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nation

(latin natio, -onis)

Entité abstraite, collective et indivisible, distincte des individus qui la composent et titulaire de la souveraineté.

PHILOSOPHIE

Le terme « nation » est ambigu dans sa définition et dans ses emplois. En effet, la nation ne peut se fonder sur l’ethnie : elle dépasse les distinctions raciales ou purement culturelles. Il est toutefois possible de la rattacher à des données objectives : un territoire, un État, une langue ; mais elle dépasse aussi ces dernières. La nation juive, par exemple, n’est pas fondée essentiellement sur un territoire, mais sur la Loi et sur une mémoire douloureuse ; la nation kurde est divisée et dispersée entre plusieurs États du Moyen-Orient ; il existe des nations plurilingues, comme la Belgique ou la Suisse.

L’emploi du terme est lui-même équivoque : en France, la nation a d’abord été liée à l’idéal républicain, avant d’être récupérée par un discours réactionnaire. La nation tend de nos jours à être monopolisée par ce nationalisme réactionnaire. En dépit de ces difficultés, la nation a encore une cohérence ; elle continue à être présente dans la réalité politique.

Une notion ambiguë

Le mot « nation » a la même étymologie que le mot nature : les deux termes viennent du verbe latin nascor, « naître ». La nation se distingue des individus qui en font partie et, paradoxalement, chacun se reconnaît en elle. Sa naissance précède les individus qui la composent. On peut distinguer deux grandes conceptions de la nation : l’une, liée à la pensée française ; l’autre, à la pensée allemande.

Des penseurs français comme Ernest Renan (1823-1892) ou Fustel de Coulanges (1830-1889) s’inspirent de la philosophie des Lumières et tendent à fonder la nation sur un contrat social. La nation repose essentiellement sur la volonté de vivre ensemble. Renan, dans Qu’est-ce qu’une nation ? (conférence faite en Sorbonne, 1882), caractérise la nation par « le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ». Si donc la nation existe avant l’individu, elle suppose toutefois une adhésion volontaire de chacun : « L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours. »

La pensée allemande tend à fonder la nation sur des critères objectifs : le sol et la langue pour Johann Gottfried von Herder (1744-1803), la langue pour Johann Gottfried Fichte (1762-1814), auteur du Discours à la nation allemande (1807).

Une notion critiquée

La nation a été fondée, en France, sur une logique d’égalisation : suppression des corps intermédiaires, des langues régionales, des privilèges et des particularismes. Toutefois, elle subit deux types de critiques principales. D’une part, pour les tenants de la lutte des classes, la nation est un leurre idéologique destiné à masquer les conflits d’intérêts entre les différentes classes sociales. Le socialisme s’est donc réclamé de l’internationalisme contre le nationalisme jugé « bourgeois ».

D’autre part, pour ceux qui revendiquent le droit à la différence (culturelle, linguistique, etc.) à l’intérieur d’un pays, l’idée de nation apparaît comme l'instrument d'une uniformisation autoritaire. Ainsi, les revendications liées à l’autonomie du pouvoir régional sont, pour l’essentiel, une contestation de la nation. De plus, l’idéal européen a mis en cause les vieilles nations : la logique d’une Europe fédérale s’oppose au maintien des souverainetés nationales. Le débat entre fédéralistes et souverainistes est loin d’être clos.

Actualité de la nation

Depuis la Révolution française, la nation est devenue une notion juridique à part entière. L’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 dispose que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément ». Ce principe s’oppose directement au droit divin : la nation s’est substituée à Dieu. Celle-ci est souveraine ; ses décrets s’appliquent à elle-même : contre tout particularisme et tout privilège, elle est le règne de l’égalité de droit. « Tout acte de souveraineté, c'est-à-dire tout acte authentique de la volonté générale, oblige ou favorise également tous les citoyens, en sorte que le souverain connaît seulement le corps de la nation et ne distingue aucun de ceux qui la composent » (Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social).

La nation est donc le peuple constitué en corps politique. L’État est l’organisation juridique de la nation. La Constitution de la Ve République se réfère toujours au préambule de 1789. Il semble qu’à l’heure du multiculturalisme et des problèmes d’intégration la référence à une nation comme principe d’égalité et facteur de cohésion sociale soit encore d’actualité.