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forêt

(ancien français forest, du bas latin silva forestis, forêt en dehors de l'enclos)

Forêt en automne
Forêt en automne

Grande étendue de terrain couverte d'arbres ; ensemble des grands arbres qui occupent, qui couvrent cette étendue.

Expression de la grande prodigalité du monde vivant, la forêt ne saurait se résumer aux arbres qui la composent. C'est un écosystème complexe qui abrite toute une communauté de végétaux et d'animaux vivant en interaction. Les grandes fonctions qu'elle remplit simultanément, au plan économique par la production de bois, au plan écologique par son rôle de protection et au plan social par les bienfaits qu'elle procure à la société, en font un patrimoine précieux pour l'homme.

Caractéristiques générales

Témoin des changements climatiques qui ont accompagné les temps géologiques, la forêt a une longue histoire. Fruit de l'union des forces naturelles, climat et sol en particulier, à l'origine de sa grande diversité, elle a été profondément marquée par le développement des sociétés humaines.

Un manteau forestier en constante évolution

Si la surexploitation du bois comme source d'énergie a longtemps prévalu pour assurer les besoins d'une population en forte expansion démographique et ceux de la révolution industrielle, l'avènement du charbon vers le milieu du xixe s., puis celui du pétrole un peu plus tard, ont véritablement sauvé la forêt.

Actuellement, on distingue deux tendances concernant la ressource forestière mondiale : d'une part, une augmentation du capital forestier des pays occidentaux par suite de coupes de bois inférieures à la production biologique et de l'extension de la forêt sur des terrains abandonnés par l'agriculture (ainsi, en France, la surface de la forêt s'accroît encore actuellement, au rythme annuel d'environ 68 000 hectares, et la production biologique forestière est supérieure à la récolte) ; d'autre part, une importante déforestation dans les pays tropicaux pauvres ou émergents, à forte démographie, notamment en Afrique, et en Amérique du Sud. En Asie, la situation est contrastée : depuis 2000, la superficie forestière totale augmente, en raison des boisements de la Chine tandis que la déforestation s'est poursuivie en Asie du Sud-Est.

Évolution du couvert forestier de 1990 à 1995

ÉVOLUTION DU COUVERT FORESTIER DE 1990 à 1995
(en millions d'hectares)

Région du monde

Superficie
en 1990

Superficie
en 1995

Superficie
en 2000

Superficie
en 2005

Variation 1990/2005
en %

Afrique

699

677

655

635

-9,2

Amérique du Nord

608

610

612

613

+0,8

Amérique latine et Caraïbes

991

969

946

924

-6,8

Asie

558

570

566

571

+2,3

Europe*

1 005

993

998

1 001

+0,8**

Océanie

212

210

208

206

-2,9

Total

4 077

4 032

3 988

3 952

-3,1

* : y compris l'U.R.S.S. en 1990, y compris la Fédération de Russie à partir de 1995
** : variation 1995/2005

Source : Situation des forêts du monde 2007 - FAO

Diversité des paysages forestiers

La forêt recouvre aujourd'hui 30,3 % des terres émergées de notre planète. Trois grandes formations caractérisent la diversité des climats : la forêt boréale, essentiellement résineuse, réduite dans sa diversité par la rigueur du climat ; la forêt tempérée et sa variante sèche, la forêt méditerranéenne ; la forêt tropicale, réservoir formidable de richesse floristique, constituant la moitié du manteau forestier de la Terre (→ écologie).

Répartition géographique des superficies forestières mondiales

RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES SUPERFICIES FORESTIÈRES
MONDIALES (en 2005)

Région
du monde

Superficie
en millions d'ha

Superficie
en % de la superficie des terres

Afrique

636

21,4

Amérique du Nord

677

32,7

Amérique latine et Caraïbes

860

47,3

Asie

572

18,5

Europe

1 001

44,3

Océanie

206

24,3

Total

3 952

30,3

Source : Situation des forêts du monde 2007 - FAO

Les forêts françaises sont à la mesure de la diversité des facteurs de production (composante climat-sol) et de l'action humaine. Les essences forestières feuillues y sont prépondérantes, en couvrant les deux tiers de la surface ; les résineux, occupant plutôt les régions montagneuses ou étendus par plantation ailleurs, représentent le tiers restant.

Répartition des essences forestières en France

RÉPARTITION DES ESSENCES FORESTIÈRES EN FRANCE

Feuillus prépondérants

Surface (milliers d’ha)

Conifères prépondérants

Surface (milliers d’ha)

Chêne pédonculé

1 848

Pin maritime

1 100

Chêne rouvre

1 692

Pin sylvestre

906

Hêtre

1 392

Épicéa commun

629

Chêne pubescent

1 250

Sapin pectiné

578

Châtaignier

744

Douglas

397

Chêne vert

646

Pin d’Alep

204

Charme

577

Pin noir d’Autriche

184

Frêne commun

541

Pin laricio

157

Bouleau verruqueux

293

Autre conifère

312

Robinier faux acacia

187

Total

4 467

Autre feuillu

1 011

 

 

Total

10 376

 

 

Les forêts tropicales, une richesse menacée par l'homme

Essentiellement situées dans les pays en développement , les forêts tropicales sont soumises à des pressions humaines de plus en plus fortes. La surexploitation des gros bois de valeur, les cultures vivrières itinérantes et peu performantes, les besoins en bois de feu, les cultures industrielles et les incendies réduisent la couverture forestière et dégradent les sols. La forêt tropicale humide recule de façon continue, surtout en Asie. Cependant la prise de conscience de l'importance des forêts progresse, dans ses rapports avec le climat et la biodiversité. Un nombre croissant de pays affecte des superficies à la conservation et met en place des stratégies de gestion forestière durable.

Le dépérissement des forêts

Dans les années 1980, l'opinion publique a été alertée par le problème du dépérissement des forêts. Ce phénomène, qui se manifeste par des réductions ou décolorations anormales de la masse foliaire des arbres et va parfois jusqu'à entraîner des mortalités, a mobilisé l'attention des chercheurs. Les pluies acides ont alors été incriminées mais les différentes études menées ont montré que le dépérissement des forêts était plutôt dû à la conjugaison d'éléments défavorables agissant en interaction : stress hydrique lié à des années de sécheresse anciennes, pollution atmosphérique acide et azotée. L'action conjuguée des pays européens s'est traduite par la mise en place d'un réseau d'observation européen. En France, 50 000 arbres sont sous surveillance permanente et renseignent sur l'état de santé des forêts, qui n'est pas préoccupant.

L'arbre

L'arbre est un végétal ligneux à longue durée de vie, de plus de 7 m de hauteur, constitué d'une tige simple et nue à la base, le fût, supportant un ensemble de ramifications de branches et rameaux feuillés appelé houppier. Miracle d'architecture vivante, il est capable d'atteindre plus de 30 m de hauteur à l'âge adulte, c'est-à-dire entre 100 et 200 ans pour les espèces ayant la longévité la plus grande, parmi lesquelles on peut citer, en Europe, le chêne sessile, le hêtre, le pin sylvestre et le sapin pectiné.

Quelques records concernant les arbres




Les arbres les plus vieux

Le record appartient à l'alerce, sorte de cyprès géant dont on aurait trouvé des exemplaires âgés de près de 10 000 ans, dans la cordillère des Andes, au Chili. Un autre résineux, le pin de l'Arizona, atteint 5 000 ans au Mexique. Le cèdre du Liban et le séquoïa de Californie suivent, avec des spécimens âgés de 3 000 ans. À une échelle plus modeste, le chêne atteint 1 000 ans en France.

Les arbres les plus hauts

L'eucalyptus atteint 125 m de hauteur en Australie. En Californie, il existe un séquoia géant de 112 m.En France, la palme revient au douglas, résineux originaire de la côte ouest des États-Unis et introduit au début du XIXe siecle, dont certains sujets âgés de 110 ans atteignent actuellement 59 m de hauteur en Alsace.

Les arbres les plus gros

Quelques véritables monuments dépassent 30 m de circonférence à hauteur de poitrine : le cyprès du Mexique (40 m), le séquoia de Californie (31 m) et le baobab d'Afrique (30 m).

L'arbre qui pousse le plus lentement

C'est un épicéa d'Alaska qui ne dépasse pas 28 cm de hauteur à 100 ans.

Apparition et évolution sur la Terre

Les premiers végétaux ligneux connus sont apparus sur la Terre il y a 400 millions d'années. Il s'agissait alors de fougères arborées. Les gymnospermes, ou résineux, se sont développés à la fin de l'ère primaire, il y a 170 millions d'années, pour connaître leur apogée à la fin de l'ère secondaire (− 130 millions d'années) ; époque à laquelle apparaissent les premiers feuillus, ou angiospermes, sous climat à caractère tropical. Ces feuillus, au système reproducteur plus évolué que celui des résineux, vont progressivement éliminer ces derniers de nombreux milieux. Actuellement, on recense dans le monde moins de 600 espèces résineuses et plus de 25 000 espèces feuillues présentes sous tous les climats, mais avec une très grande diversité d'espèces en forêt tropicale.

Croissance

La croissance de l'arbre s'apparente à un emboîtement de cônes superposés. Elle combine deux phénomènes : la croissance en hauteur de la tige, à partir du bourgeon terminal ou subterminal d'une part, et la croissance en grosseur du fût et des branches. Cette croissance s'effectue par l'assise cambiale, située entre le bois et l'écorce, qui, chaque année, va produire une couche interne de bois et une mince couche d'écorce du côté externe. Les racines s'accroissent également dans les deux directions mais celles-ci voient leur croissance limitée par un milieu plus contraignant. On ne connaît pas très bien les réelles possibilités de développement des systèmes racinaires, faute de pouvoir les étudier en vraie grandeur. Dans certains cas, on a pu observer chez le chêne pédonculé – espèce à enracinement pivotant – un développement de racines jusqu'à plusieurs mètres de profondeur. On cite le cas d'une espèce légumineuse du genre prosopis, dont les racines peuvent descendre à 50 m en zone semi-aride pour y puiser l'eau.

L'arbre fabrique du bois à partir de la sève brute, mélange d'eau et de sels minéraux, puisés dans le sol par les racines. La sève brute est transportée dans de grands conduits cellulaires au niveau des feuilles où elle est transformée en sève élaborée grâce à la photosynthèse. Cette sève nourricière gagne les régions de croissance dans une mince couche de tissus, située entre le bois et l'écorce.

L'écosystème forestier et son rôle protecteur

L'écosystème forestier constitue une communauté d'organismes végétaux et animaux vivant en interaction. Les végétaux chlorophylliens (arbres, arbustes, arbrisseaux, plantes annuelles et mousses) sont autotrophes, c'est-à-dire capables de fabriquer de la matière organique à partir du carbone qu'ils captent dans l'atmosphère grâce à la photosynthèse. Les animaux, les végétaux non chlorophylliens et de nombreux micro-organismes constituent une chaîne complexe de consommateurs dans laquelle chaque espèce participe au bon fonctionnement de la communauté.

Chez les feuillus, la litière constituée des feuilles de l'année tombées sur le sol représente une masse annuelle de 2 à 3 t à l'hectare. Ces feuilles sont décomposées en petits fragments par des champignons, des bactéries et divers micro-organismes. Les lombrics, dont la masse peut atteindre en bon sol forestier plus d'une tonne à l'hectare, par ingestion et brassage de ces petits fragments organiques, contribuent à l'entretien de la fertilité du sol par un recyclage rapide de la matière organique. De nombreux champignons (amanites, bolets…) vivent en symbiose avec les arbres, en constituant autour de leurs fines racines, des manchons de filaments mycéliens appelés mycorhizes. Ces derniers sont le siège d'un échange à bénéfice réciproque : l'hôte fournit à l'arbre les éléments minéraux issus de la matière organique qu'il décompose, et puise en contrepartie les sucres dissous dans la sève élaborée de l'arbre.

Certains animaux jouent un rôle important dans la dynamique de régénération de la forêt en assurant le transport des graines forestières. Le geai des chênes enterre en moyenne annuelle environ 5 000 glands pour se constituer des réserves de nourriture. Ces glands ainsi dispersés, parfois sur plusieurs kilomètres de distance, germent et donnent 2 500 semis de chêne. Premier reboiseur européen, le geai contribue efficacement à l'expansion du chêne.

La forêt fixe le carbone et réduit l'effet de serre

Grâce à la photosynthèse, la forêt piège de grandes quantités de dioxyde de carbone (CO2) pour se développer. On estime que 1 m3 de bois produit fixe 1,5 t de CO2. En France, la récolte ligneuse annuelle, de l'ordre de 52 millions de mètres cubes en moyenne, fournit environ 20 millions de mètres cubes de produits ligneux transformés (charpente, placage, meubles, panneaux agglomérés…) qui vont donc piéger durablement près de 30 millions de tonnes de CO2. Au plan mondial, la biosphère terrestre fixe par photosynthèse 1,5 gigatonne de CO2 en flux net, mais cet important stockage est malheureusement réduit à néant par la déforestation des forêts tropicales qui entraîne un déstockage de 1,4 gigatonne. La forêt est un atout précieux pour lutter contre l'effet de serre dès lors qu'elle est gérée selon les principes de gestion durable et que l'on exploite des produits ligneux utilisés durablement. La promotion du matériau bois en tant que matière première durable et renouvelable est donc nécessaire.

La forêt exerce une puissante action sur l'eau

La forêt régularise le régime des eaux, son humus, riche en matière organique, joue le rôle d'une éponge et est capable de retenir de grandes quantités d'eau. Les bassins versants boisés, en cas de fortes pluies prolongées, limitent les écoulements et les crues. L'eau de pluie captée est épurée lors de son infiltration progressive vers les nappes phréatiques. La neige sous l'ombrage des arbres fond plus lentement qu'en plein découvert et approvisionne durablement les sources. À grande échelle, la forêt favorise les précipitations.

La forêt fixe les dunes littorales

Sous l'action du vent, les dunes littorales se déplacent et progressent vers l'intérieur des terres. Pour lutter contre l'envahissement des sables, la côte aquitaine a été boisée en pin maritime à la fin du xviiie s. Cette forêt de protection ainsi constituée joue non seulement un rôle très utile de fixation des sables, mais aussi d'accueil du public en offrant aux nombreux estivants un cadre vert favorisant diverses activités de plein air.

La forêt de protection en montagne

L'érosion en montagne est un phénomène naturel qui menace périodiquement les intérêts humains : chute de blocs, coulées de boue, glissements de terrain constituent des facteurs de risques importants. La forêt offre un manteau protecteur susceptible de limiter les effets de l'érosion, une forte densité de jeunes arbres freine les chutes de pierres. La pérennité de la forêt sur les versants sensibles est un gage de protection contre les risques divers. Ponctuellement la forêt peut jouer également un rôle de protection dans les zones de départ d'avalanche.

Les perturbations de la forêt

Des pans entiers de forêts peuvent être détruits par des phénomènes cataclysmiques ou épidémiques à caractère aléatoire. Si les écosystèmes forestiers sont en mesure de cicatriser naturellement leurs blessures avec le temps, les fonctions économiques et sociales de la forêt sont généralement fortement affectées par ces catastrophes.

Le feu

Les incendies de forêt sont pour une part importante le fait de l'homme par suite de négligence ou de malveillance. En France, ce sont en moyenne environ 15 000 ha qui sont parcourus chaque année par le feu. Mais, lors d'années sèches, les dégâts peuvent être beaucoup plus élevés et dépasser les 40 000 ha ; tel a été le cas en 1976, année de grande sécheresse. Le massif landais et la forêt méditerranéenne sont les plus touchés avec 1 % de leur surface détruite chaque année. Les forêts les moins productives sont les plus exposées dans la mesure où, étant abandonnées à elles-mêmes, un sous-bois important et très combustible s'y développe et favorise les incendies. La dépopulation des campagnes est également un facteur de risques.

Dans les forêts tropicales, la pratique des cultures itinérantes sur brûlis par les populations locales, accentue la dégradation des sols forestiers et le recul de la forêt. Depuis le début du xxie s., des incendies volontaires pour installer des plantations industrielles, ont détruit de vastes superficies de forêts primaires.

Les tempêtes

Le vent a un rôle utile en matière de pollinisation des fleurs et de dissémination des graines. Mais, périodiquement, les tempêtes, avec des vents soufflant à plus de 120 km/h, ébranlent, voire détruisent la forêt, en générant de nombreux chablis. Le terme « chablis » désigne tout arbre déraciné ou cassé par le vent. L'importance des chablis croît avec l'altitude, et les forêts de montagne sont davantage perturbées par les dégâts du vent que les forêts de plaine. Depuis une bonne centaine d'années, on assiste dans toutes les forêts d'Europe à une augmentation de la violence et de la fréquence des vents et donc à une augmentation des dégâts. Les tempêtes des 26 et 28 décembre 1999, qui ont déferlé sur l'Europe de l'Ouest et touché plus particulièrement la France avec des pointes de vent dépassant 160 km/h, ont détruit 137 millions de mètres cubes dans les forêts françaises, soit près de trois récoltes annuelles de bois. Les résineux ont été globalement plus touchés que les feuillus, dont l'état défeuillé hivernal offre moins de prise au vent.

Les insectes et les champignons

Les insectes et les champignons qui attaquent les arbres sains sont considérés comme des parasites. Des insectes gros comme des têtes d'épingle, appelés scolytes, peuvent se développer en année sèche, forer des galeries à l'état larvaire entre le bois et l'écorce des résineux et entraîner la mort de ces arbres à très brève échéance. Des chenilles en très grand nombre, en se nourrissant de feuilles et de fleurs des grands arbres, peuvent entraîner leur dépérissement. Des champignons attaquent les racines et se développent à la base du tronc, entraînant chez l'arbre de graves altérations du bois, voire sa mort. Tous ces parasites animaux et végétaux vivent à l'état endémique en forêt. Par suite de circonstances défavorables telles que la sécheresse ou la présence d'essences non adaptées aux conditions de station (complexe sol-climat), l'écosystème forestier peut être déséquilibré et les parasites avoir un développement épidémique grave pour la forêt.

La gestion forestière

Dans un environnement planétaire de plus en plus menacé par le développement des sociétés humaines, la communauté internationale insiste sur la nécessité d'une gestion durable respectueuse de l'environnement. Tous les pays sont tenus de mettre en œuvre des mesures de bonne gouvernance, soucieuse de préserver l'avenir des générations futures. Au plan forestier, les enjeux sont importants et les pays développés se doivent de montrer l'exemple. C'est ainsi qu'en France, la politique forestière, nouvellement cadrée par la loi d'orientation sur la forêt du 9 juillet 2001, a inscrit la gestion des forêts dans un cadre multifonctionnel.

La gestion multifonctionnelle a pour but de faire jouer simultanément à la forêt ses différentes fonctions pour satisfaire tous les besoins de la société. Dans une même forêt, Il n'y a pas incompatibilité entre la production de bois, le maintien d'un mélange d'essences de grosses dimensions pour l'accueil du public et l'absence d'interventions dans certains milieux à protéger mais à faible rendement économique. Il ne faut cependant pas en conclure que l'abandon de la gestion forestière est la solution écologiquement adaptée pour protéger les écosystèmes et leur diversité biologique. En effet, de nombreuses espèces végétales ou animales ne peuvent se maintenir que dans des milieux ouverts. Certaines orchidées rares se maintiennent sur des pelouses calcaires régulièrement fauchées ; l'abandon de la fauche favorise l'évolution des pelouses vers la friche arbustive précédant l'arrivée de la forêt, et la disparition des orchidées liée à la fermeture du couvert. Le maintien de bon nombre d'espèces végétales est donc lié à une gestion raisonnée des écosystèmes forestiers nécessitant des interventions humaines adaptées.

L'aménagement forestier

L'aménagement forestier est une charte de bonne gestion qui s'inscrit dans le long terme. Il fixe des objectifs de gestion en fonction d'une analyse poussée des facteurs écologiques (potentialités de production [climat, sol, peuplements forestiers], milieux remarquables à protéger) et des facteurs socio-économiques (marché du bois, demande sociale). D'une manière générale, les objectifs assignés à la forêt visent à l'exercice simultané de ses trois fonctions – la production, la protection et le social – dans le cadre d'une gestion multifonctionnelle. Cependant, selon les enjeux, une fonction est souvent considérée comme prioritaire – c'est le cas de la fonction de production – sans pour autant être exclusive. Ainsi, les forêts suburbaines à forte fréquentation jouent avant tout un rôle d'accueil du public, tandis que les forêts de montagne en zone à risques naturels ont une fonction majeure de protection. Il est nécessaire de solliciter la fonction de production de la forêt à chaque fois qu'il n'y a pas incompatibilité avec l'exercice des autres fonctions, car une forêt qui produit des biens économiques dégage des recettes susceptibles de financer en tout ou partie les autres fonctions non rémunératrices.

Production mondiale de produits forestiers

PRODUCTION MONDIALE DE PRODUITS FORESTIERS

(en millions de mètres cubes, en 1996)

Région du monde

Bois de feu, charbon de bois

Bois rond

Sciages

Afrique

520

68

9

Amérique du Nord et Amérique centrale

155

600

177

Amérique du Sud

193

130

28

Asie, Océanie

914

322

105

Europe

53

303

89

ex-U.R.S.S.

29

67

22

Total

1 864

1 490

430

La sylviculture

La sylviculture, ou art de cultiver les arbres, est l'ensemble des outils techniques à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs définis par les aménagements. Elle accompagne la forêt tout au long de son évolution, en intervenant par petites touches successives au moyen de coupes et de travaux, pour guider les peuplements forestiers dans la direction voulue. Sa particularité est liée au long cycle de production des arbres (60 ans pour le douglas, 100 ans pour le hêtre, 180 à 220 ans pour le chêne) et à une culture proche de l'état naturel (peu ou pas d'action humaine, espèces à large base génétique régénérées naturellement). La sylviculture se décline en multiples itinéraires techniques adaptés aux différents contextes variant selon les propriétaires, les facteurs de production et les diverses contraintes ou enjeux. Ils ont évolué pour satisfaire les besoins de la société.

Les traitements sylvicoles passés visaient surtout à favoriser la production du bois de chauffage, seule source d'énergie avant l'avènement du charbon en 1850. Le taillis simple, basé sur la multiplication végétative des rejets de souche des arbres feuillus coupés tous les 20-25 ans, a été très en vogue jusqu'à la fin du xixe s. Les besoins de gros bois de construction conjugués à ceux de bois de chauffage, ont encouragé le traitement en taillis sous futaie, système de production mixte permettant de produire à la fois du bois de chauffage à partir d'un taillis simple, et du bois d'œuvre issu d'arbres de gros diamètre cultivés sur le taillis. Avec le développement des autres sources d'énergie – charbon puis pétrole – et la chute des besoins en bois de feu, les traitements en futaie se sont progressivement imposés. Ils permettent, à partir d'arbres issus de semences, de produire des bois de grosses dimensions recherchés par le marché. Les traitements en futaie se déclinent en deux itinéraires : la futaie régulière et la futaie jardinée. La futaie régulière éduque des arbres de même âge au sein de peuplements réguliers, c'est-à-dire constitués d'arbres de dimensions voisines, répartis par unités de gestion appelées parcelles. La futaie jardinée s'efforce de faire vivre côte à côte, dans une même parcelle, des arbres de tous âges et de toutes dimensions; ce mélange intime de bois de grosseurs différentes permet d'obtenir une certaine permanence de la production et du paysage forestier à l'échelle d'une petite unité de surface.