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autobiographie

Vie de quelqu'un écrite par lui-même.

Définition : un pacte autobiographique

Le terme « autobiographie » est apparu en Allemagne et en Angleterre en 1800, puis a été introduit en France vers 1830. Au sens strict, l'autobiographie est le récit d'un individu raconté par lui-même, qu'il soit écrivain ou non.

Il convient de distinguer l'autobiographie des mémoires et du journal. À l'opposé du moi tourné vers le dehors qui est celui du mémorialiste, témoin et juge d'une époque, le moi de l'autobiographe est introspectif et le contexte historique n'est évoqué qu'en fonction de son éventuelle emprise sur le sujet. Alors que le journal intime est destiné à faire le point sur soi-même, et pour soi seul, au jour le jour, l'autobiographie, elle, est rétrospective et s'adresse à ses contemporains et à la postérité. En outre, l'autobiographie, dont l'auteur refuse explicitement toute affabulation consciente, doit être distinguée du roman, même si, comme c'est le cas chez Proust, le narrateur se présente parallèlement comme auteur et comme acteur. À la démarche nécessairement rétrospective, à la nécessaire identité de l'auteur, du narrateur et du personnage, doit préexister un « pacte autobiographique » (comme le définit le critique Philippe Lejeune, qui définit la nature et le sens de l'entreprise) ; ainsi Jean-Jacques Rousseau déclare-t-il dans son ouvrage autobiographique les Confessions : « Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi ». Il faut noter cependant que parfois les autobiographies, notamment celles qui ont été rédigées avant l’apparition du mot en français, s’intitulent « confession », « journal », « mémoires », « souvenirs » ou « vie », mais sont reconnaissables en ce que l’auteur y définit clairement la nature de son entreprise littéraire.

Au sens large, ce mot englobe aujourd’hui tout texte dans lequel le lecteur suppose que l'auteur exprime son expérience, qu'il se soit engagé ou non à le faire. Ce sens correspond à la personnalisation croissante de l'écriture depuis le romantisme et à la curiosité accrue du public pour le domaine privé.

Petite histoire de l’autobiographie

Les prémices du genre autobiographique

Lié au christianisme et à la montée de l'individualisme, ce genre littéraire est essentiellement occidental. Il se développe dès la Renaissance et la production devient significative à partir de la seconde moitié du xviiie s. : en Amérique, les Mémoires de B. Franklin (rédigés de 1771 à 1788) ; en Italie, la Vie d'Alfieri (1790) ; en Angleterre, les Mémoires de Gibbon (1796).

Cependant, l'autobiographie s'enracine dans des genres plus anciens :
– Les confessions, ou autobiographies spirituelles – à la source desquelles on trouve les Confessions (397-401) de saint Augustin, ou certains textes médiévaux, comme l'Historia calamitatum d'Abélard (vers 1129). Elles se sont développées dans l'Europe de la Renaissance et de la Réforme : en Espagne, la Vie de Thérèse d'Ávila (1561-1565) ; en France, les Vies d'Antoinette Bourignon (1683), de Marie de l'Incarnation (1677) et de Mme Guyon (1720) ; en Angleterre, au xviie s., les autobiographies de puritains, et, en Allemagne, celles des piétistes. Dans les autobiographies religieuses aussi bien que dans des récits modernes d'itinéraires profanes, pratique de l'introspection et expression lyrique des sentiments intimes s'allient à une visée morale.
– Les Mémoires sont d'abord liés à l'historiographie officielle (comme les chroniques médiévales), puis aux prétentions des grandes familles nobles livrant leurs hauts faits. Ils se sont élargis, à partir du xviie s., à une peinture psychologique et sociale de la Cour. Les Mémoires de Saint-Simon (rédigés de 1694 à 1723) et ceux du cardinal de Retz (1717) en illustrent le genre. Au xixe s., la multiplication des témoignages et des apologies de vie politique ou militaire contribua à leur essor. Bien qu'ils se distinguent en théorie, Mémoires et autobiographie sont souvent confondus : Chateaubriand (Mémoires d'outre-tombe, 1848-1850) et Malraux (Antimémoires, 1966) ont organisé leur récit autour d'une confrontation entre le Moi et l'Histoire.
– Les livres de raison, livres de comptes des familles bourgeoises depuis le xvie s., sont parfois devenus le noyau d'autobiographies familiales manuscrites, transmettant aux générations successives l'histoire de la lignée (les Mémoires de Jean Maillefer, marchand à Reims au xviie s., publiés en 1890).
– À ces différentes traditions il faut en ajouter de plus littéraires. D'une part, l'autoportrait (Cardan, Vie, 1575-1576 ; Montaigne, Essais, 1580-1595) : en quête d'une identité problématique, l'écrivain procède à un inventaire mental dans lequel il rassemble autant l'image de son époque que sa figure propre. D'autre part, le roman à la première personne, depuis le roman picaresque jusqu'au roman-mémoire du xviiie s., où s'est élaborée la forme du récit de formation, ou Bildungsroman.

On peut rencontrer dans ces différents textes des éléments autobiographiques ; cependant, ces éléments, se rapportant au mouvement d'un discours religieux, ou bien s'intégrant à l'ensemble d'une réflexion humaniste, ne peuvent suffire à constituer l'autobiographie qui exige d'avoir pour seul fondement la personnalité du narrateur.

Les Confessions ou la naissance de l'autobiographie

Si Rousseau se trompait en annonçant qu'il n'aurait point d'imitateurs, il est cependant certain que la publication, en 1782, des six premiers volumes des Confessions marque la date de naissance effective de l'autobiographie. Le critique Lejeune précise que « si Rousseau n'a pas inventé le genre […] il en a réalisé d'un seul coup presque toutes les virtualités ». Cette autobiographie de Rousseau a en effet ouvert un nouvel espace en mettant au centre du récit autobiographique la double question : « Qui suis-je ? Et comment suis-je devenu moi ? » Dans un long préambule écrit en 1764, l'auteur a exploré la problématique du genre, anticipant la plupart des discussions dans des œuvres ultérieures majeures (Stendhal, Vie de Henry Brulard, écrite en 1835-1836 ; Claude Roy, Moi je, Nous et Somme toute, 1969-1975). L'autobiographie repose sur la reconstitution des événements et sur un effort de restitution du vécu (Gide, Si le grain ne meurt, 1926 ; Sartre, les Mots, 1964).

Aujourd'hui, le genre autobiographique s'élargit avec l'apparition de l'autofiction, où la recherche de vérité et le souci de sincérité sont contaminés par la fiction.

Singularité et motivations de l'autobiographe

Aussi l'avènement du genre suppose-t-il un ensemble de conditions historiques où l'individu, isolé du contexte religieux, scientifique ou politique, puisse se découvrir une réalité autonome, se poser comme phénomène unique, comme cas particulier, justiciable d'analyse et de commentaire. De plus, sa singularité même est source d'intérêt : « Ce que chaque individu éprouve ou pense, il est le seul à le penser ou à l'éprouver de cette manière ». Un tel présupposé, formulé par Johann Goethe, est à la base de toutes les premières autobiographies. L'autobiographie, exercice individualiste par excellence, est intimement liée à l'arrivée au pouvoir de la bourgeoisie.

Toute autobiographie repose sur un certain nombre de motivations. L'ensemble des motivations, en se formulant et s'ordonnant, dessine le projet autobiographique. Soit qu'à l'exemple de Rousseau, l'auteur se veuille didactique ; ainsi Restif de La Bretonne déclare : « Je vous raconterai la vie d'un homme naturel, qui ne redoutera que le mensonge. Je laisse ce modèle aux races futures… » ; George Sand ajoute quant à elle : « Le récit des souffrances et des luttes de la vie de chaque homme est donc l'enseignement de tous ». Soit que, comme Stendhal, les écrivains présentent leur tentative comme un jeu, l'autobiographie comme une aventure de leur moi. Michel Leiris compare l'autobiographie à la tauromachie, celui qui se raconte au matador qui « s'expose ». L'autobiographie peut alors recouper la cure psychanalytique et c'est un périlleux mouvement de délivrance qui pousse le sujet à se raconter, à se comprendre : Michel Leiris, Julien Green, Georges Simenon (Je me souviens, 1945). Pourtant, dans la mesure où le projet est toujours, en ordonnant le chaos des souvenirs, d'en dégager une ligne directrice, le « fil d'Ariane » et le sens d'une vie, l'analyse n'est que l'élément premier d'une synthèse. À cet égard, les autobiographies existentialistes de Simone de Beauvoir et surtout de Jean-Paul Sartre sont révélatrices : se raconter, c'est se démystifier, se définir, s'objectiver. Les autobiographies anglo-saxonnes, de Cowper Powys, d'Arthur Miller, de même que l'autobiographie de Johann Goethe, se caractérisent par la multiplicité de ces perspectives, mêlant le rêve à l'analyse, le jeu au didactisme, la fiction à l'aveu. Dans Ma vie, le psychanalyste Carl Jung compare sa vie à un mythe : « Raconter des histoires. Sont-elles vraies ? Là n'est pas le problème. La question est celle-ci : « Est-ce mon aventure, est-ce ma vérité ? ».

L'authenticité de l'autobiographie réside dans l'usage personnel qu'on y fait du vrai, non pas dans la part de vérité qu'elle devrait contenir. Ainsi, Jung répond-il implicitement à Paul Valéry qui, faisant le procès de l'autobiographie, écrivait : « En littérature, le vrai n'est pas concevable. »