'opération française de soutien logistique prend fin, et tous les appareils regagnent leur base d'Orléans.