Journal de l'année Édition 1993

Du 01 janvier 1992 au 31 décembre 1992

Sommaire

  • Dossiers chronologie
    • Météo : l'Hiver

      La première décade de l'hiver se caractérise par la succession de types de temps très contrastés : des manifestations pluvio-neigeuses et des vents forts associés au passage d'une perturbation très active, les 21 et 22 décembre ; un bref épisode de douceur les 22 et 23 (le 23, à Hyères, la température atteint la valeur record de 22 °C !) et enfin, du 25 au 31, fraîcheur et sécheresse déterminées par un vigoureux anticyclone. L'enneigement est excellent dans la plupart des stations alpines : Argentières-Chamonix 60-230 cm, Flaine 90-200, Les Menuires 45-130, Tignes 110-200, Val-d'Isère 115-160, l'Alpe-d'Huez 80-140, Serre-Chevalier 60-100... satisfaisant dans le Jura et les Vosges : Les Rousses 15-40 cm, Gérardmer 30-35, encore faible dans le Massif central et les Pyrénées : Super-Besse 0-30 cm, Font-Romeu 0-75.

    • Météo : le Printemps

      De l'équinoxe de printemps au 31 mars, au temps froid et instable associé à la présence d'une goutte froide d'altitude (du 21 au 26) succède un temps perturbé de sud-ouest, frais et assez pluvieux. Chutes de neige fréquentes dès 400 m d'altitude, averses orageuses parfois accompagnées de grêle (47 mm en 24 heures à Saint-Pierre-de-Chartreuse le 22, 30 mm en 12 heures à La Roche-sur-Yon le 30), vents forts dont la vitesse instantanée peut dépasser 110 km/h (148 km/h au cap Sagro le 23) sont les phénomènes météorologiques les plus fréquents de cette période.

    • Météo : l'Été

      Du solstice d'été au 30 juin, les températures rejoignent les valeurs saisonnières et les dépassent même de 3 à 5 °C en fin de période dans le Nord, l'Ouest et le Sud-Ouest. Les précipitations à caractère orageux, en accord avec l'instabilité de Pair en provenance du sud, sont localement très abondantes : 150 mm en 24 heures à Salles-sur-l'Hers le 23 ; 115 mm à Saint-Aulaye le 30... et l'insolation est toujours aussi faible. Au 30 juin, le bilan hydrique est nettement meilleur qu'à la fin du mois précédent mais il demeure préoccupant en Alsace, Val de Loire, Poitou et pays nantais.

    • Météo : l'Automne

      La première décade de l'automne a été marquée par deux épisodes pluvio-orageux, brefs mais violents et dévastateurs. Ces événements météorologiques ont été l'aboutissement d'évolutions semblables caractérisées par la succession identique des phénomènes suivants : descente d'air froid, individualisation d'une goutte froide sur le proche Atlantique, advection d'air maritime chaud dans un flux de sud ou de sud-ouest et soulèvement de cet air instable au passage d'une perturbation active circulant ouest-est. C'est à l'extrême instabilité de l'air ainsi créée dans les basses couches de la troposphère qu'il faut attribuer les abats pluviométriques exceptionnels enregistrés du 21 au 22 septembre en Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et dans les départements de la Drôme et du Vaucluse et, du 26 au 28, dans les départements de l'Aude, du Tarn, de l'Aveyron, du Gard et de la Corse. Des précipitations particulièrement abondantes et intenses ont été mesurées dans le sud de la France : 253 mm à Colognac, 447 mm au Caylar, 122 m à Loubaresse, 135 mm à Meyrueis en 24 heures du 21 à 8 h au 22 à 8 h ;212 mm en 4 h 35 à Carpentras le 22, 243 mm à Montpezat du 22 à 8 h au 23 à 8 h ou encore 292 mm à Narbonne, 199 mm à Gruissan-Pech Rouge en 24 heures du 26 à 6 h au 27 à 6 heures.

  • Monde
    • Ordre américain, désordre européen

      L'année 1992 devait être celle de l'approfondissement et de l'élargissement de l'Europe. Approfondissement avec l'achèvement du marché unique et la suppression des frontières entre les douze États membres de la Communauté européenne. Élargissement avec les nouvelles demandes d'adhésion et la signature du traité entre la CEE et l'AELE, qui constitue l'Espace économique européen (l'EEE).

    • Europe de l'Ouest

      Trois ans après la chute du mur de Berlin, l'Europe de l'Ouest demeure désorientée, tandis que perdure un réel ralentissement économique. Inquiets de la montée constante du chômage, désorientés par la disparition ou, pour le moins, l'affadissement des idéologies, les électeurs ont, le plus souvent, averti les partis au pouvoir en votant d'une façon non négligeable pour les formations régionalistes en Espagne (Indépendantistes catalans) ou en Italie (Ligue lombarde), de l'extrême droite en Allemagne (Républicains), en Belgique (Vlaam Blok) ou en France (Front national et, de façon différente, écologistes). Dans le même temps, les réfugiés ex-yougoslaves, mais aussi roumains, affluent et posent, à leur manière, la question d'une nouvelle identité à trouver pour l'Europe tout entière.

    • Europe Centrale et Orientale

      Poursuite de la décommunisation, nationalisme, poussées monarchistes (Albanie, Bulgarie, Roumanie, Serbie), décomposition des structures fédérales (Tchécoslovaquie, ex-Yougoslavie), telles ont été les principales lignes de force qui ont marqué en 1992 l'Europe centrale et orientale. À cela s'ajoute l'esquisse de l'entente hungaro-polono-tchécoslovaque, dite « Triangle de Vysehrad », qui correspond à l'avance démocratique de ces États face aux autres pays de la région. Cette alliance est créée le 11 février 1992 par les présidents Vaclav Havel (Tchécoslovaquie) et Lech Walesa (Pologne), et par le Premier ministre hongrois Jozsef Antall, à Vysehrad, en Hongrie. L'objectif est de rapprocher ces trois pays et de faciliter leur entrée dans la Communauté européenne. Les relations Est-Ouest en Europe, fortement marquées par un relâchement, voire une quasi-disparition, des frontières, connaissent une nouvelle dimension avec l'exode des populations vers l'ouest (Albanais, Roumains, Tziganes, Bulgares, Ukrainiens...), exode souvent couvert par des motivations politiques sans fondement.

    • La crise yougoslave

      En 1992, la Yougoslavie cesse d'exister sous sa forme traditionnelle, composée de six républiques (Serbie, Croatie, Slovénie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine et Monténégro) et de deux régions autonomes (Kosovo et Voïvodine), et fait place à une Fédération serbo-monténégrine. La Slovénie et la Croatie, autoproclamées indépendantes en 1991, sont reconnues en janvier 1992 par la Communauté européenne et de nombreux autres pays.

    • La CEI en 1992 : « club présidentiel » ou communauté en progrès ?

      S'adressant, le 1er décembre 1992, au Congrès des Députés du Peuple, Boris Eltsine constatait que la CEI n'avait pas pleinement justifié les espoirs mis en elle, un an auparavant. Elle n'avait pas, notamment, contribué à résoudre les problèmes liés à la disparition de l'URSS et à la gestion de son héritage dans les domaines si complexes des biens communs, des infrastructures économiques communes, des équipements militaires et surtout de la force militaire. Ce regard pessimiste sur la première année d'existence de la CEI est-il justifié ? La CEI serait-elle, au bout du compte, comme l'assurent ses détracteurs, une coquille vide ? Ou bien aurait-elle, en dépit des critiques, déjà justifié sa création ?

    • Maghreb

      Tous les pays du Maghreb sont aux prises avec un double défi, celui de la réforme dans la stabilité politique, celui de l'adaptation ou d'un ajustement à l'environnement international. Tous affrontent, avec des résultats variables, une opposition dont les complexes et divers mouvements islamistes sont les composantes les plus voyantes, surtout en Algérie et en Tunisie, et dans une moindre mesure en Libye, mais jamais les seules.

    • Afrique : transitions ou désillusions ?

      Soumise aux politiques monétaristes d'ajustement structurel, l'Afrique est, selon la Banque mondiale, un continent « en transition ». Tous les indicateurs montrent cependant que les pays africains sont plongés dans une crise économique durable qu'ils ne parviennent pas à juguler et qui menace gravement les efforts de démocratisation entrepris depuis deux ans.

    • Proche-Orient : les limites du dégel

      L'euphorie née de la Conférence de Madrid (novembre 1991) n'a pas tardé à retomber. Les Syriens ont maintenu leur attitude intransigeante dans leurs négociations avec Israël. Le dialogue israélo-palestinien, qui semblait s'être engagé à Madrid sous de meilleurs auspices, a vite sombré dans des querelles de procédure quant au lieu des rencontres et à l'ordre du jour. Faute de s'entendre sur un autre lieu, c'est donc à Washington que se sont tenues les différentes sessions bilatérales entre Israël et ses adversaires arabes, soulignant ainsi le rôle crucial des Américains pour permettre au processus de paix de se poursuivre.

    • Péninsule et Moyen-Orient : les séquelles de la guerre du Golfe

      Les séquelles de la guerre du Golfe se sont fait sentir tout au long de l'année dans les États de la péninsule arabique. La question de la démocratisation des États du Golfe a été relancée par la libération du Koweït. Quant au dogme de l'intangibilité des frontières, il a volé en éclats avec l'invasion irakienne.

    • Israël : le bouleversement

      L'année 1992 en Israël est marquée par l'accession au pouvoir du parti travailliste (Avoda, dirigé par Yitzhak Rabin) aux dépens de celui de la droite (Likoud, dirigé jusque-là par Yitzhak Shamir). Les élections législatives du 23 juin sont, en ce sens, un événement pivot : la première moitié de l'année est placée sous le signe d'une campagne électorale qui cristallise les principales préoccupations des Israéliens, et la seconde moitié de l'année est dominée par les initiatives du nouveau gouvernement visant à une relance du processus de paix israélo-arabe et à une reprise de l'activité économique.

    • Afghanistan

      Il y avait treize ans que les moudjahidin attendaient cette déclaration. Lorsque le chef du régime procommuniste de Kaboul, le « docteur » Najibullah a annoncé, le 18 mars, qu'il allait remettre ses pouvoirs à un gouvernement intérimaire, sous l'égide de l'ONU, les moudjahidin sont pourtant restés pantois. Rien jusqu'alors ne pouvait laisser supposer que le processus de transfert des pouvoirs serait si rapide et, surtout, que le maître de Kaboul s'y plierait aussi facilement. La transition était prévue dans le cadre d'un plan de paix fignolé depuis trois ans par Benon Sevan, le délégué spécial des Nations unies pour l'Afghanistan. Celui-ci avait pourtant sous-estimé un élément de taille. Après avoir combattu tant d'années pour leur indépendance, les héritiers du « royaume de l'insolence » n'avaient nullement l'intention de se laisser dicter un processus de transition, fût-il équitable. Le plan de l'ONU leur apparaissant comme une construction intellectuelle occidentale peu adaptée aux réalités afghanes, il fut rejeté avant même d'avoir été réellement examiné.

    • Inde et Pakistan

      Désigné le 21 juin 1991 pour succéder à Rajiv Gandhi assassiné, Narasimha Rao engage une redéfinition de la diplomatie et de la politique économique indiennes, quasiment figées depuis le temps de Nehru.

    • Asie du Sud-Est

      Moribonde pendant plus de vingt ans, l'ASEAN, qui n'avait réuni ses six membres (Thaïlande, Indonésie, Malaisie, Philippines, Brunei, Singapour) en sommet que quatre fois depuis sa création en 1968, a profité du sommet de Singapour au début de l'année pour renforcer sa coopération. Les chefs de gouvernement ont convenu de se rencontrer tous les trois ans en sommet et une nouvelle charte, la « charte de Singapour », a été signée pour marquer la résurrection de l'organisation en remplacement de la « déclaration de Bangkok » de 1968. Les six pays ont surtout décidé de créer, à partir du 1er janvier 1993, l'AFTA (Asean Free Trade Area), une zone de libre-échange à l'échelle asiatique qui permettra de démanteler progressivement les tarifs douaniers d'ici à 2008. À terme, tous les produits, à l'exception des produits agricoles, circuleront librement entre les six États.

    • Cambodge : le pari perdu

      Lors de la signature des accords de Paris sur le Cambodge, en octobre 1991, l'espoir international était immense de restaurer la paix dans ce pays déchiré par plus de vingt ans de guerre. Un an plus tard, un constat d'échec s'impose.

    • Chine

      L'argent, tel est probablement le mot qui symbolisera le mieux cette année 1992 en Chine. Répondant au mot d'ordre du patriarche Deng Xiaoping, qui a lancé au début de l'année un appel « à la reprise des réformes économiques et de l'ouverture », les Chinois se sont lancés à toute vapeur dans « l'économie de marché socialiste », une notion assez vague qui prend aujourd'hui le tour d'un capitalisme débridé. Après plus de quarante ans d'éducation aux trois vertus communistes de « frugalité, austérité, égalitarisme », les Chinois découvrent la notion de l'argent et du profit. Un revirement entériné par le XIVe Congrès du parti communiste chinois (PCC) qui s'est tenu à Pékin du 12 au 18 octobre, mais qui provoque une véritable révolution des mentalités et des comportements dans cette société en mutation.

    • Corées : la réunification en pointillé

      Depuis le début de l'année, de nombreuses rumeurs annonçaient que la grande cérémonie organisée le 15 avril à Pyongyang, à l'occasion des 80 ans du leader Kim Il-sung, serait marquée par un transfert des pouvoirs du patriarche à son fils Kim Jong II. Il n'en a rien été, même si « l'héritier désigné » a été nommé chef d'État, le 6 avril. Le pouvoir absolu de ce régime « ultracommuniste » et totalitaire reste depuis près de 50 ans aux mains de Kim Il-sung. Le report de l'intronisation de Kim Jong II laisse supposer que les oppositions à la mise en place d'une dynastie sont actuellement très fortes, d'autant que la personnalité du fils du grand leader semble, d'après les rares témoignages, des plus inquiétantes (autoritaire, mégalomane et fantasque).

    • Japon : le modèle à l'épreuve

      L'année 1992 aura été pour le Japon celle des incertitudes : incertitude sur l'avenir de l'économie, entrée dans une phase de récession dont on mesure mal la durée et l'ampleur, incertitude sur la place que le pays peut occuper dans le nouvel ordre mondial. Des incertitudes d'autant plus ressenties qu'au cours de cette première année du cabinet Miyazawa (formé en octobre 1991), le pouvoir politique, empêtré dans un scandale qui a entamé sa crédibilité, a paru gérer les affaires courantes plutôt que prendre véritablement des initiatives.

    • Philippines

      Un événement a mobilisé les énergies et les débats au cours de l'année écoulée : la succession de la présidente Corazon Aquino. À la suite des élections présidentielles du 11 mai, les plus libres qu'aient connues les Philippines depuis leur indépendance, l'ex-général Fidel Ramos a été élu à la tête de l'État. Militaire de carrière, protestant, dans un pays largement catholique, et ayant été l'un des chefs de la rébellion militaire qui chassa Ferdinand Marcos du pouvoir en février 1986, il apparut par la suite comme l'arbitre des équilibres entre le gouvernement et l'armée. C'est en grande partie grâce à lui que Mme Aquino demeura à la présidence malgré sept putschs militaires.

    • Océanie

      Au pouvoir depuis le 19 décembre 1991, le travailliste Paul Keating (jusqu'alors ministre des Finances dans le gouvernement de Bob Hawke en place depuis 1983) semble fermement décidé à abandonner les deux pôles traditionnels de la diplomatie australienne : Grande-Bretagne et États-Unis.

    • Canada

      Deux ans après l'échec de l'accord du lac Meech (signé en 1987), qui reconnaissait au Québec le droit d'être une « société distincte », le système fédéral canadien n'en finit pas d'être en crise. La réforme des structures politiques est l'enjeu de multiples débats, et toutes les tentatives pour trouver un compromis satisfaisant ont jusqu'à présent échoué (depuis le début du siècle, il y en a eu neuf).

    • Amérique : l'heure du changement

      Janvier. À peine rentre-t-il d'un voyage raté au Japon, que George Bush prend connaissance des chiffres du chômage : 7,5 % de la population active, le plus mauvais résultat depuis cinq ans. Une timide reprise de l'économie semble pourtant se dessiner, mais elle est bien insuffisante pour rétablir la confiance. En fin de mandat, le président sortant ne pourra faire état que d'un bilan bien modeste avec un taux moyen de croissance d'à peine 1 %, contre 2,7 % lors des deux mandats Reagan. Certes, il a maintenu en 1991 l'inflation à 3,5 %, et ramené le déficit commercial à 66 milliards de dollars (contre 102 l'année précédente). Il n'empêche, l'économie américaine souffre de maux structurels qui l'handicapent durablement : une faiblesse de l'investissement des entreprises (9 % du PNB contre 13 % en Allemagne et 20 % au Japon), une dégradation des infrastructures publiques et une grave détérioration du système d'éducation.

    • Amérique latine : la confirmation démocratique

      En Amérique latine, l'année du cinquième centenaire de la rencontre de l'Ancien et du Nouveau Monde vient confirmer, sur le plan politique, le processus, entamé dans les années 1980, caractérisé par la mise en place ou la confirmation de régimes démocratiques.

  • France
    • 1992 entre l'alternance et la recomposition

      L'année politique est à l'année tout court ce que, chez Bergson, la durée est au temps : une notion élastique et subjective qui déborde les limites du calendrier. Politiquement, 1992 commence en mai 1991 avec le remplacement de Michel Rocard par Édith Cresson à l'hôtel Matignon et devrait vraisemblablement se clore en mars 1993 avec l'élection d'une nouvelle Assemblée nationale et l'ouverture d'un cycle neuf de notre vie publique. Dans celui qui s'achève, les douze mois de 1992 tiennent la part la plus longue et la plus significative. Deux séries d'événements le jalonnent et lui confèrent sa spécificité. D'un côté, l'effondrement électoral de la gauche lors des scrutins territoriaux du mois de mars, le remplacement de Mme Cresson par M. Bérégovoy en qualité de Premier ministre et l'entrée en convulsion du groupe socialiste à l'automne. De l'autre, la multiplication des affaires du financement des partis au procès du sang contaminé, en passant par les opérations immobilières de la Défense – ainsi que le grand happening européen qui culmine avec le référendum du 20 septembre et dessine entre la France du « oui » et celle du « non » une ligne de partage largement inédite.

    • Portraits politiques

      « Le cocktail Kouchner : un tiers-mondiste, deux tiers mondain ». Les cyniques ont de l'humour faute d'avoir du cœur quand ils s'attaquent à l'ange gardien de l'esprit de générosité soixante-huitard. Qu'importe ! À 53 ans, ce médecin fils de médecin de la banlieue parisienne continue depuis deux décennies de vouloir réveiller la conscience mondiale et de soigner, envers et contre tous, les peuples opprimés.

    • Chroniques politiques

      Le 29 janvier, peu avant 22 heures, un avion sanitaire se pose au Bourget. À son bord, Georges Habache, 67 ans, le fondateur et le leader du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), l'une des branches les plus radicales de l'OLP. Malade, le terroriste palestinien a reçu l'autorisation d'être hospitalisé dans l'hôpital parisien Henri-Dunant, l'un des 500 établissements de la Croix-Rouge. S'ouvre alors en France une crise politique majeure, l'une des plus importantes du second septennat de François Mitterrand. Pendant les 66 heures de présence de Georges Habache sur le territoire français – il sera remis dans un avion le 1er février, après la levée de sa garde à vue –, le pouvoir socialiste va trembler sur ses bases, sa diplomatie mise à mal. Et les Français vont s'interroger sur la manière dont le pays est gouverné.

    • La corruption

      Paradoxalement, tout dispositif visant à endiguer la corruption en favorise souvent l'extension. Soumettre au régime de l'autorisation administrative la transformation d'appartements en bureaux, c'est exposer les fonctionnaires chargés de la délivrer à l'offre corruptrice des marchands de biens, comme c'est le cas, notamment, en Île-de-France. Subordonner la création de grandes surfaces à l'appréciation de commissions départementales d'urbanisme, créées en vertu de la loi Royer (JO, 30 décembre 1973) destinée à l'origine à protéger le petit commerce, c'est faire des membres de ces dernières les otages des promoteurs d'hypermarchés. Transférer aux communes, aux départements, aux Régions, la responsabilité d'établir et de modifier les POS (plans d'occupation des sols), de délivrer les permis de construire, de déterminer de très nombreux équipements collectifs, en application de la loi Defferre promulguée le 3 mars 1982, c'est, au nom de la décentralisation, exposer les détenteurs des pouvoirs locaux aux sollicitations alléchantes et, bien entendu, intéressées des entrepreneurs.

    • Bilan économique

      Trois millions de chômeurs : ce seuil a obsédé le gouvernement tout au long de l'année 1992. Il fallait contenir le chômage en deçà, coûte que coûte, avant les législatives de mars 1993. Et limiter le phénomène d'exclusion qui mine patiemment les bases de la société.

    • Bilan diplomatique

      1992 aura été, pour la diplomatie française, une année difficile, non dépourvue de revers et de déconvenues sur quelques grands dossiers, à commencer par celui de la construction communautaire.

    • Défense : la nouvelle donne

      L'effondrement du bloc de l'Est et les enseignements de la guerre du Golfe n'ont pas fini de peser sur la réflexion stratégique. Et, partant, sur les grandes orientations de la politique de défense. Budgets revus à la baisse, réduction des effectifs, gel des programmes d'armements traduisent un malaise général.

    • Politique sociale

      Comment éviter que le nombre de demandeurs d'emploi ne passe la barre symbolique des 3 millions ? C'est la question qui va, tout au long de l'année, tarauder le ministre du Travail, Martine Aubry. Dès janvier, elle annonce un renforcement des mesures antichômage. Elle choisit deux méthodes : le traitement individualisé et local des chômeurs de longue durée – ceux qui sont inscrits depuis plus de deux ans –, et la mise en place d'un dispositif particulier – le contrat de préemploi-qualification – pour les jeunes sans formation. Des enquêtes ont en effet montré qu'un tiers des moins de 25 ans à la recherche d'un emploi n'avaient pas de bases minimales en lecture ou en calcul. L'objectif de ce train de mesures est de remettre 200 000 chômeurs sur les rails de l'emploi.

    • Politique de la ville

      Depuis quinze ans, les gouvernements successifs s'échinent sur la politique de la ville : les mesures et les organismes chargés de rendre les cités plus vivables se sont multipliés ; le budget 92 consacré à la ville a fait un bond de 30 %, des réhabilitations ont eu lieu, de Vaulx-en-Velin à Mantes-la-Jolie ; le mal des quartiers a été largement analysé, par Jean-Marie Delarue, délégué interministériel à la Ville, et par Paul Picard, maire de Mantes-la-Jolie. Et, pourtant, on ne sait toujours pas comment freiner la dérive des banlieues : les handicaps dénoncés en 1988 par le rapport Levy, premier bilan réalisé par le Commissariat général au plan avec le CREDOC, sont toujours d'actualité. Et cela, alors que huit Français sur dix font désormais partie d'un écosystème urbain, et que cinq d'entre eux résident en périphérie des grandes villes.

    • Politique régionale

      La politique d'aménagement du territoire a été soumise au long de l'année 1992 au régime de la douche écossaise. Tantôt le gouvernement a donné l'impression de vouloir franchement aller de l'avant et d'orienter avec une forte dose de volontarisme les crédits, les investissements, et les emplois vers les zones qui en ont le plus besoin ; tantôt, c'est le sentiment de flottement, de « surplace », voire de recul, qui a prévalu.

    • À travers les Régions

      Après trois décennies de croissance à l'ombre de la puissante industrie pharmaceutique bâloise, la biotechnologie alsacienne bénéficie d'investissements étrangers de première importance. Déjà présent à Huningue (Haut-Rhin) avec deux unités, une de produits chimiques, une autre de médicaments, le groupe Ciba-Geigy, le no 5 de la chimie mondiale, annonce un investissement de 900 millions de francs pour la création d'un centre de recherche en biotechnologie. C'est pour échapper à la pression des mouvements écologistes suisses que le groupe bâlois a choisi Huningue. Au même moment, le groupe américain Eli Lilly annonce 640 millions d'investissement dans la construction d'un centre de fabrication de stylos injecteurs d'insuline, à Fegersheim, dans la banlieue sud de Strasbourg (Bas-Rhin), où la firme, le no 9 de la pharmacie mondiale, est implantée depuis 1969. L'usine de Fegersheim réalise 80 % du chiffre d'affaires de Lilly-France, lui-même troisième exportateur pharmaceutique français. 140 salariés viendront s'ajouter, avant la fin 1994, aux 500 actuels.

  • Société
    • Société française : la confiance disparue

      Si l'on devait résumer cette année 1992 par un mot, le choix se porterait sans doute sur le mot méfiance. C'est lui en effet qui explique le mieux le décalage croissant entre la situation économique de la France (convenable, à l'exception du chômage) et sa situation psychologique, caractérisée par la peur, la lassitude ou le repli. Le résultat de cette rétraction (on peut aussi parler de régression, au sens psychanalytique) est sensible dans les conversations et les médias, dans les attitudes et les comportements, dans les systèmes de valeurs. Comment analyser autrement la vague de pessimisme mesurée par les sondages, la chute du marché de l'immobilier, la baisse des investissements des entreprises, la rétention de certains achats ou les hésitations des citoyens à l'égard de l'Europe ?

    • La clé des mots

      « Il faut se fier aux mots ; ils en savent plus que nous sur les choses », écrivait Claude Roy. S'ils expriment la pensée de ceux qui les prononcent, les mots trahissent aussi leur personnalité, leur provenance, leur appartenance familiale, géographique ou culturelle. Ils constituent surtout l'un des plus sûrs révélateurs de l'époque... ou même, parfois, de l'année.

    • Les objets 92

      Entraîné par la vague déferlante de l'écologie, le monde de l'objet a été saisi cette année par la fièvre du recyclage. La montée en puissance des militants de « l'écolo-rétro » a fait surgir, d'un côté, une récupération plus ou moins cynique de styles ou d'esthétiques clairement répertoriés et, de l'autre, un réel désir de revenir à des produits qui ont fait leurs preuves. La mode est à l'objet longue durée, aux matériaux naturels recyclés, aux emballages biodégradables. Le « bio design » japonais est ainsi très révélateur de cette évolution : observer ce que produit la nature, et utiliser ses « inventions » pour les appliquer à des objets qui doivent être utiles avant d'être esthétiques. Les progrès technologiques ont fait naître des petites merveilles comme les piles sans mercure, les montres à puces, sans oublier bien sûr les innovations dans le domaine des mondes virtuels. Grâce à un casque, à des écouteurs et à des gants, il est aujourd'hui possible de voyager dans le monde synthétique avec la spectaculaire sensation de vivre « pour de vrai » dans l'image. Nous retrouvons le peintre Wang-Fo, des Nouvelles orientales de M. Yourcenar, qui, pour échapper à la mort, se glissa dans la toile qu'il venait de peindre...

    • Chronique judiciaire : le sang contaminé

      Ce n'est pas un procès d'assises qui aura été la plus grande affaire de l'année et même de la décennie judiciaire. C'est une simple correctionnelle portant sur une infraction ordinaire – tromperie sur la marchandise – qui prendra, malgré ce qualificatif dérisoire, sa véritable dimension tragique, car il s'agit de l'immense scandale de la transfusion sanguine et du sida.

    • Droit : le nouveau Code pénal

      Si la vie judiciaire a été dominée par quelques affaires ayant donné lieu à des remous (mises en cause personnelles de magistrats à la suite de l'arrêt Touvier, attaques contre d'autres juges dans les dossiers Toshiba ou Urba notamment), l'année 1992 restera celle de la réforme du Code pénal.

    • Éducation : rénovation ou consensus prudent ?

      Après expérimentation dans 33 départements, la réforme de l'école entre en application en janvier. Elle structure les enseignements maternel et primaire en trois cycles pluriannuels dits des « préapprentissages », des « apprentissages premiers » et des « approfondissements » : la classe est cassée, des « groupes de besoins » constitués pour faire du « soutien », les enseignants contraints au travail en équipe, au suivi et à l'évaluation collective de leurs élèves. Les maîtres n'apprécient pas.

    • Démographie

      L'intérêt pour les phénomènes démographiques s'est longtemps focalisé sur les différences entre les pays pauvres, à forte fécondité, et riches, à faible fécondité. Il tend à se concentrer aujourd'hui sur les migrations internationales.

    • Sida et bioéthique

      En juillet, à l'occasion de la VIIIe conférence internationale sur le sida d'Amsterdam, le docteur Michael Merson, chef du programme de lutte contre cette épidémie à l'OMS, déclare : « Si l'on veut lutter efficacement [...], il n'y a pas d'autre solution que d'agir de manière préventive, c'est-à-dire, qu'on le veuille ou non, d'obtenir une modification des comportements sexuels. »

    • Religions : une nouvelle visibilité

      L'année 1992 n'a pas été marquée par des événements religieux majeurs aptes à frapper les imaginations. Cependant, un ensemble de faits sont révélateurs de mutations en cours depuis plusieurs années. Celles-ci manifestent, de façon dominante, un renouveau de l'importance de la religion dans le fonctionnement des sociétés actuelles et, corrélativement, une nouvelle visibilité sociale du religieux.

    • Médias : les temps difficiles

      Le dimanche 12 avril à minuit, la cinquième chaîne cessait ses émissions après une aventure souvent chaotique depuis 1985. Le 25 mars, Silvio Berlusconi avait annoncé l'abandon de son projet de reprise après que Hachette s'était retiré du capital à la fin de 1991. Gouffre financier pour le groupe Hersant tout d'abord, puis pour Hachette, La Cinq avait perdu 200 millions en 1986, 841 millions en 1987, autant en 1988, 562 millions en 1989, 646 millions en 1990 et plus d'un milliard en 1991. Les prévisions de déficit pour cette année se situaient à la même hauteur. Il ne fait aucun doute que la chaîne n'avait jamais trouvé un public susceptible de lui faire concurrencer sa grande rivale, TF1. En 1991, au plus fort de la guerre du Golfe, alors que La Cinq se mobilisait tout entière sur le conflit, son audience n'avait jamais été au-delà des 11 % alors que TF1 et A2 dépassaient chacune les 20 %.

    • La mode vous en dit long

      Tout change. Nouvelle longueur et nouvelle hauteur. Nouvelle élégance et nouvelle harmonie. Simplissime pour une silhouette longiligne que le noir, couleur suprême, magnifie tout simplement. Surprise sur toute la ligne : les ourlets tombent vers la cheville, les escarpins classiques et les bottines coquines se haussent sur des semelles plates-formes et des talons compensés inspirés des années 40. C'est un fait, la mode, à nouveau, en dit long, comme dans les années 70, comme dans les années 80. Précurseurs de ce bouleversement : Azzedine Alaia et Karl Lagerfeld. Hommes d'influence, ils ont bouleversé l'ordonnance des longueurs en ne faisant plus dans la demi-mesure. Tous les couturiers ont suivi le mouvement. « Il faut tout changer pour faire retrouver aux femmes les chemins de la mode, explique Karl Lagerfeld. Il est dangereux d'exagérer l'éternité d'un style. On met ainsi sa survie en péril. »

    • Gastronomie

      Alors que le problème des labels et des appellations contrôlées avait surtout mobilisé les professionnels, les rapports de la Commission de Bruxelles proposant de confiner au territoire français les fromages au lait cru ont provoqué un véritable mouvement d'opinion en faveur des spécialités locales ou régionales, entrées dans le patrimoine national au même titre que les lieux de mémoire. Finalement, une directive européenne (juillet 1992) définit des « appellations d'origine protégées » et des « indications géographiques protégées », qui entreront en vigueur en juillet 1993. Cette défense de la qualité et de l'originalité du produit s'est poursuivie en septembre, lors des sixièmes Entretiens de Belley, organisés par la Fondation Brillat-Savarin, sur la question : « L'Europe doit-elle réglementer le goût ? »

    • Échecs

      Le retour de Bobby Fischer à la compétition, le 2 septembre, vingt ans jour pour jour après son championnat du monde victorieux de Reykjavik, marque l'année échiquéenne. Dans un match baptisé sans la moindre raison « championnat du monde », l'Américain bat sur le score de dix victoires à cinq (les 15 parties nulles ne sont pas prises en compte) son adversaire malheureux de Reykjavik, le Franco-Russe Boris Spassky. Les onze premières parties du match ont été jouées à Sveti Stefan (Monténégro) et les dix-neuf suivantes à Belgrade. Un tollé de protestations, dénonçant le match dans un pays en guerre boycotté par la communauté internationale, entacha ce retour.

    • Bridge

      Le bridge français aura connu une grande année 1992 en inscrivant de nombreuses performances à son palmarès international. Le succès majeur est le titre mondial remporté aux Olympiades open contre 57 équipes représentant 57 pays. La médaille d'or est revenue à notre formation, composée de Pierre Adad, Maurice Aujaleu, Paul Chemla, Alain Lévy, Hervé Mouiel et Michel Perron, avec José Damiani, capitaine non joueur. Les États-Unis terminaient à la seconde place devant les Pays-Bas. Notre précédente victoire dans la même épreuve datait de 1980. Pour sa part, l'équipe de France féminine (Danièle Avon, Véronique Bessis, Elizabeth Delor, Poutcha de l'Epine, Colette Lise et Sylvie Willard, capitaine non joueur Philippe Cronier) remportait la médaille de bronze derrière l'Autriche et la Grande-Bretagne. À ces résultats il faut ajouter le succès de la France au trophée du Marché commun et la victoire de l'équipe de France mixte lors des championnats d'Europe (Mmes Marie-France Perron, Marion Roth, MM. Christian Mari, Dominique Pilon et Philippe Rey).

    • Philatélie

      Le monde entier a célébré le 500e anniversaire de la découverte de l'Amérique, faisant de Christophe Colomb la star philatélique 1992.

    • Hippisme

      La rencontre au sommet des meilleurs chevaux réunissait dix-huit concurrents avec une forte participation britannique (8 représentants), dont la pouliche User Friendly, invaincue en six sorties et qui restait sur sa victoire de St-Léger. En l'absence de Suave Dancer et de Pistolet bleu, respectivement premier et troisième de cette épreuve l'année dernière, les meilleures chances françaises semblaient être Magic Night, deuxième en 1991, et Jolypha, gagnante du prix de Diane et du prix Vermeille. Mais toutes deux, malheureuses dans le parcours, furent inexistantes. La victoire revint au solide cheval de quatre ans Subotica qui, énergiquement soutenu par Thierry Jarnet, parvint à l'issue d'une vive lutte à l'emporter sur User Friendly, hâtivement montée. Subotica est un pur produit de l'élevage français. Il méritait amplement cette victoire. Quant au gagnant inattendu du prix du Jockey-Club, Polytain (issu des épreuves à réclamer), il ne fut jamais dans la course.

  • Économie
    • Économie mondiale : un bilan mitigé

      La conjoncture économique mondiale sanctionne par la déflation des actifs immobiliers et financiers et par une faible croissance des pays industrialisés les excès et les imprudences commis dans la gestion financière des années 1980. Elle porte en outre la marque d'un événement singulier : la remise en cause du système monétaire européen. Dans le même temps, l'Asie Pacifique et la majorité des pays d'Amérique latine ont poursuivi ou entamé une ascension qui, si elle persiste, changera la physionomie du monde à l'aube du IIIe millénaire.

    • Finances internationales

      Au cours de l'année 1992, les marchés financiers (notamment celui des actions) comme ceux des changes ont été violemment secoués à des dates quelque peu rapprochées (autour du 20 septembre et le 5 octobre) par deux sortes de crises : l'une à dominante monétaire, l'autre boursière avec des répercussions monétaires. La première a été appelée « tourmente » parce qu'elle a frappé plusieurs monnaies du système monétaire européen dont le franc : à la veille et au lendemain du référendum du 20 septembre sur le traité de Maastricht (soit du 17 au 24), le franc a pu résister victorieusement aux assauts répétés de la spéculation, grâce au soutien de la Banque de France et au concours de la Bundesbank. Le lien entre le franc et le mark est ainsi sorti par la suite renforcé de la tourmente monétaire.

    • Commerce mondial

      Il ne s'est guère passé de semaine, en 1992, sans initiatives et pressions américaines en faveur de la libéralisation et du développement des échanges internationaux, afin de promouvoir en dernier ressort la croissance mondiale. En effet, confrontés à un déficit commercial important et durable que la baisse du dollar ne parvient pas à éliminer, les États-Unis cherchent à n'importe quel prix des débouchés. L'abaissement des droits de douane étant pratiquement achevé, ils estiment impossible de gagner sur les échanges extérieurs existants. D'autre part, le déclin qui affecte l'industrie américaine à travers le recul de sa compétitivité internationale a ouvert des marchés au profit des exportations japonaises et européennes.

    • Matières premières et énergie

      Du milieu 1989 à l'hiver 1990-1991, les cours des madères premières non énergétiques n'ont pas cessé de baisser ; au printemps 1991, les prix avaient chuté de l'ordre d'un tiers. La fin de la guerre du Golfe avait laissé espérer une reprise qui, finalement, ne s'est pas poursuivie pour deux raisons essentielles : la décélération économique mondiale et la liquidation des stocks de produits de base (notamment les minerais) par la CEI, soucieuse de satisfaire ses besoins en devises. Pendant le premier trimestre 1992, les cours de certains métaux non ferreux (cuivre et étain notamment), de l'acier et de la pâte à papier se redressent. Mais, par la suite, une rechute ne peut être évitée, en raison de l'excès d'offre et de la stagnation mondiale. En dehors de quelques exceptions (comme le cobalt, l'huile de coprah, le blé), la baisse des cours mondiaux dépasse, fin 1992, le chiffre de 30 %. Une telle baisse est attribuée à l'effondrement des prix des matières premières industrielles d'origine agricole plus qu'aux variations modérées de ceux des matières premières industrielles d'origine minérale (– 13 %), en dépit des arrivages massifs d'aluminium ex-soviétique. Au-delà de cette évolution conjoncturelle défavorable, le rééquilibrage des marchés apparaît difficile face à la stagnation de la demande, à l'accumulation excessive des stocks, aux surcapacités de production et à l'absence de politique concertée entre les pays producteurs (chacun comptant sur l'autre pour réduire l'offre).

    • Tiers-monde

      Au début de l'année, Lawrence Summers, un économiste de la Banque mondiale, écrivait dans une note interne (cf. Courrier international du 20/2/92) : « Soit dit entre nous, la Banque mondiale ne devrait-elle pas encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays les moins avancés ? [...] J'ai toujours pensé que les pays sous-peuplés d'Afrique étaient largement sous-pollués ; la qualité de l'air y est probablement d'un niveau inutilement haut par rapport à Los Angeles ou à San Francisco. »

    • France : la vertu mal récompensée

      À l'automne 1992, compte tenu des informations recueillies sur l'évolution des deux premiers trimestres, il semble à peu près acquis que le produit national se situera pour l'année au voisinage de 1,8 % au-dessus de celui de 1991. Soit une croissance nettement inférieure à la reprise qui avait été espérée un an plus tôt, comme au taux moyen d'expansion de 2,3 % enregistré en moyenne au cours de la période 1973-1991. Ce résultat nous situera néanmoins en tête des grands pays européens, derrière le Portugal et l'Irlande. Il nous place au 6e rang des pays industrialisés, juste derrière le Japon, si l'on tient aussi compte des résultats obtenus en matière de niveau général des prix et des comptes extérieurs. Mais cette petite croissance équilibrée reste impuissante à enrayer la montée du chômage. Elle se déroule pour cette évidente raison dans un climat de morosité et d'incertitude de plus en plus défavorable à l'investissement.

    • L'industrie française face à la mondialisation

      Le récent redressement des échanges extérieurs de produits manufacturés témoigne de l'amélioration jugée durable de la compétitivité mondiale de l'industrie française.

    • Agriculture

      Le 21 mai 1992, le projet de réforme de la politique agricole commune (PAC) a été approuvé après un an de négociations par les ministres de l'Agriculture de la Communauté européenne. Cette décision marque un tournant historique à deux égards : d'une part, le système d'encouragement à la production, à travers une politique de garantie des prix, est remis en cause ; d'autre part, l'agriculture européenne, et notamment française, doit s'engager dans d'importantes transformations structurelles.

    • Consommation et distribution

      À la rentrée d'automne 1992, les enquêtes du CREDOC (Centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie) confirment la tendance nouvelle du consommateur à acheter moins, moins cher et mieux. Les événements internationaux – ébranlant son système de valeurs – ont brutalement accéléré ce mouvement. Archisollicités dans le passé récent, les consommateurs, aussi bien français qu'américains, ont surconsommé. Aujourd'hui, les études révèlent que pour un plus grand nombre d'entre eux, dépenser n'est ni valorisant ni suffisant. Cette tendance est renforcée par le ralentissement de la progression du pouvoir d'achat et une certaine crainte face à l'avenir. D'où la baisse de la consommation en volume, d'autant plus forte que tous les secteurs d'activité ont été atteints, de l'alimentation à l'électroménager, en passant par l'habillement, les grosses cylindrées, les biens de loisirs, etc. Les consommateurs sont amenés à prolonger la durée d'utilisation des biens, à ajourner les achats les plus coûteux et à se tourner davantage vers les bas de gamme (surtout pour la hi-fi), et à ne pas céder aux achats d'impulsion. D'autre part, ils consomment moins de produits à haute valeur ajoutée et préfèrent privilégier les produits basiques au meilleur prix.

    • Publicité

      Le début de l'année publicitaire a été morose : l'euphorie des années 80 est bel et bien terminée. Suréquipé, surinformé et angoissé, le consommateur n'a plus d'envies. Cette « déconsommation » – terme inventé par les sociologues pour expliquer le phénomène – a obligé les entreprises à reconsidérer leurs politiques de communication. Ayant constaté à l'époque de la guerre du Golfe qu'une pression publicitaire moindre ne handicapait pas toujours les ventes, beaucoup de firmes s'adonnent depuis au « hors média », ces techniques de communication qui ne s'inscrivent pas dans les écrans publicitaires conventionnels. Ainsi, les promotions de toutes sortes, le « couponning » (les annonces avec un coupon à renvoyer), le « mailing » (les prospectus que l'on trouve dans sa boîte aux lettres), mais aussi le « bartering » (un panneau publicitaire qui associe une émission de télévision à une marque) sont les méthodes à l'honneur, parce qu'elles agissent plus rapidement sur la demande que la publicité classique.

    • Banque : l'étranglement

      « Dépression », « déflation », « années 30 » : les banquiers, depuis quelques mois, ont peur de tout, sauf des mots. Normal, ce sont eux qui sont en première ligne de la crise des années 90, puisqu'elle est née des défaillances du système financier international.

    • Bourse

      1992 a été une année pour rien à la Bourse de Paris. Elle commençait pourtant sous les meilleurs auspices avec l'annonce de la reprise aux États-Unis. Confiant, l'indice Cac 40 (1 749,91 points en début d'année) gagna 17 % jusqu'au 11 mai. De plus, le volume d'affaires fut intéressant (4 milliards de francs par jour). Las, l'espoir de reprise s'évanouit avec l'aggravation persistante du chômage et les mauvais résultats semestriels des entreprises. Pis, les marchés, qui abhorrent l'incertitude, doivent attendre le 20 septembre et le référendum français sur le traité de Maastricht pour être rassurés sur la construction de l'Union économique et monétaire. Mais, à petit « oui », petite confiance. D'autant qu'une semaine avant le scrutin, la Bundesbank assouplit sa politique monétaire sans être suivie par la France. Cela provoque la défiance des marchés.

  • Sciences
    • Sciences et techniques

      En l'espace de quelques années, la Terre est devenue l'une des vedettes de la science. La prise de conscience du caractère unique et fragile de ce patrimoine commun de l'humanité s'accompagne de la mise en œuvre de vastes programmes internationaux mobilisant des moyens considérables pour l'étudier dans sa globalité. De grands efforts sont aussi déployés pour apprécier les effets des activités humaines sur l'environnement et, plus particulièrement, sur le climat. Mais, parce que l'avenir de la planète conditionne celui de nos descendants, l'enjeu de toutes ces recherches dépasse largement le cadre strict de la science. Il ne s'agit pas seulement de comprendre, mais de comprendre pour agir. Ainsi l'écologie est-elle devenue un passage obligé de tout programme politique. Toutefois, si tout le monde s'accorde sur la nécessité de protéger l'environnement, les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir suscitent bien des discussions.

    • Les chantiers de la découverte

      Le 16 juin, la vedette japonaise Yamato 1, premier navire à propulsion magnétohydrodynamique, effectue sa sortie inaugurale dans la baie de Kobe. Longue de 30 m, large de 10,5 m, pesant 280 t et dotée d'un profil particulièrement aérodynamique, elle évolue pendant une trentaine de minutes à la vitesse de 6 nœuds (environ 11 km/h). Ainsi se voit concrétisée une idée envisagée dès le début des années 1960, celle d'éliminer toute pièce mécanique pour la propulsion des navires. Relativement simple, le principe de la propulsion magnétohydrodynamique (MHD) met à profit l'interaction de courants électriques avec un champ magnétique. On sait depuis plus d'un siècle que tout conducteur auquel on applique un champ électrique, et que l'on plonge dans un champ magnétique perpendiculaire au premier, subit une force, dite « de Laplace-Lorentz », dont la direction est perpendiculaire à la fois au champ électrique et au champ magnétique. Un bateau à propulsion MHD est équipé d'un dispositif permettant d'appliquer à la fois un champ électrique et un champ magnétique importants à un certain volume d'eau de mer. L'eau, subissant la force de Laplace-Lorentz, est chassée vers l'arrière, faisant ainsi avancer le navire, à l'instar de celle expulsée par la pompe à eau d'un scooter des mers. Mais, jusqu'à la fin des années 1970, les scientifiques et les industriels ne savaient pas fabriquer les bobines nécessaires à la production des importants champs magnétiques réclamés par la propulsion MHD. Les progrès réalisés dans le domaine des aimants supraconducteurs donnent aujourd'hui une nouvelle chance à ce mode de propulsion qui, outre les civils, intéresse au plus haut point les militaires pour leurs sous-marins, en raison de sa grande discrétion de fonctionnement. Deux voies sont actuellement prospectées : celle de la propulsion par conduction, où le champ électrique est engendré par une différence de potentiel entre des électrodes, indépendamment du champ magnétique ; et celle de la propulsion par induction, où le champ magnétique, alternatif, engendre lui-même le courant électrique. Dans chaque cas, les écoulements peuvent s'effectuer au sein de canaux solidaires du navire ou à l'extérieur de celui-ci. La solution qui paraît aujourd'hui la plus prometteuse est celle de la « conduction en canal ».

    • Espace et univers

      Sur le plan spatial, l'année est marquée par huit vols de la navette américaine, tous réussis, qui portent désormais à 52 le nombre de missions accomplies par ce système de transport spatial réutilisable depuis sa mise en service, en 1981. À quatre reprises, l'orbiteur utilisé emporte dans sa soute un modèle du laboratoire modulaire polyvalent européen Spacelab : les expériences effectuées concernent les sciences de la vie, la science des matériaux, la physique des fluides, la chimie de l'atmosphère, etc. En mai, le vol inaugural de l'orbiteur Endeavour, construit pour remplacer Challenger, perdu en 1986, donne lieu à l'une des missions les plus complexes jamais réalisées par des astronautes : le sauvetage d'un gros satellite de télécommunications Intelsat VI de 4 t, abandonné à quelque 550 km d'altitude depuis l'échec de son lancement, par une fusée Titan 3, le 14 mars 1990. L'opération se révèle encore plus délicate que prévu. Pour la mener à bien, trois astronautes doivent, pour la première fois, travailler simultanément hors d'un vaisseau spatial. Leur sortie (la 100e de l'histoire spatiale) atteint la durée record de 8 h 29 min. Après avoir été capturé manuellement et installé dans la soute de l'orbiteur, le satellite reçoit un nouveau moteur (de 10 t environ), puis il est relâché dans l'espace et parvient cette fois à gagner l'orbite des satellites géostationnaires, où doit s'accomplir sa mission. C'est également grâce à des vols de navette que sont placés sur orbite, le 6 août, la plate-forme européenne récupérable Eureca, destinée à des recherches en microgravité, et, le 23 octobre, le satellite géodésique italien Lageos 2. En revanche, l'expérience de largage, en août, d'un satellite captif italien de 520 kg, TSS 1, pour l'exploration de la haute atmosphère, se solde par un échec. Le filin reliant le satellite à l'orbiteur Atlantis ne peut être déployé sur 20 km, comme prévu, mais seulement sur 256 m. Du moins l'expérience permet-elle tout de même de vérifier que le déplacement d'un câble conducteur dans le champ magnétique terrestre engendre du courant électrique. En décembre, l'orbiteur Discovery place sur orbite un gros satellite de surveillance militaire : cet ultime vol de navette de l'année constitue aussi la dernière des neuf missions militaires de la navette décidées en 1985, le département de la Défense des États-Unis prévoyant désormais de confier à nouveau à des fusées le lancement de ses satellites. Ce sont, au total, 53 astronautes qui ont séjourné à bord de la navette en 1992. Parmi eux, six étrangers : la Canadienne Roberta Bondar, première femme non américaine à accomplir un tel vol ; deux astronautes de l'Agence spatiale européenne, l'Allemand Ulf Merbold, seul astronaute européen à compter désormais à son actif deux vols dans la navette (il avait déjà participé à la première mission Spacelab, en 1983), et le Suisse Claude Nicollier, seul astronaute non américain devenu « spécialiste de mission » (les autres n'étant que des « spécialistes charge utile » qui n'interviennent que sur les expérimentations embarquées) ; le premier astronaute belge, Dirk Frimouk, et le premier astronaute italien, Franco Malerba ; enfin, le Japonais Mamoru Mohri, deuxième spationaute nippon à voler (le premier ayant été un journaliste qui séjourna dans la station russe Mir en 1991).

    • Géologie

      Comme dans toutes les autres sciences, il est devenu à peu près impossible de suivre le progrès de l'ensemble des sciences de la Terre, et le besoin s'est fait sentir de réunir les spécialistes de domaines différents afin de confronter les approches. Les congrès constituent d'excellentes occasions de regrouper les chercheurs et de les amener à discuter leurs expériences et résultats nouveaux. Deux congrès importants, l'un national, l'autre international, se sont tenus en 1992.

    • Matière : l'avènement des nanosciences

      Mini mini, tout est mini dans notre vie... Cette chanson des années 60 était prémonitoire, mais, accélération de la miniaturisation aidant, il faudrait aujourd'hui chanter : nano, nano, tout est nano ! En 1988, une équipe de l'université de Berkeley annonce avoir réalisé un moteur électrique dont le rotor fait 60 micromètres (millièmes de millimètre) de diamètre, soit l'épaisseur d'un cheveu. Certes, les auteurs avouent aussi que sa puissance est si faible qu'il peut à peine vaincre ses propres forces de frottement, mais on a fait beaucoup plus efficace depuis. Dans une bonne dizaine de laboratoires américains et japonais, de vrais micromoteurs tournent (jusqu'à 15 000 tours par minute) sous les objectifs des microscopes, et quelques industriels audacieux se lancent dans la commercialisation de microcapteurs en dressant d'imposantes listes d'applications potentielles.

    • Océanographie

      Les campagnes (surface, plongées, forages) confirment la part croissante accordée aux recherches « environnementales ».

    • Médecine

      Le prix Nobel de médecine et de physiologie 1992 a été attribué à deux biochimistes américains, Edmond H. Fischer et Edwin G. Krebs, pour leurs découvertes concernant « la phosphorylation réversible des protéines en tant que mécanisme de régulation biologique ».

    • Biologie : un formidable coup d'accélérateur

      Trois ans seulement après le lancement officiel du programme de recherche Génome humain, c'est une équipe française qui gagne, et haut la main, la première étape de cette farouche compétition internationale : alors que l'on prévoyait, au mieux, de terminer la carte physique de nos gènes en 1997, la technique de séquençage mise au point par le Centre d'étude du polymorphisme humain (CEPH) et le Généthon (laboratoire financé par les dons du Téléthon) va permettre de gagner quatre à cinq ans dans la connaissance de notre patrimoine héréditaire. Grâce à l'invention d'une technique très rapide de détection des gènes, et à l'emploi d'analyseurs automatiques d'ADN ultra-performants (réalisés avec le concours de la Société Bertin), les travaux des chercheurs français ont d'ores et déjà permis de cartographier 65 % de nos chromosomes. Un formidable coup d'accélérateur pour la recherche sur les maladies génétiques, dont la compréhension, le traitement, voire la prévention constituent le principal enjeu du programme Génome.

    • Technologies de la communication

      L'ordinateur accède au traitement des images et des sons avec l'arrivée de technologies dérivées du disque compact : c'est l'avènement du « multimédia », qui vise à faire traiter simultanément, sur un micro-ordinateur, des données, des images vidéo et des sons numérisés. Cette intégration de l'informatique, des télécommunications et de l'électronique grand public est aussi un nouveau challenge pour les industriels de ce secteur confrontés à une crise sans précédent qui les contraint à s'associer, à innover ensemble pour l'étude de nouvelles « puces » mémoires de grande capacité, à lancer de nouvelles générations de micros distribués dans les grandes surfaces...

    • Automobile

      L'automobile mondiale patine... Outillée pour produire 45 millions de véhicules, elle n'en sort que 35 en 1992 ! Fait rarissime, les 3 marchés – Europe, Amérique du Nord, Japon – ont plongé en même temps, entraînant une baisse généralisée des profits. Les Japonais, qu'on croyait invincibles, perdent de l'argent, les Américains sont toujours dans le rouge, Fiat et VW s'en approchent, seuls les Français s'en sortent.

    • Aéronautique

      Pour le monde aéronautique, constructeurs et compagnies confondus, l'année est davantage marquée par les difficultés économiques dues à la récession que par les innovations technologiques.

    • Environnement

      Le 7 août 1992, un contrôle douanier inopiné permet de mettre au jour un très important trafic de déchets hospitaliers entre l'Allemagne, où la réglementation relative au recyclage et à la destruction des déchets est une des plus sévères au monde, et la France. Les quantités de déchets transférés dans des décharges de la Marne, de la Haute-Marne (Neuilly-sur-Suize), de l'Ain, de l'Aube (Saint-Aubin), de la Moselle (Etting-sur-Nied), de la Meurthe-et-Moselle (Jeandelain-court)... par une organisation très structurée de sociétés allemandes et françaises spécialisées dans le recyclage, le traitement et l'enfouissement, ont été évaluées à plus de 200 000 tonnes pour l'année 1991 et les sept premiers mois de 1992. Ce tonnage implique la rotation journalière d'une vingtaine de camions de vingt tonnes de charge utile ! Dès le 18 août, le gouvernement prend un décret interdisant l'importation de déchets en vue d'une mise en décharge. Le 21 août, les ministres français et allemand de l'Environnement parviennent à un accord interdisant le tourisme des déchets. Le 31 août, à l'occasion du sommet franco-allemand de l'Environnement, l'Allemagne s'engage à traiter totalement ses déchets. Ces décisions, qui limiteront très certainement les importations de déchets depuis l'Allemagne, posent le problème des déchets dans les pays industriels en cette fin de siècle.

  • Culture
    • Culture : de l'invention à la gestion

      L'année 1992 a été marquée par la réunion, sous la même autorité, des ministères de la Culture et de l'Éducation nationale. Jack Lang, qui portait sur sa carte de visite des titres déjà multiples – Communication, Grands Travaux, porte-parole du gouvernement, maire de Blois –, ajoute donc une nouvelle mention. Ce stakhanovisme du portefeuille en a fait sourire plus d'un. Il y a pourtant longtemps que le professeur de droit international réclamait cette nouvelle mission. À chaque échéance nouvelle, il réitérait cette demande auprès du président de la République. Cette fois, Jack Lang a obtenu satisfaction à la faveur du départ d'Édith Cresson et de l'arrivée de Pierre Bérégovoy à l'hôtel Matignon.

    • Les débats philosophiques de l'année

      Pourquoi l'appel lancé par un certain nombre de scientifiques – dont cinquante-deux prix Nobel – depuis Heidelberg, à la veille du sommet de Rio, a-t-il suscité une polémique inattendue sur les rôles respectifs de la science et de l'écologie ?

    • L'histoire et les historiens en 1992

      Fondée sur la critique des documents, l'œuvre des historiens ne doit pas être marquée du sceau de la passion partisane, mais peut être orientée par les données objectives de l'actualité. 1992 a offert à cet égard bien des sujets de réflexion.

    • Édition

      Après la crise provoquée l'an dernier par la récession mondiale de 1990-1991 et la guerre du Golfe, les éditeurs ont renoncé à baser leur stratégie sur une hypothétique reprise. 1992 a été pour eux l'année de l'« adaptation », à un niveau et à des habitudes de consommation plus mesurés.

    • Littératures

      Les années se suivent et se ressemblent... Comme en 1991, la première rentrée des lettres étrangères s'est en effet placée sous le signe de Vladimir Nabokov, dont Gallimard a publié des Lettres choisies 1940-1977, à la vérité plutôt décevantes, et le premier volume d'une biographie consciencieuse, signée Brian Boyd, les Années russes. De son côté, Grasset offrait un pur chef-d'œuvre de cruauté avec Rire dans la nuit, roman de Nabokov d'abord écrit en russe puis réécrit en anglais par les soins de l'auteur. Pour rester dans le même ordre de qualité, La Différence a poursuivi la publication des Nouvelles complètes de Henry James, comblant ainsi une lacune pour le moins étrange. Grand écrivain lui aussi, mais aux antipodes de James, le vibrionnant Ezra Pound s'est rappelé à notre attention par la parution d'une excellente biographie due à Humphrey Carpenter (Belfond) et d'un essai inédit en français, la Kulture en abrégé (La Différence). Parmi les autres grands noms, il faut citer Stefan Zweig, dont Belfond a publié un roman inachevé, Clarissa, qui reprend sur le mode romanesque l'autobiographie de l'écrivain, un recueil de nouvelles inédites, Un mariage à Lyon, et un court essai historique, Amerigo, qui démêle brillamment les raisons pour lesquelles le Nouveau Monde fut baptisé du nom du cartographe Amerigo Vespucci et non de celui de Christophe Colomb. D'une valeur inégale, ces écrits reflètent de façon émouvante l'obsession de l'échec et une sensibilité aiguë aux injustices de l'histoire. Moins connu que Zweig, un autre Autrichien, Heimito von Doderer, le « troisième homme de Vienne », a fait l'objet d'une redécouverte grâce à la réédition par Gallimard de son grand œuvre, les Démons, vaste fresque historique et sociale de l'Autriche entre les deux guerres.

    • Cinéma

      Si, à la veille de la « Grande Europe », un certain nombre de coproductions entre pays membres se concrétisent, grâce au partenariat actif de la France (les grands bénéficiaires sont les cinéastes polonais – Novembre, de Lukasz Karwowski – et ceux de l'ex-URSS – Luna Park, de Pavel Lounguine), il faut bien reconnaître que les films européens circulent mal dans les pays de la communauté. Le cinéma américain mobilise 75 % du marché italien, 80 % de celui de l'Allemagne et 90 % du marché britannique. Même la France, pays qui résiste le plus à ce phénomène, voit ses écrans envahis par près de 60 % de produits originaires d'outre-Atlantique.

    • Musique classique : starter pour le xxe siècle

      La forte vitalité des régions, quelques mises en scène décoiffantes et des anniversaires à ne pas manquer sont venus à point contrebalancer la morosité de la vie musicale et donner le coup d'envoi à une programmation plus ouverte aux musiques d'aujourd'hui.

    • La chanson française

      Dans l'espoir d'acquérir un précieux passeport international, rêve de tant d'artistes français, on a vu Vanessa Paradis s'acoquiner avec Lenny Kravitz. Ce grand nostalgique ne nous a jamais habitués à beaucoup d'originalité, mais, avec l'album de Paradis – qui, cela dit, se vend comme des petits pains, en France du moins –, il atteint le sommet de son art : on peut quasiment affirmer qu'il n'y a pas une note à lui, c'est un savant mélange d'une partie du hit-parade américain des années Kennedy qui défile...

    • Rock n'Roll

      En France, comme ailleurs, les disquaires tiennent le même discours : « On n'avait pas vu ça depuis 1977 et les Sex Pistols. » Mélange de punk et de hard rock, Nirvana, un groupe venu de Seattle, électrise désormais les adolescents. Il a même détrôné Michael Jackson outre-Atlantique. Seattle est la ville des usines Boeing, la ville où naquit Jimi Hendrix. Et les trois de Nirvana se veulent les rois du « noisy rock », une musique bruyante, hachée, pachydermique, où seul le rythme installe un soupçon d'organisation.

    • Arts plastiques : ruptures et continuités

      En ce début de décennie, deux phénomènes apparemment contradictoires s'opposent et s'équilibrent tout ensemble. L'un est de continuité : il s'agit de la politique des expositions et des musées, qui se poursuit autant dans les institutions parisiennes qu'en province. L'autre est de rupture : il s'agit de la crise de plus en plus sérieuse qui affecte le marché de l'art et, plus profondément, la substance même de l'art contemporain.

    • Expositions : l'Europe et le corps

      Le récent sondage réalisé par le CSA sur le rapport des Français à l'art est très encourageant. 27 % de nos concitoyens déclarent accorder à l'art une place sensible dans leur vie. Leur intérêt croissant pour le patrimoine se manifeste dans l'ascension constante des chiffres de fréquentation des musées, même si l'art moderne et contemporain reste encore mal connu et apprécié. Au palmarès des créateurs préférés, on retrouve Léonard de Vinci, Michel-Ange et Van Gogh. Cette année, les musées auront cependant préféré les expositions thématiques aux importantes monographies, à l'instar du Centre Pompidou qui présentait durant l'été un bilan de ses collections et acquisitions.

    • L'exposition universelle de Séville

      La dernière Exposition universelle du siècle est placée sous le signe des découvertes. Ouverte le 20 avril, elle ferme symboliquement ses portes le 12 octobre, date anniversaire de la découverte de l'Amérique par Colomb. Greffe sur la Séville éternelle, le site technologique de l'Exposition est lui aussi un « autre monde ». Microcosme du futur, l'Expo 92 réunit 111 nations soucieuses de confronter, dans des mises en scène de qualité inégale, le meilleur de leur production industrielle et culturelle. Fidèle à la tradition, l'Exposition universelle de Séville se veut le miroir des avancées technologiques du monde. Elle décline pour cela les trois credo médiatiques de notre époque : technologie, écologie et communication.

    • Marché de l'art : statu quo ou résignation ?

      L'année 1991 avait été calamiteuse pour le marché de l'art. Qu'on se rassure, 1992 n'a pas été meilleure, mais pas pire non plus. Et puis, on commence à s'habituer, à admettre la situation nouvelle, les nouvelles cotes, et à « faire avec ». Surtout quand on ne peut pas faire autrement !

    • Théâtre : l'éparpillement des styles

      L'année 92 confirme les tendances à l'œuvre depuis le début des années 80 : la production théâtrale est pléthorique et mal répartie sur l'année (trop concentrée sur février et sur octobre), alors que la fréquentation des salles ne correspond plus qu'à environ 8 % de la population française (contre 13 % en 1970). En matière de politique culturelle, l'effort de subvention consenti depuis dix ans a été corrigé à la baisse. Cependant, sur 400 compagnies officiellement enregistrées, 170 demeurent aidées par le ministère de la Culture, sans compter l'ensemble des centres dramatiques nationaux et régionaux. La crise des intermittents du spectacle a révélé combien l'institution théâtrale avait besoin de stopper sa course en avant pour redéfinir ses priorités.

    • Danse

      La capitale et la province ne sont pas à égalité. Sans heurt, mais comme pour la musique, le renouveau se vit au-delà du périphérique. La politique artistique des Régions, plus incitative, a laissé à Paris le soin de représenter la danse – ni laide ni ennuyeuse – académique ou contemporaine... à la mode.

    • Photographie

      La technologie de l'image n'a pas cessé d'évoluer depuis son invention mais, jusqu'à ce jour, la photographie avait toujours conservé le même support, à savoir le papier. Avec l'arrivée sur le marché du stockage d'images sur laser-disc, les bons vieux albums de photos ne vont pas tarder à rejoindre les phonographes et autres inventions des débuts de l'ère industrielle dans nos greniers. Ce système vous permet désormais de visionner vos photos de vacances sur votre téléviseur, sans parler de la foule des possibilités que ce support ouvre aux créateurs munis du matériel informatique de la CAO. On peut espérer que cette nouvelle invention donnera un nouveau souffle au marché de la photo, qui est en net recul à partir du second semestre de 1990, après les années de progression record de 1987 à 1989.

    • Architecture

      Après une décennie de grands travaux qui ont rythmé la vie architecturale en France, de graves problèmes laissés trop longtemps en suspens ont resurgi presque au même moment. D'abord l'enseignement, c'est-à-dire l'explosion démographique dans les écoles d'architecture ainsi que les difficultés de l'insertion professionnelle liées à une formation axée davantage sur le pastiche des modernes ou des postmodernes que sur l'apprentissage approfondi de l'histoire des villes et de leur architecture ; ensuite la baisse très sensible de la construction. Par ailleurs, une sérieuse crise de confiance s'est prolongée entre les Français et l'architecture : s'ils découvrent et apprécient mieux qu'auparavant l'architecture de leur temps, les Français demeurent très éloignés de la culture architecturale et des débats qui agitent le milieu professionnel. Enfin, les architectes eux-mêmes subissent de plein fouet une crise latente qui concerne leur rôle social maintenant dévalorisé.

    • Archéologie

      Deux crânes fossiles récemment découverts à Quyuanhekou, dans la région de Yunxian (Chine), et provenant d'un gisement daté du pléistocène moyen (300 000 à 400 000 ans) présentent, selon l'étude que viennent d'en faire Denis Etler et Li Tianyuan, des caractères morphométriques qui les placent en position intermédiaire entre Homo erectus et Homo sapiens. Ils apportent ainsi de nouveaux arguments aux tenants de l'apparition en plusieurs points du monde de l'Homo sapiens.

    • Patrimoine : la mémoire du travail

      Le rassemblement à Brest, en juillet 1992, d'une centaine de « vieux gréements » a attiré des foules considérables, sans doute sensibles au charme de la marine à voile et à tout ce qu'elle véhicule d'îles parfumées, d'exotisme et d'aventures. Un peu partout sur le littoral, des « chantiers à l'ancienne » s'organisent pour sauver des modèles périmés, retaper des épaves, ou construire, selon des méthodes traditionnelles, des bateaux depuis longtemps disparus de nos ports. Les associations ont été les premiers artisans de ce sauvetage. La France a pris conscience de l'intérêt de ce patrimoine maritime avec un certain retard par rapport à ses voisins européens. Aujourd'hui, la Direction du patrimoine, qui a nommé, à la fin de l'été, un responsable chargé de ce domaine précis, a entrepris de dresser un inventaire accéléré de ce mobilier « flottant ». Mais de l'inventaire à la protection, il y a un pas à franchir : recenser n'est pas classer. Car la prise en compte d'un patrimoine de plus en plus vaste, de plus en plus différencié pose, aux pouvoirs publics, le problème de son entretien et de sa destination.

    • Bande dessinée

      Cette année bédéphile se révèle fertile en événements médiatiques, économiques et artistiques. Alors que les artistes sortent de belles réalisations, les éditeurs ne restent pas inactifs et organisent, qui une « OPA », qui le lancement spectaculaire d'une série. Avec près de 750 albums publiés en 1992 (dont plus de 70 % de nouveautés), avec de nouvelles revues, des dizaines de produits « dérivés » ou la diffusion sur le petit écran d'une adaptation animée de Tintin, le neuvième art affirme haut et fort sa vitalité.

    • Programmes télé : le monde impitoyable des reality shows

      Lorsque, le 25 août, Patrick Le Lay et Etienne Mougeotte présentent la grille de rentrée de TF1, la chaîne leader du paysage audiovisuel français semble n'avoir fait qu'élargir sa carte des recettes éprouvées. Cependant, les deux responsables doivent avant tout répondre à Hervé Bourges. Quelques jours plus tôt, le P-DG d'Antenne 2 et FR3 avait ironisé sur les « tireurs de sonnettes », animateurs vedettes de TF1 ayant fait, durant l'été, des offres de service aux chaînes publiques. Seul Christophe Dechavanne reconnaît avoir rencontré deux fois Hervé Bourges. Sans parvenir à un accord.

  • Sports
    • Sports 92 : sans temps mort

      Grâce au retour de l'Afrique du Sud et de Cuba au sein de la famille olympique, 1992 restera l'année de la réconciliation, celle où tous les athlètes, pour la première fois depuis Munich (1972), ont eu l'opportunité de s'affronter hors des entraves que sont les contingences politiques. Mais, s'il faut se réjouir, au moment où s'écroulent les régimes marxistes, de la mort du sport propagande tel qu'ils l'avaient encouragé, l'ère qui commence ne marque pas pour autant le retour à la pureté des idéaux qui ont donné naissance aux Jeux. Le sport professionnalisé a triomphé à Barcelone, comme dans l'organisation d'Albertville. Les grandes firmes s'en sont disputé les retombées médiatiques. Le choix pour les Jeux de 1996, au détriment d'Athènes, de la ville d'Atlanta, siège de Coca-Cola et de la chaîne de télévision CNN, symbolise le lien désormais étroit entre le sport et la course aux dollars.

    • Portraits

      Oubliés, ses 10 à 12 millions de dollars de gains annuels, chassé, le poids du drame humain qu'il supporte depuis qu'il a appris par son médecin qu'il était porteur du virus du sida. Avec sa médaille d'or autour du cou, Earvin « Magic » Johnson est un petit môme émerveillé qui semble enfin toucher à l'absolu. Demi-dieu du basket, il n'est plus le séropositif déclaré à la face du monde, il est tout simplement un gosse, grand (2,05 m) et fort (105 kg) pour son âge. On ne sait plus qu'il a 32 ans et bien des tourments.

    • Albertville 92, XVIe jeux Olympiques d'hiver

      8 février 1992 : François Mitterrand déclare l'ouverture des XVIe jeux Olympiques d'Albertville et de la Savoie. 23 février 1992 : Juan Antonio Samaranch, président du Comité international olympique, en proclame la fermeture.

    • Barcelone 92 XXVe jeux Olympiques d'été

      Au soir de la cérémonie de clôture des Jeux d'Albertville, répondant aux questions des journalistes de la presse internationale qui l'interrogeaient sur les prochains Jeux d'été, Juan Antonio Samaranch affirmait : « Ces Jeux seront ceux d'un monde nouveau. » Le président du Comité international olympique n'avait pas tort. Barcelone fut cela, au-delà même de ce qu'il pouvait envisager.

    • Disciplines

      1. Afrique, 115 pts. 2. Grande-Bretagne, 103 pts. 3. Europe, 99 pts. 4. Amériques, 92 pts. 5. États-Unis, 90 pts. 6. CEI, 84 pts. 7. Asie, 80 pts. 8. Océanie, 45 pts.

  • Statistiques
  • Nécrologie

    Acuff (Roy), chanteur et musicien américain de country (Maynardsville 1903 – Nashville 23/11/92).