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Viêt Nam : histoire

Le Viêt Nam
Le Viêt Nam

1. Les origines

1.1. Le royaume du Nam Viêt

L'actuel Viêt Nam a été peuplé d'abord par des Australoïdes, des Mélanésiens et des Indonésiens (civilisations paléolithiques de Hoa Binh et de Bac Son). Au néolithique, le brassage dans le bassin du fleuve Rouge des Muongs, des Viêts et d'apports chinois a donné naissance à l'actuel peuple vietnamien. Ces riziculteurs, influencés par les Chinois, puis soumis, sont regroupés dans un royaume du Nam Viêt (208 avant J.-C.), avant d'être incorporés au domaine des Han par l'empereur Wudi (111 avant J.-C.).

1.2. Sinisation

Wudi divise ce pays en trois commanderies impériales : celles de Qué Lâm, de Nam Hai et de Tuong Quân. Il en résulte une sinisation profonde du pays (pénétration du taoïsme et confucianisme).

Après plusieurs tentatives de révoltes, notamment celle des sœurs Trung (40 après J.-C.), les Vietnamiens, dont le pays est profondément pénétré par le bouddhisme à partir du iie siècle, sont attaqués par le Champa (vers 780), qui occupe Hue, le Quang Tri et le Quang Binh, puis par le Nanzhao (Yunnan), qui pille Hanoi (863).

2. Les premières dynasties (939-1428)

2.1. Fondation de l'État vietnamien

Profitant de la chute des Tang (907), les Vietnamiens, dirigés par Ngô Quyên, rejettent la domination chinoise (939) et créent, sous la dynastie des Ngô (939-968), un État annamite qui englobe le Tonkin, le Thanh Hoa, le Nghê An et le Ha Tinh.

En 968, Dinh Bô Linh, fondateur de la dynastie des Dinh (968-980), en fait le royaume du Dai Cô Viêt, à la fois indépendant et vassal de la Chine.

Dès lors, et sous les dynasties successives des Lê antérieurs (980-1009) et surtout des Ly (1010-1225), l'État vietnamien assoit ses institutions : Thang Long (sur le site actuel de Hanoi) devient la capitale (1010) ; le royaume est divisé en vingt-quatre provinces, gouvernées par des princes du sang et administrées par des lettrés, dont la multiplication est favorisée par la généralisation de l'instruction ; la mise en place d'un important réseau routier et la création d'un système fiscal général (1013) permettent d'entretenir une puissante armée de paysans animée d'un profond esprit national, qui entame une lente progression vers le sud ; celle-ci, de delta en delta, mènera les Annamites jusqu'en Cochinchine.

Dès 1070, le Quang Binh et le nord du Quang Tri sont réoccupés, tandis que l'invasion chinoise des Song est repoussée (1077) et que la paix intérieure est rétablie, ce qui permet de reprendre la mise en valeur économique du Delta (constructions de digues pour retenir les crues du fleuve Rouge, 1108).

2.2. Les Trân

La dynastie des Trân (1225-1413) repousse les invasions des Mongols (1257, 1285 et 1287), dont elle reconnaît pourtant la suzeraineté (1258 et 1288) ; parallèlement, elle accentue la progression vietnamienne, occupant en 1306 le sud du Quang Tri et le Thua Thien (région de Huê).

Mais la multiplicité des conflits affaiblit la dynastie, favorise, au xive siècle, l'émancipation des paysans, l'appropriation des terres par les mandarins et, par contrecoup, les révoltes paysannes et les coups d'État, dont l'un aboutit à la prise du pouvoir par Hô Qui Ly (1400), qui ordonne aussitôt une réforme agraire. À la faveur de ces troubles, les Chinois occupent le Dai Viêt (1406-1407), éliminent le dernier prétendant Trân (1413) et reprennent la sinisation du pays.

3. L'apogée des Lê postérieurs (1428-1527)

L'indépendance est reconquise par un paysan vietnamien, Lê Loi, qui chasse les Chinois (1428) et fonde la dynastie des Lê postérieurs (1428-1527 et 1533-1789). S'appuyant sur les masses paysannes qui ont résisté aux Chinois, et auxquelles Lê Loi a redistribué les terres des propriétaires qui ont collaboré avec les Chinois, la nouvelle dynastie atteint son apogée sous Lê Thanh Tông (1460-1497), qui donne au pays son organisation définitive (adoption du Code de lois Hôngduc), accélère la mise en valeur du centre et du sud du Viêt Nam (colonies militaires ou dôn diên), dont il repousse la frontière méridionale jusqu'au cap Varella, après une victoire décisive sur le Champa (1471), tandis qu'il impose sa suzeraineté aux royaumes Lao du Mékong.

4. Le Dai Viêt du xvie au xviiie siècle

4.1. Les Trinh, seigneurs du Nord

Mais l'incompétence des successeurs de Lê Thanh Tông entraîne l'usurpation des Mac (1527-1592) combattue par la dynastie des Lê, soutenue par Nguyên Kim et Nguyên Hoang et par le gendre de ce dernier, Trinh Kiêm.

En 1592, les Trinh, qui occupent le pays entre la Chine et le Ha Tinh, chassent les Mac, qui se maintiendront jusqu'en 1677 à Cao Bang, et restaurent les Lê, mais entrent en conflit avec les Nguyên établis au sud de la porte d'Annam. Ces derniers, compensant leur infériorité numérique par un armement plus puissant fourni par les Portugais, qui ont établi un comptoir à Fai Fo (aujourd'hui Hôi An) dès 1535, reprennent à leur compte la marche vers le sud. Ils occupent successivement le Phu Yên (1611), le Thanh Hoa (1653), le Binh Thuan (1693), Saigon (1698) et la région de Chau Doc (1724), atteignant ainsi le delta du Mékong et entrant en contact avec les Khmers, qu'ils écartent de la région du golfe de Siam.

Parallèlement, les Trinh, seigneurs du Nord, qui ont mis en tutelle les rois Lê, occupent le territoire entre le fleuve Rouge et le Mékong. La fiscalité accrue, les interventions de l'administration Trinh dans la vie privée des paysans et des commerçants, désireux de pouvoir négocier librement avec les marchands européens qui s'établissent à Hung Yên et à Hanoi (Hollandais entre 1637 et 1700 ; Anglais de 1672 à 1697), favorisent des révoltes agraires, dont la plus importante est celle de 1737-1750.

4.2. Au Sud, les Nguyên

C'est pourtant dans le Sud qu'éclate une révolte populaire décisive, celle des trois frères Tây Son (1773), qui, favorisés par la corruption des Nguyên, établissent leur base de départ à Qui Nhon. Soutenus par les Trinh, qui occupent Huê (1775), ils s'emparent eux-mêmes de Saigon (1776), puis de l'Annam, et se retournent contre les Trinh du Tonkin (prise de Hanoi, 1786), qui appellent en vain les Chinois au secours des rois Lê, définitivement éliminés en 1789. Les trois frères Tây Son se partagent alors le Dai Viêt, l'aîné devenant souverain de l'Annam, le deuxième s'attribuant la Cochinchine, et le troisième le Tonkin.

Mais, faute d'avoir promulgué une réforme agraire en faveur des paysans qui les ont portés au pouvoir, les Tây Son seront facilement éliminés par un héritier de la famille des Nguyên, Nguyên Anh, qui va recevoir l'appui inespéré de forces occidentales grâce à un Français, Monseigneur Pigneau de Béhaine, qui débarque à Ha Tiên comme vicaire apostolique de la Cochinchine en 1774. Depuis près de deux siècles, en effet, l'Église et la France s'intéressent au Dai Viêt, dont l'évangélisation, entreprise par les Portugais, a été reprise par des Français de la Société de Jésus, tel Alexandre de Rhodes, qui, avant d'être expulsé en 1646, a eu le temps de romaniser l'écriture vietnamienne en mettant au point le quôc-ngu (langue nationale), ou par des membres de la Société des missions étrangères. Derrière les missionnaires arrivent les marchands, mais les efforts des uns et des autres échouent, car le catholicisme, jugé dangereux pour la société traditionnelle, est désormais persécuté.

5. L'élimination des Tây Son (1789-1802)

La situation politique est renversée par l'appel que Nguyên Anh et ses conseillers lancent à la France. Monseigneur Pigneau de Béhaine obtient du gouvernement royal la promesse d'une intervention militaire (traité de Versailles, 1787), à laquelle les autorités officielles renoncent très vite. Monseigneur Pigneau de Béhaine reprend alors l'expédition pour son compte personnel, recrute de nombreux volontaires parmi les officiers et les techniciens français d'Extrême-Orient.

Disposant dès lors de moyens militaires importants, Nguyên Anh occupe la Cochinchine (1788), fait construire les forteresses de Saigon et de Nha Trang, détruit la flotte des Tây Son (1792), occupe Huê (1801), Hanoi (1802), devenant l'empereur Gia Long, restaurateur de la dynastie des Nguyên, et premier souverain vietnamien à régner sur toute la côte, de la frontière chinoise au golfe de Siam.

6. L'empire du Viêt Nam de 1802 à 1859

6.1. L'œuvre de Gia Long (1802-1820)

L'État vietnamien est alors réorganisé. Instituant une monarchie absolue et centralisée (six ministères, deux hiérarchies de fonctionnaires civils et militaires), respectant les particularismes provinciaux (maintien de la division en trois ky [pays] : Tonkin, Annam et Cochinchine), Gia Long gagne, en outre, l'appui populaire grâce à d'habiles mesures : amnistie, réforme agraire, surveillance des mandarins, construction de digues, de routes (route Mandarine) et de citadelles.

Ami de la France, il lui refuse pourtant toute concession territoriale ; en revanche, et quoique jaloux de son indépendance, il sollicite de la Chine l'investiture de son empire (1803), et c'est elle qui lui donne le nom de Viêt Nam.

C'est un État fortement sinisé (adoption du Code des Qing de 1811 à 1815, culte des ancêtres, confucianisme, taoïsme, écriture chinoise, société dominée par un mandarinat théoriquement accessible à tous et reposant sur une paysannerie nombreuse).

6.2. Les derniers Nguyên

Mais, après Gia Long, les Nguyên refusent les réformes indispensables (impôts trop lourds, abus des notables). Les paysans, miséreux et mécontents, se révoltent souvent, surtout dans le Tonkin surpeuplé, où le souvenir des Lê reste vivant. En outre, Minh Mang (1820-1841) persécute les chrétiens, qui se soulèvent en Cochinchine (1833-1836) ; enfin, il impose pour la première fois au Cambodge un protectorat vietnamien (1834).

Cette politique, poursuivie par Thiêu Tri (1841-1847) et par Tu Duc (1848-1883), provoque l'intervention de la France, qui désire protéger les missions catholiques tout en s'assurant des points d'appui et des débouchés en Indochine.

7. Le Viêt Nam et son intégration à l'Indochine française (1859-1927)

7.1. L'établissement des protectorats français sur l'Annam et le Tonkin

Prenant Saigon (1859), des amiraux français occupent la Cochinchine (1859-1867) ; les démêlés des commerçants français au Tonkin (Jean Dupuis) provoquent des interventions militaires (→ Francis Garnier, 1873 ; Henri Rivière, 1882) qui aboutissent à l'établissement des protectorats français sur l'Annam et le Tonkin (1883), confirmés après un conflit armé avec la Chine (second traité de Tianjin, 1885).

7.2. La colonisation française

Après les deux règnes éphémères de Hiep Hoa et de Kien Phuoc (1883-1884), l'empereur Ham Nghi (1884-1888) dirige un soulèvement nationaliste (1885-1888), qui continue, après sa déportation en Algérie, jusqu'en 1896.

Résident général en Annam et au Tonkin (1886), Paul Bert fait de ce dernier ky une vice-royauté séparée.

Après la création de l'Union indochinoise (→ Indochine française, 1887), les gouverneurs généraux (en particulier Lanessan, 1891-1894) respectent d'abord les particularismes locaux, avant que Paul Doumer impose une administration directe, efficace mais mal supportée (1897-1902) ; ainsi s'explique en partie la révolte de Dê Tham au Tonkin (1908).

Albert Sarraut (1911-1914) calme les esprits par sa souplesse et sa compréhension, annonçant même dans un discours la possibilité du retour progressif du Viêt Nam à l'indépendance. Alexandre Varenne (1925-1928) institue une Chambre des représentants du peuple au Tonkin et en Annam, et, pour protéger les masses contre l'usure ou les mauvais employeurs, il crée le Crédit populaire agricole et l'Inspection générale du travail (1927).

Mais ces mesures, qui viennent compléter une remarquable œuvre économique (rizières, plantations d'hévéas, houillères du Tonkin, etc.) et intellectuelle (création de l'université de Hanoi [1907] et de l'École française d'Extrême-Orient [EFEO]), ne suffisent pas à rallier à la présence française l'opinion vietnamienne.

8. De l'éveil du nationalisme vietnamien à la première République du Viêt Nam (1927-1945)

8.1. Premières revendications vietnamiennes

L'opposition des mandarins du xixe siècle a été relayée, après 1918, par celle d'une bourgeoisie enrichie par le progrès économique, et qui veut désormais participer à la gestion des affaires publiques, et surtout par celle des jeunes intellectuels formés dans les universités françaises et qui se sentent étrangers dans leur propre pays ; certains demandent l'instauration d'une République vietnamienne (→ Nguyên Van Vinh) ; d'autres, tel le parti national du Viêt Nam, fondé en 1927 à Hanoi par des instituteurs, dont Nguyên Thai Hoc, vont jusqu'à réclamer l'expulsion des Français avec l'aide de la Chine du Guomindang.

8.2. Naissance parti communiste indochinois

Si ce parti est brisé à la suite de l'échec de la révolte de la garnison de Yên Bai, qu'il a provoquée (10 février 1930), l'opposition est aussitôt reprise en main par Nguyên Ai Quôc (plus tard Hô Chi Minh), qui, avec les éléments de l'Association de la jeunesse révolutionnaire vietnamienne (Thanh Niên) constituée à Canton en 1925, fonde à Hongkong le parti communiste indochinois (PCI, février 1930), qui provoque des émeutes agraires (mai 1930-septembre 1931).

Ayant rétabli l'ordre par une répression rapide qui disloque le PCI, le gouvernement français décide, à la faveur des débuts du règne de Bao Dai (1932), de promouvoir une politique de réformes en constituant une Commission des réformes, animée par un mandarin catholique, Ngô Dinh Diêm (1933) : la double opposition des notables traditionalistes et des partisans européens de l'administration directe la fait échouer. L'ordre est pourtant maintenu jusqu'à l'intervention du Japon en Indochine (1940).

8.3. La République démocratique indépendante du Viêt Nam

Le Front pour l'indépendance du Viêt Nam (Viêt-minh), fondé par Hô Chi Minh (mai 1941), profite de l'élimination de l'autorité française par les Japonais (9 mars 1945) pour faire abdiquer Bao Dai et pour constituer une République démocratique indépendante (septembre), qui remplace aussitôt dans les villages les conseils de notables par des conseils du peuple .

9. Le Viêt Nam et la guerre d'Indochine (1946-1954)

9.1. L'échec de la conférence de Fontainebleau

Le 2 mars 1946, Hô Chi Minh est proclamé président du nouvel État avant de signer avec la France les accords du 6 mars. Mais, si la France reconnaît l'État libre du Viêt Nam, elle refuse d'y inclure la Cochinchine et ne promet, lors de la conférence de Fontainebleau (juillet-septembre 1946), qu'un référendum sur cette question (modus vivendi du 14 septembre 1946).

9.2. La guerre

Le bombardement français de Haiphong (23 novembre 1946) et le coup de force du Viêt-minh à Hanoi (19 décembre 1946) déclenchent alors une guerre qui sera longue et difficile. Rappelant Bao Dai, la France reconnaît l'unité et l'indépendance du Viêt Nam au sein de l'Union française (accords du 5 juin 1948 et du 8 mars 1949), accepte le rattachement de la Cochinchine au nouvel État et renonce à sa souveraineté.

Le Viêt Nam, dont Bao Dai devient le chef (décembre 1949), doit faire face à l'opposition du Viêt-minh ; la position de ce mouvement se trouve renforcée par la victoire de Mao Zedong en Chine (décembre 1949), qui reconnaît aussitôt le gouvernement de Hô Chi Minh (16 janvier 1950) et aide à la constitution de la puissante armée du général Vô Nguyên Giap, qui surprend les Français à Cao Bang (1950).

La contre-offensive dirigée par le haut-commissaire de Lattre de Tassigny (1951) rétablit la situation, de nouveau compromise après la mort de ce dernier (1952).

9.3. La conférence de Genève

Pour reprendre l'initiative, le gouvernement Hô Chi Minh modifie sa structure politique en remplaçant le Viêt-minh par le Liên Viêt (Front national uni), qui accueille les nationalistes non marxistes (mars 1951) ; parallèlement, il renforce son potentiel militaire, et peut reprendre l'offensive au printemps 1953. Celle-ci se termine par la prise de Diên Biên Phu (7 mai 1954), qui met fin à la guerre d'Indochine.

La conférence de Genève (20 juillet 1954) coupe le pays en deux, de part et d'autre du 17e parallèle, en attendant des élections qui doivent définir le régime du Viêt Nam réunifié avant juillet 1956. En fait, la ligne de démarcation suivant la rivière Ben Hôi, à proximité du mur de Dông Hoi construit en 1631 pour séparer les Nguyên des Trinh, ressuscite une vieille séparation politique, qui se concrétise par la formation de deux États nouveaux : la République démocratique du Viêt Nam (Nord Viêt Nam) et la République du Viêt Nam (Sud Viêt Nam).

Pour en savoir plus, voir l'article guerre d'Indochine.

10. La partition du Viêt Nam

10.1. La République démocratique du Viêt Nam

Le Nord, qui comprend une région autonome (des Thaïs et des Miaos), se constitue en République démocratique du Viêt Nam, dont le président est Hô Chi Minh et le chef du gouvernement Pham Van Dông.

Après l'évacuation de Hanoi par les forces françaises (9 octobre 1954), le gouvernement s'installe dans cette ville, dont il fait sa capitale. Il se heurte aussitôt à l'opposition des populations catholiques, dont une partie seulement peut être évacuée dans le Sud Viêt Nam avec l'aide des forces françaises.

Animé par les communistes, qui contrôlent le Lao Dông ou parti des Travailleurs, le nouveau régime, qui instaure au Nord Viêt Nam une démocratie populaire, met en application un plan de trois ans (1954-1957), qui doit réaliser la réforme agraire, la collectivisation des biens et des moyens de production, et l'industrialisation du pays, avec l'aide de l'URSS, de la Chine et des autres démocraties populaires.

L'échec de la réforme agraire, dû en partie au surpeuplement, à la précipitation et au radicalisme des méthodes, l'arrêt des importations de riz en provenance des deltas du Sud et le rationnement qui en est le résultat provoquent des difficultés dont la responsabilité est rejetée sur Truong Chinh, le premier secrétaire du parti des Travailleurs ; celui-ci est, de ce fait, limogé temporairement au profit de Hô Chi Minh, qui cumule cette fonction avec celle de chef de l'État (29 octobre 1956). Dès lors, la République démocratique du Viêt Nam va poursuivre son évolution politique, et surtout soutenir la lutte, au Sud Viêt Nam, du Front national de libération (FNL).

Malgré la mort du président Hô Chi Minh, survenue le 3 septembre 1969, la stabilité politique du pays n'est pas menacée. Si deux remaniements ministériels ont lieu en avril 1974, c'est, semble-t-il, afin de renforcer l'administration pour la reconstruction du pays, désormais objectif principal du gouvernement. Tôn Duc Thang a succédé à Hô Chi Minh. Le pouvoir est partagé entre ceux qui, depuis 1969, assurent collégialement la direction du pays : Lê Duân, premier secrétaire du parti des Travailleurs ; Truong Chinh, président du Comité permanent de l'Assemblée nationale ; Pham Van Dông, Premier ministre ; et le général Vô Nguyên Giap, ministre de la Défense.

10.2. La République du Viêt Nam

Le régime dictatorial de Ngô Dinh Diêm

Au lendemain des accords de Genève (20 juillet 1954), le chef du gouvernement de Saigon, Ngô Dinh Diêm, reprend en main le Sud Viêt Nam. En conflit avec Bao Dai, il organise un référendum, qui dépose l'empereur (octobre 1955) et lui permet de se proclamer chef d'État d'une République nationale du Viêt Nam (octobre 1955), qui se retire de l'Union française (1956). Une Assemblée constituante, élue le 4 mars 1956, adopte une Constitution, définitive le 7 juillet 1956, instaurant un régime autoritaire soutenu par les États-Unis. Avec l'aide de l'armée vietnamienne réorganisée sous la direction d'instructeurs américains, il liquide les sectes politico-religieuses (caodaïsme, Hoa Hao, Binh Xuyên) et tente de réinstaller 850 000 réfugiés qui ont fui le régime de Hô Chi Minh.

Mais le nouveau régime rencontre de nombreuses difficultés, tant sur le plan économique que sur le plan politique, où se manifestent plusieurs oppositions : celle des nationalistes non communistes, hostiles soit à l'influence des États-Unis, soit au catholicisme et à l'autoritarisme de Ngô Dinh Diêm (coups d'État nationaliste et militaire des 11 novembre 1960 et 27 février 1962) ; celle des bouddhistes, qui prend un caractère de grande violence en 1963 ; celle, enfin, des communistes (Viêt-cong) et de leurs alliés, regroupés au sein du Front national de libération (FNL), qui anime une guérilla particulièrement active dans le delta du Mékong et la péninsule de Ca Mau.

Le 1er novembre 1963, un coup d'État militaire aboutit à la chute et à l'assassinat de Ngô Dinh Diêm. Dès lors, le pays est la proie d'une grave anarchie politique, et de très nombreux gouvernements se succèdent jusqu'en 1965, dominés surtout par les militaires. La période est également marquée par les luttes d'influence entre bouddhistes et catholiques.

Nguyên Van Thiêu

En juin 1965, un Conseil directeur national est formé sous la présidence du général Nguyên Van Thiêu, qui fait fonction de chef de l'État, le général Nguyên Cao Ky étant chef du gouvernement. La nouvelle équipe dirigeante rompt les relations diplomatiques avec la France, tente, sans succès, d'accroître la participation de l'armée sud-vietnamienne aux combats et essaie de lutter contre la corruption. Elle se heurte aux bouddhistes (avril-juin 1966), met en place des institutions parlementaires : élection d'une Assemblée constituante (septembre 1966), promulgation d'une Constitution (1er avril 1967). Nguyên Van Thiêu et Nguyên Cao Ky sont élus (3 septembre 1967) président et vice-président de la République. L'ouverture des pourparlers de Paris (mai 1968) contribue à la chute du chef du gouvernement, Nguyên Van Lôc, qui est remplacé par Trân Van Huong, et à la mise à l'écart de Ky. L'instabilité politique et la désagrégation économique et sociale ont amené la prise en charge progressive du pays par les Américains qui soutiennent ouvertement le général Thiêu.

De 1968 à 1971, le général Thiêu consolide progressivement son régime ; en 1969, il confie le gouvernement à son allié, le général Trân Thiên Khiêm. Dans le domaine social, en réponse à la politique de redistribution des terres du Gouvernement révolutionnaire provisoire (GRP) [formé en 1969], le gouvernement sud-vietnamien lance, en 1970, un programme de réforme agraire visant avant tout à s'assurer le ralliement de la masse paysanne. Thiêu s'est imposé au président Richard Nixon comme l'élément de stabilité indispensable pour mener à bien sa politique de vietnamisation. C'est donc fort de l'appui de Washington que, candidat unique, il est réélu, en septembre 1971, avec 94 % des suffrages exprimés.

Mais l'offensive générale de 1972 consacre l'échec de la politique de vietnamisation. Thiêu est contraint d'assouplir sa politique dans la négociation. Il accepte donc la teneur des accords de Paris mais il en bloque par la suite l'application. Le conseil tripartite de réconciliation et de concorde chargé, sur les bases de l'article 11 des accords de Paris, d'organiser les élections nationales ne voit pas le jour. Le régime Thiêu poursuit une sévère répression contre la « troisième force », considérée comme capable de réaliser l'unité, et dont le GRP ne cesse de rappeler l'existence.

En fait la guerre, qui n'a pratiquement jamais cessé, reprend en mars 1975. Les forces saigonaises n'offrent guère de résistance et, très rapidement, la totalité des Ire et IIe régions militaires passe sous le contrôle du GRP.

Le 21 avril 1975, Nguyên Van Thiêu, acculé par l'avance foudroyante des troupes du GRP et des unités nord-vietnamiennes, démissionne et quitte Saigon. Le 30 avril 1975, les troupes du GRP entrent dans Saigon.

Pour en savoir plus, voir l'article guerre du Viêt Nam.

11. La difficile réunification

Dans les premières semaines de son installation, le nouveau pouvoir révolutionnaire apparaît ouvert aux espoirs d'une population exsangue et profondément meurtrie : faisant appel à l'union nationale, il s'efforce de multiplier les mesures d'apaisement. Sur le plan diplomatique, le GRP négocie sa reconnaissance auprès de Paris, et il semble que les autorités aient envisagé, tout au moins dans une première étape, de ne pas précipiter ni d'imposer la réunification politique du pays. C'est ainsi que le Sud Viêt Nam demande officiellement son admission à l'ONU (15 juillet) sous l'image apparente d'un pays non-aligné. Cette initiative se heurte à un veto américain (août), Washington s'opposant à l'entrée du Sud Viêt Nam au sein de l'ONU si la Corée du Sud ne peut y siéger également.

Cependant une révolution culturelle s'instaure rapidement au Sud Viêt Nam, balayant l'héritage néocolonialiste : une littérature d'inspiration marxiste, de nouveaux manuels scolaires, font leur apparition « pour répondre à l'appel des lecteurs sud-vietnamiens », car « à temps nouveaux livres nouveaux ». La fonction publique est graduellement purgée et des milliers de fonctionnaires civils et militaires doivent rejoindre des camps de rééducation. Des incertitudes pèsent par ailleurs sur plusieurs centaines de milliers de Chinois et de Sino-Vietnamiens qui font l'objet de mesures coercitives de rejet ou d'assimilation. Le nombre des boat people, s'accroît sans cesse.

Il est vrai que la situation sociale et économique dont héritent les communistes est catastrophique : il y a 3 millions de chômeurs, 1 million de soldats démobilisés qu'il faut nourrir, 5 millions de personnes déplacées à charge de leur famille (infirmes, orphelins, déclassés, réfugiés).

Le problème majeur qui se pose aux autorités est celui du redémarrage de l'économie et de l'ajustement de deux systèmes antagonistes : planification socialiste du Nord, longue inféodation au néocapitalisme au Sud. En outre, l'économie est marquée par un état de délabrement dû à la concussion, au marché noir chronique et aux expédients de toutes sortes. Le IIe plan quinquennal (1976-1980), correspondant à la planification de l'Europe de l'Est, s'avère difficilement réalisable.

En janvier 1976, le pouvoir militaire laisse la place à une administration civile. En mars, un nouveau système judiciaire est mis en place : le Code pénal met désormais fin aux juridictions d'exception en vigueur depuis mai 1975. Le 25 avril, la première Assemblée nationale d'un Viêt Nam réunifié est élue : ses 492 députés (249 pour le Nord, 243 pour le Sud) sont élus par environ 25 millions d'électeurs.

Au Sud, les listes du GRP obtiennent les suffrages les plus importants. La nouvelle Assemblée, qui siège à Hanoi, la capitale, marque la première étape de la réunification de jure du pays, de l'adoption d'une Constitution et de l'instauration de la dictature du prolétariat. Le 2 juillet, le Viêt Nam est officiellement réunifié et Hanoi proclame l'installation de la République socialiste sous la présidence suprême de Tôn Duc Thang, ancien président de la République démocratique (Nord Viêt Nam). Pham Van Dông est chef du gouvernement ; Nguyên Luong Bang et Nguyên Huu Tho vice-présidents ; Truong Chinh, président du Comité permanent de l'Assemblée ; et six « sudistes » sont au gouvernement.

Les lacunes de l'économie sont rapidement mises en lumière, et Lê Thanh Nghi, ministre du Plan, annonce en janvier 1977 la nécessité de procéder à d'importants transferts de population permettant de restructurer le travail : c'est ainsi que 1,2 million de Saigonais devront quitter la métropole pour s'installer dans les « nouvelles zones économiques » et que quelque 900 000 Vietnamiens du Nord devront trouver un emploi dans le Centre ou le Sud.

Des contrats de coopération ou d'aide sont signés avec divers pays occidentaux, notamment avec la France (visite de Pham Van Dông en avril 1977). Pourtant (fin 1977), Hanoi admet que la situation économique est au seuil de la catastrophe. Des calamités naturelles ont affecté 30 % des cultures au Nord (300 000 ha), tandis qu'au Sud 25 % des terres n'ont pas été mises en culture faute de moyens techniques et humains

12. Le conflit khméro-vietnamien

C'est dans ces conditions que se développe une tension diplomatique entre Hanoi et le Cambodge voisin (Kampuchéa démocratique), dirigé par les Khmers rouges depuis 1975. Accusant le Viêt Nam de vouloir contrôler le mouvement communiste au Cambodge, les partisans de Pol Pot ont trouvé à Pékin un appui, d'autant que la capitale chinoise accepte l'idée cambodgienne d'une rectification de frontières qui rendrait à Phnom Penh des provinces perdues du bas Mékong. Le Viêt Nam signe un traité d'amitié et de coopération avec Moscou (3 novembre 1978) et les incidents frontaliers se multiplient entre le Viêt Nam et le Cambodge.

Le 25 décembre 1978, le Viêt Nam entreprend une offensive d'envergure contre son voisin, après avoir annoncé la formation d'un Front uni de salut national du Kampuchéa (FUNSK). Les troupes de Pol Pot reculent un peu partout, tandis qu'un comité révolutionnaire populaire s'installe à Phnom Penh (janvier 1979). Mais les divisions vietnamiennes engagées au Cambodge se heurtent à des opérations de guérilla, qui obligent l'état-major de Hanoi à occuper massivement le pays. Progressivement repoussés, les partisans de Pol Pot se replient sur des zones jouxtant la frontière thaïlandaise. Toutefois, le nouveau gouvernement cambodgien n'est reconnu que par une poignée de pays socialistes alliés de Hanoi ; il n'en reste pas moins que la défaite des Khmers rouges est un incontestable succès pour le Viêt Nam, qui, soit par les armes, soit par la diplomatie, s'est assuré le soutien ferme de ses voisins cambodgiens et laotiens.

13. Le conflit sino-vietnamien et les priorités économiques

La Chine considère les pays d'Asie du Sud-Est comme un glacis sur son flanc sud et comme sa zone d'influence. Elle ne peut donc accepter l'« impérialisme régional » du Viêt Nam d'autant plus qu'il ouvre la porte à l'URSS (facilités portuaires à la flotte soviétique). En effet, privé de l'aide chinoise, Hanoi a adhéré au Comecon (juin 1978) et signé avec Moscou un traité d'amitié et de coopération (novembre 1978). Les rapports entre la Chine et le Viêt Nam ne cessent de se détériorer.

Au lendemain de l'invasion vietnamienne au Cambodge, le 17 février 1979, la Chine lance une attaque sur la frontière nord du Viêt Nam pour lui « donner une leçon », mais, après de durs combats, elle doit se retirer le 6 mars et négocier. Le conflit va tourner à l'épreuve d'usure, Pékin armant les Khmers rouges. Les conditions de vie deviennent alors si difficiles, notamment pour la minorité chinoise, que quelque 400 000 personnes quitteront le pays par mer ou par terre vers la Chine. La conférence de Genève (juillet 1979) décide une aide des pays occidentaux pour les réfugiés.

La situation en Indochine étant « stabilisée », Hanoi – isolé par l'embargo occidental mais aidé par l'URSS –, remédie aux mauvais résultats du plan quinquennal (1976-1980) et surtout à une grave pénurie alimentaire en adoptant en 1979, contre l'avis des conservateurs, une libéralisation du marché de la production agricole et artisanale qui donne des résultats positifs. Une nouvelle Constitution est adoptée en décembre 1980 après quatre ans de débats, qui souligne le rôle principal du marxisme-léninisme. En mars 1982, le Ve Congrès du PCV approuve la nouvelle ligne économique dont les effets bénéfiques sont momentanément compromis par une réforme monétaire hâtive (septembre 1985), suivie d'une forte inflation.

14. Sur la voie du « renouveau » (doi moi)

En juillet 1986, Lê Duân meurt, et Truong Chinh, déjà président du Conseil d'État, lui succède à la tête du parti. Mais, au VIe Congrès du PCV (décembre 1986), ce dernier se retire du bureau politique ainsi que Pham Van Dông (Premier ministre) et Lê Duc Tho, ouvrant alors la voie au renouvellement de la direction. Nguyên Van Linh, dont le programme de réformes dénommé (doi moi) (littéralement « nouveau changement » est approuvé, prend la tête du parti. Calqué sur le modèle chinois, le doi moi combine maintien du parti unique, fermeté du contrôle politique et libéralisation économique : autonomie des entreprises, économie de marché, encouragement au secteur privé et appel aux capitaux étrangers. En juillet 1987, Vo Chi Cong devient président du Conseil d'État, et Pham Hung, Premier ministre. Tous deux sont des vétérans du Sud, comme Vô Van Kiet, le réformateur chargé du plan.

En juin 1988, après la mort de Pham Hung, le conservateur Do Muoi est nommé Premier ministre, Lê Duc Tho conservant lui aussi de l'influence jusqu'à sa mort, en 1990. L'effondrement du socialisme en Europe de l'Est effraie les dirigeants vietnamiens. En mars 1990, le Comité central se prononce contre la « libéralisation bourgeoise » et le multipartisme, mais pour la poursuite des réformes économiques, voie réaffirmée au VIIe Congrès du parti (juin 1991), où Do Muoi devient secrétaire général. La nécessité d'une modernisation politique est cependant reconnue. Vô Van Kiet devient Premier ministre (août 1991). La résistance des adversaires du changement se marque par l'accession du général Lê Duc Anh à la présidence, après l'adoption d'une nouvelle Constitution en 1992. Le régime reste sévère à l'égard des dissidents politiques, garde le contrôle des secteurs clés de l'économie et s'inquiète de la pauvreté persistante, de l'augmentation de la corruption, de la prostitution, de la drogue et du crime.

Le VIIIe Congrès du parti (juin 1996) – sur fond de lutte d'influence entre conservateurs et réformistes – maintient la même équipe au pouvoir. Le bureau politique s'élargit au bénéfice de l'armée. Les élections de juillet 1997 enregistrent la victoire du parti unique, mais en septembre la nouvelle équipe dirigeante s'ouvre à des « experts » : le président Trân Duc Luong est géologue, et le Premier ministre Phan Van Khai, économiste. L'ouverture économique doit se poursuivre dans l'ordre  pourtant, en novembre, des révoltes au Nord et au Sud traduisent le mécontentement populaire contre la corruption des cadres locaux. Une lettre du général Tran Do, vétéran respecté, appelle à la démocratie et à la transparence – ce qui lui vaudra d'être exclu du parti.

15. Le Viêt Nam du xxie siècle

Au IXe Congrès du PCV (avril 2001), le général Lê Kha Phieu, devenu secrétaire général en 1997, est désavoué au terme d'un long débat interne opposant réformistes et conservateurs. Il est remplacé par un modéré, Nong Duc Manh, qui, fait inédit, vient d'un groupe ethnique minoritaire (thai). Le Comité central est rajeuni ; le Sud, pôle du développement économique, mieux représenté. Bien que la crise asiatique de 1997 ait plutôt épargné le Viêt Nam, la croissance et les investissements étrangers ralentissent, car les réformes structurelles (administration, secteur bancaire et entreprises publiques) se heurtent à de nombreux obstacles et marquent le pas. La montée d'un capitalisme « sauvage » dans une bureaucratie d'État suscite conflits d'intérêts, escroqueries et scandales. Le régime maintient sa volonté de modernisation, se prononce pour une « économie de marché à orientation socialiste » (ouverture d'une Bourse à Hô Chi Minh-Ville en 2001 et à Hanoi en 2005) tout en s'efforçant de se protéger.

Bousculé par les mutations sociales devenues plus âpres au fur et à mesure que la croissance économique se confirme, le pays est également confronté à des épidémies de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003 et de grippe aviaire à partir de 2004. S'il parvient à les traiter avec une relative transparence, il se voit reprocher, en revanche, de sérieux manquements en matière de respect des droits de l'homme et de la liberté de religion (les manifestations des « montagnards » des hauts plateaux du Sud, marginalisés par le développement des plantations de café, sont violemment réprimées).

À l'issue du Xe Congrès du PCV (avril 2006), seul le numéro un du pouvoir, Nông Duc Manh, secrétaire général du parti, est reconduit pour un second et dernier mandat ; en revanche, l'ensemble de l'exécutif – le président Trân Duc Luong, le Premier ministre Phan Van Khai et le président de l'Assemblée nationale Nguyên Van An – est soumis à renouvellement.

Leurs successeurs – Nguyên Minh Triet et Nguyên Tân Dung –, réputés réformateurs, maintiennent cependant un niveau élevé de répression à l'encontre des dissidents et ne tolèrent qu'une timide libéralisation du processus politique : à l'issue des élections législatives de mai 2007, seuls 43 sièges (sur 500) reviennent à des non-membres du PCV.

Les nouveaux dirigeants se trouvent confrontés à plusieurs défis urgents à résoudre. Touché par la crise économique et financière de 2007-2008, le Viêtnam voit sa croissance sérieusement ébranlée, ses exportations vers les marchés américain et européen brutalement chuter, sa monnaie se déprécier. Conséquence de l'accélération de l'inflation (23 % en 2008), la baisse du pouvoir d'achat provoque des mouvements de grèves au sein d'une population impatiente d'un changement mais peu confiante dans ses dirigeants.

Ceux-ci réagissent en lançant un plan de relance en 2009, qui permet une reprise progressive de la croissance, mais la crise a montré la dépendance forte du pays envers l'étranger (ses exportations représentent plus de 70 % de son PIB) et révélé les hésitations au sein du PCV. Unis sur la poursuite des objectifs de la politique sociale et économique – renouer avec la croissance, attirer les investissements étrangers, garder la maîtrise politique du développement tout en réformant les entreprises publiques, réduire les inégalités, développer la protection sociale, les membres du parti se divisent sur l'ordre de priorité de leur mise en œuvre. Lors de son XIe Congrès (janvier 2011), le PCV désigne à sa tête un idéologue conservateur, Nguyên Phu Trong, et confirme la montée en puissance du Premier ministre, Nguyên Tân Dung, réélu au sein du comité central puis au poste de chef du gouvernement, tandis que Truong Tân Sang accède à la présidence de la République. Le 12e congrès en janvier 2016 est marqué par une discrète lutte d’influence : le pragmatique Premier ministre, Nguyên Tân Dung, qui laisse sa place au vice-Premier ministre Nguyên Xuân Phuc, est écarté du poste de secrétaire général du PCV, dont le titulaire est finalement maintenu à ses fonctions bien qu’il ait atteint la limite d’âge. Trân Dai Quang, ministre de la Sécurité publique, devient président.

16. La politique étrangère depuis 1989

16.1. La fin de l'isolement

Le retrait des troupes vietnamiennes du Cambodge conditionne la fin de l'isolement du Viêt Nam et, donc, son accès à l'aide occidentale. Sa sécurité dépend toutefois de la solidité du régime de Phnom Penh. Malgré la menace que représentent les Khmers rouges, aidés jusqu'en 1991 par la Chine et la Thaïlande, celui-ci se renforce. Hanoi, soumis aux pressions de l'Union soviétique qui souhaite améliorer ses relations avec Pékin, avance son retrait du Cambodge à septembre 1989. Il faudra attendre la signature de l'accord de paix sur le Cambodge (octobre 1991) pour voir se réaliser la normalisation des relations sino-vietnamiennes et l'amorce d'une levée partielle de l'embargo américain.

16.2. Le rapprochement avec la Chine

L'effondrement du socialisme en Europe de l'Est pousse le Viêt Nam à se rapprocher de la Chine (sommet de Pékin en novembre 1991). Mais les conflits territoriaux (frontières et concessions pétrolières en mer de Chine méridionale) demeurent une pomme de discorde. Les visites du Premier ministre Li Peng, puis du président chinois Jiang Zemin à Hanoi (1992 et 1994) permettent des négociations malgré des tensions parfois vives. En décembre 1999, le Viêt Nam et la Chine signent un traité délimitant leur frontière terrestre, puis, un an plus tard, un accord sur la délimitation de leur frontière maritime dans le golfe du Tonkin, accompagné d'un accord de coopération sur la pêche. Malgré le contentieux qui les oppose concernant les îles Paracel et les îles Spratly en mer de Chine méridionale, les relations entre les deux pays sont étroites (la Chine étant son premier fournisseur et troisième client) et les échanges diplomatiques, soutenus (visite du président chinois Jiang Zemin en 2002, accord de coopération de défense en avril 2005).

16.3. Les relations avec la Russie

L'implosion de l'Union soviétique contraint le Viêt Nam à réajuster sa politique étrangère, bien qu'il se soit efforcé de développer de bonnes relations avec les États issus de l'ex-URSS. En mars 2001, Vladimir Poutine se rend à Hanoi. Le 4 mai 2002, la Russie quitte la base de Cam Ranh. Décidé à être « l'ami de tout le monde », le Viêt Nam refuse désormais d'avoir sur son sol une base étrangère (livre blanc de la Défense de décembre 2004). La visite du président vietnamien à Moscou en juillet 2012 est l’occasion de rappeler le caractère stratégique des relations avec la Russie, notamment dans le secteur énergétique (pétrole, gaz et nucléaire).

16.4. L'Asie du Sud-Est

Après 1991, le Viêt Nam se rapproche des pays de l'ASEAN. Commerce et investissements connaissent alors un développement rapide. En juillet 1992, il signe le traité d'amitié et de coopération de l'ASEAN, et, après avoir eu le statut d'observateur, devient le septième membre de l'Association en juillet 1995. Des négociations sont ouvertes sur les limites des eaux territoriales. L'AFTA (ASEAN Free Trade Area) entrant en vigueur le 1er janvier 2002, le Viêt Nam obtient un report d'échéance jusqu'en 2006. Il devient membre de l'APEC en 1998. Après 1991, de bonnes relations économiques se sont aussi développées avec la Corée du Sud. Avec le Japon, premier donneur d'aide, longtemps premier partenaire commercial et troisième investisseur, les relations se resserrent (visite du Premier ministre Junichiro Koizumi en avril 2002, visite du Premier ministre Phan Van Khai en avril 2003, accord sur les investissements en novembre 2003).

16.5. Les États-Unis

Les relations avec les États-Unis demeurent longtemps bloquées par la question des soldats américains disparus au combat ; le Viêt Nam s'efforce de faciliter les recherches. En juillet 1993, Washington autorise le FMI, la Banque mondiale et l'ADB (Asian Development Bank) à consentir des prêts au Viêt Nam, mais l'embargo américain n'est levé qu'en février 1994 et les relations diplomatiques ne sont rétablies qu'en juillet 1995. Après quatre ans d'intenses négociations, les deux pays signent en juillet 2000 un accord de normalisation des relations économiques, à la satisfaction d'Hanoi qui voit s'ouvrir le chemin de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) En novembre, Bill Clinton est le premier président américain à se rendre au Viêt Nam. Depuis 2002, les États-Unis sont ainsi le premier client du Viêt Nam devant le Japon et la Chine.

Des tensions subsistent : Hanoi est opposé à l'intervention américaine en Iraq et, en mars 2005, une Cour américaine déclare irrecevable la plainte des victimes vietnamiennes de l'« agent orange », défoliant contenant d'importantes quantités de dioxine utilisé massivement par l'armée américaine pendant la guerre du Viêt Nam. Cependant, à l'heure de la montée en puissance économique, nationaliste et stratégique de Pékin dans l'APEC, États-Unis et Viêt Nam approfondissent leur politique de rapprochement : sur fond de tensions en mer de Chine méridionale, une importante étape est franchie en juillet 2015 avec la première visite du secrétaire général du PCV Nguyên Phu Trong à la Maison-Blanche, suivie de la visite du président B. Obama en mai 2016 à Hanoï. La levée de l’embargo sur les ventes d’armes américaines est alors annoncée.

16.6. Une volonté d'ouverture

L'entrée du Viêt Nam dans l'OMC – acquise le 7 novembre 2006 et officialisée le 1er janvier 2007 – symbolise sur le plan économique le succès de la politique vietnamienne et son insertion dans la région comme dans le monde. À peine admis dans l'OMC, le Viêt Nam réunit à Hanoi, pour la première fois, le sommet annuel de l'APEC et reçoit, à cette occasion, en novembre 2006, le président George Walker Bush. Le président Triet lui rend visite moins d'un an plus tard, en juin 2007.

Plusieurs rencontres internationales à haut niveau entre 2002 et 2012, impliquant notamment la France, la République tchèque ou la Pologne, témoignent de la volonté d'ouverture du Viêt Nam en Europe alors que l’Union européenne est également devenue l’un de ses principaux partenaires commerciaux.

Les changements politiques à la tête de l’État ne sont pas de nature à faire dévier le pays de sa route vers une intégration économique croissante et, en février 2016, le Viêt Nam est l’un des douze États signataires du Partenariat transpacifique (TPP), un ambitieux accord de libre-échange (en attente de ratification) promu par les États-Unis auxquels s’associent en outre, pour l’heure, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, le Japon, la Malaisie, Brunei, Singapour, le Mexique, le Pérou et le Chili.