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flamant rose

Flamant
Flamant

Hautement grégaires, les flamants roses promènent leur longue et élégante silhouette dans les lagunes et les lacs salés.

Introduction

L'origine des flamants demeure incertaine, etles scientifiques ont eu les plus grandes difficultés à les classer. En prenant en compte les caractères du squelette, de la musculature et du système digestif, on peut en effet les rapprocher des cigognes et des hérons, tandis que la conformation de leur bec et de leur voix les relie aux canards et aux oies (ansériformes), de même que les parasites de leur plumage ; enfin, les protéines de l'albumine de leurs œufs sont analogues à celles des œufs de hérons ! Aujourd'hui, les systématiciens s'accordent pour les regrouper dans un ordre à part, celui des phœnicoptériformes.

Les plus anciens restes fossiles d'un oiseau ressemblant aux flamantss, ceux de Gallornis straeleni, datent du début du crétacé inférieur, voilà environ 135 millions d'années. Ils ont été mis au jour en Bourgogne, près d'Auxerre. L'ordre des phœnicoptériformes, un des plus anciens parmi les ordres d'oiseaux actuels, serait apparu il y a au moins 30 millions d'années.

Les traces fossiles de flamants ne manquent pas et sont largement réparties dans l'Ancien et le Nouveau Monde. De nombreux genres d'oiseaux fossiles ressemblant aux flamants actuels, et ancêtres potentiels de ceux-ci, ont été mis au jour, parmi lesquels Tiliornis. Plus récent, et classé comme les flamants actuels dans la famille des phœnicoptéridés, le genre Elornis est un bon candidat au titre d'ancêtre direct du genre Phoenicopterus. Au sein de celui-ci, on connaît au moins cinq espèces fossiles, disparues sans doute au cours du pléistocène supérieur, il y a quelque 10 000 ans.

Les premiers fossiles d'ancêtres directs de Phoenicopterus ruber, le flamant rouge, remontent au début du pléistocène, voilà 1,9 million d'années, et ne concernent que des sites du Nouveau Monde, qu'il s'agisse des Caraïbes – Porto Rico, Sainte-Croix, Antigua – ou de l'Argentine. Cette espèce a survécu jusqu'à aujourd'hui sur le continent américain (dans la région Caraïbes, en Amérique centrale et en Amérique du Sud). Très proche dans sa morphologie et dans son comportement, Phoenicopterus roseus, le flamant rose, est inféodé à l'Ancien Monde.

La vie du flamant rose

Toujours en groupe même pendant les parades

Les flamants roses, dont l'existence est placée sous le signe de la communauté, restent toujours groupés en bandes plus ou moins importantes. Leur vie amoureuse ne déroge pas à cette règle et, tout au long de l'année, ils s'adonnent irrégulièrement à des ébauches de comportement nuptial qui peuvent durer toute une journée et dont la fréquence comme l'intensité augmentent au printemps, environ deux mois et demi avant le début de la nidification.

Un rituel visuel et sonore

Sans s'adresser à tel ou tel membre du groupe en particulier, les attitudes de chacun relèvent plutôt d'un rituel d'ensemble. Plusieurs figures ont été répertoriées.

Avec un étirement vertical du cou, les animaux poussent de brefs grognements rauques qu'ils accompagnent d'un mouvement rotatif et régulier de la tête. Lorsqu'ils cessent de grogner, les flamants entament une série de gestes dits « de confort » qui, en temps normal, ont une fonction bien précise : étirement, assouplissement, soins du plumage. Lors des parades, ces gestes perdent leur vocation utilitaire et deviennent des rites destinés avant tout à détourner l'agressivité latente. Aux brèves ouvertures d'ailes, le cou dressé, succèdent des « courbettes », des pseudo-lissages des plumes du dessous des ailes, ou du dos, avec le bec.

Les manifestations occasionnelles d'agressivité se traduisent par des courses, aile à aile, sur de courtes distances, le cou incliné vers l'avant à 45°, tête baissée, le bec recourbé touchant presque le « menton ».

La formation des couples

Elle s'opère avec discrétion au milieu de ces parades collectives et ne se remarque pratiquement pas. On suppose qu'elle se produit lorsque les futurs partenaires donnent l'impression de se nourrir. Ceux-ci se tiennent alors côte à côte, le cou baissé, avançant au même rythme, s'interrompant parfois pour pousser quelques cris étouffés.

Une fois le couple constitué, les deux adultes restent souvent ensemble, se livrant aux mêmes occupations, mais continuent, dans un premier temps, à prendre part aux parades collectives. Ils finiront toutefois par s'écarter un peu du groupe, et, après quelques jours, s'accoupleront.

Là aussi, les flamants obéissent à un rituel précis. La femelle avance, le bec enfoncé dans l'eau, simulant la prise de nourriture, suivie par le mâle, cou allongé, qui lui touche le dos avec son bec. Sitôt qu'elle s'arrête, marquant ainsi son assentiment, le mâle grimpe sur son dos où il se maintient accroupi en battant des ailes. Sa partenaire l'aide en entrouvrant les siennes, un peu à la manière d'une nacelle, ce qui permet au mâle de placer ses doigts à la naissance des ailes de sa compagne pour garder l'équilibre. Après l'accouplement, le mâle se redresse et reste debout un court instant avant de sauter à terre. Les oiseaux accompagnent leurs ébats d'appels en sourdine et de gestes de toilettage du plumage. Dès que l'accouplement a eu lieu, le couple construit son nid.

Un nid de boue

Un nid de boue



Le nid, cylindrique, est bâti avec de la boue, de l'argile ou du sable. Au milieu du futur édifice l'un des deux flamants ramène vers le centre des boulettes de boue mêlée de plumes et de brindilles, qu'il piétine pour bien les tasser. L'autre apporte les matériaux. Une fois terminé, le nid mesure 60 cm de diamètre à la base, et de 30 à 40 cm de diamètre supérieur pour une hauteur équivalente. Il est entouré d'un fossé.

Des centaines de naissances simultanées

Les flamants roses ne connaissent pas l'intimité familiale lors de la ponte de leur unique œuf. Les couples d'une même colonie nichent très proches les uns des autres. Leurs nids sont distants de 35 cm en moyenne, avec des extrêmes de 12 à 72 cm. Chaque couple dispose donc pour pondre d'un territoire restreint d'environ un mètre carré.

Mâles et femelles couvent

La ponte est simultanée au sein d'une même colonie. L'œuf du flamant, d'un blanc crayeux, mesure en moyenne 9 cm de long sur un peu moins de 6 cm de large, et pèse dans les 140 grammes.

Durant l'incubation, les parents se relaient tous les deux jours, se nourrissant chacun à leur tour pendant leur période de liberté. Le flamant fait partie de la minorité d'oiseaux dont le mâle possède, comme la femelle, une plaque incubatrice. Au moment de la nidification, cette zone de peau ventrale perd ses plumes et son réseau sanguin capillaire s'active. L'œuf est donc directement en contact avec la chaleur parentale indispensable à l'évolution de l'embryon. Ainsi chaudement couvé, il peut éclore au bout d'un mois et libérer un petit poussin entièrement recouvert d'un duvet ras mais fourni, d'une couleur blanc-gris à reflets argentés, dont le minuscule bec n'a pas encore la courbure caractéristique de celui de ses aînés.

Presque dès sa naissance, le petit se laisse choir du rebord du nid ; il est vite capable de se déplacer. Pendant tout le premier mois de sa vie, pour chaque repas d'une vingtaine de minutes environ, le père ou la mère, bec légèrement entrouvert, régurgite directement dans la bouche de son rejeton un liquide translucide plus ou moins rouge, sécrété par des glandes de la partie supérieure du tube digestif. La présence de glucose, d'albumine et de lipides garantit ses qualités nutritives ; quelques composants sanguins y ont également été notés.

Les dix premiers jours de son existence, le poussin demeure à proximité du nid, ou dans celui-ci, avec un de ses parents qui le protège des ardeurs du soleil en le maintenant dans son ombre. Mais, ensuite, il connaît rapidement les joies de la vie communautaire et rejoint des assemblées de flamants de son âge (crèches). Quelques adultes accompagnent ces troupes sans pour autant assurer une surveillance délibérée. Les parents continuent de toute façon à nourrir périodiquement leur petit, même quand celui-ci, âgé d'1 mois, commence à trouver sa subsistance tout seul. Capable de voler à l'âge de 70 jours, il quitte la crèche ; certains individus prolongent toutefois le temps de leur séjour un peu plus de 3 mois. Ensuite, les jeunes entreprennent des déplacements irréguliers ou migratoires.

Des milliers de flamants en migration

Toutes les activités du flamant sont profondément marquées par l'appartenance au groupe, et il n'est pas concevable de voir un flamant solitaire, si ce n'est un oiseau blessé, affaibli ou échappé de captivité. Les déplacements obéissent bien évidemment au même grégarisme et, deux fois par an, la plupart des flamants migrent en foule.

Lorsqu'il désire décoller, l'oiseau doit, en raison de sa grande taille et de son poids, acquérir une vitesse suffisante. Il se met donc à courir, sur terre comme sur l'eau, le cou baissé, tout en battant des ailes, et augmente peu à peu la cadence. Puis il prend son envol quand l'élan est suffisant, remontant ses pattes dans le prolongement de son corps et raidissant le cou à l'horizontale.

Une fois atteinte la vitesse de croisière, chaque individu reprend sa place dans des groupes. Désorganisés au départ, les flamants vont se placer peu à peu en lignes ondulantes pour donner un magnifique spectacle de chevrons barrant le ciel d'un flamboiement de rose et de noir.

Le bec dans la vase à toute heure

Le flamant a la chance de pouvoir se nourrir à la demande, sans tenir compte de la lumière du soleil ou de la disponibilité des proies, puisqu'il avale surtout de petits invertébrés prélevés dans la vase. Crustacés, mollusques, insectes, vers annélides font les délices de ce grand échassier, qui doit d'ailleurs sa magnifique coloration rosée au carotène contenu dans de minuscules crustacés, comme l'Artemia salina. Le reste du régime alimentaire est constitué de graines et d'autres fragments d'origine végétale ; le flamant avale sans doute quelques petits poissons. Il arrive aussi que le flamant se nourrisse en nageant, prenant ainsi l'allure d'un curieux cygne, mais le plus souvent il avale debout.

Tout en avançant lentement dans l'eau, il fouille le fond d'un mouvement latéral de la tête, cette dernière étant immergée, ou bien il reste sur place et pivote sur lui-même autour de l'axe de ses pattes, explorant avec son bec la vase autour de lui. L'oiseau amène sa mandibule supérieure au contact du fond vaseux. Grâce à la forme très particulière de son bec, la mandibule inférieure se retrouve paradoxalement placée au-dessus de sa voisine. La boue liquide est alors aspirée, puis filtrée par les lamelles du bec, pour ne conserver que les éléments nutritifs. Avec cette technique, décrite dès le début du xxesiècle par l'ornithologue Étienne Gallet, le flamant dessine des cercles caractéristiques, visibles sous l'eau peu profonde ou lorsque la sécheresse s'installe. Le « fossé » en forme d'anneau correspond au travail du bec ; au centre du cercle se trouve un amas de granulats vidés des substances alimentaires qu'ils contenaient. Qualifié d'espèce limivore (« mangeuse de boue »), le flamant rejette l'essentiel de la vase, mais en absorbe pourtant une certaine proportion. Cette part, véritable purée minérale et organique, contient des éléments animaux et végétaux microscopiques : algues, bactéries, diatomées, protozoaires.

Un bec pelle et filtre

Un bec pelle et filtre



Le bec du flamant est adapté à la filtration de la vase. Lorsque la mandibule supérieure, mobile et munie de petites excroissances cornées, comme autant de dents, se rapproche de la mandibule inférieure, fixe et bordée de fines lamelles, elles forment un filtre qui retient les plus grosses particules contenues dans la boue liquide que l'oiseau fait circuler par de rapides mouvements de va-et-vient de sa langue charnue.

Pour tout savoir sur le flamant rose

Flamant rose (Phoenicopterus roseus)

Peu d'échassiers possèdent l'élégance du flamant rose, avec ses jambes interminables et fines, son long cou gracieux, la forme de son gros bec et sa coloration rose. Cet oiseau présente quelques similitudes avec les cigognes pour la forme du squelette et la disposition des muscles comme des sacs aériens. Ces derniers sont reliés aux poumons et répartis dans tout le corps de l'animal pour assurer un effet pneumatique qui améliore le maintien en vol ou la flottabilité. Car le flamant possède également des caractéristiques d'oiseau aquatique, comme les doigts palmés qui lui permettent de s'aventurer loin des rives et de nager sans craindre les profondeurs. Dans ce cas, la partie supérieure de la patte conserve une position horizontale, tandis que la partie inférieure est manœuvrée d'avant en arrière pour assurer la propulsion. Le flamant dispose également, à la base de la queue, d'une glande uropygienne de la grosseur d'un pois. Pourvue de huit orifices, celle-ci produit une substance huileuse que l'animal recueille avec son bec au cours de la toilette pour enduire son plumage et le rendre imperméable.

La hauteur des pattes et la longueur du cou du flamant, même si elles semblent disproportionnées par rapport à la grosseur de son corps, lui sont indispensables pour rechercher et recueillir sa nourriture, quelle que soit la profondeur de l'eau. Le cou, qui atteint 90 cm chez les mâles, possède une grande souplesse, autorisant les postures les plus étonnantes. Mais il peut également servir de point d'appui. Par exemple, quand le flamant occupé à couver désire se lever, il s'aide de son bec en pesant sur lui ; puis, son équilibre étant ainsi garanti, il bascule en avant et déploie ses jambes. L'animal dispose, en quelque sorte, d'un trépied naturel. La longueur de ses pattes est aussi fort utile pour les décollages et les atterrissages de l'animal. Le flamant doit en effet courir à grandes enjambées pour prendre son envol comme pour amortir l'impact lorsqu'il se pose à terre.

Les ailes du flamant sont assez longues, l'envergure des plus grands sujets mâles (les femelles sont toujours plus petites) pouvant aller jusqu'à 1,65 m. Larges à leur base et pointues à leur extrémité, elles permettent, durant les vols migratoires, de soutenir des vitesses appréciables, avec des pointes de l'ordre de 60 km/h. Ainsi, les flamants roses de Camargue atteignent la Sardaigne après une courte nuit de vol.

Il arrive que les flamants, lors de la mue, perdent les grandes plumes de leurs ailes, les rémiges, toutes en même temps. Ils sont alors obligés d'attendre la repousse pour pouvoir voler. Mais ce phénomène n'est pas constant.

Les plumes du dos, de forme allongée, sont souples et distinctes les unes des autres, ce qui donne au flamant un aspect ébouriffé. Lors des phases de repos, l'animal y abrite son bec, adoptant une position de détente pour le moins surprenante : la plupart du temps debout sur une seule patte, il tourne son cou vers l'arrière et pose la tête au milieu des plumes du dos.

Le plumage des adultes est de différents tons de rose, frangé de noir à l'extrémité des ailes. Les petits sont d'abord couverts d'un duvet gris clair, qui devient plus foncé vers l'âge de deux semaines. Puis le premier plumage est grisâtre. Chez les juvéniles, le corps est blanc, la tête est grise et les ailes sombres. À l'âge de 1 an, le rose apparaît, mais ne se généralise sur tout le corps que vers l'âge de 3 ans. Seule l'extrémité du bec, entièrement noir chez les jeunes sujets, reste d'un noir pur chez les adultes.

De sous-espèce à espèce à part entière

Longtemps les scientifiques ont considéré qu'il existait deux sous-espèces de ce grand flamant : l'une dans le Nouveau Monde (dans les Caraïbes, en Amérique centrale et en Amérique du Sud) – le flamant rouge, Phoenicopterus ruber ruber –, l'autre dans l'Ancien Monde (pourtour de la Méditerranée occidentale, Asie centrale, nord-ouest de l'Inde et Afrique du Sud-Est) – le flamant rose, Phoenicopterus ruber roseus. Cependant, à la suite de nouveaux travaux taxinomiques au début des années 2000 (fondés notamment sur des études génétiques), le flamant rouge et le flamant rose ont acquis chacun le statut d'espèce à part entière, respectivement Phoenicopterus ruber et Phoenicopterus roseus.

FLAMANT ROSE

FLAMANT ROSE

Nom (genre, espèce) :

Phoenicopterus roseus

Famille :

Phœnicoptéridés

Ordre :

Phœnicoptériformes

Classe :

Oiseaux

Identification :

Grand oiseau, longues pattes roses ; cou allongé ; pieds palmés ; plumage blanc, rose et noir

Envergure :

1,60 m

Poids :

Mâle, 3,5 kg ; femelle, 2,5 kg

Répartition :

Europe méridionale, Asie centrale, Afrique du Sud-Est

Habitat :

Lagunes saumâtres, lacs salés

Régime alimentaire :

Invertébrés de petite taille

Structure sociale :

Grégaire, monogame temporaire

Saison de reproduction :

Printemps

Durée d'incubation :

De 28 à 31 jours

Poids de l'œuf :

140 g

Nombre de jeunes :

1

Longévité :

35 ans ; jusqu'à 50 ans en captivité

Effectifs :

Inconnus

Statut, protection :

Espèce protégée, non menacée (statut selon l'U.I.C.N. [Union internationale pour la conservation de la nature] : préoccupation mineure)

 

Signes particuliers

Bec et cou

La mandibule supérieure du bec du flamant est mobile et reliée au crâne par une charnière tendineuse, et sa grosse mandibule inférieure est solidaire de la boîte crânienne. Lorsque le flamant ferme son bec, les excroissances cornées qui tapissent le pourtour de la mandibule supérieure viennent s'intercaler dans les fines lamelles qui bordent la mandibule inférieure, formant un filtre et laissant un espace en forme de tuyau pour le passage de la langue. Le long cou très souple comporte 19 vertèbres cervicales. Il peut atteindre 90 cm de long.

Palmures

Les pieds du flamant comptent quatre doigts. Le premier, tourné vers l'arrière, est atrophié et ne joue aucun rôle fonctionnel. Les trois autres sont reliés par une membrane faisant du flamant le seul oiseau combinant de longues pattes d'échassier et des pieds de palmipède. Ces palmures lui permettent de nager et lui sont fort utiles aussi lors de la construction du nid, pour tasser la boue.

Plumes

Les plumes du flamant peuvent être classées en trois grandes catégories. Celles du cou et du corps, courtes et d'un blanc rosé, assurent l'isolation thermique ; on les appelle d'ailleurs « couvertures ». Les plumes noires des ailes sont longues et rigides pour permettre le vol sur de longues distances. Celles du dos sont longues et souples et adoptent souvent un aspect ébouriffé, notamment lors des parades. La couleur rose, plus intense sur les ailes, est due à l'action des pigments de carotène contenus dans la nourriture.

Les autres flamants

Les flamants forment un ordre particulier : celui des phœnicoptériformes. Le terme « phœnicoptère », que l'on retrouve dans les noms d'ordre, de famille ou de genre (Phoenicopterus), a été formé à partir de racines grecques et signifie littéralement « à ailes de feu ».

Les flamants existant de nos jours se répartissent en six espèces. Tous ces phœnicoptériformes ont une morphologie très semblable, à d'infimes détails près. Les seules différences sensibles qui soient observées tiennent à leur taille et à leur coloration ; la teinte fondamentale demeure toutefois le rose, décliné du plus foncé au plus pâle. Pour chacune de ces espèces, la ponte ne compte qu'un seul œuf.

Sur ces six espèces, quatre sont inféodées au Nouveau Monde (flamant rouge, flamant du Chili, flamant des Andes, flamant de James), deux sont restreintes à l'Ancien Monde (flamant rose, petit flamant).

Le flamant du Chili, comme le flamant rose et le flamant rouge, dispose d'un gros bec aux lamelles filtrantes développées. L'un et l'autre ont donc une nourriture comparable, qui peut comporter des éléments relativement gros.

Le petit flamant, le flamant des Andes et le flamant de James partagent une même particularité : les animaux de ces trois espèces ont un appareil filtrant plus sélectif, qui ne leur permet que la consommation de petites proies ou d'algues, comme les diatomées ou les cyanophycées.

Flamant rouge (Phoenicopterus ruber)

Appelé aussi flamant des Caraïbes.

Identification : très proche du flamant rose (qui a d'ailleurs longtemps été considéré comme sa sous-espèce de l'Ancien Monde). Plumage à dominante rouge-orangé.

Répartition : Antilles, Amérique centrale, Amérique du Sud.

Flamant du Chili (Phoenicopterus chilensis)

Identification : de 100 à 110 cm de long ; plumage rose assez soutenu ; noir aux ailes, restreint ; bec bicolore : noir au bout, blanchâtre à la base ; pattes gris verdâtre à bleu pâle ; l'articulation du « genou » et les doigts sont rouges et tranchent nettement sur le reste de la patte.

Répartition : Amérique du Sud, du Pérou et de l'Uruguay jusqu'à la Terre de Feu où hiverne l'espèce.

Petit flamant (Phoenicopterus (ou phoeniconaias) minor)

Également appelé flamant nain.

Identification : de 80 à 105 cm de long ; plumage rose ; bec rouge terne à rouge foncé, à pointe noire ; plumes écarlates parfois à la base du bec ; pattes roses.

Répartition : Afrique méridionale et orientale, nord-ouest de l'Inde, Madagascar.

Comportement : Les parades nuptiales sont différentes de celles des deux espèces précédentes. Elles se limitent à des courses collectives, cou dressé, rythmées par de brusques changements de direction qui s'opèrent avec une étonnante cohésion de la troupe. Cette espèce de flamant fréquente en troupes immenses, pouvant atteindre un à deux millions d'oiseaux, les grands lacs de l'Est africain. En 1962, la colonie installée sur le lac Magadi, au sud-ouest de Nairobi, comptait plus d'un million de nids.

Flamant des Andes (Phoenicopterus (ou phoenicoparrus) andinus)

Identification : ce flamant se distingue par l'absence du quatrième doigt. Pour certains, ce caractère justifie son placement dans un genre différent. De 110 à 120 cm de long ; plumage rosé rehaussé de zones vineuses au niveau du cou ; large zone noire sur les ailes ; bec blanc jaunâtre à extrémité noire ; pattes jaunâtres à « genou » rouge bien visible.

Répartition : bords des lacs andins, depuis 2 300 m jusqu'à l'altitude considérable de 4 000 m ; Chili, nord-ouest de l'Argentine, ouest de la Bolivie, extrême sud du Pérou.

Flamant de James (Phoenicopterus (ou phoenicoparrus) jamesi)

Identification : oiseau long de 0,90 m ; ne possède que trois doigts, comme le flamant des Andes, dont il apprécie la compagnie, puisqu'on les trouve souvent ensemble. Plumage rappelant celui du flamant des Andes mais plus pâle ; bec jaune-orangé à bout noir légèrement incurvé vers la gauche ; pattes rouge brique.

Répartition : sud du Pérou, nord du Chili, nord-ouest de l'Argentine, ouest de la Bolivie.

Statut : l'espèce a été considérée, pendant un moment, comme disparue, jusqu'à ce qu'on en retrouve, en 1957, des représentants.

Milieu naturel et écologie

Pour que les colonies de flamants puissent vivre et prospérer en toute tranquillité, plusieurs conditions doivent être réunies : il leur faut de l'eau salée, ou tout au moins saumâtre, sans profondeur excessive, mais riche en petits organismes. Les lagunes côtières aux eaux saumâtres, ou les lacs salés, même ceux situés au cœur des massifs montagneux, répondent parfaitement à ces impératifs. Dans ce contexte, les flamants sont capables de s'adapter à des situations extrêmes, et se rencontrent aussi bien au niveau de la mer, en milieu lagunaire – comme en Camargue –, qu'à 3 000 m d'altitude, dans des zones lacustres, comme en Afghanistan.

De la saison de reproduction à la période d'hivernage, le milieu naturel fréquenté par le flamant rose varie peu, l'unique différence concernant l'émergence de bancs limoneux de nature à recevoir les nids. Encore cela n'est-il pas fondamental puisque aussi bien les nids peuvent être édifiés sur des plages et, en l'absence de la boue argileuse nécessaire à leur édification, demeurer tout à fait rudimentaires si ce n'est même quasi inexistants.

La vase, unique ressource alimentaire

Leur adaptation morphologique leur permet d'exploiter de façon optimale les milieux très particuliers dont ils ont besoin pour survivre. Leurs longues pattes et leur cou très souple les rendent parfaitement à l'aise pour patauger dans seulement quelques centimètres d'eau ou pour s'aventurer à près d'un mètre de profondeur. Grâce à leur bec et à son système de lamelles filtrantes, ils tirent parti de la boue très alcaline, c'est-à-dire saturée en sel, des eaux marines peu profondes qu'ils fréquentent, et dont aucune autre espèce animale ne se contente. Ainsi, la vase en Camargue contient de 6 à 8 % de matières organiques qui sont à la disposition des flamants roses.

Cette spécialisation est à double tranchant : elle évite la concurrence avec d'autres espèces, mais interdit aux flamants de se rabattre sur une nourriture de substitution quand le gel s'empare des lagunes, ou quand la sécheresse s'installe, rendant la vase inaccessible ou impropre à la consommation. La mortalité chez ces grands oiseaux est alors très élevée.

Non seulement le flamant rose ne craint pas la concurrence d'autres animaux pour se nourrir, mais il s'accommode également fort bien de la présence de flamants d'espèces différentes. Ainsi les flamants roses et les petits flamants qui peuplent les grands lacs africains cohabitent parfaitement : les premiers fouillent la vase à l'aide de la puissante pompe filtrante constituée par leur bec, tandis que les seconds « sabrent » l'eau à faible profondeur pour prélever le plancton en suspension.

En Afrique notamment, le nombre des flamants rassemblés dans de vastes colonies interdit pratiquement la présence à leurs côtés d'autres espèces d'oiseaux. Par ailleurs, le milieu hautement alcalin dont ils s'accommodent parfaitement ne convient pas aux autres oiseaux aquatiques. Toutefois, en dehors de ces règles générales, la cohabitation avec telle ou telle espèce peut exister. Que ce soit en hiver ou lorsque la teneur en sel de l'eau n'est pas trop élevée, des limicoles (petits échassiers), des hérons, des aigrettes, des mouettes ou des canards sont couramment observés en compagnie des flamants. Chaque espèce exploite une partie des ressources alimentaires offertes par le milieu prospecté, ce qui évite les perturbations liées à la compétition.

Ces grands échassiers ne connaissent que peu d'ennemis. Tant qu'ils restent regroupés, les adultes ne risquent pratiquement rien. Seuls les oiseaux physiquement diminués par la fatigue, la maladie, une blessure ou la faim et qui sont contraints de s'isoler peuvent craindre d'être attaqués. Il n'en va pas de même pour les œufs et les jeunes. L'envol, pour une cause quelconque, des couvreurs ou des « surveillants » de crèches peut dégénérer en une véritable catastrophe. Dans la panique qu'il engendre, les œufs sont bousculés, cassés, et les jeunes se dispersent et s'éloignent du groupe. Autant d'occasions dont profitent les prédateurs, constamment à l'affût à proximité des colonies. Ainsi, le renard peut parfois, à la faveur d'un mouvement de panique, capturer un très jeune flamant égaré et séparé du reste de la troupe, à condition qu'une très faible profondeur d'eau permette les déplacements du carnivore.

Les goélands, par exemple, provoquent souvent des dégâts considérables, se précipitant pour crever les œufs dès qu'ils sont découverts, et s'attaquant même aux jeunes isolés. Les flamants adultes ne peuvent pas réagir et assistent à ces agressions en spectateurs impuissants. Les jeunes flamants sont également attaqués par le goéland argenté et le goéland leucophée. En hiver, le puissant goéland marin, le plus grand oiseau de la famille des laridés, prédateur déterminé, peut s'en prendre à des flamants adultes ou immatures, épuisés ou diminués par une blessure.

Le flamant rose et l'homme

La protection des derniers flamants roses d'Europe

Les oiseaux aux « ailes de feu » suscitent depuis longtemps la fascination des hommes. Aujourd'hui, les flamants roses, notamment ceux de Camargue, font l'objet de nombreuses études, fondées sur un même principe : mieux les connaître pour mieux les protéger.

Un bel oiseau autrefois réputé pour la chair de sa langue

« Les flamants aux ailes de feu Venaient de la clarté mourante, Saluer, le long des étangs, les dernières lueurs ». Ces quelques vers du chant V de Mireille (1859), œuvre du poète provençal Frédéric Mistral, montrent bien que l'homme est très sensible aux qualités esthétiques des flamants.

Il n'en a malheureusement pas toujours été ainsi. Pendant l'Antiquité, l'intérêt que l'homme manifeste pour ces grands échassiers est plutôt motivé par la gastronomie que par la beauté... Ainsi, comme le rapporte le philosophe latin Sénèque, dans ses Lettres à Lucilius, les Romains raffolaient de la langue de flamant, particulièrement charnue. La finesse de ce mets était fort appréciée lors de leurs célèbres banquets.

Autre lieu, autre culture : dans les régions tropicales, outre la valeur culinaire, ce sont les plumes de l'oiseau rose qui ont longtemps présenté un intérêt ornemental.

Aujourd'hui, le flamant est aimé pour son élégance et sa beauté. Dans les jardins zoologiques qui en détiennent en captivité, pour conserver à leur plumage sa magnifique teinte rose, les oiseaux sont nourris essentiellement de substances à base de carotène.

Les flamants roses de Camargue

Avec la Camargue, la France dispose du principal lieu permanent de reproduction du flamant rose de Méditerranée occidentale. Pourtant, depuis le début du siècle, cette population a connu bien des aléas. En 1914, un collectionneur peu scrupuleux récolte la totalité des œufs pondus. En 1935, les mille poussins nés cette année-là sont éliminés. En 1944, la nidification se révèle totalement impossible pour « cause de guerre » : les survols incessants de la région par des avions militaires ne constituent pas les conditions idéales pour la tranquillité des animaux. En 1963, la nidification s'interrompt. Un programme d'étude des causes de cet arrêt est mis en œuvre conjointement par la Station biologique de la Tour du Valat et le WWF (Fonds mondial pour la nature). La nidification reprend en 1969. Mais se pose alors un problème de place. Le dernier îlot naturel susceptible d'accueillir les nids ne mesure que 2 000 m2 et est bientôt diminué de moitié par l'érosion due au piétinement des oiseaux. La mise en place d'un îlot artificiel de 6 000 m2 a été couronnée de succès et, depuis, les flamants roses se reproduisent bien. Ainsi, alors que l'espèce était devenue très rare en France au début des années 1960, elle s'est bien rétablie. La colonie camarguaise compte environ 13 000 couples nicheurs, en moyenne. La population totale de flamants roses en France est estimée à environ 30 000 individus en hiver et 55 000 en été.

Les déplacements des flamants, leur démographie, leurs exigences sont étudiés en Camargue de façon à mieux les comprendre pour protéger efficacement la colonie. Les ornithologues se livrent donc chaque année à une vaste opération de capture des jeunes flamants. Suffisamment âgés pour ne pas être trop fragiles, ils ne sont pas encore capables de voler. Ils sont alors attrapés, bagués, mesurés, pesés, avant d'être relâchés tous ensemble. Deux bagues sont posées. La première est en plastique coloré et porte un code alphanumérique. Les indications sont assez grandes pour être vues de loin aux jumelles, ce qui évite une nouvelle capture. La couleur de la bague variant chaque année, il est possible de déterminer l'âge du sujet au premier coup d'œil. La deuxième bague est posée sur l'autre patte. Elle est en aluminium et doit rester jusqu'à la disparition de l'oiseau. Ces opérations de baguage ont notamment montré que plus de la moitié de la population française de flamants est sédentaire ; ceux qui ne le sont pas migrent sur le pourtour méditerranéen et jusqu'en Afrique de l'Ouest.