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littérature

(latin litteratura, de littera, lettre)

Ensemble des œuvres écrites auxquelles on reconnaît une finalité esthétique.

Si la littérature désigne l'ensemble des œuvres écrites – et aussi orales – auxquelles on reconnaît une finalité esthétique, le phénomène littéraire est universel, propre à toutes les époques de l'histoire et à tous les peuples du monde.

Qu’est-ce que la littérature ?

Qu'est-ce donc que la littérature, objet de tant de soin et de tant de mépris ? Doit-on appeler littérature tout ce qui s'imprime ou s'écrit, livres, certes, mais aussi presse, correspondance, discours ou conférences ? Si l'on s'en tient aux seuls livres, doit-on ranger sous le nom de littérature les textes religieux, les ouvrages philosophiques, les traités scientifiques ? Faut-il admettre ou exclure les romans populaires, les romans-feuilletons, les romans policiers ? Si le phénomène littéraire, au sens large, existe chaque fois que l'on s'exprime par le moyen de l'écrit, voire du récit oral, au sens restreint le phénomène littéraire est plus difficile à cerner.

En 1947, Jean-Paul Sartre publie, sous le titre Qu’est-ce que la littérature, une longue étude dans laquelle il analyse la position de l'écrivain engagé. À la question « Qu'est-ce qu'écrire ? », il note que l'écrivain a affaire aux significations, au contraire du poète, qui use des mots pour leur aspect charnel, pour leur coefficient de matière linguistique, mais ne les utilise pas. Justifiant le « Pourquoi écrire ? », il évoque bien sûr ce « désir de nous sentir essentiels par rapport au monde », mais c'est aussitôt pour insister sur le nécessaire apport du lecteur (« la lecture est création dirigée »). En effet, l'écrivain écrit pour quelqu'un, pour « dévoiler le monde et le proposer comme une tâche à la générosité du lecteur ». Enfin, à la question « Pour qui écrit-on ? », il note, que c’est pour les hommes de son temps, mais que la lecture des hommes de demain modifie sans cesse l'objet même du livre : « La littérature est, par essence, la subjectivité d'une société en révolution permanente. »

Petite histoire du mot « littérature »

Le terme « littérature » est attesté vers 1495 dans le Miroir historial de Vincent de Beauvais, continué par Jean de Vignay. Le mot est emprunté au latin litteratura, utilisé tant par Cicéron que par Quintilien pour donner un équivalent au grec grammatikê, qui désigne l'ensemble des caractères de l'alphabet et de la grammaire. Pour Cicéron, la littérature est l'état de l'homme qui « a des lettres ». Lorsque, au Moyen Âge, on se préoccupe de la « littérature » des clercs, on entend les voir acquérir des connaissances approfondies en langue latine. La littérature désigne alors un ensemble de connaissances, la possession d'un savoir particulier, ce que recouvre aujourd'hui le mot « culture ».

Du xviie s. datent les usages modernes des mots « littérature » et « littérateur ». On appelle dès lors littérature ce que l'on appelait jusque-là les « ouvrages de l'esprit ». À partir du xviiie s., le mot désigne non plus une qualité que possède l'homme de goût, « bel esprit et d'une agréable littérature », mais la pratique particulière d'un spécialiste, l'objet de l'activité de l'homme de lettres, du littérateur. Mais ce terme se charge dès son apparition d'un relent négatif : Voltaire préfère parler des « gens de lettres ». En France, en effet, le terme « littérature » a été longtemps associé à la notion de « belles-lettres », c'est-à-dire à un art particulier du langage, comprenant la connaissance des principes de la grammaire, de l'éloquence et de la poésie. Dans le sens moderne, apparu au début du xixe s., il qualifie la production écrite relative à un domaine particulier et, avec une valeur positive, une production de l'esprit dans un but esthétique. Cette notion implique un créateur (l'auteur, écrivain ou poète), un objet (le livre), des consommateurs (les lecteurs) et n'est pas séparable de la réflexion sur sa fonction dans la société. Au xxe s., l'écrivain et ethnologue français Michel Leiris, moitié sérieux, moitié farceur, n'écrira quant à lui plus le mot que sous la forme « Lis tes ratures » (Mots sans mémoire, 1969).

Les genres littéraires

Comme en peinture ou en musique, la notion de genre a permis en littérature de classer les œuvres suivant leur sujet ou leur style : on parle de genre romanesque, épique, épistolaire, dramatique, etc. Bien qu’existant depuis Aristote, cette notion ne peut être clairement définie. Tantôt attachée à la forme, tantôt à l’objet littéraire, elle n’a eu de cesse de passionner les plus grands écrivains et critiques. D’aucuns ont tenté de la théoriser, et de fixer des règles, d’autres de la rejeter (notamment au xxe s.). Ce qui est certain, c’est que malgré les nombreuses querelles littéraires qu’elle continue encore aujourd’hui de soulever, elle reste l’une des façons la plus évidente de classer les œuvres littéraires.

Depuis Aristote et sa Poétique, la rhétorique, (l’art du discours), s'est spécialisée en poétique, ou codification des différents genres de l'écrit, se restreignant à la seule elocutio (ornement, art de dire), au détriment de l'inventio (invention, recherche des arguments) et de la dispositio (disposition, mise en ordre). Une hiérarchie s'est établie, du style noble (ou sublime) au style bas (ou trivial), en passant par le médiocre, correspondant aux trois classes de la société (nobles, bourgeois, paysans). Pour simplifier, on a pu caractériser les œuvres littéraires à partir des pronoms personnels et des temps verbaux qui y dominent. Au je (présent) correspond le genre lyrique, au tu le théâtre (comique ou tragique, selon la nature des personnages), au il (passé) l'épopée, le récit narratif.

Les théoriciens se sont appliqués à définir les règles précises convenant à chaque genre et à dénommer chacune de ses catégories internes (c'est, essentiellement, l'objet des « arts poétiques »). De sorte que s'est établi un pacte, un contrat de lecture, entre l'auteur, inscrivant son texte dans un ensemble donné, et le lecteur, qui sait précisément à quel type d'émotions s'attendre, à quels principes esthétiques on fait appel sous une étiquette donnée. Le genre fonctionne alors comme une référence, un ensemble de conventions commodes qui permet une lecture en fonction de règles supposées connues du lecteur, et que l'auteur s'épargnera donc la peine de rappeler. Mais toute codification rigoureuse finit par déplaire au créateur véritable, qui cherche à s'en débarrasser ou à se situer ailleurs ; de même, le lecteur se lasse des formes conventionnelles.

En effet, les débats sur les genres littéraires n'ont pas manqué et ce depuis l’Antiquité. Quintilien (Institution oratoire), Nicolas Boileau (Art poétique) ou Ferdinand Brunetière (l’Évolution des genres dans l’histoire de la littérature) ont tenté de les définir, tandis que Benedetto Croce, Maurice Blanchot ou Roland Barthes ont tenté de les rendre obsolètes. Ainsi Maurice Blanchot en est-il arrivé à rejeter la notion même de genre, et à déclarer : « Un livre n'appartient plus à un genre, tout livre relève de la seule littérature. »

Pour en savoir plus, voir l'article genres et registres littéraires.

Petite histoire de la littérature

La littérature, la langue des dieux

Dans l’Antiquité grecque, la littérature est la langue des dieux. Apollon inspire l'ordre, la mesure, les vers. Dionysos inspire la furie créatrice au poète déchiré par le flux du Verbe comme autrefois Orphée par les Ménades. Cet inventeur de la cithare, sur laquelle il s'accompagnait (littérature et musique sont intimement liées dans la tradition grecque), avait composé des chants si suaves que les bêtes fauves venaient s'accroupir à ses pieds, que les arbres et les rochers s'inclinaient vers lui. Les pouvoirs de la poésie sont, dans ce mythe, clairement magiques.

La tradition orale

Presque partout, la poésie est la langue commune aux dieux et aux hommes. Les grands textes épico-mythiques hindous comme le Mahabharata ou le Ramayana surgissent d'une même tradition : la littérature orale (aèdes en Grèce, membres des castes des Ahir, des Bhat et des Charan en Inde, plus tard trouvères et troubadours en Europe occidentale). Comment oublier que les Mille et Une Nuits rassemblent des récits oraux (cette oralité est d'ailleurs mise en scène par le personnage de la diseuse, Shéhérazade) qui ont longtemps couru, de Bagdad au Caire, d'un poète à l'autre ?

Les textes sacrés

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu » : en ce début de l'Évangile de saint Jean, l'affirmation est posée de l'unicité de la parole créatrice et de la Création. Dans cette optique, les prophètes rédacteurs de l'Ancien Testament ne sont que les proférateurs (l'étymologie des deux termes est identique, et implique l'idée d'une parole lancée en avant) de la Parole divine, de simples conduits humains d'un matériau et d'une pensée indissociables et qui les dépassent. Les rshi hindous (les « voyants ») ont de même reçu la révélation de telle ou telle partie des Vedas, le texte majeur de l'Inde.

Il en est de même en Grèce. Les neuf Muses président depuis le commencement du monde à la Musique et à la Pensée : d'où la primauté de la poésie dans la conception grecque de la littérature, la seule forme d'art qui unit étroitement musique et expression. Sur les neuf Muses, six sont plus particulièrement attachées à l'expression littéraire : Calliope inspire les poètes épiques, Terpsichore s'occupe à parts égales de la poésie lyrique et de la danse, Érato de la lyrique chorale, Melpomène de la tragédie, et Thalie de la comédie. On pourrait même leur ajouter Clio, qui inspire l'histoire, le seul genre littéraire grec qui ne se rattache pas directement à la poésie.

Une inspiration d'essence divine

Hors même du champ spécifique des textes sacrés, la littérature garde longtemps l'empreinte de la divinité qui l'inspire. Les innombrables romans de chevalerie du Moyen Âge qui racontent la quête du Graal (comme le Perceval de Chrétien de Troyes) en sont la preuve. Lors même que la référence sacrée s'estompe, les poètes prétendent toujours être inspirés par une force qui les meut : par exemple la fin'amor des troubadours comme Bernard de Ventadour ou le spiritus amoris de Dante. Le Verbe est divin, qu'il vienne des puissances célestes ou de la Dame qui l'inspire. Au xive s., Pétrarque, dans le Canzoniere, dit que les mots soupirés par son inspiratrice, Laure, font « tourner les montagnes et arrêter les fleuves » : la tradition orphique se maintient.

La littérature, du sacré au profane

Cependant, cette fonction divine de la littérature est très tôt corrompue par la fonction politique.

Au chant II de l'Iliade, le « Catalogue des vaisseaux », qui célèbre l'un après l'autre les différents rois venus assiéger Troie, a été remanié sans cesse par les aèdes itinérants. Les grands spectacles théâtraux offerts à Athènes lors des fêtes des Panathénées sont une preuve supplémentaire de cette contamination du sacré par le profane. Entre Eschyle (525-456 avant J.-C.), Sophocle (496-406 avant J.-C.) et Euripide (480-406 avant J.-C.), en un siècle, le sens du divin s'étiole au profit de la pensée politique. La cité est devenue l'inspiratrice suprême du théâtre : la catharsis induite par le spectacle suppose en effet une identification du spectateur au héros qui réduit nécessairement la distance entre le texte, l'auteur et le lecteur.

L'aède ou le trouvère se spécialisent et passent au service du Prince, la littérature se hiérarchise et se diversifie.

La littérature, fait social

Le poète, pour vivre, se fait homme de cour : l'artiste se cherche un mécène. Sans François Ier, pas de Clément Marot ni de Pierre de Ronsard. William Shakespeare, Pierre Corneille, Molière ou Jean Racine dépendent des grands seigneurs qui les subventionnent. Il est donc logique que les œuvres littéraires reflètent de plus en plus cet ordre humain qui permet au poète d'exister.

Le théâtre du monde : Theatrum mundi

À cette socialisation du poète correspond une socialisation des œuvres. À partir du xvie s., avec Robert Garnier en France et surtout les poètes élisabéthains en Angleterre (William Shakespeare, Christopher Marlowe, John Ford), le théâtre tend aux spectateurs un miroir dans lequel ils se reconnaissent. La métaphore la plus usitée aux xvie et xviie s. est celle du theatrum mundi, le « théâtre du monde » : nous sommes tous ici-bas sur une scène où nous devons jouer un rôle. C'est dire le lien très fort qui unit alors le théâtre et les spectateurs : ce qui est représenté sur scène se veut le reflet exact de ce qui est dans la vie.

La Catharsis

La littérature assume une fonction de catharsis, c'est-à-dire de purge des passions. Du théâtre grec, tel que le décrit Aristote dans la Poétique, au roman de terreur anglo-saxon des xviiie et xixe s. (Château d'Otrante d'Horace Walpole, 1764 ; Dracula de Bram Stoker, 1897 ; Frankenstein de Mary Shelley, 1818) ; les Histoires extraordinaires d'Edgar Poe, 1856), la fonction de la littérature est d'exprimer les pulsions indicibles de ses lecteurs et, ce faisant, de les en débarrasser. Des sociétés harmonieuses comme celles de l'Athènes antique ou de la France du xviie s. peuvent s'essayer à des catharsis collectives, et privilégient la forme théâtrale. Des sociétés bloquées comme celle de l'Angleterre victorienne se replient sur les purgations individuelles des littératures de terreur.

L'écrivain et la critique

En se jetant dans le monde, l'homme de lettres (on ne parle pas encore, ou fort rarement avant le xviiie s., de femme de lettres) devient la proie de la critique. On ne pouvait pas médire de textes inspirés par les dieux. Ce sera l'un des objets, à la fin du xviie s., de la querelle des Anciens et des Modernes : les écrivains contemporains de Louis XIV pouvaient-ils, de leur socle humain, rivaliser avec des œuvres imprégnées du souffle divin antique ? L'écrivain se retrouve en butte à toutes les critiques : « Il est descendu pour son plaisir dans l'arène, il s'est lui-même condamné aux bêtes », note amèrement Voltaire dans son Dictionnaire philosophique en 1764.

Vers la forme pure

Paradoxalement, la « socialisation » de la littérature génère, en même temps, une idéologie de la forme pure, du jeu verbal. Les Grands Rhétoriqueurs de la fin du xve s. (Jean Marot ou Jean Lemaire de Belges), les poètes maniéristes (Góngora), les poètes baroques de sensibilité précieuse (Théophile de Viau) élaborent des constructions rhétoriques raffinées, jeux de cour puis de salons, dont le sens diffus est la jouissance pure de la littérature à jouer avec les mots, avec les formes, à se nourrir de sa propre virtuosité. De même, vers la fin du romantisme, Alfred de Vigny s'enferme dans sa tour d'ivoire, et les poètes parnassiens et symbolistes s'évertuent à « donner un sens plus pur aux mots de la tribu », selon l'expression de Stéphane Mallarmé. Renouant pourtant avec la littérature prophétique, Arthur Rimbaud assigne au poète la tâche de se faire « voyant », « par un long et raisonné dérèglement de tous les sens ». Au milieu du décadentisme esthétisant de cette fin de siècle, il prépare le terrain des expériences surréalistes.

La littérature ou la tentation de l’intime

« Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi. Moi seul. » dit Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions, premier ouvrage véritablement autobiographique. Cette tentation de l'écriture intimiste est partagée par d’autres œuvres littéraires. L'abbé Prévost rédige à la première personne les Mémoires et aventures d'un homme de qualité, et le pullulement des romans par lettres, fictions littéraires tout entières écrites comme des recueils de textes sans statut littéraire, participe du même mouvement. En Allemagne, les tenants du Sturm und Drang (du nom de la tragédie de Klinger, en français « Tempête et Élan »), ce mouvement littéraire qui invente alors le romantisme, accentuent encore cette obsession de la confession : ainsi Goethe dans les Souffrances du jeune Werther (1774).

La littérature des écrivains-témoins

Toute la littérature romantique qui domine la première moitié du xixe s. est partagée entre une littérature-miroir et le témoignage historique et social, avec un goût prononcé pour la défense des opprimés : « Tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles », écrit Victor Hugo en préface des Misérables (1862). Honoré de Balzac se lance dans la Comédie humaine, brassant les classes sociales et les terroirs ; Charles Dickens décrit une Angleterre ensauvagée par la révolution industrielle. La littérature s'engage dans une double mission : rendre compte, conformément à la tradition héritée du xviiie s., des mouvements les plus fins de la psychologie et, simultanément, témoigner pour son siècle : réalisme et naturalisme, de Balzac à Émile Zola, succombent rapidement à cette tentation « socialisante », malgré les protestations des tenants d'une écriture « artiste » comme Gustave Flaubert ou les Goncourt, qui prétendent rester à l'écart des vicissitudes du monde.

La littérature « engagée »

Les romans-fleuves de Jules Romains (les Hommes de bonne volonté, 1932-1947) et de Roger Martin du Gard (les Thibault, 1922-1940), les romans « socialistes » de Louis Aragon (les Beaux Quartiers, 1936), de John Steinbeck (les Raisins de la colère, 1939), les témoignages d'André Malraux (l'Espoir, 1937) ou d'Ernest Hemingway, et même certaines œuvres d'anticipation (1984, de George Orwell, 1949), tous participent de cette même ambition : rendre compte par les mots des souffrances des hommes, et peut-être modifier le cours de l'histoire. S'il ne l'a pas inventée, le xxe s. revendique la littérature « engagée ».

Né dans l'immédiat après-guerre, avec pour chefs de file Jean-Paul Sartre, Albert Camus et Simone de Beauvoir, le mouvement existentialiste tente la réconciliation de l'écriture des souffrances intimes (la Nausée, de Sartre, en 1938 ; l'Étranger, de Camus, en 1942) et de celle des engagements politiques les plus stricts. Un théâtre de combat se dégage, qui ne vise plus comme autrefois à offrir au spectateur le spectacle de l'harmonie de son monde, mais au contraire celui de ses déchirements : la littérature d'après Hiroshima ne saurait être identique à celle de la Belle Époque. Les mots, dit alors le philosophe et écrivain français Brice Parain, sont « des pistolets chargés ».

Les approches du fait littéraire

L'histoire littéraire

Après Mme de Staël (De la littérature, 1800), qui postulait une littérature en progrès constant, reflétant les aspirations de chacun des peuples où elle s'inscrit, après Charles Augustin de Sainte-Beuve, introduisant la biographie individuelle dans l'histoire des œuvres, après Hyppolite Taine, qui voyait l'effet du déterminisme historique dans la production littéraire, après Ferdinand Brunetière, qui retrouvait dans l'évolution des genres littéraires celle des espèces, à la fin du xixe s., la notion d'histoire littéraire française a été conçue comme un « tableau de la vie littéraire dans la nation ».

Tendant à se détacher de l'histoire politique ou du découpage arbitraire par siècles, l'histoire littéraire rend compte de l'évolution artistique comme la résultante de divers éléments disparates et non coordonnés (générations, mouvements ou tendances, thèmes, idées et formes dominantes). L'usage s'est imposé, en France, de distinguer une suite de périodes. Au Moyen Âge (cinq siècles) succèdent : la Renaissance, le classicisme, le siècle des Lumières, le romantisme, le symbolisme et le naturalisme (simultanés), dada et le surréalisme, l'existentialisme, le nouveau roman, etc. Cet ordonnancement, commode pour l'esprit, ne répond à aucune loi de cohérence et il laisse de côté bien des œuvres qui ne s'intègrent pas dans une telle succession de tableaux. → baroque, expressionnisme, humanisme, réalisme.

Une science de la littérature ?

Un renouvellement théorique important fut apporté, dans les années 1920, par les formalistes russes (connus seulement cinquante ans après en France) soutenus par l'ambition de rechercher des critères internes à la littérature, de définir l'objet de leur science comme « la littérarité, c'est-à-dire ce qui fait d'une œuvre donnée une œuvre littéraire » (Roman Jakobson). Affirmant que le signe poétique renvoie d'abord à lui-même, parlant en termes de structures, de dominante, de procédé, ils ramenaient l'attention de la critique sur l'essentiel, qui demeure le texte. Mais ils n'aidaient pas, pour autant, à définir la « valeur », ce qui permet d'affirmer que telle œuvre est littéraire, telle autre ne l'est pas, pour l'excellente raison qu'il n'existe aucun critère interne permettant de porter un tel jugement. Force est de se tourner vers les autres facteurs de la production textuelle, en particulier le lecteur, sans qui toute œuvre resterait, littéralement, lettre morte. Les chercheurs s'y sont employés en définissant les principes de sélection, d'évolution des genres, de périodisation, en s'aidant de nouveaux instruments comme la bibliométrie, l'informatique, en élargissant le champ à la littérature comparée, à la théorie de la réception, à l'analyse culturelle.

L'institution littéraire

Parce qu'elle dépasse les circonstances de son élaboration, la littérature a, de tous temps, fait l'objet de l'attention des pouvoirs publics. Déjà, au siècle d'Auguste, Mécène encourageait les artistes à célébrer les mérites du prince. Tous les gouvernants en ont gardé le principe, l'appliquant avec plus ou moins de bonheur, jusqu'au jour où Richelieu, puis Louis XIV, l'ont codifié en établissant un rigoureux système de récompenses et de sanctions, feignant d'en laisser la responsabilité aux écrivains eux-mêmes. Après l'Académie française vinrent, au début de ce siècle, les prix littéraires, destinés à éclairer le lecteur sur les valeurs d'avenir, de manière à ce que les sociétés d'écrivains, par cooptation, sélectionnent les œuvres de leurs confrères.

Si l'Académie française ou le prix Goncourt demeurent un bon moyen d'arriver à la célébrité, il en est un plus sûr d'acquérir une (relative) pérennité : figurer dans un programme universitaire et scolaire. Par boutade, Roland Barthes définissait la littérature comme « ce qui s'enseigne, un point c'est tout » (1971).

Toutes les théories esthétiques ayant été expérimentées, de la mimêsis (imitation de la réalité) à l'invention la plus effrénée, il semble que la littérature n'ait plus de recette à mettre en pratique, sauf à repasser des plats réchauffés. Et pourtant, elle poursuit son existence, en donnant de l'espoir aux uns, du rêve aux autres, dénonçant les perversions politiques et sociales, découvrant des espaces innommés. Tel est son avenir : parodiant Antonin Artaud, on dira que la littérature double la vie, comme la vie double la littérature.