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Norvège

en norvégien Norge

Nom officiel : royaume de Norvège

Carton de situation - Norvège
Oslo
Oslo

État d'Europe du Nord, ouvert sur l'océan Atlantique (mer de Norvège), la Norvège occupe la partie occidentale de la péninsule scandinave ; elle est bordée au nord par l'océan Arctique, la mer de Barents, à l'est par la Russie, la Finlande et la Suède, au sud, par le Skagerrak et la mer du Nord.
La Norvège est membre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

  • Superficie : 325 000 km2
  • Nombre d'habitants : 5 043 000 (recensement de 2013)
  • Nom des habitants : Norvégiens
  • Capitale : Oslo
  • Langue : norvégien
  • Monnaie : krone (couronne norvégienne)
  • Chef de l'État : Harald V
  • Chef du gouvernement : Erna Solberg
  • Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire
  • Constitution :
    • Entrée en vigueur : 17 mai 1814
Pour en savoir plus : institutions de la Norvège

GÉOGRAPHIE

Occupant la partie occidentale de la péninsule scandinave, la Norvège, étirée sur plus de 1 500 km, est une région montagneuse (en dehors du Nord, où dominent les plateaux) et forestière. Le littoral est découpé de fjords, sur lesquels se sont établies les principales villes, Oslo, Bergen, Trondheim, Stavanger. Malgré la latitude, le climat, adouci par les influences atlantiques, autorise, au moins dans le Sud, les cultures (céréales, pommes de terre). L'élevage (bovins et ovins) et, plus encore, la pêche et l'exploitation de la forêt conservent un poids notable. La métallurgie et la chimie (liées à l'abondante production hydroélectrique) demeurent les industries dominantes et la flotte marchande procure des revenus supplémentaires. Mais l'exploitation des hydrocarbures de la mer du Nord est devenue l'atout essentiel. Les dividendes du pétrole et du gaz naturel et un modèle social performant placent le pays au tout premier rang mondial pour le développement humain.

1. Les conditions naturelles

Les montagnes norvégiennes proviennent du très ancien bouclier scandinave qui a été à de nombreuses reprises aplani, puis soulevé. L'ensemble de ces formes de relief a été modifié par l'importante glaciation quaternaire, véritable inlandsis qui n'a épargné que l'extrémité occidentale des îles Lofoten et Vesterålen. Cet énorme glacier a pratiquement disparu, non sans avoir remodelé le paysage (quelques glaciers persistent encore, ils s'étendent sur les hauts plateaux et s'écoulent lentement jusqu'aux glaciers de vallée qui leur servent d'émissaires). L'extension de ces glaciers, qui dépend directement des aléas climatiques, est maximale au xviiie s., et leur fusion provoque un relèvement général bien que très irrégulier du continent par compensation isostatique. Les nouvelles terres ainsi émergées sont recouvertes par des sédiments marins beaucoup plus favorables à l'agriculture que les moraines qui tapissent l'ensemble des régions anciennement englacées. Les lambeaux morainiques déposés sont des terres lourdes et acides, favorables à la formation des tourbières sur les hauts plateaux mal drainés, les fjälls, ou fjells. Les fjälls sont situés au-dessus de la limite de la forêt, gelés pendant la plus grande partie de l'année ; de nombreux lacs emplissent les dépressions de ces hauts plateaux incisés par quelques vallées profondes et isolées, formant de véritables pays : Østerdal, Hallingdal, Humedal, Telemark, etc. Du côté de la mer, le glacier a découpé dans ces montagnes de multiples fjords, autre forme de paysage grandiose et caractéristique. Tous les types de fjords sont représentés en Norvège, depuis la simple encoche jusqu'au Sognefjord, dont l'extrémité se situe à plus de 150 km de la mer. Les fjords, encastrés dans la montagne, débouchent sur des parois abruptes, véritables « bouts du monde » qui ne facilitent pas l'installation d'axes de communication. Ce n'est que dans le Sud-Ouest que la côte à fjords disparaît, la montagne s'éloignant de la mer. Autre caractéristique du littoral norvégien : l'existence d'une large plate-forme d'érosion, appelée strandflat. Cette surface d'aplanissement polygénique frange une grande partie de l'abrupte côte norvégienne et se prolonge sous la mer, parfois sur plusieurs dizaines de kilomètres.

La douceur et l'humidité du climat sont exceptionnelles pour la latitude, surtout dans le Sud-Ouest, en raison de la proximité des eaux atlantiques. Les conditions favorables aux pâturages et aux forêts se dégradent rapidement, tant en altitude qu'en latitude. Vers l'est, les montagnes font obstacle à la pénétration de l'influence adoucissante des vents de sud-ouest ; le climat est donc plus rude et plus continental : si Bergen reçoit 2 000 mm de précipitations par an, Oslo n'en reçoit plus que 750. Vers le nord, la longueur de l'hiver s'accentue tandis que diminue l'intensité de l'insolation estivale, déterminant ainsi une ambiance tout à fait arctique.

Compte tenu de ces conditions physiques, il est de tradition de distinguer 5 grandes régions : le Sørland, l'Østland, le Vestland, le Trøndelag (qui constituent ensemble la Norvège du Sud) et la Norvège du Nord (Nord Norge).

Dans cette région, la végétation passe progressivement à des forêts rabougries et à des pâturages pour rennes ; le Finnmark, au nord, est le prolongement de la Laponie suédoise et finlandaise, largement ouverte sur l'océan Arctique. Plus au sud, la province de Tromsø est extrêmement pittoresque en raison de l'imbrication constante de la mer et de la montagne ; celle-ci se prolonge dans la mer par les îles Lofoten et Vesterålen, série de sommets isolés par le Vestfjord, que prolonge l'Ofotfjord. La rigueur des conditions climatiques et les difficultés de communication font de ce Nord une région rude et peu peuplée. Ces conditions s'atténuent en Norvège du Sud. L'Østland est la région la plus favorable à l'agriculture, elle correspond aux bassins hydrographiques des fleuves tributaires du fjord d'Oslo, Glåma et Drammen ; c'est une région déprimée, propice au passage des grands axes de communication et par là même assez peuplée. Le Vestland, par contraste, est formé par de hauts plateaux disséqués par de courtes vallées conduisant aux grands fjords (Sognefjord, Hardangerfjord, etc.). Le Sørland est une zone de transition entre le Vestland et l'Østland, formée par des montagnes s'abaissant graduellement jusqu'au Skagerrak. Quant au Trøndelag, il sert de transition entre la Norvège du Nord et la Norvège du Sud. C'est une dépression ouverte à la fois vers l'océan Atlantique par le fjord de Trondheim et vers la Suède par le Jämtland.

2. Une économie « ouverte » sous contrôle étatique

La Norvège des années 1970 est celle de la croissance liée à la découverte puis à l'extraction du pétrole et du gaz naturel en mer du Nord. Les revenus des hydrocarbures ont favorisé l'extension du système de protection sociale de l'État providence norvégien, qui connaît les mêmes défis que les autres pays industrialisés. La population vieillit (l'accroissement naturel est de 0,37 % et l'espérance de vie de 79 ans), le nombre de retraités s'accroît alors que le marché du travail montre des signes de faiblesse. Dès 1986, le pays connaît une période de récession consécutive à la baisse du dollar (valeur d'échange du pétrole brut) et le chômage, jusque-là contenu, atteint son niveau record en 1993 (6 %). Le gouvernement mit alors en place une politique d'austérité qui s'est avérée fructueuse : une inflation faible (1,3 % en 1996) et stabilisée, un budget excédentaire depuis 1989 et l'un des niveaux de vie les plus élevés du monde. La consommation privée (4,6 % en 1996) et les investissements reprennent. Fragilisée par une dépendance croissante, la Norvège doit diversifier ses exportations en modernisant ses activités traditionnelles et en investissant dans les secteurs de pointe. Avec une demande intérieure particulièrement faible – le pays n'a que 4,4 millions d'habitants –, le commerce extérieur est crucial pour sa santé économique. Enfin, le chômage est redescendu à 3,2 % de la population active en 1999, et la reconversion des emplois industriels (23 % de la population active en 1995) ainsi que ceux du secteur primaire (5 %) a pu se faire sans heurts grâce aux nombreux emplois créés dans les services publics et privés subventionnés par les revenus du pétrole. Cette société du bien-être exige des dépenses publiques élevées et une imposition plus lourde que dans la plupart des autres pays – trop lourde au gré de nombreux contribuables.

3. Les atouts de l'économie norvégienne : les ressources hydrauliques et pétrolifères

À la base de sa croissance, la Norvège dispose de sources d'énergie considérables qui ont favorisé le développement de son industrie : 43 % de l'énergie est produite par l'hydroélectricité et par le pétrole, 7 % par le gaz naturel, 4 % par le charbon et 3 % par le bois.

Deuxième producteur européen d'énergie hydraulique après la Russie, la Norvège dispose d'un potentiel considérable. Ses ressources ont ainsi contribué, au début des années 1960, à faire de la Norvège un géant mondial de l'électrométallurgie, et surtout de l'aluminium – elle occupe le septième rang mondial en 1999 –, ainsi qu'un gros producteur d'électrochimie (fertilisateurs), secteur étroitement lié à l'exportation. La géographie du pays renchérit cependant les coûts de construction et d'entretien des infrastructures.

Mais ce sont surtout le pétrole et le gaz naturel qui sont à l'origine du « miracle » économique norvégien. En 1969, la compagnie américaine Philips découvre le premier gisement important de pétrole, dénommé Ekofisk, qu'elle exploite dès 1971. Aujourd'hui, les quatre plus grands complexes – Ekofisk, Statfjord, Gullfaks et Oseberg – produisent 80 % du pétrole norvégien. Au neuvième rang mondial pour la production, la Norvège est cinquième exportateur mondial. Sa compétence en matière de technologie pétrolière est également sur le point de devenir un produit d'exportation. Quant à l'extraction de gaz, elle a débuté en 1978 pour atteindre aujourd'hui le septième rang mondial. En l'absence de nouvelles découvertes, la production de pétrole devrait décroître dans le courant du xxie s. tandis que les réserves de gaz devraient pouvoir satisfaire un niveau d'extraction similaire à l'actuelle pendant encore un siècle.

Le pétrole a contribué à bouleverser les structures productives du pays. Désormais, les industries de haute technologie, telles l'ingénierie et l'informatique, sont souvent liées à son exploitation. De nombreux emplois en dépendent et sont menacés en cas de récession. La Norvège cherche donc à étendre son activité dans le Grand Nord et à accroître sa participation dans des entreprises situées hors de son territoire.

Quant aux activités minières de la Norvège, elles restent limitées. La plupart se trouvent dans le Nord, où sont concentrées mines de cuivre et de pyrite. L'archipel de Svalbard extrait du charbon tandis que le fer est localisé près de la frontière russe.

4. Le transport maritime et le commerce extérieur

L'industrie navale, qui repose sur une tradition séculaire, a connu un grave déclin dans les années 1970. La reconversion de ses activités s'est effectuée au profit de l'industrie extractive, de l'agroalimentaire, de la chimie, de la papeterie ou de l'ingénierie. La moitié des employés résident dans l'Østland et dans le Vestland, où la découverte de gaz et de pétrole a eu un impact important.

C'est surtout la marine marchande qui a le mieux réussi à s'adapter au transport d'hydrocarbures : son dynamisme l'a porté au quatrième rang mondial. Les armateurs norvégiens détenaient, en 1993, presque 10 % de la flotte mondiale et 20 % de la flotte mondiale offshore (navires de forage et d'exploitation). En ce qui concerne le courtage, 20 % des transactions sont entre les mains des Norvégiens. Hydrocarbures non compris, un quart des revenus à l'exportation provient des transports maritimes. La Norvège réalise 87 % de ses exportations par bateau.

5. La pêche, activité modernisée mais assistée

L'État a massivement investi dans la pêche, qui reste un secteur important pour le marché intérieur comme pour l'exportation. Sa flotte s'est considérablement modernisée et spécialisée. Chalutiers et navires-usines se sont multipliés pour la pêche lointaine. Le pays se place d'ailleurs au dixième rang pour les prises de poissons en 1996. Les espèces employées dans la production de farine ou d'huile, tel le capelan, prédominent. Ce secteur a longtemps été l'une des principales ressources à l'exportation. En 1995, il représentait 2 % des prises mondiales et 8 % des exportations norvégiennes, dont 35 % de saumons et de truites. Beaucoup d'usines de traitement se trouvent dans la région de Vestlandet, et au nord dans le Finnmark, ainsi que dans les fjords des îles Lofoten. De 1985 à 1995, la production des fermes aquacoles, activité de pointe encouragé par l'État, a été multipliée par neuf afin de compenser l'appauvrissement des réserves de poissons marins et de répondre à la demande internationale. En effet, la surexploitation menace certaines espèces (morue et hareng), et la chasse à la baleine, spécialité norvégienne, a décliné en raison de son impopularité et de la rareté du mammifère. La pêche constitue, avec ses activités dérivées, l'essentiel de l'activité économique de nombreux districts côtiers, en particulier ceux du Nord. Il constitue donc un facteur crucial de la politique régionale.

6. Une agriculture et une sylviculture fortement subventionnées

Le secteur primaire ne représente qu'une part minime du P.N.B. et l'emploi y a fortement chuté. Cependant, il joue un rôle primordial pour la survie des communautés rurales, plus du quart des Norvégiens vivant à la campagne.

L'environnement est peu propice à l'agriculture et seuls 3 % de la superficie du pays font l'objet d'une activité agricole – contre 57 % dans la Communauté européenne. La majeure partie des productions est absorbée par le marché intérieur. La tendance générale est au recul des cultures au profit de l'élevage bovin et ovin, qui assure désormais au pays une quasi-autarcie en matière de consommation alimentaire d'origine animale (lait, beurre, viande, œufs, fromage). L'élevage de rennes (220 000 têtes en 1991) est l'une des particularités norvégiennes puisque les Samits – peuple aborigène du Grand Nord, représentant une minorité ethnique d'environ 30 000 personnes – bénéficient d'un droit exclusif sur cette pratique ancestrale, élément déterminant pour la préservation de leur culture. Quant à la production de céréales, elle est essentiellement destinée au bétail. La Norvège importe donc pratiquement la totalité des céréales destinées à l'alimentation humaine ainsi que ses fruits et légumes.

L'agriculture norvégienne est en fait un secteur très assisté. L'État garantit aux agriculteurs les mêmes revenus qu'au reste de la population et cherche à contenir l'exode rural. Quant à l'industrie agroalimentaire, elle représente 13 % des emplois industriels.

C'est souvent grâce à l'exploitation de la forêt que les agriculteurs complètent leurs revenus. Surtout composée de conifères, celle-ci recouvre 30 % de la superficie. La sylviculture assure aux scieries et à l'industrie de la cellulose et du papier des approvisionnements importants. Elle occupe le cinquième rang des exportations mais souffre de plus en plus de la concurrence de ses voisins scandinaves.

7. La dépendance économique norvégienne et la fragilisation de l'État providence

7.1. Le commerce extérieur, clé de la santé du pays

Avec une demande intérieure faible, la Norvège dépend largement de ses échanges économiques et par conséquent de la conjoncture internationale. Un dixième de sa population vit du commerce, dont le centre est l'Østland avec Oslo comme port principal. Le pays connaît d'importants excédents (7,2 % du P.N.B. en 1996), dus à la manne pétrolière mais aussi aux exportations traditionnelles. Il est aujourd'hui le plus grand exportateur de pétrole et de gaz naturel en Europe, mais vend également des métaux non ferreux, de l'aluminium, des poissons, des produits chimiques, du papier, du fer et de l'acier. Membre de l'Espace économique européen (E.E.E.), la Norvège a accès au marché intérieur de l'Union européenne (U.E.), avec qui elle effectue plus de 80 % de ces échanges. Elle a adopté les règles communautaires dans plusieurs domaines, dont la protection de l'environnement, le marché du travail et la défense du consommateur. Elle a également signé avec Bruxelles des programmes relatifs à la recherche, à la formation, au tourisme et aux P.M.E. Elle reste opposée à toute adhésion européenne – comme le soulignent les référendums de 1972 et de 1996 – surtout en raison de son secteur agroalimentaire (pêche, saumon, viande de baleine).

7.2. Le rôle de l'État de plus en plus contesté

Longtemps les finances publiques norvégiennes ont été plus saines que celles de la plupart des autres pays. Mais la récession économique et une politique de relance ont entraîné un affaiblissement budgétaire en 1989. À partir de 1994, les dépenses publiques sont contenues, alors que les recettes fiscales augmentent. L'équilibre budgétaire amélioré, l'État connaît un excédent en 1996 de 5,9 %. Ses principales ressources sont les cotisations de la sécurité sociale (28 %), les impôts sur le revenu et la richesse (17 %), différentes taxes dont la T.V.A. (40 %), et des prélèvements sur le pétrole et le gaz (15 %). Ses dépenses concernent la sécurité sociale et le logement (36 %), les services (19 %), l'éducation (8 %) et la défense (8 %). Les excédents nets du pétrole sont investis dans un portefeuille de valeurs géré par la Banque centrale sous la dénomination de « Fonds pétrolier » afin que les générations futures profitent de la croissance actuelle. En 1996, le nouveau gouvernement travailliste déclare donner la priorité aux exclus de la prospérité, aux personnes âgées, à l'éducation et à la formation – la population a déjà un niveau de formation élevé, le taux d'analphabétisme des plus de 15 ans étant de 1 % en 1992 et le taux d'inscription dans l'enseignement supérieur de 54,5 % en 1994. Ce discours réjouit la puissante Confédération générale du travail (L.O.), avec qui le gouvernement coopère dans sa lutte contre le chômage. La forte pression syndicale dans le domaine des salaires a cependant des répercussions dans le secteur industriel et fait reculer la productivité.

Replacé dans le contexte international, le bilan socio-économique de la Norvège demeure très positif. Mais le miracle pétrolier, qui nourrit l'État providence, est encore trop dépendant de la conjoncture internationale. Pour enraciner les bienfaits de cette prospérité, les Norvégiens devront accepter de « plafonner leur bien-être ».

HISTOIRE

1. Les origines

Au début de l'ère chrétienne, le Nord est peuplé par les Lapons, qui resteront longtemps isolés ; les vallées du Sud et du Sud-Ouest sont occupées par des Scandinaves. La société scandinave est dominée par des paysans propriétaires qui commandent à une clientèle d'esclaves, d'affranchis et de pauvres, et ajoutent à l'agriculture le commerce avec les Lapons ; réunis en assemblée, ils élisent le roi de leur vallée.

À l'époque des Vikings (ixe-xie siècle), des paysans pauvres partent coloniser les îles (Shetland, Féroé, Orcades) ; des propriétaires vont pratiquer le commerce, puis le pillage dans les îles Britanniques, conquérir les Hébrides, le nord de l'Écosse, Man, les ports de l'Irlande ; des seigneurs exilés par la royauté unitaire colonisent l'Islande et le Groenland (→  Normands). La Norvège est, selon la tradition, unifiée une première fois à la fin du ixe siècle par Harald Ier Hårfager (« à la belle chevelure ») ; mais, à sa mort, ses fils, qui se disputent le pays, se heurtent aux seigneurs du Nord-Ouest et aux Danois, qui font passer le Sud sous leur protectorat.

Le royaume de Norvège est rétabli par Olav Tryggvesson (995-1000), qui fonde la capitale de Nidaros (997) et commence la conversion de ses sujets, poursuivie par son cousin Olav II Haraldsson (1016-1030) : Knud le Grand, roi d'Angleterre et de Danemark, envahit la Norvège avec l'appui des chefs de l'Ouest, et Olav est tué à la bataille de Stiklestad. Knud désigne comme roi de Norvège son fils Sven, chassé par les Norvégiens (1034 ou 1035), qui rappellent Magnus (1035-1047), fils de saint Olav.

2. Le Moyen Âge

L'esprit viking reparaît encore chez Harald Hådråde (le Sévère) [1047-1066], le fondateur d'Oslo, qui est tué dans un débarquement en Angleterre, ou chez Sigurd (1103-1130), qui conduit ses escadres à la croisade. À la mort de Sigurd, les querelles dynastiques vont affaiblir le pouvoir royal ; en fait, chaque région s'attribue un souverain différent, le pouvoir réel revenant à l'aristocratie.

L'Église, puissante et bien organisée, rétablit une légitimité dynastique en sacrant pour la première fois un roi de Norvège, Magnus V Erlingsson (1163). Sverre Sigurdsson (1180-1202) impose aux nobles comme aux clercs l'obéissance au pouvoir royal. Son petit-fils Haakon IV Haakonsson (1217-1263) profite de la fin des guerres civiles pour récupérer les Orcades, les Shetland, l'Islande et le Groenland, mais il périt en disputant les îles au roi d'Écosse, et son successeur devra céder les Hébrides et Man (1266).

Si Haakon IV a réduit momentanément les seigneurs et le haut clergé, Magnus VI Lagaböte (le Législateur) [1263-1280] organise une hiérarchie féodale et accorde des privilèges aux marchands allemands. Manquant de ressources, ses successeurs empruntent à la Hanse, qui domine bientôt l'économie norvégienne et empêche la formation d'une bourgeoisie nationale. En 1349, la Norvège est frappée par la peste noire, qui atteint près des deux tiers de la population. Des émigrants suédois, danois et allemands envahissent le royaume, tandis que la pauvreté et la récession économique s'étendent sur le pays pour plusieurs siècles.

3. L'Union avec le Danemark et la Suède

Haakon V Magnusson (1299-1319) marie sa fille unique au frère du roi de Suède, et son petit-fils Magnus VII Eriksson (1319-1343) réunit les deux royaumes, qui se séparent avant sa mort. Mais le second fils de Magnus, Haakon VI (1355-1380), épouse Marguerite, héritière de Valdemar IV Atterdag, roi de Danemark, et hérite de son frère Erik la Suède, qu'il doit disputer à Albert de Mecklembourg. Marguerite, régente en Danemark et en Norvège pour son fils Olav (1380-1387), finit par anéantir le parti d'Albert de Mecklembourg. Après la mort de son fils, elle choisit pour héritier son petit-neveu, Erik de Poméranie, qu'elle fait reconnaître par la noblesse des trois royaumes (→ Union de Kalmar, 1397). La Norvège est sacrifiée dans l'Union : confiée à des administrateurs danois, elle perd les Orcades et les Shetland, engagées par Christian Ier au roi d'Écosse (1468).

4. La nation norvégienne

L'Union détruite après que la Suède a retrouvé son indépendance avec Gustave Vasa (1523), le royaume de Norvège n'est plus qu'« une dépendance du royaume de Danemark », qui lui impose le luthéranisme (1537) et sa langue ; la marine hollandaise remplace les Hanséates dans l'exploitation du pays. Les défaites du roi de Danemark font perdre à la Norvège le Jämtland et le Härjedalen (paix de Brömsebro, 1645), le Bohuslän et Trondheim (paix de Roskilde, 1658), qui vont à la Suède.

Mais le développement de l'exploitation des forêts et des mines de fer, la renaissance de la marine au xviie siècle placent à la tête de cette nation de paysans une élite de commerçants, au moment où les mesures prises par le roi en faveur de la classe rurale (achat des terres mises en vente par la Couronne à partir de 1660) font reculer la noblesse récemment transplantée du Danemark.

Le xviiie siècle, au cours duquel les paysans sans terre se révoltent plusieurs fois contre les paysans propriétaires qui les exploitent durement, est marqué par la renaissance intellectuelle, qui affirme le sentiment national à l'encontre du Danemark. La flotte norvégienne, qui a profité de la neutralité pendant les guerres franco-anglaises du xviiie siècle, est ruinée par la riposte britannique au Blocus continental : le royaume du Nord, coupé du Danemark, est réduit à la famine. Bernadotte, régent de Suède, contraint Frédéric VI, roi de Danemark, à lui céder la Norvège (paix de Kiel, janvier 1814) ; mais le régent danois, le prince Christian-Frédéric, réunit une Assemblée nationale, qui lui offre la couronne et vote la Constitution d'Eidsvoll (ou Eidsvold) de mai 1814. L'invasion suédoise oblige la Norvège à accepter l'Acte d'union (6 août 1815) avec la Suède, de portée limitée : les deux royaumes n'ont en commun que la personne royale et le ministre des Affaires étrangères. Bernadotte a dû accepter la Constitution libérale de 1814, qui donne tout le pouvoir législatif à un Storting élu au suffrage censitaire large, ne laissant au roi qu'un veto suspensif.

Il doit finalement accepter la révision de l'Acte d'union, qui donne un drapeau national à la Norvège et supprime le vice-roi. L'essor de l'économie norvégienne se poursuit : la pêche, le cabotage, le transport pour le compte d'autres nations font de la flotte norvégienne la troisième du monde ; au début du xxe siècle, l'utilisation de la houille blanche permet le développement de l'électrochimie. Ce pays prospère, qui fait de gros efforts pour répandre l'instruction, connaît un essor littéraire et artistique dans la seconde moitié du xixe siècle

Le chef de la gauche, Johan Sverdrup, oblige le roi Oscar II à reconnaître le régime parlementaire en Norvège (1884). En 1905, c'est la rupture avec la Suède : le 7 juin, le Storting déclare qu'Oscar II cesse d'être roi de Norvège. La Suède accepte alors la séparation. Après un plébiscite décidé par le Storting, la Norvège choisit un prince danois, qui devient le roi Haakon VII (novembre 1905).

5. La construction d'une social-démocratie indépendante

Sur la scène internationale, la Norvège est passée de la neutralité du début du siècle à un engagement actif aux côtés des Occidentaux dès le début de la guerre froide. Sur le plan intérieur, les travaillistes ont façonné une social-démocratie dont le pilier fut l'État providence. La crise économique des années 1970 et 1980 et la construction européenne sont venues ébranler les choix d'une population jusque-là consensuelle.

5.1. De la neutralité de la Norvège à son engagement politique international

En dépit de ses liens avec le Royaume-Uni, la Norvège reste neutre pendant la Première Guerre mondiale. Déjà très dépendante de ses échanges extérieurs, elle souffre cependant des conséquences des hostilités et perd 43 % de sa flotte commerciale. Privée de l'Islande et des Féroé, qui sont restées danoises en 1814, la Norvège doit également renoncer au Groenland (1933) et se contenter de l'archipel du Svalbard par le traité de Paris de 1920.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, la Norvège tente de maintenir sa politique de neutralité, mais sa situation géographique comme ses intérêts économiques mettent en péril sa position. Pendant la phase russo-finlandaise du conflit, elle rejette la demande franco-britannique de faire transiter sur son territoire des troupes pour secourir la Finlande. Le 8 avril 1940, le Royaume-Uni et la France annoncent qu'ils ont miné ses eaux territoriales afin d'éviter leur utilisation par les Allemands. Le lendemain, ces derniers envahissent le pays et se rendent maîtres des ports les plus importants.

Pour en savoir plus, voir l'article campagne de Norvège.

Vidkun Quisling, à la tête du parti pronazi Nasjonal Samling (« Union nationale »), se proclame chef du gouvernement tandis que le roi Haakon VII et ses ministres rejoignent Londres et forment un gouvernement d'exil. Ralliés par la flotte de guerre et de commerce, ils soutiennent la lutte des Alliés à laquelle collabore activement la résistance clandestine intérieure (comme le démontrera la bataille de l'eau lourde en 1944). Lors de l'occupation allemande, tous les partis, à l'exception du Nasjonal Samling, ainsi que le Storting sont dissous. La monarchie est abolie. V. Quisling proclame la loi martiale sur l'ensemble du pays et forme un gouvernement de collaboration (février 1942), qui n'a ni appui populaire ni complète confiance des Allemands. Ceux-ci sont contraints de quitter le pays le 8 mai 1945.

La Norvège devient membre des Nations unies en 1945 et, à la suite du « coup de Prague » en Tchécoslovaquie (1948), adhère à l'OTAN (1949). La perte de la neutralité est alors tacitement approuvée par les Norvégiens aux élections législatives de 1949. La Norvège devient un des membres fondateurs de l'Association européenne de libre-échange (AELE), constituée en 1960. Par ailleurs, si les pays scandinaves n'ont guère pu s'entendre sur la ratification du Nordek (Communauté économique nordique), ils renforcent leurs domaines de coopération. Enfin, le pays joue un rôle actif au sein de l'ONU et participe notablement à l'aide aux pays en voie de développement.

5.2. L'ère travailliste et la construction de l'État providence

Le gouvernement, dominé au début du siècle par les libéraux, fait de la Norvège un des États les plus modernes d'Europe en matière d'avancées sociales (allocations chômage, pensions de retraite, divorce) sur fond de mutations économiques liées à la révolution industrielle. Le pays a adopté le suffrage universel en 1898 et admet le vote des femmes dès 1913, ainsi que l'égalité des sexes sur le marché du travail. Les femmes ont depuis un rôle éminent en politique.

La crise économique de 1929 amène les travaillistes au pouvoir en 1935, avec l'aide d'une classe ouvrière déprimée (30 % des salariés de l'industrie sont au chômage). Mais, contraint de s'appuyer sur les agrariens – parti des agriculteurs –, le gouvernement ne peut engager que des réformes limitées.

Après la guerre, les élections d'octobre 1945 ramènent au pouvoir les travaillistes. Leur représentation s'accroît aux élections de 1949 et surtout de 1957 (plus de 48 % des suffrages). Ceux-ci mettent à profit ces années pour pratiquer une politique interventionniste, construire une social-démocratie et un État providence.

L'économie norvégienne souffre de la guerre, et les difficultés financières ont pour corollaire le maintien et l'extension du rôle de l'État dans l'économie. La reconstruction nécessite des emprunts étrangers et les aides du plan Marshall (1947) sont les bienvenues.

Les élections législatives de 1961 marquent, pour la première fois depuis 1945, un recul des voix travaillistes, qui n'obtiennent pas la majorité au Parlement. Les élections de 1965 confirment cette tendance en rejetant ces derniers dans l'opposition.

Le roi Olaf V, qui a succédé à son père Haakon VII décédé en 1957, demande à Per Borten, chef du parti du Centre, de former un gouvernement. Celui-ci dirige alors une coalition regroupant conservateurs, libéraux et agrariens mais met en application les projets de loi préparés par le gouvernement socialiste (institution des retraites complémentaires, prolongation de la scolarité). Aux élections de 1969, ces quatre partis gardent une faible majorité de sièges.

5.3. L'engagement politique international de la Norvège

N'étant pas membre de l'Union européenne, la Norvège a cherché à promouvoir l'importance d'autres organisations européennes ou internationales dont elle est membre à part entière. Au sein de la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), à laquelle elle adhère dès 1973, la Norvège prend une part active dans sa transformation en 1995 en Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Toutefois l'OTAN, dont elle est membre depuis 1949, demeure une pierre angulaire de sa conception de la sécurité. La Norvège y soutient le développement de relations de l'Alliance atlantique avec les pays d'Europe centrale et orientale, lors de la création du Conseil de partenariat euro-atlantique, du partenariat pour la paix ou de l'élargissement à l'Est. Elle participe aux forces de maintien de la paix de l'OTAN en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo, et est également impliquée, à la suite des attentats terroristes de septembre 2001 contre les États-unis, dans l'opération Active Endeavour visant à sécuriser les conditions du trafic maritime commercial en Méditerranée et dans l'opération Enduring Freedom conduite par les États-Unis en Afghanistan. À plusieurs reprises, elle a engagé ses troupes – plus de 41 000 Casques bleus depuis l’origine – au service des forces de l'ONU et plusieurs personnalités norvégiennes ont occupé des postes clés de l'organisation depuis sa fondation : outre Trygve Halvdan Lie, premier secrétaire général de l'organisation de 1946 à 1952, Mme G. H. Brundtland, ancien chef du gouvernement norvégien, a présidé la Commission mondiale pour l'environnement et le développement de 1983 à 1987 et l'ancien ministre des Affaires étrangères Thorvald Stoltenberg a été Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés en 1990. Enfin, depuis la signature de l'accord d'Oslo en 1993, la Norvège apparaît comme un médiateur international dans de nombreux conflits internes : outre l'Afghanistan, l'Iraq et les Balkans, elle intervient également au Colombie, au Sri Lanka, en Haïti, au Soudan du Sud et au Darfour, ainsi qu'aux Philippines. En 2007, elle reconnaît immédiatement le nouveau gouvernement d'union nationale palestinien formé avec des membres du Hamas (→ Question palestinienne).

6. Le temps des doutes : la fin d'une vision consensuelle de la société

Depuis le début des années 1980, la société s'est départie de sa tendance collectiviste et solidaire. En février 1981, une femme accède au poste de chef de gouvernement : Mme Gro Harlem Brundtland, travailliste, succède à Odvar Nordli. Mais la défaite des travaillistes aux élections législatives de 1981 consacre la progression des formations conservatrices, notable depuis le milieu des années 1970. Le prix du pétrole diminue brutalement en 1985 et 1986 et la récession qui s'ensuit pousse le gouvernement, dirigé par le conservateur Kaare Willoch, à pratiquer une politique d'austérité. Il tente de maîtriser un chômage record avant d'élargir sa coalition aux petits partis centristes (1983) et de bénéficier du soutien du parti du Progrès (populiste), devenu parti charnière aux élections de 1985. Mais le refus du Parlement d'accepter son plan de rigueur entraîne sa chute et le retour des travaillistes au pouvoir (1986). Le cabinet Brundtland (1986-1989), dans l'incapacité de résoudre les difficultés économiques et de maîtriser le chômage (hausse de 6 %), recule aux élections de 1989 et s'efface devant une coalition tripartite de centre droit dirigée par J. P. Syse. Ces élections législatives montrent que les deux grands partis traditionnels (travailliste et conservateur) subissent un sérieux échec au profit du petit parti populiste, le parti du Progrès.

6.1. La question européenne, intégration sans adhésion

L'entrée dans le Marché commun (CEE) suscite dès 1970 une vaste mobilisation de l'opinion publique et débouche sur des crises gouvernementales qui renversent plusieurs cabinets. À l'issue d'un référendum national consultatif (septembre 1972), les Norvégiens rejettent l'entrée de leur pays dans la C.E.E. N'ayant pas trouvé de position unitaire sur les relations à nouer avec Bruxelles, le gouvernement Jan P. Syse échoue à son tour en 1990 et il est remplacé par un nouveau cabinet travailliste dirigé par Mme G. H. Brundtland. En janvier 1991, le roi Olav V meurt et Harald V, son fils, lui succède.

Le gouvernement Brundtland se montre favorable à l'adhésion de la Norvège à l'Union européenne (UE) et, en 1992 – vingt ans après le premier refus des Norvégiens –, il dépose une nouvelle demande d'adhésion. Les travaillistes remportent les élections de 1993, mais, le 28 septembre 1994, à l'issue d'un référendum qui suscite une forte participation (88,8 %), les Norvégiens se prononcent une nouvelle fois, par 52,2 % des suffrages, contre l'adhésion de leur pays à l'Union européenne. Si certains craignent que l'appartenance à l'U.E. ne réduise les subventions agricoles et affecte leurs droits de pêche exclusifs, d'autres y voient une remise en cause de l'État providence.

En octobre 1996, Mme G. H. Brundtland démissionne. Thorbjørn Jagland, chef du parti travailliste depuis 1992, lui succède jusqu'à la formation du gouvernement ultra-minoritaire du chrétien-démocrate Kjell Magne Bondevik en octobre 1997, second gouvernement centriste de l'histoire de la Norvège. K. M. Bondevik réussit à se maintenir au pouvoir pendant plus de deux ans, mais il est contraint de démissionner en mars 2000. Le nouveau Premier ministre, travailliste et pro-européen, Jens Stoltenberg, cherche à rapprocher son pays de l'UE, tout en restant très prudent quant à l'organisation d'un troisième référendum. Aux élections législatives de septembre 2001, le parti travailliste – talonné par les conservateurs (respectivement 43 et 38 sièges) – enregistre son plus mauvais score depuis près de les années 1920. J. Stoltenberg tente de se maintenir au poste de Premier ministre mais ne parvient pas à former un cabinet avec les travaillistes. En octobre, K. M. Bondevik forme alors un gouvernement minoritaire constitué des conservateurs, des chrétiens-démocrates et des libéraux. Paradoxe du royaume, le pays s'enrichit mais les écarts se creusent. Et la politique menée par la coalition minoritaire, s'efforçant de maintenir à 4 % le prélèvement des sommes investies dans le Fonds du pétrole pour équilibrer le budget, ne parvient ni à enrayer la pauvreté ni à apaiser les préoccupations de la population concernant les crèches, les hôpitaux, les écoles ou les maisons de retraite.

Le pays, membre de l'Espace économique européen (EEE), a déjà un accès au marché intérieur de l'UE et a adopté de nombreuses règles communautaires (dans les domaines de l'environnement, du marché du travail…). De plus, observatrice de l'espace Schengen depuis 1996, la Norvège y est intégrée depuis mars 2001 ainsi que les quatre autres pays nordiques (le Danemark, la Finlande et la Suède et, hors UE, l'Islande).

6.2. Le retour des travaillistes et la percée des populistes

La coalition dite « rouge verte » incluant les travaillistes, les socialistes et les centristes, remporte la majorité absolue des sièges (87 sur 169) aux élections législatives de septembre 2005. Progressant de plus de 8 %, le parti travailliste, dirigé par J. Stoltenberg depuis 2002, obtient 61 sièges. Alors que le parti conservateur et le parti chrétien-démocrate reculent fortement, l'autre grand vainqueur du scrutin est le parti du Progrès (droite populiste) qui enregistre le meilleur score de son histoire et qui devient la deuxième force politique du pays avec 22 % des voix et 38 sièges au détriment des conservateurs qui reculent de 21,2 % à 14,1 % des suffrages et des chrétiens-démocrates (6,8 % contre 12,4 % en 2001). En octobre, J. Stoltenberg forme un gouvernement de centre gauche et paritaire.

En octobre 2009, en obtenant 86 sièges, cette coalition conserve de justesse sa majorité à l'issue des élections législatives. Avec 35,4 % des suffrages et 64 sièges, son meilleur résultat depuis 1997, le parti travailliste est le grand vainqueur du scrutin tandis que le parti du Progrès remporte 41 sièges, conservant sa deuxième place devant le parti conservateur qui progresse également (30 sièges). Alors que la Norvège résiste bien à la crise économique internationale, le Premier ministre J. Stoltenberg s'engage à poursuivre sa politique axée sur le développement durable, la sécurisation de l'emploi et la rénovation de l'État providence.

Comme l’avait relevé, entre autres, le rapport de la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance, publié en février 2009, la Norvège, à l'instar de ses voisins scandinaves, en particulier la Suède, n'est pas à l'abri d'une islamophobie rampante. Mais rien ne laissait présager que ce pays, l’un des moins violents d’Europe et du monde, serait la cible d’un attentat comme celui du 22 juillet 2011 : l’explosion d’une voiture piégée dans le quartier gouvernemental d’Oslo suivie peu après d’une tuerie de masse parmi de jeunes militants travaillistes réunis sur l’île d’Utøeya (40 km de la capitale). Si l’acte, longuement préparé, reste isolé, l’hostilité envers la communauté musulmane et l’opposition au « multiculturalisme », plus spécifiquement à la politique d’ouverture du gouvernement social-démocrate à l’égard des immigrés, semblent bien avoir motivé leur auteur, un Norvégien, extrémiste de droite et ancien membre du parti du Progrès. Ce massacre (au moins 76 morts), le premier et le pire commis en Norvège depuis la Seconde Guerre mondiale, provoque la stupeur et la mobilisation des dirigeants et d’une population qui pensaient être à l’abri de telles actions terroristes.

6.3. La victoire sans triomphe des conservateurs

En septembre 2013, c’est avec un certain soulagement que les travaillistes, donnés perdants dans les sondages, accueillent la victoire toute relative des conservateurs. Le parti travailliste conserve en effet sa première place avec près de 31 % des suffrages, mais il perd 9 sièges. Ses alliés socialistes et centristes reculant également, la coalition de centre -gauche doit laisser la place à la droite.

Recueillant 27 % des voix environ, le parti conservateur retrouve un niveau jamais atteint depuis 1985. Le poids électoral des chrétiens-démocrates restant stable et les libéraux retrouvant une certaine vigueur, cette progression semble bien s’être surtout effectuée au détriment du parti du Progrès, desservi par l’attentat d’Utøeya, mais qui, avec 16 % des voix et 29 sièges, arrive quand même en troisième position et devient le principal partenaire de la nouvelle coalition. En octobre, pouvant compter sur le soutien extérieur des libéraux et des chrétiens-démocrates, Erna Solberg, présidente du parti conservateur, forme ainsi un cabinet minoritaire (strictement paritaire) dans lequel le parti du Progrès, qui participe pour la première fois au pouvoir, obtient sept ministères sur dix-huit dont ceux des Finances et du Pétrole.