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mondialisation

Manifestation anti-F.M.I., Pérou, 1986
Manifestation anti-F.M.I., Pérou, 1986

La mondialisation consiste en l'extension du champ d'activité des agents économiques (entreprises, banques, Bourse), conduisant à la mise en place d'un marché mondial unifié. Il s'agit d'un phénomène qui affecte à la fois la sphère réelle de l'économie – c'est-à-dire la production et la consommation des biens et des services – et la sphère financière (monnaies et capitaux). Elle se traduit par une recomposition de l'espace économique mondial, au sein duquel le modèle occidental d'économie de marché s'étend aux pays émergents, et suscite de vives oppositions, qui prennent la forme soit de l'antimondialisation, soit de l'altermondialisation.

GÉOGRAPHIE

Littéralement, le terme de mondialisation désigne un processus, celui de la construction du niveau mondial, d’un niveau de société commun à tous les hommes. Mais, couramment, il en nomme plutôt le résultat qu’il serait plus juste d’appeler tout simplement : le Monde. On peut reprendre la formule d’un géographe, Olivier Dollfus, en 1997 : « La mondialisation, c’est l’échange généralisé entre les différentes parties de la planète, l’espace mondial étant alors l’espace de transaction de l’humanité ».

Le terme n’apparaît dans le vocabulaire courant qu’au début des années 1980. Cela correspond à une prise de conscience de la multiplication des acteurs (des nations asiatiques en particulier) qui concurrence la prééminence occidentale. Les flux commerciaux transpacifiques font alors jeu égal avec ceux qui traversent l’Atlantique. Le centre du Monde forme une boucle sur lequel le soleil ne se couche plus, comme en témoigne la bourse mondiale à la fois à Londres, New York et Tokyo. L’effondrement de l’empire soviétique et l’ouverture de la Chine ont considérablement accéléré le phénomène.

Pourtant la mise en relation des sociétés est un processus beaucoup plus ancien. On a pu parler d’une première mondialisation pour les années 1880-1914, l’ouverture des principales économies n’ayant été retrouvée à un même niveau qu’un siècle plus tard. Mais il serait logique de remonter aux Grandes Découvertes des xve et xvie s., quand s'est faite la capture de l’Amérique par les Européens et son intégration forcée aux circuits de l’Ancien Monde. Plus anciennement encore, les flux importants, de peuples, de marchandises, de connaissances, mais aussi de maladies, qui courent d’Est en Ouest dans l’Ancien Monde, des mers de Chine à la Méditerranée, représentent une sorte de préhistoire de la mondialisation dont la forme contemporaine n’est que le prolongement considérablement accentué.

Dans tous les cas, les pandémies sont un bon marqueur de l’interaction des hommes entre eux : le Sida aujourd’hui, la Peste Noire au xive s. C’est en effet la connexion des hommes qui fait la mondialisation, la réduction des distances qui les séparent. Le premier facteur en est donc l’augmentation de la population mondiale : l’isolement est beaucoup plus difficile sur une planète peuplée de 7 milliards d’habitants, et bientôt plus, que lorsque la Terre portait, au xve s., un demi milliard d’êtres humains. Les moyens techniques de communications, de la domestication du cheval à Internet, sont évidemment essentiels, allant jusqu’à donner aujourd’hui un sentiment d’ubiquité informationnelle.

Il ne faut cependant pas oublier la leçon du cœur du xxe s., des conflits mondiaux à la Guerre Froide : le fractionnement du Monde en ensembles qui luttent entre eux est toujours possible. Face à la nécessité d’une gestion de plus en plus rigoureuse du capital naturel de la planète Terre, la mondialisation appelle une forme de gouvernance mondiale.

ÉCONOMIE

1. Les caractéristiques de la mondialisation

La mondialisation est un phénomène qui tend à accroître l'interdépendance des économies dans un système de marché à dimension mondiale. Elle affecte la sphère réelle de l'économie, c'est-à-dire la production et la consommation des biens et des services, de même que la sphère financière (monnaies et capitaux).

1.1. De l’échange international…

Il convient de différencier le processus de mondialisation de l'échange international, qui repose sur la circulation des marchandises entre les nations. Cette notion de « commerce international » a été théorisée par l’économiste britannique David Ricardo (1772-1823). Selon lui, les chefs d'entreprise, motivés par l'esprit de profit, réunissent les facteurs de production (capital financier, capital physique, capital humain) exclusivement disponibles au niveau national ; les entreprises produisent et exportent ce qui peut être réalisé à coûts plus faibles qu'à l'étranger. Telle est la loi dite « des avantages comparatifs », développée dans son ouvrage Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817).

Les ressources productives sont mobiles dans le contexte national. En revanche, les facteurs de production sont immobiles dans l'espace international : le capital financier, les biens de production et les travailleurs restent attachés à la nation. L'intérêt de l'échange international, pour Ricardo et ses successeurs néoclassiques, consiste à pallier l'immobilité des facteurs de production par la mobilité des produits entre les pays.

1.2. …à la mondialisation

La mondialisation est d'une tout autre nature dans la mesure où elle se traduit par la libre circulation de l'ensemble des ressources productives (monnaies, capital financier, biens d'équipement et technologies, ressources humaines) au-delà des repères des cadres nationaux. Ainsi, un entrepreneur américain peut investir son capital dans une unité de production basée en Chine, équipée de matériels japonais, en vue de produire des biens de consommation destinés au marché européen.

2. Les facteurs de la mondialisation

La mondialisation est née de la conjonction de quatre facteurs.

2.1. Facteur institutionnel

Le premier, d'ordre institutionnel, est lié à la réduction des obstacles aux échanges internationaux de marchandises qui ont été progressivement levés, notamment dans le cadre des accords du GATT signés en 1947, et qui ont permis une diminution des droits de douane (passés en moyenne de 40 % à 5 % de 1947 à aujourd’hui). Le commerce international a pu se développer sans entraves, et sa croissance a toujours été supérieure à la croissance du PIB mondial.

Parallèlement, la constitution de blocs régionaux, tels que l'Union européenne, a facilité la croissance des échanges intrarégionaux par la suppression progressive des droits de douane entre les pays membres.

2.2. Progrès technique

Le deuxième facteur de la mondialisation est consécutif au développement du progrès technique. On a d’abord assisté à une réduction du coût des transports de biens matériels. Puis, de nombreuses innovations ont permis une mondialisation des activités de services (banques, assurances, Bourses), grâce aux évolutions de l'informatique et des télécommunications.

2.3. Recomposition de l’espace économique mondial

Le troisième facteur est lié à une recomposition de l'espace économique mondial. De la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'au premier choc pétrolier de 1973, l'économie mondiale pouvait se décomposer en trois grands groupes : les pays développés à économie de marché (États-Unis, Europe occidentale et Japon), les pays socialistes (URSS et pays de l'Est, Chine) et les pays en développement d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine.

Cette division tripartite de l'économie mondiale est devenue obsolète. Le bloc socialiste lié au système soviétique a disparu et un grand nombre de pays de la « périphérie » sont sortis du sous-développement. Ainsi sont nés les pays émergents d'Asie de l'Est et du Sud-Est, notamment la Chine et l'Inde, et ceux de l'Amérique latine, tels le Brésil et l'Argentine.

Le modèle occidental d'économie de marché a pu ainsi se développer sur une aire géographiquement plus étendue qui correspond à la dimension mondiale.

2.4. Nouvelles stratégies d’entreprise

Internationalisation des processus de production

Le quatrième facteur réside dans les stratégies des grandes firmes, qui ont dépassé leur stricte localisation nationale pour implanter des établissements dans de nombreux pays. Ces grandes entreprises sont devenues transnationales, et ont internationalisé leur processus de production. La fourniture des matières premières, les éléments matériels ou les services entrant dans la fabrication des produits, les opérations de montage et les stratégies marketing peuvent être éclatés entre plusieurs filiales d'un même groupe d'entreprises ayant développé une stratégie de production – et de vente – mondiale. Ainsi, le commerce entre les différentes entreprises d'un groupe mondial, appelé « commerce intragroupe », représente près de 40 % du commerce mondial.

Naissance et avènement des firmes globales

Le développement des entreprises en dehors de leur pays d'origine n'est pas un phénomène récent. L'accès aux sources de matières premières, et notamment à l'extraction pétrolière, à la fin du xixe siècle, a donné naissance à des entreprises dont les activités se situaient inévitablement au-delà de l'espace économique européen, telle la Royal Dutch Shell.

Cependant, ce n'est qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que des entreprises industrielles vont étendre leurs activités de production dans plusieurs pays. Ainsi sont nées les firmes multinationales (FMN), dites ensuite sociétés transnationales (STN). Celles-ci sont de grandes entreprises qui possèdent ou contrôlent plusieurs filiales de production dans plusieurs pays. Les STN sont constituées d'une société mère, qui a généralement son siège et ses organes décisionnels dans un pays développé, et de filiales dépendantes, qui suivent les stratégies imprimées par la société mère.

Les années 1980 ont été marquées par un nouveau stade du processus de multinationalisation, avec la naissance des firmes globales. Ces dernières sont implantées dans les trois pôles de la Triade (Amérique du Nord, Europe et Asie de l'Est et du Sud-Est), et diffèrent des multinationales des années 1960 dans la mesure où elles se caractérisent par l'élaboration de stratégies mondiales de production et de distribution sans attaches particulières avec les intérêts socio-économiques des États-nations. À ce titre, elles constituent l'un des vecteurs de la mondialisation des économies.

Naissance et avènement d’un marché mondial

Les grandes firmes, ou les grands établissements bancaires, doivent élargir leurs marchés à la dimension mondiale pour parvenir à une rentabilité suffisante. Les entreprises sont confrontées à la hausse des coûts dans les domaines de la recherche-développement, de l'innovation ou du marketing. Seule la dimension mondiale leur permet de poursuivre leur développement. Elles bénéficient alors d'économies d'échelle, liées à l'augmentation de la taille des marchés et donc des ventes.

Par ailleurs, l'extension des marchés réduit considérablement les risques associés au marché unique, qui peut disparaître dès lors que les consommateurs changent leurs habitudes d'achat ; toutefois, et parallèlement, la concurrence internationale peut conduire à une marginalisation de l'entreprise sur son propre marché.

Autre élément du processus, la mondialisation du capital conduit les investisseurs internationaux, notamment les investisseurs institutionnels, à placer leurs liquidités auprès des entreprises qui affichent les taux de profit les plus élevés possible ; ce phénomène se traduit par une plus grande rationalisation des entreprises, qui affecte la taille des marchés et les coûts salariaux.

Si le marché devient mondial, la rentabilité suppose la standardisation du produit et la disparition d'une demande différenciée à partir de goûts qui resteraient attachés aux cultures nationales. Les particularismes culturels entre les nations disparaissent sous l'effet des stratégies marketing des firmes transnationales. Grâce aux grands médias internationaux, qui appartiennent le plus souvent à des entreprises industrielles ou à des banques, les firmes proposent des produits à vocation internationale. McDonald's, Levi's, Coca-Cola sont, en dehors de critères d'adaptabilité à la culture d'accueil, des produits mondiaux identiques dans tous les pays. Le cinéma offre également des films à vocation mondiale, telles les superproductions hollywoodiennes. L'offre de biens et de services est destinée à l'ensemble des consommateurs solvables de la planète. À une offre mondiale standardisée correspond une demande mondiale uniformisée.

3. La mondialisation des marchés financiers

3.1. La libre circulation du capital

La mondialisation des capitaux, ou « globalisation financière », est née dans les années 1980. Progressivement mise en place par les politiques de déréglementation des gouvernements des pays développés, la globalisation financière a permis la constitution d'un marché unifié du capital au niveau mondial. Pour les économistes libéraux, la globalisation financière a pour fonction d'améliorer l'efficacité du système financier mondial.

L'ouverture des frontières, consécutive à la déréglementation, a pour corollaire une orientation plus profitable de l'épargne mondiale, tant du point de vue des prêteurs que de celui des emprunteurs. Les capitaux disponibles peuvent s'orienter vers les placements les plus avantageux en matière de plus-value. Parallèlement, les emprunteurs de capitaux bénéficient de ressources à meilleur marché que celles qu'ils auraient pu obtenir dans les étroites limites de leur marché national. La libre circulation du capital au niveau international autorise alors l'investissement, la croissance économique et l'emploi de la main-d'œuvre.

3.2. Les facteurs de la globalisation financière

La globalisation repose sur trois facteurs qui ont contribué à son développement : la désintermédiation, la déréglementation et le décloisonnement des activités financières.

Désintermédiation

La désintermédiation est une notion qui rend compte des hangements dans les modes de financement des grandes entreprises et des grandes banques.

Auparavant, lorsqu'une entreprise avait besoin d'obtenir un crédit pour investir dans de nouvelles activités, elle s'adressait principalement à une banque.

Aujourd'hui, les grandes firmes ont directement recours aux marchés financiers, sans passer par l'intermédiation d'un établissement bancaire (d'où le terme de « désintermédiation »). Par l'émission d'actions ou d'obligations sur une place financière mondiale, les grandes firmes peuvent se procurer les ressources dont elles ont besoin.

Déréglementation

La déréglementation découle du démantèlement des réglementations nationales en matière de transferts de capitaux d'un pays à un autre. L'objectif visé est de faciliter la libre circulation des capitaux à l'échelle planétaire.

Au début des années 1980, sous la pression des États-Unis, le marché financier japonais s'est ouvert aux opérateurs internationaux. En Europe, le Livre blanc sur le Marché unique ne prévoyait pas moins de 300 mesures pour libéraliser l'économie européenne, parmi lesquelles la déréglementation et l'intégration financière. C'est ainsi que le contrôle des changes, qui empêchait la sortie des capitaux, a été supprimé en France en 1984. Ces mesures politiques prises par les grands pays développés ont permis l'accélération des flux de capitaux.

Décloisonnement

Le décloisonnement des marchés financiers repose sur l'assouplissement des frontières qui segmentaient les différents marchés. Les différents compartiments du marché de la finance étaient nettement séparés les uns des autres. Le marché monétaire, marché de l'argent à court terme, était le lieu de prédilection des banquiers, tandis que les porteurs d'actions s'affrontaient sur le marché du capital à long terme, c'est-à-dire les Bourses de valeurs. Le marché des changes, ou marché des devises, avait comme finalité de permettre le paiement des échanges commerciaux.

Désormais, les opérateurs financiers, tels que les banques, les entreprises ou les États, peuvent passer d'un marché à un autre, d'un titre à un autre, d'une monnaie à une autre, à la recherche du placement le plus rémunérateur possible. Ce que l'on appelle le « décloisonnement des marchés » accroît la fluidité et la transformation du capital à l'échelle mondiale.

3.3. Les effets de la globalisation financière

La globalisation financière entraîne des mutations profondes au sein du système financier international.

Les marchés des changes, marchés des devises permettant d'assurer le paiement des transactions commerciales entre les nations, a largement dépassé ses activités traditionnelles au service des importateurs : selon le Fonds monétaire international (FMI), plus de la moitié des transactions sur les marchés des changes ont pour origine les achats et les ventes d'investisseurs américains.

La globalisation financière accroît les mouvements internationaux de capitaux relatifs aussi bien aux investissements directs qu'aux placements en portefeuille. Ainsi, les flux de capitaux des pays industrialisés à destination des pays émergents ont quadruplé depuis le début des années 1990, pour atteindre près de 250 milliards de dollars. La globalisation des marchés financiers a donné naissance à de nouveaux intervenants au sein de la communauté financière internationale. Il s'agit des fonds de pension ou des fonds d'investissements. Ces investisseurs institutionnels se sont imposés comme des acteurs de premier plan, à côté des grandes banques, sur les marchés financiers mondiaux.

Cette envolée des activités financières n'est pas sans présenter, selon certains économistes, divers risques. Les marchés financiers, tels que les Bourses de valeurs, sont parfois le théâtre de comportements mimétiques, c'est-à-dire d'effets d'imitation. Il suffit que quelques investisseurs quittent le marché en vendant leurs titres pour que d'autres investisseurs fassent de même. On retrouve le mécanisme de la bulle financière, qui gonfle sous le poids de la spéculation puis explose brutalement. Les marchés financiers sont par nature instables, étant donné que la spéculation y prend une large part. La globalisation financière ferait courir des risques non négligeables à la communauté internationale. De fait, elle s'est traduite par une autonomie dangereuse de la sphère monétaire et financière par rapport à l'économie réelle, c'est-à-dire la production des biens et des services destinés au bien-être des populations.

4. Les États face à la mondialisation

L'État est-il le grand perdant dans le processus de mondialisation ? La conduite de l'économie semble lui échapper de plus en plus au profit des grandes firmes, des banques et de la finance mondiale. Il semble néanmoins impossible de revenir sur la mondialisation, et les pouvoirs publics ne peuvent que s'accommoder d'une situation à laquelle ils ont très largement contribué. Cependant, les États ont encore un rôle à jouer afin de préserver les grands équilibres économiques en matière d'emploi, de croissance économique et de commerce. Il convient alors, pour chaque État, de défendre à l'extérieur ses intérêts par rapport aux autres États et d'dapter l'ensemble des structures économiques nationales aux nouvelles donnes issues de la mondialisation.

4.1. La guerre économique

Les négociations internationales, en particulier dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), génèrent souvent des tensions entre les représentants des États, en relation avec les difficultés issues de la mondialisation.

Ces tensions peuvent opposer les pays développés entre eux, par exemple les États-Unis et l'Union européenne, ou les États-Unis et le Japon. Les pays riches peuvent s'allier contre les pays émergents, pour défendre les emplois menacés par la concurrence des pays du Sud.

Ainsi se développe une guerre économique dans laquelle les États défendent leurs intérêts nationaux, qui convergent, le plus souvent, avec ceux des grandes entreprises nationales Le rôle des gouvernants consiste à soutenir un certain nombre de revendications lors des négociations internationales et à assurer la promotion des entreprises nationales à l'étranger. Les dirigeants des grands pays participent alors, aux côtés des grandes entreprises, à une mission de conquête des marchés extérieurs au nom de la défense des intérêts nationaux.

4.2. Les délocalisations

La globalisation financière permet aux grandes firmes de déplacer leurs capitaux d'une place financière à une autre, mais, dans le même temps, par le biais de l'investissement direct, les firmes peuvent implanter des unités de production dans les pays de leur choix. Les entreprises multinationales, à la recherche de la baisse des coûts de production, peuvent faire jouer la concurrence entre les nations en fonction du coût local du travail. Les entreprises « nationales » peuvent délocaliser une partie – voire la totalité – de leurs centres de production dans les pays émergents où le prix de la main-d'œuvre est nettement moins élevé, les charges patronales sont réduites et la fiscalité plus attractive en termes de taxes ou d'impôt sur les sociétés. Toutefois, les travailleurs restent attachés au territoire des économies nationales, car le travail humain est nettement moins mobile que le capital.

Dans cette optique, l'action de l'État consiste à créer un environnement économique, social et fiscal favorable à l'entrée des capitaux en provenance de l'extérieur, et en même temps propice au maintien sur place des activités économiques. La finalité de ces aménagements repose sur la sauvegarde de l'emploi.

4.3. Les risques de fracture sociale

S'il existe une segmentation séparant les travailleurs qualifiés des travailleurs non qualifiés au sein de l'économie mondiale, cette distinction est également perceptible dans les pays développés. Les travailleurs qualifiés sont en nombre élevé dans les pays développés par rapport aux pays en développement, où la main-d'œuvre peu ou pas qualifiée est dominante. L'échange international est alors tout à fait favorable aux pays riches, puisque les produits qui incorporent un haut niveau de technologie sont toujours plus chers que des produits fabriqués à partir de combinaisons productives faisant appel à une main-d'œuvre peu qualifiée. Cependant, dans les pays développés, les travailleurs non qualifiés sont dans une situation de grande vulnérabilité quant à l'emploi. Leurs homologues des pays en développement peuvent réaliser les mêmes tâches qu'eux, mais pour des rémunérations bien inférieures. C'est de cette façon qu'un grand nombre d'actifs perdent leur emploi et que des régions entières sont acculées à un chômage endémique.

Face à cette situation, l'État peut développer des investissements publics en termes de capital humain (scolarisation, formation professionnelle, dépenses de recherche-développement). Parallèlement, la puissance publique est amenée, dans le cadre de la politique sociale, à opérer des prélèvements fiscaux et parafiscaux sur les richesses créées par le secteur moderne et compétitif de l'économie, et à distribuer des revenus de transfert (indemnités de chômage, RMI) aux catégories en difficulté, afin de ne pas accentuer la fracture sociale au sein de la nation.

4.4. L'antimondialisation et l'altermondialisation

Les effets pervers de la mondialisation ont entraîné la naissance de divers groupes de pression, dans les pays industrialisés mais aussi dans les pays émergents, notamment en Chine.

Les partisans de l'antimondialisation contestent l'abandon des souverainetés nationales, fondées sur les principes démocratiques, en faveur d'une pure logique de marché et de profit. L'interdépendance accrue des économies nationales ne se traduirait pas systématiquement par l'accroissement du bien-être des populations mondiales, objectif premier de toute démarche économique. La mondialisation aurait au contraire pour conséquence l'accroissement des inégalités à la fois dans les pays développés et dans les pays en développement.

Aux côtés des activistes de l'antimondialisation sont apparus les militants de l'altermondialisation, qui entendent substituer au système qu’ils qualifient de « néolibéral » et qu’ils estiment coûteux sur les plans humain et environnemental, un modèle qui donne la priorité à des objectifs tels que le commerce équitable et le développement durable.

5. La mondialisation et le développement des blocs régionaux

Face au phénomène de mondialisation, qui se traduit par une perte de souveraineté des États, on assiste à un regroupement de nations qui développent des accords de coopération. Ainsi apparaît le régionalisme, qui aménage alors un stade intermédiaire entre les États-nations et l'économie mondiale.

Le régionalisme, ou intégration économique, aboutit à la constitution de blocs régionaux, susceptibles d'atténuer les effets de la mondialisation sur les économies nationales. Par la définition d'un cadre juridique commun, qui réglemente les stratégies des firmes sur le marché, le législateur et le politique conservent leurs droits.

5.1. L’Union européenne

Il existe de nombreuses zones d'intégration économique, dont la forme la plus achevée est représentée par l'Union européenne. Le traité de Maastricht de 1991, complété par le traité d'Amsterdam en 1997, a prévu la mise en place progressive d'une union politique entre les pays membres, mais surtout celle d'une union économique et monétaire (UEM), dont le pilier central est la monnaie unique : l'euro. Il est apparu clairement que le cadre étatique national, pas plus que les monnaies nationales de moyenne envergure, comme le franc, ne pouvait constituer une quelconque limite aux intérêts privés qui se manifestent sur le marché mondial.

Par le recours à la constitution de blocs régionaux, chaque État pense retrouver l'influence qu'il a perdue au niveau national. L'Union européenne, qui est passée à 27 membres en 2007, est ainsi l'expression d'une communauté d'intérêts économiques à l'intérieur d'une économie mondiale de marché. Les choix politiques et économiques des pays membres s'imposent alors en Europe par la contrainte institutionnelle (politiques de l'immigration, de la défense de l'environnement, de l'emploi, etc.).

5.2. Autres exemples d’accords continentaux et régionaux

L'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), entré en vigueur en 1994, réunit le Canada, les États-Unis et le Mexique. La logique de cette association de libre-échange repose sur la volonté américaine de constituer un vaste marché protégé face à l'Europe, au Japon et aux pays émergents d'Asie du Sud-Est ; les États-Unis souhaitraient ainsi conserver leur suprématie économique, monétaire et financière sur le continent américain.

D'autres zones d'intégration économique se sont constituées, comme le Mercosur (MERcado COmún del SUR), qui rassemble quatre pays latino-américains : l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay, et en associe six autres.

En Asie, l'ASEAN (Association of Southeast Asian Nations, ou « Association des nations de l’Asie du Sud-Est ») regroupe dix nations sur la voie d'une coopération politique et économique.