Empire colonial espagnol

Ensemble des pays et territoires colonisés par l'Espagne.

Au xvie s., on a pu dire que sur l'empire de Charles Quint « le soleil ne se couche jamais ». Après la reconquête du royaume de Grenade (1492), les Espagnols installent sur la côte du Maghreb des postes militaires, les « présides », destinés à lutter contre la piraterie musulmane. Mais la présence espagnole en Amérique est d'une tout autre nature. Elle s'inscrit, au début, dans le cadre de la rivalité commerciale de l'Espagne avec les Portugais, qui contrôlent la route orientale des Indes.

C'est en partant à la recherche de la route occidentale que Cristophe Colomb découvre Hispaniola (Haïti) en 1492. Le traité de Tordesillas (1494) accorde aux Portugais et aux Espagnols la possession des terres situées respectivement à l'est et à l'ouest d'une ligne passant à 370 lieues des îles du Cap-Vert ; c'est ainsi que la colonisation du Brésil reviendra aux Portugais.
Mais, en 1513, l'Espagnol Balboa découvre le Pacifique, ouvrant aux Espagnols la route occidentale des épices : ils occupent Manille (1571), contrôlant ainsi l'accès au comptoir portugais de Macao.
Cependant, avec ses richesses humaines, minières et agricoles, l'Amérique centrale et du Sud qui devient le cœur de l'Empire colonial espagnol.
1. De la conquête à la colonisation (xvie siècle)
Entre 1492 et 1525, les Espagnols prennent pied dans les Grandes Antilles, au Mexique et en Amérique centrale. De 1530 à 1550 s'effectue la conquête du Pérou, de la Colombie, du Chili et de la côte du Venezuela. Au début du xviie siècle, l'Amérique espagnole s'étend de la Floride et du Nouveau-Mexique au Río de la Plata.
Partout, le roi d'Espagne, qui prend le titre de « roi des Indes » en 1521, substitue rapidement son autorité à celle des premiers conquistadores. Dans les vice-royautés de Nouvelle-Espagne (1535) et du Pérou (1543) et dans les capitaineries générales sont établies des administrations judiciaires, les audiencias, et des fonctionnaires sont chargés des provinces (corregidores) et des districts (alcades mayores), tandis qu'en Espagne le Conseil des Indes centralise toutes les affaires coloniales.
1.1. L'exploitation des richesses par la métropole
Ainsi, sur le plan administratif, les territoires américains font partie intégrante du royaume d'Espagne. Mais sur le plan économique ils sont traités comme des colonies dominées, que la métropole cherche à exploiter à son seul profit.
Le principe de l'« exclusif » les oblige à ne commercer qu'avec l'Espagne, où la Casa de Contratación, créée à Séville en 1503, détient le monopole des échanges avec l'Amérique. Les colonies se voient interdire de traiter leurs productions sur place ; le roi perçoit un impôt (le quint) sur l'or des Antilles puis sur l'argent extrait des mines découvertes au Potosí (Pérou) en 1545 et au Zacatecas (Mexique) en 1546.
1.2. L'exploitation des indigènes

Les Indiens, officiellement considérés comme des hommes libres (ordonnance de 1503), sont l'objet d'une intense exploitation de la part des colons, pressés de s'enrichir. Décimés par le travail d'orpaillage dans les Antilles, par la guerre de conquête et les épidémies aux Mexique et au Pérou, ils sont bientôt remplacés par des esclaves noirs dans les zones tropicales (dès 1511 dans les Antilles) ; mais il doivent partout des corvées en travail aux colons qui bénéficient d'une encomienda (droit d'utiliser le travail d'un groupe d'Indiens) ou d'un repartimiento.
Le dominicain Bartolomé de Las Casas, en dénonçant les abus dont ils sont victimes, inspire les Lois Nouvelles (Leyes Nuevas) de 1542, qui impliquent la disparition progressive de l'encomienda et provoquent la révolte des colons du Pérou (1546-1554). Arrivent en Amérique, en même temps que les colons, les ordres mendiants puis les jésuites, qui évangélisent les Indiens et créent des écoles et des universités, tandis que s'installe un puissant clergé séculier.
2. L'affaiblissement de la métropole (xviie siècle)
Au xviie s. s'étend partout l'hacienda, grand domaine (laïc ou ecclésiastique) cultivé par les péons (paysans) indiens ou les esclaves noirs, vivant en économie fermée dans les régions de l'intérieur, exportateur de produits tropicaux sur les côtes et dans les îles.
Une aristocratie créole se développe, soucieuse de s'affirmer face à l'autorité royale et confisquant les pouvoirs régionaux. L'autorité espagnole est également défiée sur le plan économique. Tandis que les exportations d'argent stagnent, la contrebande hollandaise détourne une partie des taxes sur le commerce colonial.
Le principe de l'exclusif est également contourné en ce qui concerne la traite des Noirs importés de Guinée, dont le monopole (asiento) est confié aux Portugais jusqu'en 1640, puis aux Hollandais (1640 -1695), aux Portugais (1696 -1701), aux Français (1701 -1712) et aux Anglais à partir de 1713.
3. L'apogée (xviie siècle)
L'empire connaît son apogée au xviiie siècle. De nouvelles vice-royautés sont créées (Nouvelle-Grenade, 1717, et Río de la Plata, 1777), de nouveaux territoires sont conquis par l'évangélisation (Californie, Arizona), tandis que l'économie minière et l'agriculture tropicale reprennent leur essor.
La contrebande anglaise s'étend, facilitée par l'asiento et favorisée par les riches colons, qui supportent de plus en plus mal le système de l'exclusif. Ferdinand VI (1746-1759) et Charles III (1759-1788) tentent de renforcer l'autorité de la métropole en même temps que de moderniser les colonies en instituant des intendants, sur le modèle français, et en améliorant l'enseignement.
En 1778, l'Espagne acquiert les îles portugaises de Fernando Poo et d'Annobón (prémices de la Guinée espagnole), ce qui lui permet de reprendre en main la traite des Noirs, tandis que les échanges sont favorisés par l'extension, à de nouveaux ports américains, de l'autorisation de commercer avec la métropole.
4. Vers les indépendances
Cependant, l'aristocratie créole, écartée de toutes les hautes fonctions coloniales par la centralisation des Bourbons, suit avec intérêt l'accès à l'indépendance des treize colonies anglaises et la Révolution française. À la suite de l'invasion de l'Espagne par les armées de Napoléon (1808), les patriotes proclament l'indépendance dans toutes les régions du continent à partir de 1809. Mais, sauf dans le Río de la Plata, où triomphent les troupes de San Martín, les armées espagnoles contrôlent partout la situation.
Aux prises avec des difficultés financières, l'Espagne vend la Floride aux État-Unis (1819), tandis que reprend l'offensive des armées d'indépendance : San Martín triomphe au Chili en (1817) et à Lima (1821), Sucre dans le haut Pérou, Bolívar en Nouvelle-Grenade, dont il fait la Grande Colombie ; au Mexique, Iturbide, ancien royaliste, proclame l'indépendance en 1821.
5. Depuis la fin du xixe siècle
De son empire américain, l'Espagne ne conserve que Porto Rico et Cuba, qui lui échappent après la guerre hispano-américaine (traité de Paris, 1898), tandis que s'écroulent ses positions dans le Pacifique, où elle vend l'île de Guam et les Philippines aux États-Unis (1898), ainsi que les archipels des Mariannes, des Palaos et des Carolines à l'Allemagne (1899).
La politique coloniale espagnole se reporte sur l'Afrique. L'Espagne obtient l'Ifni du Maroc (1860) puis occupe en 1884-1886 le Río de Oro, au S.-O. du Maghreb. En 1912 est établi le protectorat espagnol sur le Rif, d'où part en 1936 la rébellion du général Franco. Mais le Maroc espagnol recouvre son indépendance en même temps que le Maroc français (1956), l'Espagne restituant le Río de Oro en 1976. La Guinée espagnole devient indépendante en 1968.
Pour en savoir plus, voir les articles colonisation, décolonisation, guerres et mouvements d'indépendance de l'Amérique latine, histoire de l'Espagne, traite.