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armement

(de armer)

Drone
Drone

Ensemble des armes, systèmes d'armes, matériels et munitions destinés aux forces armées pour leur permettre d'accomplir leurs missions de défense ; secteur industriel chargé de la fabrication des armes terrestres, navales et aériennes..

Introduction

Le domaine de l'armement comprend les matériels de guerre, définis en France par le décret-loi du 18 avril 1939 comme « tous matériels conçus ou destinés à la guerre terrestre, navale ou aérienne », mais aussi certains matériels civils dès lors qu'ils peuvent avoir un double usage civil ou militaire (avions, hélicoptères, radars, etc.).

Les armes stricto sensu ne forment généralement qu'un sous-ensemble d'un système d'armes destiné à remplir une mission donnée. Celui-ci rassemble sur un même porteur (blindé, avion, navire) des armes, des moyens de détection, d'identification, de guidage, de télémétrie, etc. Les armements sont de plus en plus sophistiqués. Un avion furtif américain F-22 ou F-117 n'est pas comparable avec le bombardier Phantom, pas plus que le sous-marin nucléaire d'attaque russe Akula ne l'est avec son prédécesseur le Victor III, tant ils diffèrent par les technologies qu'ils mettent en œuvre et par leurs capacités opérationnelles. Les armements du futur confirmeront les progrès technologiques déjà observés et l'augmentation de leurs coûts unitaires. Au-delà des contraintes liées au désarmement, la réduction des budgets militaires oblige les États à concevoir des programmes en coopération. Face à la puissance de l'industrie américaine de l'armement, l'Europe doit s'unir si elle veut garder son autonomie.

Les principaux armements

La gamme des armements est très vaste, depuis l'arme individuelle du combattant jusqu'au satellite militaire. Elle varie selon la puissance militaire des États. Les forces armées françaises possèdent une panoplie presque complète pour remplir leurs missions de dissuasion, de prévention des crises, de protection du territoire et de projection des forces.

Les armes du renseignement

Les conflits du Golfe, du Kosovo et de l'Afghanistan ont mis en évidence l'importance du renseignement dans la maîtrise du théâtre d'opérations. L'acquisition et le traitement en temps réel du renseignement sur les capacités et les mouvements de l'adversaire, sur les cibles et les résultats des frappes résultent, en plus des sources humaines (commandos), de la combinaison et du recoupement d'informations recueillies principalement par des moyens d'observation spatiale, des moyens aériens et des drones.

Les satellites d'observation

Les satellites militaires permettent aux États qui en possèdent de disposer d'une autonomie stratégique dans l'appréciation de la situation. La guerre du Golfe a montré la suprématie des États-Unis avec leurs 6 satellites de recueil d'images, auxquels s'ajoutent 4 groupes de surveillance des océans, 6 satellites de renseignement électronique, sans compter les 24 satellites de navigation Navstar (système global de positionnement GPS). La Russie a, quant à elle, mis sur orbite 22 satellites militaires. La France a réalisé en coopération avec l'Italie et l'Espagne le programme de satellites d'observation Hélios 1. Après Hélios 1A, lancé en 1995, Hélios 1B, lancé en décembre 1999, précède le satellite de deuxième génération Hélios 2, prévu pour 2003, qui disposera d'une capacité jour/nuit et fournira des images ayant une meilleure résolution.

Les moyens aériens

Dans l'armée française, le renseignement est recueilli par des avions Mirage IV-P (reconnaissance stratégique), Mirage F1-CR ou Étendard IV-P (reconnaissance tactique). L'hélicoptère Cougar, avec son radar Horizon portant jusqu'à 200 km, est spécialisé dans la détection et la localisation des véhicules, navires et hélicoptères. Les avions Atlantic 2 et Gardian de la marine complètent la surveillance dans l'espace maritime. Le DC-8 Sarigue et le Transall Gabriel recueillent, quant à eux, le renseignement électronique et électromagnétique. À l'exception du système Horizon, les armées de l'air étrangères disposent d'équipements similaires, les États-Unis possédant en outre des avions « espions » TR1-A, successeurs de l'U-2.

Les drones

Engins aériens sans équipage, télécommandés ou autonomes, les drones sont récupérés en fin de mission. Employés pour l'observation, la reconnaissance et la désignation de cibles par laser, ils seront utilisés à court terme pour des missions de guerre électronique (écoute, brouillage), voire de bombardement. En service depuis longtemps dans l'armée israélienne, ils ont été engagés pendant la guerre du Golfe et les conflits du Kosovo et de l'Afghanistan. On les classe selon leur vitesse, leur rayon d'action et leur endurance. On distingue les drones lents de courte portée (drone français Crécerelle), les drones rapides de moyenne portée (drone franco-canadien CL 289), les drones de moyenne altitude et de longue endurance (drone américano-israélien Hunter), et les drones de haute altitude et de longue endurance (drone américain Global Hawk). Les trois premiers types sont en service ou en expérimentation dans l'armée française qui étudie, en outre, l'acquisition d'un drone de haute altitude. Lors du conflit d'Afghanistan, des drones équipés de munitions guidées par laser ont été utilisés pour neutraliser des individus et pour détruire des entrées de grottes.

Les armements de dissuasion

La dissuasion nucléaire repose sur des composantes mer-sol (sous-marins), sol-sol (missiles en silo, missiles mobiles) ou air-sol (missiles aéroportés). La France a renoncé aux missiles sol-sol (fermeture du plateau d'Albion, démantèlement des régiments de missiles Pluton puis abandon du programme de missiles mobiles Hades). Elle ne conserve qu'une composante sous-marine (Force océanique stratégique, ou FOST) et une composante aéroportée (Forces aériennes stratégiques, ou FAS, et Groupe aéronaval). Contrairement aux États-Unis et à la Russie, la France ne dispose pas de missile antimissile stratégique (AntiBallistic Missile [ABM]).

Les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (S.N.L.E.)

Les sous-marins nucléaires offrent l'avantage d'une faible vulnérabilité. Ils sont aujourd'hui quasiment indétectables à travers l'épaisseur de l'eau et leur signature acoustique est réduite. L'étendue de la zone qu'ils menacent, l'inconnue du point de départ des missiles qu'ils lancent et leur forte capacité de survie à une frappe en second leur confèrent une place prépondérante dans le dispositif de dissuasion. La France dispose de quatre S.N.L.E., équipés de 16 missiles M4 ou M45. La composante stratégique américaine compte 16 S.N.L.E. Ohio, la russe 45, dont 6 de type Typhoon.

La composante aérienne

Elle complète la composante sous-marine par sa souplesse d'emploi. L'arme nucléaire, le missile air-sol moyenne portée (ASMP), est délivrée dans l'armée française par le Mirage 2000 N de l'armée de l'air ou par le Super-Étendard embarqué sur porte-avions. Le Rafale doté du missile air-sol longue portée (ASLP) remplacera le Super-Étendard en 2001. Les États-Unis et la Russie disposent d'une flotte de bombardiers stratégiques (B-52, B-1 et B-2 américains, Tupolev 95 et Tupolev 160 russes) au long rayon d'action (plus de 10 000 km), capables d'emporter des missiles nucléaires ou classiques.

Les missiles sol-sol intercontinentaux

Malgré les réductions liées aux accords START, États-Unis et Russie conservent une capacité balistique impressionnante (597 missiles américains Minuteman ou Peacekeeper, 928 missiles russes SS17, SS18, SS19, SS24 et SS25).

Les armements terrestres

Les conflits du Golfe, du Kosovo et de l'Afghanistan ont montré que les frappes aériennes ne pouvaient emporter la décision sans engagement, le plus souvent par aérotransport, des moyens terrestres appartenant aux armes de mêlée (infanterie, cavalerie), d'appuis (artillerie, génie) ou de soutien (train, transmissions).

Les blindés

Leur puissance de feu et la protection qu'ils offrent aux combattants en font un des systèmes d'armes essentiels sur le champ de bataille. Dans l'armée française, le char Leclerc (55 t) remplace progressivement l'AMX 30 B2 (36 t). Il bénéficie de progrès technologiques (vitesse de 70 km/h, aptitude à combattre de nuit et à tirer en roulant, système de navigation) que ne possèdent pas tous ses concurrents (Abrams américain, T80 russe, Challenger britannique, Leopard II allemand). Des blindés plus légers sur roues sont employés pour des missions de reconnaissance (AMX 10 RC, ERC 90 Sagaie). L'infanterie dispose de blindés à chenilles (AMX 10 P) ou à roues : véhicules de l'avant blindés (V.A.B.) et véhicules blindés légers (V.B.L.). Le véhicule blindé de combat d'infanterie (V.B.C.I.) remplacera l'AMX 10 P et devrait être produit en coopération européenne.

L'artillerie

L'artillerie sol-sol française délivre des feux à une distance d'environ 30 km. Elle met en œuvre 268 canons tractés ou automoteurs de 155 mm, capables de tirer 6 coups en 45 secondes, et 48 lance-roquettes multiples (L.R.M.) associés au radar de contrebatterie Cobra, qui est chargé d'analyser des trajectoires pour localiser les pièces adverses. L'artillerie antiaérienne est équipée de missiles Roland (6 km de portée) ou Hawk (40 km) et de batteries de missiles Mistral. Le missile sol-air moyenne portée (SAMP-T) devrait remplacer le missile américain Hawk avec une capacité antimissile. L'armée russe aligne plus de 20 000 pièces d'artillerie, dont 2 500 L.R.M. (respectivement 8 624 et 700 pour les États-Unis).

Les autres armements terrestres

Le génie d'assaut déploie des engins blindés pour l'aménagement du terrain et l'ouverture d'itinéraires, des ponts flottants motorisés pour le franchissement de coupures, des distributeurs de mines et des moyens anti-mines. À partir du sol, la lutte antichar est aussi dévolue, dans l'armée française, aux missiles Hot (4 000 m de portée), Milan (1 900 m) ou Éryx (600 m). Le missile sol-air de très courte portée (SATCP), équivalent du missile américain Stinger, protège les unités déployées contre les attaques aériennes à basse et moyenne altitude.

Les armements navals

La puissance d'une marine ne se mesure pas seulement à son tonnage. La possession de sous-marins nucléaires d'attaque et de porte-avions confère aux marines qui en sont dotées d'importantes capacités d'action.

Les sous-marins

Les sous-marins nucléaires d'attaque (S.N.A.), du fait de leur propulsion, bénéficient des mêmes atouts que les S.N.L.E. (discrétion, durée de vie en plongée). Ils constituent une menace pour ces derniers comme pour toute flotte de surface. Les 53 S.N.A. américains (de type Los Angeles ou Harpoon et, demain, Virginia) et la plupart des 56 S.N.A. russes (Akula, Sierra, Victor III) tirent des missiles de croisière (Tomahawk, SS-N-21). La France possède 6 sous-marins nucléaires d'attaque de type Rubis ou Améthyste. Les sous-marins à propulsion Diesel classique sont en voie de disparition dans les marines modernes. Le programme Barracuda porte sur la réalisation du sous-marin d'attaque futur (S.M.A.F.), qui entrera en service dans la marine française à partir de 2010 et tirera peut-être un missile de croisière.

Les porte-aéronefs

Tous les porte-aéronefs n'ont pas les mêmes capacités (certains n'emportent que des hélicoptères). Seules deux marines (États-Unis et France) disposent de porte-avions capables de catapulter des avions de combat. Les 3 porte-aéronefs de type Invincible de la marine britannique emportent des avions Harrier à décollage vertical. Les Russes arment un porte-aéronefs, le Kusnetsov, qui est en période d'essais. En l'an 2000, la France ne possède plus qu'un seul porte-avions, le Charles-de-Gaulle (45 000 t), à propulsion nucléaire ; la marine américaine en compte 11, dont 7 à propulsion nucléaire de classe Nimitz (102 000 t).

Les navires de surface

Ils accompagnent et protègent le porte-avions au sein d'un groupe aéronaval, sont engagés dans la lutte anti-sous-marine ou contre les mines, participent à la projection de forces ou assurent la surveillance des approches maritimes. Les plus importants sont classés selon leur tonnage en croiseurs, destroyers ou frégates. La marine américaine comprend 32 croiseurs, 48 destroyers et 49 frégates ; la flotte russe, 25 croiseurs, 25 destroyers et 102 frégates (plus ou moins en état de naviguer). En 2002, la marine française compte 4 frégates antiaériennes et 8 frégates anti-sous-marines (classées « destroyers »), 14 frégates (avisos et frégates furtives de type La Fayette) et 6 frégates de surveillance. La force amphibie est dotée de 4 grands bâtiments (par exemple, la Foudre, le Sirocco) et de 5 bâtiments de transport léger. La force anti-mines regroupe 16 bâtiments, le reste de la flotte (17 bâtiments) étant composé de patrouilleurs ou de bâtiments logistiques. La défense antinavires est principalement assurée par le missile Exocet, et la défense antiaérienne par les missiles surface-air Masurca et Tartare (remplacés depuis 2001 par des missiles antimissiles Aster 30 et Aster 15).

Les armements aériens

Les conflits du Golfe, du Kosovo et d'Afghanistan ont mis en évidence l'importance de l'acquisition de la suprématie aérienne, préalable nécessaire à l'engagement de troupes au sol.

Les avions de combat

Les avions de combat français peuvent être classés en trois catégories selon leur mission principale : défense aérienne (Mirage 2000 C), attaque au sol (Mirages 2000 N et 2000 D, Jaguar, Mirage F1-CT) reconnaissance (Mirage IV-P, Mirage F1-CR). Le Rafale, qui doit entrer en service dans la marine et dans l'armée de l'air après l'an 2000, est un avion polyvalent, capable d'accomplir l'ensemble des missions. Il a notamment pour concurrent l'Eurofighter construit en coopération par la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne, le F15 ou le F18 (États-Unis), le Sukhoi 27 et le Mig 29 (Russie). Les avions de combat sont soutenus en cours d'opération par des avions spécialisés dans la détection aérienne sur un rayon de 200 à 800 kilomètres (avions américains AWACS dans l'armée de l'air et Hawkeye sur le porte-avions Charles-de-Gaulle). Pour des missions de longue distance, les avions de combat peuvent être ravitaillés en vol, notamment par le Boeing KC135FR qui équipe les pays de l'O.T.A.N., le VC-10 britannique, le Transall C-160 ou l'Illiouchine 78 russe.

Les avions de combat français sont armés de missiles air-air (Magic, Matra Super 530D, remplacés à court terme par le Mica), de missiles air-sol (AS30 Laser) et de bombes, dont certaines sont guidées par laser. L'armée de l'air devrait être équipée de missiles de croisière (Scalp, Apache) en 2003. Seuls les États-Unis disposent de moyens de guerre électronique offensive, capables d'atteindre les systèmes de défense antiaérienne adverse. Les avions français et européens ne sont équipés que de moyens défensifs pour éviter les missiles.

Les avions de transport

Les avions de transport tactique et logistique sont destinés à la projection des forces. La France dispose, au sein de la Force aérienne de projection, d'Airbus A310, de DC8 pour les longues distances et d'une flotte de Transall C160 (franco-allemands), d'Hercules C130 (américains) et de CN235 Casa (espagnols) pour les moyennes distances et le cabotage. Les Transall devraient être remplacés au cours de la prochaine décennie par l'avion de transport futur (A.T.F.). Sept pays européens et la Turquie ont décidé le lancement du programme Airbus A400M. 196 appareils doivent être commandés. Le Galaxy est le principal aéronef de transport stratégique de l'US Air Force.

Les hélicoptères

L'armée de terre, la marine et l'armée de l'air sont dotées d'hélicoptères dont les missions varient selon leur taille et leur équipement (transport, lutte anti-sous-marine, lutte antichar, protection de l'espace aérien, recherche et récupération des équipages d'aéronefs en territoire hostile, secours, évacuations sanitaires, etc.). En France, l'armée de terre est équipée d'hélicoptères Cougar, Puma, Super-Puma et Gazelle ; la marine, de Super-Frelon, de Lynx et de Panther ; l'armée de l'air, de Cougar, de Puma et de Fennec. Les deux programmes en cours de réalisation sont celui du NH-90, hélicoptère de transport réalisé en coopération européenne, et celui du Tigre, hélicoptère franco-allemand aux versions antichar ou d'appui au sol, proche de l'hélicoptère américain Apache ou du Mi-24 russe.

Les armements du futur

Suivant les enseignements des derniers conflits, les systèmes d'armes futurs seront encore plus « interopérables » par leur capacité de communiquer et d'agir ensemble au sein d'une coalition. Ils feront appel aux technologies les plus évoluées dans les domaines de la robotique : robots mobiles terrestres pour la reconnaissance, le combat, la surveillance ou la défense d'une zone, capteurs du champ de bataille (reconnaissance, identification, détection des agressions chimiques et bactériologiques) ; robots sous-marins pour la lutte contre les mines, l'écoute, l'établissement de relais de télécommunications ; aéronefs sans pilote pour la lutte contre les missiles, le brouillage, etc.). L'optronique (développement des armes laser de haute énergie pour la destruction de missiles en vol) et la guerre électronique (armes hyperfréquences créant une explosion électromagnétique intense) seront également sollicitées. Pour échapper à la détection, la furtivité (diminution de la surface équivalente radar ou laser) sera recherchée (elle caractérise aujourd'hui les avions américains B-2 et F-117 et certains navires comme la frégate de type La Fayette). Elle sera contrée par l'utilisation de fréquences basses pour détecter des cibles discrètes ou masquées. La guerre de l'information (ou infowar) visera les systèmes d'information et de commandement par des virus ou des espions logiciels. Pour diminuer les dégâts collatéraux seront généralisées les munitions « intelligentes », guidées vers leurs cibles en phase terminale. Dans le même esprit, des armes non létales seront spécifiquement conçues et utilisées de manière à mettre hors d'état le personnel ou le matériel, avec une très faible probabilité de décès ou de lésions graves et un minimum de dommages collatéraux et d'incidences sur l'environnement (infrasons, ultrasons, projectiles non perforants, mousses collantes, micro-ondes de forte puissance, etc.). La révolution technologique n'épargnera pas le combattant individuel, lui-même désormais partie intégrante d'un système d'armes (capteurs, système d'information et de commandement, identification ami/ennemi, protection, arme capable de tirer dans les zones masquées, etc.).

L'Europe de l'armement

La demande en armements s'oriente vers des systèmes de plus en plus complexes, dont les coûts croissent de manière exponentielle, au moment où les budgets militaires se réduisent. Les entreprises américaines de l'armement se sont récemment restructurées en trois grands pôles à vocation mondiale. Elles ont une attitude offensive, avec pour objectif de dominer le marché, en particulier le marché européen. Plus peuplée que les États-Unis, l'Union européenne ne consacre à la recherche et au développement militaires que le quart de l'effort américain (9,3 milliards d'euros contre 38,9). Les enjeux sont économiques (le déséquilibre de la balance commerciale Europe/États-Unis relative aux armements s'accentue) mais surtout stratégiques. Tributaires des États-Unis, les Européens perdaient une part significative de leur autonomie s'ils ne s'unissaient pas. Les conflits du Golfe et du Kosovo ont bien montré la suprématie des Américains, notamment en matière d'acquisition et de traitement du renseignement et de guerre électronique. Le plus fort est celui qui dispose de l'information stratégique !

L'Europe de l'armement se met progressivement en place. Des programmes qui équipent ou vont équiper l'armée française ont déjà été réalisés en coopération (avions Alpha Jet, Jaguar et Transall ; missiles Hot, Milan et Roland ; chasseur de mines ; hélicoptères Tigre et NH-90, etc.). D'autres ont été développés sans la France : avion Tornado, avion de combat européen Eurofighter, etc. À terme, l'objectif fixé dans les déclarations annexées aux traités de Maastricht et d'Amsterdam est de créer l'Agence européenne de l'armement, qui devrait résulter de la convergence de deux organismes :
– l'Organisation de l'armement de l'Europe occidentale (O.A.E.O.), créée au sein de l'Union de l'Europe occidentale (U.E.O.), et dont la fonction est limitée à la passation des contrats de recherche dans le cadre du programme européen de recherche de défense EUCLID ;
– l'Organisation conjointe de coopération en matière d'armement (O.C.C.A.R.) qui regroupe aujourd'hui quatre États (France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni). L'O.C.C.A.R. appuie son action sur trois principes : établissement d'une réelle complémentarité industrielle et technologique, renonciation à un calcul analytique de « juste retour », programme par programme, au profit d'un équilibre global pluriannuel, intégration d'équipes nationales étatiques et industrielles.

Malgré des avancées (la création d'Airbus et celle, en 1999, d'Aerospatiale-Matra, deuxième fabricant mondial de missiles), l'Europe des armements connaît encore des avatars. Le retrait des Britanniques du programme de la frégate antiaérienne Horizon en témoigne. Les armements ne sont pas des matériels banalisés en raison de leur signification politique. Leur commerce est strictement contrôlé par les États. Certains États d'Europe ne conçoivent leur sécurité que dans le cadre de l'O.T.A.N. et tolèrent une hégémonie américaine, comme le soulignent les hésitations sur le programme Airbus A400M. La politique européenne de sécurité et de défense (P.E.S.D.) a encore beaucoup de progrès à accomplir pour développer une idée européenne de défense et de sécurité, indispensable au développement d'une Europe de l'armement.