Homme d'État allemand (Braunau, Haute-Autriche, 1889-Berlin 1945).
Cet article fait partie du DOSSIER consacré à la Seconde Guerre mondiale.
Lorsque, le 30 janvier 1933, Hitler devient chancelier du Reich, c'est une période nouvelle qui commence pour l'Allemagne. Il est le chef du parti nazi, fondé en 1920, qui ne cache pas son désir de lutter contre « le caractère dissolvant de l'esprit démocratique et républicain ». Pour beaucoup d'historiens, le national-socialisme est un mouvement né avec Hitler et qui disparaîtra avec lui, un accident dans l'histoire de l'Allemagne. Cette opinion mérite d'être nuancée, car le national-socialisme, s'il exacerbe des tendances nationalistes et racistes, ne les invente pas. Il y a entre la dernière période du IIe Reich et le national-socialisme des rapports étroits. Une continuité de l'impérialisme allemand se manifeste de Guillaume II à Hitler en passant par F. Ebert et G. Stresemann.
Hitler n'est pas un Allemand ; ce fils de douanier est un Autrichien, né le 20 avril 1889 à Braunau, petite ville à la frontière austro-allemande. Il fait ses études en Haute-Autriche, en particulier à Linz, et fréquente le collège moderne (Staatsrealschule) jusqu'en 1905. Il est peu travailleur, et comme il le dit lui-même : « J'étudiais ce qui me plaisait ; je sabotais complètement ce qui me paraissait sans importance ou ne m'intéressait pas. »
Son père meurt dès 1903, mais laisse à sa famille des ressources très convenables, ce qui dément tous les documents montrant Hitler dans la misère. Même quand il habite un foyer pour hommes, il semble bien que ce soit pour éviter de servir dans l'armée des Habsbourg. Il entame alors une existence oisive, fréquentant les théâtres, découvrant la musique wagnérienne et consacrant de nombreuses heures à l'élaboration de projets architecturaux plus ou moins fantaisistes.
Hitler se rend à Vienne en 1908 pour entrer à l'école des beaux-arts, où il n'est pas accepté. Il est de même écarté de l'école d'architecture, mais son séjour à Vienne le marque profondément. Il vit de sa peinture et vend relativement bien ses aquarelles. Élevé dans l'antisémitisme par ses maîtres de Linz, il est, de plus, profondément influencé, pendant toute cette période viennoise, par le mouvement social-chrétien autrichien, animé par Karl Lueger (1844-1910), et le parti de Georg von Schönerer (1842-1921), violemment antisémite. Il lit avec avidité Georges Sorel, Nietzsche, Schopenhauer et les pamphlets racistes d'Adolf Lanz. Sa haine s'accroît contre les juifs, les sociaux-démocrates, les syndicats, le parlement et les Habsbourg. Très vite il établit un lien entre marxisme, social-démocratie, parlementarisme, judaïsme. Il est aussi impressionné par les structures de l'Église catholique, qui inspireront plus tard l'organisation de son parti. Dans ce monde cosmopolite qu'est la Vienne des années d'avant-guerre, où cohabitent Allemands, Tchèques, Polonais, Hongrois, Croates et Italiens, se développe chez lui un pangermanisme exacerbé. Hitler vitupère le système des Habsbourg, qui condamne à mort le germanisme « en 10 millions d'êtres humains ». Dès ce moment, il se tourne vers l'Allemagne, où il s'installe en mai 1913. Si court ait-il été, le séjour à Vienne a profondément marqué Hitler, qui y a conçu l'idée d'une grande nation allemande.
Pendant près d'un an et demi, Hitler vit à Munich, où il lit beaucoup, et des ouvrages fort divers, de manière souvent superficielle, en autodidacte petit-bourgeois, sans esprit critique, prêt à accepter toute idée qui rejoindrait les siennes propres.
En août 1914, il s'engage dans l'armée bavaroise, alors que, quelques mois plus tôt, le réfractaire qu'il était avait été déclaré inapte au service. Dès octobre 1914, il est au front de l'Ouest, où il fait preuve de bravoure et remporte plusieurs citations. Blessé à deux reprises, il est même décoré de la croix de fer de première classe, fait très rare pour un simple caporal. Gravement blessé aux yeux par les gaz, il est envoyé en Poméranie, où il apprend la fin de la guerre et la proclamation de la république.
Il est renvoyé à Munich, où certains pensent qu'il aurait « vainement essayé, avant la chute des soviets, d'adhérer au communisme ». En tout cas, il a probablement porté un brassard rouge et transigé jusqu'en 1919 avec les troupes des conseils d'ouvriers et de soldats. Dès l'entrée des troupes légales à Munich, il est désigné pour enquêter, au sein d'une commission militaire, sur les événements révolutionnaires, puis il est envoyé dans un cours de formation civique antibolchevique. Il devient Bildungsoffizier, commissaire politique d'un régiment bavarois, et reste dans la Reichswehr (armée allemande) jusqu'au 1er avril 1920. Il adhère en 1919 au parti ouvrier allemand (Deutsche Arbeiterpartei), fondé par un ouvrier de Munich, A. Drexler. Il y rejoint un ingénieur, Gottfried Feder, le premier théoricien du parti, et le capitaine Röhm, le futur chef des SA. Très vite, Hitler entre au comité directeur du mouvement, puis en prend la direction (1921) et change son nom en « parti national-socialiste des travailleurs allemands » (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei [NSDAP]). De ce groupuscule, qui, en 1919, comptait soixante membres, Hitler fait un véritable parti, dont le journal, Völkischer Beobachter, tire en 1922 à 20 000 exemplaires ; d'abord hebdomadaire, cet organe devient quotidien à partir de 1923. La même année, le NSDAP domine tous les autres groupuscules extrémistes, rassemblant 55 000 militants. Dès lors, la vie de Hitler ne fait plus qu'un avec celle de son parti. Aux côtés du général Ludendorff, l'ancien caporal est devenu l'une des deux grandes figures de l'extrême droite munichoise, et sa réputation commence à s'étendre hors de Bavière.
Dès 1921, Hitler a créé un service d'ordre qui deviendra les sections d'assaut, les SA (Sturmabteilung), et associé à son parti des hommes qui prendront bientôt des responsabilités importantes : Hermann Göring, Rudolf Hess, Otto et Gregor Strasser, Alfred Rosenberg, Wilhelm Frick, Röhm et enfin Ludendorff. Deux tendances apparaissent rapidement : l'une autour des frères Strasser est nettement socialiste, hostile au grand capital et veut transformer profondément l'économie allemande ; Alfred Rosenberg, au contraire, qui sera le penseur du parti, est le tenant de la lutte contre le bolchevisme.
En novembre 1923, Hitler tente à Munich un coup d'État, qui échoue lamentablement : seize nazis sont tués par la police munichoise. Lui-même arrêté, il est condamné à cinq ans de forteresse ; il ne reste que neuf mois à la prison de Landsberg, où il rédige Mein Kampf (Mon combat), exposé confus de ses idées et de son programme, qui paraît en 1925. Il donnera une formulation plus structurée dans ce que l'on appelle le « Deuxième Livre », rédigé en 1928, mais jamais publié de son vivant. Dès sa sortie de prison, il réorganise son parti, lui donne un caractère moins révolutionnaire, malgré l'influence de Gregor Strasser, qui, à Berlin, a fondé un journal, l'Arbeiter Zeitung, et développe son influence sur l'électorat de l'Allemagne du Nord. Lors de la réunion de Bamberg, le 14 février 1926, Hitler réussit à restaurer son autorité. Usant de son charisme, il s'impose comme la seule figure capable d'assurer la survie et la cohésion d'un mouvement aux multiples tendances. C'est à partir de cette date que s'élabore le mythe du Führer, le « guide », fondé sur un rituel sophistiqué, l'usage du salut hitlérien et l'application du principe du chef (Führerprinzip), qui consiste en un respect absolu de la hiérarchie.
Il pactise avec les milieux industriels et critique l'anticléricalisme et les tendances au paganisme du parti. En 1926, il nomme Goebbels – un tout jeune intellectuel, dynamique, ancien ami des Strasser – Gauleiter à Berlin ; il peut ainsi renforcer son influence en Allemagne du Nord.
Tout autour du parti, Hitler fonde des associations nombreuses. Les troupes de choc SS (Schutzstaffel) sont instituées en 1925 ; les Jeunesses hitlériennes suivent peu après, ainsi que les Associations nationales-socialistes d'étudiants, d'enseignants, de femmes, etc. En même temps, il donne une structure très centralisée au parti, dont les chefs locaux, y compris les chefs de région – Gauleiter –, sont nommés directement par lui.
En dépit de cette consolidation interne, le NSDAP subit de plein fouet le contrecoup de la stabilisation économique et sociale de la république de Weimar, sensible à partir de 1924. Malgré ses 100 000 adhérents et sa solide organisation bureaucratique, le parti nazi n'obtient que 2,6 % des voix et 12 sièges de députés aux élections législatives de 1928.
Mais le développement de la crise économique et les talents d'organisateur de Hitler lui donnent bientôt toutes ses chances. Le vote protestataire, traduisant le désespoir d'une population confrontée à un taux de chômage élevé, profite essentiellement au parti nazi ; celui-ci mobilise l'opinion sur le thème à la fois vague et exaltant de la « communauté du peuple » (Volksgemeinschaft). Dès 1929, il progresse rapidement. En 1930, il compte 6 400 000 électeurs et 107 députés ; en juillet 1932, 13 750 000 électeurs et 230 députés ; en novembre 1932, 11 750 000 électeurs et 196 députés. À l'élection présidentielle de mars 1932, Hitler a mis le maréchal Hindenburg en ballottage. Le NSDAP est devenu le premier parti d'Allemagne grâce à sa démagogie, à sa violence, grâce aussi à sa propagande, qui trouve un large écho dans l'opinion publique. En 1933, quand il prendra le pouvoir, le parti nazi aura déjà plus d'un million d'adhérents, recrutés dans les classes moyennes, mais aussi dans la classe ouvrière.
Ce qui frappe durant toute cette période chez Hitler, c'est sa démagogie et en même temps son sens de l'action politique. Tout cela apparaît nettement à la lecture de son œuvre essentielle, Mein Kampf, compilation à la fois autobiographique et politique dans laquelle il définit le national-socialisme. La théorie en avait été exposée une première fois en février 1920, de manière abrégée, dans le programme en vingt-cinq points du parti ouvrier allemand, inspiré par la société de Thulé, organisation clandestine de l'Ordre germanique, fondée en 1912 par un Bavarois, Rudolf von Sebottendorff. Le programme avait été rédigé en grande partie par Feder, avec la collaboration de Dietrich Eckart, auteur connu, et d'Alfred Rosenberg. Le rôle de Gottfried Feder fut sans doute essentiel, d'autant qu'à cette époque celui-ci apparaissait comme un véritable théoricien politique. C'est lui qui forgea cette formule qui eut tant de résonance : « Lutte contre l'esclavage capitaliste. » En même temps, inspiré par Hitler et par la société de Thulé, le programme eut dès le début un net caractère antisémite.
La doctrine de Hitler n'offre pas d'originalité : l'idée du grand Reich allemand est empruntée aux pangermanistes ; celle de la supériorité de la race germanique vient de Gobineau, de H. S. Chamberlain et de Nietzsche ; l'apologie de la guerre et de la violence, le culte de la force se trouvent déjà chez E. M. Arndt et Hegel. Mais les idées de Hitler sont marquées par son caractère passionnel, dû à son tempérament et à la crise de 1918. Hitler désigne les juifs comme les responsables de la défaite : race décrétée impure, ils cherchent à souiller l'ethnie aryenne et à propager les idéologies néfastes : marxisme, internationalisme, individualisme et libéralisme. Il faut donc débarrasser le Reich des juifs, le régénérer par le sang aryen ; les Allemands seront guidés par le Führerprinzip. Pour ruiner l'œuvre du traité de Versailles, l'Allemagne se constituera un Lebensraum (« espace vital »).
Hitler, parti de formules utopiques contre l'intérêt et les trusts pour séduire la petite bourgeoisie, s'appuie très vite sur les classes dirigeantes. En fait, l'idéologie nationale-socialiste est inconsistante : tout Mein Kampf est dominé par l'idée de propagande. Il faut impressionner, et ce sera la raison fondamentale de l'installation de Hitler au Berghof, le « nid d'aigle », sur l'Obersalzberg, près de Berchtesgaden, des palais hitlériens colossaux. Il faut viser le plus bas possible avec le moins de scrupules possible. Mein Kampf n'est pas un traité idéologique : c'est un guide d'action, et Hitler, petit-bourgeois lui-même, utilise la peur des petits-bourgeois d'être prolétarisés. Il leur promet le pouvoir, et c'est pourquoi il sera suivi. Il est vrai qu'il sera aussi servi par son sens de la propagande, du discours politique à caractère souvent hystérique, de la mise en scène. Il sera d'ailleurs admirablement épaulé par ses collaborateurs, tels Goebbels ou Albert Speer. Au fur et à mesure que le parti grandira, qu'il aura des chances d'arriver au pouvoir, son programme deviendra de moins en moins social.
En dépit des succès remportés lors des élections successives, la majorité absolue est cependant loin d'être atteinte par le parti nazi. Mais les conservateurs qui gouvernent sans majorité parlementaire sont également dans l'impasse. Il leur manque le soutien populaire indispensable à l'établissement définitif du régime autoritaire qu'ils appellent de leurs vœux. C'est pourquoi bien des dirigeants conservateurs, notamment le magnat de la presse Alfred Hugenberg, se rallient à l'idée défendue par Franz von Papen, l'un des proches de Hindenburg, de la participation de Hitler au gouvernement : l'objectif de von Papen est de « ligoter » Hitler dans un cabinet à dominante conservatrice, tout en récupérant la force mobilisatrice de son parti. Le 30 janvier 1933, le président Hindenburg décide, après bien des réticences – il traite Hitler de « caporal bohémien » –, de nommer ce dernier à la chancellerie du Reich, à la tête d'un gouvernement qui ne comprend que deux nazis, Göring et Frick.
Hitler est arrivé à la chancellerie grâce à son sens politique, à sa capacité d'utiliser les hommes, à son cynisme et à son « bluff ». Ceux qui l'ont appelé à la chancellerie sont convaincus qu'ils sauront le contrôler, mais c'est le contraire qui, très vite, se produit. Le 4 février, sous le prétexte de lutter contre la « menace communiste », les nazis obtiennent du vieux président Hindenburg la promulgation d'une ordonnance autorisant l'État à interdire toutes réunions et publications qui menaceraient sa sécurité. En Prusse notamment, la police, dirigée par Göring, multiplie les arrestations, qui touchent d'abord les communistes, et épure l'administration de ses éléments démocrates. Rapidement, de nombreux SS et SA sont engagés comme « policiers auxiliaires ». L'incendie du Reichstag, le 27 février, entraîne la publication par le président du Reich d'une ordonnance « Pour la protection du peuple et de l'État », qui instaure de fait l'État d'urgence et donne tous les pouvoirs au gouvernement. La répression se systématise, et frappe désormais les sociaux-démocrates et l'ensemble des Allemands hostiles au nazisme ; beaucoup sont assassinés dans les premiers camps de concentration ouverts pour y interner les nombreux opposants. L'interdiction du parti communiste, le soutien des conservateurs et celui, plus réticent, du parti catholique du centre permettent à Hitler d'obtenir du Reichstag, le 23 mars 1933, le vote d'une « loi d'autorisation » (Ermächtigungsgesetz), qui lui assure les pleins pouvoirs pour quatre ans et légalise la dictature. Le 2 mai, les syndicats sont forcés de prononcer leur dissolution, imités dans les semaines qui suivent par tous les partis politiques non nazis. Le 14 juillet, le NSDAP est proclamé parti unique.
Hitler, par un mélange de pseudo-légalité et de violence politique, étend son pouvoir, tirant pleinement parti de l'enthousiasme qu'a suscité son arrivée à la chancellerie ainsi que des divisions de ses opposants. Le 30 juin 1934, lors de la sanglante Nuit des longs couteaux, il élimine son vieil ami Ernst Röhm et les chefs SA les plus gênants, tandis qu'il confie à Göring le soin d'éliminer le général Kurt von Schleicher et l'opposant nazi « de gauche » Gregor Strasser.
Il s'acquiert ainsi la reconnaissance de l'armée qui l'aide à succéder sans difficulté au président du Reich, le maréchal Hindenburg, après la mort de ce dernier le 2 août 1934. Le 18 août, plus de 89 % des électeurs allemands ratifient les nouveaux pouvoirs du Reichsführer. En un an et demi, Hitler est parvenu à instaurer un pouvoir sans partage, les opposants politiques ayant été assassinés ou étant internés dans les camps.
Bien que totalitaire, le nouveau pouvoir nazi se révèle vite d'un fonctionnement chaotique, ne supportant pas la discipline du cabinet ministériel : Hitler préside de plus en plus rarement un gouvernement dont l'ultime réunion a lieu en 1938. Abandonnés à eux-mêmes, les ministères voient par ailleurs leurs prérogatives se restreindre considérablement. Pour les court-circuiter, Hitler crée des institutions spéciales, chargées de missions spécifiques, mais dotées de pouvoirs très larges, qu'il confie à ses lieutenants les plus fidèles. La police et plus généralement les outils de la politique de sécurité échappent totalement au contrôle du ministère de l'Intérieur et tombent entre les mains de Heinrich Himmler, le chef des SS, qui bâtit un véritable État dans l'État. Chargé de la mise en œuvre du plan de quatre ans qui devait permettre d'adapter l'économie à l'effort de guerre, Göring empiète largement sur les domaines de compétence du ministre de l'Économie.
En définitive, dans le système nazi, tout dépend de la volonté du Führer, qui ne prend que rarement l'initiative d'une décision, se contentant de quelques propos vagues qui sont ensuite « interprétés » et présentés sous forme de projets au dictateur, qui donne ou refuse alors son indispensable accord. Seuls les dignitaires de l'entourage direct de Hitler détiennent ainsi un pouvoir réel dans un système qui constitue l'une des formes les plus achevées de parti-État totalitaire.
En l'espace de six ans, de 1933 à 1939, le régime acquiert une popularité certaine, notamment grâce à la maîtrise du chômage et aux succès en politique extérieure. Ne cessant de protester de ses intentions pacifiques, le dictateur concilie habilement concessions apparentes et coups de force audacieux.
C'est par le bluff que Hitler triomphe des Français, en décrétant en 1935 le rétablissement du service militaire obligatoire et en réoccupant en 1936 la rive gauche du Rhin (Rhénanie). C'est encore par le bluff qu'il mène en 1938 et en 1939 la politique d'expansion annoncée dans Mein Kampf. Dès 1925, en effet, Hitler déclarait qu'il fallait constituer un noyau allemand de 80 à 100 millions d'habitants en occupant tous les territoires qui, à un moment quelconque, avaient été allemands. Il insistait déjà sur le devoir de dépeupler pour empêcher la prolifération des races inférieures, slave ou juive.
Hitler joue un rôle déterminant dans la politique extérieure. Il pousse au rapprochement avec le Saint-Siège dès 1933, avec la Pologne en 1934 et avec la Grande-Bretagne en 1935. Il essaie d'annexer l'Autriche dès juillet 1934, en laissant ses partisans assassiner le chancelier Dollfuss. En février 1938, il expose sa politique à ses collaborateurs : il vient de se rapprocher de l'Italie fasciste, qui a été un modèle qu'il a dépassé. Il organise l'annexion de l'Autriche en mars 1938 (Anschluss). En septembre 1938, misant sur la peur de la guerre et l'anticommunisme des Occidentaux, se jouant du Britannique Chamberlain et du Français Daladier à Bad Godesberg et à Berchtesgaden, il prépare de manière diabolique l'annexion des Sudètes, qu'il obtient par les accords de Munich (30 septembre). Dès lors, alors qu'il assume depuis février 1938 le commandement suprême des forces armées, tout son effort est tendu vers la guerre. En mars 1939, la Tchécoslovaquie cesse d'exister, sa partie tchèque devenant un protectorat allemand. Avec la crise de Dantzig, pendant l'été 1939, il apparaît cependant que la France et la Grande-Bretagne ne sont plus disposées à céder. Mussolini et Göring tentent, en vain, de modérer Hitler. Fort du pacte de non-agression signé entre l'Allemagne et l'U.R.S.S. le 23 août 1939, le dictateur ordonne l'invasion de la Pologne le 1er septembre. C'est le début de la Seconde Guerre mondiale.
Hitler a-t-il été ou non un chef de guerre ? Incontestablement, c'est lui qui impose l'arme blindée à l'état-major allemand ; c'est lui qui décide d'utiliser la Blitzkrieg systématiquement. De tout cela, Hitler profite, et les succès qu'il rencontre contre la Pologne, puis contre la France et dans les Balkans lui donnent peu à peu le sentiment d'être infaillible et le conduisent aux erreurs qui apparaîtront lorsqu'il voudra combattre la Russie. Inventif et audacieux dans l'offensive, Hitler ne parvient pas à concevoir une stratégie défensive, notamment sur le front russe. Les défaites (Stalingrad, février 1943 ; Afrique du Nord, mai 1943) ont de profondes conséquences sur son caractère, et il renonce à toute apparition en public, au grand désespoir de Goebbels, sur qui retombe tout le poids du maintien de la popularité du régime. De plus en plus taciturne, le Führer ne sort de son silence que pour asséner à son entourage des exposés délirants sur la réorganisation de l'Europe, et il passe l'essentiel de son temps penché sur des cartes d'état-major ; ses proches peuvent observer presque à vue d'œil son vieillissement accéléré, dû au surmenage et à l'abus de médicaments. Malgré tout, son pouvoir reste incontesté jusqu'aux derniers jours de la guerre. Son autoritarisme s'accentuera encore après le putsch dirigé contre lui (20 juillet 1944). Usé par les revers [Stalingrad (1943), ouverture d'un second front en Normandie (1944)], Hitler croit pourtant encore à la victoire par les armes secrètes (V1, V2). Il supervise la dernière offensive allemande des Ardennes (décembre 1944-janvier 1945). Puis, voyant que l'Allemagne nazie est battue, il retourne dans l'abri bétonné de la chancellerie où il se tue d'un coup de revolver le 30 avril 1945 alors que les troupes soviétiques investissent Berlin.
Voir plus
Voir plus