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inconscient

Sigmund Freud
Sigmund Freud

L'une des trois instances dans la première topique freudienne.

SCIENCES HUMAINES

Le terme inconscient désigne de façon assez générale la partie inaccessible du fonctionnement psychique de tout individu humain, que cette inaccessibilité soit passagère ou constante. Le mot fait son apparition vers 1820 ; il prend une extension considérable et un sens singulier au xxe s., surtout sous l'influence de Sigmund Freud et du développement de la psychanalyse. Il est désormais utilisé dans la plupart des sciences de l'homme, avec toutefois des acceptions relativement différentes.

L'inconscient s'analyse donc comme une notion interdisciplinaire : à la différence du langage courant, où le mot prend souvent le sens de « irresponsable », la philosophie considère l'inconscient comme la partie la plus profonde de l'être humain, et en fait le moteur d'un certain nombre de comportements et de représentations. La psychologie insiste surtout sur le clivage qui en résulte : définissant des niveaux de conscience, elle parle d'inconscient au-dessous d'un certain seuil, qui est à définir selon les circonstances. Enfin, en psychanalyse, le terme s'applique à tous les comportements et à toutes les productions humaines dès l'instant que celles-ci sont envisagées dans leur surgissement originaire et dans leur vérité cachée : l'inconscient est un des concepts fondamentaux de la psychanalyse et il est avant tout un mode d'expression spécifique.

L'approche philosophique

Bien que l'idée même ait été présente dans la réflexion depuis un certain temps déjà, le terme ne fait son apparition dans la philosophie occidentale qu'au cours de la seconde moitié du xixe s. Descartes place la conscience de soi au centre de la méditation philosophique, et, dès lors, il devient inévitable qu'on s'interroge aussi sur la non-conscience, ou l'inconscience, qui caractérise certains états psychiques.

Selon Schopenhauer, suivi par Nicolai Hartmann, l'inconscient est une volonté intérieure qui échappe à l'individu et se confond avec son vouloir-vivre le plus profond. De nombreux philosophes qui se réfèrent aujourd'hui à ce courant estiment que le terme est trop péjoratif et préfèrent revenir aux notions élaborées par Schopenhauer ou Nietzsche : ils parlent alors de volonté de vie.

Dans une autre conception, liée à la philosophie de la représentation (Kant, Hegel), le terme inconscient est utilisé avant tout pour caractériser les idées, les images, les sensations qui ne sont pas directement accessibles à notre conscience, que ce soit de façon durable ou temporaire. C'est ainsi que certains philosophes parlent d'« inconscient machinique » (Gilles Deleuze et Félix Guattari) pour rendre compte du fait que l'inconscient est peuplé non seulement d'images et de mots, mais aussi de mécanismes qui le conduisent à reproduire ces images et ces mots.

L'interprétation psychologique

Dans la psychologie classique, le terme (entendu surtout comme substantif) renvoie au clivage qui existe en chaque homme entre sa partie consciente, rationnelle et raisonnable, et sa partie cachée, soumise à des désirs inaccessibles. La prise en compte de ce clivage s'opère tout au long du xixe s., notamment sous l'influence des recherches du médecin allemand Franz Anton Mesmer, et à la suite de l'étude du somnambulisme et de la pratique de l'hypnose. Les psychologues qui s'intéressent à ces phénomènes constatent qu'il existe deux états de conscience : dans le premier, l'individu agit selon son vouloir rationnel et conscient ; dans le second, où il se conduit d'une manière inattendue, s'affirment des tendances qu'il avait occultées.

L'école de la Salpêtrière, avec le neurologue Jean Martin Charcot, le physiologiste Alfred Binet et surtout le psychiatre Pierre Janet, va théoriser ce clivage en parlant d'inconscient ou de subconscient pour désigner l'état de conscience qui nous échappe et qui est à l'origine de bon nombre de comportements. Pour Janet, l'état mental des hystériques (auquel il consacra un ouvrage en 1911) doit être considéré comme le fruit de perturbations engendrées par cet inconscient.

La conception psychologique de l'inconscient succède à la conception des troubles psychiques héréditaires, et plus précisément à la théorie de la dégénérescence, qui était prédominante à la fin du xixe s. Si la nouvelle approche marque un progrès, elle conserve cependant certains inconvénients de la théorie précédente, notamment en faisant de l'inconscient la cause de tous les maux. Comme toute explication globale et unilatérale, elle oriente l'attention vers les troubles, sans s'interroger sur les processus fort complexes de leur élaboration. Sa principale faiblesse est de chosifier l'inconscient et d'en faire une réalité en soi, à la manière de Nicolai Hartmann.

Dans la psychologie plus récente, fréquemment associée aux sciences sociales ou économiques, le terme est utilisé d'une façon plus ponctuelle : dans les différents domaines où la psychologie est concernée, en particulier dans l'analyse des comportements humains, il est appliqué pour caractériser certains aspects du traitement de l'information et de la prise de décision. Les psychologues s'attachent surtout à souligner qu'une grande partie des processus mentaux par lesquels l'individu perçoit des données, traite des informations et prend des décisions, si élaborés soient-ils, échappent à la conscience, même s'ils aboutissent à l'exécution de plans moteurs ou à la compréhension et à la production d'actes ou de paroles. Les recherches visent à éclaircir les processus en jeu par divers moyens d'analyse de façon à permettre des réaménagements pour surmonter les conflits qui peuvent en résulter.

La théorie psychanalytique

La « découverte » freudienne

C'est en 1878 que le terme « inconscient » fait son apparition dans le dictionnaire de l'Académie sous la forme d'un substantif. Jusqu'à la « découverte » de Freud, il reste, en effet, marqué par le sens privatif qu'il semble toujours avoir eu en philosophie et dans la psychologie naissante de la seconde moitié du xixe s., à savoir tout ce qui échappe à la conscience spontanée et réfléchie. En avançant l'hypothèse d'un lieu psychique référé de façon spécifique à une sorte de « conscience inconsciente », Freud n'invente pas à proprement parler un concept, mais il donne à un terme déjà existant un sens nouveau qu'il cherchera à légitimer sur la base de ses recherches personnelles : « soit l'observation de ce qui achoppe, de ce qui échappe, bute, défaille chez tout un chacun en brisant d'une façon incompréhensible la continuité logique de la pensée et des comportements de la vie quotidienne : lapsus, actes manqués, rêves, oublis, et plus généralement les symptômes compulsionnels du névrosé, dont il découvre la signification paradoxale dans la clinique de l'hystérie » (Joël Dor). L'hypothèse freudienne de l'inconscient instaure, de fait, la dimension d'une « psychologie des profondeurs » (Freud), d'une « métapsychologie », autrement dit de la psychanalyse comme telle. Une telle hypothèse permet de comprendre certains processus pathologiques irrationnels fréquents concernant l'existence du sujet. Par là même se justifie l'invention par Freud d'une stratégie psychothérapeutique, celle de la cure psychanalytique. Ainsi s'amorce une nouvelle réforme copernicienne qui apporte la « peste » en désavouant fondamentalement l'assise du cogito cartésien : « Le Moi n'est plus maître dans sa propre maison » (Freud).

Si l'inconscient reste par définition l'inaccessible de tout individu, s'il est effectivement l'insu que chacun véhicule dans tout ce qu'il fait, il n'en possède pas moins quelques caractéristiques spécifiques. Et la prise en compte de ces caractéristiques constitue en elle-même une révolution.
– L'inconscient est individuel. Ce n'est pas une composante intrinsèque qui serait la même pour tous et qu'on pourrait disséquer dans les mêmes conditions chez toute personne ou dans toutes les situations : il appartient en propre à chacun, et il faut l'aborder dans une perspective subjective. Par conséquent, l'écoute de l'inconscient suppose en priorité la prise en compte de l'histoire individuelle, des réactions intimes du sujet, de ses relations premières et constitutives.
– L'inconscient est « altruiste ». En effet, s'il renvoie au plus intime de chacun, il ne s'élabore ni ne se révèle que par rapport à l'autre. Pour Freud, ce rapport est surtout heuristique : il joue dans la manière dont on peut découvrir, connaître et faire valoir ce qui se passe dans l'inconscient.
– L'inconscient est sexuel. Cette affirmation de Freud, qui a fait scandale et qui demande aujourd'hui encore plus de précisions, signifie que tous les désirs inconscients sont appelés à s'intégrer dans la sexualité génitale, grâce en particulier au complexe d'Œdipe. Il s'ensuit aussi que la question de la différence des sexes et son acceptation par chaque être humain joue dans la structuration inconsciente un rôle central et décisif. Plus radicalement, Freud affirme que l'énergie qui anime l'inconscient – la libido – est sexuelle, ce qui signifie que l'enjeu est toujours d'une manière ou d'une autre la satisfaction.
– L'inconscient est structuré. Pour expliciter en quoi consiste cette structure, Freud a mis successivement au point deux systèmes. Le premier distingue un système conscient et un système inconscient, et ménage également un espace intermédiaire : le préconscient, où s'opèrent les échanges et les interactions. C'est la première topique de Freud. La seconde, qui, à partir de 1920, aura pour effet de remanier profondément la théorie freudienne de l'appareil psychique, considère qu'il y a dans l'inconscient trois instances : le ça, entièrement inconscient ; le surmoi, en grande partie inconscient ; le moi, qui possède une partie consciente et une partie inconsciente.

La conception lacanienne

Jacques Lacan, lecteur de Freud, considère que l'inconscient reste la meilleure « trouvaille » de l'inventeur de la psychanalyse. Il pose ce concept comme l'un des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Mais là où Freud mettait l'accent sur la prééminence des mots et des associations, Lacan fait l'hypothèse de « l'inconscient structuré comme un langage », en s'appuyant sur la linguistique structurale (F. de Saussure, E. Benveniste, R. Jakobson). Les références de Lacan rappellent toujours à cette conjonction du symbolique et de l'inconscient : « L'inconscient est langage » (« la Science et la Vérité », in Écrits), ou encore « L'inconscient, c'est qu'en somme on parle... tout seul » (Séminaire du 11 janvier 1977). De façon plus explicite encore : « L'inconscient est la somme des effets de la parole sur un sujet, à ce niveau où le sujet se constitue des effets du signifiant » (les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse). Ainsi, Lacan donne une importance première au rôle que jouent les signifiants dans les représentations mentales, qu'ils soient purement linguistiques ou bien analogiques. La prise en compte des différents aspects de la structure ainsi définie est indispensable pour expliquer les conflits perpétuels qui caractérisent l'inconscient.

L'inconscient est régi par des processus particuliers : un phénomène ou une représentation sont dits « inconscients quand ils sont articulés et organisés par des processus primaires tels que la condensation ou le déplacement, la métaphore et la métonymie ou encore les actes manqués, les lapsus, les mots d'esprit. En outre, l'inconscient est action : pour Lacan, il existe une sorte d'équivalence entre l'acte inconscient et le désir, et le développement de la notion d'inconscient se confond avec l'histoire de la psychanalyse.