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Ramsès II

Ramsès II, Temple d'Abu-Simbel
Ramsès II, Temple d'Abu-Simbel

Troisième pharaon de la XIXe dynastie (1301-1236 avant J.-C.).

Le règne de Ramsès II se situe au début de la seconde moitié du Nouvel Empire (1580-1085 avant J.-C.), la dernière période de gloire et de prospérité de l'Égypte ancienne. À cette époque de l'histoire de l'humanité, l'Égypte est encore une grande puissance qui rayonne sur tout le Proche-Orient et qui, bien au-delà, mène une politique ouvertement expansionniste en Afrique et en Asie.

Un monarque guerrier

Fils de Seti Ier, Ramsès II est le troisième souverain de la XIXe dynastie, qui a pris le pouvoir vers 1314 avant J.-C., soixante ans après le règne d’Akhenaton. Les années troublées qui suivent directement celui-ci (règnes de Smenkhkarê, de Toutankhamon, de Aï) sont mal connues ; mais on sait que, vers 1339 avant J.-C., le général Horemheb, qui a su conserver l'intégrité des frontières de l'Empire menacé, est désigné comme roi par un oracle d'Amon ; il restaure l'Empire et l'État. Sans héritiers, il adopte pour successeur un général originaire, semble-t-il, de Tanis, Ramsès Ier, qui, très vite, associe son fils Seti Ier au trône. Avec cette dynastie de monarques guerriers, provenant des marches de l'Asie, la politique égyptienne devient résolument impérialiste, l'idéologie se fait violente : Amon rétablira par la terreur la domination du roi, qui sera « celui qui s'élance sur ses ennemis comme un lion terrible, qui entasse leurs cadavres auprès de leurs vallées, qui les renverse dans leur sang… ».

La lutte contre les Hittites

Quand Ramsès II monte sur le trône, la situation extérieure est de nouveau menaçante. Il y a un danger principal : le royaume du Hatti (peuplé par les Hittites, et constitué dans la région des plateaux de l'Anatolie actuelle lors des invasions indo-européennes du IIe millénaire avant J.-C.) et son actif souverain, Mouwattali. Une intense activité diplomatique a permis à celui-ci de nouer un réseau d'alliances en Asie Mineure, constituant ainsi un bloc de puissance politique rival du « groupe » égyptien ; de plus, à l'hégémonie économique de l'Égypte en Méditerranée, le Hatti oppose maintenant une politique concurrente en Égée, à laquelle la puissance mycénienne (succédant à celle de la Crète) donne une importance nouvelle ; les commerçants des îles égéennes se tournent naturellement vers le Hatti, installé sur les côtes occidentale et méridionale de l'Asie Mineure. La clef de cette double hégémonie est la Syrie et les ports phéniciens ; Ramsès et Mouwattali se préparent ouvertement à la lutte.

Ramsès, militaire avisé, installe ses bases et renforce ses armées. Il transporte d'abord sa résidence à Pi-Ramsès, à la frontière orientale de l'Égypte. Cette « remontée » de la capitale vers le nord est un fait important, tant du point de vue économique (en effet, les villes du Delta oriental, Tanis, Bubastis, Athribis, sont alors de grands centres commerciaux, et la nouvelle résidence du souverain se trouve ainsi au point de jonction des routes qui unissent le Delta aux ports syro-phéniciens et à la mer Rouge) que du point de vue politique (à la capitale religieuse sise à Thèbes, où le clergé d'Amon est puissant, s'oppose désormais une autre capitale, centre politique, éloignée de l'emprise cléricale) ; de plus, Pi-Ramsès (Tanis ? Qantir ?), aux frontières mêmes de l'Asie, prend figure de capitale d'Empire, mi-égyptienne, mi-asiatique (ainsi, le quartier oriental de la ville est consacré à la grande déesse-mère de l'Asie antérieure, Ishtar, et le quartier occidental à celle du Delta, Ouadjet). Cette décision répond avec évidence à un souci de politique impérialiste raisonnée, et a l'avantage d'offrir une base commode pour les opérations militaires.

Dans le même esprit, Ramsès II développe son armée. Aux trois divisions déjà existantes (placées sous le patronage des dieux Amon, et Ptah), il en adjoint une quatrième, que protège Seth, dieu oriental (proche de Baal ou de Soutekh, guerriers asiatiques, et souvent assimilé à ceux-ci). Des troupes noires sont levées en Nubie (corps d'archers), et des mercenaires sont recrutés parmi les prisonniers de guerre (Shardanes, notamment). Dernière mesure de sagesse : des campagnes en Nubie et en Libye assurent la paix aux confins du sud et de l'ouest. Une guerre s'engage, qui va durer, suivant différentes phases, une vingtaine d'années.

Ramsès remonte jusqu'à l'Oronte et livre, devant Qadesh, une grande bataille connue grâce à des sources précises : notamment le Poème de Pentaour (reproduit sur plusieurs papyrus, copié en hiéroglyphes sur les murs des temples de Louqsor, de Karnak, d'Abydos) et le rapport officiel de la bataille (sculpté en bas reliefs, accompagnés de légendes, sur les murs de plusieurs sanctuaires : à Thèbes, Abydos, Abou-Simbel, entre autres). C'est une aventure héroïque : Ramsès II, déjà parvenu aux rives de l'Oronte, où l'attend Mouwattali près de Kadesh, ayant été trompé par de faux rapports d'espions (agents doubles) annonçant la retraite de l'armée hittite, précipite sa marche et franchit en partie le gué sur le fleuve, pour contourner la ville, et cela (rassuré qu'il est) sans prendre soin de couvrir ses flancs ; la division d'Amon a franchi la rivière, celle de Rê s'apprête à le faire, cependant que les divisions de Ptah et de Seth, à l'arrière, s'acheminent encore sur la route. Mais la trahison apparaît lorsque deux prisonniers hittites, interrogés… et bâtonnés, avouent la manœuvre perfide. Ramsès veut accélérer le regroupement de ses soldats, mais Mouwattali, qui a déjà massé ses 2 500 chars au bord du fleuve, fonce, coupe en deux l'armée égyptienne et pénètre, semble-t-il, jusque dans le camp de Ramsès. Celui-ci, guidé par Amon, réussit (d'après les textes égyptiens) l'héroïque exploit de rejeter, seul, l'ennemi en désordre : « Je t'invoque, ô mon père Amon ! Me voici au milieu de peuples si nombreux qu'on ne sait qui sont les nations conjurées contre moi, et je suis seul, aucun autre avec moi. Mes nombreux soldats m'ont laissé, aucun de mes charriers n'a regardé vers moi quand je l'appelais… Mais Amon vaut mieux pour moi qu'un million de soldats, que cent mille charriers, qu'une myriade de frères ou de jeunes fils… Amon surgit à mon injonction, il me tend la main, il pousse un cri de joie : "Face à face avec toi, Ramsès Meriamoun, je suis avec toi ! C'est moi ton père ! Ma main est avec toi… Moi, le fort, qui aime la vaillance, j'ai reconnu un cœur courageux…" Alors je suis comme Montou, de la droite je tranche, de la gauche je saisis… J'ai rencontré 2 500 chars, et, dès que je suis au milieu, ils se renversent devant mes cavales… ». Bataille confuse, en fait, à l'issue incertaine, mais qui arrêta la progression hittite vers le sud.

La lutte contre l'Assyrie

Deux ans après, Ramsès fait campagne en « Palestine », où Mouwattali a fomenté une révolte.

Une crise dynastique éclate au Hatti : Hattousili, frère de Mouwattali, prend finalement le pouvoir. Après une nouvelle démonstration militaire du souverain d'Égypte, qui remonte jusqu'à Tounip, Hattousili III semble manifester une volonté de paix. Un nouveau danger, commun, rapproche d'ailleurs, à ce moment, les deux souverains : Salmanasar Ier (Shoulmân-asharêdou), roi d'Assyrie, pénètre dans le Mitanni et porte sa frontière jusque sur l'Euphrate. Des ambassadeurs égyptiens et hittites établissent, vers 1278 avant J.-C., les bases d'un traité qui assure aux deux royaumes le partage de l'hégémonie, politique et économique, sur le monde asiatique. Le texte de ce traité est gravé en langue akkadienne sur des tablettes d'argile, déposé aux pieds des dieux Rê et Teshoub (ses garants), dans leurs sanctuaires respectifs à Pi-Ramsès et à Hattousa (l'actuel site de Boğazköy), et des copies sont sculptées, en hiéroglyphes, sur les murs du temple d'Amon à Karnak et sur ceux du Ramesseum. Il témoigne d'une alliance étroite entre deux rois égaux, alliance consolidée par des rapports personnels : visite du souverain hittite en Égypte, mariage de Ramsès avec une princesse hittite ( ?). Pendant cinquante ans, le Proche-Orient connaît la paix, que rend féconde un intense courant d'échanges culturels et économiques.

Mise en valeur du royaume et grandes réalisations architecturales

Ramsès emploie également ces années calmes à consolider son empire africain. La mise en valeur des mines d'or, la politique d'égyptianisation se développent encore. L'occupation, tout en se maintenant officiellement jusqu'à Napata (quatrième cataracte), semble n'avoir été effective que jusqu'à la deuxième cataracte. Cette région se couvre alors de magnifiques monuments : les plus célèbres sont les temples que Ramsès II fit tailler dans la montagne même, à Abou-Simbel (peu avant la deuxième cataracte) ; l'un est consacré à la triade Amon-Horakhty-Ptah, l'autre à la déesse Hathor ; c'est à même le roc également que sont sculptées les quatre statues assises colossales du souverain, lesquelles devancent la façade du grand temple, ainsi que les six hautes statues de Ramsès II et de la grande épouse royale Néfertari, qui encadrent l'entrée du temple d'Hathor.

Une extraordinaire activité architecturale marque d'ailleurs ce règne : achèvement de la grande colonnade de Karnak et du temple d'Amon-Mout-Khonsou à Louqsor, construction du temple funéraire, dit Ramesseum, à Thèbes, de l'Osireion à Abydos, notamment. Travaillant à ces constructions, des prisonniers de guerre et des populations ramenées en butin constituent un immense prolétariat (Phéniciens pour les constructions navales, Syriens dans les carrières, Hébreux briquetiers dans l'est du Delta). Ainsi, du cœur de l'Afrique aux rives de l'Oronte, d'innombrables monuments et documents attestent le prestige du souverain « élu de Rê, aimé d'Amon », souverain magnifique, nanti de cinq ou six grandes épouses et de nombreuses concubines, père de plus de 100 enfants royaux. Le luxe de la cour est sans précédent, qui fait dire que « à Thèbes, toutes les maisons regorgent d'or » (l'Odyssée, IV, 125).

Une fin de règne difficile

Mais la fin du règne est assombrie par des événements menaçants pour l'avenir. Au-delà des frontières, une double rupture de l'équilibre international entraîne la ruine de l'Empire : sur terre, la dynastie assyrienne s'installe définitivement sur l'Euphrate (la grande voie commerciale reliant l'Asie Mineure à Babylone), défait les Hittites, occupe Babylone même et contrôle désormais toute la Mésopotamie. Sur mer, l'expansion achéenne prend, dans la mer Égée et la Méditerranée orientale, des proportions considérables. Le Hatti fait front, Ramsès II, vieilli, ne fait rien et temporise. Son pouvoir est d'ailleurs sapé de l'intérieur par la formation inévitable d'une nouvelle classe militaire (conséquence de la création d'une armée de métier, dotée de bénéfices fonciers inaliénables), par le développement de la classe cléricale (l'hérédité sacerdotale s'implante, les terres des temples prennent allure de domaines seigneuriaux) et par des troubles démographiques (dus à l'accroissement de la main-d'œuvre étrangère).

À la mort de Ramsès II, en 1236 avant J.-C., Mineptah, son quatrième fils et successeur, doit affronter une situation dangereuse.

Une découverte archéologique, en 1995, a permis de mettre au jour les sépultures des femmes et enfants de Ramsès II ; il s'agit du plus vaste ensemble funéraire de la Vallée des rois.