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environnement

(de environner)

Smog
Smog

Ensemble des éléments objectifs (qualité de l'air, bruit, etc.) et subjectifs (beauté d'un paysage, qualité d'un site, etc.) constituant le cadre de vie d'un individu.

Environnement et écosystèmes

L’écosystème, élément de base de l’environnement

Les êtres vivants d'une même espèce présents dans un lieu donné, ou biotope, forment des populations (dont les individus peuvent être dispersés ou regroupés). L'ensemble des populations d'espèces différentes représente une communauté vivante, ou biocénose. Celle-ci comprend un nombre d'espèces plus ou moins grand suivant les conditions du milieu et l'ancienneté du peuplement. Le biotope étant, par définition, un territoire homogène, les conditions y sont relativement constantes à un moment donné.

Cet ensemble, formé par un milieu physique (le biotope) et une communauté vivante (la biocénose), est un écosystème, élément de base de l'environnement. La notion d'écosystème, si elle s'avère très utile, est néanmoins assez abstraite. En effet, elle peut correspondre à de grands ensembles naturels (un lac, une mer, une forêt…) mais également à des zones très réduites (une couche d'eau dans un étang, une haie, un fossé…). En outre, les écosystèmes ne sont pas isolés les uns des autres, ce qui complique l'élaboration de modèles théoriques. L'ensemble des écosystèmes de la planète forme la biosphère, c'est-à-dire la faible portion de la Terre et de l'atmosphère favorable à la vie.

Les principaux milieux naturels

Un écosystème se caractérise principalement par son biotope et, en milieu terrestre, par sa végétation dominante. La faune, quant à elle, est fortement dépendante de l'environnement végétal. Ainsi, la notion de formation végétale permet-elle une classification écologique simple des milieux naturels terrestres. Les grandes formations végétales du globe (forêt tropicale, forêt boréale, prairie, toundra, etc.) sont appelées biomes.

Dans les régions les plus arides (Sahara, désert du Namib, désert Mojave, Gobi, déserts du centre de l'Australie, etc.), la végétation et la faune sont discrètes, mais présentes. Quant aux milieux polaires (banquise et glaciers arctiques, inlandsis de l'Antarctique), ils sont pratiquement dépourvus de végétation terrestre (à l'exception de quelques mousses et lichens en marge des glaciers) et la faune y survit grâce aux ressources marines.

Tous ces milieux, jusqu'aux plus extrêmes (eaux saumâtres, sources hydrothermales océaniques, grottes…) abritent des formes de vie, et peuvent être considérés comme des écosystèmes particuliers. Il en est de même des milieux transformés par l'homme (champs cultivés, zones urbaines, etc.).

Les écosystèmes menacés

Introduction

L'équilibre naturel des écosystèmes ne se traduit pas par une stabilité stricte de leurs peuplements et de leur fonctionnement, mais plutôt par une régulation d'oscillations modérées. Cet équilibre dynamique s'avère cependant fragile.

Les menaces qui pèsent sur les écosystèmes découlent de l'apparition de la civilisation industrielle, grande consommatrice de ressources naturelles et inductrice de pratiques agricoles agressives s'intensifiant avec l'explosion de la démographie. Les dégradations se traduisent par la destruction continuelle de l'environnement physique (les biotopes), par une diminution de la diversité des communautés vivantes (les biocénoses) et par des ruptures dans les cycles des éléments minéraux nécessaires à la vie. L'urbanisation et l'industrialisation sont responsables de la destruction de nombreux biotopes.

Les pollutions liées à l'industrie, aux transports (en particulier l'automobile) et aux effluents domestiques affectent l'air, l'eau et les sols, portant atteinte à la fois aux êtres vivants dans leur ensemble et à l'homme dans sa santé et dans ses ressources. On assiste aussi, avec la colonisation continuelle de nouveaux milieux par l'homme, à la disparition massive de nombreuses espèces animales sous l'action de trois facteurs : destruction des biotopes, surexploitation (pêche et chasse) et parfois introduction intempestive d'espèces étrangères. (→ espèces menacées.)

L'équilibre de la biosphère tout entière semble menacé par les effets des activités humaines : production croissante de gaz carbonique, destruction de la couche d'ozone protectrice.

L'équilibre des écosystèmes

Dans la biosphère, les équilibres naturels se maintiennent grâce à la constance des taux de certains éléments chimiques, la régulation des oscillations des peuplements et la pérennité des écosystèmes. Les conditions d'équilibre sont assurées par le bon fonctionnement des chaînes alimentaires, par le maintien d'une certaine diversité des espèces et l'absence de perturbations trop violentes. Certains systèmes forestiers, comme la futaie jardinée en milieu tempéré, par exemple, constituent des systèmes stables, bien que créés par l'homme. Par contre, la plupart des agroécosystèmes sont des systèmes immatures par rapport à la forme achevée (ou climax), qui est la forêt. Ils sont maintenus à un niveau rudimentaire de la succession naturelle des peuplements végétaux, qui va des formes herbacées aux formes arborescentes. D'un point de vue écologique, les agroécosystèmes sont instables et fragiles du fait d'une structure souvent limitée à une seule espèce végétale. La productivité des agroécosystèmes varie beaucoup suivant les types de cultures pratiqués et les conditions climatiques.

D'autres facteurs menacent l'équilibre général de la biosphère. Sur l'ensemble de la planète, le développement scientifique et technique, en déclenchant une fantastique croissance démographique, grâce aux découvertes thérapeutiques du XIXe s. et à l'augmentation spectaculaire de la production agricole mondiale, a créé une distorsion grandissante entre la capacité productive de la biosphère et les besoins humains. L'augmentation de la population s'est accompagnée d'une ponction croissante sur les ressources naturelles. Cette évolution a non seulement conduit à des dégâts immenses dans certains écosystèmes, comme la forêt tropicale, mais elle tend à modifier, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, des équilibres globaux qui ont assuré la pérennité de la vie. La nature doit être protégée.

L'agression humaine

Les activités humaines peuvent perturber gravement le fonctionnement des écosystèmes, voire les régulations de la biosphère dans son ensemble. Elle produit ses effets sur plusieurs fronts à la fois, en détruisant des espèces et des écosystèmes, en épuisant les ressources fossiles (→ énergies fossiles), et, enfin, en provoquant d'importantes pollutions.

Il n'est pas de société humaine dont l'activité soit sans impact sur la nature : la pratique du feu, les coupes de forêts pour le défrichement, l'enlèvement de l'humus (écobuage) ont, entre autres, largement contribué à la dégradation des milieux naturels, conduisant parfois à une véritable désertification. Aussi, il n'existe plus guère d'espaces à la surface de la Terre qui ne portent l'empreinte des activités humaines. Le couvert végétal a été profondément modifié ; le processus de déforestation au profit de l'agriculture se poursuit à un rythme sans précédent, surtout, en forêt tropicale.

L'urbanisation accélérée, les nouveaux programmes autoroutiers, le bétonnage des zones littorales fragiles, aggravent les dégradations de manière bien souvent irréversible. À l'échelle de la planète, la stérilisation des sols, leur érosion et la désertification qui s'ensuit résultent des atteintes au couvert végétal. Ce phénomène privera très rapidement les générations futures d'une énorme part de ressources. Ainsi, depuis à peine un siècle, ce sont plus de 10 millions de km2 (soit 15 % des terres utilisables), situés surtout en Asie et en Afrique, qui ont été perdus par ces processus. La destruction du couvert végétal, c'est-à-dire la destruction d'écosystèmes entiers porte un coup fatal à de nombreuses espèces animales, bien plus que n'avaient pu le faire la pêche ou la chasse pratiquées sans limites.

La pression humaine sur les ressources s'exerce aussi par l'extraction des matières premières. Lorsque celles-ci sont non renouvelables (charbon, pétrole, phosphate), on court le risque d'un épuisement. Parier sur la découverte indéfinie de nouveaux gisements n'est pas une hypothèse sérieuse. Il faut aussi comprendre que les ressources en théorie renouvelables – comme les ressources biologiques – ne le sont que si l'on ne prélève pas sur les écosystèmes au-delà de leur productivité et si l'on préserve les conditions de leur pérennité.

À côté de la destruction pure et simple des écosystèmes, et de l'épuisement des ressources, les activités humaines ont aussi pour conséquences nuisances et pollutions. La pollution correspond à une dispersion dans l'environnement, soit de produits de synthèse, souvent non biodégradables, soit de produits que l'on trouve à l'état naturel, mais dont l'excès rend le recyclage impossible. La pollution atmosphérique provient surtout des combustions d'origine industrielle et domestique et des rejets des moteurs automobiles. Les effets de l'augmentation de la teneur en gaz carbonique de l'atmosphère sont au tout premier plan des problèmes les plus graves : elle est passée de 268 à 350 ppm (parties par million) en un siècle. La conséquence la plus importante pourrait être l'augmentation de la température par effet de serre, avec une élévation du niveau de l'océan mondial estimée à 1,50 mètre d'ici l'an 2050. Les effets du gaz carbonique viendront s'ajouter aux pollutions classiques avec le gaz sulfureux (SO2, responsable de l'acidité des pluies, avec les hydrocarbures imbrûlés, etc.).

La pollution des eaux a atteint, dans certaines régions, des proportions catastrophiques. Aux rejets urbains et industriels bien connus s'ajoutent, depuis quelques dizaines d'années, les pollutions d'origine agricole, sensibles, sous forme diffuse (nitrates), là où l'on pratique l'agriculture intensive. Les sols eux-mêmes sont affectés par les pratiques de l'agriculture moderne, notamment à cause d'une mauvaise répartition des engrais et de l'emploi abusif des pesticides ou herbicides, lourd de conséquence.

Bien d'autres pollutions menacent l'ensemble des milieux. C'est le cas pour les divers produits radioactifs rejetés par les activités nucléaires, civiles ou militaires, et dont les effets persisteront dans l'environnement pendant des dizaines de millénaires. Le plutonium, par exemple, a une période de demi-vie de 24 000 ans.

Considérés ensemble, ces problèmes représentent un danger pour l'humanité et pour la vie elle-même. Les conditions d'existence des générations futures sont tributaires d'une action internationale rapide, scientifique, mais aussi économique et politique.

Agriculture et environnement

Introduction

Apparue au néolithique, l'agriculture s'est développée à partir des potentialités des écosystèmes originels et des climats locaux. Ainsi se sont progressivement installés des agrosystèmes diversifiés, dérivés des milieux naturels et marqués par des apports exogènes et des facteurs liés à la société. L'environnement a modelé l'agriculture, tout autant que l'agriculture a transformé l'environnement. Depuis longtemps, donc, des déséquilibres localisés sont apparus mais, à la fin du xxe s., dans les pays développés comme dans les pays en voie de développement, la symbiose a tourné au conflit.

Dans les pays industrialisés, malgré d'incontestables succès quantitatifs, l'intensification de l'agriculture et de l'élevage a conduit à une surexploitation des milieux et des ressources naturelles, à une augmentation sans précédent des pollutions, à la normalisation des paysages ou des écosystèmes, et à des évolutions sociales et démographiques qui amènent maintenant à envisager un dépeuplement radical de certaines campagnes et un abandon des terres relativement important. La dégradation des rapports entre environnement et agriculture se retourne même parfois contre l'agriculture elle-même : érosion des sols, manque d'eau, maladies généralisées…

Dans les pays en voie de développement, la substitution à l'agriculture traditionnelle d'une agriculture d'exportation, les évolutions démographiques et culturelles, les luttes économiques mondiales ont fréquemment détruit les équilibres ancestraux entre milieux naturels et exploitation agricole.

Comme souvent en matière d'écologie, un seuil a été atteint : des équilibres planétaires deviennent sensibles à l'impact de l'agriculture. Celle-ci ne peut alors échapper à un réexamen à la lumière de l'environnement. Les interrogations qui en découlent sont loin de condamner a priori les percées technologiques promises par le génie génétique, l'amélioration des pratiques agricoles, la sélection des variétés végétales et des espèces animales, la lutte contre les espèces nuisibles, etc. Certaines contribueront même à une gestion raisonnée de l'environnement. Cependant, un contrôle strict des impacts négatifs des technologies nouvelles est indispensable.

Avant l'ère industrielle

Dès le néolithique, l'extension de l'agriculture a provoqué une première série de mutations localisées de l'environnement. Les mécanismes naturels ont longtemps gardé un poids prépondérant, puis l'intervention humaine est devenue un facteur déterminant des équilibres. Dès lors, bon nombre de milieux originels terrestres ont été à tout jamais perdus ; de là la valeur d'écosystèmes vierges comme certaines forêts tropicales, certains milieux de montagne ou de zones reculées dont la régression est malheureusement constante et la pérennité menacée du fait des interactions lointaines.

Les premières transformations de l'espace ont donc été amorcées très tôt et bien des paysages modernes gardent la marque de l'appropriation initiale de l'espace par l'agriculture (défrichements, enclos, champs, fossés et talus, cadastrations). De tout temps l'agriculture a suscité des installations relativement permanentes, une adaptation des sols, un morcellement des terres, la mise en place de systèmes de stockage et d'échange, toutes transformations de l'espace qui ont marqué plus ou moins durablement et profondément les milieux et en ont bouleversé l'écologie à tout jamais. De là sont nés les premiers dysfonctionnements durables : la surexploitation des pâturages est à l'origine d'une désertification dans certains secteurs du sud de la France dès le néolithique, l'érosion de certains sols s'est amorcée en France tempérée dès le Moyen Âge ; certaines essences d'arbres, certaines plantes, favorisées par l'éclaircissement, ont proliféré, des déséquilibres faunistiques se sont multipliés (pullulation des petits prédateurs, de rongeurs, d'oiseaux inféodés à l'homme, d'insectes nuisibles aux cultures).

Transformation irréversible des milieux, accroissement de la pression humaine, rupture définitive des équilibres écologiques originels et apparition des premiers dysfonctionnements ont donc depuis longtemps accompagné le développement de l'agriculture. Mais la relative lenteur de l'évolution, son hétérogénéité laissèrent s'établir des complémentarités telles que bon nombre de milieux, plus ou moins transformées par l'homme, ont longtemps recélé diversité, complexité et richesse. Même dans le cas des pays développés ou densément occupés, et malgré des dégradations locales, agriculture et environnement ont pu cohabiter dans une certaine harmonie, ce dont témoignent les paysages ruraux qui ont pu être préservés jusqu'à présent.

Les effets de l'agriculture intensive

Développement des connaissances et nécessité alimentaire aidant, l'ère industrielle a conduit à une intensification radicale de l'agriculture. Bénéfique quant aux rendements, le nouveau modèle a introduit massivement mécanisation et intrants chimiques. Ce recul de la dépendance vis-à-vis des mécanismes naturels a accentué l'artificialisation des milieux et la diffusion mondiale du modèle a généralisé les perturbations de l'environnement. L'agriculture s'étant affranchie de l'écosystème, les milieux se résument à une somme de facteurs de production à maîtriser individuellement et de contraintes à limiter.

Les rapaces déclarés nuisibles participent pourtant à la régulation des déprédateurs, comme les petits rongeurs. Les haies, réputées inadaptées, sont arrachées, sans considération pour leurs rôles biologique, hydrologique, climatique, pédologique ou économique. L'imbrication des utilités écologiques et agricoles, dont l'analyse débute à peine, s'efface devant des dispositifs techniques incompatibles avec le fonctionnement des écosystèmes ruraux.

L'artificialisation de l'agriculture repose sur trois données principales : le recours exclusif à des substituts techniques et industriels, la standardisation des productions, des ressources et des facteurs de production, et, enfin, la normalisation des milieux. Autant de causes de l'aggravation des dysfonctionnements. Le poids et la puissance des machines accélèrent la dégradation des sols, augmentant l'érosion et condamnant l'exploitation de terroirs inadaptés. Le recours systématique aux engrais et aux pesticides, la monoculture, la multiplication des élevages industriels sont à l'origine de pollutions généralisées, chroniques ou accidentelles. Pratiques agricoles et intrants ont appauvri la flore et la faune (20 % des plantes typiques de France sont menacées) et perturbé des processus biologiques (équilibre entre populations, reproductions, évolutions génétiques). L'inertie des choix techniques est telle que remédier à ces dysfonctionnements impose une accentuation de l'artificialisation. La dépendance technique s'en trouve accrue, comme souvent la perturbation des mécanismes écologiques.

Cette évolution comporte des hypothèques sérieuses ; certaines dégradations ne se révèlent qu'à terme. C'est ainsi que la présence excessive de nitrates dans les nappes de France provient parfois d'engrais épandus voici 15 ou 20 ans. Le devenir et l'effet des pesticides insidieusement accumulés dans les milieux sont encore mal connus. La standardisation des productions, des ressources et des facteurs de production contribue quant à elle à un appauvrissement du patrimoine génétique : des races domestiques adaptées à certains milieux ont déjà disparu ou sont gravement menacées, condamnant des ensembles de caractères génétiques qui peuvent être utiles à long terme. La spécialisation des exploitations simplifie les milieux et réduit l'intérêt des productions complémentaires, fondées sur une exploitation simple des ressources naturelles utiles aux équilibres écologiques.

Le gaspillage de ressources naturelles apparemment illimitées peut conduire à leur épuisement : l'irrigation massive, combinée à l'augmentation des autres usages de l'eau, déséquilibre le bilan hydrologique de pays traditionnellement bien arrosés et accentue la sensibilité aux accidents climatiques. S'amorcent alors d'autres conséquences : assèchement de biotopes aquatiques, accentuation directe ou indirecte de pollutions… L'uniformisation de la production conduit à l'abandon de régions inadaptées, amorçant une désertification qui s'accompagne d'effets pervers : dégradation des paysages, incendies, multiplication d'espèces indésirables ou pathogènes…, sans pour autant laisser l'espoir d'un retour à des écosystèmes peu affectés par l'homme, riches et stables. Elle a aussi, comme dans le cas de la généralisation du maïs-fourrage, simultanément conduit à l'augmentation de la pollution nitratée non seulement par les engrais, mais aussi lors du retournement des prairies naturelles, à l'explosion catastrophique de populations de prédateurs (les étourneaux, par exemple), etc.

La normalisation des milieux repose, elle, sur une conception monofonctionnelle et utilitariste de l'espace. L'intensification de l'agriculture s'est accompagnée d'un effort d'équipement et d'aménagement des campagnes dont les conséquences ont transformé paysages et agrosystèmes. Trop souvent, remembrements, recalibrages de rivières, ouvertures de chemins… ont mis en cause ici des phénomènes de dénitrification spontanée (zones humides), là la reproduction de ressources naturelles exploitées (comme les poissons), ou aggravé des risques comme l'érosion des sols ou l'inondation des régions en aval. Les choses sont ainsi faites qu'agir sur l'une réagit sur les autres.

La situation planétaire

Enjeux géopolitiques, accroissement des besoins alimentaires, internationalisation de l'économie et politiques de développement ont contribué à la diffusion de l'agriculture intensive dans des contextes différents de ceux qui lui avaient donné naissance. Cette mondialisation s'est accompagnée de nouveaux dysfonctionnements : surexploitation de ressources naturelles et dégradation d'écosystèmes quasi originels ; déstructuration des complexes productifs locaux traditionnels ; augmentation des pollutions. Les défrichements massifs, l'exploitation forestière industrielle ou certaines monocultures d'exportation sont la traduction de la surexploitation. Des milieux peu transformés par l'homme, supports de sociétés ayant des rapports complexes avec leur environnement, ont soudainement été soumis à une exploitation intensive. Il en résulte un gaspillage des ressources de base (eau, faune, flore, sol), le bouleversement des ressources génétiques domestiques, l'intensification agricole inadaptée. Plus insidieusement, cette forme d'exploitation a participé à la déstructuration de l'agriculture vivrière, à l'accroissement de la sédentarisation et à une exploitation urbaine à leur tour dommageables.

La situation de l'environnement, combinaison des facteurs de dégradation propres à l'agriculture intensive et de ceux dus à la déstructuration de milieux fragiles, est encore compliquée par d'autres facteurs. Les risques présentés par les techniques importées sont fréquemment aggravés par simple défaut de compétence. De plus, les pays en développement sont souvent considérés comme politiquement peu sensibles, par nécessité ou par volonté, aux préoccupations environnementales. Procédés « sales », produits déclassés y trouvent donc un débouché. Des pesticides dont le danger est maintenant avéré, interdits en Europe ou aux États-Unis, sont employés sans précautions en Afrique noire et leurs emballages sont quelquefois jetés dans les lagunes. Sur la planète, les situations se répartissent entre deux positions extrêmes : celle des pays développés, berceau de l'agriculture intensive, et celle des pays en développement, lieu d'une greffe agricole que certains n'hésitent plus à qualifier de contre nature. Sous des formes différenciées, s'y déclinent les mêmes conséquences négatives que dans les pays industrialisés.

Ainsi, les dysfonctionnements écologiques s'accumulent sur la planète : la déforestation et les changements d'utilisation des sols interviennent pour environ 22 % dans les émissions anthropiques de gaz carbonique, le bétail produit probablement huit à dix fois plus de méthane que les océans, les engrais la moitié des émissions naturelles d'oxydes nitreux dues aux océans.

Quel choix pour demain ?

L'agriculture résulte d'un détournement des écosystèmes naturels originels et de l'optimisation intéressée mais partielle de mécanismes biologiques et écologiques. Dans l'absolu, agriculture et environnement ne sont pas antinomiques. Certaines pratiques ont su composer avec la nature et en ont même enrichi la diversité et la complexité. Une relative intensification n'est pas non plus en soi contradictoire avec une gestion raisonnée de la planète et avec un projet de développement durable et compatible avec la conservation des ressources. Mais des formes particulières d'agriculture ont conduit à aggraver des inégalités, écologiques ou non, et à déstabiliser la majorité des écosystèmes, naturels ou artificiels.

Le moment est venu de produire mieux et différemment et d'intégrer l'environnement à tous les niveaux de choix et de décision. Le moment est également opportun : le modèle fondé sur une intensification sauvage à vocation économique est épuisé ; la course aux rendements se révèle dans nombre de cas contre-productive. Le renversement des tendances est devenu inévitable : les désordres induits, écologiques ou non, annoncent des risques majeurs. Le passage d'une agriculture intensive à une agriculture plus douce, maîtrisant les contre-effets technologiques, est devenu un problème de société. Des embryons de réponses existent ; la lutte biologique contre les nuisibles, qui favorise les antagonismes naturels entre organismes vivants et les effets de milieux, réduit l'usage des pesticides.

Définition des objectifs et révision des politiques agricoles, industrielles ou d'assistance, recherche et progrès technologiques, mentalités et références, formation et compétences sont autant de niveaux où des réorientations sont indispensables et accessibles. Mieux connaître milieux, mécanismes et utilités écologiques, contrôler le progrès scientifique et l'enrichir d'une dimension environnementale, mieux apprécier la complexité du monde biophysique et les effets de système sont du ressort de la recherche.

Privilégier le long terme et les potentialités, diversifier les productions et l'agriculture, réintégrer les coûts écologiques collectifs, autant de nécessités qui, si elles sont prises en compte, modifieront les politiques, les productions et les habitudes. Vivre avec ou sans la nature : cette alternative d'actualité est un choix de société.

Environnement et pollution industrielle

Introduction

Depuis fort longtemps, l'activité de l'homme modifie son environnement. Mais l'urbanisation, la concentration industrielle et l'agriculture intensive ont donné à cette atteinte une ampleur inégalée. Désormais, la pollution ne peut plus être résorbée par les processus naturels d'autoépuration ; elle perturbe les cycles biochimiques et géochimiques de la planète. La pollution, fondamentalement, n'est rien d'autre que la face cachée – ou plutôt trop longtemps ignorée – de la production, qu'il s'agisse des rejets accompagnant tout processus industriel ou de la destination des produits après consommation. Les plus importantes sources de pollution sont les combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz) utilisés pour la production d'énergie, les rejets des industries chimiques et agroalimentaires et l'usage intensif d'engrais chimiques et d'insecticides en agriculture. S'y ajoute la dispersion d'énormes quantités de produits indestructibles, tels que les plastiques, et de substances nouvelles, parfois très toxiques, aux propriétés souvent mal connues. Si la pollution d'origine bio-organique touche surtout l'eau, les rejets de l'industrie chimique se répandent à la fois dans les eaux et l'atmosphère. Quant aux déchets de l'industrie nucléaire, ils peuvent provoquer une contamination radioactive. Il serait difficile de dresser une liste exhaustive de toutes les substances qui se dispersent dans l'atmosphère, dans les eaux douces, dans les mers et dans les sols.

Dans les pays industrialisés, l'ampleur des dégâts a provoqué une prise de conscience de l'opinion publique, stimulée par les mouvements écologistes. Des mesures de prévention et de lutte pour diminuer ou au moins stabiliser la pollution ont été envisagées à l'échelle internationale par les États industriels. Ainsi, une politique de protection de l'environnement se met lentement en place. L'interdiction de certaines substances chimiques (l'une des premières et retentissantes interdictions fut celle du D.D.T.), la distribution d'essence sans plomb, la réglementation des aérosols, la meilleure gestion des ressources (économies d'énergies) en sont quelques exemples. Conjointement, de nouvelles techniques de dépollution sont progressivement mises en place.

Retombées écologiques

Montagnes de déchets, marées noires et boues rouges sont autant d'images de l'une des « grandes peurs » de la fin du xxe s. Même les substances biodégradables deviennent polluantes lorsque leur concentration excède la capacité d'autoépuration de la nature ; d'autres s'accumulent sans être affectées par les cycles bio- ou géochimiques. Tous les polluants n'ont d'ailleurs pas nécessairement des effets toxiques immédiats. Certains, comme les phosphates contenus dans les lessives, provoquent une lente dégradation des écosystèmes, dont ils bouleversent l'équilibre à long terme. Les substances nuisibles se dispersent généralement dans l'air ; elles sont transportées par les eaux et pénètrent dans le sol et les chaînes alimentaires. Beaucoup de polluants émis dans des zones limitées sont ainsi disséminés sur de grandes distances, parfois à l'échelle du globe, à l'exemple de ces insecticides organochlorés dont les traces ont été retrouvées dans l'organisme des mammifères du Grand Nord.

Outre les marées noires, spectaculaires mais accidentelles, le milieu marin subit de nombreuses autres pollutions. Il est pris comme déversoir pour des résidus industriels provenant, notamment, de l'extraction et du traitement des minerais. Par ailleurs, le Rhin et l'Elbe, pour ne citer que des fleuves européens, rejettent chaque année dans la mer du Nord quelque 700 000 tonnes de nitrates et plus de 60 000 tonnes de phosphates. Ces substances proviennent des engrais chimiques qui sont utilisés par l'agriculture. Entraînées par le ruissellement, elles contaminent les cours d'eau et les nappes phréatiques.

Les déchets solides (emballages plastiques, boîtes de conserves) constituent une autre source de pollution. Les décharges sauvages sont lessivées par les pluies ; les composés toxiques sont dissous et passent dans les eaux souterraines. Ce danger est réduit dans les décharges surveillées, si elles sont maintenues sous contrôle pendant des décennies.

Production d'énergie

En croissance continue, la production d'énergie est l'une des principales causes de pollution de l'air, des eaux et du sol. Les centrales thermiques à flamme, qu'elles brûlent du charbon, du pétrole ou du gaz naturel, rejettent dans l'atmosphère du gaz carbonique, du méthane et d'autres polluants en moindre quantité, tels que du monoxyde de carbone, des composés de l'azote, du soufre, des hydrocarbures non brûlés et des dérivés du plomb. À cette pollution d'ordre chimique s'ajoute le rejet de chaleur, physiquement lié à tout système de transformation de l'énergie.

Le rendement thermodynamique d'une centrale étant, en effet, de l'ordre de 40 %, plus de la moitié de l'énergie produite se dissipe dans l'environnement sous forme de chaleur. Le réchauffement des eaux et de l'atmosphère est donc la rançon inévitable du fonctionnement des centrales hydrauliques mais aussi des centrales nucléaires, qui ont besoin d'être refroidies par l'eau des rivières. L'élévation de la température de celles-ci diminue sensiblement le taux d'oxygène dissous dans l'eau, affaiblissant ainsi leur pouvoir autoépurateur. Il s'ensuit une pollution organique qui fait disparaître la faune aquatique et modifie la flore. Pour éviter cet enchaînement destructeur, il est admis que l'apport thermique doit être limité de façon à ne pas élever la température d'un cours d'eau au-dessus de 24 °C.

L'électronucléaire suscite en outre la crainte d'une pollution insidieuse par des effluents radioactifs. Ceux-ci – sauf accident – proviendraient moins des centrales nucléaires, qui fonctionnent en circuit fermé sans rejets vers l'extérieur, que des usines de retraitement des combustibles irradiés.

Atmosphère et pluies acides

L'atmosphère se charge de nombreuses impuretés : rejets industriels, gaz d'échappement des automobiles, gaz et fumées dus au chauffage. Parmi ces polluants, 90 % sont des gaz, 10 % des fumées et des poussières. Ils sont dits primaires, car ils se décomposent en altitude sous l'action du rayonnement solaire, formant des polluants secondaires qui altèrent lentement l'atmosphère.

L'augmentation régulière du gaz carbonique et du méthane présents dans l'atmosphère amplifie l'effet de serre, ce qui entraîne un lent réchauffement du climat. Dans les pays industrialisés s'y ajoute la pollution chimique due aux émissions d'anhydride sulfureux et d'autres gaz toxiques, comme le monoxyde de carbone, et aux fumées et poussières chargées de sels minéraux et de silicates.

Outre le réchauffement du climat, un autre phénomène préoccupant est apparu : les pluies acides. Elles sont la conséquence directe de la transformation dans la haute atmosphère des polluants primaires (anhydride sulfureux et différents oxydes d'azote) en polluants secondaires (acides sulfurique et nitrique). Ceux-ci retombent vers le sol, dissous dans les gouttelettes de pluie et de brouillard. Ces pluies acides font dépérir les forêts, acidifient les lacs et les cours d'eau et contaminent les eaux souterraines.

En haute altitude, la couche d'ozone de la stratosphère, qui filtre le rayonnement ultraviolet du soleil, est menacée par les chlorofluorocarbures (C.F.C.). Ces gaz servent entre autres de propulseurs dans les bombes à aérosol et de fluides frigorigènes. Les molécules de C.F.C. sont dissociées par les ultraviolets ; les atomes de chlore libérés dissocient à leur tour l'ozone. Le trou de la couche d'ozone, au-dessus de l'Antarctique, pourrait en être une conséquence. Si la couche d'ozone continuait à diminuer, la vie terrestre serait directement exposée au rayonnement ultraviolet, provoquant chez l'homme des maladies de la peau et des yeux, et causant des dommages importants à la faune et à la flore.

Accidents tragiques

Le déversement dans la baie de Minamata, au Japon, jusqu'en 1969, de déchets industriels contenant du mercure a provoqué l'intoxication de 2 000 personnes qui avaient mangé des poissons et des coquillages. L'échouage du Torrey Canyon, en 1967, à 15 km des côtes britanniques, est à l'origine de la première marée noire. Elle fut suivie par d'autres, notamment celle de l'Amoco Cadiz, en 1978 (dans le Nord-Finistère), celle de l'Exxon Valdez, en 1989 (en Alaska) et l'Ægean Sea en 1992 en Espagne. En 1972, l'usine Montedison immerge ses résidus (contenant de l'acide sulfurique et des métaux lourds) dans la Méditerranée ; les déchets laissant sur la mer des traînées rouges de 20 km, ce fut l'« affaire » des boues rouges. Un accident survenu à l'usine de Seveso, près de Milan, provoque l'émission d'un nuage de dioxine, en 1976 : les animaux meurent, la végétation est détruite, la population est atteinte d'éruptions cutanées et de vomissements ; on enregistrera la naissance d'enfants anormaux. En 1984, dans la ville de Bhopal, en Inde, une fuite de gaz toxique (méthylisocyanate) dans une usine d'insecticides de la société américaine Union Carbide, provoque la mort de près de 3 800 personnes. Le bilan de la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine), en 1986 a été estimé, officiellement, dès le début des années 1990 à : 32 morts, 2 millions d'hectares contaminés, 300 000 personnes placées sous surveillance médicale. Un incendie à l'usine chimique Sandoz à Bâle (Suisse), en 1986, entraîne une forte pollution du Rhin (1 200 t de mercure), empoisonnant la faune et la flore aquatiques et privant momentanément les riverains d'eau potable.

La protection de l'environnement

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