En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

fabliau

(forme picarde de l'ancien français fablel, de fable)

La Mort Rutebeuf
La Mort Rutebeuf

Aux xiie et xiiie s., bref récit en vers, édifiant ou satirique.

Récit réaliste et satirique, le fabliau ne se distingue essentiellement du dit qu'en cela que la narration y est entièrement commandée par l'intention de faire rire. L'usage, qui, depuis Joseph Bédier, a consacré la forme picarde du terme, fabliau, la préférant à celle du francien fableau, souligne par ailleurs l'aire géographique dans laquelle ce genre de la littérature française du Moyen Âge (xiie-xive siècles) a connu sa plus grande diffusion. Composé de quelques centaines de vers octosyllabiques à rimes plates, le fabliau se présente comme une courte narration mettant en scène dans des situations le plus souvent scabreuses, aussi bien des personnages d'autorité, prêtres ou chevaliers, que des autres classes de la société, bourgeois, paysans, jongleurs ou mendiants : prêtres lubriques, chevaliers couards, maris trompés, marchands avares, femmes insatiables sont ainsi les cibles favorites des auteurs de fabliaux. De forme variée, les fabliaux s'apparentent tantôt à des histoires drôles (le Prêtre et les deux Ribauds), tantôt à des calembours (Estula), tantôt à des histoires macabres (les Trois Bossus), paillardes (Du Valet au douze femmes), scatologiques (la Crotte, le Pet au vilain) ou franchement grivoises (la Bourgeoise d'Orléans). L'aspect comique, qui domine la narration, repose sur les rebondissements, les quiproquos, les disputes, les duperies et les nombreux retournements de situation. Il arrive cependant que le fabliau renferme une intention moralisatrice. Les moins gaillards d'entre eux se rapprochent alors de deux autres genres de contes médiévaux, le dit et le lai (Lai d'Aristote ; l'Ange et l'Ermite ).

Abordant des sujets concrets, souvent grossiers voire obscènes, le fabliau s'oppose ainsi à la tradition courtoise qui dominait alors la littérature médiévale. Pour justifier ce contraste entre la liberté de ton et de thème des fabliaux et l'évocation des grands sentiments qu'exaltaient les romans courtois, on a cru un temps que les deux genres n'étaient pas destinés au même public : le fabliau aurait ainsi été la forme littéraire des « petites gens », par opposition à la courtoisie que visait la noblesse. Pourtant, d'autres études ont montré que cette opposition n'est pas fondée et que les fabliaux appartenaient bien au même répertoire que les autres genres médiévaux : ils s'adressaient donc probablement au même public mais proposaient, en jouant sur l'aspect parodique, une approche différente de la littérature.

Souvent anonymes, les fabliaux sont attribués à des jongleurs ou des ménestrels ; on sait cependant que Gautier Le Leu, Henri Andély, le poète Rutebeuf, Jean Bodel et Jean de Condé en ont laissé plus d'un. Il nous reste environ 150 fabliaux, qui sont le plus souvent d'alertes contes en vers. La grande majorité d'entre eux date du xiiie s. Le plus ancien, la scabreuse histoire de Richent, qui remonte à 1160, relate les mésaventures d'une fille publique qui cherche à faire endosser la paternité de son fils à trois hommes différents : un prêtre, un chevalier et un bourgeois. Des œuvres plus longues, telles le Roman de Renart, procèdent également du fabliau. Parmi les plus célèbres fabliaux, il faut citer : le Vilain Mire, dont Molière s'inspira pour écrire le Médecin malgré lui, le Curé qui mangea des mûres ou le Prêtre qui fut mis au lardier, qui tournent le clergé – une des cibles favorites des fabliaux – en ridicule, le Chevalier au barizel ou la Bourse pleine de sens, d'un souffle plus moralisateur, ou encore les Trois Aveugles de Compiègne et le Cuvier. Genre médiéval, le fabliau s'éteint après le xive s. mais son influence reste encore sensible chez Rabelais, Molière, La Fontaine ou Voltaire.