Larousse agricole 2002Éd. 2002
L

luzerne (suite)

Culture.

En raison de la symbiose bactérienne indispensable à son développement et du besoin en oxygène des bactéries, la luzerne doit être implantée sur un sol bien drainé et dont la structure, aérée, permette un bon enracinement.

Les époques de semis se situent soit en fin d'été - début automne soit au printemps, dès que le sol commence à être réchauffé, en général vers fin mars - début avril. Le semis en automne comporte un risque en cas de gelée précoce, surtout si les conditions de levée ont été difficiles. Le semis de printemps échappe à cet inconvénient ; il permet en outre de semer sous couvert, de céréale ou de tournesol par exemple, qui apporte à l'agriculteur un revenu la première année. Il présente en revanche l'inconvénient de rendre le désherbage plus délicat et de réduire le rendement de la première année.

Suivant son utilisation ultérieure, la luzerne est semée pure ou en association avec une graminée. En semis pur, la dose de semis est de 20 à 25 kg/ha ; en association la dose de semence de luzerne est de l'ordre de 15 kg et celle de graminées de 10 kg. En raison de la petite taille de la graine, la profondeur de semis est faible (inférieure à 1 cm), ce qui nécessite un roulage avant et après le semis. L'écartement entre les lignes est de l'ordre de 15 cm.

Fertilisation.

Sauf en cas de carence avérée du sol en azote ou en matière organique pouvant nécessiter un léger apport au semis (de l'ordre de 15 à 20 kg), la luzerne ne nécessite pas d'engrais azoté. Elle est par contre très exigeante en potasse (25 kg par tonne de matière sèche) et relativement moins en anhydride phosphorique (10 kg environ par tonne de matière sèche). Les apports en anhydride phosphorique et en potasse doivent être réalisés lors de l'implantation, en quantités au moins égales aux exportations prévisibles, et complétés au cours des années suivantes par une fumure d'entretien pour compenser les exportations réelles. Par ailleurs, la faible adaptation de la luzerne aux sols acides nécessite des amendements calciques dans les sols à pH inférieur à 7.

Lutte contre les adventices.

Il n'existe pas de méthode systématique de lutte contre les adventices. Celle-ci dépend des circonstances et de la flore parasite présente. Un désherbage avant le semis se justifie s'il y a une forte probabilité de développement d'adventices susceptibles de concurrencer la culture pendant sa phase végétative. Par la suite, les coupes permettent d'éliminer des adventices annuelles, aussi bien graminées que dicotylédones. Un désherbage par voie chimique est toutefois nécessaire en présence d'une flore persistante d'adventices vivaces. Sur les luzernes installées, des désherbages de rattrapage sont possibles pendant la période de repos végétatif.

Une plante parasite peut causer des dégâts importants. Il s'agit de la cuscute (Cuscuta trifoli), plante sans feuille à fleurs blanches qui s'enroule étroitement autour des ramifications de la luzerne et entraîne son dépérissement. Pour enrayer son développement, qui est rapide, la seule solution est un désherbage complet des zones parasitées.

Maladies.

Les deux principales maladies sont la verticilliose et Pseudopeziza. La verticilliose est la maladie la plus importante ; on l'observe surtout en France au nord de la Loire. Elle provoque un jaunissement des feuilles, leur flétrissement, un nanisme de la plante ainsi qu'une dessiccation progressive des parties aériennes. Le choix de variétés offrant un certain degré de résistance à l'agent responsable (Verticillium) est le seul moyen de lutte, avec l'adoption de rotations longues, où la fréquence de retour de la luzerne n'excède pas 5 ans. Pseudopeziza est un champignon qui provoque des taches noires sur les feuilles. Sa prolifération a pour effet un dessèchement des feuilles et une diminution de la valeur fourragère. Sauf dans le cas de fortes attaques, Pseudopeziza est moins nocif que Verticillium.

Ravageurs.

Le négril, petite chenille de couleur noire, cause des dégâts sur le feuillage et sur les tiges les plus fines. La cécidomie, dont les larves s'introduisent dans les bourgeons et les stérilisent, peut causer des dégâts importants dans les cultures de luzerne destinées à la production de graines.

Rendement.

En moyenne, le rendement d'une luzerne pure est de 9 à 12 t de matière sèche par hectare en culture non irriguée, avec trois coupes (cycles) par an. La culture irriguée permet 4 coupes par an et un rendement de l'ordre de 15 à 16 t de matière sèche. Par rapport à une production sur trois cycles, le premier représente 50 % de la production totale, le deuxième 30 % et le troisième 20 %. En culture associée avec des graminées fourragères, le rendement d'ensemble de la luzerne et des graminées est du même ordre de grandeur, sans apport d'azote sur les graminées.

La teneur moyenne en matières azotées totales (MAT) est de 20 %, de sorte que pour un rendement de 12 t de matière sèche/ha, la production de protéines est de 2 t.

Utilisations.

Destinée à l'alimentation animale, la luzerne peut être utilisée en vert, fanée, ensilée ou déshydratée. Le pâturage est pratiqué dans de nombreux pays, mais il exige certaines précautions pour éviter le gaspillage et les risques de météorisation ; le rationnement et la préservation de la repousse sont alors nécessaires. L'ensilage est relativement simple à réaliser, à condition toutefois que la teneur de la luzerne en matière sèche soit au moins de 25 %, faute de quoi l'utilisation d'un conservateur acide est indispensable. La technique de l'enrubannage, qui consiste à ensiler les balles rondes sous un film étirable, permet de s'affranchir de la contrainte du conservateur. L'utilisation de foin en balles rondes de 250 à 300 kg, qui permet d'obtenir des foins de très bonne qualité, est cependant la pratique la plus répandue. La déshydratation de la luzerne a fortement progressé au cours des 30 dernières années. C'est le mode de récolte qui préserve le mieux les qualités du fourrage. La luzerne déshydratée peut être conditionnée sous différentes formes (bouchons, fibres) qui permettent le mélange avec d'autres aliments concentrés.