La seconde République espagnole, instaurée en 1931 après les élections municipales et le départ pour l'exil d'Alphonse XIII, ne fut jamais un régime parlementaire stable, mais une longue suite de conflits politiques qui ne purent s'exprimer en dernier ressort que dans la guerre civile. Les gouvernements du centre tentèrent de se maintenir en évitant un basculement à gauche ou à droite. En 1932, déjà, le général Sanjurjo avait tenté sans succès un coup d'État.
En octobre 1934, lorsque la droite entra au gouvernement, après son succès électoral de novembre 1933, les mineurs des Asturies se soulevèrent au cri de UHP (Unión de hermanos proletarios) et le gouvernement républicain envoya pour les réprimer la Légion étrangère espagnole, commandée par les généraux Franco et Goded, les mêmes troupes et les mêmes chefs qui devaient se soulever contre la République. La droite et la bourgeoisie étaient terrorisées par l'existence de deux millions d'ouvriers anarchistes organisés dans le syndicat C.N.T., lui-même contrôlé par la société secrète de la F.A.I. (Federación anarquista ibérica), que l'on savait armée, et dont les bastions étaient à Barcelone et dans les campagnes d'Andalousie, de Castille et de Catalogne.
En Catalogne et au Pays basque, les mouvements qui réclamaient l'indépendance dans le cadre d'une république fédérale disposaient d'un appui massif. Le parti socialiste, puissant, s'appuyait sur le non moins puissant syndicat U.G.T. Le parti communiste, de moindre importance, s'exprimait aux Cortés par la voix de Dolorès Ibarruri, « la Pasionaria », et bénéficia, avant et pendant la guerre, du prestige grandissant de l'U.R.S.S.
Un nouveau parti fasciste, la Phalange, fondé par José Antonio Primo de Rivera, fils du dictateur déchu, se développait, mais seule l'armée pouvait faire derrière elle l'unité de la droite, des phalangistes, des monarchistes, des carlistes (monarchistes dissidents de Navarre), et des catholiques qui apportaient leur soutien au parti parlementaire C.E.D.A. (Confederación española de derechas autónomas). Le coup d'État était préparé en permanence par l'U.M.E. (Unión militar española), qui rassemblait les officiers de droite.
Devant la crise des gouvernements du centre, des élections furent décidées pour le 16 février 1936. Elles donnèrent la victoire au Front populaire contre le Front national (droite) et le centre. Mais la gauche manquait d'un rassembleur politique, et les anarchistes de la C.N.T. refusaient le jeu électoral. Le gouvernement fut entièrement formé de républicains des partis d'Azaña et de Martinez Barrio. Aussitôt après les élections, qui avaient été calmes, ce fut un déchaînement de violence entre les « señoritos » de la Phalange, les « pistoleros » de la F.A.I. et les jeunesses socialistes. Les corps de police s'affrontèrent entre eux, garde civile (droite) contre « asaltos » (gauche).
Les généraux préparaient le coup d'État, principalement Sanjurjo, réfugié au Portugal.
L'assassinat (13 juillet 1936) par des « asaltos » du leader de la droite aux Cortes, José Calvo Sotelo, précipite le soulèvement tandis que Largo Caballero, leader socialiste, lance le mot d'ordre de « révolution prolétarienne ». La rébellion militaire éclate au Maroc espagnol avec le soutien des troupes coloniales à la rébellion en Espagne. Les nationalistes, installés sur les deux rives du détroit de Gibraltar, peuvent faire passer en Andalousie leurs troupes, dont Franco prend la tête. Alors que le chef de la rébellion, Sanjurjo, trouve la mort dans un accident d'avion, le général Goded contrôle Majorque et Queipo de Llano s'empare de Séville. En Espagne, l'insurrection est soutenue par la majorité des formations catholiques et nationalistes (monarchistes, requetés, Phalange). Du côté gouvernemental, Madrid compte sur la majorité de l'aviation, des forces de police et des carabiniers. L'armée républicaine est surtout constituée par les milices ouvrières du Frente Popular. Sur le plan militaire, cette guerre de 32 mois peut se diviser en quatre périodes.
1. Établissement d'un front continu (1936). L'Espagne est rapidement coupée en deux et la répression s'abat d'un côté sur les quartiers ouvriers (massacres de Séville et Grenade) et de l'autre sur la bourgeoisie de droite – notamment à Barcelone, où les anarchistes vengent les leurs tués dans les durs combats du 19 juillet – et surtout sur le clergé. L'Ouest (Galice, León, Navarre et une grande partie de l'Andalousie et de l'Estrémadure) tombe aux mains des franquistes grâce notamment aux succès de Queipo de Llano à Séville, de Yagüe à Cordoue et Badajoz (14 août), de Mola à Irún (5 septembre), Saint-Sébastien (13 septembre) et Oviedo (17 octobre) et des cadets de l'Alcázar à Tolède (assiégés et dégagés le 27 septembre par les troupes de Franco). L'Est (Catalogne, Aragon, Valence et une grande partie de la Castille) demeure fidèle aux républicains, dont les armées, commandées par Rojo et José Miaja Menant, restent maîtresses de Barcelone, Madrid, Málaga, Santander, Valence.
2. Liquidation des poches nord et sud par les nationalistes (1937). Les républicains résistent victorieusement à Madrid : alors que Franco a lancé quatre colonnes sur Madrid (c'est à cette occasion que naît l'expression « cinquième colonne », par allusion aux franquistes clandestins et armés dans Madrid), l'arrivée du matériel russe et des premières brigades internationales vient appuyer la défense de Madrid par les miliciens. Les troupes de Franco, malgré des combats sans merci, ne dépassent pas le faubourg de Carabanchel et la Cité universitaire. Les républicains attaquent à Brunete (5 juillet) et à Teruel (15 décembre) et font subir aux volontaires italiens un échec à Guadalajara (mars), mais les franquistes s'emparent, au sud, de Málaga (10 février) et, au nord, de Bilbao (19 juin), de Santander (26 août) et de Gijón (19 octobre). Leurs offensives sont appuyées par des bombardements de terreur de la Légion Condor (raid sur Guernica, en avril 1937).
3. Marche à la mer des nationalistes (1938). Assuré de ses arrières, Franco dégage Huesca, s'empare de Lérida (3 avril), atteint la Méditerranée à Vinaroz (15 avril) et coupe ainsi le territoire républicain en deux.
4. Offensive nationaliste finale (1939). Après la chute de Barcelone (26 janvier), l'internement de l'armée républicaine en France (5 février) et de la flotte à Bizerte (27 février) marque la fin des opérations militaires. Les nationalistes occupent toute l'Espagne, et leur cinquième colonne leur livre Madrid (28 mars). L'Angleterre et la France reconnaissent le gouvernement de Franco.
Très meurtrière (plus de 600 000 morts), cette guerre mit aux prises près de 800 000 nationalistes et un nombre équivalent de républicains. Après les premiers combats à l'Alto de León et à Somosierra, les républicains, comme les nationalistes, demandèrent des armes à l'étranger. Hitler et Mussolini apportèrent à Franco une aide précieuse. L'Allemagne (légion Condor) et l'Italie (cinq divisions de Chemises noires) donnèrent leur appui militaire aux nationalistes et y expérimentèrent leurs matériels (chars d'assaut, avions…) et leurs procédés tactiques (bombardement en piqués, etc.). Les républicains reçurent l'aide de l'U.R.S.S., de la Grande-Bretagne et de la France et surtout des Brigades internationales : 35 000 volontaires de 50 nations, en majorité communistes. Pour autant, la République ne reçut que très peu d'aide du Front populaire car Léon Blum craignait la guerre avec l'Allemagne. L'aide soviétique aux républicains suivit toutes les volte-face de la politique de Staline : elle consista surtout en camions, en armes et munitions, en quelques blindés et en conseillers. Mais aux experts militaires russes s'ajoutèrent vite les experts policiers du NKVD, qui s'assura assez de pouvoir pour faire régner la terreur en tant que police politique, d'abord dans les Brigades internationales, où régna une discipline de fer, alors que souvent les volontaires n'avaient aucune expérience guerrière et faisaient preuve d'un idéalisme brouillon. Les Brigades, formées à l'automne 1936, avaient pour but d'éviter que les volontaires étrangers ne rejoignent les rangs du POUM (Partido obrero de unificación marxista), aux sympathies trotskistes. Lorsque le NKVD eut assis son pouvoir en 1937, il entreprit la liquidation physique du POUM avant de s'en prendre aux anarchistes. Le parti communiste espagnol se trouva renforcé et il s'employa à contrecarrer la révolution sociale prônée par Largo Caballero et Federica Montseny, leader anarchiste.
La guerre d'Espagne fit plus d'un million de victimes : 145 000 morts, 134 000 fusillés, des représailles inexpiables des deux côtés, 630 000 morts de maladie. Plus de 400 000 Espagnols s'exilèrent ; le régime franquiste s'installa dans un pays ruiné. Au début du XXIe s., l'évocation de certains épisodes de la guerre civile provoque encore des tensions publiques dans la société espagnole.
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