La même sévérité s'exerce à l'égard des intellectuels et des artistes : le mathématicien Valeri Senderov est condamné à sept ans de camp, l'ingénieur Alexis Smirnov à six ans, le caricaturiste Viatcheslav Sissoïev (qui se cachait depuis quatre ans) à deux ans de prison, la poétesse Irina Ratovchinskaia à sept ans et l'écrivain Lev Borodine à dix ans.

Les dissidents de Lettonie et d'Estonie ne sont pas épargnés non plus et on observe — en mars notamment — des opérations du KGB dans ces républiques, suivies bien sûr d'arrestations et de condamnations.

Les Sakharov à Gorki, les derniers à tenir tête au pouvoir

En mai, Mme Sakharov annonce que son mari (qui souffre de troubles cardiaques et urologiques) accepterait désormais de quitter l'URSS. À cette occasion, elle fait part de ses craintes que le « KGB n'en vienne un jour à tuer le prix Nobel de la paix, puis à dire qu'il est mort d'une crise cardiaque ».

Le raidissement soviétique

Cette volonté de mise au pas se manifeste encore à l'égard des pays et des partis frères.

Pour les Soviétiques, la grande affaire de l'année sur le plan international est l'installation éventuelle des missiles américains en Europe à la fin de 1983. Pour contrer ce projet, l'URSS a besoin de la cohésion sans faille du camp socialiste. Ce qui explique les mises en garde à peine voilées aux PC occidentaux — notamment au PCF, allié d'un PS passablement atlantiste — contre toute tentation de mollesse « dans le déploiement du combat antimilitariste ». Ce qui explique aussi la ferme invite lancée périodiquement aux républiques socialistes — à la Roumanie, notamment, soucieuse de garder une indépendance de façade ou à la Bulgarie et à la Mongolie, qui n'ont pas montré, semble-t-il, un enthousiasme excessif à l'arrivée au pouvoir de Y. Andropov — de resserrer les rangs et de respecter à la lettre la « solidarité internationaliste » et l'orthodoxie socialiste.

Les problèmes polonais et afghan, dont Moscou sait que l'Occident tire parti pour tenter de fissurer le bloc socialiste, expliquent d'ailleurs tout autant que la question des euromissiles cet appel à la discipline. Ils expliquent aussi cette brutale mise en garde d'Andrei Gromyko rappelant à propos de la Pologne que, pour conserver les « acquis du socialisme », l'URSS « s'arrogeait le droit d'intervenir militairement » ; ou cette affirmation de l'agence Tass : l'« URSS remplira jusqu'au bout son devoir internationaliste dans la protection de l'Afghanistan ».

Avertissement à l'Occident comme aux pays frères avec lesquels les États-Unis, ainsi que la Chine, veulent renforcer leurs rapports ou renouer le contact, comme en témoignent la visite du vice-président américain George Bush en septembre à Belgrade, Budapest et Bucarest, ou l'offensive diplomatique de Pékin vis-à-vis des pays du pacte de Varsovie.

Dialogue de sourds

La guerre froide n'est peut-être pas de retour, mais le ton des relations Moscou-Washington, tout au long de l'année 1983, le donne à penser. Les rapports des deux capitales sont presque exclusivement axés sur les négociations de Genève, sur le désarmement et sur la décision, prise en décembre 1979 par l'OTAN, d'installer en Europe, fin 1983, 108 Pershing II et 464 missiles de croisière Cruise, si les Soviétiques ne consentent pas à démanteler leurs SS-20 pointés sur les objectifs européens. Soviétiques et Américains multiplient propositions et contre-propositions, s'efforçant à chaque fois de prendre l'avantage, mais il s'agit en fait d'un dialogue de sourds, aucun changement de fond n'étant survenu depuis l'option zéro lancée par R. Reagan en 1981 et la proposition Andropov (pas de missiles américains, 162 fusées soviétiques, en Europe) un an plus tard.

Un dialogue qui est, bien sûr, ponctué de commentaires violents et même de menaces. Ronald Reagan présente l'URSS comme l'« empire du Mal » ; Youri Andropov accuse le président américain de vouloir « désarmer l'Union soviétique » ou dénonce les « ambitions impériales » et l'« extrême aventurisme » des États-Unis. G. Arbatov, membre du Comité central, déclare en mars que, si les euromissiles sont déployés, « l'URSS devra installer des fusées supplémentaires près des frontières américaines ».