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mémoires

Cardinal de Retz
Cardinal de Retz

Relation écrite que quelqu'un fait des événements qui se sont passés durant sa vie, et dans lesquels il a joué un rôle ou dont il a été le témoin (les Mémoires de Commynes, de Saint-Simon).

LITTÉRATURE

On désigne par mémoires la relation écrite, sur une longue période, d'événements dont l'auteur a été l'acteur, le témoin ou tout au moins le contemporain. Les mémoires (toujours au masculin pluriel) ont un caractère suivi, et sont écrits postérieurement à l'événement, contrairement au journal.

Le désir de témoigner

Les mémoires, qui sont pour les historiens des sources précieuses, intéressent souvent plus le public que les ouvrages d'histoire, à cause de la partialité, de l'élément passionnel, de l'engagement qu'ils comportent. Le mémorialiste fait irruption dans l'histoire alors que l'historien, qui recherche l'objectivité, s'y conduit en respectueux visiteur.

Le philosophe et historien grec Xénophon conte dans l'Anabase, histoire de l'expédition de Cyrus le Jeune contre son frère Artaxerxès et de la retraite des Dix Mille, ses propres activités militaires, qui lui valurent le commandement puis l'exil. Lorsqu'un auteur de mémoires comme Jules César (101-44 avant J.-C.), qui agit de manière déterminante sur l'événement, se désigne par la troisième personne du singulier, il pose une distance entre l'observation et l'action. Cette distance, qui fait de César son propre chroniqueur militaire et politique, révèle au lecteur le sens des travaux militaires et politiques qui caractérisent les Commentaires sur la Guerre des Gaules (De bello Gallico) et les Commentaires sur la Guerre civile (De bello civili).

Cependant, le mémorialiste regarde rarement son personnage, ainsi que l'époque qu'il peint, à la manière froide de Jules César. Ainsi, le cardinal de Retz (1613-1679), qui dans son opposition à la politique de Mazarin se montra un grand homme d'action, mêle, dans ses admirables Mémoires (inachevés et dont une partie a été égarée), appréciations psychologiques et maximes à une chronique qui reste un des sommets de la littérature classique.

Le monde contemporain mis en scène

Le projet du mémorialiste n'est pas seulement de décrire un milieu, c'est aussi de s'attacher, tel un metteur en scène, à faire ressortir un geste, une figure, à mettre en valeur une réplique. Cette « mise en scène » fait le prix des mémoires de Théodore Agrippa d'Aubigné (Sa vie à ses enfants), de Bussy-Rabutin (Histoire amoureuse des Gaules) et surtout du duc de Saint-Simon (Mémoires). Même s'il ne fut que partiellement témoin des faits qu'il décrit, Saint-Simon règle, littérairement, le spectacle du règne de Louis XIV et de la Régence.

Parfois, c'est l'épistolier (→ correspondance), dont l'ambition est plus limitée, qui se fait mémorialiste d'occasion. Sa critique, plus spontanée, peut témoigner d'une vision du monde lucide ou exaspérée : la princesse Palatine, Anne de Gonzague, traite madame de Maintenon de « vieille ordure » et d'« empoisonneuse », mais elle correspond avec Gottfried Wilhem Leibniz, apprécie Molière, Nicolas Boileau et Jean Racine.

Quant aux mémoires de grands hommes politiques, comme ceux de Winston Churchill (Mémoires de guerre, 1948-1954) ou Dwight David Eisenhower, s'ils nous intéressent en tant que témoignages, ils n'atteignent pas au ton des grands mémorialistes du passé, que le général de Gaulle a tenté de retrouver dans ses Mémoires de guerre (1954-1959) et ses Mémoires d'espoir, qui sont aussi une longue réflexion sur la politique et l'histoire, entreprise similaire à celle de Trotski dans Ma vie, et aussi dans son Histoire de la révolution russe, événement dont il fut un des principaux acteurs.

La fragile frontière entre les mémoires et l’autobiographie

Selon le critique Jacques Lecarme, « il faut assurément, dans le principe, maintenir une opposition commode entre les mémoires et l'autobiographie, les premiers concernant le monde, l'histoire et les autres, c'est-à-dire une certaine objectivité de l'événement, la seconde, le moi, ses sentiments, ses souvenirs, autant dire une subjectivisation radicale des faits ».

Cependant, à partir des Confessions de Jean-Jacques Rousseau la littérature autobiographique se mêle de plus en plus étroitement aux mémoires, un genre nouveau apparaît, où la fiction, la confession et l'histoire se rejoignent : dans la Vie de Henry Brulard, Stendhal se livre à l'introspection et à la chronique, réfléchit sur son « moi » tel qu'il s'est formé dans une petite ville (Grenoble) à la veille de la Révolution et sous la Révolution.

Les Mémoires d'outre-tombe de René de Chateaubriand, sont l'œuvre d'un témoin et d'un rêveur plus que d'un acteur. Près d'un siècle plus tard, c'est dans l'œuvre romanesque de Marcel Proust (À la recherche du Temps perdu) que nous trouvons une description précise de la société française du début du xxe siècle. Lorsque Proust analyse les phénomènes de psychologie collective suscités par l'affaire Dreyfus ou la guerre de 1914-1918, il fait œuvre de mémorialiste pénétrant, tout en enrichissant son roman de nouvelles lignes de force.