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tatou

Tatou
Tatou

Seul mammifère sud-américain à avoir largement étendu son aire de répartition géographique en envahissant depuis un siècle et demi le sud-est des États-Unis, le tatou à neuf bandes promène sa carapace aussi bien dans les forêts tropicales que dans les zones arides du Texas.

1. La vie du tatou

1.1. Un solitaire plutôt conciliant

Contrairement à beaucoup d'animaux, le tatou ne marque pas l'espace qu'il s'approprie. Aussi parle-t-on plutôt de domaine vital que de territoire. La taille de ces domaines peut varier de 1,1 à 13,8 ha, avec une moyenne de 5,7 ha par animal en Floride. Le biologiste Gary Galbreath, du Muséum d'histoire naturelle de Chicago, a observé un tatou mâle et un tatou femelle en Floride, et mesuré les surfaces sur lesquelles ils évoluaient : 10,6 ha pour le premier et 7,6 ha pour la seconde, le chercheur estimant que la surface calculée pour le mâle était inférieure à la réalité. Un autre chercheur a obtenu les chiffres de 3,3 ha et de 3,4 ha respectivement, pour des mâles et des femelles, dans le Mississippi. La différence de milieu peut expliquer ces divergences. Dans les deux cas étudiés, il arrivait régulièrement aux mâles ou aux femelles de fréquenter la surface propre à un autre individu, les animaux semblant très bien tolérer la présence de congénères sur leur domaine vital. Seule une partie de celui-ci est âprement défendue contre les rivaux de même sexe, le terme de territoire étant dans ce cas utilisé. Par contre, si l'intrus est de sexe opposé, et quel que soit son âge, le propriétaire tolérera facilement sa présence sur son territoire et, à plus forte raison, sur son domaine vital. Lors de chaque étude, il est également apparu qu'un certain nombre d'animaux étaient encore non fixés, toujours en déplacement : il s'agit sans doute de sujets immatures à la recherche d'un emplacement pour s'installer.

Un nid pour abri

Les tatous s'abritent dans des nids qu'ils aménagent soit à la surface du sol, soit au fond d'un terrier de plusieurs mètres de long. Le record connu semble être un terrier profond de 3,50 m et long de 7,50 m. En moyenne, les galeries font 18 cm de diamètre et s'ouvrent par un orifice souvent placé au pied d'un buisson, sous les racines d'un arbre ou contre un tronc renversé. L'animal fait son nid au fond du terrier en accumulant de l'herbe et du foin.

Sur le territoire régulièrement fréquenté par le tatou, on rencontre également de courts terriers dont le tunnel ne se termine pas par une chambre : il pourrait s'agir de simples abris dans lesquels l'animal se réfugie en cas de danger imminent.

Le tatou à neuf bandes n'est pas vraiment nocturne. Ses heures de sortie sont plutôt liées à la température, son idéal étant de 20 à 25 °C. Actif surtout la nuit en période de grosses chaleurs, il sort aussi le jour quand la température est plus favorable. Des études ont montré que l'activité des tatous augmentait en période de reproduction.

Une défense infaillible

Une défense infaillible



Le tatou apeuré se défend en se collant contre le sol et en plaquant les bords de sa carapace dans la terre. Certains tatous, comme le tatou velu ou le tatou à trois bandes, ont des écailles en forme d'ergot sur les pattes, qui leur servent, pense-t-on, à affermir leur ancrage et à éviter de se faire retourner. Ils possèdent aussi la faculté de se rouler totalement en boule, ce qui n'est pas le cas du tatou à neuf bandes.

1.2. Un régime insectivore agrémenté de fruits

Le tatou à neuf bandes apprécie toutes les sortes d'insectes. La base de sa nourriture est constituée de larves de scarabées et de vers blancs. Mais il est également très friand des fourmis et de leurs nymphes, des chenilles, des termites, des criquets et des sauterelles ou des larves de mouches.

Dans les travaux de Edward R. Kalmbach, menés au Texas il y a une cinquantaine d'années, il apparaît que le tatou à neuf bandes consomme également des araignées, des vers de terre, des escargots et des limaces. En hiver, quand le froid rend les insectes plus rares, il n'hésite pas à s'attaquer aux reptiles ou aux batraciens, qui, engourdis par le froid, sont plus faciles à capturer : lézards, serpents, salamandres, grenouilles et crapauds font alors partie de ses menus.

En extra, œufs et fruits

Si les circonstances le permettent, le tatou à neuf bandes peut exceptionnellement consommer des œufs d'oiseaux ou de reptiles.

Mais il est plus fréquent qu'il complète son alimentation par de la nourriture végétale, en particulier des fruits ramassés à terre. Il peut ainsi manger des agrumes, trouvés sous les arbres dans les vergers, des fruits de magnolia, de nombreuses baies sauvages ou cultivées et des graines de conifères. Il lui arrive également de faire honneur aux champignons.

Et, si besoin est, les tatous n'hésiteront pas à aller consommer des asticots sur un cadavre en décomposition. Certaines espèces sud-américaines sont d'ailleurs réputées pour pratiquer régulièrement ce comportement alimentaire.

Une langue allongée et de vraies dents

Une langue allongée et de vraies dents



La longue langue et les glandes salivaires développées du tatou lui permettent de capturer aisément des fourmis et des termites. Contrairement au fourmilier, il a un régime beaucoup moins spécialisé, car, à la différence de ce dernier, il dispose de vraies dents. Particulièrement simples de structure et impossibles à classer en incisives, canines ou molaires, elles sont toutes plantées au fond de la bouche, sur le maxillaire. Le jeune a sept dents de lait par demi-mâchoire et l'adulte a huit dents par demi-mâchoire.

Guidé par son odorat

Pour rechercher sa nourriture, le tatou se sert essentiellement de son odorat. Il renifle le sol puis, avec des mouvements assez nerveux et saccadés, il creuse à l'aide des griffes de ses pattes antérieures et fouille la terre de son museau. Il explore ainsi les moindres interstices sous les troncs et les souches. Pendant la recherche de son alimentation, le tatou semble extrêmement absorbé et peu sensible aux événements extérieurs. C'est ainsi qu'un tatou peut continuer à fouir, sans même s'apercevoir qu'il vient de heurter les jambes d'un observateur immobile.

1.3. Une spécialité : des quadruplés

Quand vient l'époque de la reproduction, les mâles se mettent à rechercher activement les femelles qui, si elles sont en chaleur, dégagent une odeur particulière. Il arrive cependant que certains mâles suivent et importunent des femelles non réceptives qui essayent alors de leur échapper en fuyant. Si deux mâles se retrouvent à côté de la même femelle, ils peuvent s'affronter en se poursuivant, en se donnant des coups de pattes ou en sautant l'un vers l'autre jusqu'à ce que le plus faible cède la place.

Au Texas, les accouplements ont presque tous lieu en juillet-août. Seules, semble-t-il, les jeunes femelles qui ne se sont encore jamais reproduites sont en chaleur et s'accouplent à l'automne.

Des petits tout roses

Le tout début de la gestation est différé par rapport à la fécondation et n'a lieu qu'en novembre ou décembre. Au Texas comme en Floride, les femelles mettent bas en mars et en avril (en Amérique du Sud, les saisons sont différentes). La gestation proprement dite dure donc 120 jours environ, mais la durée totale entre les accouplements et les naissances est de l'ordre de 300 jours.

Tous les membres de la portée sont de vrais jumeaux, donc de sexe identique. Ils sont généralement quatre (on a déjà dénombré de deux à six embryons, mais certains fœtus peuvent disparaître durant la gestation). Les nouveau-nés pèsent environ 85 grammes et ressemblent à des adultes en miniature. Ils ne sont pas encore pigmentés, et leur carapace, encore très souple, semble rose.

La croissance est assez rapide et, vers l'âge de 3 mois, les jeunes s'émancipent. Mais tous ceux qui sont issus de la même portée restent souvent plusieurs semaines ensemble avant de commencer vraiment une vie solitaire. À 2 ans, les femelles et les mâles sont matures ; cependant, ils n'atteignent leur taille définitive que vers l'âge de 3 ou 4 ans. Il semblerait que les mâles soient capables de produire des spermatozoïdes toute l'année, au contraire des femelles qui ont une saison de reproduction bien marquée. Leur longévité est de 12 à 15 ans.

Un seul ovule, quatre petits

Un seul ovule, quatre petits



Le système de reproduction du tatou à neuf bandes est unique chez les mammifères. Il intéresse tout particulièrement les biologistes pour deux raisons. D'une part, le seul ovule qu'émet la femelle pendant la période de reproduction, une fois fécondé, commence à se diviser normalement, puis il se subdivise en quatre. Si bien que naissent quatre petits absolument identiques sur le plan génétique. D'autre part, ce qui retient l'attention des chercheurs est le développement du placenta du tatou (partie des annexes embryonnaires qui assure les échanges entre le fœtus et la mère), car il rappelle celui des primates et, en particulier, de l'être humain.

1.4. Milieu naturel et écologie

Fréquent en Amérique du Sud, le tatou à neuf bandes est le seul que l'on rencontre encore au nord du Mexique. Il habite aussi bien la forêt tropicale que la forêt secondaire en partie exploitée par l'homme, les zones de buissons secs, comme au Texas, les prairies dégagées ou les savanes d'Amérique du Sud ; en montagne, il peut monter jusqu'à 3 000 m d'altitude. Dans les forêts du bassin de l'Amazone, il semble préférer les sous-bois denses et éviter les fonds de vallée inondables.

Deux ennemis : le froid et la sécheresse

Comme l'aire du tatou s'étend jusqu'au sud des États-Unis, il est permis de penser que le froid est un des facteurs limitant son extension géographique. Jusqu'au milieu du xixe siècle, l'espèce était limitée au sud du 33e degré de latitude nord, au Texas, dans des régions semi-arides. Il est possible que, jusque-là, une série d'hivers froids ait bloqué son expansion vers le nord et l'est. Il suffirait d'un hiver sévère tous les dix ans pour empêcher son avancée. En effet, le tatou est peu protégé par sa carapace, qui ne représente pas un très bon isolant thermique. D'autre part, en période de froid, ses proies deviennent plus rares et les réserves de l'animal sont insuffisantes pour compenser cette perte de nourriture. C'est ainsi qu'au Texas et en Louisiane on a pu observer des chutes de population à plusieurs reprises au cours du siècle. Cependant, le tatou ne peut vivre que dans des zones relativement humides. Il est absent des régions où la pluviométrie annuelle est inférieure à 380 mm. L'importance de l'eau est encore plus grande lorsque les sols sont argileux. En effet, l'été, ces sols se durcissent, empêchant les animaux de s'y procurer leur nourriture. Les tatous se concentrent alors dans les lits des rivières, où les terres alluviales sont plus tendres à fouiller.

Les proies des tatous elles-mêmes ont besoin de terrains chargés d'eau : insectes et invertébrés ne survivent pas bien dans les sols qui durcissent en se desséchant et où ils doivent s'enfoncer profondément sous la surface. En revanche, ils sont abondants autour du bois en décomposition ou dans une terre humide et profonde recouverte d'humus. La densité locale des tatous est, elle aussi, plus forte dans ces milieux. En cas de sécheresse épisodique, il s'ensuit un déclin des populations locales.

Mille subterfuges pour se défendre

Curieusement, le tatou héberge très peu de parasites externes. Cela est peut-être dû à sa carapace et à la peau de son ventre, elle-même relativement épaisse.

En revanche, il figure au menu de divers mammifères carnivores tels que le lynx roux, ou bobcat, des États-Unis et du Mexique, le puma et l'ours noir nord-américain. En Amérique du Sud, jaguar et ocelot doivent eux aussi capturer des tatous, quand l'occasion s'en présente. En forêt, la nuit, le tatou est bruyant et risque parfois d'attirer les prédateurs, mais peut-être fait-il confiance à son ouïe et à son odorat pour les repérer. Toutefois, s'il se laisse surprendre, il réagit par un départ brutal et bruyant. Lorsque le danger est tout près de lui, il bondit alors verticalement, ce qui surprend généralement l'agresseur.

Pour échapper aux prédateurs, le tatou peut encore franchir un petit cours d'eau en marchant au fond : sa densité le lui permet et il peut rester en apnée quelques minutes.

2. Zoom sur... le tatou à neuf bandes

2.1. Tatou à neuf bandes (Dasypus novemcinctus)

Enveloppé dans sa carapace articulée, le tatou ne ressemble à aucun autre mammifère. Les grands éléments de la carapace, la plaque frontale et les anneaux de protection sur la queue sont tous composés de plaques dermiques osseuses, ou « écailles », recouvertes d'un épiderme kératinisé aux reflets vieil ivoire. Le dessus est plus sombre que les flancs. Le reste du corps est couvert de peau. Un pelage clairsemé tapisse tout le corps, y compris la carapace.

Le tatou possède des pattes courtes et robustes, munies de griffes puissantes. Les mâles n'ont pas de scrotum et les testicules restent intra-abdominaux pendant toute la vie de l'animal. Les femelles possèdent deux paires de mamelles, l'une thoracique, l'autre abdominale. Les deux sexes ont une paire de glandes anales bien développées qui sécrètent une substance à l'odeur musquée parfaitement perceptible quand on manipule l'animal. On pense que, chez les femelles, la composition et l'odeur de cette sécrétion changent à l'époque de la reproduction et un peu avant l'ovulation, ce qui permettrait aux mâles de les repérer très facilement.

Comme tous les édentés xénarthres, le tatou à neuf bandes possède des xénarthroles, ou articulations supplémentaires des vertèbres lombaires et thoraciques. Pourtant, il n'y a pas de contact osseux direct entre le squelette et la carapace dermique. La cage thoracique est rigide avec de larges côtes et des cartilages ossifiés.

Autre trait propre aux édentés xénarthres : le tatou a non pas une mais deux veines caves postérieures. La partie postérieure de l'estomac, très musclée, sert peut-être à broyer les aliments.

Le tatou voit peu, mais son ouïe et son odorat sont bien développés. La physiologie respiratoire du tatou est marquée par sa grande tolérance au gaz carbonique circulant dans le sang. Quand l'animal fouille le sol à la recherche de sa nourriture, il garde les narines collées au sol et ne peut pratiquement plus respirer alors qu'il fait un effort physique important. Il se produit alors une baisse passagère de son taux d'oxygène et une augmentation correspondante de celui de CO2 auxquelles il est peu sensible.

La température interne d'un tatou au repos est de 34,5 °C quand la température de l'air est comprise entre 28 et 38 °C. Si celle-ci descend à environ 24 °C, la température de l'animal peut baisser un peu. Si elle tombe plus bas, le tatou fait remonter sa température interne par des tremblements, une position de repos en boule et peut-être des vasoconstrictions périphériques. S'il fait trop chaud, l'animal halète, expose son ventre et, par des phénomènes de vasodilatation, s'efforce de dissiper le trop-plein de chaleur.

TATOU À NEUF BANDES

Nom (genre, espèce) :

Dasypus novemcinctus

Famille :

Dasypodidés

Ordre :

Cingulata

Classe :

Mammifères

Identification :

Le corps est recouvert d'une carapace organisée en 2 plastrons, antérieur et postérieur, reliés par 9 (ou 8) bandes articulées. Le museau est allongé, les oreilles et la queue bien développées. Fortes griffes aux pattes

Taille :

De 240 à 573 mm (tête et corps) ; de 125 à 483 mm (queue)

Poids :

De 4 à 6 kg

Répartition :

De l'Argentine au sud des États-Unis

Habitat :

Assez tolérant. Limité par la sécheresse et le gel

Régime alimentaire :

Insectivore à tendance omnivore

Structure sociale :

Peu marquée. Solitaire et indépendant

Maturité sexuelle :

À 2 ans environ

Saison de reproduction :

Juillet-août. Seconde saison à l'automne pour les nullipares aux États-Unis. Été austral au sud

Durée de gestation :

Entre juillet et avril. Implantation différée aux É.-U.

Nombre de jeunes par portée :

4 le plus souvent

Poids à la naissance :

85 grammes

Durée de l'allaitement :

3 mois

Longévité :

Entre 12 et 15 ans

Effectifs, tendances :

A augmenté son aire de répartition depuis le début du siècle dans le sud des États-Unis

Statut :

Non menacé. Chassé dans de nombreuses régions

Statut, protection :

Récemment devenu animal de laboratoire

 

2.2. Signes particuliers

Tête

La tête du tatou est allongée. Les oreilles ont de longs pavillons mobiles. Les narines s'ouvrent à l'extrémité d'une sorte de petit groin. L'ouïe et l'odorat sont bien développés alors que la vue est peu performante : l'œil capte les mouvements proches, mais pratiquement pas les formes immobiles.

Pattes

Les pattes sont trapues et puissantes. Les antérieures se terminent par 4 doigts et les postérieures par 5. Tous les doigts sont dotés de fortes griffes et les deux doigts médians sont plus longs. La peau des pattes est constellée d'écailles osseuses dermiques sur lesquelles poussent de longs poils rêches.

Carapace

Au niveau des plaques intermédiaires, la peau est souple entre les bandes, et ces dernières peuvent se recouvrir. Les tatous dits à neuf bandes n'en possèdent que huit aux États-Unis et en Argentine. Seuls ceux du nord de l'Amérique du Sud en ont neuf.

Crâne

De forme allongée et de structure simple, il est remarquable par sa fine mandibule et ses petites dents (de 28 à 32), presque cylindriques, sans émail. L'arcade zygomatique est complète et la bulle tympanique n'est pas ossifiée.

3. Les autres espèces de tatous

La famille contemporaine des dasypodidés comprend 21 espèces rassemblées en huit genres : Dasypus, ou tatous à long nez, genre type de la famille des dasypodidés, qui regroupe sept espèces dont le tatou à neuf bandes, Priodontes, ou tatou géant, qui n'est composé que d'une espèce, Cabassous, ou tatous à queue nue, qui comprend quatre espèces, Euphractus, ou tatou à six bandes, ou encore tatou jaune, qui n'a qu'une espèce, Tolypeutes, ou tatous à trois bandes, qui en rassemble deux, Zaedyus, ou pichi, qui ne possède qu'une espèce, Chaetophractus, ou tatous velus, ou encore peludos, qui regroupe trois espèces, et enfin Chlamyphorus, ou pichiciegos, composé de deux espèces.

Tous sont recouverts de la carapace propre à la famille. Mais leurs tailles sont très variables, car la plus petite espèce, le tatou rose, n'atteint pas 100 g, alors que le tatou géant peut dépasser 60 kg. Hormis le tatou à neuf bandes, qui est le seul à atteindre l'Amérique du Nord, tous les autres sont répartis exclusivement à travers l'Amérique du Sud.

3.1. Tatou des savanes (Dasypus sabanicola)

Comme tous les Dasypus, il présente de très grandes ressemblances avec le tatou à neuf bandes.

Répartition : llanos (plaines) de Colombie et du Venezuela.

3.2. Grand tatou à long nez (Dasypus kappleri)

Répartition : nord du bassin de l'Amazone, de l'est des Andes au nord-est du Brésil. Forêt tropicale de basse altitude.

3.3. Tatou à sept bandes (Dasypus septemcinctus)

Répartition : sud du bassin de l'Amazone jusqu'au Gran Chaco, en Bolivie, au Paraguay et au nord de l'Argentine. Terrain sec, rare en grande forêt.

3.4. Tatou austral ou hybride (Dasypus hybridus)

Répartition et statut : Paraguay, nord de l'Argentine, Uruguay, sud du Brésil. En déclin, classé par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) dans la catégorie « quasi menacé » depuis 1996.

3.5. Tatou velu (Dasypus pilosus)

Répartition et statut : montagnes du sud-ouest du Pérou. En déclin et classé par l'U.I.C.N. dans la catégorie « vulnérable » depuis 2006.

3.6. Tatou ou mulita de Yepes (Dasypus yepesi)

Répartition : Gran Chaco en Argentine. Espèce mal connue.

3.7. Tatou géant (Priodontes maximus)

Identification : 30 kg, parfois jusqu'à 60 kg ; près de 1 m de long ; queue de 5 à 5,5 cm ; tête petite, museau conique, oreilles écartées ; pattes énormes ; griffe très développée au doigt central de la patte antérieure ; carapace en une seule plaque ; dessous nu et rose. Peut se tenir en position bipède ; très fort.

Répartition et statut : est des Andes, du nord du Venezuela et de la Colombie au nord de l'Argentine et au Paraguay. Totalement absent de l'est du Brésil, forêt, savanes, llanos. Habitat très fragmenté ; population en déclin ; classé par l'U.I.C.N. dans la catégorie « vulnérable » depuis les années 1980 et inscrit à l'annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction).

3.8. Tatou à queue nue d'Amérique centrale (Cabassous centralis)

Identification : de 2 à 4 kg. Comme tous les Cabassous, il ressemble à un petit Priodontes ; tête large, oreilles développées ; ongle central de la patte antérieure très développé.

Répartition : du Honduras et de Belize jusqu'à l'ouest de la Colombie et jusqu'au nord-ouest du Venezuela.

3.9. Tatou à queue nue du Sud (Cabassous unicinctus)

Répartition : est des Andes, du Venezuela et des Guyanes au sud du Brésil.

3.10. Tatou à queue nue du Chaco (Cabassous chacoensis)

Répartition et statut : forêts sèches du Gran Chaco, au sud-est de la Bolivie, à l'ouest du Paraguay et au nord de l'Argentine. Présence incertaine au Brésil. Classé par l'U.I.C.N. dans la catégorie « quasi menacé » depuis 2006.

3.11. Grand tatou à queue nue (Cabassous tatouay)

Identification : 6 kg.

Répartition : est et sud du Brésil, sud-est du Paraguay, nord-est de l'Argentine et Uruguay.

3.12. Tatou jaune ou tatou à six bandes (Euphractus sexcinctus)

Identification : de 3,2 à 6,5 kg ; de 40 à 50 cm de long, queue de 20 à 24 cm ; carapace jaunâtre légèrement couverte de longs poils ; de six à huit bandes ; tête pointue et aplatie ; ongles assez développés.

Répartition : sud-est de l'Amérique du Sud, du bassin de l'Amazone au nord de l'Argentine ; savanes du nord de l'Amazone. Savanes et prairies, forêts sèches, buissons, forêts tropicales humides.

3.13. Tatou à trois bandes du Sud (Tolypeutes matacus)

Identification : 1,5 kg ; 30 cm de long ; queue de 6,4 cm. Les tolypeutes sont les seuls à pouvoir s'enrouler complètement sur eux-mêmes. Doigts postérieurs (de deux à quatre) soudés et terminés par des ongles en sabot ; grandes griffes aux doigts antérieurs.

Répartition : de la Bolivie et du Mato Grosso brésilien au nord et au centre de l'Argentine. Savanes et prairies. En déclin et classé par l'U.I.C.N. dans la catégorie « quasi menacé » depuis 2006.

3.14. Tatou à trois bandes du Brésil (Tolypeutes tricinctus)

Identification : mêmes caractéristiques que le précédent.

Répartition : centre-est du Brésil ; en déclin et classé par l'U.I.C.N. dans la catégorie « vulnérable » depuis 1996.

3.15. Pichi (Zaedyus pichiy)

Identification : de 1 à 2 kg ; de 26 à 33 cm de long, queue de 10 cm ; carapace brune bordée de jaune ; poils entre les plaques dermiques ; pelage jaunâtre sous le corps ; petites oreilles.

Répartition et statut : du centre au sud de l'Argentine ; prairies andines du Chili, jusqu'au détroit de Magellan. Sols meubles ou sableux. En déclin et classé par l'U.I.C.N. dans la catégorie « quasi menacé » depuis 2006.

3.16. Tatou criant ou petit tatou velu (Chaetophractus vellerosus)

Identification : de 0,8 à 0,9 kg ; 22 cm de long, queue de 9 cm. Poilu sur tout le corps.

Répartition : Gran Chaco entre Bolivie, Paraguay et jusqu'au centre de l'Argentine. Paysages ouverts, semi-arides.

3.17. Tatou velu de Bolivie (Chaetophractus nationi)

Identification : mêmes caractéristiques que le précédent.

Répartition et statut : de la Bolivie au nord du Chili. Avec une population estimée à 13 000 individus et en déclin, l'espèce est classée par l'U.I.C.N. dans la catégorie « vulnérable » depuis 1996.

3.18. Grand tatou velu (Chaetophractus villosus)

Identification : mêmes caractéristiques que le précédent mais plus gros : 2 kg ; assez petite taille : 40 cm de long, queue de 17 cm.

Répartition : du nord du Paraguay et de l'Uruguay  jusqu'au sud de l'Argentine et du Chili.

3.19. Petit tatou rose (Chlamyphorus truncatus)

Identification : ce sont les tatous les plus extraordinaires ; moins de 100 g ; carapace rose fixée au corps en deux points au-dessus des yeux et par un pli de peau le long de l'échiné ; doux pelage blanc ; curieuse plaque sur l'arrière-train.

Répartition : Argentine centrale. Zones sèches et dégagées de la Pampa ou du Chaco. Espèce mal connue.

3.20. Petit tatou du Chaco (Chlamyphorus retusus)

Identification : un peu plus grand que le précédent ; carapace dorsale normalement fixée au corps ; plaque postérieure.

Répartition et statut : Gran Chaco entre Bolivie, Paraguay et Argentine. Même habitat que le précédent. Classé par l'U.I.C.N. dans la catégorie « quasi menacé » depuis 2006.

Remarque : les deux espèces de Chlamyphorus sont d'exceptionnels tatous fouisseurs, surtout C. retusus. Ce dernier possède en outre un cri qui ressemble à des pleurs d'enfant.

4. Origine et évolution du tatou

Les tatous, comme les paresseux et les fourmiliers, représentent une des plus anciennes lignées de mammifères placentaires ; l'ancien (ou super-) ordre des édentés xénarthres se serait séparé de l'ensemble des autres ordres à la fin de l'ère secondaire, il y a 80 millions d'années. La subdivision entre l'ordre des cingulata (qui regroupe diverses familles de tatous fossiles totalement disparues et la famille de tatous contemporaine, les dasypodidés) et celui des pilosa (qui regroupe les fourmiliers et les paresseux) se serait ensuite opérée relativement rapidement, au début du paléocène.

Parmi les cingulata se trouvaient des animaux proches des tatous actuels, les glyptodons. Ils se distinguaient par une carapace dorsale en un seul bloc, et des dents (malgré leur nom d'édentés) constituées de deux sortes de dentine, qui leur permettaient de manger des herbes et même des herbes abrasives telles que les graminées. Le plus grand de tous, Glyptodon, mesurait 1,50 m de haut, 3,30 m de long et devait peser 2 tonnes, dont pratiquement 500 kg pour sa carapace osseuse.

Les dasypodidés, au contraire, ont une carapace pelvienne protégeant l'arrière-train, souvent une seconde plaque antérieure au niveau des épaules, et, entre les deux, une série de plaques transversales assez souples, reliées par des bandes de peau flexible qui autorisent toute une série de mouvements. Présents en Amérique du Sud depuis le paléocène, ils comptaient des mangeurs de fourmis, tel Stegotherium, au museau long et édenté. Mais, dans l'ensemble, la famille était nettement moins spécialisée que celle des fourmiliers, les myrmécophagidés.

On connaît environ une vingtaine de genres fossiles de dasypodidés. L'un des plus anciens, Utaetus, date du début de l'éocène. Malgré ses caractères primitifs, il annonce très nettement les traits propres à la famille. À la fin du pliocène, plusieurs genres ont pénétré en Amérique du Nord mais, en fin de compte, une seule espèce est restée, le tatou à 9 bandes, Dasypus novemcinctus.

La famille contemporaine des dasypodidés rassemble 21 espèces de tatous regroupées en huit genres et trois sous-familles, dont celle des dasypodinés qui comprend le genre Dasypus. Avec sept espèces et une vaste répartition géographique, ce dernier reste le mieux représenté, mais nombre de ses espèces sont chassées pour leur viande ou souffrent d'une forte pression humaine sur leur habitat.

5. Le tatou et l'homme

L'intérêt de l'homme pour le tatou va grandissant. L'« invasion » récente par cet animal du sud-est des États-Unis étonne les zoologues. Son système de reproduction et sa sensibilité naturelle à la lèpre en font un passionnant sujet de laboratoire. Sa chair est recherchée par de nombreuses personnes d'Amérique du Nord ou du Sud. Quant à sa carapace, elle inspire les artisans et séduit les touristes.

5.1. Emblème officiel du Texas

Le terme de tatou est emprunté à la langue tupi du Brésil. Dans les autres pays d'Amérique latine et dans les pays anglo-saxons, l'animal se nomme « armadillo », expression qui fait allusion à son allure cuirassée. En langue aztèque, le tatou avait pour nom « azotochtli », « lapin-tortue ». Nous ne savons pas comment les premiers arrivants en Amérique du Sud ont nommé les espèces qu'ils ont rencontrées, mais il est sûr qu'ils ont utilisé les carapaces des glyptodons, ces ancêtres géants des tatous, aujourd'hui disparus, pour s'abriter et se protéger.

Aux États-Unis, où presque tous les États ont pour emblème un arbre, une fleur ou un animal, le tatou à 9 bandes a été promu mammifère officiel de l'État du Texas au début des années 1980 (près de 140 ans après avoir été signalé pour la première fois au nord du Rio Grande). L'initiative en revient à un groupe d'élèves de l'école élémentaire de Oak Creek, dans le comté de Harris. Pour cela, ils avaient préparé une résolution en 9 points, une par bande, justifiant le choix du tatou, alors en compétition avec une race de bovin, une espèce de grenouille et l'antilope pronghorn. Après discussion, le Parlement texan a fini par accepter ce choix.

5.2. Une fulgurante expansion favorisée par l'homme

Aucun tatou n'était encore jamais remonté plus au nord que le sud du Mexique quand le tatou à neuf bandes atteignit la basse vallée du Rio Grande, côté texan. C'était, semble-t-il, dans les années 1840-1850. Certains de ces animaux pionniers avaient peut-être voyagé avec l'homme, car, au Mexique, le tatou est recherché pour sa viande, mais quelquefois, on l'apprécie également comme animal de compagnie.

Un demi-siècle plus tard, vers 1905, l'espèce occupait déjà tout le sud de l'État et avait atteint le plateau d'Edwards. Certaines populations dépassaient même ce front, ce qui tend à confirmer le rôle joué par l'homme dans le déplacement de l'espèce vers les États-Unis.

Dans les années 1920, le tatou à neuf bandes s'étendit encore à l'est de l'État, passa la rivière Sabine et gagna la Louisiane. Vers le nord, il trouva le chemin de l'Arkansas en remontant la vallée des rivières Red et Arkansas. Dans cette même direction, il atteignit les États de l'Oklahoma, du Kansas, du Colorado et du Missouri. Cependant, il n'est pas encore sûr qu'il soit capable de se reproduire ailleurs qu'au Kansas, et même dans cet État, les preuves de sa reproduction ne sont apparues qu'en 1978.

À l'est du Mississippi, le tatou à neuf bandes a colonisé trois États : le Mississippi, l'Alabama et la Floride. Là aussi, l'homme a sans doute contribué à sa propagation. En effet, dans les années 1920, deux couples captifs se sont échappés sur la côte est, à Cocoa Beach. De là, ils ont essaimé et, en vingt ans, leurs descendants ont fini par envahir toute la péninsule, sauf les Everglades. Inversement, ils ont mis plus de temps à traverser la partie centrale de l'État, le Panhandle.

C'est seulement dans les années 1970 que les animaux issus du lâcher de Floride et ceux venant du Mississippi sont apparemment entrés en contact. Aujourd'hui, le tatou à neuf bandes s'est aussi installé en Géorgie. Dans le Tennessee et en Caroline du Sud, seuls des individus erratiques ont été observés jusqu'à présent, mais les choses peuvent évoluer rapidement.

On connaît maintenant une des raisons expliquant la rapidité de développement des colonies de tatous à l'est de l'État du Texas. Lorsqu'ils transportaient, en train, le bétail des zones d'élevage et des ranchs texans, les cow-boys s'amusaient à mettre quelques tatous dans les wagons avec les animaux. À l'arrivée dans les États de l'Est, les petits animaux caparaçonnés avaient souvent l'occasion de se sauver lors de l'ouverture des portes, ou étaient parfois relâchés par les personnes qui les trouvaient. Apparemment, le tatou à neuf bandes a bénéficié de nombreuses complicités pour passer du Texas à la Floride !

5.3. Utile ou nuisible ?

Divers travaux menés depuis une cinquantaine d'années ont cherché à mesurer l'impact du tatou sur l'agriculture et sur les autres espèces d'animaux vivant dans le même environnement que lui. Il est apparu que son goût marqué pour les insectes peut rendre le tatou précieux aux yeux des agriculteurs. Au Texas, il semble bien qu'en consommant les larves et l'adulte d'un scarabée qui s'en prenait aux cultures, Euetheola rugiceps, il ait été l'auxiliaire utile des planteurs de canne à sucre, de maïs et de blé.

Inversement, en Floride, les biologistes qui travaillent sur certaines espèces rares et localisées de reptiles endémiques sont inquiets de retrouver des restes de ces espèces dans des estomacs de tatou. Autour de la station biologique Archbold, dans le centre sud de la péninsule, on a noté la prédation par le tatou du lézard des buissons de Floride, du scinque Neoseps reynoldsi et du serpent couronné de Floride. Certains se demandent si le tatou n'a pas une action néfaste sur la tortue terrestre Gopherus polyphemus, menacée, dont il utilise parfois le terrier, après l'en avoir chassée.

C'est pourquoi les biologistes se demandent s'il faut accepter l'extension du tatou dans un environnement où il n'existait pas, ou, au contraire, limiter son impact et réduire activement ses effectifs, sachant qu'il est impossible de l'éliminer totalement. Qu'elle soit naturelle ou favorisée par l'homme, l'extension de l'animal entraîne des modifications écologiques ; aussi l'attitude à adopter est-elle loin d'être évidente.

5.4. Victime des voitures, des chiens et du tourisme

Si le rail a favorisé l'expansion des tatous à neuf bandes, la route semble être une cause de mortalité importante pour l'espèce. Dans tout le sud-est des États-Unis, on remarque de très nombreux petits animaux tués le long des routes : tatous, opossums et ratons laveurs connaissent le triste sort des hérissons de nos contrées.

En Floride, une étude sur les animaux trouvés écrasés a montré que le tatou était l'un des mammifères les plus fréquemment touchés. Il faut dire que le tatou, comme le hérisson, a un mauvais réflexe face aux voitures. Apparemment, il ne prend conscience du danger qu'assez tard. À ce moment, il applique la méthode efficace face à un carnivore : il saute sur place. Devant un chien, cela peut le sauver. Devant une voiture, il se retrouve alors au niveau du pare-chocs ou de la calandre juste au moment où le véhicule arrive et il se fait tuer sur le coup. S'il s'aplatissait, il éviterait de nombreuses collisions.

Les chiens de chasse constituent une autre cause de mortalité du tatou liée à l'homme. En effet, de nombreuses personnes qui chassent le tatou pour la viande se font accompagner pour cela par des chiens. Mais, ensuite, il n'est pas rare que les chiens ainsi dressés finissent par aller chasser seuls. Cela explique également pourquoi, dans certaines régions, de nombreux tatous ont perdu leur queue ou ont une queue mutilée et tronquée. Surpris par un chien, ils se cachent ou s'aplatissent sur le sol en se cramponnant avec leurs pattes. Comme ils manquent souvent de rapidité pour dissimuler leur queue, ils permettent alors aux poursuivants de la leur arracher.

Malgré sa grande tolérance écologique, le tatou ne peut pas supporter n'importe quelles conditions de vie. Il souffre aussi de la mise en culture de grandes surfaces encore vierges, qui modifie considérablement ses conditions de vie. Les pratiques agricoles intensives lui sont néfastes, alors que la création d'un paysage rural varié permet de multiplier ses sites d'alimentation et ses abris. Aux États-Unis, les modifications de l'environnement se montrent particulièrement favorables à l'espèce, alors qu'elles pèsent au contraire sur elle en Amérique du Sud.

Le tatou est également très apprécié pour sa chair et pour sa carapace. L'usage de la carapace de tatou pour faire des paniers, la queue servant d'anse, est probablement très ancien. Cet artisanat, s'il se développe trop, pourrait, à moyen terme, porter préjudice aux animaux : le développement du tourisme risque de le transformer en un fructueux commerce, néfaste pour les espèces sauvages. De même, l'utilisation traditionnelle en Amérique latine de la carapace de certains tatous pour faire de petites mandolines, les charangos, pourrait contribuer à la disparition de certaines populations déjà clairsemées.

Plusieurs espèces de tatous, régulièrement pourchassées pour leur viande, voient leur population gravement diminuer. Actuellement, seul le tatou géant est  inscrit à l'annexe I de la Convention de Washington (commerce interdit). Trois autres espèces sont inscrites aux annexes II (Chaetophractus nationi) et III (Cabassous centralis au Costa Rica et Cabassous tatouay en Uruguay). Il faut dire que, pour les amateurs de sa chair, le tatou représentait une proie de choix, particulièrement facile à capturer. La lenteur de cette espèce à se reproduire explique aussi sa disparition d'une grande partie de son aire de répartition.

5.5. Armadilliana ou tatoumania

Vers 1960, des promoteurs de la ville de San Angelo, dans l'ouest du Texas, cherchaient des idées pour attirer du monde dans leur ville. L'un d'eux, Sam Lewis, eut alors l'idée d'organiser une course de tatous. Les premières compétitions remportèrent un tel succès auprès du public qu'il créa ensuite, en 1965, l'Association mondiale des éleveurs et propriétaires de tatous de course (World Armadillo Breeders and Racers Association [WABRA]). Rapidement, l'événement est devenu le Championnat international de courses de tatous (World Armadillo Outdoor Racing Championship), et la pratique des courses de tatous s'est répandue au sein de l'État du Texas. Les compétitions se déroulent sur une piste carrée d'environ 40 pieds (12,192 m) de côté. Il s'agit en fait d'une course rapide d'accélération. Pour ces courses, les animaux peuvent être encouragés de la voix, mais pas du geste. Les propriétaires viennent avec leurs animaux, mais les organisateurs peuvent également louer un champion à toute personne souhaitant participer mais n'ayant pas de tatou à sa disposition. Les conditions d'entretien, d'entraînement des animaux, leur nourriture, leurs caisses de transport sont bien codifiées, admises et respectées par tous. Quand les courses sont organisées en dehors du Texas, on exige des certificats sanitaires délivrés par un vétérinaire pour s'assurer du bon état des animaux. Toujours au Texas, la ville d'Austin est devenue célèbre d'août 1970 à décembre 1980 par ses concerts de musiques country et rock dans une salle baptisée « Armadillo World Headquarters ». Le tatou, associé à la musique locale, est devenu peu à peu le totem de cette ville.

5.6. Laboratoires cherchent tatous...

Par son système de reproduction tout à fait original, le tatou intéresse les chercheurs qui travaillent sur les naissances multiples. Certaines particularités de son système immunitaire le font également rechercher par des laboratoires où sont étudiés les problèmes de greffe et de transplantation d'organes. Mais ses services sont utilisés dans de nombreux autres domaines, comme l'étude du typhus, de la trichinellose et surtout de la lèpre.

En 1975, une équipe de pathologistes a découvert sur un tatou capturé en Louisiane la présence d'une maladie proche de la lèpre humaine. Or, il existe encore très peu de moyens de cultiver en laboratoire le bacille de Hansen, Mycobacterium leprae, qui en est responsable. Cette découverte devrait donc permettre d'améliorer les méthodes de diagnostic, de traitement et de prévention de cette maladie.

Depuis que l'on sait que le germe peut se développer naturellement sur le tatou à 9 bandes, alors qu'il était impossible de le multiplier sur les animaux habituellement testés dans les centres de recherches, le petit mammifère est entré dans les centres médicaux. Des essais ont également eu lieu avec deux autres espèces du même genre : D. sabanicola et D. hybridus. À ce jour, l'accouplement étant difficile à réaliser en captivité, on prélève encore régulièrement des tatous dans la nature. Toutefois, si une femelle est capturée en cours de gestation, la naissance et l'élevage des jeunes peuvent se dérouler sans difficulté au laboratoire.

Comme entre 5 et 10 % des animaux prélevés dans la nature aux États-Unis sont apparemment porteurs de cette lèpre comparable à celle des humains, la question du risque de contamination de l'animal à l'homme se pose. On pense que, au départ, c'est l'homme qui a transmis le germe à l'espèce lorsque la lèpre était plus répandue et lors des déplacements de tatous vers le nord et l'est. Maintenant, le risque est inversé. Quelques cas de lèpre humaine, diagnostiqués au Texas, sont probablement liés à des manipulations nombreuses de tatous par les malades, pendant les années précédant l'apparition des signes cliniques de la maladie. Officiellement, il est dit que toucher à des tatous et manger leur viande peut présenter un risque. Mais il n'existe aucune réglementation interdisant quoi que ce soit, et le tatou reste un gibier recherché.