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Les grandes étapes de la décolonisation

décolonisation

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Consulter aussi dans le dictionnaire : décolonisation

décolonisation
nom féminin

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à la décolonisation et du DOSSIER consacré à la Ve République.

 Action de décoloniser.

Rôle essentiel des nouvelles superpuissances

La décolonisation est issue des mouvements nationalistes qui sont apparus dès la fin de la Première Guerre mondiale dans les différents empires coloniaux qui se sont développés, en se radicalisant, après la Seconde Guerre mondiale. Conscients de l'affaiblissement des puissances coloniales et encouragés par l'hostilité au système colonial des deux nouvelles puissances dominantes (États-Unis et URSS), les leaders des mouvements de libération, issus des élites occidentalisées, réclament l'application du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, proclamé par l'article 1er de la Charte des Nations unies en 1945.

En effet, même s'ils ont annexé, à la fin du XIXe siècle, des restes de l'Empire espagnol, les Philippines ou Porto Rico, même si leurs relations avec leurs communautés noire et surtout indienne demeurent tout à fait inégalitaires et ambiguës, les États-Unis n'ont cessé, au nom du passé des treize colonies fondatrices, de proclamer leur anticolonialisme doctrinal et d'appuyer plus ou moins concrètement les efforts de libération des pays colonisés. En pleine guerre, en août 1941, ils ont imposé à leurs alliés la signature d'une Charte de l'Atlantique, dont le chapitre 3 fixe au nombre des buts de guerre le rétablissement des « droits souverains et du gouvernement autonome de ceux qui en ont été dépossédés par la force ».

De son côté, bien qu'ayant absorbé, sous des formes subtiles de colonisation, les pays baltes, des morceaux du territoire finlandais à l'occasion de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi les « démocraties populaires » – Pologne, Tchécoslovaquie, Roumanie, Bulgarie – où jusqu'après 1980 les interventions militaires soviétiques ont été particulièrement violentes –, l'URSS n'a cessé d'associer, après le congrès de Bakou en 1917, les prolétaires du monde industrialisé et les populations tombées sous le « joug colonial ». L'action idéologique soviétique a été particulièrement profonde et a conduit à quelques formes spectaculaires de « libération » dans le monde : celle de la Chine en 1949, par exemple. Pour Nikita Khrouchtchev, toute forme de lutte pour l'indépendance est révolutionnaire et l'URSS l'appuie, même s'il faut courir le risque, comme à Cuba, d'un affrontement direct avec les États-Unis ; elle doit mobiliser, dans le monde entier, les « forces progressistes » qui vont répéter pendant des décennies que l'impérialisme est, selon la formule de Lénine, le stade suprême du capitalisme, et, plus tard, que le néocolonialisme est le dernier stade, le dernier soubresaut de l'impérialisme. Ainsi va-t-on penser qu'il suffit de « vaincre le capitalisme » pour que le développement des « pays exploités » s'ensuive. Largement influencés par l'idéologie marxiste, les leaders anti-colonialistes peuvent compter sur le soutien des partis communistes et de l'URSS.

Les deux phases de la décolonisation

La première phase s'étend de 1945 à 1954 et intéresse avant tout le continent asiatique, où les puissances coloniales sont confrontées aux régimes nationalistes issus de l'occupation japonaise. La seconde, de 1955 à 1966, touche essentiellement l'Afrique (où les anciennes possessions italiennes ont perdu leur statut de colonie dès la fin de la Seconde Guerre mondiale). L'évolution politique de ce continent est profondément influencée par les événements survenus en Asie et par l'émergence d'un mouvement tiers-mondiste favorable aux indépendances, dirigé notamment par les leaders nationalistes du monde arabe et du Sud-Est asiatique (dont Nasser et Sukarno). La conférence afro-asiatique de Bandung (avril 1955), qui condamne le colonialisme, est à cet égard essentielle.

Le Commonwealth, mis en place en 1931 par la Grande-Bretagne, sert de cadre à la décolonisation des anciens territoires britanniques. La France crée, dans le même but, l'Union française (1946), remplacée en 1958 par la Communauté. Mais ces structures ne permettent pas toujours aux anciennes puissances d'éviter les guerres coloniales, surtout dans les régions que la métropole a cherché à assimiler par une politique de peuplement (Algérie française, Mozambique portugais).

La décolonisation de l'Asie

En Asie, dès la fin de la guerre, la Chine récupère les concessions acquises par l'Europe au XIXe s., ne laissant subsister que Hongkong et Macao ; elle reprend aussi Formose (Taïwan) et la Mandchourie. Les États-Unis mettent fin à leur domination sur les Philippines en 1946. La même année, sur la façade opposée du continent, la France reconnaît la pleine souveraineté de la Syrie et du Liban.

À la suite de la République indienne et du Pakistan, formé après l'indépendance et la partition de l'Inde en 1947, la Birmanie et Ceylan (1948), puis la Fédération malaise (1957), acquièrent leur indépendance et acceptent de conserver des liens étroits avec la Grande-Bretagne. L'accession à l'indépendance de l'Indonésie est plus mouvementée : proclamée par Sukarno en 1945, elle est reconnue par les Néerlandais en 1949 dans le cadre d'une Union néerlando-indonésienne, dénoncée en 1954 par les Indonésiens. La décolonisation s'avère beaucoup plus difficile dans la péninsule indochinoise, qui devient un enjeu âprement disputé à partir de 1945 entre les camps socialiste et occidental (guerre d'Indochine). En 1954, la conférence de Genève, où l'entrée en scène de la Chine communiste marque le profond changement des rapports de forces, aboutit à l'indépendance provisoire des pays de l'ex-Indochine et à la partition du Viêt-nam.

La décolonisation de l'Afrique

Suivant l'exemple de la Côte-de-l'or, qui accède à l'indépendance sous le nom de Ghana en 1957, le Nigeria (1960), le Tanganyika (1961) et l'Ouganda (1962) s'émancipent à leur tour dans le cadre du Commonwealth. En 1960, le Congo belge proclame également son indépendance. La conférence de Brazzaville de 1944, tenue à l'initiative du général de Gaulle, avait promis une large autonomie aux colonies françaises tout en leur refusant l'indépendance. En 1946, la IVe République croit trouver une réponse en créant l'Union française, formée par la République française et les territoires et États associés d'outre-mer. Profondément rénovée par la loi Defferre de 1956, l'Union française devient en 1958 la Communauté qui va mener vers l'indépendance les anciens territoires (notamment le Sénégal, le Soudan, le Niger, la Côte d'Ivoire, le Gabon, le Tchad et Madagascar), à l'exception de la Guinée.

Au Maghreb, en revanche, si la Tunisie et le Maroc obtiennent leur indépendance en 1956, l'Algérie n'y accède qu'en 1962, au terme d'une guerre meurtrière avec la France. Les colonies portugaises (Angola et Mozambique) deviennent, quant à elles, indépendantes en 1975. En 1976, l'Espagne abandonne, par consentement, à l'exception de quelques points d'appui (Ceuta, Melilla) les fragments d'empire qui lui restent. En Rhodésie du Sud, la minorité blanche n'abandonne le pouvoir aux Noirs qu'en 1980, tandis que la Namibie ne s'émancipe de la tutelle sud-africaine qu'en 1990.

Développement du néocolonialisme

Un certain nombre d'États ont voulu non seulement acquérir l'indépendance nationale, mais aussi procéder à de véritables révolutions sociales afin de mieux rompre avec l'ancien ordre colonial. Tout en se réclamant un temps du socialisme, ils ont tous promu des valeurs nationales et rejeté la lutte des classes. Mais très peu de pays décolonisés, qu'ils aient opté pour des systèmes étatiques, socialistes ou libéraux, sont devenus économiquement souverains, comme en témoigne l'assujettissement aux cours mondiaux, variant au gré des intérêts des pays développés, des prix des cultures et produits d'exportation : caoutchouc, cuivre, coton, café, cacao, thé. Les formes les plus durablement persistantes du néocolonialisme sont donc d'ordre économique et financier. La conférence de Bandung affirmait dans son acte final l'égalité de toutes les races et l'égalité de toutes les nations, petites ou grandes. On est loin aujourd'hui encore d'avoir vu se réaliser le rêve de Bandung. Il est vrai que les dissensions ont parfois été vives chez les colonisés luttant pour leur libération. Dans certains cas, des leaders charismatiques – tels Gandhi, assassiné en 1948, puis Nehru en Inde, Kenyatta, grand vainqueur des élections de 1963 au Kenya, après les terribles soubresauts des années 1950, Nyerere au Tanganyika (Tanzanie), Senghor au Sénégal, Houphouët-Boigny en Côte-d'Ivoire – ont, au moins pour un temps, dissimulé la gravité des situations internes. Il n'en a pas été toujours ainsi. À peine indépendant, l'Angola a vu s'affronter (1975) dans une longue guerre civile trois coalitions d'intérêts et d'options politiques opposés, maîtresses de trois territoires. La libération du Zimbabwe ne s'est pas faite sans remous entre partisans avoués des États-Unis ou de l'URSS et colons blancs désireux de maintenir l'ancien état des choses. Au Zaïre, au Nigeria, en Indochine, les réalités religieuses ou politiques ont abouti à des sécessions spectaculaires ou à des conflits internes. L'Afrique est aujourd'hui déchirée par la multiplicité des conflits à caractère ethnique.

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