Curieusement, c'est donc en politique étrangère — son terrain de prédilection — qu'Olof Palme a rencontré le plus d'écueils au cours de sa première année de gouvernement. La querelle avec le Danemark, par exemple, sur la délimitation des eaux territoriales dans le Kattegatt — où le gouvernement de Copenhague autorise fin juillet une compagnie pétrolière à procéder à des forages exploratoires dans une zone contestée — prend des proportions qui frisent le burlesque. Adoptant le ton d'une superpuissance, la Suède exige l'arrêt immédiat de ces forages. Les Danois ne cédant pas, Olof Palme fera finalement marche arrière pour faciliter une solution qui donne raison à Copenhague.

L'opinion divisée

En politique intérieure, le gouvernement minoritaire social-démocrate, revenu au pouvoir en octobre 1982, enregistre les résultats, positifs, de la dévaluation de 16 % de la couronne et de la légère amélioration de la conjoncture internationale. Les exportations augmentent d'environ 10 %, le PNB de 1,5 %, la balance commerciale présente un excédent substantiel, le déficit des paiements courants décroît, plus rapidement que prévu. Mais les problèmes fondamentaux demeurent : l'impasse budgétaire est de l'ordre de 90 milliards de couronnes (autant de FF), soit 14 % du revenu national, la dette extérieure et surtout son service, trois fois plus coûteux que le budget de la Défense, prennent des proportions alarmantes. L'inflation est supérieure à 8 %.

Pendant la campagne électorale, les sociaux-démocrates avaient promis de réduire le chômage. Mais leur politique de création de postes temporaires, de recyclage et de formation professionnelle n'aura permis que de freiner sa progression. Environ 4 % de la main-d'œuvre active sont sans travail en 1983, ce qui donne lieu à des accrochages avec la puissante centrale ouvrière LO.

Les socialistes suédois se trouvent dans une situation entièrement nouvelle pour eux. Pendant quarante-quatre ans, de 1932 à 1976, leur politique a consisté, en fait, à redistribuer aussi équitablement que possible les fruits d'une forte croissance économique. À présent, en raison du déficit budgétaire, ils doivent immanquablement serrer la vis, prendre de sévères mesures d'austérité impopulaires, et contenir les salaires, pour ramener l'inflation à 4 % en 1984. Le tout, sans trop perdre d'électeurs. Pas facile...

À l'automne, le gouvernement, appuyé par les communistes, fait voter par le Parlement le projet, cher au syndicat, de fonds salariaux. Une taxe annuelle de 20 % sur les superprofits des entreprises alimentera jusqu'en 1990 des fonds d'investissements régionaux, gérés par des conseils à majorité syndicale. Cette décision se heurte à une opposition politique et patronale compacte. La Suède est coupée en deux, bien qu'Olof Palme ait promis de favoriser la réconciliation nationale pour sortir le pays de la crise économique.

Alain Debove

Suisse

Les difficultés économiques suscitent un glissement à droite

1983 est l'année des élections fédérales

La gauche se démène pour remonter le courant de la basse conjoncture, qui lui est nettement défavorable. L'Union syndicale enfourche le cheval de la semaine des 40 heures et lance une initiative constitutionnelle. De leur côté, les écologistes essaient, mais en vain, de former un front commun : deux fédérations rivales se créent, l'une modérée, l'autre dite « alternative », c'est-à-dire plus contestataire. Un petit parti se sent, lui, poussé par le vent : l'Action nationale. Car, une fois de plus, l'afflux des étrangers fait chauffer la machine politique.

Il y a, d'abord, les travailleurs, dont plusieurs secteurs économiques, à commencer par l'hôtellerie, affirment ne pouvoir se passer. Au cours de l'année précédente, ceux qui bénéficiaient d'une autorisation de séjour, d'un permis d'établissement ou du statut de saisonnier approchaient de nouveau le million. Puis, les réfugiés politiques. Ils ne représentent pas, au total, un bien gros bataillon : une trentaine de milliers. Mais le nombre des demandes d'asile croît de façon spectaculaire. Les dossiers s'accumulent et traînent des années dans les bureaux de la police fédérale des étrangers. Les quelques centres d'accueil gérés par la Croix-Rouge ne suffisent pas. On loge des requérants à l'hôtel. Et des citoyens irrités jugent ce « luxe » indécent. L'initiative lancée par l'Action nationale — la sixième du genre — confond les deux catégories d'étrangers. Elle dispose qu'en quinze ans leurs effectifs devront diminuer d'au moins 200 000. On ne chassera personne, mais on n'accordera, au cours de ces quinze ans, que deux entrées sur territoire suisse pour trois départs. Ensuite, et pour autant que la population totale retombe au-dessous de 6,2 millions d'âmes (contre 6,4 en 1983), les départs et les arrivées pourraient se compenser exactement. Début d'une controverse âpre et longue.