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Iossif Vissarionovitch Djougachvili, dit Joseph Staline

Staline
Staline

Homme d'État soviétique (Gori, gouvernement de Tiflis, 1878 [officiellement 1879]-Moscou 1953).

Maître incontesté de l'Union soviétique, de 1929 à sa mort, Staline est l'un des personnages marquants de l'histoire du xxe siècle. Il symbolise la lutte du peuple soviétique contre le nazisme et apparaît en même temps comme le créateur d'un régime totalitaire. Qu'on le considère comme l'héritier de la révolution russe ou, au contraire, comme son fossoyeur, Staline fut à la fois l'un des hommes les plus adulés et les plus honnis de son époque.

Le révolutionnaire professionnel (1879-1917)

Né en Géorgie, dans l’Empire russe, où il s’initie au militantisme, d’abord nationaliste, puis socialiste, Iossif Vissarionovitch Djougatchivili (qui prendra en 1912 le pseudonyme de Staline [du russe stal, acier]) alterne à partir de 1901 périodes de clandestinité et d’emprisonnement.

Rallié aux bolcheviks, partisans d’une conquête du pouvoir par la révolution, il s’affirme progressivement au sein de leur parti et auprès de son leader, Lénine. La révolution qui éclate en février 1917 permet à Staline alors déporté en Sibérie de rentrer en Russie.

La montée vers le pouvoir (1917-1928)

Agissant avec prudence au sein du parti, Staline est en charge de la question des nationalités, dont il garde la responsabilité en tant que commissaire du peuple, après la prise de pouvoir des bolcheviks par la révolution d’Octobre.

Très actif durant la guerre civile entre Blancs partisans de l'ancien régime, et Rouges révolutionnaires, il devient en 1922 secrétaire général du parti et dispute dès lors l’héritage de Lénine aux autres dirigeants, parmi lesquels Trotski. À la fin de 1928, il apparaît comme le maître absolu de l’Union soviétique.

L'ère stalinienne (1928-1953)

Tournant le dos à l’internationalisme prolétarien, Staline entreprend de construire à marche forcée « le socialisme dans un seul pays », par l’industrialisation, la planification et la collectivisation autoritaires, et au prix d’une terreur politique destinée à éradiquer toute forme d’opposition ou de simple « fractionnisme » au sein du parti comme de la société.

Alors qu’il croit s’en être prémuni par le pacte germano-soviétique, Staline est pris de court par l'invasion hitlérienne de 1941. Mais, après avoir vacillé, son pouvoir sort renforcé de la « grande guerre patriotique » qui fait de l’Union soviétique une puissance mondiale, dotée d’une zone d’influence en Europe de l’Est.

Après la guerre commence alors une phase de restalinisation violente, marquée par une reprise de la terreur et une accentuation du culte de la personnalité de Staline.

À sa mort, en mars 1953, des millions de personnes, volontaires ou réquisitionnées, assistent à ses funérailles solennelles. Dès 1956, le secrétaire général du parti communiste d'URSS, Khrouchtchev, amorce un processus de déstalinisation, mais qui touche bien plus la personne de Staline que le régime totalitaire qu’il a forgé (→ stalinisme).

1. La formation d'un révolutionnaire professionnel (1879-1917)

1.1. La jeunesse d'un révolté (1879-1899)

Une enfance difficile (1879-1894)

Iossif Vissarionovitch Djougachvili est né à Gori, à l’époque gros bourg de Géorgie. Son père, Vissarion, est un pauvre cordonnier, qui va marquer profondément l'enfance de Iossif par sa brutalité. Les difficultés financières amènent Vissarion Djougatchvili à quitter Gori pour aller travailler dans une usine de chaussures à Tiflis (actuelle Tbilissi), la capitale de la Géorgie. À sa mort, son fils n'avait que onze ans. Sa mère, Ekaterina, une ancienne serve, travaille durement, en faisant des lessives chez des employeurs, pour lui assurer des études.

Le séminariste Djougatchvili (1894-1899)

Après avoir fréquenté l'école orthodoxe de Gori, Iossif est admis en 1894 au séminaire orthodoxe de Tiflis – seule façon pour un jeune homme pauvre de pouvoir continuer des études. Il y reste cinq ans avant d'en être expulsé. On sait peu de chose sur ses études. Il régnait une discipline sévère dans cet établissement, qui était aussi un lieu de fermentation politique.

La Géorgie est alors une possession russe, et il y existe un mouvement national d'opposition à la domination des tsars ; en outre, les idées révolutionnaires ont pénétré le pays. En 1886, le principal du séminaire a été tué par un étudiant exclu, et, en 1893, peu de temps avant l'entrée de Iossif Djougachvili, une grève des séminaristes a contraint les autorités à fermer quelque temps l'établissement.

L'apprentissage de la politique

Dans une telle atmosphère, Djougatchvili fait un apprentissage plus révolutionnaire que religieux. En 1895, il publie dans la revue nationaliste Iberya un poème patriotique sous la signature de Sosselo (le « petit Jojo »). Ses lectures deviennent « subversives » : c'est ainsi qu'il est mis au cachot pour avoir lu les Travailleurs de la mer de Victor Hugo. En 1898, il adhère à un cercle clandestin nationaliste, Messame-Dassi (le « troisième groupe »), où dominent les idées socialistes, et il est chargé d'organiser des cercles d'études pour les ouvriers. La même année, dans un rapport, le directeur du séminaire écrit : « Djougatchvili est généralement irrespectueux et grossier envers les autorités. » En mai 1899, le jeune homme est exclu du séminaire.

1.2. Le militant révolutionnaire (1899-1917)

La clandestinité

Dès lors commence pour Iossif Djougatchvili la vie difficile du militant révolutionnaire. Il vit en donnant des leçons, puis travaille à l'observatoire de Tiflis tout en militant activement et en lisant avec passion les ouvrages socialistes, ceux de Marx en premier lieu. En 1901, il bascule dans la clandestinité : il y vivra, à quelques exceptions près, jusqu'au début de la révolution, qui marque la chute du tsarisme (mars 1917).

À la fin de l'année 1901, il part pour Batoumi, important port industriel à la frontière turque. C'est là qu'il prend son premier surnom, Koba (« l'Indomptable », nom turc d'un héros populaire géorgien). En avril 1902, il est arrêté : c'est sa première incarcération, mais non la dernière. Il restera en prison un an, sera ensuite condamné à trois ans de déportation en Sibérie orientale, mais s'évadera en janvier 1904.

Dans l'intervalle, il a participé, en septembre 1901, à la création d'un journal clandestin en géorgien Brdzola (la Lutte). Il se sépare alors du groupe nationaliste Messame-Dassi. À partir de 1903, il défend les thèses des bolcheviks au sein du parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), auquel il va désormais attacher ses pas.

Durant la révolution de 1905

À la suite de la guerre russo-japonaise et des défaites russes de l'année 1904, la révolution gronde en Russie. Grèves et manifestations ont lieu dans tout l'Empire et sont particulièrement importantes dans les régions caucasiennes, où milite Koba-Djougatchvili. Celui-ci participe même à la création d'une organisation militaire destinée à préparer l'insurrection.

Toujours dans la clandestinité, Koba prend une part active à la révolution de 1905. Il est élu délégué à la conférence nationale du parti bolchevik qui se tient à Tammerfors, en Finlande (alors occupée par les Russes). C'est sa première sortie hors du Caucase et sa première rencontre avec Lénine. En avril 1906, Koba se rend à Stockholm au IVe Congrès du POSDR. En 1907, il est à Londres pour participer au Ve Congrès du parti. Son rôle politique est déjà important.

L'agitateur du Caucase

Après Londres, Koba gagne Bakou dont il fait, avec Stepan Chaoumian (le « Lénine du Caucase »), le centre des activités bolcheviques dans la région. Dans ce grand centre pétrolier, son activité est considérable auprès des ouvriers du pétrole, parmi lesquels se côtoient plusieurs nationalités : Azerbaïdjanais, Géorgiens, Arméniens et Russes.

En même temps, il participe à la direction de brigades chargées d'organiser des attaques contre les banques et les transferts d'argent. Ces « expropriations » seront nombreuses dans le Caucase (la plus importante aura lieu à Tbilissi et servira, pour une large part, à alimenter les caisses du groupe bolchevik). Cependant, Koba se heurte à Chaoumian et cherche à l'évincer, au point que ses camarades le soupçonnent de l'avoir dénoncé à la police – dès cette époque, le caractère du futur Staline est marqué par sa brutalité.

De prison en prison (1908-1917)

En mars 1908, Koba est de nouveau emprisonné et déporté ; il s'évade en juin 1909 et reprend sa place à la direction clandestine du comité de Bakou. Réarrêté en mars 1910, il s'évade encore en février 1912. Il n'a pas pu participer au congrès de Prague (janvier 1912), au cours duquel est consommée la scission du POSDR entre un parti menchevik (« minoritaire ») réformiste et un parti bolchevik (« majoritaire ») révolutionnaire.

Koba est coopté au Comité central bolchevik et devient un de ses principaux dirigeants de l'intérieur. En avril 1912, il est à Saint-Pétersbourg, capitale de l'Empire tsariste, où il participe à la création du journal Pravda (la Vérité). C'est lui qui en signe le premier éditorial. Il est arrêté une fois encore et déporté en Sibérie occidentale, d'où il s'évade une nouvelle fois.

Après un séjour en exil à Cracovie (alors en territoire autrichien), puis à Vienne, Koba prend le risque de revenir à Saint-Pétersbourg, mais est arrêté huit jours après (février 1913) sur dénonciation de Malinovski, député bolchevik et agent de l'Okhrana, la police politique du tsar.

Déporté dans le nord de la Sibérie, étroitement surveillé, il reste quatre ans dans cette région au climat pénible et éloignée de tout. C'est la révolution qui éclate en février-mars 1917 qui va le libérer.

Staline et la question nationale

Pendant son séjour à Cracovie, où Lénine l'a appelé, en novembre 1912, à venir travailler auprès de lui, il rédige, à sa demande, plusieurs articles sur les problèmes nationaux. C'est au bas d'un article sur « le Marxisme et la question nationale » qu'apparaît pour la première fois la signature Staline (« l'homme d'acier »). Dans cet article, tout en défendant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, il présente une vision très centraliste du problème des nationalités dans l'Empire russe. Surtout, Staline donne une définition restrictive de la nation, qui, selon lui, ne peut exister sans territoire. S'y esquisse déjà la politique impérialiste qu'il mettra en application, une fois parvenu au pouvoir.

2. La montée de Staline vers le pouvoir (1917-1928)

À partir de 1917, l'histoire de Staline se confond avec celle de la révolution et de l'Union soviétique.

2.1. D'une révolution à l'autre (mars-novembre 1917)

Devant le succès du mouvement révolutionnaire à Petrograd (nouveau nom de Saint-Pétersbourg, débaptisée en 1914 après l'entrée en guerre contre l'Allemagne) et son extension en province, le tsar Nicolas II a abdiqué le 15 (le 2, selon l'ancienne datation) mars 1917. Un Gouvernement provisoire s'est formé, dirigé par le prince Lvov. La bourgeoisie gouverne, mais doit composer avec le soviet de Petrograd, dirigé par les mencheviks, les bolcheviks et les S-R (socialistes-révolutionnaires, non marxistes).

Un bolchevik de compromis

C'est le 25 mars 1917 que Staline, de retour de déportation revient à Petrograd. En l'absence de Lénine – encore en Suisse –, il joue un rôle important dans la direction du parti bolchevik, en particulier à la Pravda. Tout en combattant les positions de la droite du parti bolchevik – représentée par Kamenev, favorable à un « soutien critique » du Gouvernement provisoire et proche des mencheviks –, il critique la gauche du parti, qui, avec Molotov, exige la rupture complète avec le Gouvernement provisoire.

Cette attitude centriste de Staline est vivement critiquée par Lénine dès son retour de Suisse le 16 avril. Lénine considère qu'il faut combattre vigoureusement la politique du Gouvernement provisoire, dirigée par la bourgeoisie et soutenue par le soviet de Petrograd et les mencheviks.

Pendant ce temps, la guerre continue, et le Gouvernement provisoire se refuse à toute réforme importante. Après quelques hésitations, Staline se rallie aux thèses de Lénine ; il est élu au Comité central du parti lors de la septième conférence panrusse, où il défend la résolution proposée par Lénine.

De mai à novembre 1917, il soutient Lénine sans défaillance et joue un rôle essentiel dans l'organisation du parti bolchevik, en même temps qu'il s'affirme comme un spécialiste du problème des nationalités.

Staline, dirigeant officieux du parti

Quand Lénine doit replonger dans la clandestinité à la fin de juillet 1917, après une tentative de prise de pouvoir par l'aile avancée des militants ouvriers, marins et soldats (que le parti bolchevik a d'ailleurs désavouée), c'est Staline qui dirige le parti, de nombreux leaders, Kamenev et Trotski, entre autres, ayant été arrêtés et emprisonnés. Malgré la répression, l'influence bolchevik se développe rapidement chez les ouvriers, dans l'armée et même chez les paysans, pourtant davantage tournés vers les S-R.

Le Gouvernement provisoire, dirigé depuis le 6 août par Aleksandr Kerenski, se refuse à mettre fin à la participation de la Russie à la guerre et mécontente une opinion de plus en plus sensible au mot d'ordre de paix.

En septembre 1917, le commandant en chef de l'armée, le général Lavr Kornilov, tente avec la complicité du Gouvernement provisoire un coup d'État destiné à instaurer une dictature militaire pour contrer l'ascension des bolcheviks. Ceux-ci organisent la lutte contre Kornilov et font échouer le putsch. En même temps, ils deviennent majoritaires aux soviets de Petrograd et de Moscou, ainsi que dans un grand nombre de soviets de villes et de régiments.

Le soutien à Lénine

C'est alors que Lénine, toujours dans la clandestinité, propose de préparer une insurrection pour éliminer le Gouvernement provisoire, complice du putsch militaire. Il faudra près d'un mois au Comité central du parti bolchevik pour se décider : c'est chose faite le 23 (10) octobre 1917.

Pendant cette période, Staline est, avec Iakov Sverdlov et Trotski, un des plus solides soutiens de Lénine. Il ne joue pas cependant dans la préparation de l'insurrection un rôle majeur, pas aussi important du moins qu'il ne le prétendra par la suite, mais sans doute plus essentiel que ne le dira Trotski. Représentant du parti au Comité révolutionnaire du soviet de Petrograd et membre du Bureau politique (→ Politburo) du parti, organisme qui vient d'être créé au sein du Comité central, Staline est à Smolnyï (quartier général de l'insurrection) un des principaux relais du parti.

Pour en savoir plus, voir l'article révolution russe de 1917.

2.2. Staline pendant le « communisme de guerre »

Commissaire du peuple aux Nationalités

Au lendemain de la révolution d'Octobre et la prise du pouvoir par les bolcheviks, lorsque le Conseil des commissaires du peuple (en fait le gouvernement) est constitué, Staline est nommé commissaire aux Nationalités. Ce poste peut apparaître comme secondaire. En réalité, il est délicat et crucial, car l'Empire russe que la révolution fait s'effondrer est une mosaïque de nationalités extrêmement diverses.

Le nouveau pouvoir soviétique va, dès le 15  novembre, proclamer les droits des peuples de Russie :
– 1 « égalité et souveraineté des peuples de Russie ;
– 2 « droit des peuples de Russie de disposer d'eux-mêmes jusqu'à séparation et constitution d'un État indépendant ;
– 3 « suppression de tous les privilèges nationaux ou religieux ;
– 4 « libre développement des minorités nationales et groupes ethniques habitant le territoire russe. »

Ces principes posés, il reste à les appliquer, et ce n'est pas chose facile.

Les puissances étrangères utilisent la situation pour renforcer leurs positions dans les anciennes colonies russes. Ici et là, les nationalistes de droite combattent les bolcheviks, souvent encore très faibles dans certaines régions périphériques de l'Est, dans le Caucase et même en Finlande.

Enfin, la guerre civile menace de toutes parts, et le conflit continue avec l'Allemagne, qui, même après la signature du traité de Brest-Litovsk en mars 1918, poursuit ses opérations en Ukraine. Après l'armistice du 11 novembre 1918 (signé en l'absence de la Russie), Britanniques et Français relaient Allemands et Turcs contre la Russie soviétique.

Un personnage-clé du parti

Staline, dans la tâche qui lui est confiée, fait preuve de doigté et de diplomatie, du moins dans les premières années du nouveau régime. Sa position personnelle est forte, encore qu'obscure. Il est l'un des quatre membres de l'exécutif du Comité central désigné après la révolution (avec Lénine, Trotski et Sverdlov) ; il est également nommé représentant du parti bolchevik à l'exécutif du Conseil des commissaires du peuple (une sorte de cabinet restreint composé de trois bolcheviks, Lénine, Trotski et Staline, et deux S-R de gauche). C'est dire s'il est en fait, après Lénine et Trotski, l'un des premiers dirigeants de la Russie soviétique.

Au moment des vives discussions qui opposent entre eux les dirigeants bolcheviks avant la signature du traité de Brest-Litovsk, Lénine est longtemps mis en minorité, mais Staline est un de ceux qui le soutiennent.

En lutte contre les « Blancs »

La guerre civile, cependant, s'étend et, dès l'été 1918, elle fait rage sur tout le territoire de l'ancien Empire tsariste entre les Rouges, les révolutionnaires, et les Blancs, partisans de l'ordre ancien. Comme tous les dirigeants bolcheviks, Staline se rend sur le front. À l'origine, il est chargé d'assurer le ravitaillement en blé de la capitale, et son quartier général se trouve sur la Volga, à Tsaritsyne, la future Stalingrad (rebaptisée ainsi en son honneur en 1925). En octobre-novembre 1919, les armées blanches, après de violents combats, subissent une défaite écrasante. Trotski, commissaire du peuple à la Guerre, et Staline se disputent les lauriers de la victoire.

L'antagonisme entre Staline et Trostki

Rappelé à Moscou avec les honneurs de la guerre, Staline repart à plusieurs reprises pour le front en 1919 contre le général Anton Denikine, puis en 1920 lors de la campagne de Pologne qui se termine par la défaite de l'Armée rouge (et Staline, qui en est le commissaire politique, en est rendu largement responsable par Trotski).

C'est cependant au cours de cette période qu'il se constitue un groupe de fidèles, Caucasiens et Russes, qui l'accompagneront dans son ascension au pouvoir.

Décoré de l'ordre du Drapeau rouge, Staline n'a, sans doute, pas la popularité de Trotski au lendemain de la guerre civile, mais il apparaît dans les cercles dirigeants bolcheviks comme un organisateur efficace. C'est pourquoi Lénine, tout en lui laissant le commissariat du peuple aux Nationalités, lui confie la direction de l'Inspection ouvrière et paysanne, un organisme de contrôle destiné à lutter contre la bureaucratie.

Un pays à reconstruire

À l'héritage déjà lourd du tsarisme s'ajoute celui de la guerre. Vainqueurs, les bolcheviks se trouvent à la tête d'un pays ruiné et meurtri, après quatre ans de guerre étrangère et trois ans de guerre civile. Il y a eu au total, de 1914 à 1922, plus de 13 millions de victimes, dont 8 millions au cours de la terrible famine de l'hiver 1921-1922. L'industrie n'existe pratiquement plus, et l'agriculture est si ralentie qu'à peine la moitié des terres cultivées en 1913 sont ensemencées en 1921.

La Russie soviétique, d'autre part, reste isolée. À ses frontières, les grandes puissances établissent un « cordon sanitaire » destiné à contenir le « péril bolchevik ». Proclamée le 30 décembre 1922, l'URSS n'est reconnue qu'en 1924 par la France et la Grande-Bretagne, en 1933 par les États-Unis. Un arrière-plan qu'on ne doit pas perdre de vue quand on étudie le rôle de Staline à partir de 1922.

2.3. L'affirmation de l'autorité de Staline sur le parti (1922-1928)

De 1922 à 1928, alors que la nouvelle économie politique (NEP), lancée par Lénine, permet de reconstruire le pays pratiquement sans aide étrangère (les grands pays industriels boycottant l'Union soviétique pendant de longues années), au sommet de l'appareil du parti se livrent d'âpres luttes d'influence, dont Staline va sortir finalement vainqueur.

Staline secrétaire général du parti

Le 3 avril 1922, après le XIe Congrès du parti, Staline est élu secrétaire général. C'est un poste relativement nouveau, à l'origine plutôt administratif. Les circonstances vont lui donner une importance grandissante.

En effet, Lénine tombe gravement malade quelque temps après. Avant d'être écarté totalement des affaires par la maladie, il a eu le temps de juger avec sévérité l'action de Staline. Dans des notes rédigées en décembre 1922, considérées comme son testament, il a critiqué la conduite répressive de Staline en Géorgie et lui a reproché de ressusciter le chauvinisme russe et d'utiliser les méthodes autoritaires des tsars. « Le camarade Staline devenu secrétaire général a maintenant un énorme pouvoir entre les mains et je ne suis pas sûr qu'il sache toujours user de ce pouvoir avec assez de prudence. » « Staline est trop brutal », ajoute-t-il, et il propose de le remplacer au secrétariat général par un « homme plus patient, plus loyal, plus poli et plus attentionné envers les camarades […] ».

L'héritage disputé de Lénine

Néanmoins, Staline reste secrétaire général, et son autorité s'affirme au fil des ans. Jusqu'à la mort de Lénine, le 21 janvier 1924, les assauts contre Trotski de la « troïka »  que Staline forme avec deux autres membres du Politburo  – Zinoviev et Kamenev –, sont relativement modérés, d'autant que le pays est alors en crise.

Staline se prononce contre la révolution permanente prônée par Trotski, il accuse ce dernier de mener une activité fractionnelle au sein du parti, d'avoir des vues économiques erronées, et critique ses Leçons d'Octobre parues en octobre 1924. Il parvient peu à peu à l'isoler, en envoyant ses partisans à l'étranger ou dans des régions reculées de l'URSS, ou en les démettant simplement de leurs fonctions.

Trotski, condamné par une résolution du Comité central de janvier 1925, n'intervient pas en faveur de Kamenev et de Zinoviev, attaqués à leur tour par Staline lors du XIVe congrès du parti en décembre, mais il s'allie à eux l'année suivante. Cela n'empêche pas Staline de l'emporter : Trotski et Zinoviev sont exclus du parti le 15 novembre 1927, et leurs partisans le sont lors du XVe congrès du parti, un mois plus tard.

Les raisons de la victoire de Staline sur ses rivaux à la succession de Lénine

Tout en jouant à certains moments la modération, Staline met ses opposants dans la position d'« aventuristes », de destructeurs de la cohésion du parti, dont il se présente comme le seul garant. Son entreprise est facilitée par le fait que ses adversaires eux-mêmes renoncent à utiliser toutes les armes à leur disposition ; ainsi, Trotski et Nadejda Kroupskaïa, la veuve de Lénine, vont jusqu'à nier l'existence du « testament » de Lénine au nom de l'unité du parti.

Staline sait aller jusqu'au bout de son point de vue et le parti bolchevik, compte tenu des nécessités du moment, serre les rangs derrière lui. La révolution, en effet, a échoué partout ailleurs qu'en Russie, et il semble peu probable qu'elle triomphe de sitôt. La construction du « socialisme dans un seul pays », option que défend Staline, s'impose dès lors comme un impératif, en opposition à l'internationalisme prôné par Lénine.

Au-delà des querelles personnelles entre les « héritiers de Lénine » – Staline, Trotski, Kamenev, Boukharine, Zinoviev –, il y a des choix fondamentaux à faire. Staline les fait avec le plus de netteté, et sans hésiter à évincer brutalement ses opposants.

3. Staline maître de l'URSS (1928-1953)

3.1. L'ordonnateur de la dictature totalitaire (1928-1941)

Les moyens du pouvoir : un parti unique renouvelé, un appareil répressif tout-puissant

À la fin de 1927, une fois Trotski, Zinoviev et Kamenev exclus du parti bolchevik, l'autorité de Staline est désormais incontestable. Staline domine le parti, et le parti domine les soviets et l'État. La construction du socialisme dans un seul pays devient le mot d'ordre du parti. Un parti unique mais qui reste faible malgré sa victoire, en raison même des conditions dans lesquelles il a triomphé. La Russie tsariste n'avait ni traditions ni structures démocratiques. La guerre civile a conduit les bolcheviks à répondre par la « terreur rouge » à la « terreur blanche ». La police politique (la Tcheka, devenue la Guépéou en 1922) a pris une importance démesurée.

D'abord au service du parti et orientée vers la défense de la révolution, la « Commission extraordinaire » (Tcheka) à laquelle avait dû se résoudre Lénine est rapidement devenue une institution permanente, un appareil d'État – la dénomination GPU (Guépéou) en est révélatrice : Administration Politique d'État –, qui étend son contrôle jusque sur le parti. Depuis la révolution, le parti n'a cessé de croître : en 1929, ses effectifs sont trois fois plus nombreux qu'à la mort de Lénine, mais il ne compte pratiquement plus de vieux bolcheviks, sa base ouvrière se réduit au profit d'une couche de fonctionnaires, et le niveau intellectuel des nouveaux venus est aussi limité que leur expérience politique. Comme moyen de concrétiser le changement radical et rapide où s'engage Staline, le parti paraît inadéquat. Cela explique au moins en partie le glissement du système politique vers les forces de sécurité, dont Staline fait l'instrument de son volontarisme.

Industrialisation, collectivisation et planification à marche forcée

Fort des succès de la nouvelle économie politique (NEP), Staline engage alors l'Union soviétique sur la voie de l'industrialisation accélérée. L'URSS est en effet, en 1929, encore un pays rural pour les quatre cinquièmes, et la révolution, après avoir nationalisé les terres, les a distribuées aux paysans. Afin d'industrialiser rapidement, il faut, du fait de l'absence d'investissements étrangers, utiliser les capitaux d'origine rurale. Le drame, c'est que la collectivisation des terres, à la fois nécessité économique et donnée de principe de l'économie socialiste, va se faire dans la plus grande hâte et par des mesures violentes : en janvier 1930, Staline décrète « la liquidation des koulaks (paysans aisés) en tant que classe ». L'exode rural massif et la déstructuration de l'économie rurale se traduisent par une terrible famine qui, en 1932-1933, fait plusieurs millions de victimes, en Ukraine principalement.

La planification permet de concentrer les forces disponibles sur les secteurs décisifs de l'industrie lourde, mais cela ne peut se réaliser qu'au prix d'une mobilisation de toutes les énergies s’accompagnant d’une fuite en avant : les objectifs initiaux du premier plan quinquennal sont doublés, triplés, quintuplés suivant les branches. Assortie de la disparition de toute la sphère privée pour les individus, puis de l'embrigadement, voire de l'asservissement, des classes laborieuses, la course à la production se traduit aussi par les mouvements de « compétition socialiste » : « travailleurs de choc » à partir de 1929, puis stakhanovisme à partir de 1935.

La terreur politique stalinienne

L'économie socialiste fait des progrès sérieux – l'industrialisation sera une réalité en 1939 –, l'évolution culturelle est considérable et l'analphabétisme est éliminé chez les moins de quarante ans ; seule l'agriculture piétine, en raison de la collectivisation.

En même temps, les méthodes de plus en plus autoritaires de Staline se heurtent à la résistance naissante de nombre de communistes, même si le monolithisme du parti est devenu total en 1933 après l'éviction de Boukharine (1929) et de l'« opposition de droite ».

Pour imposer sa volonté transformatrice, Staline doit s'appuyer sur un appareil policier puissant et renforcer les institutions étatiques. Démasquant complots et réseaux de sabotage, réels ou imaginaires, il réorganise la police politique (la Guépéou est remplacée par le NKVD en 1934), qu'il confie à Guenrikh Iagoda, cadenasse tout l'appareil d'État et se débarrasse systématiquement de tous ceux qui critiquent ou pourraient critiquer sa politique.

L'assassinat en décembre 1934 de Kirov, secrétaire du parti à Leningrad (ex-Petrograd, débaptisé en 1924) et successeur potentiel du secrétaire général, ouvre une ère de terreur.

Cent dix-sept exécutions capitales sont immédiatement ordonnées à la suite de cet attentat (en 1937, Staline « révèlera » que le principal assassin de Kirov était en fait Iagoda, l'un de ses plus proches collaborateurs et l'instrument de sa politique terroriste). Staline fait procéder à une vague de purges massives.

Lors des procès de Moscou, de 1936 à 1938, sont jugés et condamnés la plupart des dirigeants de la révolution (des prototypes plus modestes de ces grands procès, visant des intellectuels et des mencheviks, avaient déjà été organisés au début des années 1930) ; l'épuration s'étend rapidement à des centaines de milliers de cadres administratifs, militaires, économiques et culturels.

Sous le contrôle du NKVD, les camps de travail forcé se remplissent de millions de personnes, dont la plupart disparaissent dans ce qui sera plus tard connu sous le nom de  Goulag.

Un chef puissant et adulé, mais isolé

Le stalinisme s'exprime également dans le culte du chef, dont les portraits et les statues sont omniprésents. Au XVIIe Congrès du parti, dit « des vainqueurs », en février 1934, Staline est devenu, dans la description de Kirov, « le plus grand homme de tous les temps et de tous les pays ». Cette vénération atteint son apogée en 1936 – année de l'adoption de la nouvelle Constitution soviétique, dite « stalinienne » –, puis lors des 60e et 70e anniversaire de Staline, en 1939 et 1949. Staline vit jusqu'en 1933 au Kremlin, dont il ne sort guère, sinon pour les cérémonies officielles sur la place Rouge. La plupart de ses compagnons de jeunesse et même ses amis de la révolution disparaissent tragiquement, dont un grand nombre sur son ordre. Le pouvoir suprême accentue le côté solitaire – et brutal – de sa personnalité. Une solitude que ne compense aucune vie familiale.

Très jeune, Staline a épousé Ekaterina Svanidze, qui est morte en 1906 (leur fils deviendra général de l'Armée rouge). Après la révolution, il s'est remarié avec une très jeune fille, Nadejda Allilouïeva, qui se suicidera en 1932 dans des circonstances restées mystérieuses ; il fera fusiller par ailleurs deux de ses beaux-frères, et quatre de ses belles-sœurs seront déportées.

3.2. Le chef de l'Armée rouge (1941-1945)

Un conflit mal anticipé

En 1939 commence la Seconde Guerre mondiale. L'Union soviétique reste neutre jusqu'en juin 1941 en vertu du pacte de non-agression avec l'Allemagne hitlérienne (août 1939). Les Occidentaux (France et Grande-Bretagne) ont refusé de signer avec l'URSS un accord militaire et économique face à l'Allemagne hitlérienne. À Munich, en septembre 1938, Français et Britanniques ont traité avec Hitler sans consulter l'URSS, tandis que les États-Unis restent neutres jusqu'en décembre 1941. Si, du point de vue soviétique, le pacte germano-soviétique se justifie – il faut gagner du temps –, on comprend mal, en revanche, que Staline ait pu être surpris par l'agression hitlérienne du 22 juin 1941, car le gouvernement soviétique a reçu des informations précises à ce sujet. Avec les difficultés de 1932-1933, dues aux conditions de la collectivisation des terres, les défaites qui suivent l'invasion allemande seront le plus grand échec de Staline. Pendant plus d'une semaine, il disparaît même de la scène politique.

Le maréchal Staline

Le 3 juillet 1941, Staline s'adresse cependant aux Soviétiques pour les appeler à la lutte contre l'envahisseur. Président du Conseil des commissaires du peuple depuis le 6 mai 1941 (où il remplace Molotov), il devient président du Comité d'État pour la défense, puis commandant en chef de l'Armée rouge (août), concentrant ainsi dans ses mains tous les pouvoirs civils et militaires.

En octobre 1941, malgré la menace allemande, Staline décide de rester à Moscou. Le 6 novembre, il prononce, à la station de métro Maïakovski, un discours qui en appelle ouvertement aux sentiments patriotiques et, le lendemain, à l'occasion du 24e anniversaire de la révolution d'Octobre – alors les Allemands sont à moins de 100 km de la capitale –, il passe en revue les troupes sur la place Rouge.

Staline parvient à inspirer au peuple une véritable foi dans son infaillibilité, à dissiper les doutes et les rancoeurs des années précédentes ; se conciliant par des concessions l'Église orthodoxe et restaurant dans l'armée les valeurs traditionnelles, il mobilise la population au service de la « grande guerre patriotique ». Les succès militaires soviétiques, surtout après la terrible bataille de Stalingrad (février 1943) permettent au « petit père des peuples » adulé de ses concitoyens de s'attribuer une stature de grand chef militaire. En 1943 il se fait maréchal, en 1945 généralissime.

Pour en savoir plus, voir l'article Seconde Guerre mondiale.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale s'achève, l'URSS, dont la participation à la victoire sur Hitler a été décisive, bénéficie d'un prestige énorme dans le monde, et Staline est au zénith de sa gloire. Son culte est célébré avec une intensité croissante tant en URSS que dans les démocraties populaires : érection de statues monumentales, diffusion d'une littérature dithyrambique, etc.

3.3. Le maître du camp socialiste (1945-1953)

La victoire de l'URSS a été obtenue au prix de sacrifices immenses : plus de 20 millions de morts (700 000 rien que pour les victimes civiles de Leningrad) et près de la moitié du pays dévasté par les nazis.

Puissance militaire et guerre froide

Il faut donc reconstruire le pays, et cela demande du temps et de nouveaux sacrifices. Lors des conférences de Téhéran (nov.-déc. 1943), Yalta (février 1945) et Potsdam (juillet-août 1945), Staline a défendu avec habilité et ténacité les acquisitions de l'URSS, il a tenté de trouver un accord pour l'après-guerre avec ses alliés occidentaux britanniques et américains, mais l'URSS ne possède pas encore la bombe atomique (la première n'éclatera qu'en 1949). Il lui faut dépenser des sommes énormes pour rattraper son retard militaire, ce qui ne peut qu'entraver le développement économique.

Pourtant, malgré la guerre froide (marquée par le blocus de Berlin et la guerre de Corée), l'URSS connaît un certain développement industriel et culturel après 1947. Les industries spatiale et nucléaire sont créées à cette époque ; cependant, les biens de consommation ne progressent pas aussi vite, et les difficultés agricoles sont considérables.

Staline et l'impérialisme soviétique

Après la victoire, Staline scelle la domination soviétique sur la majeure partie de l'Europe de l'Est. Subordonnant encore plus qu'auparavant toute visée internationaliste aux intérêts de l'URSS, il crée alors le Kominform (1947), qui impose aux partis communistes (notamment après la rupture avec la Yougoslavie de Tito en 1949) le soutien inconditionnel de la politique soviétique et l'adoption du dogmatisme diffusé par son collaborateur Jdanov. La dernière période voit Staline régner sans partage sur ce nouvel empire, dans un style ouvertement autocratique, et le congrès du parti n'est plus réuni avant 1952.

Le retour à la terreur

Vénéré à l'égal d'un dieu, Staline, qui a depuis longtemps l'obsession du complot, devient de plus en plus méfiant et soupçonneux. Ne gouvernant plus qu'avec une poignée de responsables (Jdanov, Malenkov, Beria, Boulganine, puis Khrouchtchev), il durcit de nouveau son emprise. Il écarte les militaires vainqueurs de la guerre, comme le maréchal Joukov, et s'apprête même à éliminer des collaborateurs proches ; les camps de travail forcé accueillent tous ceux qui doutent ou pourraient douter du « génie du chef ».

Sur le plan idéologique, le régime devient de plus en plus nationaliste grand-russe et xénophobe, ce qui prend, entre autres, la forme d'une campagne contre le « cosmopolitisme » à partir de 1948.

En janvier 1953, l'« affaire des blouses blanches », prétendu complot de médecins juifs ayant soigné des membres du parti qui auraient empoisonné des dirigeants soviétiques et prévu d'en assassiner d'autres, donne le signal à la fois d'une vaste purge et d'une répression antisémite. Peut-être l'affaire est-elle fabriquée de toutes pièces, ou correspond-elle à une machination dirigée par Beria, qui se savait menacé par Staline dont il était pourtant l'exécuteur des basses œuvres, Khrouchtchev et Molotov qui cherchent à écarter Staline ?.

La mort du « petit père des peuples »

Depuis près de vingt ans, Staline vit solitaire dans une « datcha » près de Moscou, à Kountsevo. Il passe l'été sur les bords de la mer Noire, dans le Caucase et ne se montre jamais en public, sinon le 1er mai et le 7 novembre, lors des grands défilés sur la place Rouge.

Dans la nuit du 1er mars 1953, dans sa datcha, Staline est victime d'une hémorragie cérébrale, dont il meurt le 5 mars 1953. Ce qui s'est exactement passé dans les heures qui précèdent et suivent cette attaque, et notamment le comportement des dirigeants du parti présents autour de lui comme Beria, demeure controversé.

Embaumé, son cadavre est placé dans le mausolée de la place Rouge à Moscou, à côté de celui de Lénine, quelques mois après une cérémonie funèbre où des millions de personnes ont pleuré le « petit père des peuples », le vainqueur de Stalingrad.

La déstalinisation inachevée

Pourtant, dès l'année suivante, le nom de Staline commence à disparaître des journaux. En 1956, devant le XXe Congrès du parti communiste de l'URSS, le secrétaire général Khrouchtchev, dans une séance à huis clos, présente un rapport secret visant à démontrer que les succès obtenus par l'URSS sont dus pour l'essentiel au parti et non à son défunt dirigeant, dont le culte de la personnalité, les méthodes brutales et les erreurs stratégiques sont dénoncées.

Il s'agit donc d'une mise en cause de Staline seul plus que du stalinisme et des méthodes qu'il a mises en œuvre : la déstalinisation amorcée lors du XXe Congrès est restée largement inachevée.

Pour en savoir plus, voir l'article stalinisme.