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désertification

Sécheresse
Sécheresse

Phénomène de dégradation des terres survenant dans les régions sèches de la planète.

La désertification affecte les terres cultivées comme les milieux naturels ; elle correspond à une dégradation du couvert végétal et un appauvrissement des sols. Ces facteurs entraînent l'érosion de la couche de terre (par le vent et par l’eau), jusqu’à – au stade ultime du processus – mettre la roche sous-jacente à nu.

Le processus de désertification a pour origine une conjonction de facteurs, notamment :
– des conditions climatiques difficiles (précipitations faibles, vents violents, chaleur excessive...) et des sols fragiles (sols minces, sablonneux) ;
– des activités humaines inappropriées comme les incendies volontaires, le surpâturage, la surexploitation agricole des sols, la déforestation, les pratiques d’irrigation inadaptées, etc.

1. Une menace pour les régions sèches

La désertification est un phénomène qui touche les régions sèches, où les précipitations sont faibles : les zones arides (qui reçoivent entre 100 et 200 mm d’eau par an), les zones semi-arides (entre 200 et 500 mm dans les régions à pluies hivernales, et 800 mm dans les régions à pluies d’été) et les zones subhumides sèches (régions à pluies saisonnières abondantes) – les déserts, avec moins de 100 mm d’eau par an, sont des régions qualifiées d’hyperarides. Ces régions sèches représentent environ 40 % des terres émergées, soit 5,45 milliards d’hectares (les déserts couvrent quant à eux 1 milliard d’hectares environ), et sont occupées par le tiers de la population mondiale (environ 2,3 milliards de personnes). Elles bordent naturellement les déserts, qui s'alignent principalement sur les tropiques, mais elles existent aussi à l'abri de certaines montagnes car celles-ci arrêtent les pluies et/ou sont à l'origine d'un vent sec et chaud, le fœhn. Dans d'autres régions, l'aridité est due à des courants océaniques froids apportant peu de pluie aux côtes qu'ils longent, tel que le courant de Humboldt qui assèche le Chili.

À l’échelle de la planète, la désertification est un phénomène en expansion, et de très grande ampleur. Elle touche quelque 110 pays, en Afrique, Asie, Europe (Europe méditerranéenne), Amérique, Australie et dans le Pacifique. En 2000, on estimait que 70 % des sols arides étaient en voie de désertification. Le phénomène concerne ainsi 3,6 milliards d’hectares et 1 milliard d’individus.

Parce que la désertification crée chaque année de nouvelles terres désertiques, on parle souvent de l’« avancée des déserts ». Cependant ce ne sont pas les déserts qui gagnent du terrain : ce sont les écosystèmes des régions arides qui se dégradent, deviennent infertiles et perdent leur biodiversité. Par exemple, ce n’est pas la frange méridionale du Sahara (qui est un écosystème stable) qui progresse sur le Sahel, c’est le Sahel, région aride, qui se transforme en zone désertique – ou plutôt « désertifiée » – aux franges du Sahara.

2. Le processus de désertification

La désertification se produit sur les sols fragiles, peu épais, pauvres en matières organiques caractéristiques des régions sèches. Tout d’abord, le couvert végétal commence à disparaître. Les secteurs touchés s'étendent peu à peu, jusqu'à ne laisser que quelques « îlots » de végétation qui disparaissent à leur tour si le processus se poursuit.

En l’absence de végétation, les tourbillons d'air et les vents arrachent la terre, rendue poussiéreuse par la sécheresse (érosion éolienne). Un phénomène de ce type, de très grande ampleur, a eu lieu dans les années 1930 dans les Grandes Plaines des États-Unis : l’érosion éolienne formait des tempête de poussière obscurcissant le ciel, qui pouvaient durer plusieurs jours (cet épisode de désertification, qui a duré une décennie et touché quelque 400 000 km2 de terres, est connu sous le nom de Dust Bowl, « cuvette de poussière » et fournit à John Steinbeck le sujet de son roman les Raisins de la colère). Quand les pluies – rares mais souvent violentes en zone subtropicale – surviennent, elles provoquent elles aussi une importante érosion (érosion hydrique) : l’eau ruisselle plutôt que de s'infiltrer, emportant des particules du sol nourricier. Après les averses, le Soleil entraîne l’évaporation rapide de toute l’eau restée en surface. S’il ne pleut pas pendant longtemps, la surface des sols se craquèle, augmentant le ruissellement aux pluies suivantes.

L’érosion éolienne et hydrique ôte ainsi petit à petit le sol. La productivité biologique et agricole diminue. Au stade ultime, la roche apparaît, décapée : la désertification est alors irréversible (tous les stades précédents, même avancés, sont réversibles en adoptant des pratiques agricoles adaptées).

3. Causes de la désertification

Elles sont nombreuses et, hormis les conditions climatiques exceptionnelles, toutes imputables à l’homme. La cause principale est l’exploitation excessive des ressources du milieu :
– l’absence de jachère dans le cycle des cultures, ne laissant pas aux sols la possibilité de se régénérer,
– la mauvaise rotation des cultures entraînant l’appauvrissement du sol en substances nutritives, voire aucune rotation dans le cas des monocultures (une seule plante cultivée sur un terrain),
– l’excès de labourage, délétère sur des sols trop minces,
– l’exploitation des sols pour l’agriculture et de la végétation naturelle toute l’année, quelle que soit la saison (notamment, la sédentarisation de peuples autrefois nomades, qui suivaient les troupeaux le long du parcours des pluies, a engendré une pression constante sur les milieux, qui n’ont aucune saison de repos),
– le surpâturage par les troupeaux domestiques, qui détruit le couvert végétal sans lui laisser le temps de repousser et tasse les sols trop piétinés, les rendant moins perméables à l’eau de pluie,
– le déboisement (déforestation) pour le bois de chauffage et de construction, et pour dégager de nouvelles terres à cultiver.D’autres pratiques non durables accentuent le phénomène :
– le mauvais drainage des eaux d’irrigation, qui accentue la dégradation des sols par salinisation (stérilisation par accumulation de sel),
– la dissociation de l’élevage et de l’agriculture, qui prive les sols de l’engrais que représente la bouse du bétail,
– la culture dans le sens des pentes (et non en terrasse, le long des courbes de niveaux), qui accentue l’érosion hydrique,
– dans certaines régions, le rejet de déchets industriels, qui contribue à dégrader la qualité des sols.

4.Conséquences

La désertification a des impacts socio-économiques désastreux : parce qu’elle frappe les populations les plus pauvres des pays du Sud (à l’exception de l’Australie et de l’Europe méditerranéenne), leur ôtant des terres arables nécessaires à l’agriculture, elle entraîne augmentation de la pauvreté, insécurité alimentaire, malnutrition, famines et exodes.

Elle a aussi des conséquences environnementales : les sols appauvris sont plus fragiles à la sécheresse, à la surexploitation par l’homme et à l’érosion. Celle-ci provoque à distance des terres décapées une menace permanente d’ensablement (progression des dunes) des oasis, des villes et des villages ; elle induit aussi l’envasement des barrages, des herbiers sous-marins, des récifs coralliens.

La désertification fonctionne en cercles vicieux :
– la pauvreté entraîne la surexploitation du sol, qui devient progressivement impropre à l’agriculture, ce qui augmente la pauvreté ;
– privés de leurs substances nutritives, les sols soumis à la pluie forment une croûte imperméable lorsqu’ils sèchent, réduisant encore l’infiltration de l’eau lors des pluies suivantes ;
– en détruisant le couvert végétal, la désertification influe sur le cycle de l’eau, induisant soit une réduction des précipitations qui aggrave les sécheresses, soit des pluies diluviennes qui emportent les sols fragilisés, les deux phénomènes accélérant le processus de désertification ;
– la dégradation des sols entraîne une perte de la biodiversité ; or celle-ci est un élément majeur de la conservation et de la régénération des sols ;
– les sols dégradés, décapés de leur matière organique, ont une capacité réduire à stocker le carbone : la désertification augmente donc l’effet de serre et le réchauffement climatique, qui lui-même augmente la fréquences des catastrophes climatiques.

5. La lutte contre la désertification

La restauration des sols en voie de désertification est possible tant que la roche n’est pas à nu. Il faut en premier lieu les enrichir en éléments nutritifs et matière organique en y ajoutant des fertilisants (du compost et/ou de l’humus – de préférence aux engrais de synthèse). À la fin des récoltes, l’emploi du bétail pour consommer les restes de plantes permet aussi d’enrichir le sol en matières azotées grâce aux excréments des animaux. Le paillage des sols (dépôt sur le sol d’une couche d’herbe sèche, de paille, des feuilles mortes...) va contribuer à maintenir l’humidité dans le sol et ralentir l’érosion. Il faut également reboiser avec des espèces locales qui vont fixer les sols grâce à leurs racines, en privilégiant les fabacées (légumineuses) pour leur capacité à augmenter la fertilité du sol (car leurs racines portent des nodules qui renferment des bactéries fixatrices d’azote dans le sol). Le reboisement va aussi faciliter la pénétration de l’eau dans le sol et donc réduire le ruissellement et lutter contre le vent par simple effet de barrière (il est aussi possible d’ériger des barrières de tôle). Il va également fournir de la nourriture aux hommes (fruits), du fourrage aux animaux et du bois pour la cuisine et la construction. Lutter contre la désertification passe aussi par la lutte contre le surpâturage : il convient de ne pas laisser pâturer les animaux dans les zones replantées, pour laisser le temps aux végétaux de bien s’implanter, et de les tenir en enclos pour circonscrire leurs lieux de pâturage (et non les laisser brouter où ils le souhaitent), de façon à laisser « reposer » certaines parcelles et alléger la pression sur la végétation. Il faut aussi travailler à réduire la taille des troupeaux (de cette façon, chaque bête sera de plus mieux nourrie et plus productive).

Mais il est plus efficace et moins coûteux de prévenir la désertification que de la renverser une fois commencée. La prévention passe par la promotion de pratiques agricoles durables (→ développement durable) : lutter contre la déforestation, le surpâturage, le surlabourage, promouvoir la jachère et les cycles appropriés de rotation des cultures, diversifier les productions sur une même parcelle, réhabiliter les techniques agricoles traditionnelles (comme le zai du Burkina Faso, qui consiste à planter les graines dans des cuvettes creusées dans le sol, de façon à y retenir l’eau de pluie), réduire la taille des troupeaux (mais avoir des bêtes de meilleure qualité), promouvoir l’utilisation des énergies solaire et éolienne et du biogaz pour remplacer le bois-combustible, protéger la biodiversité – animale comme végétale – car elle contribue au maintien de sols fertiles, récupérer les eaux de pluie grâce au creusement de mares et réduire le ruissellement grâce à la construction de mini-digues, etc.

Dans tous les cas, la lutte contre la désertification ne peut fonctionner qu’en impliquant les populations locales, en développant l’éducation pour faciliter la transmission des connaissances, et en luttant contre la pauvreté.