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Cet article fait partie du DOSSIER consacré aux grandes découvertes.
Vaste mouvement de reconnaissance entrepris par les Européens aux XVe et XVIe s.

Les grandes découvertes sont motivées par des raisons d'ordres économique et religieux. Les gisements d'or sont épuisés en Europe depuis le XIVe siècle. Or, on sait qu'en Afrique le Soudan en recèle beaucoup. Lors de leurs explorations, les Portugais atteignent en 1445 l'embouchure du Sénégal, ouvrant ainsi la route de Tombouctou. Par ailleurs, l'attrait des épices (poivre, clou de girofle, etc.) est énorme car seules elles permettent de conserver la viande de gibier, dont on fait grand usage. Or, l'Extrême-Orient en est le principal producteur. Depuis la prise de Saint-Jean-d'Acre, en 1291, par les musulmans, la route de la Chine demeure fermée. Les Occidentaux cherchent donc à gagner l'Inde et la Chine soit en contournant l'Afrique (effort portugais), soit en traversant l'Atlantique (effort espagnol, puis français).
Les mobiles religieux sont également importants. Le pape a, en 1456, accordé aux Portugais pleine juridiction sur les côtes de Guinée et, au-delà, sur tout ce qui mène vers les Indes. Or, les croyances d'alors confondent les « Indes » et le royaume du Prêtre Jean, figure mythique, dont le royaume, rêvait-on, s'étendait au-delà des terres connues. En réalité, ce royaume, auquel on attribue des richesses fabuleuses et le désir de délivrer le Saint-Sépulcre, aurait été l'Éthiopie.
À la recherche de ces contrées, les navigateurs découvrent un nouveau continent. Dans un premier temps, ils croient avoir abordé en Asie. C'est pourquoi Christophe Colomb nomme « Indiens » les indigènes des Antilles. C'est seulement avec Amerigo Vespucci que la partie méridionale du Nouveau Monde reçoit le nom d'Amérique.
Si l'aventure des grandes découvertes a pu être tentée, c'est que des progrès sensibles avaient été accomplis dans les domaines de la connaissance de la Terre. En effet, les Européens du Moyen Âge étaient restés, au moins jusqu'au XIIIe s., largement plus ignorants que ne l'avaient été les anciens Grecs en matière de géographie et d'astronomie. Ces derniers admettaient notamment, depuis Ératosthène (IIIe s. avant J.-C.), qui avait effectué avec une remarquable précision la mesure de la circonférence équatoriale, que la Terre est ronde ; pour les Européens médiévaux, dont le champ des connaissances s'est considérablement rétréci depuis les grandes invasions, cette idée même paraît inconcevable, car elle signifierait que les hommes qui habitent du côté opposé du globe marchent la tête en bas. La Terre est alors représentée comme un grand carré ou un disque plat où l'Océan, élément inquiétant et mystérieux, s'étend jusqu'aux murs qui sont supposés clôturer l'Univers et supporter la voûte céleste. Le monde connu des Européens – l'écoumène, ou œkoumène – se résume au bassin méditerranéen, c'est-à-dire à l'Afrique du Nord, à l'Arabie, au Moyen-Orient, et à l'Europe jusqu'à la Scandinavie et à la Moscovie. Les frontières qui cernent ces terres connues sont réputées infranchissables : au nord, pense-t-on, froid et glaces empêchent tout passage ; au sud, en revanche, la chaleur ferait entrer en ébullition les flots et le sang humain, et exclurait donc toute vie. Les mythes et croyances répandus sur ces mondes inconnus se reflètent dans les cartes établies au Moyen Âge, qui ne sont pas l'œuvre de géographes mais de théologiens : elles représentent un monde plat et circulaire dont le centre est le plus souvent Jérusalem, parfois Rome ; autour de ce point de référence sont disposées l'Europe, l'Asie et l'Afrique, que prolongent des représentations du paradis terrestre ou d'autres lieux cités dans la Bible.
Les Arabes en revanche, restés au contact du savoir des anciens Grecs, ont développé leurs connaissances astronomiques et géographiques au long du Moyen Âge. Grands commerçants, grands voyageurs – tel le Marocain Ibn Battouta qui, au XIVe s., parcourt l'Afghanistan, l'Inde, et rejoint par la mer Sumatra puis la Chine –, ils ont établi des liens avec l'Extrême-Orient asiatique, d'où ils acheminent la soie et les épices très recherchées par les riches Européens. Ils commercent avec les Républiques de Gênes et de Venise, par lesquelles, à partir du XIIIe s., se diffuse peu à peu en Europe le savoir retrouvé des Anciens.
À la fin du XIIIe s., le vénitien Marco Polo fait imprimer le « Livre des merveilles », où il décrit son voyage en Extrême-Orient. L'Europe ébahie y lit, sans y croire, des descriptions de villes aux richesses éclatantes, où l'on compte par milliers les sacs d'or, où circulent des charrettes chargées de soie. D'autres livres, souvent pris plus au sérieux que celui de Polo, sont le produit d'une imagination débridée. Les « Voyages d'outremer » (vers 1356) de sir Jean de Mandeville en sont un bon exemple : ses histoires d'hommes sans tête, dont les yeux et la bouche sont situés au niveau des épaules, ses descriptions d'animaux fantastiques connaissent un grand succès.
Vers 1406 est traduit en latin – langue des Européens lettrés – un ouvrage capital, la Géographie de Ptolémée, que l'astronome et géographe grec avait écrit au IIe s. après J.-C. et qui, par sa large diffusion dans la seconde moitié du XVe s. (plusieurs éditions sont imprimées à Vicence, Bologne, Rome, Ulm), provoque une véritable révolution des connaissances. Ce traité, qui part du principe de la sphéricité de la Terre, explique comment construire des cartes par des méthodes de projection et présente un atlas de vingt-sept cartes, dont une mappemonde; il donne le dessin précis des littoraux connus, et des coordonnées pratiques pour les navigateurs.
Cependant, Ptolémée ayant reproduit une ancienne erreur de calcul concernant la circonférence de la Terre (réduite d'environ 10 000 km), les Européens de la fin du XVe s., qui admettent qu'un même océan enveloppe l'Europe, l'Asie et l'Afrique, en concluent que l'Asie s'étend très loin à l'est et situent le Japon (appelé Cipango à l'époque) à l'endroit où se trouve en fait la Californie : d'où l'idée qu'en naviguant droit vers l'ouest on devait rencontrer assez rapidement les côtes extrême-orientales de l'Asie.
Les nouvelles techniques permettent également d'entreprendre couramment et avec moins de risques ce que déjà des Anciens et des Scandinaves avaient osé faire : prendre le large, gagner la haute mer.
La connaissance des propriétés de l'aiguille aimantée (venue de Chine) ne parvient en Occident qu'au début du XIIIe siècle. Sur la boussole, on dessine la rose des vents. On peut dès lors dresser des cartes marines traversées de lignes partant de la rose des vents, appelées rhumbs. Pour aller d'un point à un autre, le navigateur doit suivre tel ou tel rhumb. La distance se calcule à l'estime, selon la vitesse d'un objet flottant à la surface de l'eau. Ce genre de navigation (pratiqué d'ailleurs par Colomb) ne peut servir à calculer la latitude. La navigation astronomique ne devient possible qu'avec l'invention de l'astrolabe et l'existence des Tables de l'astrolabe, manuels indiquant la hauteur du Soleil pour tous les jours de l'année. L'astrolabe nautique date de la fin du XVe siècle. C'est un cercle gradué fort lourd. Le plus souvent, on se sert d'un astrolabe simplifié, le quadrant (quart de cercle de cuivre muni d'un fil à plomb marquant l'angle que fait la ligne de visée avec l'horizon), ou d'un bâton de Jacob ou encore d'une arbalète, autres adaptations de l'astrolabe. Tous ces instruments ne donnent de mesures exactes qu'une fois posés à terre. La première évaluation de la latitude avec l'astrolabe est réalisée en 1460 aux îles du Cap-Vert.
C'est en descendant le long des côtes de l'Afrique que les navigateurs portugais améliorent les techniques de navigation et de mesures astronomiques.
Mais tous ces instruments n'auraient pas suffi à braver l'océan si l'on n'avait complètement renouvelé la conception des navires. En effet, les galères, manœuvrées à la rame, sont effilées et rapides, mais trop basses sur l'eau (elles en dépassaient le niveau d'à peine 1,50 m) pour affronter les lames de l'Atlantique. Les nefs, malgré de plus hauts bords, sont lourdes et lentes à cause de leur mât unique et de leur seule voile. C'est alors qu'au Portugal des constructeurs ont mis au point un type de bateau qui va révolutionner la navigation hauturière et qui sera adopté par tous les grands explorateurs : la caravelle. Celle-ci allie deux éléments traditionnels : le gréement carré du nord de l'Europe, idoine pour de longs parcours par vent arrière, et la voile triangulaire du gréement latin, conçue par les Arabes pour tirer des bords, quelle que soit la direction du vent. Nef allégée, pourvue de trois mâts et de cinq voiles, longue de 30 m au plus, très maniable, elle file plus de 5 nœuds (10 km/h) et peut, grâce à son bordé très haut, naviguer en plein océan. Elle présente néanmoins des inconvénients : il faut un équipage de près de 25 hommes pour manœuvrer les immenses vergues qui portent les voiles ; en outre, ses ponts découverts ne protègent ni les équipages ni les provisions. Après un demi-siècle d'utilisation, les caravelles seront remplacées par des navires plus grands et plus spacieux, mieux adaptés à de longues traversées.
Abusés par les dimensions restreintes que la géographie attribuait à l'Atlantique, les marins ibériques ont tenté en vain de rejoindre le Catay en traversant l'océan. Colomb est le premier à aller en Amérique.
Génois, Christophe Colomb s'établit au Portugal et participe aux explorations des Portugais le long des côtes de l'Afrique. À Lisbonne, il se procure l'Imago Mundi de Pierre d'Ailly, célèbre digest du XVe siècle qui transmet la science de l'Antiquité. Il s'y pénètre des mesures proposées par Marin de Tyr et Ptolémée pour les dimensions de l'Eurasie. Marco Polo l'influence aussi beaucoup par ses récits sur le Grand Khan, le Catay (la Chine du nord) et le Cipango (le Japon) « aux toits d'or ». Colomb est aussi très imprégné de la Bible, en particulier des livres prophétiques, dans lesquels son imagination se plaît à voir une annonce du Nouveau Monde.
Il propose son grand projet de traversée de l'Océan au roi Jean II, qui le repousse, ses arguments ayant été jugés trop peu « scientifiques ». Il se rend en 1488 en Espagne et prend rapidement contact avec la Cour, qui réunit une docte assemblée à Salamanque. Dès que Colomb parle des « antipodes occidentales », on se moque de lui car il est alors impensable que puissent exister des êtres « antipodes » (opposés par les pieds). Le Génois sait parfaitement que cela est possible puisqu'il a vu des autochtones vivre en Afrique. Mais on préfère à son expérience l'autorité de saint Augustin.
Après la reconquête de Grenade sur les Maures, Colomb obtient cependant satisfaction et signe (avril 1492), avec Ferdinand et Isabelle, les Capitulations de Santa Fe, lui accordant le titre d'amiral et de vice-roi sur toutes les îles et terres fermes qu'il pourrait découvrir. On lui donne aussi une lettre de créance pour le Grand Khan. Le Génois ne songe pas seulement à acquérir des richesses matérielles (épices et or), mais à en utiliser tout le profit pour reconquérir Jérusalem.
Le 12 octobre 1492, ses trois caravelles abordent une île des Bahamas, qu'il rebaptise San Salvador. Colomb et ses compagnons y découvrent des hommes nus et accueillants, qu'ils nomment « Indiens ». Suit un début d'installation dans l'île de Haïti, puis un retour triomphal en Espagne. Lors de son troisième voyage (1498-1500), il atteint les bouches de l'Orénoque, c'est-à-dire le continent. Il déclare qu'il s'agit d'un « autre monde, inconnu des Anciens ». Dès lors, on est en droit de dire qu'il a moralement « découvert l'Amérique ».
De 1501 à 1504, le Florentin Amerigo Vespucci entreprend quatre voyages en Amérique du Sud. À leur issue paraît en 1507, à Saint-Dié, où se réunit un cercle d'humanistes, l'ouvrage du géographe Waldseemüller, qui déclare que « la quatrième partie du monde, découverte par Amerigo, mérite d'être appelée Amérique. C'est grâce à la diffusion de cet ouvrage imprimé que les noms d'Amerigo et d'Amérique ont prévalu. Car le récit des voyages de Colomb (qui n'a donné son nom qu'à la « Colombie ») n'a pas été imprimé avant le XIXe siècle.
François Ier, jaloux des succès espagnols, envoie sur le littoral américain Giovanni da Verrazano, marchand florentin établi à Lyon. Parvenu dans l'actuelle Caroline du Sud, celui-ci aperçoit une mer qui, pense-t-il, le mènera aux rivages heureux du Catay. En fait, il débouche en 1524 sur le fleuve Hudson et dans la baie de New York, qu'il nomme « Nouvelle Angoulême ». Puis le Malouin Jacques Cartier, qui a participé à l'expédition de Verrazano, est envoyé en 1534 par François Ier « découvrir certaines terres et îles que l'on dit riches en or ». Il pénètre dans le fleuve Saint-Laurent et espère en vain y trouver un passage vers l'Asie. Une nouvelle expédition a lieu en 1535. Bien reçu par les Hurons, Cartier remonte jusqu'à Montréal. De retour en France avec le chef iroquois Donnacona, il persuade François Ier des avantages que la Couronne peut espérer tirer d'une colonisation de ce territoire qui est alors baptisé « Nouvelle-France ». En 1541, accompagné de Jean François de la Roque de Roberval, nommé en janvier de la même année lieutenant général au Canada, Cartier est chargé d'y conduire des colons, mais ces premiers établissements sont abandonnés dès 1544.
La colonisation du Canada est relancée par Henri IV qui ordonne à un capitaine de la marine royale, Samuel de Champlain, de remonter le cours du Saint-Laurent et d'explorer jusqu'aux abords des Grands Lacs. En 1608, Champlain établit un fort abritant un magasin sur un plateau rocheux qui domine le fleuve à l'endroit même où Cartier avait rencontré Donnacona en 1535. Cette « habitation » reçoit le nom de Québec, qui signifie en langue montagnaise « l'endroit où la rivière se rétrécit ».
Les débuts de la colonie sont modestes, car si le pays est couvert de forêts et de prairies parcourues par des troupeaux de bisons, s'il est sillonné de nombreuses rivières, on n'y trouve ni mines d'or ni mines d'argent. Le Canada n'attire que des pêcheurs, des chasseurs, ou trappeurs, des commerçants en fourrures et des missionnaires chargés de convertir les « Sauvages ». Déçu dans ses attentes d'un enrichissement rapide à l'instar des Espagnols en Amérique du Sud, le pouvoir royal néglige les territoires nouvellement découverts et les abandonne à des particuliers ou à des compagnies privées. La compagnie de commerce dite de la Nouvelle-France ou des Cent Associés, fondée en 1627 et dirigée par des nobles et des entrepreneurs, reçoit le monopole pour exploiter et administrer la colonie. C'est sous son contrôle que la colonisation démarre réellement, notamment autour des trois centres que sont Québec, Trois-Rivières et Montréal.
Seconde étape, non moins importante que la découverte de l'Amérique, l'ouverture de la route des Indes, qui va enfin permettre à l'Europe de se procurer des épices, est un événement majeur du XVIe siècle. Le Portugal se lance le premier dans l'aventure. Entre 1419 et 1460, date de sa mort, c'est le prince Henri, dit le « Navigateur » et cinquième fils du roi Jean Ier, qui finance et conseille les explorateurs, permettant aux ambitions portugaises de s'exprimer. Il décide de consacrer tous ses efforts à l'exploration des côtes de l'Afrique au sud du Maroc, pour aller aux sources de l'or soudanais et à la découverte du royaume du Prêtre Jean. En 1433, après avoir envoyé des navires en éclaireurs à Madère et aux îles Canaries, connues des marins depuis quelques générations déjà, le prince Henri donne mission au bateau commandé par le capitaine Gil Eanes de doubler le cap Bojador, péninsule africaine située à 300 km au sud des Canaries et qui représente la limite du monde connu dans la direction de l'équateur. Après un premier échec, Eanes rentre, triomphant, l'année suivante. La route des explorateurs est ouverte.
Poussés par Henri, les capitaines rivalisent d'audace pour s'aventurer toujours plus loin le long du littoral de l'Afrique de l'Ouest. En 1448, les Portugais établissent un fort sur une île de la baie d'Arguin, à 750 km au sud du cap Bojador (Sahara occidental), et bientôt 200 prisonniers noirs sont amenés à Lisbonne pour y être vendus aux enchères publiques. Ainsi débute le commerce des esclaves africains – approuvé par le pape en 1454 –, que les Portugais commencent à faire travailler dans des plantations de canne à sucre, à Madère. L'œuvre d'Henri est poursuivie par son neveu Alphonse V – dit « l'Africain » –, qui règne sur le Portugal de 1438 à 1481. En 1481, Jean II, fils d'Alphonse V, monte sur le trône. Au cours des années suivantes, les expéditions atteignent les côtes arides de l'Angola et de la Namibie. En 1487, Jean II envoie Bartolomeu Dias contourner l'Afrique afin de rejoindre l'Inde des épices. Trois caravelles prennent le départ, avec, à bord, 60 marins et 6 Africains censés connaître le royaume du Prêtre Jean. Après bien des tribulations, le cap (que le roi Jean II nommera de Bonne-Espérance) est atteint. B. Dias en prend la latitude exacte et y plante un padrão, une croix de pierre. La route maritime des Indes est enfin ouverte.
En 1496, le roi du Portugal Manuel Ier, désireux de trouver enfin la route de l'Inde et des épices, envoie sur les traces de B. Dias son compatriote Vasco de Gama. Celui-ci part avec 150 officiers, des musiciens, un bon équipage et des interprètes de langue arabe. Ayant doublé le cap de Bonne-Espérance, il se trouve le jour de Noël en Afrique orientale, en une région qu'il nomme Natal. Puis il atteint le Mozambique, dont le prince lui fournit un pilote malais, ce qui lui permet d'arriver rapidement sur la côte de Malabar. Il débarque en 1498 à Calicut. Les Indes sont enfin atteintes. Le retour est particulièrement pénible. Les marins doivent affronter des vents contraires pendant trois mois. Les vivres manquent, la nourriture est avariée, la vermine s'installe. Le scorbut fait périr plusieurs dizaines de marins. Lorsque les bateaux regagnent Lisbonne, à la fin de l'été 1499, les 54 survivants sont accueillis triomphalement : si les résultats sont minces, l'expédition a atteint son but, l'Inde, justifiant près d'un siècle d'efforts. Vasco de Gama est nommé vice-roi des Indes.
Moins de six mois après le retour du premier voyage de Gama, au début de l'an 1500, une armada de treize navires et de 1 200 hommes se forme à Lisbonne. La flotte, placée sous le commandement d'un noble de trente-deux ans, Pedro Álvares Cabral, part le 8 mars ; elle s'enfonce d'abord loin vers le sud-ouest et aborde en avril les côtes du Brésil, dont Cabral prend possession au nom du Portugal et qu'il baptise « terre de la Vraie Croix ». Puis elle repart rapidement vers l'est, double le cap de Bonne-Espérance, où les tempêtes lui font perdre quatre navires, et parvient à Calicut. Les navigateurs portugais impressionnent le souverain par des offrandes avant d'entamer, et de gagner dans le sang, une guerre commerciale contre les marchands musulmans. Cabral finit par bombarder le port de Calicut, sous prétexte que le roi s'est rangé du côté des musulmans ; puis il continue sa route et entame un commerce pacifique avec deux autres grands ports de la côte de Malabar, Cochin et Cananore. Il rentre à Lisbonne en juin 1501 avec seulement sept navires et la moitié de ses hommes, mais riche d'une cargaison d'épices, de porcelaine, d'encens et de pierres précieuses qui rembourse largement l'investissement de départ.
Grâce à des bases sûres dans l'océan Indien et à leurs grandes qualités de marins, les Portugais sont désormais capables d'atteindre leur but ultime : les îles productrices d'épices. En 1509, une première flotte accoste à Malacca, près de l'actuelle Singapour. Quelques années plus tard, les possessions portugaises s'accroissent des conquêtes d'Alfonso de Albuquerque, second vice-roi des Indes : Ormuz, au seuil du golfe Persique, les îles de Ceylan et de Ternate, centre de la culture du clou de girofle, les ports de Diu et de Goa en Inde, et de Macao en Chine. À sa mort, en 1515, Albuquerque – dit « le Mars portugais » – a assis la domination de Lisbonne sur les mers de l'Asie du Sud, provoquant la faillite du commerce musulman à l'est d'Aden et celle des marchands vénitiens. Le premier grand empire colonial moderne est né.
Le Portugais Fernand de Magellan se montre si certain, d'après une carte qu'on n'a pu identifier, de doubler le cap de l'Amérique du Sud que l'armateur Cristobal de Haro s'offre pour financer l'expédition. Mais c'est avec Charles Quint que Magellan signe un contrat en mars 1518. L'expédition, qui comporte 5 navires, prend le départ le 20 septembre 1519. Bloquée par les glaces, elle s'établit sur la côte de Patagonie (mars-août 1520). Parvenue à l'entrée d'un détroit, véritable dédale de fjords et de goulets, elle met un mois à le parcourir. Le 10 décembre, elle débouche enfin dans l'océan qui reçoit le nom de Pacifique, compte tenu de la tranquillité de ses eaux.
En deux mois, Magellan franchit d'une traite l'immensité du Pacifique. Après sa mort dans une embuscade (avril 1521), le périple est achevé par le Basque Elcano, qui prend le commandement de la Victoria et atteint les Moluques. Il est de retour à Séville le 4 septembre 1522. Le tour du monde a été réalisé pour la première fois, et la rotondité de la Terre définitivement prouvée.
Les grandes découvertes ont pour principales répercussions économiques et commerciales un déplacement des routes du commerce européen de la Méditerranée à l'Atlantique et à l'océan Indien, et la naissance d'une nouvelle grande puissance, les Pays-Bas, dont les banquiers feront la loi sur toutes les places monétaires. Certes, les empires portugais et espagnol se sont partagé le monde au traité de Tordesillas (1494), mais ils ne tiendront plus la première place sur l'échiquier européen. S'appuyant sur leur puissance financière, les marchands hollandais se taillent un vaste empire commercial, maritime et, à partir de 1660, territorial dans l'Asie du Sud-Est.
L'afflux des métaux précieux en provenance de l'Amérique et de l'Inde a pour effet d'élargir presque au monde entier le trafic des pays européens, qui s'enrichissent considérablement. De nouveaux produits alimentaires apparaissent en Europe, y transformant les habitudes de consommation. L'exploitation des nouvelles richesses est confiée à des sociétés privées, les Compagnies. Chaque pays a sa Compagnie des Indes, véritable État dans l'État. Seuls les Ibériques restent étrangers à ce système.
L'enrichissement général a un triste revers : le dépérissement des Indiens d'Amérique, décimés par un travail au-dessus de leurs forces. C'est ce que dénonce dès le XVIe siècle le célèbre dominicain Bartolomé de Las Casas. La colonisation eut en effet de funestes conséquences sur les populations autochtones. Elle entraîna évidemment la disparition de leurs civilisations, mais aussi, dans de nombreuses régions comme Hispaniola (aujourd'hui Haïti et Saint-Domingue) ou Cuba, la quasi disparition des indigènes eux-mêmes : à Cuba, la population pré-hispanique, estimée à 200 000 personnes en 1492, était réduite à 50 000 en 1500 ; à Hispaniola, dans la même période, elle passa de 600 000 à 25 000 ; à la Jamaïque, elle passa de 60 000 en 1492 à 14 000 en 1515 ; à Puerto Rico, entre 1492 et 1530, de 80 000 à 1 500. Les maladies infectieuses introduites à leur insu par les Européens sont également largement responsables de l'effondrement démographique des populations amérindiennes. Le continent américain, jusqu'en 1492, constituait une entité biologique isolée depuis des millénaires. Les défenses immunitaires des Précolombiens avaient appris à reconnaître les pathologies de leur environnement, mais se trouvèrent totalement surprises devant des germes brutalement importés. Le choc microbien fut bien pire que le choc militaire ; les épidémies se propagèrent avec la rapidité et la violence d'un cataclysme effroyable et, tout au long du XVIe s., emportèrent jusqu'aux trois quarts de la population indienne ; rhume, grippe, variole, rougeole provoquèrent des ravages spectaculaires, particulièrement chez les enfants, ce qui eut des conséquences dramatiques sur l'évolution démographique. Pour remplacer ces populations autochtones décimées, les Espagnols auront alors recours à la traite des Noirs, qui va se développer au cours des XVIIe et XVIIIe s. et coûter à son tour la vie à des millions d'Africains.
Ainsi, si les grandes découvertes ont eu un impact extrêmement bénéfique en élargissant la connaissance du monde, en créant des mentalités nouvelles et de nouveaux modes de vie, elles ont aussi entraîné le développement de l'esclavage.
Grâce aux arrivages d'or, d'argent et, dans une moindre mesure, de cuivre, l'Europe double son stock métallique de 1500 à 1650.
Dans les Indes occidentales, la monarchie espagnole exploite l'or du Mexique central, dont la production diminue dès 1550, l'argent de Potosí (dans l'actuelle Bolivie) et le mercure de Huancavelica (Pérou). Ce dernier est utilisé dans le procédé de l'amalgame, dont l'application à partir de 1572 permet de sortir des milliers de tonnes d'argent de Potosí. La principale ressource minière des Portugais au Brésil est le platine. Mais la Couronne détourne frauduleusement l'argent des mines de Potosí, que les contrebandiers atteignent par le Río de la Plata. L'or n'est découvert au Brésil que dans les toutes dernières années du XVIIe et au début du XVIIIe siècle.
Toute la politique des États ibériques est suspendue aux arrivages des métaux précieux d'Amérique. Plus des trois quarts des quantités extraites dans le monde entre 1500 et 1820 le sont dans les empires espagnol et portugais. L'exploitation des mines des États-Unis, d'Australie, du Canada et d'Afrique du Sud ne modifiera radicalement cette situation qu'au XIXe siècle.
L'or et l'argent américains donnent à Charles Quint et à ses successeurs les ressources nécessaires au financement de leurs guerres en Europe. Ils permettent aux Habsbourg de compenser leurs désavantages économiques vis-à-vis de la monarchie française. Mais l'exploitation des métaux précieux entraîne la mort d'un nombre considérable d'Indiens. Par ailleurs, cette source de richesses a paradoxalement un effet négatif sur l'économie de la métropole, car les Espagnols perdent l'habitude du travail productif. L'Espagne devient un simple entrepôt et exporte ses métaux dans une Europe qui s'enrichit à ses dépens. Grâce à leur génie commercial et financier, les Pays-Bas sont la puissance montante. Mais ils échouent en Amérique, où leurs établissements, tel le Suriname acquis en 1667, périclitent.
Les métaux précieux d'Amérique permettent aussi aux Européens de régler facilement leurs achats en Asie. Bien qu'en Occident apparaisse un goût nouveau pour le poivre et les épices et que se développe l'importation des soies et des porcelaines de Chine ou des Indes, les pays d'Extrême-Orient deviennent les débiteurs de l'Occident, qui leur fournit les métaux indispensables pour le commerce. L'Europe se trouve ainsi en position de force vis-à-vis de l'Asie. Le métal blanc atteint les pays d'Extrême-Orient soit par le cap de Bonne-Espérance, soit par le Pacifique, que traverse chaque année, de 1565 à 1815, le galion de Manille. Une économie mondiale est née.
Le traité de Tordesillas (1494), faisant suite à la bulle papale Inter caetera, a divisé le monde entre Espagnols et Portugais selon une ligne tracée de pôle en pôle à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert. C'est en vertu de ce traité que le Brésil, découvert par Cabral en 1500, est attribué à la Couronne de Lisbonne.
L'empire portugais comprend, en Afrique, les îles du Cap-Vert, la Guinée, la côte de l'Angola et le Mozambique, qui lui procurent l'or ; en Asie, des comptoirs en Insulinde et en Inde ainsi que les Moluques, qui regorgent d'épices. Malheureusement pour le Portugal, la Hollande, qui était son client, devient son maître et monopolise le commerce des indispensables épices. La plus grande source de profit pour le Portugal demeure le Brésil (également convoité par les Hollandais) grâce à l'exploitation du sucre et au commerce des esclaves noirs.
L'empire espagnol est constitué, outre des Philippines (qui servent surtout de relais dans le commerce à travers le Pacifique), des « Indes occidentales », organisées en deux vice-royautés qui recouvrent les États actuels du Mexique, du Guatemala, du Salvador, du Honduras, du Nicaragua, du Costa Rica, du Panamá, du Venezuela, de la Colombie, de l'Équateur, du Pérou, du Chili, de l'Argentine et du Paraguay. Ces territoires américains sont gouvernés par le Conseil des Indes, qui siège à Séville, et sont régis par les Lois nouvelles (1542). Cette législation très libérale ne protégera pas efficacement les Indiens de l'oppression dont ils demeureront les victimes.
Sans flotte suffisamment puissante et sans point d'appui sur le littoral d'Afrique occidentale, les Espagnols concèdent à des compagnies étrangères le monopole de la traite des Noirs et leur transport en Amérique (système de l'asiento). Ce monopole est régulièrement accordé aux Portugais de 1538 à 1640, puis il passe aux Hollandais, qui le conservent jusqu'en 1695, puis aux Français (1701) et enfin aux Britanniques (1713).
C'est à Cuba que Colomb voit pour la première fois des hommes et des femmes « allumer des herbes dont ils aspirent la fumée ». Très vite, l'Espagne se met à la culture du tabac. Son usage se répand en petite quantité dans toute l'Europe. Il est vulgarisé par Jean Nicot, ambassadeur de France à Lisbonne vers 1560. Au cours du même voyage, Colomb découvre le maïs, qui est rapidement adopté en Europe, où il contribue, par sa valeur nutritive, à la poussée démographique. En revanche, l'Europe est longtemps réticente à utiliser la pomme de terre, originaire des Andes et introduite en 1534. Les Espagnols découvrent le cacao et l'adoptent avec enthousiasme. La dégustation de la tasse de chocolat se répand un peu partout en Europe, du moins dans les classes aisées. L'usage du sucre de canne se généralise grâce aux moulins à sucre du Nouveau Monde.
Inversement, des produits originaires d'Afrique ou d'Asie sont implantés par les Européens en Amérique. D'Éthiopie, le café gagne, aux XIV-XVe siècles, le Yémen et l'Arabie. Les Hollandais l'implantent dans leurs colonies, d'où il atteint le Nouveau Monde (le Brésil à la fin du XVIIIe siècle). Le thé, originaire de Chine, se répand au XIXe siècle à Java et à Ceylan. On connaît le succès du thé de Ceylan en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas.
Ce trafic touche environ 12 millions de Noirs d'Afrique, transportés en Amérique de la fin du XVe siècle à l'abolition de l'esclavage au Brésil (1888).
Les musulmans ont, pendant des siècles, acheté des esclaves noirs en Afrique. Les Portugais suivent leur exemple et le fort de São Jorge da Mina, qu'ils fondent en 1482 sur le golfe de Guinée, devient vite leur principal entrepôt du commerce négrier. Le dominicain Bartolomé de Las Casas (1474-1566) dénonce le premier la traite comme un double péché, car elle humilie des êtres humains créés à l'image de Dieu et favorise l'esprit de lucre des Africains, qui vendent leurs propres enfants.
Le commerce négrier atteint son apogée entre 1760 et 1830, lorsque l'économie de plantation se développe. Interdit en 1807 dans l'Empire britannique, il demeure florissant. Il se fait en trois étapes, d'où son nom de « triangulaire » : les négriers achètent des esclaves aux chefs africains contre de l'eau-de-vie, de la pacotille ou des fusils ; les esclaves sont transportés en Amérique dans des conditions d'hygiène épouvantables ; les négriers retournent en Europe, en remplissant les cales de leurs bateaux de produits tropicaux. Les commanditaires et bénéficiaires du trafic sont des bourgeois de Nantes, Bordeaux, La Rochelle, Bristol, Lisbonne, Amsterdam ou Anvers. Certains lisent les œuvres des philosophes qui, au XVIIIe siècle, célèbrent les vertus du « bon sauvage ».
Le mythe du bon sauvage s'est en quelque sorte répandu comme l'antithèse de la « légende noire » antihispanique qui accuse les conquérants du Nouveau Monde de tous les forfaits. Ces accusations ne sont qu'en partie fondées, car les crimes des conquistadores ont été dénoncés par les évangélisateurs, qui ont su préserver et les vies humaines et les langues indigènes. Naturellement, la légende noire est complaisamment accueillie par toutes les monarchies hostiles aux Habsbourg d'Espagne.
Le mythe du bon sauvage remonte à Christophe Colomb, qui a été émerveillé de rencontrer chez les populations des Grandes Antilles des qualités de douceur, d'hospitalité, de docilité et de générosité. Ces qualités ne sont pas partagées par les féroces Caraïbes anthropophages des Petites Antilles. Le XVIe siècle européen crédite cependant les habitants du Nouveau Monde de toutes les vertus. Le bon sauvage inspire Thomas More dans son Utopie (1516) et surtout Montaigne, qui consacre l'essentiel du chapitre « les Cannibales » de ses Essais (1580) aux Indiens du Brésil. Il loue chez ces « naturels » un mode de vie édénique. Pour lui, les cannibales, à la différence des Européens, ne font la guerre que pour des besoins alimentaires.
L'amour de l'Indien, du primitif subsiste à travers les siècles. Au XVIIIe siècle, il bénéficie de l'engouement pour la nature, que l'on oppose à l'artifice et au goût dépravé du luxe, courant dont J.-J. Rousseau est le plus illustre représentant. Bernardin de Saint-Pierre, dans Paul et Virginie (1788), s'attendrit sur la bonté des nègres qui servent ses héros. Mais l'incisif Voltaire constate que le « prix du sucre » est payé par les Noirs qui travaillent aux horribles moulins. La meule leur happe la main ou le bras (Candide, 1759). Il faudra attendre 1848 pour que Schoelcher, député de la Martinique, fait abolir l'esclavage dans les colonies françaises.
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