espèce
nom féminin
(latin species)
Cet article fait partie du DOSSIER consacré à la biodiversité.
Ensemble d'individus animaux ou végétaux, vivants ou fossiles, à la fois semblables par leurs formes adultes et embryonnaires et par leur génotype, vivant au contact les uns des autres, s'accouplant exclusivement les uns aux autres et demeurant indéfiniment féconds entre eux.
Nature propre à plusieurs êtres vivants ou à plusieurs choses qui permet de les faire entrer dans une classe, une catégorie distincte des autres : Il y a plusieurs espèces de délinquants. Les différentes espèces de couteaux.
Une espèce de, indique une ressemblance entre une chose et une autre ; une sorte, un genre de : Sa maison est une espèce de château.
Renforce une injure adressée à quelqu'un : Tu pourrais faire attention, espèce d'idiot.
En droit, point précis en litige ; cas particulier dont il s'agit. (On dit aussi cas d'espèce.)
De cette espèce, de son espèce, de ce, de son genre : Je me méfie des individus de son espèce.
De la plus belle espèce, indique un superlatif : Un menteur de la plus belle espèce.
En l'espèce, en la circonstance, en l'occurrence.
Espèce humaine, les êtres humains.
Espèce chimique, élément ou combinaison chimique.
Grandeurs de même espèce, grandeurs ayant les mêmes équations aux dimensions (exemple : travail et quantité de chaleur).
Monnaie fiduciaire (billets) et divisionnaire (pièces métalliques) ayant cours légal.
Mélange de plusieurs plantes ou parties de plantes séchées et divisées en petits fragments pour être utilisé en tisanes.
Espèces eucharistiques, Saintes Espèces ou Espèces, apparences du pain et du vin après la consécration, selon la théorie catholique de la transsubstantiation.
En espèces, en argent liquide (par opposition à par chèque ou avec une carte de crédit).

Aux yeux des premiers grands classificateurs du monde vivant, Dieu a créé chaque espèce séparément en vue d'une éternelle fixité : « Les espèces sont aussi nombreuses que l'Être infini produisit, dès l'origine, de formes diverses » (Linné, 1738). Pour les différencier, on leur attribue alors un nom générique commun, suivi pour chacune d'un nom spécifique distinct. C'est la « nomenclature binominale », instituée par Carl von Linné. (classification.) Le critère de l'espèce est alors l'identité des générations successives, telle que l'exprime George Cuvier : « L'espèce est une collection de tous les êtres organisés nés les uns des autres ou de parents communs, et de ceux qui leur ressemblent autant qu'ils se ressemblent entre eux. » Pour Buffon, le critère de l'espèce est « la succession constante des individus par la génération ». Mais les premiers évolutionnistes réagissent contre cette conception de l'espèce : « Je considère le terme d'espèce comme arbitrairement donné par pure commodité… » écrit Charles Darwin (évolution).
Au XXe s., les définitions de l'espèce deviennent souvent négatives : « Toute espèce est isolée des autres espèces au point de vue de la reproduction » (Ernst Mayr, 1942) – en d'autres termes, l'espèce est composée d'individus interféconds, et dont la descendance est féconde, alors que les membres d'espèces différentes sont stériles entre eux, ou bien produisent des hybrides stériles –, et l'on s'intéresse surtout aux conditions de la spéciation, c'est-à-dire de l'apparition d'une nouvelle espèce, tandis que les critères génétiques dominent la recherche. On divise éventuellement l'espèce en sous-espèces, variétés ou races, mais ces subdivisions sont généralement interfécondes. L'amixie reste bien la frontière entre les espèces.

Des centaines d'espèces, dont le nombre d'individus s'est réduit au point que la menace d'extinction est permanente, sont considérées comme étant en voie de disparition. Les raisons en sont aussi diverses (pollution, surpopulation humaine…) que les solutions mises en place pour préserver ces espèces : interdiction de la chasse, création de parcs nationaux. L'homme a finalement pris conscience du fait que sa survie, à terme, dépend du maintien de l'équilibre de la biosphère, dans lequel il vit, c'est-à-dire du maintien de la diversité des espèces (biodiversité).
Les espèces naissent, vivent et meurent au cours de périodes plus ou moins longues : « Aucune espèce n'a de passeport pour l'éternité », écrivit l'écologiste John Sparks. La disparition d'une espèce a de multiples causes, dont une régit les autres comme un chef d'orchestre : la modification du milieu. De nombreuses espèces se sont succédé, transformées au cours de l'évolution par la sélection naturelle telle qu'elle a été énoncée par les théories évolutionnistes. Mais, depuis l'apparition de l'homme, capable de modifier son milieu, la faune et la flore qui nous entourent ne s'adaptent pas forcément à ces changements. De plus, quand une espèce disparaît, cela modifie l'équilibre d'un écosystème puisqu'elle fait partie d'un réseau trophique, c'est-à-dire d'un ensemble de chaînes alimentaires.
Le paléontologiste George G. Simpson a évalué le nombre d'espèces qui ont existé depuis l'apparition de la vie jusqu'à l'époque actuelle à 500 millions environ. On peut estimer que 99 % de ces espèces se sont éteintes spontanément.
Depuis l'apparition de la vie sur Terre, il y a environ 3,8 milliards d'années, des modifications géologiques et climatiques ont entraîné des transformations de l'environnement et une disparition d'espèces tant animales que végétales. Certains représentants de ces temps préhistoriques ont réussi à s'adapter et à évoluer avec leur milieu, d'autres ont succombé à tout jamais de manière spontanée, et ce bien avant l'émergence de l'homme.
Il y a près de 600 millions d'années apparaissaient les premières espèces marines, comme les trilobites ; ces derniers, divisés en 150 familles, ont disparu totalement au permien. Parmi la faune marine, les requins apparaissent au dévonien. Ils sont aujourd'hui classés en 250 espèces, qui ont peu évolué par rapport à leur forme primaire. Le cœlacanthe, souvent qualifié de fossile vivant, fait encore partie de la faune actuelle, ce qui n'est pas le cas des placodermes, ou poissons cuirassés. Au carbonifère, voici 300 millions d'années, les forêts étaient denses et peuplées d'animaux gigantesques, comme des libellules de près de 1 m d'envergure, et de végétaux comme les fougères arborescentes ou le ginkgo (celui-ci existe encore aujourd'hui, mais est peu représenté). Les reptiles sont apparus ensuite : ichtyosaure et iguanodon se sont éteints, mais tortues et crocodiles persistent de nos jours.
Les grandes étapes de l'évolution sont connues, mais les raisons de l'extinction d'espèces, comme celles des dinosaures, ne sont pas toujours explicables. Catastrophes naturelles ? Prédation ? Quoi qu'il en soit, depuis le début de l'ère quaternaire, les causes naturelles de l'extinction des espèces passent au second plan. L'espèce humaine, par sa mainmise sur le milieu naturel, devient une cause essentielle dans le phénomène de disparition d'espèces.
Certaines espèces (animaux cavernicoles, parasites spécifiques de certaines plantes) vivent dans un milieu très fragile parce que très spécifique, et la moindre modification leur est fatale ; ce sont des espèces dites à faible valence écologique. La caractéristique de l'espèce est directement liée à la spécificité de l'habitat.
La faune insulaire, c'est-à-dire les animaux adaptés à la vie dans les îles, constitue, du fait de son origine biogéographique et de son isolement, un bon exemple de la fragilité d'un équilibre écologique face à une perturbation. D'autre part, certaines espèces (ours brun, vautour fauve ou aigle royal) sont plus « prédisposées » que d'autres à l'extinction, car elles sont dotées d'une capacité de reproduction limitée.
Le lent processus d'apparition et de disparition des espèces, somme toute naturel, a, semble-t-il, été accéléré par les activités des hommes (extension des aires agricoles, urbanisation, carrières, assèchement des zones humides, déforestation) qui perturbent le milieu. Outre les modifications du biotope, les menaces qui pèsent sur certaines espèces sont très variées (pollution du sol, de l'air et, surtout, de l'eau) selon le milieu dans lequel elles vivent, ou plus précisément survivent ; chasse excessive pour des raisons autres qu'alimentaires (rôle aphrodisiaque d'un organe particulier, superstitions, jeux, collections, exportations) ; introduction artificielle d'une espèce qui devient un prédateur ou un concurrent écologique.
L'humanité a constamment besoin de nourriture, de vêtements, d'énergie, et la tentation est grande d'exploiter de plus en plus de terrains vierges, quelles qu'en soient les conséquences. La forêt subit un déboisement constant, depuis la maîtrise du feu par les chasseurs du paléolithique jusqu'à l'exploitation du bois comme matière première. La consommation mondiale de bois croît de façon irrémédiable (pâte à papier, combustible).
Le patrimoine forestier de tous les pays, et notamment celui de l'Amérique du Sud, du Congo, de l'extrême orient russe, des basses terres de Sumatra, a subi d'irréparables dommages. Un rapport publié en 2005 par la Banque mondiale et le Fonds mondial pour la nature (WWF) fait état de la disparition de 140 000 km2 (soit 14 millions d'hectares) de forêts chaque année ; la FAO donne des chiffres de même ordre de grandeur. 137 espèces disparaîtraient chaque jour du fait de la déforestation tropicale. De graves perturbations touchent également la forêt méditerranéenne : les feux régulièrement provoqués pour « assainir » ou « régénérer » une terre entraînent dans leur sillage une véritable hécatombe d'espèces végétales et animales, en particulier chez les populations d'arthropodes et de petits mammifères. Aujourd'hui, la forêt est un véritable enjeu pour les pays du Nord, qui voient en elle un vivier génétique, lequel commence à faire défaut dans nos sociétés.
La pollution est l'un des facteurs les plus importants dans le processus d'extinction des espèces (pollution atmosphérique, pollution des sols). Le degré de sensibilité à la pollution atmosphérique est tel pour certaines espèces, comme les lichens ou les conifères, que l'on a songé à les utiliser comme indicateurs de pollution.
De nombreux oiseaux (pélicans, cigognes…) sont décimés parce qu'ils ingèrent de la nourriture contaminée par des pesticides (le DDT, notamment). La concentration de produits toxiques dans les organismes qui composent une chaîne alimentaire augmente de façon exponentielle du producteur primaire (le végétal qui puise les engrais dans le sol) au prédateur qui capture une proie végétarienne. Les pluies acides, qui nuisent notamment aux salamandres de Nouvelle-Zélande, sont formées par la combinaison de l'eau et des polluants présents dans l'air : ils produisent de l'acide nitrique, de l'acide sulfurique et d'autres composés corrosifs. Par ailleurs, les rejets industriels polluent énormément la mer : ainsi, en Méditerranée le manque d'oxygène entraîne la disparition de certains décomposeurs, ce qui se traduit par un déséquilibre des cycles de la matière.
Au XIXe s., les massacres d'animaux, organisés dans le seul but de commercialiser la peau, la fourrure ou les pennes, ont fait des ravages monstrueux.
Non seulement la destruction des milieux et les pollutions s'étendent, mais certains trafics prennent des proportions industrielles. Le XXe s. a vu se mettre en place une destruction quasi industrielle de la faune. La chasse à la baleine en est un exemple éloquent : la plupart des grands cétacés se trouvent dans une situation critique du fait d'une chasse systématique menée par des navires-usines aux équipements techniques extrêmement sophistiqués. La Commission baleinière internationale a décidé un moratoire, mais certains pays essaient de le contourner.
Nombre d'autres animaux sont tués à travers le monde pour les produits variés qui en seront obtenus. La fourrure est l'un des principaux. Les grands félins tachetés – tigre, panthère, jaguar, guépard, ocelot, etc. –, ont été décimés pour leurs peaux, jusqu'à ce que les législateurs, sous la pression de l'opinion publique, prennent des mesures de protection. Mais il était temps, bien que la menace à leur égard ne soit pas écartée.
Les jeunes phoques du Groenland (les « bébés phoques »), qui étaient tués sur la banquise canadienne dans des conditions particulièrement cruelles, ont bénéficié, en raison de leur aspect attachant, d'une campagne active. Aujourd'hui, leur chasse est à peu près abandonnée.
Cependant, de très nombreux mammifères sont encore détruits pour leurs peaux. Le piégeage est surtout intense dans les forêts du Canada et de l'ex-Union soviétique où, en raison de la rigueur du climat, les mammifères ont une fourrure plus fournie. En Europe aussi, renards, martres, fouines, hermines sont – ou étaient encore jusqu'à une date récente – tués pour leur pelage.
L'éléphant, surtout l'espèce africaine, est chassé pour son ivoire. Ce trafic est tel qu'il fait peser une menace d'extinction sur le plus grand des mammifères terrestres. Envoyé en Extrême-Orient pour y être travaillé, l'ivoire revient ensuite vers l'Europe. Une véritable « guerre de l'or blanc » se déroule en Afrique, où les affrontements entre gardes et braconniers prennent parfois l'allure de meurtrières batailles rangées. Les protecteurs de la nature ont engagé, dans les pays occidentaux, une intense campagne d'information sur le risque que ce trafic fait peser sur l'éléphant d'Afrique, et ont obtenu que le commerce de l'ivoire soit interdit.
Crocodiles, serpents et lézards sont recherchés pour leur peau ; les tortues marines, pour leur écaille ; certains oiseaux, tels que les ibis, les aigrettes et les paradisiers, pour leurs plumes. Les mains des gorilles deviennent des cendriers…
Un autre trafic, qui a pris une très grande ampleur au cours des dernières décennies, est celui des animaux vivants. En fait, il n'est pas vraiment nouveau. Déjà, les Romains avaient dépeuplé le pourtour méditerranéen de ses grands mammifères pour les besoins des jeux du cirque. Mais les parcs zoologiques se sont multipliés au cours des derniers siècles, tandis que, sacrifiant à une mode plus récente, de nombreux amateurs voulurent posséder des espèces exotiques comme animaux de compagnie. De leur côté, les laboratoires d'expérimentation se mirent à utiliser un nombre croissant de singes. Au total, un important et lucratif commerce, légal ou non, d'animaux exotiques s'est mis en place. Les primates (notamment le gorille, le chimpanzé et l'orang-outang), le guépard, de nombreux oiseaux – des perroquets aux flamants – les serpents, les tortues furent parmi les plus touchés. Or, la capture, puis le transport, entraînent une mortalité considérable des animaux, atteignant 90 % chez certaines espèces.
Ce trafic, tant par son chiffre d'affaires que par les méthodes employées pour déjouer les contrôles, est tout à fait comparable à ceux de la drogue ou des armes, dont il emprunte quelquefois les filières.
Un grand nombre de plantes comestibles sauvages sont menacées de disparition. Notre environnement recèle plusieurs dizaines de milliers de plantes comestibles, dont trois mille environ ont été utilisées par l'homme. En 1992, une centaine d'espèces ont été répertoriées dans un registre du commerce mondial, dont une trentaine seulement fournissent plus de 90 % des denrées alimentaires de la planète : les céréales (riz, blé, maïs, orge, mil…), les plantes à tubercules (manioc, pomme de terre…), les légumineuses (arachides, pois, fèves...), les arbres fruitiers et quelques oléagineux. Le nombre de variétés cultivées dans chaque espèce ne cesse de diminuer.
Dans les années 1970, des catastrophes agricoles majeures sont survenues, comme celle qui, aux États-Unis, ravagea une grande partie de la récolte de maïs. Provenant d'une lignée quasi unique hautement sélectionnée, l'espèce, très performante économiquement, n'a pas résisté à un champignon pathogène.
La sélection a privilégié certains caractères (productivité, qualité) au détriment d'autres, notamment la résistance aux maladies et au stress. On tend aujourd'hui à un appauvrissement progressif du réservoir végétal, c'est-à-dire de la diversité génétique, ce qui sera un lourd handicap pour la création de nouvelles variétés dans le domaine de l'agriculture. Pour contrer ce phénomène, des banques de gènes ont été créées dans les années 1970 : conservées à basse température, sous forme déshydratée, des millions de semences dorment dans des chambres froides ou des congélateurs. Cette « collection » est un véritable patrimoine génétique : variétés cultivées, lignées sauvages ou semi-domestiques sont ainsi protégées. Pour les mêmes raisons, la conservation des gènes du monde animal est également pratiquée.
Si le panda est le symbole des espèces en voie de disparition (il a été choisi comme emblème par le WWF, le Fonds mondial pour la nature), le dodo est l'exemple le plus connu des espèces définitivement disparues. Déjà au paléolithique, les chasseurs, qui colonisaient de nouveaux espaces, ont exterminé de grands mammifères, tels le mammouth, le rhinocéros laineux, Bison antiquus, ou encore le glyptodon (comparé aux tatous actuels par Darwin). Mais leurs motivations étaient essentiellement alimentaires.
Au début de l'ère chrétienne, le lion d'Asie fut chassé jusqu'à son extermination en Europe; plus tard, le bison d'Europe subit un sort analogue. De la même façon, l'ours a disparu des Alpes au début du XXe s. Depuis les quatre derniers siècles l'extinction des espèces s'est accélérée par la seule faute de l'homme. Le zèbre couagga, qui vivait en troupeaux dispersés dans les steppes sud-africaines, a été chassé par les colons boers jusqu'à son anéantissement total, vers 1860. Quelques spécimens de cette espèce intermédiaire entre l'âne sauvage et le zèbre survécurent en captivité jusqu'en 1883.
Les dodos, ou drontes, qui peuplaient l'île Maurice, étaient de gros pigeons terrestres incapables de voler. Sans défense face à l'homme et à ses animaux domestiques, l'espèce s'est éteinte en 1681. Il reste une expression anglaise as dead as a dodo (« aussi mort qu'un dodo »), employée pour qualifier quelque chose qui est mort à tout jamais. La perruche de la Caroline, autrefois présente aux États-Unis, était un petit perroquet multicolore chassé pour ses magnifiques plumes et pour sa chair. L'espèce disparut en 1914, et le dernier représentant, un mâle baptisé Inca, est mort en 1918 au zoo américain de Cincinnati. Chassé pour être vendu, le pigeon migrateur, qui survolait l'Amérique du Nord-Est, a totalement disparu. La rapidité du phénomène est surprenante, car un vol de pigeons pouvait compter plus de 2 milliards d'individus ; le dernier vol a été observé en 1899, et le dernier pigeon migrateur est mort en captivité en 1914.
Quand les pionniers atteignirent la Grande Prairie nord-américaine, ils rencontrèrent les colossaux rassemblements de bisons qui la parcouraient alors. Leur nombre aurait atteint 70 millions de têtes. Ce fut le début d'une hécatombe dans laquelle s'illustra William Cody dit « Buffalo Bill » (du nom anglais du buffle donné au bison). Heureusement, des voix s'élevèrent pour que cesse ce massacre, et les derniers troupeaux de bisons purent être préservés ; l'espèce compte aujourd'hui quelques dizaines de milliers de représentants. C'est peu par rapport à sa prospérité passée, mais, du moins, elle avait échappé au sort que connut, dans les mêmes régions, le pigeon migrateur américain : cet oiseau, dont les vols obscurcissaient le ciel des États-Unis, fut anéanti jusqu'au dernier spécimen. L'espèce s'éteignit en 1914. L'autre espèce de bison, celui d'Europe, jadis répandue dans presque tout le continent, recula peu à peu, victime de la chasse et des défrichements. Les quelques spécimens épargnés ici et là permirent, là encore, un sauvetage in extremis de l'espèce. Celle-ci survit à l'état sauvage en Pologne et, en semi-liberté, dans divers parcs et réserves. Elle commence aussi à faire l'objet d'élevage.
La sauvegarde des deux bisons, celui d'Amérique du Nord et celui d'Europe, a déjà été évoquée. Hôte des steppes d'Asie centrale, l'antilope saïga, au curieux museau allongé en trompe, était jadis répandue vers l'ouest jusqu'en Roumanie. Elle fut si chassée qu'en 1922 son effectif ne comptait plus qu'un millier de têtes. Efficacement protégée par des lois, elle reconstitua un cheptel de 1,5 million de sujets.
Pourchassée à outrance par les baleiniers, la baleine grise du Pacifique nord fut même considérée comme éteinte. Redécouverte en 1911, elle fut, de même, si bien protégée que sa population atteignit 20 000 spécimens.
Dans le Pacifique nord également, la loutre de mer a été sauvée de façon spectaculaire. Comme aussi l'otarie à fourrure, préservée par un accord entre le Japon, l'Union soviétique, le Canada et les États-Unis. Le sauvetage de cette espèce a permis la poursuite de son exploitation, discutable certes, mais contrôlée.
Quand une espèce animale est tombée à un effectif très bas, il peut paraître intéressant de mettre quelques-uns de ses spécimens en captivité pour assurer leur reproduction. Cet argument suscite beaucoup de controverses. D'abord, une telle reproduction, en raison du faible nombre d'animaux, risque de faire perdre à l'espèce ses caractéristiques à cause du phénomène de « dérive génétique ». Ensuite, un tel élevage n'a d'intérêt que si l'espèce peut être ensuite réintroduite dans son habitat naturel. Ce qui est parfois difficile, dans le cas, par exemple, des jeunes félins, qui ne sauront pas chasser. Néanmoins, dans le cadre de stations zoologiques performantes, des succès éclatants ont été remportés. L'oie des Hawaii, ou néné, a ainsi été sauvée dans la réserve anglaise de Slimbridge, puis relâchée dans son archipel d'origine. L'oryx d'Arabie, après un séjour au parc de Phoenix, dans l'Arizona, a été réintroduit dans plusieurs pays du Proche-Orient. La capture des derniers condors de Californie, dont la reproduction était compromise, n'a pas été appréciée de tous les écologistes, mais peut-être est-ce à ce prix que l'espèce sera sauvée. Livres des origines, banques de gènes, échanges des reproducteurs rendent plus efficaces de telles méthodes.
N'ont été considérés jusqu'ici que les espèces menacées de façon globale de disparition, c'est-à-dire qui sont rares partout. Mais une espèce peut être en péril dans une région, et abondante ailleurs. Le loup, par exemple, n'est pas rare dans l'ex-Union soviétique, alors que sa survie en France était problématique. On se préoccupe donc, localement, de la préservation de ces espèces, en tentant leur réintroduction.
En France, le lynx avait presque totalement disparu. À partir de 1983, une opération de réintroduction de ce beau félin a été engagée dans les Vosges. Elle permettra de rétablir l'équilibre écologique, les chevreuils n'ayant plus de prédateurs depuis la disparition de cet animal. Plusieurs lynx ont, hélas, été tués. Le loup a été réintroduit dans le parc du Mercantour, en Provence. Une réintroduction très réussie a été celle du castor en Bretagne, en Savoie, dans la vallée du Rhône, en Champagne, ainsi qu'en Suisse. De même, plusieurs dizaines de vautours fauves planent de nouveau dans le ciel des Cévennes, d'où ils avaient pourtant disparu.
La disparition d'une espèce a souvent des causes multiples. Autrefois abondante le long de nos rivières, la loutre est devenue très rare. Elle a souffert de la correction des cours d'eau, du bétonnage des rives, de la pollution de l'eau, de destructions pour sa fourrure ou de la part des pêcheurs qui voyaient en elle une rivale ; de plus, elle est victime des pièges à rats musqués, ou s'étrangle avec les épines du poisson-chat, espèce introduite. Comme un très grand nombre d'espèces de notre faune, la loutre est aujourd'hui protégée par la loi. Chacun doit connaître la liste de ces espèces, qui comprend aussi bien des tritons et des escargots que des mammifères et des oiseaux.
La disparition d'une espèce est un désastre culturel, scientifique et, surtout, écologique : elle ne reste jamais sans incidence sur l'écosystème. Comme les maillons d'une chaîne, animal, végétal et minéral sont en interaction. Une espèce joue au sein d'une communauté un rôle bien déterminé, assurant des tâches et des fonctions bien précises à l'égard d'autres espèces. La pollinisation de certaines fleurs exotiques, par exemple, est le fait d'oiseaux bien particuliers, comme les colibris : grâce à la forme de leur bec, ils peuvent accéder aux organes floraux ; tout en pollinisant la fleur, ils s'abreuvent de nectar. Que deviendrait la fleur sans l'oiseau ?
L'interaction entre les animaux, très fréquente, est une constante dans la nature: le rapace gypaète barbu, un superprédateur d'herbivores, laisse les restes de sa chasse aux vautours mangeurs d'os et de moelle. Il intervient au sommet de la pyramide alimentaire. Chassé, comme l'aigle royal, il faudrait, pour le sauvegarder, préserver intacte toute la chaîne alimentaire.
Toute disparition laisse un vide dans une niche écologique : soit une autre espèce vient se fourvoyer dans ce milieu, semant selon ses caractéristiques des complications pas toujours favorables au milieu, soit la niche écologique demeure vide et l'écosystème s'appauvrit. Si plusieurs niches sont irrémédiablement inoccupées, l'écosystème ne peut que se dégrader.
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