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paresseux

Aï

Cet animal, un des plus anciens mammifères du monde, est apparu sur le continent américain il y a 60 millions d'années environ, puis a colonisé le reste du Nouveau Monde et s'est développé sous plusieurs formes. Aujourd'hui, bien caché au cœur des forêts tropicales de ce continent, il explore les hautes frondaisons avec la lenteur caractéristique qui lui a valu son nom.

Introduction

Pendant longtemps, avec les tatous et les fourmiliers, les paresseux ont été considérés comme les derniers survivants de l'ordre des xénarthres, ou édentés, qui apparurent dès le paléocène, il y a quelque 60 millions d'années. Ces mammifères, qui semblaient se distinguer de tous les autres par leurs articulations supplémentaires (xénarthrales), proliférèrent au tertiaire en Amérique du Sud. Désormais, les paresseux constituent un sous-ordre à part entière, Folivora, et ne sont plus apparentés, au sein de l'ordre Pilosa, qu'aux premiers qui forment de leur côté le sous-ordre Vermilingua, les tatous (famille des dasypodidés) ayant de leur côté été séparés dans un ordre à part, Cingulata.  

Il y a 10 millions d'années, lorsque certaines espèces remontèrent vers l'Amérique du Nord, les paresseux comptaient alors des formes terrestres, habitantes des savanes et souvent géantes, et des formes arboricoles qui, elles, ne dépassèrent jamais le sud du Mexique. Une soixantaine de genres de paresseux appartenant à deux grands groupes ont été décrits : d'un côté, la famille des mylodontités ; de l'autre, celles des mégalonychidés, des choloépidés, des mégathéridés et des bradypodidés. La découverte des restes de mylodons, paresseux terrestres géants, avec des fragments de cuir et de poils, dans des cavernes de Patagonie laisse supposer que les derniers furent chassés et exterminés par les premiers hommes.

Dans l'autre groupe de paresseux, la famille des mégathéridés comptait des espèces encore plus imposantes, tel le mégathérium, qui vivait au pléistocène en Amérique du Sud : il mesurait 6 m de long et devait peser plus de 3 tonnes ! Il s'est éteint sans laisser de descendance, mais il avait, pense-t-on, les mêmes ancêtres que les bradypodidés actuels, ou paresseux à trois doigts.

La famille des mégalonychidés a, quant à elle, rayonné en Amérique du Sud, aux Antilles et en Amérique du Nord. L'un de ses représentants, Nothrotheriops, bien connu au sud des États-Unis au pléistocène, était un paresseux terrestre, de 2,50 m de long et de 160 kg. Plus petites, les espèces antillaises (de 20 à 70 kg) ont, sans doute, survécu jusqu'à l'arrivée des Européens. Cette famille ne comporte aujourd'hui plus que deux espèces du genre Choloepus, petits paresseux à deux doigts vivant en Amérique centrale et du Sud.

Également cachés dans les forêts tropicales américaines, subsistent aussi trois espèces de paresseux à trois doigts, les bradypodidés, parmi lesquels figure Bradypus variegatus, le paresseux à gorge brune.

La vie du paresseux

Solitaire, arboricole et bien camouflé

Les seuls paresseux qui ont subsisté jusqu'à nos jours sont tous petits et extrêmement discrets. Ils ont un pelage qui leur assure un parfait camouflage dans les arbres où ils vivent seuls (sauf durant la période de reproduction), bougeant peu même la nuit quand ils se nourrissent.

Il a fallu parfois que des hectares de forêts soient coupés dans certaines régions tropicales d'Amérique pour que l'on découvre à quel point les paresseux y étaient abondants.  La densité pour Bradypus variegatus est estimée aujourd'hui à 8,5 animaux à l'hectare au  Panamá et jusqu'à 9,9 animaux par hectare au Costa Rica.

Toute une vie dans les arbres

Ne descendant à terre que pour y faire ses excréments, le paresseux passe ses journées entières dans les arbres et est extrêmement bien adapté à ce type de vie. Sa position normale est d'être suspendu par les quatre pattes à une branche plus ou moins horizontale, ce qui lui fait voir le monde à l'envers par rapport à tous les autres mammifères quadrupèdes. Il ne se tient en position verticale que pour escalader un grand tronc ou lorsqu'il s'assoit sur une branche pour se reposer, la tête tombant sur la poitrine. Parfois, il s'allonge sur le dos quand la taille de la branche le permet, mais il ne se met sur le ventre que très rarement, lorsque, à terre, il rampe péniblement et se traîne, en tirant son corps avec ses pattes.

Le paresseux s'accroche de préférence aux branches qui font au moins 10 cm de diamètre, quelle que soit leur hauteur, y compris à celles de la couronne des arbres, où un dense réseau de lianes facilite sa circulation.

De rares et très lents déplacements

Le paresseux a un rythme de vie relativement souple : il peut être actif à n'importe quel moment de la journée, mais, de toute façon, il passe quatorze heures sur vingt-quatre à se reposer. Son maximum d'activité se situe autour de minuit et le minimum à l'aube. Encore faut-il s'entendre sur ce qu'on appelle activité chez ce mammifère qui bouge très lentement et le moins possible. Ainsi, le paresseux à trois doigts change quatre fois moins souvent d'arbre que son cousin à deux doigts. Au Panamá, G.G. Montgomery et M.E. Sunquist ont observé dans les années 1970 que 38 % d'entre eux restaient sur le même arbre et 11 % seulement se déplaçaient de plus de 38 m en 24 heures ! Mais cette distance de 38 m par jour est franchie par 54 % des paresseux à deux doigts.

Au Venezuela, le chercheur C. O. Handley, un autre spécialiste de cette espèce, a constaté que le paresseux à gorge brune  (Bradypus variegatus ) et celui à gorge claire (Bradypus tridactylus) vivaient respectivement à 80 % et à 67 % en forêt tropicale humide, les 20 % et 33 % restants habitant la forêt à feuilles caduques ou même sur des arbres isolés au milieu de prairies, ce qui montre que le paresseux à gorge brune est plus casanier et sort moins de la grande forêt que son parent à gorge claire.

Ces deux espèces  se rencontrent également en région montagneuse, et ce jusqu'à 1 100 mètres d'altitude.

Un pelage camouflage

Un pelage camouflage



Entouré d'une paroi cylindrique, ou cortex, que protège une mince cuticule écailleuse, et long de 6 cm, le poil de jarre des paresseux Bradypus se craquelle au fur et à mesure que l'animal avance en âge.

Ces crevasses et ces fissures dans lesquelles poussent des algues microscopiques sont transverses chez les paresseux Bradypus et longitudinales (8 à 11 rayures) chez les paresseux Choloepus.

Des mangeurs de feuilles à digestion très lente

Le paresseux est végétarien, avant tout mangeur de feuilles. S'agissant là d'un aliment de faible valeur nutritive, il doit en ingérer de grandes quantités pour subvenir à ses besoins, qui sont, en soi, pourtant modestes. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles on ne le rencontre que dans des régions de forêts tropicales, seules capables de lui fournir une alimentation en abondance à longueur d'année.

Pour se nourrir, le paresseux peut, grâce à sa légèreté (4 kg environ pour les paresseux à trois doigts et de 4 à 8 kg pour les paresseux à deux doigts), avancer assez loin jusque vers l'extrémité feuillue de la branche. Il se sert aussi de ses longs membres antérieurs, armés de griffes en forme de crochets, comme d'une gaffe pour rapprocher le rameau trop éloigné. Mais c'est toujours directement avec ses lèvres et ses dents qu'il cueille la feuille, le bourgeon ou le fruit qu'il convoite.

Certains arbres, comme le cecropia, sont particulièrement appréciés des paresseux, qui semblent, néanmoins, avoir un régime relativement vaste.

Presque des ruminants

Pour tirer leur énergie d'aliments pourtant très pauvres, les paresseux ont une digestion très lente, qui rappelle celle des ruminants (l'ordre des artiodactyles, dont font partie ceux-ci, étant pourtant relativement éloigné de celui des édentés xénarthres). Leur estomac volumineux comprend plusieurs chambres, dans lesquelles ont lieu la fermentation des plantes et la dégradation de leur cellulose. Mais la vitesse à laquelle les feuilles présentes dans l'estomac du paresseux sont peu à peu assimilées est très faible : on estime que 0,2 à 13,4 % seulement du contenu stomacal est digéré chaque jour. Cela dépend des espèces végétales consommées et de leur fréquence dans l'alimentation de chacun. Le paresseux digère plus vite les plantes dont il a l'habitude de se nourrir. Au cours d'une expérience, Montgomery et Sunquist avaient fait avaler de petits grains colorés à un paresseux : au bout de vingt-six jours, ils n'en avaient pas encore récupéré la moitié !

Si les paresseux ont, en tant qu'espèce, un régime folivore relativement éclectique, chaque animal pris individuellement a des habitudes alimentaires beaucoup plus restrictives. Pendant les six premiers mois de sa vie, le paresseux forme ses propres goûts, essentiellement influencés par l'exemple de sa mère, et acquiert une adaptation digestive correspondante : les micro-organismes de son tube digestif vont si bien se spécialiser qu'il lui deviendra difficile de changer complètement, et rapidement, d'aliments. Un paresseux peut mourir de faim l'estomac plein, s'il n'est pas habitué à digérer les aliments qu'il a ingérés !

Une digestion lente

Une digestion lente



Pour s'alimenter, le paresseux choisit de préférence les jeunes feuilles, plus faciles à digérer, car elles contiennent plus de nutriments rapidement assimilables par l'estomac. Ce choix est commandé par la lenteur de la digestion, car certains aliments mettent un mois à parcourir l'ensemble, du tube digestif. Dans l'estomac, des protozoaires et de nombreuses bactéries aident à la dégradation de la cellulose et des substances complexes qui composent le parenchyme des feuilles. Mais le processus est lent : plein, l'estomac d'un paresseux équivaut à environ 30 % de la masse totale du corps de l'animal, ce qui est considérable. Enfin, l'intestin est plutôt court.

Une fois par semaine...

Une fois par semaine, le paresseux descend à terre. Arrivé au pied de l'arbre, il creuse un petit trou avec son embryon de queue, y dépose quelques crottes bien sèches, puis remonte aussitôt. Son rythme d'élimination des déchets est si lent qu'il lui suffit de déféquer environ tous les huit jours.

Un acrobate nonchalant

Dans les arbres, le paresseux vit habituellement suspendu par ses quatre pattes sous les branches. C'est dans cette position qu'il se déplace, qu'il se nourrit, qu'il dort, la tête reposant sur sa poitrine, et même qu'il se reproduit.

Ses mouvements sont toujours très lents et prudents, mais cela ne l'empêche pas d'accomplir de véritables acrobaties. S'il ne saute pas, il n'hésite toutefois pas à lâcher deux pattes en même temps pour changer de branche, restant suspendu au-dessus du vide par ses deux pattes arrière ou par une patte arrière et une patte avant. Ses griffes lui assurent une prise excellente. Ses longues pattes antérieures puissantes lui permettent de se raccrocher à des branches assez éloignées. Tous les segments de ses membres, et en particulier ses poignets et ses chevilles, dotés d'articulations extrêmement mobiles, peuvent prendre pratiquement n'importe quelle orientation par rapport au corps. Pour se hisser jusqu'à la couronne des plus grands arbres, il utilise les muscles de ses avant-bras et la masse musculaire pectorale. Pour descendre, il fait surtout appel aux muscles de ses cuisses.

Une longue gestation, un seul petit par an

Dans les forêts d'Amérique tropicale, les paresseux à gorge brune forment des populations où les deux sexes sont en nombre équivalent : 50 % de mâles pour 50 % de femelles. Selon les régions, les naissances peuvent se produire tout au long de l'année ou bien sont saisonnières. Au Guyana, par exemple, elles se situent après les pluies, de juillet à septembre.

Les accouplements ont sans doute lieu de 5 à 6 mois avant la naissance, puisque la gestation dure de 120 à 180 jours. Les seules observations qui existent ont été faites sur des paresseux à deux doigts élevés en captivité, car les tridactyles supportent mal d'être arrachés à leur milieu naturel. Il se pourrait cependant qu'eux aussi pratiquent l'accouplement ventre contre ventre, le mâle se glissant entre la femelle et la branche à laquelle elle est accrochée.

Sa mère pour hamac

La femelle accouche, toujours suspendue par les pattes, d'un unique petit. Lors de la naissance d'un bébé paresseux à gorge claire, le biologiste I. Sanderson a pu voir que la mère saisissait son nouveau-né par le cou au moment où la tête et le corps étaient apparus pour le placer sur sa poitrine, où se trouve une paire de mamelles pectorales. L'allaitement ne dure que de 3 à 4 semaines. Mais le jeune continue à se faire porter pendant encore 5 mois. Tout petit, il se tient sur le ventre de sa mère, comme dans un hamac. Puis il s'accroche à son dos et prend la position typique de son espèce, ventre en l'air et dos vers le sol.

La croissance du jeune est assez longue ce qui lui permet d'apprendre à se nourrir des mêmes espèces végétales que sa mère. À environ 6 mois, le petit atteint 15 % du poids de la femelle. Elle l'abandonne alors dans un secteur de son domaine vital, là où elle l'a élevé. Jusque vers 1 an, il va rester sur cet espace, proche de sa mère, avec laquelle il maintient encore un contact auditif. Puis il part de lui-même s'installer sur son propre domaine, où il mènera sa vie d'adulte solitaire.

Aï-aï

Aï-aï



Généralement silencieux, les paresseux émettent cependant des sifflements aigus avec leurs narines pour défendre leur territoire, appeler un partenaire pour la reproduction ou maintenir les liens mère-petit. C'est à ce long sifflement qu'ils doivent leurs noms indiens, « aï-aï », en langue upi, ou « ao-ao », en guarani, et le terme « aï » est souvent employé pour désigner les paresseux Bradypus. L'appel au secours d'un jeune paresseux, enregistré par Montgomery et Sunquist au Panamá, est un sifflement très pur de 1,9 à 2,6 kHz. Chez les adultes, les fréquences varient entre 2 et 8 kHz.

Pour tout savoir sur le paresseux

Paresseux à gorge brune (Bradypus variegatus)

L'allure générale du paresseux est vraiment très particulière. Sa face est petite et ronde. Ses yeux et ses oreilles sont si peu développés que ces dernières n'apparaissent même pas à travers le pelage assez contrasté de la tête. Sa face est en effet claire, encadrée de deux bandeaux latéraux sombres, qui englobent les yeux, et ornée d'une bande sombre également au niveau du front. Sa vue est certainement correcte, car il se déplace dans les hautes branches des arbres de jour comme de nuit. Et, si son ouïe est plutôt médiocre, elle doit néanmoins lui suffire à entendre les divers cris qu'émettent ses congénères, sans doute pour établir des contacts entre individus.

Bien que faisant partie de l'ordre des édentés, le paresseux a 18 dents à croissance continue : 10 en haut et 8 en bas. Leur structure ne permet pas vraiment de les identifier à des molaires ou à des prémolaires, mais ce ne sont ni des incisives ni des canines.

La tête de l'animal est extrêmement mobile autour de l'axe longitudinal du corps, et elle peut tourner de 90°, à droite comme à gauche. Cela peut s'expliquer par une particularité anatomique unique : seuls les paresseux à trois doigts possèdent toujours 8 ou 9 vertèbres cervicales, alors que tous les autres mammifères n'en ont que 7. (Les paresseux à deux doigts du genre Choloepus peuvent avoir 6, 7 ou 8 vertèbres cervicales.) Parfois, de petites formations osseuses, assimilables à des côtes, se remarquent au niveau de ces vertèbres surnuméraires.

Les paresseux mâles et femelles possèdent des glandes anales et nasales qui servent probablement à marquer les arbres où ils se déplacent, mais on connaît mal les capacités de leur odorat. Les mâles des espèces Bradypus variegatus et Bradypus tridactylus ont, en outre, une glande dorsale très visible du fait de la coloration orange de la peau qui la recouvre.

Le pelage, rêche, est brun-vert. Les poils poussent du ventre vers le dos, à l'inverse de ce qui se passe chez les autres quadrupèdes. Leur structure est unique : le poil est dépourvu de médulla, ou du moins celle-ci est tellement modifiée qu'elle n'est plus reconnaissable. Les poils du paresseux Bradypus présentent en outre des craquelures transversales qui s'élargissent avec l'âge et où se développe un écosystème particulier d'algues et d'insectes.

P. Sawaya avait remarqué, en 1941, que la température interne des paresseux varie peu en fonction de la température ambiante. Face à un écart de 8 °C entre le jour et la nuit, un individu de l'espèce Bradypus variegatus voit sa température monter ou baisser de 3 °C. En 1945, P.R. Morrison a fait varier de 13 à 16 °C la température interne d'un paresseux en faisant passer la température extérieure de 27 °C à 10 °C. La même expérience réalisée sur des femelles gestantes montre une variation beaucoup plus faible, qui ne dépasse pas 6 °C. Le métabolisme des femelles en gestation est donc modifié par rapport à celui des autres animaux. La température « normale » du paresseux est de l'ordre de 32 °C, ce qui est bas pour un mammifère, mais elle peut encore s'abaisser s'il fait très froid. Cette température corporelle relativement faible s'explique par le métabolisme de base peu élevé de l'animal, en raison de son régime alimentaire pauvre en calories, et qui caractérise d'ailleurs toutes ses fonctions vitales, digestion, gestation ou respiration : cet animal n'a, par exemple, que 6 à 8 mouvements respiratoires par minute. Il consomme seulement 155 ml d'oxygène par kilogramme de poids et par heure, beaucoup moins que tous les autres mammifères à qui on pourrait le comparer et moins aussi que les fourmiliers et les tatous, représentants des deux autres grands groupes d'édentés xénarthres.

Enfin, les paresseux savent parfaitement nager. Montgomery et Sunquist ont observé un paresseux Bradypus variegatus traversant à la nage, et spontanément, le canal de Panamá, pour aller s'installer sur l'île de Barro Colorado, qui se trouve au milieu.

PARESSEUX À GORGE BRUNE

Nom (genre, espèce) :

Bradypus variegatus

Famille

Bradypodidés

Sous-ordre

Folivora

Ordre :

Pilosa

Infraclasse

Eutheria

Classe :

Mammifères

Identification :

Petit, arboricole et pratiquement sans queue ; 3 longues griffes à chaque patte ; pelage rêche et poussant en sens contraire ; glande dorsale chez les mâles ; corps gris-vert ; tête plus foncée

Taille :

Tête et corps : de 413 à 800 mm ; queue : de 20 à 90 mm

Poids :

De 4 à 4,5 kg. Les deux sexes sont comparables (2,25-5,50 kg extrêmes)

Répartition :

Du Honduras, au nord, au Brésil et au nord de l'Argentine, au sud ; également présent à l'ouest des Andes, jusqu'en Équateur

Habitat :

Exclusivement forestier ; le plus souvent forêt tropicale humide ; jusqu'à 1 100 m d'altitude

Régime alimentaire :

Folivore, herbivore spécialisé mangeur de feuilles

Structure sociale :

Apparemment solitaire

Maturité sexuelle :

Inconnue

Saison de reproduction :

Probablement toute l'année

Durée de gestation :

6 mois

Nombre de jeunes par portée :

1 seul ; 1 portée par an

Poids à la naissance :

Inconnu

Longévité :

12 ans au moins

Effectifs, tendances :

Encore relativement abondants localement mais tendance globale de la population inconnue; espèce menacée par les déboisements

Statut :

Inscrit à l'Annexe II de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction)

 

Signes particuliers

Griffes

Les trois griffes des pattes antérieures sont caractéristiques du genre Bradypus. Trois doigts en sont pourvus, les autres doigts étant réduits à l'état de vestiges. Mesurant de 5 à 6 cm de long, elles sont aplaties latéralement et restent toujours parallèles les unes aux autres. La troisième phalange possède la même forme et pénètre d'environ 3 cm à l'intérieur de la griffe, ce qui renforce sa puissance. Très rigides, les mains du paresseux lui servent surtout de crochets pour se suspendre. Mais, surpris à terre par un prédateur, il utilise aussi ses griffes pour se défendre.

Tache dorsale

Chez Bradypus variegatus et Bradypus tridactylus, les mâles portent une tache dorsale de couleur orange, appelée « spéculum », barrée longitudinalement d'une ligne brune et parfois agrémentée de petites taches brunes. Il s'agit là d'une glande dont la fonction est mal connue, même si on pense que ses sécrétions jouent un rôle lors du rapprochement des sexes. Sa couleur même est mal comprise : elle semble ajouter une fonction visuelle à la fonction olfactive, mais suppose une certaine activité diurne. Les mâles du genre Bradypus torquatus, le paresseux à crinière, sont dépourvus de ce spéculum.

Dents

Les 18 dents ont une structure rudimentaire. Malgré leur croissance continue, elles marquent une régression par rapport au schéma initial des mammifères.

Vertèbres

Seuls mammifères à posséder 8 ou 9 vertèbres cervicales, les Bradypus ont aussi des articulations lombaires surnuméraires, les xénarthroles.

Les autres paresseux

Les six espèces contemporaines de paresseux sont toutes de petite taille, arboricoles et de répartition tropicale. Malgré de nombreux points communs, elles sont issues de deux rameaux évolutifs différents. Les paresseux à trois doigts (bradypodidés) dérivent de la famille des mégathériidés, tandis que les paresseux à deux doigts (choloepus)  sont de la famille des mégalonychidés. Les 3 principales espèces de bradypodidés sont toutes rattachées au même genre Bradypus, mais Bradypus variegatus comprend 7 sous-espèces (B. v. variegatus, B .v. boliviensis, B. v. brasiliensis, B. v. ephippiger, B. v. gorgon, B .v. infuscatus, et B. v. trivittatus) tandis que Bradypus torquatus est rattaché par certains au sous-genre scaeopus et comporte trois populations distinctes dont une – la plus septentrionale – pourrait être une sous-espèce. Une quatrième espèce, le paresseux nain (Bradypus pygmaeus) a été découverte au début des années 2000 à Escudo de Veraguas, l'une des îles de Bocas del Toro, au Panamá, et décrite en 2001 par Robert P. Anderson et C.O. Handley Jr.  

Les deux espèces de paresseux à deux doigts appartiennent au même genre : Choloepus.

Paresseux à gorge claire (Bradypus tridactylus)

Identification : il ressemble beaucoup au paresseux à gorge brune, dans sa morphologie et dans ses comportements. Sa face est un peu moins contrastée, avec son fond crème et sa bande frontale brune, mais il a également des marques sombres autour des yeux. Sa gorge est claire, le reste du pelage gris-brun, taché de vert, mais la coloration varie beaucoup d'un individu à l'autre.

Habitat : Brésil, Colombie, Guyane française, Guyana, Suriname, Venezuela ; comme Bradypus variegatus, il occupe les forêts denses, y compris les forêts ayant repoussé après une première exploitation par l'homme (secondaires), où la nourriture est abondante et son principal prédateur, l'aigle harpie, rare. Les deux espèces cohabitent au nord-est du Brésil, au sud de l'Amazone, le long d'une étroite bande sans qu'on sache comment elles se partagent l'espace.

Paresseux à crinière (Bradypus torquatus)

Identification : même taille, même poids (environ 4 kg) que les deux principales espèces du genre, dont il se distingue par son pelage brun-gris relativement uniforme. Seul l'arrière de la tête, de la nuque aux épaules, est recouvert d'un long pelage foncé, la « crinière », dont les poils peuvent mesurer 15 cm de long et forment deux touffes qui dépassent des épaules. L'espèce est dépourvue de spéculum et on n'observe donc pas de différence de coloration entre les sexes.

Habitat : le paresseux à crinière est originaire du Brésil, où il n'est connu que dans les forêts de la côte orientale du pays, surtout dans le sud de l'État de Bahia. Trois populations très distinctes. Encore assez mal connue et vivant dans un habitat très fragmenté avec peu de possibilités de dispersion, l'espèce est susceptible de s'éteindre localement et a été classée par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) dans la catégorie « en danger ». .

Paresseux nain (Bradypus pygmaeus)

 Identification : beaucoup plus petit que les autres espèces du genre Bradypus (48,5-53,0 cm de longueur totale ; 2,5-3,5 kg ; fourrure brun-gris pâle ; tâche sombre sur le front ; peut se camoufler aisément grâce à son pelage verdoyant dû au développement de ses algues symbiotiques.

Habitat : espèce endémique des forêts de mangrove de la petite île Escudo de Veraguas (4.3 km²). Tendance de la population probablement en baisse. Classée dans la catégorie « en danger critique d'extinction » par l'U.I.C.N.

Les paresseux à deux doigts

Les espèces du genre Choloepus n'ont que 2 doigts aux pattes antérieures, mais 3 aux pattes postérieures. Légèrement plus grands et plus lourds (de 4 à 8 kg) que les autres paresseux, leurs bras sont moins longs, et leur queue ne dépasse pas de leur pelage, qui varie du brun au blanc. Les pattes sont souvent plus sombres que le corps. Le nez est nu et les narines largement séparées. La vue et l'odorat seraient bons, mais l'ouïe, seulement médiocre. Certains pensent qu'ils voient les couleurs.

Unau, ou paresseux de Hoffman (Choloepus hoffmanni)

Identification : la gorge est plus claire que la poitrine, le museau, nettement marqué, souvent plus sombre que la face ; cette dernière paraissant plus expressive que celle des espèces du genre Bradypus. Les oreilles ne sont pas apparentes. Le pelage est assez long et souvent teinté de vert par le développement des algues symbiotiques dans les rayures longitudinales des poils. Sa queue très courte ne lui permet pas de creuser un trou pour ses excréments.

Habitat : forêt d'Amérique centrale, du Nicaragua à l'extrême nord-ouest de l'Amérique du Sud, d'une part, en Bolivie, dans le sud du Pérou et dans l'ouest du Brésil, d'autre part. L'espèce a été rencontrée à 1 800 m d'altitude au Panamá, et jusqu'à 3 300 m au Costa Rica mais elle s'aventure moins en zones subtropicales ou en forêts sèches que les espèces du genre Bradypus et semble avoir une tolérance thermique moindre. La population du nord (du Nicaragua au Venezuela occidental) se distingue clairement de celle du Sud (du Pérou centre-septentrional à la Bolivie centrale à travers le Brésil). La première est davantage menacée par la déforestation.

Son métabolisme est relativement bas et sa température interne varie de 24 à 33 °C. Sa première paire supérieure de dents, en forme de crocs très développés, peut servir à mordre un agresseur.

Plutôt actif (7 heures sur 24), le paresseux de Hoffmann se déplace en moyenne de plus de 38 m par jour. Surtout nocturne, il passe la journée en haut des arbres, exposé au soleil. La nuit, il descend plus près du sol, ce qui le rend plus vulnérable. À Panamá, son domaine vital est d'environ 2 hectares, sa densité de 1,05 individus à l'hectare (île Barro Colorado).

Alimentation : feuilles et fruits d'un grand nombre d'espèces végétales.

Comportement : curieusement, il semble exister beaucoup plus de femelles que de mâles. En 1976, D.A. Meritt a estimé le rapport à 1 mâle pour 11 femelles à Panamá. Les mâles vivent solitaires, mais les femelles forment peut-être de petits groupes lâches.

L'accouplement se pratique abdomen contre abdomen, la femelle étant suspendue sous une branche. La gestation, particulièrement longue, atteint 11 mois et demi. Quand tout va bien, la femelle peut avoir un petit tous les 14-16 mois. Le pelage du jeune diffère de celui de l'adulte : il est assez court, laineux et brun foncé. Les petits paresseux ont un appel de détresse qui ressemble à un bêlement aigu. Les adultes sont le plus souvent silencieux, mais ils peuvent émettre un sifflement.

Paresseux austral (Choloepus didactylus)

La principale différence avec l'espèce précédente se situe au niveau de la gorge, ici, de même couleur que la poitrine.

Habitat : il occupe les forêts matures, primaires, mais aussi parfois les forêts secondaires à l'est des Andes, du Venezuela aux Guyanes et au Brésil, jusqu'au sud du fleuve Amazone, mais guère plus bas. Vers l'ouest, on le rencontre en Équateur et au Pérou, où il cohabite avec la population isolée du paresseux de Hoffmann. On le rencontre jusqu'à 2 400 m d'altitude.

Sa biologie est comparable à celle de l'espèce précédente (ces deux espèces s'élevant facilement en parc zoologique, on connaît mieux leurs mœurs que celles des paresseux à trois doigts). La maturité sexuelle est atteinte à 3 ans et demi chez les femelles et à 4 ou 5 ans chez les mâles. La longévité record est de 27 ans et 9 mois pour cette espèce en captivité, et de 31 ans et 8 mois pour le paresseux de Hoffmann.

Milieu naturel et écologie

La densité de paresseux dans une forêt tropicale peut être très élevée. Des études menées dans l'île de Barro Colorado, à Panamá, ont montré que les mammifères arboricoles y représentent 70 % de la biomasse totale de mammifères, non compris les chauves-souris. Les populations des espèces Bradypus variegatus et Choloepus hoffmanni représentent à elles seules 73 % de tous ces mammifères arboricoles locaux. Leur succès est probablement lié à leur extrême discrétion, conséquence de leur métabolisme énergétique très bas : ils consomment peu de calories, mais leurs besoins sont faibles. Le fait que les paresseux du genre Bradypus, encore plus « paresseux » que ceux du genre Choloepus, soient les plus abondants va dans ce sens. Mais d'autres facteurs peuvent également expliquer cette différence : le sex-ratio, équilibré chez les paresseux à trois doigts et nettement en faveur des femelles (11 pour 1 mâle selon une étude faite en 1976) chez ceux à deux doigts, n'est probablement pas sans conséquences sur leurs densités respectives.

Un terrible prédateur : l'aigle harpie

Les prédateurs des paresseux peuvent être des félins, comme le jaguar ou l'ocelot. En 1926, W. Reebe, au Guyana, a également retrouvé des restes de paresseux Bradypus tridactylus dans l'estomac d'un anaconda, ce grand serpent sud-américain, dans celui d'un coati, cousin du raton laveur, et dans celui d'un chat margay. Le coati, petit carnivore, avait plus certainement consommé un cadavre de paresseux qu'il n'avait capturé l'animal. Quant au margay, il portait une profonde blessure au front, prouvant que le paresseux avait dû se défendre avec ses griffes. Si la plupart des carnivores de taille suffisante tentent de saisir un paresseux quand l'occasion s'en présente, son principal prédateur, et de loin, reste l'aigle harpie, Harpia harpyja, le plus grand rapace chasseur d'Amérique du Sud.

Lors d'une étude conduite en 1974-1975, au sud-ouest du Guyana, le chercheur américain R. Izoz a collecté, dans des nids d'aigles harpies et au pied des arbres où ils étaient implantés, tous les restes de nourriture laissés par ces rapaces, afin d'identifier leurs proies. Il a ainsi pu reconnaître 83 espèces, toutes des mammifères, toutes arboricoles et d'un poids variant de 1 à 5 kg : un tiers de singes, un tiers de paresseux, un tiers d'autres animaux (porcs-épics, opossums, kinkajous, par exemple). Parmi les paresseux, Choloepus représentait 22,9 % des proies, contre seulement 8,4 % pour Bradypus. Or, dans ces mêmes régions, les trois espèces du genre Bradypus sont deux à trois fois plus nombreuses que les espèces du genre Choloepus. On n'en connaît pas encore vraiment la raison. À noter aussi que l'essentiel des restes de singes et de paresseux provenait d'animaux adultes, alors que l'on pouvait s'attendre à trouver davantage de jeunes. Qu'il soit ainsi capable de capturer des singes adultes, animaux vivant en groupe, solidaires, vifs, dotés d'une bonne vue, prouve que l'aigle harpie est un terrible prédateur, même au milieu des arbres.

Pour sa défense, le paresseux bénéficie du fait qu'il est très peu actif, donc très discret, au moment où l'oiseau chasse le plus, c'est-à-dire au lever du jour. Mais, pour équilibrer sa température et lutter contre le froid du petit matin, il dort souvent au sommet des arbres afin de profiter des premiers rayons du soleil. L'aigle peut alors plus facilement le repérer à la vue, alors qu'il surprend plutôt les singes à l'ouïe. Mais il faut au rapace des pattes et des serres très grandes et très puissantes pour décrocher, au vol, un paresseux de son support. Pour un prédateur ailé qui cherche à capturer des singes ou des paresseux, il faut aussi que la mort de sa proie soit le plus rapide possible. Les quatre mains du primate pourraient arracher des plumes ou des ailes ou de la queue de l'oiseau et le handicaper sérieusement. Le paresseux, lui, a une solide cage thoracique osseuse qui le protège en partie des serres de l'oiseau. Comme elle est présente aussi chez les autres xénarthres, il ne s'agit pas d'une défense spécifique, mais d'un trait propre au groupe, probablement hérité de quelque lointain ancêtre.

Un pelage qui recèle tout un écosystème

Le pelage du paresseux, long, rêche et peu entretenu (peut-être par souci d'économie de gestes), recèle une flore et une faune d'une richesse longtemps insoupçonnée. La structure des poils, ainsi que l'humidité ambiante permettent l'installation d'une microflore d'algues unicellulaires (chlorophytes, cyanophytes, chrysophytes et rhodophytes). Ces algues améliorent le camouflage du paresseux, mais servent aussi de nourriture à d'innombrables insectes et acariens. Outre des ectoparasites classiques, diptères piqueurs et tiques, qui existent chez de nombreuses autres espèces (il faut noter à ce propos l'absence de puces chez le paresseux, qui, ne faisant pas de nid, n'a pu être colonisé par ces parasites qui ont toujours une phase de leur cycle dans le nid de leur hôte), le paresseux abrite une multitude d'insectes vivant en commensalisme avec lui, c'est-à-dire dans un système d'association qui ne lui porte aucun tort.

Explorant le pelage de paresseux capturés dans la région de Manaus, au Brésil, en 1977, les chercheurs J.K. Waage et R.C. Best ont ainsi découvert qu'un seul paresseux pouvait héberger à lui seul plus de 120 papillons, près de 1 000 coléoptères et d'innombrables acariens.

Ces trois types de commensaux sont également liés au paresseux du fait de son mode de défécation. Lorsque, tous les 8 jours, les paresseux Bradypus descendent à terre (tous les 4 jours pour Choloepus), ils déposent environ 56 g de petites crottes plus ou moins ovales, qu'ils recouvrent ensuite de feuilles. Si ces crottes servent peut-être d'engrais aux arbres qui nourrissent le mammifère, elles sont surtout un support pour la ponte et le développement larvaire des commensaux.

Les papillons, plus abondants sur les paresseux à deux doigts, sont des pyralides de la sous-famille des chrysauginés. La femelle papillon quitte le mammifère lorsque celui-ci descend à terre déposer ses excréments ; elle va y pondre et la chenille s'y développera. Après la métamorphose, l'adulte s'envole vers le sommet des arbres à la recherche du pelage des paresseux. Dans celui-ci, une abondante population de mâles (les papillons mâles y sont trois fois plus nombreux que les femelles) attendent la venue des femelles pour s'accoupler avec elles. Certaines espèces de papillons du genre Bradypodicola perdent peu à peu leurs ailes par érosion en habitant vraiment à l'intérieur du pelage des paresseux, où ils se déplacent avec une grande vivacité.

Les coléoptères, également liés aux paresseux et à leurs crottes, appartiennent aux genres Trichillum et Uroxys. Enfoncés dans les poils, souvent près du coude, sur les flancs ou derrière les genoux, ils sont petits (3 mm de long), peuvent être très abondants (978 sur un même paresseux) et paraissent peu actifs.

Les acariens sont, pour partie, des macrochélides, qui vivent parfois jusque dans le rectum du paresseux où ils se nourrissent des crottes. Certains semblent associés aux coléoptères, qui portent régulièrement leurs femelles fécondées jusque sur les crottes fraîches de paresseux où elles pondent leurs œufs....

Le paresseux et l'homme

Un animal fragile facile à capturer

Les paresseux devaient être beaucoup plus nombreux au début du quaternaire, mais leur rencontre avec l'homme a été fatale aux espèces terrestres. Aujourd'hui, les petits paresseux arboricoles sont encore chassés par certains Indiens pour leur viande, mais ils intéressent aussi beaucoup les scientifiques pour tous les insectes et tous les virus qu'ils transportent.

Paresseux et Indiens

La grande abondance des paresseux dans les forêts sud-américaines en fait des gibiers de choix pour les populations locales. Mais les traditions varient beaucoup selon les tribus.

Au Surinam, les indigènes ne chassent que les paresseux à deux doigts, qui seuls ont, paraît-il, le goût de viande de mouton, et ils délaissent ceux à trois doigts, ne les considérant pas comme une nourriture intéressante.

Choisissant leur gibier surtout pour leurs dents, les Indiens Matis d'Amazonie ne chassent guère les paresseux et encore moins ces autres édentés que sont les fourmiliers et les tatous. S'ils tuent pourtant parfois des paresseux, ils ne les fument pas pour les rapporter au campement comme ils font avec les autres gibiers, mais les consomment sur place.

Il leur arrive aussi de ramener l'animal vivant au village pour l'apprivoiser et en faire une mascotte, comme ils le pratiquent avec les jeunes singes ou les jeunes pécaris qu'ils trouvent lors des expéditions de chasse. Quoique bien soignés, les paresseux, dont le régime alimentaire est souvent délicat, ne subsistent généralement pas longtemps, faute d'une nourriture appropriée.

Les mythes se référant à des paresseux sont nombreux chez les Indiens : ils font de l'animal l'inventeur du tissage (sans doute à cause de sa position en « hamac » ou encore l'habitant d'un monde d'« en dessous », qui menace de décapiter les hommes avec ses « crochets ». Ils lui confèrent souvent une fonction cosmique.

Les Tacana de Bolivie orientale racontent qu'autrefois, du temps où les humains ne connaissaient pas le feu et se nourrissaient de vent, un Indien rapporta un paresseux à ses deux jeunes fils qui le laissèrent alors monter dans un arbre pour qu'il en mange les feuilles. Lorsque, au bout de quelques jours, l'animal voulut descendre à terre pour y faire ses besoins, les enfants, par jeu, l'en empêchèrent. Le paresseux furieux menaça de les tuer et les autres hommes avec eux. Rien n'y fit ; les enfants continuèrent de le persécuter. Le paresseux se laissa alors tomber à terre et, là où il se soulagea, des flammes s'élevèrent, le sol s'entrouvrit et ensevelit les humains. Quand l'incendie cessa, une nouvelle humanité émergea des entrailles de la terre en grimpant le long de bâtons disposés bout à bout. Ces ancêtres des hommes étaient désormais incapables de se nourrir de vent. La tache jaune que les paresseux mâles à gorge brune et à gorge claire portent sur le dos serait la trace des flammes que ce paresseux déclencha autrefois.

Paresseux et hygiénistes

Un certain nombre de virus, spécifiques des zones tropicales et pouvant poser des problèmes de santé aux humains, existent souvent chez des mammifères sauvages et sont transmis par des insectes piqueurs comme les moustiques, les phlébotomes et autres arthropodes volants. Le rôle de réservoir que peuvent jouer les paresseux du fait de leur grande abondance a conduit les hygiénistes à s'intéresser particulièrement à eux. On a, en effet, trouvé chez les diverses espèces les virus de certaines encéphalites ou de fièvres hémorragiques. Apparemment, les paresseux sont des porteurs sains. On a pu inoculer le virus de la fièvre jaune au paresseux à gorge brune sans le rendre malade, et retrouver ce virus dans son sang vingt-trois jours après.

Les paresseux à deux doigts, depuis Panamá jusqu'au Brésil, en passant par la Guyane française, servent aussi de réservoir pour l'agent de la leishmaniose, un protozoaire connu. Ce parasite se transmet par de petits diptères piqueurs appelés phlébotomes, dont l'écologie permet d'expliquer la maladie. En Guyane, elle se traduit chez l'homme par des lésions cutanées circulaires, autour du point d'inoculation. En Amérique du Sud, ces lésions sont nommées « pian-bois ». Au Costa Rica et à Panamá, le Bradypus variegatus intervient également pour d'autres leishmanioses. En se penchant sur la biologie des espèces sauvages réservoirs, les équipes médicales espèrent améliorer l'efficacité des méthodes préventives.