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Sigmund Freud

Sigmund Freud
Sigmund Freud

Médecin autrichien, fondateur de la psychanalyse (Freiberg, aujourd'hui Příbor, Moravie, 1856-Londres 1939).

Introduction

Freud : fondateur de la psychanalyse, titulaire d'une paternité déjà légendaire ; l'homme n'est plus séparable de la science à laquelle il a consacré sa vie entière. L'évaluation de ce qu'on appelle souvent la « révolution freudienne » demande une étude parallèle de la théorie et de l'histoire de Freud : les conditions dans lesquelles la science psychanalytique s'est constituée, son évolution ultérieure permettent en effet d'éclairer le système et d'en mieux comprendre la radicale nouveauté.

La formation de Freud

Freud est né le 6 mai 1856 en Moravie, province de l'empire d'Autriche-Hongrie, au cœur d'une famille juive nombreuse ; le père de Freud, négociant en laines, n'était pas un homme riche. La pauvreté, le judaïsme dans la société de la double monarchie à la fin du xixe s., autant d'obstacles contre lesquels Freud devra se dresser pendant toute sa vie. D'entrée de jeu, il se trouve dans une position d'exclu, de « déviant » ; les difficultés sociales qu'il rencontre dans le déroulement de sa carrière de médecin confirment un destin singulier, qui va, contre l'idéologie bourgeoise et raciste, susciter l'un des plus importants instruments de critique et de « soins » : la psychanalyse. C'est par le détour de la médecine que s'effectue cette genèse : les années 1875-1885 sont pour Freud des années d'études. Le cadre en est parfois inattendu- comme le cours de philosophie de Franz Brentano-, parfois marquant : le laboratoire d'Ernst von Brücke, à l'Institut de physiologie. C'est vers cette époque qu'il manque de peu deux découvertes scientifiques : celle des neurones et celle de la cocaïne, dont il éprouve la dangereuse efficacité. En 1885, il devient Privatdozent en neuropathologie et s'en va faire à Paris un séjour d'études auprès de J.M. Charcot. Charcot, H. Bernheim à Nancy, Josef Breuer : trois médecins, professeurs ou amis, grâce auxquels Freud prend contact avec la réalité hystérique, c'est-à-dire avec le langage du corps. Le spectacle d'un Charcot suscitant puis annulant des symptômes somatiques au seul moyen de l'hypnose, la pratique de la suggestion employée par Bernheim et l'histoire d'Anna O., la malade de Breuer, traitée par la seule parole- la « talking cure »-, constituent un ensemble de faits qui éclairent Freud d'une lumière irréversible : les troubles hystériques sont d'origine sexuelle, d'une part, et d'autre part cette origine est inconsciente, « oubliée » par le sujet qui les vit. L'articulation du somatique et du psychique ainsi que l'idée de l'inconscient trouvent là leur point d'appui. En 1886, Freud s'est marié avec Martha Bernays, après d'interminables fiançailles où se marquent à la fois les capacités de « passion » de Freud et son éthique rigoriste. Ce mariage, créant de nouveaux et objectifs besoins financiers, le contraint d'entrer de plain-pied dans la pratique médicale : il doit s'établir. En 1895, il publie, avec Breuer, les Études sur l'hystérie ; il rédige, pour l'envoyer à son ami Wilhelm Fliess, l'Esquisse d'une psychologie scientifique. La mort de son père (1896) a déclenché chez Freud une analyse, faite sur lui-même, des processus observés par ailleurs sur ses patients. Il éprouve là les effets d'inconscient : retour de souvenirs oubliés, modifications des fixations affectives, transfert. C'est Fliess, l'ami de l'auto-analyse, qui sert de pivot à cette opération d'où surgira, en 1900, la Science des rêves, acte de fondation de la psychanalyse : Fliess, à qui Freud écrit sans cesse et qui est de sa part l'objet d'une amitié passionnée, sera, en quelque sorte, l'analyste improvisé de Freud. C'est en 1900 que la Science des rêves paraît ; mais de 1897 à 1900 se sont élaborés les livres qui fondent la pratique analytique et le système de ses concepts : la Psychopathologie de la vie quotidienne (1901), le Mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient (1905) ainsi que les Trois Essais sur la théorie de la sexualité. La rédaction du cas Dora, première des Cinq Psychanalyses, recueil d'études de cas, date également de cette période de fondation.

Le rêve et l'hystérie : langages de l'inconscient

À partir d'un corpus de rêves, dont beaucoup sont les siens, Freud dégage dans la Science des rêves les lois générales de décryptage des symptômes dont la cause est l'inconscient. Il donne également un modèle figuré pour représenter le système énergétique où l'inconscient tient son rôle : l'appareil psychique. On peut schématiquement trouver, dans ces deux versants du livre majeur de Freud, deux aspects également vrais de son activité scientifique pendant cette première période : le principe de la cure analytique, les pratiques d'écoute et de lecture des symptômes en général relèvent d'un Freud praticien ; la construction d'un appareil théorique évolutif, décrivant de plusieurs manières successives le système de l'inconscient, relève d'un Freud théoricien de la psychanalyse comme science.

Le rêve, la fixation psychosomatique dans l'hystérie, le lapsus, le mot d'esprit, l'acte manqué, toujours réussi au regard de l'inconscient, sont autant de symptômes qui marquent à travers le langage conscient et délibéré de la raison la présence et l'efficacité d'un langage qui en est le revers et qui possède son fonctionnement propre. Le principe du rêve réside dans la réalisation d'un désir. Ainsi, dans le premier rêve de la Science des rêves (« l'injection faite à Irma »), le désir de Freud se dévoile à travers le texte du rêve : se disculper en tant que médecin, et, au-delà, éluder les responsabilités de la psychanalyse, qui ne soigne pas le corps selon l'intervention directe de la médecine classique. Le rêve, dit Freud, est un rébus ; il présente des scènes, des figures, qui sont comme des hiéroglyphes ou des pictogrammes : polysémiques, demandant à être décomposés en séquences pour être lisibles. Les mécanismes de fonctionnement de ce langage spécifique sont d'une part la condensation et le déplacement, lois de langage dont Lacan montrera plus tard qu'elles sont lois de tout langage ; d'autre part la prise en considération de la figurabilité et l'élaboration secondaire, processus de liaison constituant le récit apparemment continu du rêve. La condensation construit des « personnes collectives » : ainsi, Irma est aussi la femme de Freud, une amie, une gouvernante, etc. ; le déplacement met une personne ou un détail à la place d'un autre, fait, dans le texte du rêve, boiter le docteur M… à la place du frère de Freud. L'un et l'autre mécanismes s'expliquent par la surdétermination : les effets d'inconscient ne relèvent pas d'une seule cause, mais de la surimposition de plusieurs réseaux de causalité. De même, dans le cas de l'hystérie, c'est la superposition de deux désirs antagonistes qui produit le symptôme. Pour rendre compte de ce fonctionnement inédit et complexe, il faut à Freud un modèle d'intelligibilité : l'appareil psychique.

L'appareil psychique, construit sur le modèle d'un appareil optique selon le schéma de l'arc réflexe, présente l'idée, permanente dans la pensée de Freud, d'un lieu psychique : « la psyché est étendue ». Dans cet espace se déroule un scénario qui sera plus tard élargi par Freud à l'histoire de l'humanité tout entière : inscription de traces mnésiques, effacement de ces traces- c'est le refoulement-, puis réapparition de l'inscription dans l'« après-coup » (retour du refoulé). Trois systèmes se partagent cet espace d'inscription : les systèmes conscient, préconscient, inconscient. En 1920, Freud réélaborera cette première topique sans toutefois y renoncer : alors apparaissent les trois notions que sont le ça- réservoir pulsionnel-, le surmoi- instance de censure et d'interdiction-, le moi, mécanisme de pondération et de prise en compte des pressions diverses qui s'exercent sur la psyché. Deux textes de Freud marquent entre autres ces deux conceptions complémentaires : la Métapsychologie (articles de 1915), caractéristique de la première topique ; le Moi et le ça (1923), au titre significatif, pour la seconde topique.

L'univers analytique

C'est en 1908 qu'est fondée la Société psychanalytique de Vienne ; mais, dès avant cette date, s'est constituée progressivement autour de Freud l'institution analytique. À partir de 1902, la « Société psychologique du mercredi » groupe autour du maître des disciples qui constituent l'école de Freud : O. Rank, W. Stekel et quelques autres médecins forment le premier groupe analytique. En 1907, Jung fonde à Zurich la Société Freud : c'est pour Freud une victoire, car Jung, fils de pasteur, psychiatre suisse, fait, au dire de Freud lui-même, sortir la psychanalyse de ses limites viennoises et juives. En 1910 se fonde l'Association psychanalytique internationale. Cependant, à mesure que l'institution analytique se constitue et s'étend, des ruptures, des scissions s'effectuent entre Freud et les plus proches de ses disciples. De 1911 à 1913, Freud se sépare successivement de Adler, Stekel et surtout Jung ; une seconde vague de rupture voit s'éloigner Rank d'abord, puis le plus cher des proches de Freud, Sándor Ferenczi (en 1924, puis en 1929). Ce processus se poursuit après la mort de Freud : l'institution analytique procède par scissions indéfinies.

À travers ces heurts se précise la technique de la cure psychanalytique ; son insertion parmi les pratiques thérapeutiques de la médecine occidentale devient un état de fait. La cure analytique se déroule dans un temps et un espace spécifiques, en dehors des conditions sociales de la vie quotidienne ; à rythme régulier, l'analysant- celui qui est entré dans le processus de la cure- vient dans un lieu où l'analyste l'écoute ; il est allongé sur un divan, l'analyste se tient le plus souvent à son chevet, derrière lui. La cure s'ouvre par une convention spécifique, que Freud appelle la règle fondamentale : l'analysant doit tout dire, ne rien dissimuler de ses associations. « Nous avons nommé psychanalyse le travail par lequel nous amenons à la conscience du malade le psychique refoulé en lui », écrit Freud en 1918. Ce travail s'effectue dans la relation qui unit les deux individus en cause dans une psychanalyse : l'analysant, qui parle, qui « demande »- ce terme recouvrant tout ce qu'un homme peut génériquement demander à un autre-, et l'analyste, qui supporte cette demande, sans toutefois y répondre ; cette relation s'appelle transfert. Sur ce support qu'est le transfert s'opère la régression, retour au présent de formes périmées dans l'existence actuelle du patient ; ainsi se construit le passé oublié. Le principe thérapeutique de la cure analytique, celui par lequel le psychique refoulé revient à la conscience, repose sur la distinction entre la répétition des événements qui sont à l'origine des troubles actuels, et le souvenir du passé ; la répétition s'effectue dans le symptôme, présence du passé refoulé, « oubli » qui se manifeste par un dérèglement de la vie ; lorsque le souvenir remet en place l'événement traumatique, le symptôme disparaît, le présent est libéré du passé. Cette actualisation du refoulé se joue dans la relation transférentielle, dont la résolution marque la fin conventionnelle de la cure. Processus thérapeutique, la cure demande à être monnayée : la pratique du paiement constitue un puissant ressort pour faire avancer le déroulement de la psychanalyse.

L'anthropologie freudienne

C'est en 1912 que Freud écrit le premier de ses ouvrages anthropologiques, Totem et tabou, dans lequel il entreprend, à l'aide des données de l'ethnologie, de retracer l'histoire des origines. Cette démarche découle logiquement de la théorie freudienne antérieure : en effet, pour rendre compte de la structure individuelle, il faut que le passé tout entier de l'humanité ait hérité d'une structure collective analogue. L'analogie : telle est la démarche qui permet à Freud de construire en parallèle l'histoire présente de l'enfant et l'histoire passée de l'homme. Toute une série de livres racontent cette histoire : l'Avenir d'une illusion (1927), Malaise dans la civilisation (1930) – également traduit sous le titre le Malaise dans la culture –, Pourquoi la guerre ? (1932) et surtout Moïse et le monothéisme, paru en 1939, alors que Freud a été obligé de quitter l'Autriche pour Londres, chassé par l'antisémitisme nazi. L'histoire de l'humanité commence par un meurtre, celui du père de la horde primitive, tué et dévoré par les fils, jaloux de sa puissance ; refoulé, le souvenir du meurtre resurgit dans le sacrifice totémique d'une part, et dans les prohibitions d'autre part. Le totem, animal sacrifié, représente le père, de nouveau tué dans la commémoration rituelle ; les prohibitions règlent les rapports sexuels, dont le monopole revenait auparavant au père-roi. Cette histoire est à l'origine des processus collectifs et individuels. Collectifs : dans la religion, qui assume par des sacrifices une culpabilité persistante ; dans l'œuvre d'art, qui, à travers la sublimation, transforme le conflit ; et, en général dans toute connaissance et tout savoir. Individuels : l'histoire d'un événement primitif, refoulé pendant la période de latence, réapparaît au moment de la puberté sous la forme de la névrose. Mais, dès avant, la structure du complexe d'Œdipe reproduit le scénario initial : l'enfant de sexe masculin se fixe sur le parent de sexe opposé, la mère, possédée à ses yeux par le père tout-puissant. L'histoire d'Œdipe, meurtrier de son père et époux de sa mère, sert de matrice répétitive : « Tout être humain se voit imposer la tâche de maîtriser le complexe d'Œdipe », dit Freud. Le mythe d'Œdipe et l'histoire du meurtre du père contribuent à donner à l'anthropologie freudienne un accent tragique. Freud lui-même considère que l'humanité a subi dans son histoire trois blessures narcissiques, qui toutes trois diminuent l'autonomie et la puissance des illusions de l'homme Copernic et Darwin illustrent les deux premières. Le nom de Freud reste attaché à la psychanalyse, qui est la troisième.

Les principales œuvres de S. Freud

LES PRINCIPALES ŒUVRES DE SIGMUND FREUD
1887-1902Aus den Anfängen der Psychoanalyse (la Naissance de la psychanalyse lettres à Wilhelm Fliess, notes et plans)
1895Avec Josef Breuer : Studien über Hysterie (Études sur l'hystérie)
1900Die Traumdeutung (la Science des rêves ou l'Interprétation des rêves)
1901Zur Psychopathologie des Alltagslebens (Psychopathologie de la vie quotidienne)
1905Bruchstück einer Hysterie-Analyse (Fragment d'une analyse d'hystérie : Dora)
Drei Abhandlungen zur Sexualtheorie (Trois Essais sur la théorie de la sexualité)
Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten (Le Mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient)
1907Der Wahn und die Traume in W. Jensens Gradiva  (Délire et rêves dans la  Gradiva de Jensen)
1909Analyse der Phobie eines fünfjährigen Knaben (Analyse d'une phobie d'un petit garçon de cinq ans : le petit Hans)
Bemerkungen über einen Fall von Zwangsneurose (Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle : l'homme aux rats)
Über Psychoanalyse (Cinq Leçons sur la psychanalyse)
1910Eine Kindheitserinnerung des Leonardo da Vinci (Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci)
1911Psychoanalytische Bemerkungen über einen autobiographisch beschriebenen Fall von Paranoia (Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa : le président Schreber)
1912Totem und Tabu (Totem et tabou)
1915Triebe und Triebschicksale (des Pulsions et leurs destins)
Zeitgemässes über Krieg und Tod (Considérations actuelles sur la guerre et la mort)
1916-1917Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse (Introduction à la psychanalyse)
1917Trauer und Melancholie (Deuil et mélancolie)
1918Aus der Geschichte einer infantilen Neurose (Extrait de l'histoire d'une névrose infantile : l'homme aux loups)
1920Jenseits des Lustprinzips (Au-delà du principe de plaisir)
1921Massenpsychologie und Ich-Analyse (Psychologie collective et analyse du moi)
1923Das Ich und das Es (sous le titre le Moi et le soi)
1924Das ökonomische Problem des Masochismus (le Problème économique du masochisme)
1925Selbsdarstellung (Ma vie et la psychanalyse)
1926Hemmung, Symptom und Angst (Inhibition, symptôme et angoisse)
1927Die Zukunft einer Illusion (l'Avenir d'une illusion)
1930Das Unbehagen in der Kultur(Malaise dans la civilisation)
1938Abriss der Psychoanalyse (Abrégé de psychanalyse)
1939Der Mann Moses und die monotheistiche Religion (Moïse et le monothéisme)