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nouvelle

(italien novella)

Boccace
Boccace

Récit bref qui présente une intrigue simple où n'interviennent que peu de personnages.

La nouvelle se distingue du roman essentiellement par sa brièveté et par sa densité. De construction dramatique, elle présente des personnages dont la psychologie n'est étudiée que dans la mesure où ils réagissent à l'événement qui forme la trame du récit. Plus resserrée que le roman, la nouvelle jouit ainsi des lois de la contrainte. Charles Baudelaire écrit dans l'Art romantique : « Son effet est plus intense; et comme le temps consacré à la lecture d'une nouvelle est bien moindre que celui nécessaire à la digestion d'un roman, rien ne se perd de la totalité de l'effet. » Proche du conte, la nouvelle se distingue de celui-ci par son souci de la précision, tant dans la psychologie des personnages que dans l'évocation du décor. Sentimentale, historique, réaliste, fantastique, elle se plie aux inspirations les plus diverses.

Petite histoire de la nouvelle

De l’Italie à l’Europe

Avant même que les Italiens lui donnent son nom de novella, c'est-à-dire de « nouveauté », ou « histoire captivante », la nouvelle existe déjà au Moyen Âge sous la forme de lais, en particulier ceux de Marie de France, et sous la forme de fabliaux ; la chantefable d'Aucassin et Nicolette pourrait ainsi également être considérée comme une nouvelle. Mais c'est dans l'Italie de la première Renaissance qu'apparaît véritablement le genre littéraire de la nouvelle, avec le Décaméron de Boccace, composé entre 1348 et 1353, et dont l'immense succès suscita l'éclosion du genre avec notamment, parmi tant d'autres, les anonymes Mots et facéties du curé Arlotto et les recueils populaires de Masuccio Guardati, dit Salernitano, de Giovanfrancesco Straparola, de Matteo Bandello, de Girolamo Morlini (dont les Novellae parurent en 1520), d'Anton Francesco Grazzini, dit il Lasca, de Giovan Battista Giraldi (ou Giraldi Cinzio, dont les Ecatommiti [les Cent Récits] parurent en 1565), de Giovanni Forteguerri, de Girolamo Parabosco, etc. Dans le même temps que beaucoup de ces recueils étaient rapidement traduits, le modèle italien de la nouvelle était repris en Angleterre par Geoffrey Chaucer (les Contes de Cantorbéry) et, en France, par Antoine de La Sale (auteur présumé des Cent Nouvelles Nouvelles, parues en 1455) et par Marguerite de Navarre (l'Heptaméron). Les nouvelles contemporaines de l'Heptaméron mêlent l'influence italienne à la tradition gauloise des fabliaux, dans des recueils qui ont souvent la forme de « mélanges dialogués » : la structure de base, constituée de dialogues, insère des récits de longueur variable (Contes et Discours d'Eutrapel, de Noël Du Fail ; Sérées, de Guillaume Bouchet [1513-1593]).

Peu à peu, le réalisme satirique, l'immoralité licencieuse, voire l'obscénité, qui caractérisent souvent les premières œuvres italiennes, cèdent à l'inspiration chevaleresque et bourgeoise où, à l'ironie cynique des histoires galantes, se mêle l'expression d'un certain scepticisme moral. Œuvre satirique, les Nouvelles Récréations et joyeux devis de Bonaventure Des Périers jouissent dès leur parution, en 1558, d'un très grand prestige : grâce à un sens savoureux de la réalité et grâce à une impertinente irrévérence envers les mœurs et les hommes du passé, cette œuvre contribue à replacer le genre dans une nouvelle perspective intellectuelle.

Le renouvellement du genre

En Espagne, au xviie siècle, Cervantès recrée le genre, avec ses célèbres Nouvelles exemplaires, où l'auteur brise le cadre conventionnel de la nouvelle italienne par l'emploi de procédés esthétiques entièrement nouveaux : dialogues serrés et vifs, progression du récit traduisant l'évolution psychologique des personnages, précision du style, tour à tour comique et tragique, présence d'une poésie pénétrante, parfois brutale. Aux nouvelles de Cervantès succèdent en France la nouvelle psychologique (la Princesse de Montpensier, de Mme de La Fayette), et les Contes et Nouvelles en vers de Jean de La Fontaine, libres et riantes improvisations marquées par la fantaisie, la frivolité et un érotisme drapé dans le voile de la langue des salons. Plus tard, l'abbé Prévost, Denis Diderot et de nombreux auteurs écrivent encore des nouvelles, mais le siècle des Lumières délaisse un peu le genre pour le conte philosophique, dont la verve ironique et la fantaisie se prêtent mieux à l'expression des idées subversives (Voltaire : l'Homme aux quarante écus, Candide et Zadig).

Un genre protéiforme au xixe siècle

Le romantisme parvient à renouveler le genre de la nouvelle qui, par l'expression de l'étrangeté et du mystère, mieux que le roman, produit sur le lecteur, grâce à sa concision et à sa rigueur, une émotion durable et intense. « Dans la nouvelle, écrit Edgar Allan Poe, comme l'espace manque pour développer des caractères ou pour accumuler les incidents variés, un plan est plus impérieusement nécessaire que dans le roman. Une intrigue défectueuse peut, dans ce dernier, échapper au blâme; dans la nouvelle, jamais. » Cette concision et cette sobriété dans la peinture des situations et des personnages tragiques font de Prosper Mérimée l'un des grands maîtres de la nouvelle. En de saisissants raccourcis, Stendhal, dans les Chroniques italiennes, fait une peinture précise et lucide d'aventures amoureuses essentiellement mêlées à des actions dramatiques.

Particulièrement florissant au xixe s., le genre oscille entre le réalisme (Aleksandr Sergueïevitch Pouchkine [la Dame de pique], Léon Tolstoï, Guy de Maupassant), l'analyse psychologique (Ivan Tourgueniev, Anton Tchekhov, Henry James), le fantastique (Edgar Allan Poe [Histoires extraordinaires], Théophile Gautier, Heinrich von Kleist, E. T. A. Hoffmann, Nikolaï Gogol), le démoniaque (Jules Barbey d'Aurevilly, les Diaboliques) et la rêverie poétique (Gérard de Nerval, les Filles du feu). À la longue liste des nouvellistes de ce siècle, figurent également Honoré de Balzac, Charles Nodier.

Guy de Maupassant est en France considéré comme l’un des maîtres du genre. Dans son œuvre, la nouvelle raconte une histoire nettement focalisée et accueille tous les registres, du tragique au comique, en passant par le pathétique – selon le modèle de Gustave Flaubert (« Un cœur simple », l'un des Trois Contes). Ainsi rencontre-t-on des nouvelles réalistes et des nouvelles fantastiques sans que l'opposition soit tranchée : car le réalisme contemporain caractérise aussi bien les unes que les autres, le fantastique trouvant chez Maupassant sa source dans le quotidien. Contrainte par sa brièveté à la condensation et au grossissement des effets (le Horla), la nouvelle s'articule autour de personnages typés psychologiquement et socialement, et qui n'ont pas le temps d'évoluer. Pour la même raison, la nouvelle s'interdit les digressions et travaille vite à l'effet de réel efficace. Maupassant privilégie les humbles – paysans, employés, gueux, vieux – écrasés par des pouvoirs et volontiers voués à la mort (le Gueux, Pierrot). Toujours liée à l'histoire et à la société contemporaines, la nouvelle selon Maupassant est une étude de mœurs savamment élaborée en croquis (la Maison Tellier, les Dimanches d'un bourgeois de Paris), un bref roman concentré en formules.

L’ère de la modernité

En Allemagne, les nouvelles de Ludwig Tieck marquent un nouveau point de départ dans la littérature narrative. L'écrivain définit la nouvelle comme une composition poétique « ayant pour but de mettre en lumière un événement petit ou grand, lequel, tout en se déroulant de façon simple ou naturelle, n'en demeure pas moins merveilleux et peut-être unique ». En effet, pour les romantiques, tels Joseph von Eichendorff (Scènes de la vie d'un propre à rien), Achim von Arnim, E. T. A. Hoffmann, l'intérêt de la nouvelle résidait dans ce passage du récit au merveilleux. Pour Heinrich von Kleist, le thème doit être un événement extraordinaire, parfois grotesque ou comique, souvent terrible ; son œuvre de conteur dégage une vision pessimiste du monde.

En Angleterre, la nouvelle est principalement représentée au xixe siècle par Charles Dickens, Robert Louis Stevenson, puis, au xxe siècle, par Rudyard Kipling, D. H. Lawrence et Katherine Mansfield (1888-1923). En Russie, les trois nouvelles de Pouchkine : Doubrovski, la Dame de pique et la Fille du capitaine, fondent la prose réaliste russe. En Italie, Luigi Pirandello publie Nouvelles pour une année. Aux États-Unis, après Nathaniel Hawthorne, la nouvelle connaît un immense succès et devient presque le genre littéraire dominant avec des auteurs comme Jack London, Ernest Hemingway, William Faulkner, Sherwood Anderson ou Flannery O'Connor. On peut également citer parmi les grands nouvellistes, l’Allemand Thomas Mann, le Tchèque Franz Kafka, l’Irlandais James Joyce, la Néo-zélandaise Katherine Mansfield ou encore le Français Marcel Aymé.

Tandis que la nouvelle attire dans le monde entier les plus grands auteurs, de Julio Cortázar à Jorge Luis Borges (Argentine), de Iouri Trifonov (U.R.S.S.) à Italo Calvino ; Alberto Moravia ou Dino Buzzati (Italie), en France, au contraire, le genre semble se raréfier, à l'exception notable de Daniel Boulanger qui en a fait son mode d'expression favori. Citons, néanmoins : le Mur de Jean-Paul Sartre, Le Premier accroc coûte deux cents francs d'Elsa Triolet, la Presqu'île (1971) de Julien Gracq. Plus récemment, les nouvelles d'Annie Saumont, laconiques et cruelles, ou celles de Didier Daeninckx, percutantes et issues du roman noir, contribuent au renouveau du genre.