
Chef de l'État : Barack Hussein Obama
Chef du gouvernement : Barack Hussein Obama
Nature de l'État : république à régime présidentiel
Constitution :
Adoption : 17 septembre 1787
Entrée en vigueur : 4 mars 1789
Révisions : 1804, 1913, 1951, 1967
Institutions au niveau fédéral
Exécutif
Chef de l'État et du gouvernement : président de la République
Législatif
Le Congrès se compose de la Chambre des représentants et du Sénat.
Les États-Unis figurent au troisième rang mondial pour sa population et au quatrième rang pour sa superficie. Ils constituent la première puissance économique du monde.
Deux traits physiques ont une importance particulière dans la géographie humaine et l'économie des États-Unis. L'un est l'échelle continentale des distances. La diagonale Boston-Los Angeles mesure 4 000 km, comme la diagonale européenne Lisbonne-Arkhangelsk ; Seattle-Miami équivaut à Brest-Bahreïn, avec les mêmes correspondances en latitude. Dans le seul Colorado, les Rocheuses ont la longueur et la largeur des Pyrénées. Un autre trait important est l'extension en latitude : les États-Unis sont compris entre le 49e parallèle (Le Havre, Luxembourg) et le 25e (Tamanrasset, Karachi). Ces caractères ne doivent pas être perdus de vue dans la description physique des États-Unis.
Le territoire américain se divise en deux parties inégales. Le tiers occidental a une altitude moyenne élevée et porte les plus hauts sommets ; sa structure est fortement disloquée, et les mouvements tectoniques n'y sont pas achevés.
À l'exception des Appalaches, le centre et l'est du pays ont une structure calme ou peu tourmentée et se composent de plaines et de collines ; si les Appalaches ont quelques sommets de 2 000 m, leur altitude moyenne n'excède pas celle des Grandes Plaines au pied des Rocheuses.
Les massifs anciens comprennent d'abord les Appalaches, qui s'étendent de Terre-Neuve à l'Alabama sur 2 500 km. Les Appalaches forment un ensemble de plateaux, de crêtes et de sillons parallèles, vestiges d'une chaîne de montagnes d'âge hercynien. L'érosion a dégagé de longues bandes de roches dures (ridges) et creusé des dépressions dans des matériaux tendres (valleys), comme la vallée du haut Tennessee. Les Appalaches sont constituées, d'ouest en est, du plateau sédimentaire de Cumberland, de la zone des chaînons sédimentaires plissés, du bloc cristallin soulevé du Blue Ridge (2 000 m). Elles bordées à l'est par un plan incliné, le plateau cristallin du Piedmont, dont le contact avec la plaine côtière est souligné par une ligne de chutes d'eau, la Fall Line.
Les massifs anciens se poursuivent avec les monts Ouachita et le plateau des monts Ozark (500 à 600 m), principalement sédimentaires.
Les Grandes Plaines, sédimentaires, s'élèvent lentement de part et d'autre du Mississippi et des rivages du golfe du Mexique vers l'ouest et les Rocheuses, jusqu'à plus de 1 000 m, et vers les Appalaches. Leur platitude est telle qu'on jalonnait les principaux itinéraires du Llano Estacado au XIXe s. La sécheresse du climat se prête parfois à la formation de dunes mobiles, comme au Nebraska. Les averses, rares mais souvent violentes, ont creusé un relief de crêtes ébouleuses dans des argiles (bad lands du Dakota). Les Grandes Plaines comprennent un empilement de terrains d'âge primaire au centre et à l'est, d'âges secondaire et tertiaire à l'ouest. La structure calme donne un relief de très vastes plaines et de cuestas (coteau du Missouri, cuesta Michigan-Niagara franchie par les chutes célèbres). Les bassins du Mississippi, du Missouri et de l'Ohio occupent ces plaines centrales.
La région des Grands Lacs a été sculptée par les eaux courantes et les glaciers quaternaires. Les cinq lacs – Supérieur, Michigan, Huron, Érié et Ontario –, qui sont aussi vastes que la moitié de la France, forment la plus grande étendue d'eau douce au monde. Autour de certains lacs (Huron et Michigan), le passage des glaciers est attesté par la présence d'abondantes moraines formant des collines arrondies. Atout pour l'agriculture, les dépôts fertiles de lœss sont un autre témoin de l'ère quaternaire.
Un fragment du Bouclier canadien, qui correspond au socle précambrien, s'individualise dans le N.-E., dans la région du lac Supérieur, en Nouvelle-Angleterre, dans le bloc soulevé des monts Adirondack, incisés de cirques glaciaires, et dans le Piedmont appalachien, région où les roches archéennes nivelées offrent un parfait paysage de pénéplaine, avec une altitude modérée et un moutonnement infini des collines. Le glacier quaternaire issu de la baie d'Hudson a poli et strié le substratum en creusant des milliers de cavités qui ont été transformées en lacs après la fusion des glaces. Dans les monts Ozark et les Black Hills, le socle précambrien pointe à travers la couverture sédimentaire.
Le golfe du Mexique et l'Atlantique sont bordés de plaines côtières ; des lagunes fermées par des cordons de sable (Pamlico Sound, côtes du golfe du Mexique) caractérisent le littoral régularisé sur presque toute sa longueur ; seul le puissant delta digité du Mississippi dépasse la ligne de côte.
L'Ouest, la partie la plus montagneuse du territoire, est occupé par une partie de la Cordillère nord-américaine, divisée elle-même en trois systèmes.
Le système pacifique comprend plusieurs parties : les Coast Ranges (chaînes côtières), des montagnes sédimentaires en formation, plissées, en général peu élevées, sauf dans les monts Olympic (2 400 m), Klamath (2 700 m) et San Bernardino (3 500 m), de lithologie et de structure plus complexes ; des dépressions (le Puget Sound, la vallée de la Willamette et la longue dépression longitudinale de la Grande Vallée ou Vallée centrale de Californie) ; de hautes montagnes volcaniques, la chaîne des Cascades, dans le N.-O. (4 391 m au mont Rainier et 4 317 m au mont Shasta), dans laquelle la Snake et ses affluents s'encaissent dans les coulées de tufs et de laves de l'Oregon ; le bloc cristallin soulevé de la sierra Nevada (4 418 m au mont Whitney, point culminant des 48 États).
Le système central est formé de plusieurs éléments : hauts plateaux volcaniques (plateau de la Columbia) ; hauts plateaux sédimentaires donnant des surfaces structurales et des cuestas (plateaux du Colorado, dont les couches multicolores sont entaillés par le Grand Canyon du Colorado, de 5 à 15 km de largeur, profond de 1 000 à 1 800 m, où l'érosion a sculpté un merveilleux dédale de tours, de ravins et de clochetons) ; plaines élevées parsemées de chaînons (zones cristallines et sédimentaires à couverture volcanique disloquées en horsts du Grand Bassin) ; profondes dépressions (− 75 m dans l'Imperial Valley, − 85 m dans la Vallée de la Mort). L'écoulement irrégulier aboutit dans des lacs (Grand Lac Salé).
Le système oriental est constitué par les montagnes Rocheuses. Celles-ci doivent à leur ancienneté relative des formes lourdes et des altitudes modérées, rarement supérieures à 3 000 m. Ce sont des séries sédimentaires, chevauchant les Grandes Plaines (Montana), ou encadrant des blocs sédimentaires à noyaux cristallins (Front Range au Colorado), ou encore recouvertes d'appareils volcaniques (monts San Juan). Si les Rocheuses se sont formées à la fin du crétacé et au début du tertiaire, le système pacifique ne date que de la fin du tertiaire et l'activité tectonique s'y poursuit sous forme de tremblements de terre (celui de 1906 a détruit San Francisco, celui de 1989 a fait d'importants dégâts, ainsi que celui de 1971 à San Fernando, sur la faille de décrochement encore active de San Andreas) et de volcans actifs (Lassen en 1915, Saint Helens en 1980). Cascades, sierra Nevada et Rocheuses présentent un relief glaciaire typique.
L'Alaska prolonge le système montagneux de l'Ouest en une double chaîne de montagnes arquée, elle aussi en cours de surrection. Son plus haut sommet, le mont McKinley (6 187 m), est le point culminant de l'Amérique du Nord. Au-delà des plateaux du Yukon, une large plaine alluviale s'incline vers les eaux froides de l'océan Arctique.
Au cours de quatre périodes humides et froides (Nebraska, Kansas, Illinois, Wisconsin), des inlandsis et des glaciers de montagne ont couvert près de la moitié du territoire des États-Unis. La glaciation Illinois a été la plus étendue (jusqu'à une ligne Williston-Saint Louis-New York) ; les formes de la dernière sont les plus fraîches. Dans les plaines centrales, les glaciers ont déposé des champs de drumlins et des guirlandes morainiques, comme les bourrelets parallèles qui entourent le sud du lac Michigan. La forme même des Grands Lacs est en partie héritée de celle d'anciens lobes glaciaires. L'Ohio et le Missouri ont adapté leur cours au front glaciaire Illinois. Dans les régions septentrionales, le socle précambrien a été raclé par la glace (roches moutonnées) et ses débris, mêlés parfois à des matériaux sédimentaires (calcaires), étalés jusqu'au front de l'inlandsis (drift).
Les cordillères de l'Ouest et le nord des plateaux n'ont pas échappé aux glaciers, qui ont sculpté cirques et vallées glaciaires dans les premières, et désorganisé l'hydrographie dans les seconds (Grand Coulee, ancien passage du fleuve Columbia détourné de son cours normal par un lobe glaciaire).
Aux périodes glaciaires a succédé une phase sèche, responsable de la désertification de l'Ouest. Le Grand Lac Salé est l'héritier d'un lac Bonneville postglaciaire, dix fois plus étendu et qui se déversait dans la Snake ; les lacs de l'ouest du Nevada sont les témoins d'un ancien lac Lahontan.
Du fait de leur étendue, de leur extension en latitude et de la disposition de leur relief, les États-Unis connaissent une grande variété de climats. La plus grande partie du territoire est située aux latitudes où domine la circulation d'ouest, caractérisée par le jet-stream en altitude et les perturbations du front polaire au niveau du sol. Un grand nombre de perturbations naissent au pied des Rocheuses et se développent sur la côte atlantique ; aussi les précipitations augmentent-elles de l'ouest à l'est dans cette partie des États-Unis. La côte pacifique est également exposée aux perturbations d'ouest, tandis que les plateaux intramontains et les Grandes Plaines, sous le vent des reliefs, sont très peu arrosés. La position moyenne du front polaire variant selon les saisons, les perturbations circulent plutôt au sud en hiver et au nord en été, avec des exceptions fréquentes. En été, des pluies orageuses de convection se produisent dans le Sud et le Sud-Est, qui sont soumis en fin d'été et en début d'automne au passage des cyclones tropicaux.
À l'est des Rocheuses, le relief permet la libre circulation de l'air polaire et arctique vers le sud ou de l'air tropical vers le nord ; d'où le caractère brutal et contrasté du climat des plaines centrales. Le rôle climatique des mers bordières, modérateur dans le Nord-Ouest, est surtout négatif ailleurs par suite des courants froids : l'été reste frais sur les côtes de Nouvelle-Angleterre (courant du Labrador) et même sur celles de Californie (remontée d'eaux de fond).
Les climats de l'Ouest (dont la limite se situe vers le 100° méridien, à la bordure est des Grandes Plaines) sont caractérisés par une aridité plus ou moins accusée, sauf dans le Nord-Ouest. La côte de cette région jouit en effet d'un climat tempéré maritime comparable à celui de l'Europe occidentale, avec un hiver doux et un été frais (Seattle : 4,4 °C en janvier, 17,8 °C en juillet). L'air océanique apporte des précipitations fréquentes (de 180 à 200 jours de précipitations annuelles) et abondantes ; l'été est relativement sec. La chaîne des Cascades doit à son altitude et à son exposition aux vents d'ouest des précipitations considérables (jusqu'à 3 et 4 m, en partie sous forme de neige, sur les pentes des monts Olympic). La pluviosité diminue rapidement vers l'intérieur, où seuls les plus hauts sommets restent enneigés toute l'année.
La Californie a un climat de type méditerranéen ; les pluies, peu abondantes, tombent surtout en hiver, qui est clément (13 °C en janvier à San Diego, 12 °C à Los Angeles) ; l'été est sec et torride dans la Grande Vallée (moyenne de juillet : 28,5 °C à Bakersfield), frais et souvent brumeux sur une très mince bande côtière (moins de 15 °C à l'orée de la baie de San Francisco, où influe un courant maritime froid), ou agréable (20,5 °C à Los Angeles en juillet). Les pluies totales sont faibles (moins de 400 mm).
Le désert Mohave et l'ouest de l'Arizona connaissent une sécheresse extrême : Yuma ne reçoit que 80 mm de pluies par an, moins que certaines stations sahariennes. Ce sont des fournaises en été : les températures peuvent rester des semaines au-dessus de 38 °C à Yuma et à Phoenix, dans l'Arizona, et le maximum absolu mondial s'élève à 56,6 °C dans la dépression encaissée de la Vallée de la Mort, en Californie, le point le plus bas de l'Union (− 85 m). L'aridité va ici de pair avec une intense luminosité : 3 700 heures d'ensoleillement par an à Phoenix.
Les plateaux intérieurs et les Grandes Plaines, très peu arrosés, sont désertiques dans le Sud par suite de leur situation abritée et semi-arides dans le Nord (dans le nord des Grandes Plaines, envahi par l'air arctique, l'hiver est très froid : – 14,4 °C en janvier à Williston, dans le Dakota du Nord).
Les hautes montagnes, surtout les versants exposés à l'ouest, reçoivent des précipitations notables (de 1,5 à 2 m dans le nord de la sierra Nevada), ce qui en fait les châteaux d'eau de ces régions arides. Le Grand Lac Salé est un témoin d'un lac très étendu avant l'aggravation de l'aridité.
Les climats de l'Est sont de plus en plus humides vers le sud-est, effet combiné de l'activité dépressionnaire augmentant vers l'est et de l'influence croissante des conditions tropicales vers le sud.
Les Grandes Plaines ont un climat continental sec (moins de 500 mm) ; balayées tour à tour par l'air polaire et l'air tropical, elles subissent des types de temps très contrastés ; dans le Nord, les hivers sont rigoureux (− 10 à − 15 °C en janvier, avec des minima nocturnes qui peuvent descendre à − 25 °C aux abords de la frontière canadienne) ; dans le Sud, la chaleur extrême de l'été (moyenne de juillet : 28 à 30 °C ; 21,5 °C à Denver en juillet) accroît l'aridité. La pluviosité est de plus en plus faible à mesure que l'on s'avance vers l'ouest (Denver n'enregistre que 360 mm de précipitations annuelles). La sécheresse est encore plus marquée dans l'Ouest intérieur, éloigné des sources d'humidité du golfe du Mexique et du Pacifique.
Dans le Midwest et le Nord-Est, les traits continentaux du climat s'atténuent vers l'est : hivers moins rudes, quoique vagues de froid et tempêtes de neige y soient fréquentes (janvier − 12 °C à Saint Paul, 0 °C à New York, ville située à la latitude de Naples), et le total pluviométrique augmente (600 mm à l'ouest, 1 000 à l'est). L'été est chaud et lourd dans le Midwest (environ 25 °C en juillet). Dans la région des Grands Lacs (Marquette), les hivers sont froids, les étés frais, et la saison sans gelée est courte (de 100 à 150 jours) ; l'exploitation forestière et l'élevage s'y développeront mieux que l'agriculture. Dans le centre des plaines intérieures (Peoria), l'été est humide et très chaud ; on compte de 160 à 200 jours sans gelée ; c'est le climat du maïs. Les Adirondack et les hauteurs de Nouvelle-Angleterre ont des hivers longs et neigeux.
Sur la côte atlantique, le temps est très instable par suite de l'activité dépressionnaire ; en hiver alternent invasions d'air continental très froid et afflux d'air océanique relevant les températures ou apportant de la neige (abondante en Nouvelle-Angleterre).
Le climat subtropical humide règne dans le Sud. L'hiver est doux (10 à 12 °C en janvier, plus de 240 jours sans gelée). En été, l'air tropical issu du golfe du Mexique entretient un climat chaud (moyenne supérieure à 22 °C pendant 5 à 6 mois), lourd et humide, avec des pluies abondantes (plus de 1 300 mm au total dans l'année, tombant surtout en été) et parfois le passage dévastateur des typhons. C'est le climat du coton, du riz, de la canne à sucre. L'extrême sud de la Floride appartient au climat tropical (Miami) : température presque toujours supérieure à 20 °C (avec, en été, 27,5 °C à Miami et à Savannah, 26 °C à Richmond) ; pluies copieuses, tombant surtout en été et en automne.
L'Alaska, au bord de l'océan Pacifique, est également influencé par l'océan (la station de Sitka enregistre − 2 °C en janvier, 11 °C en août et reçoit 4 000 mm de précipitations par an). Toutefois, le climat se dégrade rapidement vers le nord et l'intérieur, où règnent le froid, la sécheresse et les longues nuits hivernales. Le sol gèle toute l'année en profondeur (permagel) ; seuls quelques centimètres superficiels dégèlent en été.
La carte des paysages végétaux reproduit celle des climats, avec l'opposition entre l'Ouest et le reste du pays. Toutefois, le Centre doit être mis à part, parce qu'on y rencontre tous les degrés de transition entre les paysages de l'Est humide et ceux de l'Ouest aride. Forêts et bois occupent encore 27 % du sol. Une grande part (la totalité pour les parcs nationaux) appartient à l'État fédéral ou aux États qui le gèrent.
Dans l'Ouest, les montagnes très arrosées (Cascades, nord des Chaînes côtières et de la sierra Nevada) portent une forêt luxuriante de conifères géants (sapin de Douglas, épicéa d'Engelmann, séquoia, spruces). Dans le nord de la Californie se dressent les plus grands arbres du monde – les séquoias s'élèvent parfois au-dessus de 140 m. Alors que, dans les montagnes subhumides (Rocheuses, sud de la sierra Nevada, Wasatch), des pins ou des épicéas alternent selon l'altitude et l'exposition. Le sol est fortement podzolisé (conifères, précipitations abondantes). Les montagnes semi-arides (Arizona, chaînons du Nevada) portent des forêts claires de chênes sempervirents (Californie) ou de plus en plus xérophiles vers le sud (pins, genévriers en Arizona), sur des lithosols et des seroziom (sols, gris subdésertiques).
La végétation des plateaux intérieurs reflète l'aridité croissante du nord au sud : prairie courte de graminées sur les plateaux de la Columbia, steppe à armoise dans le Grand Bassin, tandis qu'un désert à plantes grasses et épineuses (cactées) règne dans la région du bas Colorado et le sud de l'Arizona. Le chaparral, sorte de maquis à chênes xérophiles sempervirens et à plantes grasses et épineuses, garnit les Chaînes côtières de Californie et les bas versants encadrant la Vallée Centrale, dont le sud était une maigre steppe avant l'irrigation. Les sols de type désertique, gris au nord, rouges au sud, passent aux solonets (sols salés) dans le Nevada et le sud de la Grande Vallée.
Entre les Rocheuses et le Mississippi, les formations naturelles comprennent des prairies et des steppes à graminacées, denses et hautes à l'est, de plus en plus basses et ouvertes vers le pied des Rocheuses. Remontant les vallées affluentes du Mississippi, des sortes de forêts-galeries sont composées d'espèces de plus en plus xérophiles vers l'ouest. Les types de transition, dans lesquels alternent prairie haute, forêt de noyers ou de trembles et prairie boisée, sont plus fréquents près du Mississippi. Une limite d'aridité, correspondant à 500 mm au nord et à 750 au sud, voisine du 100e méridien, sépare les sols à percolation (pedalfers) de la partie humide du pays et les sols à remontées minérales (pedocals) de l'Ouest. Les sols noirs ou brun foncé de la prairie haute (plateaux de la Columbia) appartiennent au premier groupe, et le tchernozem de la transition à la steppe ainsi que les sols châtains des Grandes Plaines arides au second.
Trois grandes formations forestières couvrent le tiers est du pays.
La forêt mixte canadienne déborde sur la Nouvelle-Angleterre, les Adirondack, le nord des Appalaches et surtout la région des Grands Lacs. Les conifères (pin blanc, pin rouge, cyprès) sont plus nombreux que les feuillus (bouleau, hêtre, tilleul, orme, frêne, érable). C'est une des grandes réserves de bois des États-Unis. Comme au Canada, on exploite la sève de l'érable à sucre pour la confiserie. Au cours de l'été indien, les frondaisons resplendissent de toutes les nuances du rouge cuivré, de l'or et du brun. Vers le nord, les feuillus se raréfient ; dans la forêt boréale, seul le bouleau accompagne encore les conifères (pin, sapin, épicéa).
Plus au sud, du haut Mississippi à la côte moyenne atlantique, s'étend la forêt caducifoliée de chênes, de châtaignier, de hêtres, de noyers, d'érables, de tilleuls, de tulipiers, de frênes, d'ormes, de bouleaux et de platanes. Sauf dans les Appalaches, elle a été presque entièrement défrichée (en Illinois, une enclave naturelle de prairie dans cette forêt a joué un rôle capital dans l'histoire du peuplement). Dans la densité du sous-bois se remarque la vigne sauvage, espèce insensible au phylloxéra. Sur le Piedmont appalachien et la plaine côtière atlantique, les feuillus cèdent progressivement la place aux conifères méridionaux.
Le Sud-Est, à l'intérieur d'un triangle Miami-Washington-Houston, était originellement couvert d'une forêt pure de conifères tropicaux, dont Faulkner décrit la surexploitation dans Lumière d'août (1932). Sa vigueur reste extraordinaire : les pins arrivent à maturité en seulement vingt ans. Le long de la façade littorale et en Floride croissent le chêne à larges feuilles, la mangrove tropicale et les formations aquatiques (marais des Everglades), qui sont occupées par des formations forestières ou arbustives à cyprès ou gommier. Les sols, d'un type podzolique accentué dans la forêt mixte, passent aux sols gris-brun et bruns forestiers dans la forêt tempérée caducifoliée, puis à des latosols subtropicaux, rouges et jaunes, dans le Sud.
Les fleuves des États-Unis sont gigantesques. L'artère Missouri-bas Mississippi mesure plus de 6 000 km. À l'amont, le régime comporte de hautes eaux en avril (fonte des neiges) et en juin (pluies). Le Missouri porte le débit à 6 000m3/s, mais c'est l'Ohio (8 000m3/s) qui impose son régime au fleuve : hautes eaux de fin d'hiver, étiage d'automne. Les crues catastrophiques sont fréquentes, malgré la régularisation de l'Ohio (travaux de la Tennessee Valley Authority) et la construction de digues sur le bas fleuve. Le Colorado naît de la fonte des neiges dans les Rocheuses. Il traverse les plateaux secs du Sud-Ouest par le spectaculaire canyon qui porte son nom. Il a un écoulement quasi artificiel, car il est totalement équipé, sauf dans le Grand Canyon, de barrages, lacs de retenue et dérivations (électricité, irrigation) : moins de 40 % d'un débit théorique de 700m3/s atteignent la mer. La Columbia apporte 4 000m3/s au Pacifique, avec l'appoint de la Snake, son début est presque totalement régularisé. En Alaska, l'immense Yukon déverse ses eaux dans une zone deltaïque baignant le golfe de Béring ; la débâcle du printemps élargit profondément son lit.
Les Amérindiens, souvent très mobiles, ont laissé peu de traces matérielles de leur occupation du territoire, si ce n'est dans la toponymie (noms donnés aux États, aux rivières, aux montagnes…). Les Espagnols, davantage que les Français, ont développé des missions, des forts militaires (présidios) et des communautés marchandes (pueblos) dont l'influence peut encore se lire dans l'architecture ou le semis urbain des États de l'Ouest. Mais ce sont les schémas d'organisation spatiale élaborés dans le cadre de la colonisation anglo-saxonne, notamment le plan en damier (grid), qui se sont appliqués à l'ensemble du territoire.
Dès 1784, la Fédération envisagea la colonisation des territoires du Nord-Ouest et détermina a priori le maillage administratif. Les futurs États ont été découpés selon les méridiens et les parallèles en circonscriptions (townships) de 6 miles (9,6 km) de côté, subdivisées en 36 sections de 1 mile carré (260 ha), avec des réajustements éventuels pour tenir compte de la particularité des milieux (relief, hydrographie). Le plan des cités fut établi selon un quadrillage identique, aussi bien symbole de l'emprise fédérale qu'élément d'homogénéisation. L'espace, ainsi standardisé, a été mis en conformité avec l'idéal démocratique d'une jeune république hostile aux idées de centralité et de hiérarchie. Transformé en bien marchand, il a pu satisfaire l'individualisme agraire, l'accès à la propriété, ainsi que la spéculation et les échanges fonciers.
L'État fédéral possède un tiers du territoire national, soit 3 millions de km2 (déserts, forêts, mines, parcs naturels, camps militaires), essentiellement dans l'Ouest, dont il détient environ 60 % des terres. Si son pouvoir peut se lire à travers l'étendue de son domaine, celui du « local » a une traduction géographique plus mouvante car flexible : il dépend, en effet, de multiples organes susceptibles d'être créés, démantelés ou réaménagés en fonction des besoins – et donc à l'instigation – des populations concernées.
À l'échelon inférieur, les 50 États, de superficies et de populations très variables, déterminent le fonctionnement et le degré d'autonomie des collectivités locales. Ils sont divisés, au total, en 3 042 comtés (également très variés, celui de Los Angeles ayant 9 millions d'habitants) qui peuvent comporter, au dernier échelon, des territoires « incorporés », ou municipalités (près de 37 000). Les comtés sont administrés par des conseils élus, qui fixent, collectent, redistribuent aux municipalités l'impôt foncier et assurent des services urbains dans les territoires non incorporés. Par pétition, des habitants peuvent demander de constituer une municipalité pour gérer leurs ressources et organiser leurs services. Cette démocratie locale et directe tend cependant à accentuer la ségrégation spatiale : peu désireux de payer pour d'autres des services dont ils n'auraient pas besoin, les habitants d'un espace incorporé choisissent ceux qu'ils acceptent de financer ainsi que les règles d'urbanisme et de vie qu'ils s'imposent et, par conséquent, la condition sociale, voire la dominance ethnique, de leur communauté. Enfin, les populations d'un territoire peuvent demander que soient créées des instances administratives et politiques, les districts, en vue d'assurer certains services particuliers (enseignement, santé, transports, approvisionnement en eau, etc.).
La propension des Américains à l'association avec leurs semblables et leur recherche d'une fonctionnalité optimale expliquent également le succès du zonage et la formation de communautés spatiales homogènes. D'où cet attachement aux lieux indépendemment de leur morphologie, puisque priment sur elle les sociabilités et les services particuliers qu'ils offrent, et qui se reproduisent à l'identique ailleurs, dans des communautés aux caractéristiques sociales similaires (neighborhoods). L'importance de ce cadre de vie « interchangeable » et « privatisé » va de pair avec le peu d'intérêt que les Américains accordent à l'espace public, désormais remplacé comme lieu de rencontres et d'échanges par l'espace commercial.
Premier pays au monde pour l'intensité des flux de voyageurs, de marchandises et de données immatérielles, les États-Unis dépensent chaque année l'équivalent du produit national brut du Royaume-Uni pour les transports. Le trafic des passagers est assuré à 80 % par l'automobile et à près de 20 % par l'avion. Les marchandises transitent à 37 % par le train, 28 % par la route, 15 % par les canaux et les fleuves, et 20 % par les conduites (pipelines).
Avec 6 millions de km de routes, dont 88 000 km d'autoroutes gratuites et une essence bon marché, l'automobile constitue le mode de déplacement privilégié des Américains. La pratique industrielle des flux tendus a, par ailleurs, favorisé l'essor du transport par camion.
Le rail a joué un rôle moteur dans la structuration de l'espace au XIXe s., mais, peu modernisé, il a décliné après 1945. Il assure encore une bonne partie du trafic de pondéreux (minerais et céréales des Grandes Plaines acheminés jusqu'aux Grands Lacs et au Mississippi), qui transitent également par voie d'eau.
Le transport fluvial s'organise autour de deux grands axes : le système Hudson-Saint-Laurent-Grands Lacs et l'artère Ohio-Mississippi. Un réseau très complet de conduites a, en outre, été aménagé, à l'image de l'oléoduc de l'Alaska (1 300 km), mis en service en 1976, qui relie les gisements pétrolifères de Prudhoe Bay, dans le nord de l'Alaska, au port en eau libre de Valdez, et dont la construction en milieu périglaciaire et sismique fut une prouesse technique.
Les États-Unis, enfin, sont les premiers utilisateurs de conteneurs au monde : les ports de l'Ouest (Los Angeles-Long Beach, Seattle, Oakland) devancent, en ce domaine, ceux du Sud (Corpus Christi, Houston, La Nouvelle-Orléans-Baton Rouge, Mobile) et de l'Est (Baltimore, Philadelphie, New York), pourtant bien équipés.
Un tiers du trafic mondial, 17 500 aéroports dont les six premiers nœuds mondiaux : les États-Unis ont construit un réseau aérien exceptionnel. Avec la déréglementation, la concentration des compagnies et la rationalisation de leurs systèmes de gestion, de grands pôles aéroportuaires (hubs) sont apparus, interfaces privilégiées entre l'ensemble du territoire et le reste du monde, qui attirent toutes sortes d'activités (industries de haute technologie, services, centres de congrès) et contribuent au rayonnement national ou international des villes qui les abritent (Chicago, New York, Los Angeles, mais aussi Atlanta, Dallas, Pittsburgh, Minneapolis…).
À ces flux s'ajoutent ceux des biens immatériels : bien équipés, les ménages (près de la moitié disposent d'un ordinateur) et les entreprises sont reliés aux réseaux câblés et informatiques. Malgré la montée en puissance des villes du Sud (Atlanta) et de l'Ouest (Los Angeles), New York conserve sa prééminence dans l'information.
Cependant, la maîtrise de ce territoire immense ne s'est pas faite sans gaspillage spatial, énergétique ou écologique.
L'État fédéral a pris en charge l'approvisionnement en eau de l'Ouest aride et a aménagé réservoirs et bassins, comme celui du Colorado dont la répartition du débit est âprement débattue entre nations (Mexique, États-Unis), États (Californie, Arizona, Nevada…) et utilisateurs (les 2 % d'agriculteurs qui, à eux seuls, représentent 40 % des besoins, les industriels, les professionnels du tourisme et, enfin, les citadins, toujours plus nombreux). Les besoins croissants et l'épuisement (nappes d'eau souterraines) ou les limites des ressources utilisées impliquent à terme des réductions autoritaires de surfaces irriguées et font naître ou ressuscitent des projets prométhéens comme, au milieu des années 1960, le NAWAPA (North American Water Power Alliance) qui envisageait le détournement des eaux du Yukon canadien et de la Columbia jusqu'à la Californie et l'ouest du Texas.
L'abondance des ressources, la mentalité pionnière, le laisser-faire ont induit une conception consommatrice de l'espace – le colon allait plus loin quand la terre s'épuisait – qui ne s'est guère souciée de sa pollution ou de son saccage. De fait, l'espace a beaucoup souffert de son exploitation : salinisation des sols par une irrigation mal contrôlée (2 millions d'ha) et érosion des sols capable d'arracher des nuages de poussière d'une surface grande comme la France (Dust Bowl des années 1930), inondations dramatiques liées à la dénudation des terres et au ravinement des versants (cultures, coupes à blanc). Les produits phytosanitaires employés par l'agriculture ainsi que les effluents urbains et industriels continuent à polluer les eaux (nappes, lacs, rivières, littoraux).
La prise de conscience du caractère à la fois limité et fragile des ressources et des milieux est pourtant ancienne, comme en témoignent la naissance des parcs nationaux (Yellowstone en 1872, Yosemite en 1890, etc.), la création d'administrations spécifiques et la définition de grands travaux, comme la TVA (Tennessee Valley Authority) à l'époque du New Deal. Il a fallu, cependant, attendre les années 1960 et de nouvelles catastrophes écologiques pour que l'État fédéral se préoccupe davantage des questions d'environnement et élabore une politique anti-pollution (Clean Air Acts de 1963 et 1990, Clean Water Act de 1972, étude d'impact obligatoire, incitation des agriculteurs à l'emploi de pratiques culturales plus respectueuses des sols, etc.). Les résultats sont tangibles : des espèces menacées ont été sauvées, la qualité de l'air et de l'eau s'est améliorée. Les États-Unis figurent néanmoins toujours parmi les plus importants « pollueurs » de la planète.
Longtemps concentrées sur le littoral atlantique et davantage tournées vers l'Europe que vers l'intérieur, les populations ont essaimé au XIXe s., aux dépens des Africains asservis, dans les plantations du Sud, et des Amérindiens, exterminés ou refoulés dans les réserves de l'Ouest.
La colonisation a été encouragée par la ruée vers l'or californien, la promotion faite par les compagnies de chemin de fer fondatrices de villes et désireuses de tirer profit des grands domaines que l'État fédéral leur avait concédés, ainsi que par le Homestead Act (1862) accordant à toute personne un droit de propriété gratuit sur une parcelle (65 ha) d'un township. De fait, le recensement de 1890 a conclu à la disparition de la « Frontière », front de colonisation successivement repoussé par les colons vers l'ouest, où se seraient élaborés, selon l'idéologie, l'américanisation des immigrants européens et leur apprentissage de la démocratie.
Le Nord-Est-Midwest, ou Manufacturing Belt (plaine côtière atlantique, Appalaches, Grand Lacs), précocement industrialisé, a cependant continué à absorber l'essentiel des vagues d'immigration, principalement européennes, du XIXe s. : les Anglais, les Écossais, les Allemands, les Scandinaves et, à partir des années 1840, les Irlandais puis les Québécois ont été relayés par des millions d'Italiens, de Slaves (Russes, Polonais), de Roumains et de Juifs d'Europe orientale entre 1880 et 1920. Ces régions ont également accueilli, au XXe s., un nombre important de Noirs du Sud qui, attirés par les besoins en main-d'œuvre de l'industrie, ont massivement migré vers le nord. Depuis les années 1940, toutefois, on assiste à un rééquilibrage au profit de la « ceinture du soleil » (Sun Belt) : si les deux tiers des Américains vivent encore à l'est du Mississippi, le centre de gravité de la population a, quant à lui, franchi le fleuve et se situe, à présent, au sud-ouest de Saint Louis. Ainsi, depuis les années 1980, les États du Sud et de l'Ouest rassemblent la moitié de la population américaine. Le Sud ensoleillé, chaud, désormais climatisé, s'industrialise et attire les descendants des migrants noirs et les retraités. L'Ouest, du Texas à l'État de Washington en passant par la Californie, a bénéficié des délocalisations stratégiques de centres de recherche militaires durant la Seconde Guerre mondiale, qui ont attiré à leur suite nombre d'industries de haute technologie. Le dynamisme de sa périphérie côtière se propage désormais vers l'intérieur. Seuls les États agricoles des Grandes Plaines ne profitent pas de ces mouvements de population.
La croissance démographique du pays a été spectaculaire : 4 millions d'habitants en 1790, 75 millions à la fin du siècle suivant, le double en 1950 et, en 2000, plus de 280 millions d'Américains. Entre 1990 et 2000, la population a augmenté de près de 33 millions d'habitants, soit la plus forte croissance de l'histoire du pays en chiffres absolus, et de 13,2 %, en pourcentage, taux comparable à celui de la décennie 1960, quand, dans un contexte de croissance économique soutenue, le baby-boom de l'après-guerre dopait encore la natalité et que l'immigration, longtemps contenue, reprenait.
Le taux de natalité a cependant chuté de 25 ‰ dans les années 1950 (baby boom) aux environs de 14 ‰ dans les années 1970 (baby krach). Après s'être maintenu autour de 15,5 ‰ au cours des années 1980, il diminue de nouveau pour tomber à 13,8 ‰. Les indicateurs les plus récents montrent toutefois que ce déclin a été stoppé puisque le taux est à présent repassé à 14 ‰.
La mortalité a reculé plus lentement, de 10,5 ‰ aux alentours de 8 ‰.
L'indice de fécondité, qui a été divisé par deux entre 1960 et 1980, reste cependant, avec 2,1 enfants par femme, plus élevé que dans les autres pays développés.
Ces moyennes doivent en outre être affinées en fonction des composantes de la population : ainsi, les Noirs connaissent une natalité d'environ 20 ‰ et une fécondité de 2,4 enfants par femme. Chez les Hispaniques, celle-ci avoisine même 3 enfants par femme. Globalement, le taux d'accroissement démographique annuel qui s'est ralenti, passant de 1,5 % par an à 0,9 % de 1960 à 1990, remonte à 1,1 %.
Malgré ces chiffres sans comparaison avec les autres pays occidentaux, comme dans ces derniers la population tend, relativement (car, du fait du dynamisme démographique, le phénomène est moins spectaculaire qu'ailleurs dans le monde développé), à vieillir : l'espérance de vie s'allonge et atteint aujourd'hui 79 ans. L'âge médian est désormais de 36 ans (contre 30 ans en 1980). Les Américains de plus de 60 ans représentent 18 % de la population et les jeunes de moins de 15 ans, 20 %. À quelques exceptions près, les États du Sud et de l'Ouest, où les moins de 18 ans constituent près de 30 % de la population, sont plus jeunes que ceux du Nord-Est et du Midwest.
En somme, malgré le sursaut des années 1990, et une conjoncture globalement plus favorable, la démographie américaine suit la même évolution que celle des autres pays développés. Comme au Canada voisin, elle se distingue néanmoins par la place de l'immigration, qui assure un bon tiers de l'accroissement démographique annuel.
En 2000, la population américaine était composée, selon les catégories de l'US Census Bureau (l'équivalent de l'I.N.S.E.E. en France), à environ 70 % (contre 75 % en 1990) de Blancs, 13 % d'Hispaniques (9 %), 12,3 % de Noirs (12,1 %), 3,6 % d'Asiatiques (2,9 %), d'environ 1 % d'Amérindiens.
Plus de 75 millions d'immigrants se sont installés aux États-Unis depuis 1820, dont 7,5 millions dans les années 1980 (soit autant que dans les deux décennies précédentes) et 11 millions dans les années 1990. En 1921 et 1924, des lois établissant des quotas ont surtout visé les ressortissants des pays de l'Europe du Sud et de l'Europe de l'Est, suspectés de ne pouvoir se fondre dans le fonds anglo-saxon dominant, les Chinois, quant à eux, étant interdits d'entrée depuis 1882. En 1965, le Congrès a supprimé ces quotas et fixé des plafonds qui s'élèvent, pour l'ensemble des continents, à 290 000 immigrants par an, dont 170 000 pour l'Europe, et à 20 000 immigrants au maximum par pays. Révisée en 1987, la loi autorise la venue annuelle de 540 000 immigrants, portée à 700 000 en 1990, la priorité étant donnée à la main-d'œuvre qualifiée. Concernant les clandestins, une loi de 1986, renforcée depuis, prévoit leur régularisation ou leur expulsion, ainsi que des sanctions à l'égard des employeurs. Leur nombre a considérablement augmenté et ils représenteraient 11 millions des 33 nouveaux millions d'habitants entre 1990 et 2000.
Dans les années 1950, 75 à 80 % des immigrants étaient des Européens. À présent, ce sont, pour les quatre cinquièmes, des travailleurs manuels ou qualifiés d'Amérique latine (plus de 40 %) et d'Asie (entre 35 et 40 %) venant, pour l'essentiel, de sept pays : Mexique, Philippines, Chine/Taïwan, Viêt Nam, Corée du Sud, Inde et République dominicaine. Présents sur tout le territoire, ils privilégient néanmoins un petit nombre d'États côtiers et/ou frontaliers, de la Californie au Texas et du New Jersey au Massachusetts, sans oublier la Floride. Les Asiatiques se concentrent principalement sur la façade pacifique, les Hispaniques, dans les États frontaliers avec le Mexique et jusque dans le Nevada et le Colorado (plus la Floride), où l'on évoque la naissance d'une « Mexamérique ».
Le nombre d'Américains d'origine asiatique a doublé entre 1980 et 1990. Leur revenu moyen, de 15 % supérieur à celui des Blancs, et la proportion des plus de 25 ans ayant suivi des études universitaires (38 % contre 26 % pour les Blancs et 13 % pour les Noirs) attestent une insertion exceptionnelle. Devenus, avec l'immigration et une croissance de 60 % de leurs effectifs en dix ans, la minorité la plus représentée devant la communauté africaine-américaine, les Hispaniques constituent néanmoins un groupe assez diversifié. Les réfugiés de Cuba (5 %), dont la grande majorité vit en Floride, ont un niveau de vie et un statut social assez proches du reste de la population. Ils se distinguent des Portoricains (10 %, présents surtout à New York), plus jeunes et revendicateurs, ainsi que des Mexicains (60 %), qui fuient la misère et le chômage et qui composent le gros des clandestins (wet backs frontaliers). Les Hispaniques font parfois l'objet de manifestations de rejet, pour des questions religieuses et linguistiques. L'usage de l'espagnol se répand de fait, mais 90 % des Hispaniques nés aux États-Unis parlent couramment l'anglais, signe d'une insertion en cours, en définitive assez rapide comparée à celle des Noirs.
Victimes de la ségrégation jusqu'aux lois civiques des années 1960, les Noirs ont bénéficié, par la suite, d'une politique en faveur des minorités (Affirmative Action) qui a renforcé en leur sein une bourgeoisie dynamique représentée, notamment, par Colin Powell, ex-chef d'état-major et secrétaire d'État de l'administration G. W. Bush, par le juge à la Cour suprême Clarence Thomas et par de nombreuses personnalités politiques et médiatiques ; la victoire de Barack Obama à l'élection présidentielle en novembre 2008 représente pour sa part un immense espoir – plus que d'insertion, de réussite – pour toute la communauté afro-américaine. Mais la grande majorité de la communauté noire (les deux tiers environ) n'a pas vu sa situation s'améliorer au même rythme que le reste de la population. Ainsi, 30 % des Noirs (contre 11 % des Blancs) vivent au-dessous du seuil de pauvreté, dans le Sud profond ou dans les ghettos urbains. La mortalité infantile (16 ‰) reste deux fois plus élevée que la moyenne. Mais, si la croissance économique actuelle ne réduit pas les écarts sociaux, elle tend semble-t-il à atténuer légèrement la fracture ethnique.
De fait, les Blancs non hispaniques sont devenus minoritaires dans certaines grandes villes (Los Angeles, San Francisco, Houston…), voire dans certains États. C'est désormais le cas de l'État le plus peuplé, la Californie. Les minorités forment 75 % de la population du District de Columbia (Washington), 70 % de celle d'Hawaii, 50 % de celle du Nouveau-Mexique. Enfin, les Noirs constituent les deux tiers de la population de Detroit, de Washington, d'Atlanta, dont ils ont pris le contrôle politique. D'où parfois des tensions, plus ou moins violentes, entre communautés (émeutes raciales de Los Angeles en 1992).
Les diverses communautés cohabitent, néanmoins, en conservant leurs particularités au lieu d'adopter celles du groupe dominant : le salad bowl, ou « macédoine », a remplacé comme symbole d'une société multiculturelle l'image – idéologique et illusoire – du melting pot, ou « creuset ». L'appartenance ethnique succède ainsi aux religions dans la formation d'une identité individuelle qui se nourrit d'un profond sentiment communautaire. Son développement traduit donc moins une fragmentation de la société américaine que la poursuite de son mode particulier de fonctionnement. Il contribue, en outre, à l'émergence de l'idée d'une « nation-monde » qui alimente la prétention du pays à l'universalité (modes de vie, culture).
Le pays, fortement urbanisé, compte 79 % de citadins. Les deux tiers des Américains se concentrent dans 45 agglomérations millionnaires, dont 20 dépassent 2,5 millions d'habitants (en comptant San Juan, dans le territoire associé de Porto Rico). Ce phénomène de « métropolisation » explique, notamment, que plus de 60 % des citadins résident dans les banlieues. Celles-ci regroupent, aujourd'hui, l'essentiel des activités industrielles et tertiaires. Structurées par l'automobile et de gigantesques autoroutes, elles développent, autour des principaux nœuds de communication, des parcs industriels et des quartiers d'affaires, édifiant une ville inverse où la périphérie domine (et non plus le centre-ville).
Malgré des programmes de réhabilitation et le retour d'une partie des cadres aisés sans enfants, les centres-villes s'appauvrissent : sièges des groupes internationaux, leurs quartiers d'affaires (CBD : Central Business District) sont environnés de zones d'habitation souvent dégradées, occupées par des populations défavorisées, noires et hispaniques essentiellement. En raison du départ des activités économiques et des riches contribuables, et en l'absence de solidarité financière à l'échelle de l'agglomération, leurs revenus fiscaux s'amenuisent alors que les besoins sociaux des populations résidentes appellent un surcroît de charges (notamment en périodes de crise économique). D'où des problèmes de gestion qui entraînent un délabrement des services, la poursuite des départs et une aggravation de la situation (qui semble, aujourd'hui, provisoirement enrayée, mais pour combien de temps ?).
L'agglomération devient donc multipolaire. Le symbole de cette métropolisation polycentrique est la conurbation de Los Angeles, qui étale ses 9,5 millions d'habitants, ses quartiers d'affaires, ses zones industrielles et ses centres commerciaux sur plus de 10 000 km2 (l'équivalent de deux départements français), le long de 2 000 km d'autoroutes passablement engorgées. La redistribution spatiale des activités et d'une population très mobile (1 Américain sur 6 déménage tous les ans) au sein de l'agglomération se double d'une réorganisation du réseau urbain à l'échelle du pays (voire même du continent), les phénomènes de métropolisation et de littoralisation traduisant l'importance accrue de l'ouverture au monde des États-Unis.
La faible densité moyenne de la population, de l'ordre de 30 hab./km2, ne rend pas compte d'une répartition spatiale très contrastée, allant de 2 hab./km2 dans le Wyoming à plus de 400 hab./km2 dans le New Jersey. La distribution des densités révèle une double opposition est-ouest et côtes-intérieur.
La moitié de la population se concentre sur les façades littorales, soit 25 % du territoire, l'intérieur du pays montrant un peuplement en oasis. Les densités les plus élevées correspondent aux zones anciennement occupées de l'Est atlantique (de Norfolk à Portland), aux axes de pénétration intérieure (les Grands Lacs, le Mississippi et ses affluents orientaux) et aux pôles récents de développement de la façade pacifique (Puget Sound, côte californienne, Grande Vallée).
Trois vastes semis urbains apparaissent dominés par trois mégapoles de rayonnement mondial, New York (plus de 16 millions d'habitants), Chicago (8,2 millions), Los Angeles (9,5 millions) ; une mégalopolis de Boston à Washington (Bos-Wash, plus de 50 millions d'habitants sur 2 % du territoire) égrène ses immenses métropoles (dont Baltimore, Boston, New York, Philadelphie et Washington) et leurs banlieues sur 650 km et tend à se desserrer vers le Vermont, le New Hampshire et la Virginie ; les villes des Grands Lacs (dont Chicago, Cleveland-Akron et Detroit) forment un corridor industriel de Milwaukee à Buffalo et à Pittsburgh (Mil-Pitt) ; enfin, l'urbanisation quasi continue de la côte californienne s'étire de San Francisco à San Diego (San-San) et même au-delà de la frontière mexicaine, jusqu'à Tijuana.
Ailleurs dans le pays, un chapelet de grosses métropoles émerge de façon spectaculaire : Houston (4,2 millions d'habitants), Atlanta (4,1 millions), Miami-Fort Lauderdale (près de 4 millions), Sea-Tac (Seattle-Tacoma, 3,6 millions), Phoenix-Mesa (3,2 millions), Minneapolis-Saint Paul (3 millions)… Les cités du Vieux Sud connaissent un véritable essor et beaucoup d'entre elles ont accueilli entre 20 et 50 % d'habitants supplémentaires dans les années 1990 : Atlanta (+ 39 %), Nashville (+ 25 %). Sur les marges de cette région, les villes de Floride disputent les records de croissance avec celles du Texas ou celles de Caroline du Nord : Miami (+ 21 %), Orlando (+ 34 %), mais aussi Austin (+ 47 %), Raleigh-Winston-Salem (+ 39 %), Dallas (+ 29 %)… De même, le dynamisme des États de l'Ouest repose sur les villes : des conurbations géantes comme Los Angeles ou San Francisco ont vu leur population gonfler respectivement de 11 et 13 %, tandis qu'un peu plus loin se sont très rapidement développées de grosses agglomérations comme Phoenix (+ 45 %), Denver (+ 30 %), Seattle (+ 20 %) et Portland (+ 26 %). Championne toutes catégories de la croissance, Las Vegas (+ 83 %, dépassant 1,6 million d'habitants). Ces records affectent aussi les villes moyennes de cet espace, à l'instar de Boise (+ 46 %), dans l'Idaho, Reno (+ 33 %), dans le Nevada, Tucson (+ 27 %), dans l'Arizona, Salt Lake City (+ 24 %), dans l'Utah… Les grandes cités en queue de peloton de la croissance, à l'exception de Saint Louis, au cœur des Plaines rurales, et de La Nouvelle-Orléans, à leur débouché sur le Mississippi et le golfe du Mexique, sont toutes situées dans la ceinture « de la rouille » (Rust Belt), région d'industries lourdes en reconversion : Philadelphie, Detroit et Milwaukee (+ 5 %), Rochester et Cleveland (+ 3 %), tandis que Pittsburgh et Buffalo-Niagara Falls perdent 1,5 % de leurs habitants.
Les dix États champions de la croissance démographique entre 1990 et 2000 forment une écharpe occidentale, de l'État de Washington au Texas (plus la Géorgie, la Floride et la Caroline du Nord), avec en tête des États des montagnes Rocheuses, le Nevada (+ 66 %), l'Arizona (+ 40 %), le Colorado (+ 31 %), l'Utah (+ 30 %). À la traîne, l'Ohio, le Rhode Island, le Maine, le Connecticut, la Pennsylvanie, tandis que la Virginie-Occidentale et le Dakota du Nord stagnent et que le district de Columbia perd des habitants. En résumé, la plupart des États ruraux des Grandes Plaines et la région anciennement très industrialisée du Nord-Est ont des taux de croissance inférieurs à la moyenne nationale et accentuent leur déclin relatif. De fait, le Nord-Est-Midwest, qui représentait 63,5 % de la population en 1890, fait désormais presque jeu égal avec un Sud (de la Virginie au Texas) qui compte pas loin de 40 % de la population (33 % des Américains en 1890, cette apparente stabilité masquant en fait une longue période de déclin, de 1890 à 1950), tandis que l'Ouest en regroupe environ le quart (contre seulement 3,5 % de la population en 1890). Le centre de gravité démographique du pays est désormais au cœur du Missouri. Cette évolution implique en outre le renforcement du poids politique de ces régions de la Sun Belt, dans l'ensemble plus conservatrices que les États du Nord-Est, de tendance démocrate : après la Californie, État le plus peuplé avec ses 34 millions d'habitants, le Texas, fort de ses 21 millions d'habitants, envoie désormais plus de représentants à la Chambre et de grands électeurs au collège électoral que l'État de New York, relégué à la troisième position (19 millions d'habitants, + 5,5 % entre 1990 et 2000) et talonné par la Floride (16 millions d'habitants, + 23,5 %).
Le nouveau président, Barack Obama, hérite en 2009 d'une crise économique et d'une dette sans précédent depuis les années 1930. Le déficit public est passé de 236 milliards de dollars en 2000 à 455 milliards de dollars en 2008 et pourrait atteindre les 1 200 milliards de dollars en 2009, soit 8 % du produit intérieur brut. À ce chiffre s'ajoutent les dépenses du programme de relance (notamment pour des baisses d'impôts) prévu par Obama, qui s'élève à 787 milliards de dollars. L'endettement des ménages, qui a favorisé la croissance pendant plusieurs années, est passé de 92 % à 134 % du revenu disponible. Ce surendettement a entraîné une bulle immobilière qui a éclaté en 2008 : les emprunts gagés sur les hypothèques des biens immobiliers n'ont pas pu être couverts, d'où une crise de l'immobilier, dite crise du « subprime », qui a amené la saisie de 2,3 millions de logements en 2008. Cette crise de l'immobilier s'est doublée d'une crise financière, avec la faillite de plusieurs banques de renom. L'État fédéral a du venir en aide au secteur financier en débloquant deux enveloppes de 350 milliards de dollars chacune, dont une partie devrait être utilisée pour aider les propriétaires en difficulté. Il s'en est suivi une crise économique qui a d'abord touché l'industrie, et principalement les constructeurs automobiles, puis le secteur des services. Entrée en récession, l'économie américaine a perdu 2,5 millions d'emplois en 2008 sur un total de 132 millions, un volume jamais vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et le taux de chômage s'est élevé à 9,8 % en septembre 2009, soit le plus fort taux depuis 1983, alors qu'il n'était que de 4 % en 2000. Le nombre de personnes classées comme pauvres est passé de 31 millions en 2000 à 37 millions en 2007. Les inégalités se sont accrues : les 5 % des ménages les plus riches détiennent 21 % des revenus, alors les 20 % les plus pauvres ne disposent que de 3 % de ces revenus. La dette brute des États-Unis a dépassé les 10 000 milliards de dollars, soit 69 % du produit intérieur brut.
Les productions américaines sont de plus en plus concurrencées : 70 % d'entre elles le sont aujourd'hui, contre 5 % seulement en 1950. Le taux de pénétration étrangère se monte à plus de 40 % pour les biens de consommation. La part des États-Unis dans la production mondiale de richesses a été divisée par deux en cinquante ans, mais 5 % de la population planétaire assurent encore le quart de la richesse totale dans ce qui reste le plus grand marché intérieur du monde (d'autant que, depuis 1989, il s'est élargi au riche voisin canadien et, en 1994, dans le cadre de l'A.L.E.N.A., au Mexique frontalier) et le principal centre de l'innovation. Le pays draine les cerveaux du monde entier et sa base économique ne cesse de se renforcer dans la haute technologie et les services. Première puissance du monde, il ne compte plus que 2 % d'agriculteurs et 20 % d'actifs dans l'industrie, le tertiaire représentant, aujourd'hui, 7 % de la population active.
Les entreprises américaines, restructurées dans les années 1980 et 1990, font preuve d'une politique commerciale agressive, prenant l'ensemble de la planète pour terrain d'action. Elles sont appuyées dans cette démarche par le gouvernement fédéral qui n'hésite pas à intervenir pour leur garantir des débouchés importants. De fait, le pays a renforcé son rôle de pivot dans le commerce international. Ses multinationales dominent le palmarès des 500 plus grandes firmes mondiales et captent jusqu'à la moitié de leurs profits. Le chiffre d'affaires de l'une des premières d'entre elles, General Motors (GM), équivaut au produit national brut (P.N.B.) danois ! Le modèle américain, qui juxtapose toutes les cultures, se veut universel : à côté de sa langue, ses moyens d'information (la chaîne de télévision CNN), ses technologies (Internet), ses biens de consommation (Coca-Cola) ou encore ses services (McDonald's) en sont devenus les symboles.
Preuve de la confiance des marchés, l'économie américaine continue d'attirer les capitaux, demeurant le premier pôle émetteur et récepteur d'investissements (ceux des États-Unis dans le monde ont été multipliés par six en volume depuis 1970, ceux de l'étranger dans le pays par vingt). Le dollar (depuis les accords de Bretton Woods et malgré la fin de sa convertibilité en or en 1971) reste la monnaie de référence, New York et Chicago étant les principales places boursières et bancaires du monde (35 % de la capitalisation mondiale).
Les États-Unis disposent de ressources naturelles considérables : 10 % de la production pétrolière mondiale (3e rang), 22 % du gaz naturel (2e rang), 23,5 % de la houille (2e rang), 6,5 % du fer (7e rang), 13 % du cuivre (2e rang). Ils figurent, également, parmi les premiers producteurs mondiaux de lignite, d'or, de plomb, de zinc et d'argent. Ils consomment, en outre, 30 % de l'électricité nucléaire produite dans le monde (1er rang) et plus généralement un quart de l'énergie mondiale.
Le pétrole extrait des gisements du golfe du Mexique (35 % de la production), de l'Oklahoma-Kansas (15 %) et de l'Alaska (25 %) ne suffit pas à une consommation énergétique prodigue, de l'ordre de 8 000 kep/hab. (kilos équivalent pétrole par habitant) : le pays dépend en effet de l'extérieur pour 40 % de ses besoins. Les chocs pétroliers ont relancé l'exploitation des abondantes réserves de houille (évaluées à deux siècles de consommation). Les couches épaisses et peu profondes des mines à ciel ouvert de l'Overthrust Belt (Wyoming, Idaho, Utah) fournissent près de 45 % de la production, à peine moins que le vieux bassin minier des Appalaches, dont le charbon, de moins bonne qualité et plus coûteux, est proche des centres de consommation et des ports d'exportation (Hampton Roads). Les gisements situés au sud-ouest des Grands Lacs constituent un appoint non négligeable. L'avenir du charbon est, cependant, compromis par la législation anti-pollution.
Les centrales nucléaires fournissent 20 % de la production totale d'électricité. Elles sont concentrées autour des Grands Lacs et sur la côte atlantique, où elles couvrent près du tiers de la consommation. Leur développement, arrêté après l'accident de Three Mile Island en 1979, est maintenant relancé.
L'hydroélectricité fournit 10 % des besoins (Tennessee, Colorado, Columbia). Une partie est importée du Canada, mieux équipé.
Par ailleurs, l'Ouest regorge de minerais : cuivre d'Arizona, or, uranium, plomb des Rocheuses, etc. Les gisements de fer sont exploités autour du lac Supérieur et dans le sud des Appalaches.
La réduction de la part des États-Unis dans la production industrielle mondiale (passée de 55 % à 20 % en quarante-cinq ans) et le paysage (ponctuel) de friches de la Manufacturing Belt nourrissent le thème de la désindustrialisation. Pourtant, la progression, en valeur, de la production américaine (+ 50 % depuis 1973) dément l'idée de déclin, et seules quelques branches ont connu une stagnation ou un recul. Certes, la part de l'industrie dans le produit intérieur brut (P.I.B.) est descendue à 22 %, mais il convient de nuancer ce chiffre par la croissance très rapide des services, ceux-ci prenant en charge, de surcroît, des activités relevant jadis du secteur secondaire (étude de marché, publicité, entretien, transport, etc., soit un tiers du secteur tertiaire). Au total, près de la moitié du P.I.B. demeure donc dans la mouvance de l'industrie. De même, la baisse de la part de l'emploi industriel, passée, en quarante ans, du tiers au cinquième de la population active, rapportée à l'augmentation de celle-ci, équivaut à un accroissement de 15 à 19 millions du nombre des travailleurs (même si 2 millions de postes ont disparu depuis le maximum des années 1970).
Bien campés sur un marché intérieur longtemps protégé, des secteurs ont néanmoins cédé devant la compétitivité et la capacité d'innovation d'une concurrence étrangère plus flexible, plus sensible à la diversité des marchés et mieux organisée industriellement. De fait, au cours des vingt-cinq dernières années, certaines activités, comme la métallurgie de base ainsi que des industries de main-d'œuvre produisant des biens intermédiaires (machinisme agricole, chantiers navals) ou de consommation (textile, cuir, électronique grand public) ont été sinistrées. À la fin des années 2000, ce sont les trois grands constructeurs automobiles de Detroit, General Motors, Chrysler et Ford, qui connaissent de graves difficultés : General Motors et Chrysler reçoivent en 2009 17,4 milliards de dollars de prêts de la part de l'État fédéral, ce qui leur évite un défaut de paiement. La construction de voitures particulières est passée de 6,4 millions en 1980 à 3,9 millions en 2007, ce qui menace 3 millions d'emplois directs et indirects.
Mais, dans le même temps, la haute technologie (aérospatiale, informatique, matériel électrique et électronique, pharmacie) a créé près de 6 millions d'emplois et sa croissance a entraîné, dans les entreprises, un surcroît de gains de productivité. 30 % de la croissance des années 1995-2000 sont dus aux innovations de la « nouvelle économie » et à ses effets d'entraînement sur les secteurs traditionnels.
De fait, depuis le début des années 1990, l'industrie américaine est redevenue très compétitive. L'accès facile aux capitaux, les liens étroits avec les centres universitaires, le soutien de l'État (marchés publics, recherche militaire, diplomatie commerciale), l'effort considérable en matière de recherche-développement, les économies d'échelle (marché intérieur), l'allongement de la durée du travail hebdomadaire dans les années 1980-1990 et la modération des coûts salariaux sont allés de pair avec la réorganisation de la production. À l'image des grandes firmes automobiles, diverses entreprises américaines ont noué des alliances avec les sociétés étrangères concurrentes et ont pu rattraper leur retard technologique. Elles ont aussi dégraissé leurs effectifs, délocalisé tout ou partie de leur production vers le sud et les pays en développement (notamment le Mexique), et se sont appuyées sur une sous-traitance de 17 millions de P.M.E. plus flexibles (qui assurent l'essentiel de la création d'emplois industriels). Ces changements témoignent donc moins d'un déclin que du passage d'un cycle à un autre, technologique et mondialisé.
Les restructurations ont bouleversé l'espace et le paysage industriels : le Nord-Est, de l'Atlantique aux Appalaches et aux Grands Lacs, a perdu plus de 2,5 millions d'emplois depuis 1970, tandis que les périphéries orientale et méridionale ont doublé leur part dans la production (de 25 à 45 %) et font désormais presque jeu égal avec l'ancien centre industriel du pays.
Le recul de la Manufacturing Belt résulte de la crise subie par les branches traditionnelles : sidérurgie, mécanique, machinisme, automobile. Près du tiers des emplois industriels a disparu dans les États allant de l'Illinois à la Pennsylvanie. Usines fermées et quartiers à l'abandon ont nourri l'image d'une ceinture de la rouille (Rust Belt), qui ne vaut à présent que pour des petites villes mono-industrielles de la région des Grands Lacs et certains quartiers des grandes métropoles. Il semble que la crise, rééquilibrage d'une position anormalement dominante au profit des autres régions, soit terminée : non seulement les technologies ont permis la modernisation de certains secteurs (aciers spéciaux, chimie, textiles synthétiques, automobile), mais encore des villes et des régions sinistrées, comme Pittsburgh, le cœur de la sidérurgie américaine, ou la Nouvelle-Angleterre, ancienne région textile, se sont fort bien reconverties dans les industries de pointe, grâce à la valorisation de nombreux atouts : un énorme marché, des universités prestigieuses, un potentiel touristique très favorable, un environnement urbain et côtier exceptionnel.
Un espace industriel neuf, une réglementation plus favorable en matière de fiscalité ou de pollution, une syndicalisation très faible ainsi que des salaires peu élevés ont entraîné l'industrialisation du Sud. La recherche de nouvelles conditions de travail a en effet conduit les entrepreneurs à privilégier une main-d'œuvre plus flexible que celle du Nord. L'évolution technologique, la miniaturisation et les progrès des transports (autoroutes, avion) ont favorisé l'essaimage de petits ateliers d'assemblage plus souples que les grandes unités septentrionales. L'énumération des secteurs qui ont ainsi investi dans le Sud ces trente dernières années (textile, chimie, automobile – dont des unités japonaises et allemandes –, pneumatique, mécanique) indique un prolongement méridional de la Manufacturing Belt, lié à la réorganisation de sa production.
L'Ouest, du Texas à l'État de Washington, est spécialisé dans les industries de haute technologie. La Californie a aspiré le quart des emplois nouveaux créés dans ce secteur depuis 1972, part qui atteint 60 % pour l'ensemble de la Sun Belt. Des technopoles situées à proximité des universités ont constitué le terreau de P.M.E. dynamiques, comme la Silicon Valley, près de Stanford. Elles se sont, par la suite, multipliées à l'échelle du pays (Silicon Prairie de Dallas à Austin, Route 128 à Boston, Beltway de Washington DC, Silicon Oval à Detroit, Triangle Research Park en Caroline du Nord, etc.) et tendent, depuis les années 1980, à se déconcentrer, par exemple de San Francisco vers Monterey, Sacramento, voire l'Oregon et l'Utah, ou encore de Los Angeles vers Palm Springs et l'Arizona, etc.
Enfin, la mondialisation rend désormais ambiguë la notion d'espace industriel national. Ainsi, 20 % des importations correspondent à des biens américains fabriqués à l'étranger. De plus, un demi-million de Mexicains assemblent dans les maquiladoras, ateliers frontaliers, des composants produits aux États-Unis, puis réexpédiés finis (automobiles, électronique, informatique, textile) sur le marché américain.
L'agriculture américaine (2 % des actifs) collectionne, elle aussi, les performances : un potentiel foncier considérable (la surface cultivée, de 245 millions d'ha contre 88 millions pour l'Europe, peut être aisément doublée), un éventail complet de produits, 25 % de la production destinés à l'exportation, 15 % du marché mondial, le 1er rang mondial pour le maïs et le soja, le 3e pour le coton, le blé et les agrumes, le 4e pour le tabac, l'arachide, le sucre et les pommes de terre. Elle est en outre le 4e producteur de vin, et dispose du 2e cheptel porcin et du 5e cheptel bovin. C'est, au total, la plus puissante agriculture du monde. Développé vers l'amont (recherche agronomique, engrais, produits phytosanitaires, machinisme agricole) et l'aval (agroalimentaire), un puissant complexe agro-industriel forme la première filière du pays avec 18 % du P.I.B. et 9 % des actifs, et dispose de moyens énormes, d'où une augmentation constante de la productivité mais aussi des rendements.
Le revers est la dépendance à l'égard des marchés. Dans les années 1980, l'effondrement des cours a mené à la faillite un certain nombre d'agriculteurs qui avaient massivement investi lors de la décennie précédente pour répondre à l'essor de la demande suscité par les achats soviétiques. Beaucoup de fermes familiales ont ainsi disparu au profit de vastes domaines constitués en sociétés anonymes (les corporate farms, de plus de 800 ha, représentent 3 % des 2 millions d'exploitations mais près de 50 % de la superficie agricole), et ce malgré l'intervention du gouvernement qui a mis en œuvre des programmes de gel compensé des terres et qui a garanti les prix en échange d'une limitation des superficies.
Autrefois organisée en ceintures de productions spécialisées (Wheat Belt du Dakota du Nord au Kansas, Dairy Belt du Wisconsin à la Pennsylvanie, Cotton Belt de la Virginie au Texas), l'agriculture industrialisée s'est libérée des contraintes naturelles des régions. Les Belts se sont diversifiées :
– Le Nord-Est offre toujours des productions à forte valeur ajoutée (maraîchages, serres) pour supporter le prix élevé des sols lié à la pression foncière des villes, vers lesquelles il écoule viande, lait, légumes et fruits.
– Le Sud-Est (Virginie, Carolines, Kentucky) a abandonné aux grands domaines irrigués de l'Ouest la culture du coton qui a appauvri les sols et les métayers noirs. Il a connu un renouveau grâce, dans un premier temps, au tabac, qui est aujourd'hui de plus en plus marginalisé, et, plus récemment, grâce à la production de viande (porcs, poulets) fondée sur des cultures de maïs et de soja.
– Riz et canne à sucre poussent en bordure du golfe du Mexique, légumes et agrumes sont cultivés en Floride.
– Au nord des Grandes Plaines, la zone d'élevage laitier se contracte. De l'Indiana au Nebraska, l'ancienne Corn Belt associe désormais au maïs la culture du soja et l'élevage porcin. À l'ouest du 100e méridien, ou « ligne des catastrophes » (sécheresse, érosion des sols), l'exploitation intensive de la nappe de l'Ogallala a permis l'irrigation par aspersion sur pivots géants (700 000 parcelles circulaires), remplaçant le dry-farming et la jachère bisannuelle. Le blé (blé d'hiver au nord, blé de printemps au sud) partage son ancien domaine avec les légumes de plein champ, le lin, le tournesol et l'orge.
– Dans les Rocheuses et leur piémont semi-aride (les Hautes Plaines), l'élevage extensif (ranching) fournit des bêtes pour les parcs d'engraissement (feed-lots pouvant contenir jusqu'à 100 000 têtes de bétail) des Grandes Plaines et des abords des métropoles. De puissantes entreprises produisent du blé et des pommes de terre sur le plateau irrigué de la Columbia dans le Nord-Ouest, tandis que plus près des côtes une petite agriculture fournit lait et fruits rouges.
– La Californie, avec ses riches terres irriguées de la Grande Vallée, est le premier État agricole du pays. Très performante, elle propose une gamme complète de productions, des fruits aux légumes, des grandes cultures (coton, maïs, luzerne) aux vignobles, sans oublier l'élevage hors-sol.
Les États-Unis sont le premier producteur mondial de bois. L'activité forestière domine dans le Nord-Ouest pacifique et, du fait des incitations au reboisement des terrains aux sols épuisés, dans le Sud-Est. La pêche (7e rang mondial) se déploie essentiellement sur le golfe du Mexique et sur la façade nord-ouest du Pacifique. La pisciculture est pratiquée à l'intérieur de ces régions littorales, notamment sur la Columbia, la Snake et dans les bayous du Mississippi.
Les États-Unis sont devenus la première puissance postindustrielle du monde : le secteur tertiaire occupe 78 % des actifs et absorbe depuis trente ans 95 % des créations d'emplois (40 millions). Les services aux particuliers (commerce, restauration, hôtellerie, travaux domestiques, tourisme, loisirs, santé, sécurité) connaissent un prodigieux essor lié à l'amélioration du niveau de vie, à l'urbanisation, à l'allongement de la durée de travail hebdomadaire et au travail des femmes ; les services aux entreprises (ingénierie, conseil juridique, marketing, publicité, entretien, gardiennage), les métiers de la finance et de la communication se sont multipliés et/ou diversifiés. Seuls les services sociaux et administratifs plafonnent, depuis vingt-cinq ans, au quart de la population active totale. Contribuant pour 77 % au P.I.B., les services sont globalement moins productifs que l'industrie. De très nombreuses petites unités coexistent avec de grands groupes qui dominent, en particulier, dans les secteurs des télécommunications et des transports. Bénéficiant de l'engouement boursier pour les sociétés issues de l'Internet, des compagnies géantes ont vu le jour dans le domaine des médias : AOL a ainsi pris le contrôle du géant Time-Warner pour donner naissance au plus grand conglomérat de la branche. Les conditions de travail sont fortement polarisées : à côté des emplois de conception de haut niveau et de très forte productivité (finance, conseil juridique, ingénierie), on compte par millions les tâches d'exécution mal payées, très féminisées, souvent à temps partiel, à grande rotation de main-d'œuvre, notamment dans le secteur de la restauration, qui emploie, à lui seul, un sixième de la population active.
L'internationalisation progresse avec des sociétés mondialement connues comme McDonald's, Walt Disney, Hilton ou American Express. Les États-Unis sont devenus les premiers exportateurs mondiaux de services et les premiers bénéficiaires de recettes touristiques. Dans le secteur des communications, en plein essor, ils contrôlent le tiers du marché planétaire. Au reste, le cinéma constitue le deuxième produit d'exportation du pays. C'est pourquoi les gouvernements américains exercent dans le cadre des négociations internationales de fortes pressions pour faire tomber les entraves à leurs échanges (l'« exception culturelle », notamment).
Centre d'une économie qui se mondialise, les États-Unis s'ouvrent à l'extérieur : en trente ans, la part des exportations a doublé pour dépasser 8 % du P.N.B. (12,5 % des exportations mondiales). Biens et services destinés à l'étranger sont responsables du tiers de la croissance du P.I.B. au cours des dix dernières années. Mais les ventes de produits primaires et manufacturés sont loin de compenser les importations massives (11 % du P.I.B., 14,5 % du total mondial). En 1971, le pays connaît un premier déficit commercial, qui a considérablement augmenté à partir des années 1980. Son poids relatif devient préocupant. Il est en partie corrigé par la balance des services et par celle des revenus et placements, le solde étant financé, en définitive, par les flux d'investissements étrangers, directs (achats d'entreprises, de biens fonciers et immobiliers) ou financiers, au prix d'une perte d'indépendance qui ne saurait cependant remettre en cause la puissance de la machine économique du pays.
Le déficit commercial provient, pour les trois quarts, des échanges avec l'Asie, Japon en tête, et d'un petit nombre de secteurs : énergie, textile, chaussure, automobile, électronique grand public. La structure des exportations, partagées jusqu'au milieu des années 1980 entre matières premières (minières et agricoles) et biens hautement sophistiqués (avions et ordinateurs), s'est rééquilibrée au profit d'une gamme très variée de produits industriels. Les principaux partenaires commerciaux sont le Canada, le Japon, le Mexique (depuis peu), l'Allemagne et la Chine. Avec 40 % des échanges, l'Asie a dépassé l'Europe (25 %) dans les années 1980. D'où l'intérêt prioritaire accordé aux relations avec la zone Asie-Pacifique, ainsi qu'avec les deux pays frontaliers, le Mexique et le Canada. Les États-Unis s'appuient, notamment, sur l'APEC (Asian Pacific Economic Cooperation, créée en 1989 et relancée en 1993-1994) pour contrebalancer l'influence commerciale du Japon dans cette région, en particulier en Chine. L'A.L.E.N.A. (Accord de libre-échange nord-américain), entré en vigueur en 1994, a étendu au Mexique le traité signé avec le Canada depuis 1988 et crée un bloc nord-américain de 400 millions d'habitants.
Le Sud est le premier reconnu, soit par des navigateurs dans le golfe du Mexique (Ponce de León en Floride [1513] ; découverte du Mississippi par Hernando de Soto en 1541), soit par des explorateurs partis du Mexique vers les grandes plaines (Francisco Vásquez de Coronado atteint l'Arkansas [1540-1542]) et la côte pacifique (Francisco de Ulloa en basse Californie en 1539). La côte orientale est reconnue par des Français (le pilote italien Giovanni da Verrazzano, au service de la France, découvre la baie de New York en 1524 ; Ribault tente une installation en Floride [1562 -1565]), puis par les Anglais Hawkins (1564), Barlow (1584) et sir Walter Raleigh, avec son éphémère établissement de Virginie (1585-1589). Entre les postes français du Canada et les postes espagnols de Floride, le territoire de la future Union, dépourvu apparemment des richesses alors recherchées, est à peu près vide d'Européens au XVIe s. Y vivent, dispersées sur toute son étendue, les nombreuses tribus d'Indiens.
Au XVIIe s., tandis que sur la côte orientale s'installent les Européens, la recherche des fourrures et le désir de convertir les Indiens déterminent une série d'expéditions à partir du Canada : Nicolet atteint le lac Michigan (1634), le P. Allouez le lac Supérieur (1665), Louis Joliet le confluent du Mississippi et de l'Arkansas (1673), Cavelier de La Salle l'embouchure du Mississippi (1682). ainsi naît la Louisiane française.
Au XVIIIe s., la reconnaissance du pays progresse à l'ouest du fleuve, avec l'expédition de La Harpe vers la Red River et l'Arkansas (1719 -1722), celle de Dutisné et Véniard de Bourgmont vers la rivière Platte et le bas Missouri (1719 -1724), dont la remontée permet la jonction, dans l'actuel Dakota du Sud, avec les pays découverts à partir du Nord par La Vérendrye et ses fils (1742-1743). Dans le même temps, les Espagnols explorent la côte pacifique et atteignent San Francisco (fondée en 1776).
Du fait de l'évolution économique et sociale et des bouleversements politiques et religieux de l'Angleterre au XVIIe s., les immigrants sont alors nombreux (250 000 Européens au total) : artisans et petits propriétaires ruinés ; dissidents chassés par la réaction anglicane, « cavaliers » par les « Têtes rondes », puritains par Charles II, jacobites par l'« usurpateur » Guillaume III, etc.
Les arrivants ne sont pas que des Britanniques. Peu à peu s'installent, en effet, des Polonais, des Allemands, des Néerlandais et des Scandinaves. En 1619 arrive le premier convoi de Noirs : importés régulièrement de Guinée et des Indes occidentales par des négriers et réduits à l'esclavage, ils seront 400 000 en 1760.
Parmi les treize colonies anglaises nées entre 1607 et 1733, les unes sont créées par des compagnies de commerce : celle de Londres crée la Virginie, à la suite de la remontée de la rivière James par 105 colons, qui fondent Jamestown (1607) ; celle de Plymouth, le Massachusetts, à la suite du débarquement, en 1620, au cap Cod, d'un groupe de dissidents, les Pèlerins, qui ont franchi l'Océan sur le Mayflower ; elles sont donc administrées par des gouverneurs représentant les compagnies, puis elles sont transformées en colonies royales. D'autres se constituent à la suite du démantèlement, en 1664, des possessions hollandaises (Nieuw Amsterdam devient New York), qui donne naissance aux colonies de New York, où se sont installés les Néerlandais dès 1623, du Delaware, où les Néerlandais doivent laisser s'implanter les Suédois en 1638, du New Jersey enfin (1664). Certaines d'entre elles sont concédées à des propriétaires : le New Hampshire, notamment, à J. Mason, où le premier établissement britannique date de 1623 ; il en est de même du Maryland, colonisé par le catholique Calvert (1632), des deux Carolines, concédées à huit favoris de Charles II par charte royale (1663), de la Pennsylvanie, offerte par Charles II à William Penn (1681), pour régler une dette d'argent et se débarrasser des quakers encombrants, de la Géorgie, concédée par George II à J. Oglethorpe, et où Savannah est fondée en 1733. D'autres, enfin, naissent par sécession d'avec le Massachusetts, dont les non-conformistes, fuyant la théocratie autoritaire de Boston, fondent en 1635 le Connecticut avec Thomas Hooker (charte royale, 1662), et, en 1636, le Rhode Island avec Roger Williams (charte royale, 1663).
Mais l'évolution politique est partout identique. D'une part, l'autorité royale tente de s'y affirmer au fur et à mesure que s'élabore à Londres une doctrine impériale (actes de navigation de 1660, 1663, 1673, 1696), soit par le rattachement direct des colonies à la Couronne (New Hampshire, 1679 ; Maryland, après la révolution de 1688 ; New Jersey, 1702 ; Caroline du sud, 1719), soit en opposant le veto royal aux décisions des assemblées locales (suppression des chartes de certaines colonies), ou, enfin, par la création d'un solide réseau d'agents des finances et des douanes. À l'inverse, une évolution « centrifuge » dote les colonies de franchises politiques : « Assemblée des bourgeois » de Virginie (1619), « General Court » de Massachusetts, « Articles fondamentaux » du Connecticut, « Charte » du Rhode Island, « Christian Laws » du New Hampshire, « Concession » du New Jersey, « Frame of Government » de Pennsylvanie. Le gouvernement des colonies apparaît comme un compromis entre ces deux tendances : face au gouverneur (souvent appointé et parfois nommé par l'assemblée de la colonie), assisté d'un conseil, qui représente le roi, l'assemblée élue par les colons vote le budget et ratifie les projets du conseil. Selon les colonies, l'un ou l'autre de ces pouvoirs l'emporte et l'assemblée est plus ou moins représentative (censitaire en Virginie, plus démocratique en Pennsylvanie). Dans tous les cas, la dualité des pouvoirs favorise les conflits. (→ colonisation.)
Dans le Nord, la Nouvelle-Angleterre (New Hampshire, Massachusetts, Rhode Island, Connecticut) compte 94 000 habitants en 1700, 495 000 en 1763 (dont 19 000 esclaves). Dans un cadre presque européen s'harmonisent des activités variées : polyculture et élevage dans de petites propriétés, exploitations forestières le long des chutes, constructions navales, contrebande du bois, du rhum et de la mélasse avec les Antilles françaises, dont vivent Portsmouth et Newport. Pays des grandes villes, des universités, le Nord, bourgeois et capitaliste, d'un puritanisme rigoureux, est ouvert à toutes les influences intellectuelles.
Dans le Sud (Maryland, Virginie, Carolines, Géorgie), la population s'élève à 108 000 habitants en 1700 et à 735 000 en 1763 (dont 281 000 esclaves, renouvelés par la traite). La Virginie à elle seule compte alors 550 000 habitants. Sur d'immenses propriétés (de 2 000 à 70 000 ha en Virginie), des esclaves cultivent le tabac (Maryland, Virginie), le riz et l'indigo (Caroline du Sud, Géorgie), le tabac et le riz (Caroline du Nord). Il y a peu de villes, de ports et d'industries dans le Sud, où domine la riche aristocratie des propriétaires. Ces planteurs, qui occupent tous les postes politiques, sont des hommes durs à la tâche ; anglicans, ils sont amateurs de bonne chère et des plaisirs de la vie, ce qui leur vaut le mépris des puritains ; cultivés, ils aiment le faste et les fêtes, et se font construire de belles demeures de style néoclassique.
Dans le Centre enfin (New York, New Jersey, Delaware, Pennsylvanie), qui compte 53 000 habitants en 1700, 410 000 en 1763 (dont 23 000 esclaves), le brassage ethnique est déjà caractéristique : deux tiers de la population sont alors français (huguenots), allemands, suédois. Pays de grandes villes – dont Philadelphie –, ce groupe apparaît comme une charnière entre les deux autres.
En dépit d'efforts systématiques de destruction au XVIIe s. (guerre du Connecticut et du Massachusetts contre les Indiens Pequots en 1636-1637, et guerre du roi Philippe en 1675-1676, la menace indienne demeure vive, attisée par les Canadiens, désireux de briser la concurrence des marchands anglais chez les Iroquois, fournisseurs de fourrures.
Au cours de la guerre de la Succession d'Espagne, prises entre les expéditions franco-espagnoles sur les Carolines à partir de Cuba et les raids franco-indiens sur la Nouvelle-Angleterre (1704-1708), les colonies résistent, mais le traité d'Utrecht ne résout en rien le conflit qui oppose les trafiquants anglais, désireux de pénétrer outre-Allegheny, et les coureurs des bois de Montréal, désireux de conserver leurs terrains et la libre communication avec la Louisiane. Jusqu'en 1744, les deux camps construisent une série de forts rivaux dans la région des Grands Lacs et de l'Ohio et utilisent les Indiens aux fins de massacres réciproques. L'affrontement militaire, encore localisé au cours de la guerre de la Succession d'Autriche, se poursuit après la paix de 1748 (capitulation de George Washington et des milices virginiennes dans Fort Necessity [juillet 1754] opposé à Fort-Duquesne). Par sa conclusion heureuse pour l'Angleterre (traité de Paris, 1763), la guerre de Sept Ans permet aux colonies anglaises d'Amérique du Nord de s'étendre, par-delà la ligne des Appalaches, jusqu'à l'Ohio et au Mississippi, dont la rive droite est à la même époque cédée par la France à l'Espagne, pour compenser l'abandon de la Floride à l'Angleterre.
L'hypothèque française levée, les colonies se heurtent à la métropole ; celle-ci, sous l'impulsion de l'autoritaire George III, veut exploiter sa victoire de 1763 et affirmer son pouvoir à leur égard en rendant plus efficace la politique d'exclusif colonial dont le Board of Trade a la charge depuis 1696.
Dans ce sens sont adoptées plusieurs mesures : répression accrue de la contrebande par les agents des douanes, autorisés à perquisitionner par les writs of assistance, afin de faire respecter la loi Grenville sur les sucres (Sugar Act, 1764) ; nouvel impôt intérieur (institué par le Stamp Act, ou loi du timbre, de 1765), frappant les actes publics et les journaux ; entretien d'une troupe de 10 000 hommes ; versement d'un traitement fixe aux gouverneurs, ainsi soustraits au bon vouloir des assemblées. La première mesure heurte les colons américains, mais n'outrepasse pas les droits royaux ; les autres, en revanche, sous la fiction légale d'une approbation du Parlement, théoriquement représentatif de l'empire, mais où ne siège aucun Américain, violent le principe essentiel du consentement à l'impôt des colonies.
Les « sujets » d'Amérique ripostent aux mesures de George III par l'affirmation de leurs droits (« Résolutions » de l'assemblée de Virginie, 30 mai 1765), par le boycott des produits anglais et les autodafés d'actes notariés (New York, Philadelphie, Boston), par un congrès à New York, qui adresse au roi une pétition : la loi Grenville et la loi sur le timbre sont finalement retirées (mars 1766), non sans que le gouvernement anglais, désireux de masquer son recul, énonce, par le Declaratory Act, sa totale compétence en matière de législation coloniale. Les lois Townshend (mai 1767) relèvent les droits sur une série de produits ; elles provoquent une opposition plus violente (massacre de Boston, 5 mars 1770) et doivent être abrogées. Lorsque la Compagnie des Indes orientales obtient le monopole de la vente du thé en Amérique (1773), les négociants contrebandiers de la Nouvelle-Angleterre refusent d'acheminer les cargaisons de thé ou les détruisent, etc. La Couronne, défiée, réagit par cinq lois répressives (the Intolerable Acts), frappant surtout Boston et le Massachusetts ; en outre, elle étend les droits des Canadiens catholiques sur le pays de l'Ohio, au détriment de la Nouvelle-Angleterre (Acte de Québec). Tandis que se réunit à Philadelphie le premier Congrès continental (5 septembre-26 octobre 1774), qui rédige une série d'adresses (au roi, au peuple canadien) et une déclaration des droits du contribuable américain, l'opposition radicale organise dans les colonies des milices et des réseaux armés. Le massacre de la colonne anglaise du général Gage, à Lexington, le blocus de Boston par 16 000 miliciens (20 avril 1775) ouvrent la guerre de l'Indépendance (1775-1783), à laquelle la Déclaration d'indépendance du 4 juillet 1776 donnera un sens précis et qui s'achèvera avec la défaite des troupes royales.
La paix de Paris (3 septembre 1783) reconnaît l'existence de la République fédérée des États-Unis.
Répondant à l'invitation du deuxième Congrès continental (réuni le 10 mai 1775), plusieurs États ont réformé leurs institutions dans un sens plus démocratique. En pleine guerre, un essai de gouvernement confédéral a été amorcé avec les « Articles de confédération », qui entrent en vigueur en 1781 ; mais le Congrès, composé des ambassadeurs de chaque État, ne possède ni pouvoir exécutif ni pouvoir judiciaire ; rien n'est prévu pour réglementer le commerce entre les États ; il ne dispose d'aucune ressource financière propre.
Les difficultés, à cette date, sont pourtant innombrables : paiement des soldes aux militaires ; inflation de papier-monnaie dans certains États ; échec des missions de Jefferson à Paris et de Jay à Madrid, à la recherche d'un prêt ; refus systématique des États d'accorder quelque revenu au Congrès en acceptant l'établissement de tarifs douaniers. À l'ouest des Appalaches, où, dès 1763, progressait la colonisation de la vallée de l'Ohio et d'outre-Ohio (fondation de Louisville en 1778 et de Cincinnati en 1789-1790), quel serait le régime des terres ? Seraient-elles livrées à la compétence des États – donc à certaines oligarchies – ou, passant sous la compétence du Congrès, seraient-elles ainsi ouvertes au petit peuple du Nord-Est ruiné par la guerre ? Finalement, après l'ordonnance de 1785, celle du 13 juillet 1787 (ordonnance du Nord-Ouest) qui spécifie que les territoires situés à l'est du Mississippi, cédés par l'Angleterre au traité de Versailles (1783) et peuplés déjà d'environ 100 000 colons américains, seront considérés comme propriété fédérale et découpés (géométriquement) en territoires fédéraux, puis autonomes. Ils pourront être érigés en États quand ils seront peuplés de plus de 60 000 citoyens : le Vermont devait être le premier (1791) et Hawaii le dernier territoire (1959) à bénéficier de cette disposition. Mais ces progrès mêmes ne vont pas sans conflit avec les Indiens Cherokees (1774, 1776) et Iroquois (1778, 1779), avec les Espagnols aussi à propos de la libre navigation sur le Mississippi.
L'urgence de nouvelles institutions provoque la réunion de la convention d'Annapolis (septembre 1786), qui décide l'élection de la convention de Philadelphie. Les 55 membres siégeant (sur 65 délégués élus par les assemblées législatives des États) élaborent la Constitution fédérale des États-Unis (17 septembre 1787), encore en vigueur aujourd'hui. Œuvre de compromis, elle affirme l'existence d'une nation américaine formée d'États indépendants, mais non souverains ; elle vise à assurer, dans le respect des autonomies, la défense commune et la sauvegarde de l'intérêt général. La séparation des pouvoirs est rigoureuse, mais, à côté d'un congrès bicamériste, sont créées une présidence, qui doit appliquer les lois, et une cour suprême.
Les États ratifient la nouvelle Constitution de 1787 à 1790 dans des assemblées populaires, où s'affrontent fédéralistes et antifédéralistes. George Washington est porté à la présidence des États-Unis et entre en fonctions le 30 avril 1789. Mais, presque aussitôt, naissent des difficultés quant à l'interprétation de la Constitution, entre fédéralistes et républicains. Les premiers, qui restent au pouvoir de 1789 à 1801, sont partisans d'un gouvernement fédéral fort et ont pour chef de file Alexander Hamilton, secrétaire au Trésor de George Washington. Admirateurs du système oligarchique anglais, s'appuyant sur les armateurs, commerçants et négociants du Nord-Est, ils renforcent le pouvoir central : création d'une Banque d'État (1791), d'une monnaie stable, le dollar, et de ressources régulières, grâce aux douanes. D'abord neutralistes (Déclaration de neutralité, 22 avril 1793 ; « Adresse d'adieu » de George Washington [1796], qui ne se représente pas aux élections, excédé par les critiques dont il est l'objet), les fédéralistes, qui ont conclu un accord commercial avec Londres (traité Jay, 1794), rompent avec le Directoire (1798) ; leur hostilité envers la Révolution française s'est accrue depuis l'exécution de Louis XVI, dont l'intervention avait rendu possible l'indépendance des États-Unis.
À cette politique s'oppose celle des républicains, petits propriétaires ruraux ou citoyens des petits États, planteurs du Sud soucieux de sauvegarder leurs franchises. Jacobins d'idéologie et de vocabulaire, ils enlèvent aux fédéralistes et à John Adams la présidence, à laquelle accède, en 1801, Thomas Jefferson, l'un des pères de la Confédération, ancien secrétaire d'État (d'ailleurs démissionnaire en 1793) de Washington. Les républicains, une fois au pouvoir, évoluent très vite, leur politique s'orientant par nécessité vers un renforcement du gouvernement central. Ainsi s'effacent les divergences les opposant aux fédéralistes ; d'ailleurs, les Américains vont être absorbés, malgré le désir de Jefferson (acte de non-intercourse, interdisant tout trafic avec l'Angleterre et la France), par la seconde guerre de l'Indépendance. Celle-ci est suscitée par les Anglais, qui ont soudoyé la révolte du chef indien Tecumseh (1810-1811) dans l'Indiana ; leur Amirauté a commis l'erreur, d'autre part, d'enrôler de force des marins et d'arraisonner des navires américains sous prétexte de droit de visite (lutte contre la contrebande de guerre dans le cadre du blocus mis en place contre Napoléon Ier).
Ce conflit, les craintes suscitées par la prise et l'incendie de Washington (1814), enfin la victoire finale, consacrée par le traité de Gand (1814) et le succès du général Jackson à La Nouvelle-Orléans (janvier 1815), contribuent à renforcer l'orgueil national au détriment des luttes de parti. Ainsi s'ouvre, sous les successeurs et disciples de Jefferson, James Madison (1809-1817) et James Monroe (1817-1825), qui forment avec lui la dynastie virginienne, l'« Ère des bons sentiments » (Era of good feelings). Désireux de s'assurer le contrôle exclusif de l'espace continental, politique ou économique américain en restant liés aux jeunes États hispano-américains, redoutant pour eux une Sainte-Alliance européenne, les États-Unis, par la ferme déclaration de Monroe, « l'Amérique aux Américains » (2 décembre 1823), réaffirment à la fois leur volonté de neutralité et leur opposition à toute ingérence européenne.
Pendant cette période d'apaisement des luttes politiques, toutes les énergies américaines ont été absorbées par la poussée vers l'ouest. Jusqu'en 1803, cette dernière avait été empêchée par la présence du Canada britannique au nord, de la Louisiane à l'ouest, de la Floride au sud. Or, profitant de la rétrocession par l'Espagne de la Louisiane à la France (convention de San Ildefonso, 1er octobre 1800) et de l'impossibilité pour celle-ci de la conserver, Jefferson avait acheté ce territoire au Premier consul pour 15 millions de dollars (30 avril 1803) : la superficie de l'Union est ainsi doublée. Cette acquisition permettra la création de treize nouveaux États, dont la frontière avec le Canada sera fixée en 1818, entre le lac Supérieur et les montagnes Rocheuses, au 49e parallèle. D'autre part, déjà maîtres de la Floride occidentale (1810), les États-Unis, après la guerre victorieuse menée par le général Jackson contre les Séminoles, aux confins de l'Alabama et de la Géorgie (1818), contraignent Ferdinand VII d'Espagne à leur céder le reste de la Floride, à renoncer à l'Oregon, dont le sort sera contesté jusqu'au règlement définitif de 1846, et à fixer la frontière septentrionale du Mexique.
Ayant enfin accès au golfe du Mexique et aux bouches du Mississippi, les États-Unis poursuivent leur expansion territoriale au détriment du Mexique, héritier de la puissance coloniale hispanique : reconnaissance (1837), puis annexion (1845) de la république du Texas, fondée en 1835-1836 par les colons que menaçait la législation mexicaine antiesclavagiste de 1829 ; guerre contre le Mexique (1846 -1848), voulue par des annexionnistes trop hardis, malgré les réserves du Congrès devant les risques de déséquilibre interne rendus possibles par l'incorporation d'États esclavagistes ; finalement, cession, pour 15 millions de dollars, du Texas, du Nouveau-Mexique (y compris l'Arizona et le Colorado) et de la Californie (traité de Guadalupe Hidalgo, 2 février 1848) ; une rectification de frontière au sud du Nouveau-Mexique fixera définitivement les limites méridionales des États-Unis (convention Gadsden, 1853).
En même temps qu'ils achèvent leur expansion territoriale vers le sud et le sud-ouest, les États-Unis obtiennent que soient précisées leurs frontières avec le Canada, d'abord entre l'océan Atlantique et le Saint-Laurent (1842), ensuite entre les montagnes Rocheuses et l'océan Pacifique (1846), ce qui permet l'érection de l'Oregon en territoire fédéral (1848). Sans doute le cadre territorial ainsi délimité n'est-il pas rempli : pourtant, la création du territoire de l'Utah (1850) permet d'établir un noyau de peuplement au cœur de l'Union et dans une de ses régions les plus inaccessibles.
Parallèlement se développe le peuplement de l'espace américain à partir de l'océan Atlantique et des Appalaches. Ayant d'abord progressé surtout par le simple croît naturel (4 millions d'habitants en 1789 ; 7 300 000 en 1810 ; 9 600 000 en 1820 ; 17 millions en 1840 ; 24 millions en 1850), la population augmente ensuite plus rapidement grâce à l'immigration : celle-ci, déjà importante depuis la crise économique de 1817 en Europe, fournit au moins 250 000 arrivants par an au milieu du siècle (31 millions d'habitants en 1860). La progression vers l'ouest est alors surtout le fait d'Anglo-Saxons, de Scandinaves ou de Néerlandais, et particulièrement des éléments qui, par leur fortune, leur compétence technique (agriculteurs), leur puissance numérique et leur cohésion morale (communautés fouriéristes du Texas, bonapartistes du Champ d'Asile), n'hésitent pas à tenter l'aventure de la colonisation loin de tout pays habité, tandis que les immigrants les plus pauvres cherchent immédiatement du travail dans les villes côtières.
Cette colonisation se fait souvent en deux temps. Les nouveaux immigrants, qui arrivent en vagues ethniques d'origines différentes, vont se fixer en grand nombre dans les États de la côte atlantique, leur donnant un peuplement plus hétérogène : Anglo-Saxons et Néerlandais jusqu'en 1845 ; Allemands (bientôt groupés autour de Chicago) ; Irlandais (crise de la pomme de terre en Irlande en 1846), qui, se concentrant à New York, en font la première ville irlandaise du monde, et Scandinaves, qui se fixent davantage dans la Prairie ; Latins et Slaves, en nombre considérable, de 1890 à 1914 puis moindre de 1919 à 1920, avant l'application de la loi sur les quotas de 1921. Mais ces immigrants prennent la relève des premiers colons, Américains de souche, qui abandonnent leurs terres pour progresser plus loin vers l'ouest, n'hésitant pas parfois à répéter l'expérience de défrichement deux ou trois fois dans leur vie (cas du père de Lincoln).
Refoulant les Indiens, dont on décide d'ailleurs le transfert à l'ouest du Mississippi (1830) pour arrêter leurs incursions, les pionniers se lancent, en vagues successives (trappeurs, éleveurs, défricheurs, enfin fermiers), à la conquête de la Prairie, jusqu'à ce que, à la fin du siècle, la ligne montante du front pionnier(la « Frontière »), qui avait atteint le 98e méridien en 1865, ait enfin rejoint les zones de peuplement s'épanouissant autour des ports du littoral pacifique. Cette progression se fait selon certains axes naturels : passes des Appalaches ; vallée de l'Ohio, descendue jusqu'au Mississippi par des bateaux à fond plat, les flatboats, dont les planches servent ensuite à l'édification de cabanes ; pistes de chasseurs, parfois même de bisons, parcourues plus à l'ouest par des wagons bâchés traînés par des bœufs ou des chevaux. Au croisement des pistes, à la traversée des fleuves, naissent, au centre des clairières ménagées par les premiers arrivants, de petites agglomérations, qui seront autant de foyers de fixation de la vie agricole et de points de départ pour une nouvelle progression vers l'ouest.
Le cadre de cette progression a d'ailleurs été déterminé par l'ordonnance du Nord-Ouest (1787).
Les territoires cédés par l'État, en fonction de celle-ci (et vendus en moyenne un dollar l'acre), sont cadastrés et découpés en parcelles numérotées qui ont toutes la même superficie et la même forme, ce qui donne aux campagnes américaines leur aspect géométrique si caractéristique. Un droit de préemption est seulement réservé au premier occupant, et, si celui-ci ne peut se porter acquéreur, il est autorisé à se faire verser une indemnité de mise en valeur par celui qui devient propriétaire de la terre.
Mais la progression des pionniers s'est faite le long de voies naturelles relativement primitives, qui ne suffisent plus au ravitaillement et ne maintiennent plus des liens assez solides entre les nouveaux territoires ou États et la Fédération. Le sort de l'Union dépend, en fait, de leur cohésion, et celle-ci est liée au développement de voies de communication modernes. Cette nécessité entraîne le développement de la navigation à vapeur, grâce au monopole acquis par Fulton (Hudson, 1807 ; Ohio et Mississippi, 1811), celui des canaux (canal de l'Érié, ouvert en 1825), des routes et des voies ferrées (7 000 km en 1840 ; 48 000 km en 1860 ; 127 000 km en 1874) – voies de communication qui toutes s'étirent d'est en ouest à partir de trois villes rivales : Baltimore, Philadelphie et surtout New York (favorisée par le canal de l'Érié). Les conséquences de cette expansion intérieure sont triples. En premier lieu, elle modifie l'équilibre politique traditionnel des États-Unis, qui reposait sur la dualité Sud-Nord. L'influence du « Vieux Sud » diminue dans le cadre de l'Union (37,5 % de la population en 1810 ; 23 % en 1840), alors que le nord, qui perd sa prédominance agricole (maintien seulement de l'élevage), devient la région la plus peuplée de l'Union (39 % en 1840) et puise dans son industrialisation rapide (textiles en Nouvelle-Angleterre, métallurgie dans les États de New York et de Pennsylvanie après 1850) une nouvelle source de puissance, malgré les problèmes posés par l'apparition d'un prolétariat ouvrier. Entre ces deux « sections » de l'Union, qui s'opposent sur tous les plans, apparaît l'Ouest (37 % de la population en 1840), qui, équipé de moissonneuses McCormick depuis 1848, est devenu en 1860 le grand producteur de blé (60 %), de maïs (48 %), de bœufs (Iowa, Illinois), de porcs (Illinois), de whisky (Cincinnati). Chicago (8 000 habitants en 1837, 110 000 en 1860) est la capitale de cette dynamique région, dont l'équilibre économique reste pourtant instable et dont les fermiers, très souvent endettés, contribuent par leurs votes à renverser les majorités traditionnelles. Seul le « Far West » reste encore à l'écart de la vie politique du pays (débuts de l'agriculture californienne et du peuplement de l'Oregon), malgré la ruée vers l'or, qui, de 1850 à 1860, porte sa population à 400 000 personnes.
Dès 1824, cette puissance électorale des pionniers de l'Ouest, débiteurs de la Banque d'État, et des prêteurs du Nord-Est se manifeste quand ils portent leurs voix sur le général Jackson, chef du nouveau parti démocrate, constitué par les éléments les plus dynamiques de l'aile gauche du parti républicain, déçus du rapprochement qui s'est révélé dans les faits entre les programmes fédéralistes et républicains. Les gens de l'Ouest, n'ayant pu faire entrer leur candidat à la Maison-Blanche, faute de la majorité absolue (le président est John Quincy Adams, en fonctions de 1825 à 1829), renouvellent leur vote en 1828, mais avec succès, et assurent la présidence pour huit ans à Andrew Jackson (1829-1837) et pour quarante ans au parti démocrate, à l'exception de l'intermède whig de 1841 à 1845 (avec William Henry Harrison et John Tyler) ; le caucus est supprimé, le « système des dépouilles » ou spoils-system (octroi des places aux membres du parti arrivé au pouvoir) instauré partout, la Banque fédérale abolie (1836) ; ainsi, les institutions se démocratisent rapidement. L'ultime conséquence de l'expansion vers l'ouest est l'aggravation de la rivalité entre le Sud et le Nord. Le Sud est agricole, grand producteur de coton et, par voie de conséquence, esclavagiste et libre-échangiste. En revanche, le Nord est protectionniste (tarifs de 1816 à 1824) et antiesclavagiste, prohibitionniste et féministe par conviction puritaine ; enfin, avec Henry Clay, il reçoit l'appui de l'Ouest, dont la production agricole, encore trop jeune, ne peut se passer de tarification douanière. Or, justement, l'expansion vers l'ouest, en provoquant la création de nouveaux États, menace d'isolement le Sud à l'intérieur de l'Union, qui a pâti de l'ordonnance du Nord-Ouest de 1787, ainsi que de l'abolition de la traite (1808). À deux reprises, Henry Clay sauve l'union des États-Unis. Une première fois grâce au compromis du Missouri : le Maine antiesclavagiste et le Missouri esclavagiste sont admis également dans l'Union, les admissions se faisant désormais par couples d'États opposés ; l'esclavage est interdit à l'ouest du Mississippi et au nord du parallèle 36°35′ (1820). Il la sauve une seconde fois en 1850 : reconnaissance de la Californie comme État libre ; liberté de choix en Utah et au Nouveau-Mexique ; loi sévère contre les esclaves qui se sont réfugiés dans le Nord. Mais cette concession ne satisfait pas le Sud, qui, avec Calhoun, ancien vice-président de Jackson, envisage une possible sécession pacifique, malgré un ultime compromis, le Kansas-Nebraska Act (1854), proposé par le sénateur Douglas, laissant toute latitude aux États d'être ou non esclavagistes. Cette solution aboutit à un drame, qui éclate au Kansas, où colons sudistes, puis nordistes se précipitent tour à tour pour donner à ce territoire récemment érigé en État une Constitution esclavagiste, puis antiesclavagiste : l'affaire se termine par une guerre civile (1854 -1856) et facilite la création d'un nouveau parti républicain, résolument antiesclavagiste (1854).
Le Sud avait réussi à compenser son infériorité numérique par le contrôle politique qu'il exerçait sur le pouvoir, en particulier en faisant élire deux des siens à la présidence, Franklin Pierce (1853-1857), puis James Buchanan (1857 -1861) : aussi ne s'était-il pas inquiété de la limitation imposée à la multiplication des États esclavagistes par le compromis du Missouri (1820) et par celui de 1850. Mais, peu à peu, une atmosphère favorable à la sécession se crée, d'autant plus facilement qu'apparaissent sur la scène politique de jeunes générations que n'unissent plus, par-delà les divergences politiques, les liens tissés pendant la guerre de l'Indépendance. Aux « Mangeurs de feu », groupés autour de Jefferson Davis, partisans de l'extension de l'esclavage et de la scission, dans le cas où les sudistes seraient exclus de la présidence, s'opposent les Free-Soilers, tels Sumner, Seward, Chase, etc., partisans du maintien, même par la force, de l'Union. Dans cette atmosphère tendue, plusieurs incidents se produisent : le conflit sanglant du Kansas (1854), la crise financière de 1857, qui affecte en particulier les compagnies de chemin de fer et souligne la nécessité d'un renforcement du protectionnisme douanier, enfin les affaires Dred Scott (Noir réfugié dans le nord et replacé en esclavage par un arrêt de la Cour suprême, 1857) et John Brown (évangéliste du Nord pendu par les nordistes pour avoir tenté d'armer les Noirs de Virginie, 1859) aboutissent à la scission du parti démocrate, sur l'initiative de son chef, Douglas. Cette scission est d'autant plus grave pour les sudistes qu'elle survient à l'heure même où le nouveau parti républicain, fondé en 1854 par fusion des Free-Soilers et du parti whig, réussit à acquérir une forte audience dans l'opinion publique et à faire élire (1860) à la présidence des États-Unis son candidat, Abraham Lincoln.
Lincoln n'obtient que 40 % des voix mais l'emporte sur les démocrates, qui ont présenté deux candidats. Aussitôt les sudistes, mécontents, font sécession à l'appel de la Caroline du Sud (20 décembre 1860) et constituent les États confédérés d'Amérique (février 1861), bientôt présidés par Jefferson Davis et dont la capitale est Richmond (Virginie). Numériquement inférieurs, les sudistes espèrent l'emporter grâce à leur cohésion ; il y a, en effet, solidarité d'intérêt entre les grands et les petits propriétaires, qui sont également possesseurs d'esclaves, et les « pauvres Blancs », qui sont d'autant plus hostiles aux Noirs que le travail servile contribue au maintien des bas salaires. En outre, l'excellence de leur commandement (la grande majorité des officiers de l'armée s'est ralliée à la sécession, et en particulier le généralissime Lee) peut faire espérer aux sudistes un succès rapide. En revanche, la prolongation du conflit jouera en faveur des nordistes, en permettant à ces derniers de mobiliser une énorme armée (2 millions d'hommes contre 850 000), de substituer à des chefs relativement médiocres des hommes de plus grand talent (Grant, Sherman), et d'utiliser toutes les ressources représentées par l'énorme potentiel économique et financier du Nord-Est.
La guerre de Sécession éclate à la suite des bombardements de Fort Sumter, devant Charleston, par les sudistes (12 avril 1861). Elle va opposer, pour la première fois au monde, des armées aux effectifs approchant ou dépassant le million.
Après des échecs initiaux, les nordistes l'emportent à partir de 1863, et, en 1865, le généralissime sudiste, Lee, sollicite un armistice, qui met fin à la guerre (9 avril). Celle-ci a coûté à l'Union 617 000 morts, dévasté le Sud et provoqué une inflation, particulièrement dangereuse dans le Sud. Elle a affaibli momentanément la position internationale des États-Unis sur le double plan diplomatique et économique, en rendant possible l'essai de constitution par Napoléon III d'un empire latin et catholique au Mexique : celui-ci, fournisseur de coton, était destiné – espérait-on – à faire contrepoids, en Amérique centrale, à la puissance nord-américaine, anglo-saxonne et protestante, et à permettre à l'Europe d'échapper au monopole cotonnier des États-Unis (guerre du Mexique, 1862-1867). Ce monopole, d'ailleurs, les planteurs sudistes ne le rétabliront jamais intégralement : les industries textiles européennes, ayant pris l'habitude de s'adresser à d'autres pays producteurs.
La guerre de Sécession a eu pour première conséquence, malgré les hésitations de Lincoln et l'opposition de certains démocrates du Nord (les copperheads, « têtes cuivrées », du nom d'un serpent), l'abolition de l'esclavage, mesure préparée dès le 22 septembre 1862, appliquée à partir du 1er janvier 1863, et légalisée le 31 janvier 1865 par le vote du 13e amendement. Mais Lincoln est assassiné cinq jours après la victoire (14 avril 1865), et son successeur, un démocrate sudiste hostile à la sécession et rallié aux républicains, Andrew Johnson (1865-1869), se trouve dans l'impossibilité de faire triompher, face à l'armée et au Congrès, le généreux programme de reconstruction de Lincoln. Ce dernier, dans son discours du 8 décembre 1863, envisageait d'amnistier tous les sudistes qui jureraient de respecter la Constitution et les décrets d'émancipation, et leur donnait le droit d'élire un gouvernement lorsque 10 % seulement d'entre eux auraient prêté ce serment. Dès décembre 1865, dix gouvernements sudistes sont reconstitués après avoir souscrit à ces conditions, que seul le Texas rejette. Mais les plus intransigeants des républicains, les radicaux, dirigés par un métallurgiste, Thaddeus Stevens, un banquier, Jay Cooke, veulent imposer des conditions beaucoup plus rigoureuses (égalité raciale absolue), car ils redoutent une coalition de l'Ouest et du Sud, agricoles, contraire à leurs intérêts économiques (maintien d'un haut protectionnisme douanier, nécessaire à l'épanouissement industriel du Nord et de l'Est).
Les radicaux contrôlent le Congrès, et ils imposent quatre mesures qui orientent dans un sens répressif la reconstruction : création en mars 1865 d'un freedmen's bureau (bureau des affranchis), chargé de louer et même de vendre aux Noirs des terres confisquées, par lots de 40 acres ; vote du 14e amendement annulant la dette des États confédérés, réduisant leur représentation au Congrès en proportion du nombre de leurs citoyens privés du droit de vote, et enlevant les droits politiques aux fonctionnaires rebelles (13 juin 1866) ; vote du Reconstruction Act du 2 mars 1867, qui proclame la dissolution des gouvernements sudistes reconstitués par Johnson en 1865, confie l'administration de leur territoire pour une durée temporaire, mais indéterminée, à cinq commandants militaires relevant du général Grant, et non du président Johnson, et soumet la restauration de la représentation au Congrès à l'acceptation préalable et définitive par chaque État du 14e amendement et du droit de vote des Noirs ; enfin, vote, en 1869, du 15e amendement, interdisant toute discrimination raciale dans l'exercice du droit de vote, amendement que seule la Géorgie refuse de ratifier, ce qui explique qu'après l'achèvement de la deuxième reconstruction (1869-1870) une troisième doit être effectuée par ce seul État (janvier 1871). Ces quatre mesures peuvent être appliquées dans toute leur vigueur quand les radicaux, qui ont tenté en vain de mettre en accusation le président Johnson, hostile à leur programme (mars 1868), réussissent à faire élire à la présidence le général Grant, héros de la guerre de Sécession (1869-1877). Elles suscitent très rapidement le mécontentement du Sud. Le 14e amendement ayant entraîné l'effacement total du personnel politique sudiste, les derniers États révoltés voient arriver au pouvoir les carpetbaggers (aventuriers nordistes de la même famille que les pionniers de l'Ouest), les scalawags (sudistes favorables à la cause des Noirs, et qui n'acceptent pas la domination des planteurs) et les Noirs. Tous empêchent le retour au pouvoir des planteurs. Ceux-ci réagissent en constituant des sociétés secrètes (chevaliers du Camélia blanc, Ku Klux Klan, fondé dès 1866), dont les membres attaquent les carpetbaggers et les scalawags, et usent de l'intimidation, de la menace ou du lynchage pour contraindre les Noirs à s'abstenir. Par ces procédés, et malgré la dissolution officielle du Ku Klux Klan (1871), les sudistes, amnistiés en grand nombre (loi de 1872), réussissent à reconquérir le contrôle de leurs parlements dès 1874. Ils assurent alors leur maintien définitif au pouvoir en votant des lois d'exception (1883-1890), qui écartent les Noirs du scrutin sans violer la Constitution et ses amendements (obligation, pour voter, d'avoir eu un grand-père citoyen américain, un père électeur avant 1861, ou de savoir lire, écrire et commenter la Constitution), tandis que des mesures de ségrégation sont appliquées dans les transports en commun, les écoles, les théâtres, etc.
La guerre de Sécession a lourdement altéré l'économie américaine : destruction des plantations de coton ; dette de guerre très lourde ; crise inflationniste très violente, à la fois dans le Sud, dont la monnaie a perdu 98,4 % de sa valeur en 1865, et dans le Nord, où l'on a émis du papier-monnaie ayant cours forcé, les greenbacks. La reconstitution des plantations de coton est une œuvre de longue haleine et ne peut être menée à bien que par le morcellement des terres ou par l'appel aux anciens esclaves, auxquels est reconnu un statut proche du métayage. La dette de guerre est apurée rapidement, grâce à la conversion des bons à court terme en bons du trésor à long terme, dont l'intérêt, servi grâce au renforcement des tarifs douaniers, est versé en espèces et non pas en greenbacks. Ceux-ci ne seront retirés pratiquement de la circulation qu'en 1879. Cette circulation fiduciaire accrue a d'ailleurs permis aux agriculteurs de l'Ouest de rembourser leurs dettes dans une monnaie dépréciée. En rétablissant la convertibilité en or des greenbacks et en achevant de démonétiser l'argent en 1873, à l'heure même où la crise économique européenne atteint les États-Unis (affaire du Crédit mobilier), provoquant l'effondrement de la banque Jay Cooke de Philadelphie et de 5 000 maisons de commerce, les radicaux, qui agissent à l'instigation des industriels du Nord et de l'Est, rejettent dans l'opposition démocrate non seulement les ouvriers du Nord, réduits au chômage par la crise et par la concurrence des nouveaux émigrants, mais aussi de nombreux fermiers de l'Ouest, de plus en plus attachés au bimétallisme, et auxquels il faut donner partiellement satisfaction (Bland-Allison Act de janvier 1878) à la suite de l'élection difficile à la présidence du candidat républicain Hayes (1876). Malgré les difficultés éprouvées par les républicains, et qui s'expliquent d'ailleurs largement par la confusion qui règne dans les milieux gouvernementaux (scandale sur le whisky, dans lequel a été inquiété le secrétaire particulier de Grant [1875]), l'expansion économique progresse à un rythme rapide, en raison tout d'abord de l'accélération du peuplement par accroissement naturel et surtout par l'immigration, favorisée par le Homestead Act (1862) allouant un terrain de 160 acres à toute personne qui l'aurait cultivé au moins pendant cinq ans ; aussi compte-t-on 3 millions d'arrivants de 1870 à 1880, 5 millions de 1880 à 1890, 8 millions de 1890 à 1900, 8 800 000 de 1900 à 1910, et 4 200 000 de 1910 à 1914, dont les neuf dixièmes sont européens, avec des arrivées annuelles supérieures à 1 million d'immigrants à partir de 1905, ce qui porte la population des États-Unis à 38 millions d'habitants en 1870, 50 millions en 1880, 76 millions en 1900 et 95 millions en 1914. L'autre cause de cette expansion économique est l'augmentation de la capacité de production industrielle du Nord et de l'Est au cours de la guerre de Sécession. Les progrès des industries extractives et de la métallurgie lourde permettent la mise en place plus rapide d'un réseau ferroviaire assez dense (40 000 km de voies nouvelles de 1869 à 1872), ainsi que la construction, avant 1883, de quatre transcontinentaux, tandis que 30 000 km de voies navigables sont équipés. Le peuplement de l'intérieur des États-Unis s'en trouve accéléré, et de nouveaux États se constituent même dans les montagnes Rocheuses (minerais précieux) : la Frontière disparaît, et les quelques tribus indiennes qui ont survécu à l'extermination sont cantonnées dans l'Oklahoma.
L'agriculture bénéficie largement de l'achèvement de la conquête intérieure : près de 800 000km2 de terres sont mis en culture entre 1870 et 1880 et, à la fin du siècle, plus de 4 millions d'hectares sont cultivés par irrigation. Soutenus par les pouvoirs publics, les agriculteurs bénéficient, en outre, des progrès des techniques industrielles (mécanisation très poussée, surtout après 1880 ; construction, à partir de 1882, de navires et, à partir de 1890, de wagons frigorifiques rendant possible la valorisation des produits d'élevage). Dès lors, l'agriculture américaine, qui fournit 30 % de la récolte mondiale pour les céréales (1880) et 60 % pour le coton (1890), voit ses prix de revient diminuer et ses bénéfices augmenter. Elle reste pourtant très sensible à la conjoncture à la fois internationale (surproduction et crises économiques européennes) et intérieure (rôle trop important des banques et des compagnies ferroviaires ; celles-ci, par le jeu des crédits et surtout des tarifs discriminatoires, pourtant interdits par l'Interstate Commerce Act de 1887, peuvent exercer une pression dangereuse sur le monde agricole, dont le mécontentement explique le développement du mouvement des Grangers).
Malgré son rythme d'accroissement rapide, la production agricole est dépassée en valeur par la production industrielle à partir de 1890, cette dernière étant favorisée par l'abondance des matières premières énergétiques (63 millions de tonnes de charbon en 1880, 269 en 1890 ; 26 millions de barils de pétrole en 1880, 63 en 1900) ou minérales (minerais de fer et de cuivre du lac Supérieur, etc.). La transformation rapide de ces matières premières en biens de consommation est facilitée par une mécanisation très poussée, par l'adoption de méthodes de production diminuant considérablement le coût de la main-d'œuvre, par le génie inventif des Américains (440 000 brevets de 1860 à 1890). L'élan est donné à certaines branches de l'industrie : le téléphone, la photographie, l'automobile popularisent les noms de Bell, d'Eastman, de Ford, tandis que l'augmentation rapide de la population assure de nouveaux débouchés. Pourtant, de tels résultats ne peuvent être atteints que par la spécialisation régionale de l'industrie (50 % de la métallurgie en Pennsylvanie, 70 % de la confection pour femmes dans l'État de New York) et par la concentration des capitaux dans des trusts fondés par des self-made men, dont les plus célèbres sont ceux des chemins de fer (Jay Gould, Cornelius Vanderbilt), du pétrole (John Rockefeller), de l'acier (Andrew Carnegie et le banquier John Pierpont Morgan), etc. Cette puissance même des milieux capitalistes, qui dominent la vie économique et politique, a pour corollaire le regroupement des travailleurs d'abord en trade-unions locales, à partir de 1870, puis en vastes associations syndicales, dont les deux plus célèbres sont les Knights of Labor (Association des chevaliers du travail), groupement secret fondé en 1869 et devenu public en 1878, et surtout l'American Federation of Labor (AFL) de Samuel Gompers, qui succède en 1886 à la Federation of Organized Trade and Labor Unions of the United States of America and Canada, créée en 1881.
Pendant toute cette période, le parti républicain conserve le pouvoir, malgré des majorités très réduites et le manque de personnalité de ses présidents, à l'exception peut-être de Garfield, assassiné peu de mois après son installation à la Maison-Blanche (été 1881). Il maintient un strict protectionnisme en matière douanière (tarif de 1883, portant à 40 % les droits sur les vêtements, tissus de laine et cotonnades ; tarif McKinley de 1890, portant ces droits à 50 %, et tarif Dingley de 1897, à 55 %, tandis que les droits sur le sucre brut, fixés à 40 % par les démocrates en 1894, sont doublés). Par ailleurs, attachés au monométallisme, les républicains se décident, pour ne pas perdre l'appui de l'Ouest, à acheter tous les mois des lingots d'argent qui seraient thésaurisés (Sherman Silver Purchase Act, 1890). De plus, pour gagner des électeurs, le président Harrison, disposant d'un gros excédent budgétaire, fait voter une loi accordant de fortes pensions aux anciens combattants nordistes ou à leurs veuves, sans qu'il soit besoin de justifier des causes du décès (juin 1890). Enfin, pour répondre aux critiques suscitées par la pratique du « système des dépouilles » et par le renforcement des trusts, le Congrès républicain décide d'instituer progressivement un service civil, dont les membres seraient recrutés par concours (janvier 1883), et d'interdire aux trusts d'entraver le commerce entre États (Anti-Trust Act du sénateur Sherman, juillet 1890). Le parti démocrate, compromis par la défaite des sudistes (1865), puis par le scandale de Tammany Hall, découvert en 1871 (corruption, trafic d'influence, etc.), est, en outre, trop divisé pour s'emparer du pouvoir, à moins que des circonstances exceptionnelles ne permettent de grouper sur son candidat à la présidence les voix des riches planteurs sudistes et esclavagistes, celles des ouvriers et des syndicalistes du Nord, mécontents de leurs bas salaires ou du chômage, et celles des fermiers de l'Ouest ; ceux-ci, conscients d'ailleurs du fossé qui les sépare normalement des démocrates, constituent, par alliance du mouvement des Grangers avec les Knights of Labor, le parti populiste, qui présente un candidat à la présidence en 1892 et un seulement à la vice-présidence en 1896, les démocrates ayant alors repris à leur compte une partie de son programme (frappe libre de l'argent, contrôle des trusts, impôt progressif sur le revenu). Finalement, ces circonstances exceptionnelles ne sont réunies qu'en 1884 et en 1892, quand, à deux reprises, Cleveland est élu à la présidence. Mais Cleveland se refuse à pratiquer une politique partisane ; sur le plan social, il tente de résoudre les grèves de 1885 par la création d'une commission fédérale, et il réprime par la force celle des usines Pullman à Chicago (1894), deux décisions contraires à la doctrine démocrate. Sur le plan financier, il n'hésite pas, pour arrêter l'inflation, à faire voter l'abrogation de la loi de 1890 sur les achats d'argent (1893), à reconstituer la réserve d'or grâce à un appel aux banques (1895) et à la création d'un impôt de 2 % sur les revenus supérieurs à 4 000 dollars, impôt d'ailleurs rejeté par la Cour suprême ; enfin, il fait procéder à une enquête générale sur les tarifs discriminatoires pratiqués par les chemins de fer, mais ne peut empêcher le Congrès démocrate de voter le tarif Wilson-Gorman (1894), qui, tout en abaissant en général les droits de douane, en crée de nouveaux sur le sucre, pour satisfaire les planteurs sudistes ; cette mesure déconsidère le parti démocrate, qui a, d'autre part, perdu de nombreux appuis du fait de la politique impopulaire de Cleveland.
Les campagnes de Josiah Strong, de J. Burgess (1890), l'apologie du rôle de la puissance navale dans l'histoire par A. Mahan (1890) trouvent un écho décisif vers la fin du siècle, à l'époque où les États-Unis deviennent exportateurs de produits finis. Fidèles à l'anticolonialisme doctrinal, les États-Unis usent d'un impérialisme à forme économique (la « diplomatie du dollar »), même avec le démocrate Wilson. Certains événements antérieurs à la guerre de Sécession sont révélateurs de ce caractère particulier de l'impérialisme américain : acquisitions de bénéfices en Chine (traité de Wanghia, 1844) ; démonstration de force dans la baie de Edo (Tokyo) [1853] et signature par le commodore Perry du traité nippo-américain, qui ouvre au commerce des États-Unis des ports japonais (1854) ; visées sur Cuba, précisées par la déclaration d'Ostende (1854). Pourtant, à partir de 1867, se manifeste nettement une volonté d'expansion territoriale, avec l'achat de l'Alaska à la Russie et avec l'installation, en 1878, aux Samoa, partagée avec l'Angleterre et l'Allemagne en 1889, puis avec l'Allemagne seule (1898). Sous l'impulsion de Theodore Roosevelt, secrétaire adjoint à la Marine de McKinley, une politique d'expansion territoriale est entreprise à partir de 1897 : guerre hispano-américaine s'achevant par la reconnaissance de l'indépendance de Cuba, l'annexion de Guam et de Porto Rico et, contre 20 millions de dollars, des Philippines (traité de Paris, 10 décembre 1898) ; tutelle imposée à Cuba (vote de l'amendement Platt, juin 1901) ; contrôle économique de Saint-Domingue (1905) ; occupation de Haïti (1915) ; achat au Danemark des îles de la Vierge dans les Antilles (1917), ce qui assure aux États-Unis le contrôle absolu du golfe du Mexique ; appui à la sécession de Panamá d'avec la Colombie (1903), pour acquérir la zone du canal (celui-ci sera ouvert à la navigation en 1914) ; intervention militaire au Mexique (1914) ; politique d'arbitrage en Amérique du Sud (politique du big stick, définie par Roosevelt en 1904 : les États-Unis se chargent de maintenir l'ordre dans les républiques latino-américaines ; mais, en conséquence, les puissances européennes ne se mêleront pas des affaires du continent américain) ; pression sur le Japon pour lui faire respecter les nouveaux territoires américains du Pacifique et l'amener à la modération après sa victoire en Mandchourie (traité de Portsmouth, 1905) ; intérêt porté aux affaires marocaines (conférence d'Algésiras, 1906), et participation à la conférence de la paix de La Haye (1907).
La politique intérieure est marquée d'abord par les incidents qui éclatent en Californie contre l'immigration japonaise, encore tolérée, alors que celle des Chinois est interdite depuis 1882. Mais le fait le plus important de cette période, dominée par la personnalité du président Theodore Roosevelt, est le renforcement par celui-ci des prérogatives du gouvernement fédéral, qui intervient en matières agricole (constitution de réserves forestières et de réserves d'eau en vue de l'irrigation future, 1902), sociale (prise en charge par l'autorité militaire des mines de charbon lors de la grève de 1902) et économique (mesures judiciaires contre vingt-cinq trusts).
Mais son successeur, Taft, ayant approuvé le tarif Payne-Aldrich (1909), qui renforce le protectionnisme douanier, se heurte à la minorité républicaine des insurgents dirigés par le sénateur La Follette ; Theodore Roosevelt en prend la direction et constitue, le 5 août 1912, un nouveau parti progressiste, doté d'un programme particulièrement réformiste, qui lui vaut un nombre de voix supérieur à celui de Taft, mais ne lui permet pas de reprendre la présidence. À celle-ci accède le démocrate Wilson, qui bénéficie de la division des républicains et qui fera voter les 16e (1913), 17e (1913) et 19e (1919) amendements, autorisant la création de l'impôt sur le revenu, l'élection des sénateurs au suffrage universel et l'octroi du droit de vote aux femmes ; ainsi sera réalisé le programme progressiste.
À la veille de la Première Guerre mondiale, les États-Unis sont devenus l'une des premières puissances économiques mondiales. Leur population s'accroît à un rythme tellement rapide que le Congrès, craignant que le melting pot ne puisse fonctionner normalement, décide d'interdire l'entrée de l'Union aux illettrés, afin d'éliminer surtout les Latins et les Slaves, dont la présence risque de briser l'unité du pays. Quand la Grande Guerre éclate, en août 1914, le gouvernement fédéral, fidèle à la vieille tradition de neutralité définie par Monroe, ne songe pas à y participer.
Le retrait des capitaux européens et la réduction des achats allemands (blocus) sèment l'inquiétude ; les banques américaines sont autorisées à ouvrir des crédits (24 octobre 1914) : la neutralité américaine cesse d'être impartiale puisque l'Union devient fournisseur et créancier d'un seul camp ; entre 1914 et 1916, la valeur de ses exportations double presque et l'excédent de sa balance commerciale quadruple. C'est un « boom » sans précédent, qui annonce le déclin de l'Europe.
Wilson, à peine réélu, reçoit une note allemande (31 janvier 1917) l'avisant de la mise en état de blocus des côtes alliées et de la volonté allemande de poursuivre la guerre sous-marine sans limites. L'Union riposte à ce qu'elle considère comme une violation des droits des neutres par la rupture des relations diplomatiques et l'armement de ses navires de commerce (26 février) ; à la suite du télégramme Zimmermann (19 janvier 1917) et du torpillage du steamer Vigilentia (19 mars 1917), le Congrès déclare la guerre à l'Allemagne (6 avril). La coalition antiallemande, épuisée par la guerre sous-marine, reçoit l'appoint inestimable de la flotte, puis des armées des États-Unis, où le service militaire obligatoire (18 mai) permet d'escompter un million de combattants en 1918. (Première Guerre mondiale)
En n'adhérant pas au pacte de Londres de septembre 1914, les États-Unis indiquaient qu'ils donnaient à la guerre un but différent de celui de leurs alliés. Ils entendaient poursuivre l'anéantissement du militarisme prussien, non d'une Allemagne libérale. Les « quatorze points » de Wilson (8 janvier 1918) exposent le désir américain de paix par la condamnation de la diplomatie secrète, des armements, des barrières économiques, le droit des nationalités, l'égalité entre États garantie par une Société des Nations.
Mais, lorsque le président propose au soixante-quatrième Congrès républicain de ratifier le traité de Versailles, auquel le « Covenant » de la SDN a été incorporé, l'opposition républicaine et isolationniste se déchaîne contre l'article 10 du pacte de la SDN (garantie de l'indépendance politique et de la souveraineté territoriale des États membres) et obtient le rejet du traité au Sénat (19 novembre 1919).
Se tenant hors de la SDN, les États-Unis se contentent d'envoyer des observateurs dans les grandes conférences internationales de l'après-guerre (Washington, 1921 ; Londres, 1930) et doivent signer avec l'Allemagne un traité de paix séparé (1921).
Sous la pression de milieux chauvins, les États-Unis se ferment à l'immigration européenne (loi de 1921, aggravée par les quotas de 1924), voire à la pensée européenne, également suspecte d'anarchisme (exécution de Sacco et Vanzetti, 1927) et de communisme ; hostilité au catholicisme et puritanisme conformiste progressent parallèlement (législation antialcoolique de 1919) ; la tradition protectionniste est réaffirmée avec éclat. Le « Great Old Party » (républicain) conserve la Maison-Blanche de 1921 à 1933. Entre 1920 et 1929, la production de l'acier progresse de 70 %, celle des produits chimiques de 94 %, du pétrole de 156 %, de l'industrie automobile de 255 % ; le revenu national passe alors de 56,5 milliards de dollars à 87 milliards. Mais les fermiers font figure de laissés-pour-compte. Depuis 1920, l'Europe satisfait la plus grande partie de ses besoins, et les prix agricoles aux États-Unis baissent. Les droits de douane gênent les exportations. Ne pouvant faire face aux échéances, accablés d'impôts, les fermiers doivent laisser 5 millions d'hectares retourner en friche. Le gouvernement refuse de tenir le rôle de régulateur de la vie économique. Il laisse se développer la spéculation boursière ; à toute demande de moyens monétaires plus importants, il impose le dogme de l'étalon-or. Il élève encore les barrières douanières, privant l'industrie de débouchés extérieurs.
À l'extérieur, le maintien des forces armées à Saint-Domingue jusqu'en 1924, au Nicaragua jusqu'en 1933, d'une part, les clauses du « traité Gondra » (1923), affirmant la compétence d'une commission interaméricaine pour régler les litiges en Amérique du Sud, d'autre part, prouvent que l'isolationnisme officiel est relatif ; il n'empêche pas d'ailleurs les États-Unis de participer aux négociations financières qui suivent la guerre (plans Dawes et Young).
À la fin de 1929 éclate une crise économique sans précédent, causée par la surproduction, qui sature le marché, et par l'abus de la spéculation boursière, qui fait monter artificiellement les cours. Le krach de Wall Street (à partir du 24 octobre 1929) inaugure la crise par l'effondrement des cours, qui se répercute sur l'industrie (baisse des achats), dont l'indice de production passe de 120 à 57 entre 1929 et 1932, et sur l'agriculture (récolte déficitaire de 1930). L'extension du chômage (13 millions de chômeurs en 1933), la ruine des petits porteurs et les excès communs aux périodes de troubles incitent les électeurs à changer le parti au pouvoir et donnent au démocrate F. D. Roosevelt une majorité de 7 millions de voix (8 novembre 1932). Conseillé par un groupe de jeunes intellectuels techniciens, le « Brain Trust » (Cordell Hull aux Affaires étrangères, Harold Ickes à l'Intérieur, Henry Wallace à l'Agriculture, Morgenthau au Trésor), et par le financier Bernard Baruch, Roosevelt entreprend la réorganisation générale de l'économie ; ainsi débute l'ère du New Deal (« la Nouvelle Donne »). Il proclame un moratoire national, qui permet aux banques de reprendre leur activité (mars 1933), abandonne l'étalon-or (avril 1933), achète de l'argent, dévalue le dollar de 40 %, ce qui permet de restaurer l'économie et d'enrayer l'afflux des importations ; un programme de travaux organisé par l'État doit, en outre, assurer la résorption du chômage, tandis que, grâce au Federal Emergency Relief Act, les sans-travail reçoivent une allocation officielle. De plus, l'Agricultural Adjustment Act (AAA) [12 mai], organisant le crédit agricole, laisse prévoir une revalorisation des prix agricoles par diminution des emblavures, et le National Industrial Recovery Act (16 juin), visant à imposer une discipline corporative, invite les patrons à améliorer la situation de l'ouvrier en augmentant les salaires et en multipliant les emplois par fixation d'un maximum d'heures de travail. Malgré l'opposition ouvrière et celle des milieux d'affaires, puis de la Cour suprême, qui déclare nulles les mesures du New Deal comme contraires aux libertés garanties par la Constitution (1935 -1936), Roosevelt ne cède pas et entraîne derrière lui le pays, qui le réélit en 1936.
Les États-Unis prennent une part plus importante aux affaires mondiales ; abandonnant la diplomatie du dollar et du « gros bâton » (big stick), ils évacuent le Nicaragua (1933), Haïti (1934), promettent l'indépendance aux Philippins (1934) et abrogent leur droit d'intervention permanent à Cuba. Cependant, ils se cantonnent dans leur politique isolationniste (Neutrality Act, août 1935), à l'égard de l'Europe menacée par le totalitarisme, quoiqu'ils décident (30 avril 1937) de vendre des armes contre paiement comptant et transport par l'acheteur (cash and carry), mesure qui avantage en fait les démocraties, et bien que Roosevelt ait stigmatisé l'ambition des dictatures (discours de Chicago, octobre 1937).
Ce n'est qu'après la fulgurante victoire allemande, qui provoque la rencontre Roosevelt-Churchill (août 1941), d'où sort la charte de l'Atlantique (14 août), et surtout après l'attaque japonaise sur les bases américaines du Pacifique, notamment sur Pearl Harbor (7 décembre 1941), que les États-Unis sortent de leur torpeur. Ayant déjà livré 50 destroyers à la Grande-Bretagne, ils mettent sur pied la loi du prêt-bail (mars 1941) et deviennent l'arsenal de la coalition anti-hitlérienne.
Roosevelt, réélu pour un troisième mandat (novembre 1940), entend mener la lutte contre toutes les dictatures. À la demande de la Grande-Bretagne, il décide d'accorder la priorité au théâtre d'opérations européen. La période des revers passée (1942), la machine de guerre américaine équipe à un rythme de plus en plus accéléré les armées des États-Unis, constituées rapidement, et celles de leurs alliés ; les usines, construites par centaines, travaillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, fournissent en matériel les troupes qui luttent victorieusement en Afrique du Nord (débarquement de novembre 1942), en Italie (1943), puis en France (débarquement de Normandie, 6 juin 1944), jusqu'à la capitulation sans condition de l'ennemi (8 mai 1945). Roosevelt, qui avait rencontré Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek) et Churchill au Caire, Churchill et les généraux de Gaulle et Giraud à Casablanca (janvier 1943), Staline et Churchill à Téhéran (novembre-décembre 1943), puis à Yalta (février 1945), tant pour coordonner les opérations militaires que pour jeter les bases de la réorganisation politique de l'Europe, meurt le 12 avril, après une quatrième élection exceptionnelle et triomphale, quelques semaines avant la capitulation complète de l'Allemagne, et quelques mois avant celle du Japon (2 septembre 1945). [→ Seconde Guerre mondiale.]
Harry Truman, successeur de F. D. Roosevelt, est appelé à prendre de lourdes responsabilités pour achever la guerre (utilisation de la bombe atomique) et pour faire face aux problèmes posés par l'effondrement des puissances de l'Axe : occupation de l'Allemagne et du Japon, réorganisation politique du monde selon les principes démocratiques (Charte de San Francisco, qui jette les bases de l'ONU, 26 juin 1945), remise en ordre des économies des pays vaincus et même alliés, pour enrayer la poussée du communisme international. L'aide économique promise par Truman (discours du 12 mars 1947), et réalisée par des prêts de la banque « Import Export », et surtout par le plan Marshall (discours de Harvard, 5 juin 1947), facilite le retour de l'Europe occidentale à une économie du temps de paix. Mais, n'ayant pu arrêter la guerre froide ni empêcher la création de nouveaux régimes de démocratie populaire (coup de Prague, 1948 ; blocus de Berlin, 1948), les États-Unis décident d'organiser la défense du monde non communiste en créant un système d'alliances militaires dont ils sont la cheville ouvrière : pacte de l'Atlantique Nord (OTAN) du 4 avril 1949, consolidé par l'envoi de troupes en Europe. Les échecs subis en Asie (triomphe du régime communisme en Chine, 1949 ; guerre de Corée, 1950-1953) les contraignent à signer de nouveaux accords avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande (pacte du Pacifique, ou ANZUS, septembre 1951), avec l'Asie du Sud-Est (OTASE, 8 septembre 1954), et de l'Est (pacte nippo-américain de sécurité, consécutif au traité de paix, 8 septembre 1951), même à soutenir ceux du pacte de Bagdad (1957). Ainsi se trouve nouée une chaîne d'alliances enserrant le monde communiste ; les bases militaires (plus d'une centaine) créées à la périphérie de celui-ci, la couverture aérienne assurée souvent vingt-quatre heures sur vingt-quatre par les bombardiers atomiques du Strategic Air Command, la présence permanente des VIe (Méditerranée) et VIIe (détroit de Formose) flottes assurent la protection des points les plus névralgiques. Cet appareil guerrier et coûteux ne leur permettant pas de pallier les risques de subversion intérieurs, les États-Unis ont dû, en outre, accorder (point IV de la doctrine Truman) une aide financière très substantielle aux pays sous-développés, qui ne leur assure pas toujours l'amitié des pays bénéficiaires (difficultés avec certains États d'Amérique latine et surtout du Proche-Orient), mais qu'ils doivent poursuivre pour contrebalancer l'influence soviétique.
Les États-Unis, où la crainte du communisme a abouti au maccarthysme et à un filtrage très sévère des immigrants, ont adopté la politique « dure » du secrétaire d'État de Dwight David Eisenhower (président de 1953 à 1961), John Foster Dulles. Mais celle-ci échoue, et l'Amérique doit accepter le partage de la Corée (1953) et du Viêt Nam (1954). Cependant, après la mort de Staline (1953), et avec Khrouchtchev, une relative détente s'instaure. Mais la coexistence pacifique est fragile, et, en mai 1960, la conférence de Paris est un échec.
La difficile mais décisive victoire remportée le 8 novembre 1960 par le parti démocrate avec l'élection de son candidat John Fitzgerald Kennedy à la présidence s'explique par un ensemble de circonstances particulièrement défavorables au parti républicain sur le quadruple plan économique (récession de 1960-1961), politique (ségrégation raciale dans le Sud, crise de l'alliance occidentale provoquée en partie par l'affaire de Suez dès 1956), militaire (retard pris par l'industrie américaine de l'espace par rapport à la soviétique) et institutionnel (l'amendement de 1951, qui interdit à Eisenhower de briguer un troisième mandat présidentiel). En outre, son catholicisme et le choix du Texan Lyndon Baines Johnson comme candidat à la vice-présidence assurent à Kennedy le vote de 80 % de ses coreligionnaires et celui de la grande majorité des Sudistes, ainsi que l'appui de tous les cadres du parti démocrate.
Ne disposant néanmoins que d'une très faible majorité (113 000 voix, soit 0,15 % des 68 832 000 électeurs qui ont exprimé leur suffrage), Kennedy, pour assurer son autorité, doit faire preuve d'audace et d'autorité avec l'aide d'une administration rajeunie, dirigée par des universitaires dynamiques.
Cette action s'inscrit dans le cadre d'un programme qui vise à redonner aux Américains une mentalité de pionniers et dont il a défini les grandes lignes dans le discours prononcé après son investiture par le parti démocrate, le 13 juillet 1960 : c'est la « Nouvelle Frontière », celle au-delà de laquelle doivent être définitivement rejetées la faim, l'ignorance, l'injustice et la guerre, leur fruit naturel, par une lutte qui doit être menée aussi bien à l'intérieur du territoire des États-Unis, dont la pauvreté et la misère ne sont pas absentes, qu'en dehors des États-Unis, où les deux tiers des hommes ne mangent pas à leur faim. Ces thèmes seront en grande partie ceux mêmes du programme dit « de la Grande Société », qui sera celui de Lyndon Baines Johnson après son accession, le 22 novembre 1963, à la présidence des États-Unis à la suite de l'assassinat à Dallas de John Fitzgerald Kennedy. Aux élections présidentielles du 3 novembre 1964, L. B. Johnson est élu à une forte majorité (61 % des voix, contre 39 % au candidat républicain Barry Goldwater).
Pour que ce programme soit mené à bien, il faut, au préalable, briser la récession et relancer l'expansion. Kennedy, contrairement aux républicains, préfère les remèdes fiscaux et budgétaires aux remèdes monétaires, afin de relancer les investissements et la consommation. Sur le premier point, le Revenue Act de 1962 et la loi complémentaire de février 1964 accordent des allègements fiscaux aux entreprises au triple titre de l'amortissement, de l'investissement et de la recherche scientifique et expérimentale. Sur le second point, par suite de l'opposition du Congrès, ce n'est qu'en octobre 1963 que Kennedy peut faire déposer et qu'au début de 1964 que Johnson peut faire accepter une double réduction de l'impôt personnel et de l'impôt sur les sociétés. Aussi, dès décembre 1964, les dépenses de consommation augmentent-elles de 13 milliards de dollars et les investissements individuels de 5 milliards.
Par ailleurs, le budget est appelé à contribuer à la relance de la consommation grâce à une forte augmentation des dépenses fédérales ; d'abord, dans le domaine purement militaire de l'armement classique et, surtout, des études aérospatiales sous l'impulsion de la NASA. Aux dépenses de défense nationale s'ajoutent à partir de 1965 d'importantes dépenses sociales.
Enfin, une politique monétaire d'accompagnement freine la fuite des capitaux à l'étranger (hausse de 2,3 % en 1961 à 3,5 % en 1964 du taux de l'intérêt à court terme des bons du Trésor à trois mois). Cette politique met ces capitaux à la disposition des entreprises américaines par simple abaissement du taux de réserve des banques, réduit, pour les dépôts à terme, à 5 % dès septembre 1960 et à 4 % en octobre 1962 ; le gouvernement augmente encore les liquidités disponibles en recourant à la pratique de l'Open Market par rachat par le Federal Reserve Board de fonds d'État pour 1,850 milliard de dollars en 1960 et 8 milliards de dollars de 1961 à 1964 inclus. Cette politique assure l'expansion du pays dans la stabilité.
Afin de porter remède aux difficultés des catégories sociales les plus défavorisées, le gouvernement démocrate pratique une triple politique de soutien des prix, d'ajustement de l'offre à la demande et d'aide à l'exportation. L'ensemble de son œuvre législative est couronné par l'Economic Opportunity Act du 20 août 1964 (« loi contre la pauvreté »).
Pour régler, au moins partiellement, le problème noir, qui s'aggrave constamment et provoque des mouvements divers tels que la Southern Christian Leadership Conference (SCLC), fondée en 1957 par le pasteur baptiste Martin Luther King, le Congrès vote et le président signe le 2 juillet 1964 la loi sur les droits civiques, qui interdit toute discrimination en matière électorale, dans les établissements publics et en matière d'emploi, les États récalcitrants étant automatiquement privés des crédits fédéraux.
Cette loi n'empêche pas les Noirs de s'orienter de plus en plus sur la voie du séparatisme, celle que prêchent les Black Muslims de Elijah Muhammad et les membres de l'Organisation de l'unité afro-américaine, fondée en 1964 par Malcolm X, peu avant son assassinat le 21 février 1965. Ces mouvements séparatistes voient leur action renforcée par la misère générale de leurs frères de couleur et orientée vers la violence par le mot d'ordre de « black power », lancé en 1966 par Stokely Carmichael. La tension, qui débouche sur des incidents de plus en plus graves, allant des émeutes de Harlem (juillet 1964) et de Watts à Los Angeles (août 1965) jusqu'à la véritable insurrection des Noirs de Detroit et du Michigan (juillet 1967), semble remettre en cause l'unité de la nation. Enfin, l'assassinat, à Memphis, de Martin Luther King (avril 1968) provoque des violences dans de nombreuses villes américaines. Mais cet événement contribue à l'adoption d'une loi interdisant la ségrégation raciale dans l'habitat et à l'élaboration de mesures pour lutter contre la ségrégation scolaire.
Appuyée sur une puissance militaire accrue, la diplomatie américaine s'efforce de limiter l'expansion du communisme international tout en sauvegardant la coexistence pacifique, seul point sur lequel Kennedy et Khrouchtchev semblent être tombés d'accord lors de leur rencontre à Vienne en juin 1961. Sans doute l'administration démocrate subit-elle un grave échec lorsqu'elle se révèle incapable de sauver les 2 000 réfugiés cubains qui ont tenté avec son approbation de renverser le régime de Fidel Castro (débarquement de la baie des Cochons, 17 avril 1961). Mais, sous l'impulsion de Kennedy, elle s'oppose à toute remise en cause de l'équilibre des forces mondiales, même lorsque Khrouchtchev brandit la menace nucléaire (reprise des expériences nucléaires soviétiques le 31 août 1961 et américaines en mai 1962).
C'est d'ailleurs dans cette atmosphère explosive que Kennedy réussit à maintenir la liberté d'accès des Occidentaux à l'ancienne capitale du Reich lorsque l'URSS décide d'autoriser l'Allemagne orientale à fermer ses frontières (13 août 1961) et à entreprendre presque aussitôt la construction du mur de Berlin. Mais c'est un échec encore plus grave qu'il inflige à l'URSS en octobre 1962. Au terme de la crise marquée par l'installation à Cuba de bases soviétiques de missiles à tête nucléaire dirigées contre le territoire des États-Unis (juillet-octobre 1962), Kennedy réussit, en effet, à contraindre Khrouchtchev à retirer de l'île, le 28 octobre, ses armes de destruction massive.
Un second facteur de la politique économique mondiale des États-Unis est la nécessité d'assurer à l'économie américaine les débouchés extérieurs qui seuls peuvent lui éviter le fléau de la surproduction et le chômage. Cette politique repose sur trois bases essentielles : l'aide à l'étranger, le développement des exportations commerciales et la multiplication des investissements à l'étranger.
Cependant, l'antiaméricanisme s'amplifie dans le monde, se manifestant au Japon lors du renouvellement du traité de sécurité en 1960, s'étendant en même temps à l'Amérique latine (voyage très difficile du vice-président Nixon en 1958), pour gagner finalement l'Europe, où des manifestations hostiles au vice-président Humphrey ont lieu lors de son voyage en avril 1967. L'une des causes principales en est le Viêt Nam où les États-Unis entretiennent un nombre croissant de soldats. Englués au Viêt Nam dans un conflit sur lequel l'opinion est très partagée (opposition des colombes et des faucons), les États-Unis sont amenés à pratiquer un interventionnisme de plus en plus évident dans tous les pays d'Asie du Sud-Est (Thaïlande, Laos), afin de mieux juguler l'expansion de la Chine. Contraints par là même à réduire leur engagement en Europe (fermeture de 160 bases militaires), incapable d'empêcher l'installation de l'URSS dans le Proche-Orient après la troisième guerre israélo-arabe de juin 1967, contestés dans leur leadership sur l'Alliance atlantique et le monde occidental, menacés de désintégration interne par le mécontentement croissant à l'encontre de la guerre du Viêt Nam et par la révolte noire, affaiblis, enfin, par le déficit de leur balance des paiements, les États-Unis, malgré leur exceptionnelle prospérité économique, sont aux prises avec de redoutables problèmes. Le 31 mars, le président Johnson annonce à la fois son renoncement à une nouvelle candidature et son désir d'entamer avec le Viêt Nam du Nord des pourparlers visant à une « désescalade » de la guerre : des conversations préliminaires commencent effectivement à Paris, en mai. La campagne présidentielle est marquée par l'affrontement, au sein du parti démocrate, d'Eugen McCarthy, de Robert Kennedy et de H. H. Humphrey, et, au sein du parti républicain, par les candidatures de Richard Nixon et de Nelson Rockefeller. Mais l'assassinat de R. Kennedy (6 juin 1968) bouleverse les données de l'élection présidentielle.
C'est finalement le républicain Richard Nixon qui l'emporte le 5 novembre 1968, mais avec à peine 500 000 voix de plus que le démocrate H. Humphrey sur 73 millions de votants. Si les républicains gagnent les élections avec 43,4 % des voix, les démocrates conservent cependant la majorité dans les deux Chambres.
Le nouveau président est affronté au problème noir. Tout en s'opposant à l'agitation provoquée par les Black Panthers, il crée, en mars 1969, l'Office of Minority Business Enterprise, qui a pour but d'encourager l'activité commerciale des minorités. Face à la pauvreté d'une masse croissante d'Américains, il étend le programme d'aide alimentaire gratuit aux Américains les plus déshérités.
Mais cette politique est gênée par les difficultés économiques. Dès le début de sa présidence, R. Nixon doit lutter contre l'inflation. Il engage avec les travailleurs une épreuve de force pour éviter une crise inflationniste. Le chômage augmente en conséquence, passant de 5,5 % en septembre 1970 à 6,2 % en mai 1971. Pour remédier à cet état de choses, le président propose en 1971 un budget expansionniste. Il refuse à la fois un contrôle des prix et des salaires et le retour à tout protectionnisme, demandé par le Congrès, qui atteindrait le commerce international.
Le budget militaire nécessité par la guerre du Viêt Nam contribue à aggraver les difficultés économiques des États-Unis. Le président Nixon a été élu dans l'espoir qu'il mettrait rapidement fin à l'engagement américain. En mai 1969, il définit sa position, qui repose sur deux principes essentiels : le retrait mutuel des troupes étrangères engagées au Viêt Nam du Sud et l'autodétermination du peuple sud-vietnamien. Le président compte sur la « vietnamisation » du conflit, c'est-à-dire sur le renforcement de l'armée du Sud afin qu'elle assure seule la défense sur le terrain, avec l'aide stratégique de l'aviation américaine.
En mars 1972, une grande offensive des forces de Hanoi et du FNL, en infligeant de graves défaites aux troupes sud-vietnamiennes, illustre l'échec de la vietnamisation prônée par Nixon. Celui-ci instaure une « ligne dure » (minage du port de Haiphong et blocus du Viêt Nam du Nord en mai). Le président, à quelques mois des élections, doit cependant sortir de l'impasse. Il annonce le retrait de contingents supplémentaires et, par l'entremise de Henry Kissinger, nommé en décembre 1968 conseiller spécial pour la sécurité nationale, il reprend les pourparlers avec le Viêt Nam du Nord. L'accord sur le cessez-le-feu est près d'être signé en octobre 1972, mais, le 18 décembre, les raids de bombardements américains reprennent. Après une rupture des négociations et la suspension des attaques aériennes le 30 décembre, les discussions sont rouvertes le 8 janvier 1973 et aboutissent à un accord de cessez-le-feu signé à Paris le 27 janvier. Le 15 août 1973, les États-Unis interrompent leurs raids aériens sur le Cambodge.
L'élément le plus spectaculaire de la politique étrangère de Richard Nixon est le rapprochement avec la Chine. Le dialogue entre les deux pays est renoué à partir de février 1969. En décembre de la même année, le gouvernement américain relâche certaines mesures qui pesaient sur le commerce avec la République populaire de Chine depuis 1950. En mars 1971, le département d'État annonce la levée des restrictions sur les voyages des citoyens américains à destination de la Chine populaire. En août, le secrétaire d'État William Rogers annonce que les États-Unis ne s'opposeront pas à l'admission de la Chine à l'ONU. La rencontre au sommet Nixon-Mao Zedong a lieu à Pékin en février 1972.
Cette nouvelle orientation de la politique américaine a des répercussions sur les rapports que les États-Unis entretiennent avec d'autres puissances, et principalement avec l'URSS. Nixon se rend à Moscou en mai 1972. Un accord sur la coopération spatiale et un traité sur la coopération scientifique et technique y sont signés. Le voyage de Brejnev aux États-Unis (juin 1973) se conclut par un accord sur la prévention de la guerre nucléaire. En septembre 1974, les États-Unis et la RDA établissent des relations diplomatiques.
Le 15 mai 1972, après vingt-sept ans d'occupation américaine, Okinawa et les îles Ryukyu sont restituées au Japon, qui en réclamait la rétrocession depuis 1969. Mais un contentieux économique pèse encore sur les relations nippo-américaines, que l'entrevue entre Hirohito et Nixon en Alaska, en 1971, n'a pas suffi à dissiper.
Aux élections présidentielles de 1972, les républicains font réélire R. Nixon avec plus de 60 % des suffrages, le 7 novembre 1972, contre le sénateur George McGovern. Cependant, le parti républicain reste minoritaire dans les deux Chambres et perd même encore deux sièges au Sénat.
Mais, en mai 1973, éclate le scandale du Watergate, où de hautes personnalités gouvernementales, touchant de près à la Maison-Blanche, sont mises en cause. De plus, en octobre 1973, le vice-président Spiro Agnew, sur lequel pèsent des charges de corruption et de trafic d'influence, est amené à démissionner. Il est remplacé par Gerald Ford, chef du groupe des républicains à la Chambre des représentants.
L'enquête sur le Watergate établit progressivement la responsabilité du président Nixon, qui démissionne (8 août 1974). Gerald Ford lui succède et nomme Nelson Rockefeller comme vice-président.
Ce ne sera qu'un simple intermède. Le nouveau président conserve, pour l'essentiel, les responsables politiques mis en place par Nixon, et notamment Henry Kissinger. Mais le président est critiqué, sur sa droite, par tous ceux qui s'inquiètent d'une politique de coexistence avec l'Union soviétique, qu'ils estiment dangereuse (le Viêt Nam du Sud est tombé, en avril 1975, aux mains des communistes, le Cambodge passe sous l'autorité des Khmers rouges à la même date, et l'Angola est soutenu par les Soviétiques). Sur sa gauche, il subit les attaques de tous ceux qui lui reprochent d'avoir pardonné à l'ancien président Nixon, sans qu'un procès ait véritablement établi les responsabilités relatives au Watergate. Et de nombreux Américains ne se résignent pas à accepter un président qui a été élu ni pour accéder à la magistrature suprême ni même pour devenir vice-président. Les élections législatives de 1974 ont été un triomphe pour les démocrates.
Pourtant, si Ford est battu aux élections présidentielles de 1976, ce n'est pas par une majorité écrasante : il a obtenu 48 % des suffrages populaires, soit 240 mandats au collège électoral. Son adversaire est un nouveau venu, Jimmy Carter, qui a fait campagne contre la corruption de Washington et en faveur d'un programme libéral. Carter a recueilli 50 % des suffrages populaires et 297 mandats au collège électoral. Sa victoire témoigne d'une nette volonté de changement. Pourtant, sa présidence sera jugée comme un échec, et il verra sa cote de confiance baisser régulièrement à travers les sondages. Les Américains sont de plus en plus nombreux à rejeter l'intervention fédérale dans le domaine économique et social, tout en souhaitant que leurs problèmes principaux soient réglés par Washington ou par les gouvernements d'États. Les partis politiques eux-mêmes traversent une période de déclin. De plus, des associations à but unique (single-issue groups) font pression sur les candidats, dans des sens opposés, et suscitent plus d'enthousiasme que les partis traditionnels. Le Congrès se compose d'hommes politiques qui ne doivent rien, ou doivent peu, aux partis. Ils sont, eux aussi, élus grâce aux mass media. Et, à ce titre, ils ne se sentent pas liés par leur affiliation à tel ou tel parti, fût-il celui du président. En conséquence, les relations entre l'exécutif et le législatif sont illustrées par d'interminables luttes, et le programme législatif du président en sort défiguré, si ce n'est annihilé.
Toutefois, sur le plan de la politique étrangère, Carter remporte quelques succès. Il tiendra sa promesse : sous sa présidence, aucun soldat américain ne sera engagé dans une guerre. Il parvient à signer, avec le président égyptien Sadate et le Premier ministre israélien Begin, les accords de Camp David (septembre 1978). Mais il ne peut attirer dans la négociation les autres pays arabes. D'autre part, la politique de détente qu'il préconise ne donne pas des résultats convaincants, et son désir affirmé de défendre les droits de l'homme partout dans le monde n'a guère d'effets. Certes, Carter mène à bien la négociation avec l'URSS sur la limitation des armements stratégiques, et signe en 1979 l'accord SALT II. Mais cet accord ne sera pas présenté pour ratification devant le Congrès, à la suite de l'intervention soviétique en Afghanistan (décembre 1979). Enfin, l'affaire de la prise d'otages à Téhéran dans l'ambassade des États-Unis (4 novembre 1979) souligne les faiblesses de la politique du président.
Sur le plan de la politique intérieure, au début de 1980, Carter propose un véritable plan de lutte contre l'inflation, mais une majorité au Congrès s'y oppose. Il ne peut davantage tenir sa promesse de procéder à une réforme fiscale, de réajuster le salaire minimum ou de diminuer le déficit budgétaire. L'inflation persiste et le taux de chômage reste particulièrement inquiétant (aux environs de 7,7 %). Ce sont les Noirs, les jeunes, les femmes, les ouvriers peu qualifiés qui sont touchés les premiers. L'industrie automobile subit les assauts de la concurrence japonaise et européenne, et pâtit de la volonté d'économiser l'essence et de la réduction des revenus disponibles. Cependant, Carter ne connaît pas que des échecs. Il inaugure une politique de restrictions dans la consommation de pétrole, énonce des propositions dans le domaine de l'environnement et favorise une réforme des tarifs routiers et ferroviaires.
Attaqué de toutes parts, lâché par bon nombre des membres de son parti, le président Carter échoue aux élections de novembre 1980, face au républicain Ronald Wilson Reagan. Il obtient 41 % des voix populaires et seulement 49 mandats de grands électeurs. Son adversaire est élu avec 51 % des voix populaires et 489 mandats de grands électeurs. Bien plus, les républicains ont la majorité au Sénat et améliorent notablement leurs positions.
L'élection de l'ancien gouverneur de Californie confirme le rejet par les classes moyennes du projet de la « Grande Société » repris par les successeurs de L. B. Johnson et le déplacement du centre de gravité du pays vers les « terres d'espace et de liberté », hostiles aux pouvoirs du gouvernement fédéral. Quatre ans plus tard, dans un climat de croissance et de leadership retrouvés, le président sortant est réélu avec près de 60 % des suffrages et 16,8 millions de voix d'avance sur son adversaire démocrate, Walter Mondale. Preuve que ce triomphe est moins la victoire d'un parti que le succès d'un homme et de sa politique, les démocrates dominent toujours la Chambre des représentants, les républicains conservant le Sénat.
Quand R. Reagan arrive au pouvoir, l'économie américaine s'enlise dans la stagflation : l'inflation dépasse 10 %, le revenu national s'essouffle, la productivité fait du sur-place, le chômage augmente. Son programme économique prend le contre-pied des politiques précédentes d'inspiration keynésienne (soutien à la consommation par une redistribution des revenus) et donne résolument la priorité à la production et aux entreprises, privilégiant les initiatives individuelles. Partant de l'idée que la place de l'État et le poids des impôts freinent l'activité des entrepreneurs, il prévoit d'alléger sensiblement la pression fiscale et de réduire les dépenses publiques (coupes claires dans les programmes sociaux). L'administration entend par ailleurs démanteler une bonne partie des réglementations jugées trop contraignantes pour les entreprises – quitte à engager un bras de fer avec les syndicats (licenciement des 13 000 contrôleurs aériens en grève à l'été 1981), dans le but de créer un environnement favorable à la création de richesses.
Mais la rupture avec le passé tient d'abord dans l'état d'esprit et le discours de la nouvelle équipe au pouvoir. Reagan l'assure, lors de son investiture, le 20 janvier 1981 : « le gouvernement n'est pas la solution aux problèmes. Le gouvernement est le problème. » Mais ce tournant libéral avait été déjà pris par Carter, qui avait nommé un monétariste, ferme partisan de la lutte contre l'inflation, P. Volcker, à la Réserve fédérale, et commencé à déréglementer (transport aérien). En outre, Reagan se garde de toucher aux retraites, aux pensions, à la sécurité sociale. Surtout, son action s'apparente à un keynésianisme déguisé : par le biais des programmes de défense, l'économie bénéficie d'une injection massive d'argent fédéral, et le déficit budgétaire, considérablement accru par les dépenses militaires (jusqu'à un tiers du budget), stimule l'activité.
Les premiers résultats sont décourageants : certes, la hausse des prix se ralentit (6,3 % en 1982), mais la production industrielle recule, comme le PNB (−2,1 % en 1982), et le chômage grimpe à 10 %, son plus fort taux depuis la Grande Dépression. Dès 1983, la reprise s'amorce cependant : l'inflation est maîtrisée à 3,8 %, le chômage diminue, le PNB augmente de 3,7 %. De 1983 à 1989, le pays connaît une phase de croissance continue (+3,5 % par an), inédite depuis 1945, qui crée 17 millions d'emplois (5,7 % de chômage en 1988).
Bien réelle, cette reprise repose néanmoins sur le financement étranger. Chaque année (sauf en 1987), le déficit budgétaire se creuse davantage ; il atteint 250 milliards de dollars en 1988. Afin de le financer sans recourir à une création monétaire de type inflationniste, il a fallu attirer les capitaux par des taux d'intérêt élevés, d'où un dollar longtemps fort qui pénalise les exportations, favorise les importations et aggrave le déficit de la balance commerciale (plus de 170 milliards en 1987 contre 40 en 1981) ; l'Amérique vit au-dessus de ses moyens – elle est d'ailleurs devenue débitrice en 1985.
Face à la concurrence et aux nécessaires restructurations, de nombreux secteurs déclinent : métallurgie, électronique grand public, textile sombrent, l'automobile est menacée. Cependant, haute technologie et services entraînent l'économie et créent les nouveaux emplois, souvent précaires. La productivité repart, mais à un rythme faible (+1,6 % par an) : la rentabilité financière impose son empire sur les stratégies industrielles de plus long terme. Avec un corollaire, la spéculation : les années 1980 constituent une période faste pour les « raiders », aventuriers des marchés qui réorganisent des secteurs entiers à grands coups d'OPA ; la Bourse s'envole jusqu'au krach d'octobre 1987, symbole de l'artificialité de la croissance et des excès de la déréglementation.
Les écarts sociaux se creusent : les 20 % d'Américains les plus riches voient leurs revenus augmenter de 40 %, les 20 % les plus pauvres les voient baisser de 10 %. 15 % de la population ne bénéficie d'aucune couverture sociale. La drogue et l'illettrisme constituent des fléaux contre lesquels Reagan ne s'engage que timidement. Pourtant, le président bénéficie d'une cote de popularité élevée. Grand communicateur, il a restauré auprès des classes moyennes la fonction présidentielle, les valeurs traditionnelles, la confiance en l'avenir du pays.
Au début de la décennie, les États-Unis doutent de leur puissance, après l'affront iranien (affaire des otages, en 1979), avec le maintien de la présence castriste à 150 km de la Floride et la prise du pouvoir par les sandinistes au Nicaragua. L'URSS apparaît conquérante : elle vient d'envahir l'Afghanistan et ne tarde pas à imposer la loi martiale à la Pologne (fin 1981). Face à ces menaces, Reagan estime qu'il importe de « réarmer avant de parlementer » : il renforce l'arsenal nucléaire et conventionnel, fait installer des missiles à moyenne portée (Pershing) en Europe, puis lance un programme de bouclier spatial antibalistique, l'Initiative de défense stratégique, dite « guerre des étoiles » (1983). Il rappelle que l'URSS reste l'« Empire du mal », exalte les sentiments nationalistes de ses compatriotes, et leur demande de croire en leur force, morale et matérielle. Après des années marquées par la défaite au Viêt Nam et les effets du Watergate, ce message passe et Reagan fait figure de champion de la guerre froide. Dans les faits, il agit avec plus de prudence.
La CIA fournit des armes aux Afghans, aide les contras antisandinistes du Nicaragua et l'UNITA angolaise, soutient les régimes du Salvador et du Chili. Les États-Unis multiplient les avances à la Chine, qui dénonce le « social-impérialisme » de l'URSS. En 1983, l'occupation éclair de la Grenade anéantit une menace cubaine naissante et fournit une preuve facile de l'efficacité retrouvée des militaires et de la détermination du président.
L'activité diplomatique de Reagan ne se limite pas à la lutte contre l'influence de l'URSS. Au Moyen-Orient, les États-Unis cherchent à résoudre le conflit israélo-arabe, sans grand succès. La guerre du Liban complique la situation : 1 200 marines sont envoyés à Beyrouth en 1982 dans le cadre d'une mission de l'ONU en faveur de la paix, qui se solde par un repli précipité à la suite d'un attentat qui a coûté la vie à 241 hommes, en octobre 1983. En représailles d'actes terroristes, un raid aérien est mené sur Tripoli en janvier 1986. La même année, le Congrès vote des sanctions économiques contre l'Afrique du Sud et Reagan finit par faire pression pour que Pretoria mette un terme à l'apartheid.
L'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en 1985 est ressentie comme un tournant. De plus, les États-Unis sont désormais en position de force pour négocier la réduction des armements stratégiques. Un sommet Reagan-Gorbatchev se tient à Genève, suivi d'une rencontre en 1986 à Reykjavík, qui aboutit à un traité d'élimination des forces de courte et moyenne portée, signé à Washington en 1987. En 1988, Gorbatchev annonce le retrait des troupes soviétiques de l'Afghanistan. Leur départ de l'Angola est négocié contre l'indépendance de la Namibie, jusqu'alors colonie sud-africaine.
En 1984 et 1986, le Congrès a suspendu toute aide en faveur des contras du Nicaragua, mais, à la fin de 1986, l'opinion apprend que des ventes secrètes d'armes à l'Iran (en principe sous embargo) ont servi à financer leur guérilla. Le blason du président en est terni. Pourtant, à son départ de la Maison-Blanche, en janvier 1989, Ronald Reagan est populaire : il passe pour avoir redonné la prospérité à son pays, même si les circonstances et le déclin de l'U.R.S.S. l'ont servi.
En 1988, le vice-président George H. W. Bush est élu avec 54 % des voix contre son rival démocrate Michael Dukakis. C'est la première fois depuis 1948 qu'un même parti gagne trois fois de suite la course à la Maison-Blanche. Mais les démocrates détiennent la majorité dans les deux Chambres.
George H. W. Bush assiste à l'effondrement de l'empire soviétique en Europe : chute du mur de Berlin (1989), dissolution du pacte de Varsovie (1990), éclatement de l'URSS (1991) ; il entérine la fin de la guerre froide en signant le traité de réunification de l'Allemagne ainsi que les accords sur la réduction des armements stratégiques (START I et II, en 1991 et 1993). Les États-Unis, désormais seule superpuissance de la planète, sont promus « gendarmes du monde », et agissent avec succès en faveur de la démocratie dans le monde, de la libéralisation du commerce et du respect du droit international.
L'Afrique du Sud voit la disparition progressive de l'apartheid. À la fin de 1989, une intervention militaire américaine au Panamá, la première d'envergure depuis le Viêt Nam, chasse le général Noriega. Au Nicaragua, à la suite du cessez-le-feu entre les contras et le pouvoir sandiniste, Violeta Chamorro est élue à la présidence de la République (1990). Cependant, malgré les progrès de la démocratie, bien des régimes latino-américains restent menacés par la guérilla, la corruption ou les trafics de drogue.
En 1989, le président marque sa réprobation face à la répression chinoise, mais la modère vite. Les relations commerciales se tendent avec le Japon (à la suite notamment de l'achat par des Japonais de Columbia Pictures et du Rockefeller Center), mais George H. W. Bush résiste à la tentation du protectionnisme, sans toutefois parvenir à ouvrir le marché nippon. L'accord de libre-échange entre les États-Unis et le Canada, entré en vigueur le 1er janvier 1989, s'élargit au Mexique en 1992 (ALENA), et l'Initiative pour les Amériques vise à créer à terme un grand marché de l'Alaska à la Terre de Feu.
L'invasion du Koweït par l'Iraq, le 2 août 1990, surprend l'administration américaine qui a soutenu Saddam Husayn face à l'Iran. Bush obtient la condamnation de l'Iraq par l'ONU et s'assure la neutralité bienveillante de l'URSS. Sans renoncer à des solutions négociées, il réunit une coalition de 27 pays, dont les alliés français, britanniques, la plupart des pays arabes. L'opération Desert Storm (« Tempête du désert ») commence le 15 janvier 1991 ; un corps expéditionnaire de 500 000 hommes remporte la victoire en cinq semaines, mais sans faire tomber Saddam Husayn (→ guerre du Golfe).
Pour pacifier la région, les États-Unis s'emploient à résoudre la question israélo-arabe. Ils obtiennent que s'ouvrent une conférence de paix sur le Proche-Orient (à Madrid, le 30 octobre 1991) ainsi que des négociations bilatérales israélo-palestiniennes.
George H. W. Bush érige en principe l'ingérence humanitaire en plaçant hors du contrôle de Bagdad les Kurdes d'Iraq persécutés par Saddam Husayn et lance à la fin de 1992 l'opération Restore Hope (« Restaurer l'espoir »), destinée à garantir l'acheminement de l'aide à la Somalie.
Contrairement à son prédécesseur, le président s'est impliqué dans les questions d'environnement, à l'intérieur comme à l'extérieur : interdiction des gaz responsables de la destruction de la couche d'ozone (1989), gel pour cinquante ans de l'exploitation de l'Antarctique (1991) ; mais il refuse d'engager son pays dans la lutte contre les gaz à effet de serre au Sommet de la Terre, à Rio de Janeiro, en 1992.
Héritier de la prospérité reaganienne et auréolé par la victoire sur l'Iraq, le président ne voit pas les problèmes intérieurs s'accumuler et la crise poindre à partir de 1990. Durant son mandat, la croissance stagne, le chômage remonte à 7,5 %, le déficit budgétaire explose (plus de 300 milliards en 1992) et contraint à lever (en 1990) de nouveaux impôts, fort impopulaires ; la récession exacerbe les tensions sociales et raciales, aggravées pendant les années 1980 mais contenues jusque-là par la croissance : les villes et les États, sur lesquels le gouvernement fédéral s'est déchargé de la lutte contre la pauvreté, connaissent de graves difficultés budgétaires ; l'insécurité règne. En 1990, des émeutes raciales dans les quartiers noirs ou hispaniques de Washington et Miami annoncent celles de South Central à Los Angeles, en 1992, les plus graves depuis celles de Watts, dans la même ville, en 1965 (60 morts et 2 000 blessés).
Dans ce contexte, les élections présidentielles de novembre 1992 mobilisent l'électorat (55 % de participation). L'opinion reproche à George H. W. Bush d'avoir privilégié les questions internationales aux dépens du règlement des problèmes économiques et sociaux du pays. Aussi Bill Clinton, peu connu du public jusqu'à la convention démocrate de l'été, devance-t-il avec 43 % des suffrages le président sortant (38 %) et l'indépendant Ross Perot (19 %). Les démocrates conservent la majorité dans une Chambre des représentants et un Sénat rajeunis et renouvelés par l'arrivée d'un plus grand nombre de femmes et d'élus issus de minorités.
La nouvelle administration adopte un plan de relance tout en cherchant à contenir les déficits (augmentation des taxes, baisse des dépenses militaires et réduction du nombre des fonctionnaires). Elle s'attaque à la violence urbaine et fait passer la « loi Brady » qui contrôle la vente d'armes ; mais ses relations avec le Congrès sont difficiles, et le grand projet de réforme du système de santé présenté par Hillary Clinton, la femme du président, s'enlise, pour finir torpillé par les lobbys. Cet échec contribue à l'impopularité du président et pèse sur les partielles de novembre 1994, à l'issue desquelles le parti républicain contrôle les deux Chambres, ce qui n'était pas arrivé depuis 1952.
La majorité républicaine du nouveau Congrès se méprend sur la nature du raz de marée qui l'a portée au pouvoir et ambitionne de réaliser point par point son programme de révolution conservatrice (dit « Contrat pour l'Amérique »). Très vite, elle se heurte à ses contradictions internes ainsi qu'à l'habileté politicienne du président, qui retrouve la faveur de l'opinion. Si, amené à faire des concessions, il signe, en août 1996, la loi restrictive sur la réforme de l'aide sociale préparée par les républicains, il fait porter sur leur intransigeance la responsabilité de la fermeture des administrations fédérales durant l'hiver 1995-1996. Reprenant certaines de leurs idées (équilibre du budget, mais avec un calendrier plus long et des mesures moins brutales), il se pose en rempart contre leurs excès dogmatiques.
Attendue, la victoire de Bill Clinton aux élections présidentielles de novembre 1996 est mitigée : historique, car il n'est que le troisième président démocrate à être réélu, mais décevante, car il n'a obtenu que 49,9 % des voix, contre 41,4 % au républicain Robert Dole et 8,6 % à Ross Perot. Surtout, les deux Chambres du Congrès demeurent républicaines. Clinton associe pourtant son nom à des années de croissance : une moyenne de 4 % par an depuis 1993 ; 22 millions d'emplois créés qui, malgré les dégraissages massifs des grandes entreprises, sont loin d'être tous précaires ; un taux de chômage en conséquence descendu en-deçà de 4 % à son départ de la Maison-Blanche, en janvier 2001 ; des gains de productivité de 3 % l'an ; une industrie redevenue très compétitive et conquérante, dominante même dans le secteur des nouvelles technologies ; une inflation maîtrisée, un budget équilibré en 1997 et même fortement excédentaire à partir de 1998. Reste que les inégalités sont loin d'avoir régressé : les 3 millions d'Américains les plus riches possèdent autant que les 100 millions les plus pauvres ; les ghettos demeurent et leurs populations sont parmi les premières victimes du retournement de conjoncture ; les quelques filets d'aides sociales mis en place précédemment par l'État providence se sont relâchés.
Alternant d'abord hésitations ou reculades (retrait américain de Somalie en 1994) et attitudes de fermeté (contrôle des politiques d'armement de la Corée du Nord et de l'Iraq, intervention et restauration de la démocratie en Haïti en 1994), l'action extérieure de Clinton cherche à maintenir les États-Unis dans leur rôle de garants des grands équilibres internationaux (soutien à la Russie de Boris Ieltsine en 1996, promotion de la non-prolifération nucléaire et chimique, mise en route du processus d'élargissement de l'OTAN à trois pays d'Europe de l'Est en 1997). La diplomatie américaine s'investit aussi dans le règlement des conflits régionaux (rencontre historique Rabin-Arafat à la Maison-Blanche en septembre 1993, lors de la signature de l'accord de Washington, intervention en Bosnie-Herzégovine et paix de Dayton en 1995, pourparlers sur l'Irlande du Nord en 1996 et accords de Stormont en 1998). Cette politique s'appuie sur deux impératifs, limiter les actions directes et former au cas par cas des coalitions ponctuelles d'États ou d'institutions : intervention à Haïti en 1994 (avec l'ONU) ; frappes aériennes contre les Serbes de Bosnie en 1995 (avec l'OTAN) ; sauvetage du peso mexicain en 1995 (avec des banques privées) ; aide économique aux pays d'Asie en 1997 (avec le FMI) ; frappes contre l'Iraq en 1998 (avec les Britanniques) ; bombardement de la Serbie pour mettre fin à la politique répressive de Slobodan Milošević au Kosovo en 1999 (avec l'OTAN).
Mais si les questions politiques dominent toujours dans les relations avec certains pays comme les « États félons » (Cuba, Iraq et, dans une moindre mesure, Iran), l'administration Clinton donne plus que jamais la priorité aux intérêts économiques dans la définition de ses grandes orientations diplomatiques. La prospection des marchés émergents (Chine, Argentine) et la constitution de blocs commerciaux régionaux (en 1993, ratification de l'ALENA par le Congrès et relance de la communauté Asie-Pacifique, ou APEC) s'accompagnent de pressions sur les partenaires traditionnels (Japon, Union européenne) pour qu'ils acceptent les conceptions américaines sur la libéralisation des échanges : déblocage des négociations du GATT fin 1993, mise en place de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995, proposition d'Accord multilatéral sur l'investissement.
En septembre 1998 l'affaire Monica Lewinsky fait de Bill Clinton le deuxième président du pays à devoir affronter une procédure d'impeachment ouverte au Congrès. Les élections de midterm voient les démocrates progresser au Congrès, qui demeure toutefois à majorité républicaine ; ils gagnent en outre un État. Comme Ronald Reagan, le « Président Teflon » qu'aucun scandale n'affecte, B. Clinton apparaît comme un « Comeback Kid », qui rebondit toujours. En février 1999, le Sénat l'acquitte et met fin à la procédure.
Son action diplomatique s'essouffle : pour riposter aux attentats contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie, en 1998, il fait bombarder le Soudan et l'Afghanistan, puis, au début 1999, l'Iraq. S'il implique l'OTAN en Serbie (mars-juin 1999) et facilite le déblocage de la situation en Irlande du Nord (novembre 1999), il ne condamne pas l'offensive russe contre la Tchétchénie à partir d'août 1999 et ne peut relancer le processus de paix israélo-palestinien (négociations de Wye Plantation en octobre 1998, de Charm el-Cheikh en septembre 1999) : l'échec des ultimes pourparlers entre Ehoud Barak et Yasser Arafat, à la fin de l'été 2000, exacerbe les tensions (reprise de l'Intifada) et réduit les espoirs nés de l'accord de Washington en 1993, à son arrivée au pouvoir.
L'impression d'unilatéralisme et d'hésitation que donne la superpuissance américaine irrite ailleurs dans le monde (ainsi du rejet du traité d'interdiction des essais nucléaires en octobre 1999 par le Sénat républicain, contre l'avis de l'administration). Le rôle moteur qu'elle exerce dans la mondialisation (normalisation des relations avec la Chine conclue en 1999 et ratifiée par le Congrès en 2000) suscite l'opposition de nombre d'ONG et de PVD, qui font échouer la conférence de l'OMC à Seattle fin 1999.
Les Américains savent gré à B. Clinton d'avoir présidé à de longues années de croissance et d'innovation sans trop rogner sur les modestes filets de sécurité sociale du pays ; mais les affaires qui l'ont entouré suscitent auprès d'une opinion publique qui lui reproche de n'avoir pas donné la pleine mesure de ses talents une lassitude qualifiée de « Clinton fatigue ». C'est cet héritage contrasté que doit endosser Al Gore, vice-président depuis 1993 et candidat à la présidence.
À l'ouverture des primaires républicaines, le prétendant George Walker Bush, gouverneur du Texas et fils de l'ancien président George H. W. Bush, dispose d'un trésor de guerre qui vient à bout des autres postulants de son camp, notamment John McCain, sénateur de l'Arizona. Chez les démocrates aussi, Bill Bradley conteste un temps l'investiture au vice-président sortant, Al Gore. Le débat politique est atone, sauf sur des questions de société (avortement, prière à l'école, vente des armes à feu) et sur l'affectation du surplus budgétaire (baisse des impôts pour les républicains, remboursement de la dette et amélioration du système éducatif et social pour les démocrates). George W. Bush ne convainc pas. Al Gore non plus. En fait, c'est la campagne d'Hillary Clinton dans l'élection sénatoriale du New York qui passionne l'opinion : c'est la première fois qu'une épouse de président sollicite un mandat électif.
Le résultat des urnes traduit le désintérêt des électeurs. L'élection du 7 novembre 2000 est très serrée. Et disputée : avec 48,4 % des suffrages, Al Gore obtient 600 000 de voix de plus que son adversaire (47,9 %), mais les résultats de la Floride, État pivot, sont contestés. Pour savoir à qui iront ses 25 grands électeurs, on recompte les bulletins. À la mi-décembre, la Cour suprême suspend et invalide la vérification manuelle des suffrages accordant l'État au candidat républicain. G. W. Bush remporte alors la majorité du collège électoral et Al Gore reconnaît la victoire de son adversaire.
Les premières mesures prises par la nouvelle administration s'avèrent plus conservatrices que ne l'avaient laissé entendre discours et programmes : le nouveau président fait des concessions à la droite chrétienne, qui l'a soutenu pendant la campagne, en prenant soin de ne pas effrayer les milieux d'affaires en matière d'environnement, ou pour ce qui est des accidents du travail. Ainsi la promotion des groupes religieux dans nombre de programmes sociaux, ou le refus de tout soutien fédéral aux organisations internationales favorisant l'avortement s'accompagnent-ils entre autres du rejet du protocole de Kyoto sur la réduction de l'émission des gaz à effet de serre et de l'éventualité d'une exploitation de gisements énergétiques en Alaska.
Pour ce faire, le président s'entoure d'une équipe de fidèles et d'anciens, souvent proches de D. Cheney et piliers des précédentes administrations républicaines. Il appelle à lui et promeut en particulier les Africains Américains Colin Powell (au prestigieux secrétariat d'État) et Condoleezza Rice (à l'influent Conseil de sécurité nationale). Il s'appuie également sur un Congrès resté républicain : à la Chambre, il dispose d'une majorité de 220 représentants (contre 210 aux démocrates), mais le Sénat, partagé entre républicains et démocrates, voit bientôt son équilibre basculer : un républicain, James Jefford représentant du Vermont, rejoint par protestation le camp adverse, donnant à celui-ci le contrôle du Sénat (mai).
Autre geste significatif : le pilonnage, à la mi-février 2001, des installations de défense antiaériennes irakiennes. Les relations avec l'ONU se détériorent : les États-Unis sont exclus de la Commission des droits de l'homme. Ils remettent en cause le traité ABM signé en 1972 avec l'URSS (officiellement dénoncé en décembre 2001), en même temps qu'ils annoncent leur engagement dans un vaste programme de défense antimissile : la Chine et la Russie s'inquiètent d'une reprise de la course aux armements. Le bouclier devra protéger le pays des « États voyous ». Mais les responsables politiques sous-estiment les autres menaces, terroristes notamment.
Le 11 septembre 2001, une vague d'attentats frappe les États-Unis : deux avions détournés par des membres de l'organisation al-Qaida dirigée par Oussama Ben Laden s'encastrent dans les tours jumelles du World Trade Center à New York, provoquant leur effondrement et des milliers de victimes. Au même moment, un avion s'écrase sur une aile du Pentagone à Washington et un quatrième s'abîme en Pennsylvanie, sans avoir atteint son but. Face à ces attaques terroristes d'un genre inédit, les États-Unis, soutenus par l'opinion internationale occidentale, la Russie et la Chine, et après s'être conciliés la plupart des pays arabes, décident de poursuivre leurs auteurs présumés dans leurs bases afghanes, aux mains des talibans. De la fin octobre à décembre, l'opération « Liberté immuable » met fin au régime taliban, mais la traque des commanditaires des attaques du 11 septembre se poursuit, cependant que régulièrement les menaces d'une attaque terroriste affolent les États-Unis.
G. W. Bush se mue en président d'un pays en guerre. Sa popularité s'envole. Du moins aux États-Unis. Ailleurs dans le monde, son action provoque des remous. La vague de solidarité dont ont bénéficié les Américains le 11 septembre ne résiste guère aux mesures de protectionnisme prises fin 2001-2002. En janvier 2002, l'Iraq, l'Iran et la Corée du Nord sont stigmatisés en tant que parties prenantes d'un « axe du Mal armé pour menacer la paix du monde ». Cette politique de fermeté rassure les Américains. En novembre 2002, les républicains remportent les élections de midterm, scrutin pourtant généralement défavorable au parti de l'administration en place : la légitimité électorale d'un président qui n'a pas ménagé ses efforts pendant la campagne est désormais assise.
En mars 2003, G. W. Bush déclenche, avec l'appui de Tony Blair, mais sans l'accord de l'ONU et malgré les fortes réticences émanant de la communauté internationale, tout particulièrement de la France, de la Russie et de la Chine, l'opération « Liberté de l'Iraq ». Saddam Husayn est accusé de possession d'armes de destruction massive et d'accointance avec les groupes terroristes. Le régime baassiste tombe en quelques semaines. Dès le mois de mai cependant, il apparaît que l'armée anglo-américaine ne fait pas figure de force libératrice aux yeux des populations locales et ses membres deviennent la cible d'attaques ponctuelles. Les pertes militaires s'accélèrent à partir de septembre 2003, pour dépasser les 500 au début 2004 et atteindre le millier à l'été. Malgré l'arrestation spectaculaire de l'ancien dictateur en décembre 2003 et alors que s'engage la campagne pour les élections présidentielles, les Américains se mettent à douter du bien-fondé de l'intervention de leur pays. En janvier 2004, le rapport Kay atteste l'absence d'armes de destruction massive en Iraq ; en mai, la révélation de sévices et de tortures infligés à des détenus irakiens placés sous la surveillance des troupes suscite l'indignation ; en juin, une commission sénatoriale conclut à l'absence de tout lien entre l'Iraq du raïs et al-Qaida. L'opinion publique envisage l'hypothèse d'une manipulation par l'administration – dont le discours martial ne change pas – et s'interroge à nouveau sur la crédibilité et l'autorité de G. W. Bush. Si elle continue à suivre le « président de guerre », elle ne comprend plus vraiment les raisons du conflit et demande des explications. Celles-ci ne viennent pas et la polémique retombe, sans avoir jamais vraiment profité au candidat démocrate John F. Kerry : le débat électoral tourne davantage autour de l'état de l'économie et de questions de société.
En 2001, G. W. Bush hérite d'une situation économique assombrie. Le ralentissement se mue en récession, du fait notamment de la chute de la Bourse et de l'explosion des bulles spéculatives du marché des valeurs technologiques (Nasdaq). Le plan de réductions d'impôts est destiné à relancer la consommation, mais son effet n'a rien d'immédiat et la crise s'installe. L'année 2002 voit cependant la croissance repartir et atteindre 3 % en 2003. Mais elle ne crée guère d'emplois et ne résorbe pas un chômage qui culmine alors à 6 % de la population active (2,7 millions d'emplois perdus en 3 ans). En outre, la reconduction et l'extension des dégrèvements fiscaux ainsi que l'augmentation faramineuse des dépenses militaires alimentent un trou budgétaire de plus de 400 milliards de dollars. Ajouté au déficit commercial abyssal (6 % du P.I.B.) et à l'endettement des ménages et entreprises, il obère la solidité de la reprise. Pour répondre aux doutes croissants de la population et parer les attaques des démocrates rassemblés autour de la candidature du sénateur J. F. Kerry, le président entre plus tôt que prévu dans la campagne électorale 2004. La reconduction du ticket Bush-Cheney ne paraît plus en effet automatique.
Toutefois, au cours de l'année 2004, la conjoncture s'éclaircit. Dopée par une politique de « keynésianisme militaire », l'augmentation des revenus des ménages (impact des réductions fiscales) et des taux d'intérêt très bas, qui poussent à la consommation par l'endettement, la croissance est forte (4,4 %). En un an, l'économie crée près d'1,8 million de postes, réduisant d'autant le solde négatif en emplois du mandat de G. W. Bush (800 000). Les « déficits jumeaux » s'aggravent, les inégalités s'accroissent, la baisse du dollar et la hausse des cours du pétrole constituent autant de menaces à terme pour la croissance, mais l'opinion publique n'en a cure. Elle se passionne davantage pour les questions de société, autour desquelles la campagne électorale se concentre : ainsi des débats sur le droit à l'avortement ou encore le mariage homosexuel. L'élection présidentielle du 2 novembre voit en définitive s'affronter deux Amériques : l'Amérique dite libérale ou progressiste (grosso modo celle des deux côtes), qui apporte ses voix à J. F. Kerry, et l'Amérique conservatrice (le cœur du pays), qui soutient le président sortant. Au final, c'est cette dernière qui l'emporte, par 51 % des suffrages (62 millions) contre 48 (59 millions).
G. W. Bush entend « dépenser » le capital politique que sa réélection lui apporte. Il remanie son cabinet et nomme de proches conseillers : ainsi Condoleezza Rice remplace-t-elle Colin Powell au secrétariat d'État, et Alberto Gonzales, John Ashcroft à la Justice. En revanche – gage de continuité en matière militaire et économique, – D. Rumsfeld reste à la Défense, tout comme John Snow au Trésor. De fait, en février 2005, dans son discours sur l'État de l'Union, le président réaffirme son souhait à la fois de continuer la lutte contre le terrorisme, de maintenir les troupes en Iraq, et, sur le plan intérieur, de poursuivre la politique de réductions fiscales, qu'il entend même pérenniser. Il annonce qu'il compte également privatiser le système de sécurité sociale du pays. L'objectif est de satisfaire la droite chrétienne qui a soutenu le ticket présidentiel et d'établir une nouvelle donne politique, durablement favorable aux conservateurs.
Mais ces projets s'enlisent : la réforme des retraites se heurte à l'opposition de l'opinion publique, du Congrès, et même de membres d'un parti républicain de plus en plus divisé entre radicaux et modérés. Si G. W. Bush parvient à nommer John Roberts à la tête de la Cour suprême à l'été 2005, il doit renoncer à y faire entrer à l'automne l'une de ses conseillères juridiques, Harriet Miers, jugée trop modérée par les chrétiens de droite : le conservateur Samuel Alito prend sa place en janvier 2006. Nombre de leaders du Grand Old Party sont par ailleurs éclaboussés par une série de scandales, qui affaiblissent un peu plus le crédit du président. Des révélations (affaire Wilson-Plame, qui conduit à la démission du directeur de cabinet de D. Cheney, Lewis Libby, en octobre 2005 ; prisons secrètes de la CIA ; écoutes téléphoniques de la NSA [National Security Agency] ; torture à Guantánamo) ébranlent ensuite la tête d'un exécutif, suspecté d'abus de pouvoir, qui peine à obtenir la reconduction du Patriot Act et dégringole dans les sondages. Aux yeux des ménages américains, la croissance réelle de l'économie est éclipsée par le creusement des déficits, l'accroissement des inégalités et l'envolée des cours du pétrole. Enfin, les ravages du cyclone Katrina qui s'abat à la fin d'août 2005 sur le golfe du Mexique et La Nouvelle-Orléans en particulier révèlent à nouveau douloureusement la vulnérabilité de l'Amérique et témoignent cruellement d'une absence de leadership, qui écorne davantage encore l'aura d'un président désormais livré à son impuissance.
L'impopularité croissante du président suscite des velléités d'indépendance au sein même de sa majorité au Congrès ; contre l'avis de ce dernier, elle vote à la fin de 2005 une loi sur le traitement des « ennemis combattants » détenus à Guantánamo et, à l'initiative du sénateur J. McCain, interdit l'usage de la torture – sans pour autant garantir à ces derniers les droits fondamentaux –, puis au printemps 2006 elle se saisit de la question de l'immigration, jetant dans les rues des grandes villes des centaines de milliers de Latinos désireux de protester contre le projet de texte législatif. Les suites des enquêtes sur l'affaire Wilson-Plame et les écoutes téléphoniques de la NSA achèvent de ternir l'image et la crédibilité de l'exécutif, cependant que le président doit reconnaître en septembre l'existence des prisons secrètes de la CIA à l'étranger. Son bilan en matière de lutte contre le terrorisme souffre de la parution, au même moment, d'un rapport sénatorial concluant à l'inexistence d'un lien entre Saddam Husayn et al-Qaida et à l'absence d'armes de destruction massive en Iraq. Peu de temps après sont publiées des analyses du renseignement américain qui font du pays occupé un nouveau et dangereux foyer d'islamistes radicaux. L'administration doit aussi essuyer le mécontentement des ménages dont le pouvoir d'achat est rogné par la hausse du prix du carburant. La consultation de midterm de 2006 est par conséquent, selon l'expression de G. W. Bush, une « raclée », qui prive le parti républicain de sa majorité dans les deux chambres du Congrès et lui fait perdre en outre le contrôle de 6 États. Les électeurs, qui se sont relativement mobilisés pour ce genre de consultation (45 % de participation), placent en position de responsabilité les démocrates, qui vont chercher avec plus ou moins de bonheur à appliquer leur programme (redéploiement puis désengagement en Iraq, relèvement du salaire minimum, financement des retraites, subvention des études universitaires, plan de santé publique, aide aux programmes de recherche sur les cellules souches, audits et éventuelles renégociations des contrats passés par l'administration avec de grands groupes privés). Mais en premier lieu, ils contraignent G. W. Bush à se séparer de son secrétaire à la Défense, le faucon D. Rumsfeld, qu'il remplace par un tenant de l'école réaliste, ancien membre du cabinet de son père et ex-dirigeant de la CIA, le modéré Robert Gates. Autre tête exigée et obtenue des démocrates : celle de John Bolton, l'inflexible ambassadeur des États-Unis à l'ONU. Mais, malgré la tradition de la recherche du compromis, le président, qui conserve l'arme du veto, fait savoir qu'il entend garder sa marge de manœuvre, notamment en politique étrangère.
En politique étrangère également, le second mandat de G. W. Bush s'ouvre par un mixte de continuités et de ruptures qui achoppe tout autant. Les accents martiaux renouvelés s'accompagnent d'initiatives qui vont dans le sens d'une plus grande conciliation et d'une plus grande modération. Dans son discours d'entrée en fonction, le président s'engage à mettre fin à la tyrannie et à promouvoir l'expansion de la liberté dans le monde. Il pointe les nouvelles menaces que fait peser selon lui, par exemple, l'Iran. Bien que le cap des 1 500 morts parmi les troupes ait été franchi au début de l'année, le président n'envisage pas de leur faire quitter l'Iraq. Les élections présidentielles qui se sont tenues en Afghanistan le 9 octobre 2004, en Palestine le 9 janvier 2005 à la suite de la mort de Yasir Arafat le 11 novembre 2004, et enfin en Iraq le 30 janvier 2005 pour la formation d'un régime parlementaire font souffler un vent de démocratie sur le Moyen-Orient : l'ouverture politique annoncée en Égypte, les consultations populaires en Arabie saoudite, la reprise du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens semblent légitimer la stratégie adoptée par Washington, qui consiste à remodeler l'ensemble de la région. En même temps, les premières tournées internationales effectuées par C. Rice et le président lui-même entérinent le désir américain de tirer un trait sur les différends passés avec l'Europe, de restaurer les liens transatlantiques et de faire davantage prévaloir la concertation dans le règlement des questions internationales. Mais ces impulsions nouvelles se brisent très largement sur les réalités politiques locales et le cours des événements : le résultat et le déroulement des élections législatives égyptiennes de décembre 2005 contredisent l'ouverture manifeste lors du scrutin présidentiel de septembre ; la consultation parlementaire du 25 janvier 2006 en Palestine donne la victoire aux radicaux du Hamas, tandis que la poursuite du processus de paix pour lequel s'impliquent désormais davantage G. W. Bush et C. Rice pâtit de la fragilité politique du président de l'Autorité palestinienne Mahmud Abbas comme celle du nouveau Premier ministre israélien Ehoud Olmert, successeur d'Ariel Sharon, victime en janvier d'un accident cérébral. La fermeté avec l'Iran conduit à une escalade de tensions qui finit par retomber quelque peu à l'été 2008, sans que la succession de ces politiques aboutisse à des résultats en matière de contrôle des activités nucléaires de Téhéran. Dans le même temps, et sans beaucoup plus d'effets, les relations avec Moscou se refroidissent sensiblement (crispation russe autour du projet de bouclier antimissile européen objet de l'ire russe, rapprochement réprouvé à Washington entre la Russie et le Venezuela de Hugo Chavez, et crise géorgienne de l'été 2008). Des opérations musclées, comme l'intervention aérienne en Somalie contre les prétendues positions d'al-Qaida sur place au tournant 2007, ne réduisent guère la menace terroriste (O. Ben Laden demeure insaisissable), et surtout n'améliorent guère l'image du pays dans le monde. Aussi le bilan international de la seconde Administration Bush s'avère-t-il fort limité.
C'est aussi que la situation en Iraq, qui longtemps s'apparente à la fois au bourbier et à la poudrière accapare durablement la diplomatie américaine et ses moyens : si la constitution du nouvel État est péniblement ratifiée le 15 octobre, la consultation parlementaire du 15 décembre 2005 atteste les divisions ethniques et confessionnelles d'un pays en définitive en proie à la guerre civile. La perspective de voir se former prochainement un Iraq pro-occidental, uni et séculier, s'efface tout d'abord devant les difficultés rencontrées par les parties en présence à propos de la création d'un gouvernement. L'exacerbation du climat de violence, le franchissement en octobre 2005 du cap des 2 000 soldats tués, puis de la barre des 3 000 à la fin 2006 (chiffre symbolique, équivalent au nombre de victimes des attentats du 11 septembre 2001) et le seuil des 4 000 en juillet 2008, les révélations sur les manipulations de l'opinion au moment du déclenchement de la guerre, le gouffre financier que représente le conflit et la succession de scandales impliquant les entreprises mercenaires présentes sur place plongent les Américains dans le doute quant au bien-fondé et à l'issue d'un engagement qui apparaît comme un enlisement indépassable. La mise sur pied d'un gouvernement irakien en juin 2006, la condamnation à mort en novembre puis la pendaison de S. Husayn n'y peuvent rien. En janvier 2007, malgré la reconnaissance officielle des difficultés rencontrées sur le terrain, le président exprime son refus d'écouter à la fois sa nouvelle majorité au Congrès et les recommandations de la commission indépendante sur l'Iraq : il demande en effet l'envoi sur place de quelque 21 500 soldats supplémentaires, chiffre élevé en mars à plus de 26 000 hommes. Mais les résultats de cette « escalade », en particulier l'amélioration notable de la situation à Bagdad comme dans le reste du pays, ne dissipent nullement les interrogations dubitatives des responsables législatifs comme de l'opinion publique, d'autant que, par ailleurs, les informations en provenance d'Afghanistan s'avèrent de plus en plus mauvaises et que la situation s'aggrave dans le Pakistan voisin : là, de part et d'autre de la frontière, les talibans dont l'influence grandit auprès des populations ne cessent de marquer des points, cependant qu'un bras de fer politique interne avec ses opposants démocrates a raison du président dictateur et allié, Pervez Mucharraf (août 2008). C'est pourquoi le début du retrait des troupes engagées en Iraq annoncé fin 2007 et entamé un an plus tard va de pair avec le renforcement du dispositif militaire sur le front afghan. Aussi, sur le plan international, le président lègue à son successeur le soin de régler deux guerres majeures sans compter de multiples autres conflits et sources de tension ou encore le discrédit qui entoure le pays. À quoi s'ajoute une crise historique, de dimension planétaire...
La fin de mandat multiplie les déboires pour le président sortant, de plus en plus isolé, impuissant et impopulaire. L'été 2007 est « meurtrier » : avec le départ de Karl Rove, son conseiller et éminence grise, et la démission quelque peu forcée d'Alberto Gonzales, le ministre de la Justice, impliqué dans une affaire de révocations abusives de procureurs, il est en tout cas fatal à son entourage. Et d'autres défections, plus ou moins voulues, suivent, tandis qu'éclatent de nouveaux scandales de mœurs ou de corruption dans les rangs républicains et que l'implication de la Maison-Blanche dans l'autorisation de pratiques d'interrogatoire peu constitutionnelles de la CIA ou de l'armée est portée au grand jour. L'impopularité de G. W. Bush, qui doit aussi faire face à l'opposition du Congrès, atteint des niveaux sans précédent. Surtout les signes annonciateurs d'une crise économique de grande ampleur s'amoncellent : taux de pauvreté établi à 15 % de la population, tensions inflationnistes, menace de retournement du marché immobilier, risque d'insolvabilité des ménages et de défaillances d'institutions financières, déficits en série et dette record, progression, à partir de la fin de l'année, du chômage... La croissance qui se poursuit à vive allure les cache encore, mais l'éclatement de la bulle spéculative de l'été (crise des subprimes) suscite tout au long de 2008 des soubresauts financiers (déconfiture de la banque d'investissement Bear Sterns en mars et défaillances de multiples établissements) qui secouent fortement le monde financier à l'été 2008 avant de muer en tsunami national et même planétaire à la rentrée, avec, entre autres, le quasi-effondrement des géants du refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddy Mac, puis de l'assureur AIG, tous trois sauvés in extremis par l'intervention du gouvernement fédéral, au contraire de la vieille et prestigieuse banque d'affaires Lehman Brothers qui fait faillite en septembre. L'onde de choc atteint l'économie réelle, qui, faute de crédit, vacille également, à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières, au point de laisser place à la survenue d'une dépression majeure. Répudiant le laisser-faire qui lui est cher, mais donnant l'impression d'être dépassée par les événements, l'Administration se voit contrainte de débloquer, avec l'accord du Congrès, des centaines de milliards, dans des plans successifs de soutien aux banques, puis à des secteurs comme l'automobile, au bord du dépôt de bilan. Elle laisse en fait à la future équipe la tâche de gérer une crise sans doute sans précédent depuis celle de 1929 avec des caisses vides (le déficit public anticipé pour 2009 dépasse les 1 000 milliards de dollars, représentant 7, 8 ou 9 % du PIB, voire davantage, et la dette fédérale explose, flirtant avec les 70 % du PIB).
Le rejet de l'équipe Bush dans l'opinion se reflète dans l'irruption dans la campagne électorale de candidats improbables ou neufs. Chez les républicains, l'éternel « outsider » J. McCain, sénateur de l'Arizona et rival malheureux du président sortant aux primaires de 2000, l'emporte finalement assez rapidement dans la compétition interne. Il affiche une affiliation incontestable en même temps qu'une stature de héros de guerre et un profil de non-conformiste qui séduisent. Le parti démocrate, lui, produit des personnalités improbables, marquées sous le signe de la diversité, en particulier la sénatrice de New York Hillary Clinton, première femme à briguer l'investiture avec de réelles chances de l'emporter (elle est perçue comme la « candidate naturelle »), le gouverneur du Nouveau-Mexique B. Richardson, d'origine latino, qui s'efface très vite devant le sénateur de l'Illinois Barack Obama, métis, lui aussi premier Africain Américain à prétendre pouvoir représenter sa formation aux élections du 4 novembre. Or c'est lui qui arrive en tête dans le caucus de l'Iowa, État du Midwest « très blanc » qui ouvre la saison des primaires. C'est un signe fort du besoin de changement auquel aspirent les Américains et dont il fait le mot d'ordre de sa campagne. Il donne le coup d'envoi d'une lutte acharnée qui mobilise les militants et ne s'achève qu'en juin, lorsque H. Clinton annonce son retrait et se rallie à son jeune collègue. Intrônisés par les conventions de leurs partis respectifs à la fin de l'été, les deux grands concurrents révèlent l'identité du colistier qu'ils ont choisi : Joseph Biden, sénateur du Delaware et vieux routier de la politique comme des questions internationales, pour B. Obama, et Sarah Palin, nouvelle gouverneure de l'Alaska et chantre des valeurs, qui remet en selle la candidature de J. McCain mais brouille son image de modération et de discernement. L'accentuation de la crise ajoutée aux atermoiements du sénateur républicain à propos des solutions à lui apporter, la difficulté qu'il a dès lors de se démarquer de la politique de l'administration en place, le charisme de son rival et la machine implacable que celui-ci a mise en place expliquent la très large victoire du parti démocrate : non seulement les Américains portent le premier Noir à la Maison-Blanche avec une confortable avance (53 % des voix et 375 grands électeurs), mais ils lui donnent un véritable « mandat » de réforme et les moyens de la réaliser (net renforcement des majorités aux deux assemblées du Congrès). L'entrée en fonction de B. Obama, effectuée dans la liesse populaire et une affluence record malgré le froid, témoigne à ce titre des espoirs de renouveau que celui-ci a fait naître au sein de la population.
Les cent premiers jours de la présidence Obama sont marqués par la constitution relativement rapide et aisée du cabinet, l'adoption de programmes ambitieux de lutte contre la crise, la définition des priorités en termes de chantiers de réforme, et des inflexions a priori majeures en politique étrangère – en somme, le changement sans la rupture, avec de surcroît l'obtention de résultats significatifs. Certes, la composition de l'exécutif douche quelque peu les attentes de renouveau des plus radicaux des démocrates : le chef d'État à peine élu confie les postes de responsabilité à des personnalités expérimentées, plus pragmatiques qu'idéologues, et de sensibilité plutôt centriste. Ce sont souvent des poids lourds du monde politique, anciens membres des équipes de B. Clinton ou vieux routiers de Washington. Mais il a également recours à des experts, notamment à des scientifiques patentés, ce qui en soi tranche avec les usages de la précédente administration, mal à l'aise avec la communauté des chercheurs. Il nomme H. Clinton secrétaire d'État, tandis que Robert Gates, ministre de la Défense de G. W. Bush, reste à la tête du Pentagone, avec pour mission de mener à bien le retrait d'Iraq (programmé pour la fin 2011 au plus tard), et de renforcer conjointement le front afghan en vue de sa pacification. Le général James Jones, ancien commandant de l'OTAN, devient conseiller à la Sécurité nationale, cependant que Janet Napolitano obtient la Sécurité intérieure, et que le général Eric Shinseki, qui s'était opposé à D. Rumsfeld sur la stratégie en Iraq, se voit chargé des Anciens combattants. Leon Panetta, chef de cabinet de la Maison-Blanche sous B. Clinton, chapeaute la CIA. Symboliquement, la supervision de la politique antiterroriste échoit en partie à l'Attorney General (ministre de la Justice) Eric Holder, le premier Noir placé à ce poste de responsabilité. L'ensemble de ces affectations donne en soi sens et consistance au changement préconisé par B. Obama : poursuite des engagements américains en cours (notamment en matière de lutte contre la terreur), mais redéploiement des forces et révision des modalités comme des champs d'action des États-Unis, écoute des partenaires internationaux, et, plus généralement, ouverture sur le monde.
Dans le domaine économique et social, de nouveaux arbitrages se dessinent avec netteté, mais de même sans pour autant qu'ils entraînent un virage à 180 degrés par rapport aux politiques précédemment suivies. Alors que le républicain centriste Tim Geithner, jeune président de la Réserve fédérale de New York et artisan des plans de sauvetage de Bear Stern et d'AIG, prend la direction du Trésor, les spécialistes chevronnés Paul Volcker et Lawrence Summers sont appelés à la Maison-Blanche pour aider B. Obama à dégager les grands axes de son action, que le choix de ces différentes personnalités place à mi-chemin entre le statu quo et l'inflexion régulatrice keynésienne. La nouveauté provient davantage de l'accent porté sur l'environnement et la réduction de la dépense énergétique. La nouvelle équipe parie en effet sur l'innovation écologique et le secteur en plein essor de l'économie verte pour sortir les États-Unis de la très grave crise dans laquelle ils sont plongés en même temps que de la dépendance pétrolière qu'ils ont contractée envers l'étranger. Ainsi John Holdren, physicien de Harvard et critique virulent de la politique environnementale de G. W. Bush, ou Carol Browner, une proche d'Al Gore, rejoignent-ils le président en qualité de conseillers scientifiques, pendant que ce dernier élève symboliquement au secrétariat à l'Énergie le Prix Nobel de physique Steven Chu, fervent partisan des énergies renouvelables, et qu'il l'assiste en quelque sorte de Jane Lubchenko, une biologiste spécialiste des fonds marins, pour former une sorte de « green team » de spécialistes de choc, préposée à la définition de ces nouveaux objectifs comme à leur mise en œuvre.
Les premiers gestes du président à son entrée en fonction se veulent significatifs du changement d'ère à Washington, même si, réalisme politique et nécessités conjoncturelles obligent, ils n'induisent pas non plus de bouleversement majeur dans l'ordre des priorités antérieures : ainsi B. Obama ordonne-t-il symboliquement la suspension des procédures judiciaires en cours à Guantánamo puis la fermeture du centre de détention d'ici au plus tard un an, il met de même hors-la-loi la pratique de la torture par les forces armées et les services américains, et interdit à la CIA d'organiser des prisons secrètes. Pour sa première initiative diplomatique, il tient à appeler les différents protagonistes du conflit israélo-palestinien, et dans la foulée, désigne des émissaires pour travailler à la résolution des différends dans les divers points chauds du globe (George Mitchell, l'artisan des Accords du Vendredi Saint, pour le Proche-Orient, Richard Holbrooke, le pacificateur des Balkans, pour l'aire Afghanistan-Pakistan, jugée tout aussi critique). 17 000 hommes sont envoyés courant février pour renforcer le front de la lutte contre les talibans, tandis que par ailleurs Washington s'alarme de la menace qu'al-Qaida fait peser sur l'intégrité du Pakistan.
Autre urgence : le réchauffement climatique, à propos duquel B. Obama en appelle très vite à la concertation internationale, et, pour ce qui est de son ressort, l'échelle fédérale, à l'accélération de la mise en œuvre de normes drastiques d'émission de CO2, prenant ostensiblement par là même le contrepied de son prédécesseur à la Maison-Blanche. Malgré la provocation que constitue la reprise par la Corée du Nord au même moment de ses essais balistiques, il plaide pour la non-prolifération nucléaire dans un grand discours à Prague le 5 avril. Attaché à donner l'image d'une Amérique moins arrogante et unilatérale, il multiplie les signes d'écoute, les gestes d'apaisement, voire les invitations au dialogue avec la Russie, l'Iran, Cuba (levée par exemple des restrictions pesant sur les échanges et le tourisme en janvier 2011), le Venezuela, ou encore la « rue arabe ». Il prend soin également de ne pas négliger les alliés traditionnels : comme J. Biden à Munich dès février puis à Bruxelles en mars, il se prononce à l'occasion de son premier déplacement en Europe en avril pour un partenariat transatlantique renouvelé. À Ankara, le 6 avril, au terme de sa tournée de l'Ancien continent, il engage une opération de séduction plutôt fructueuse auprès du monde musulman (poursuivie notamment lors du discours du Caire du 4 juin 2009).
Sur le plan intérieur, il remporte à la mi-février sa première victoire législative en obtenant promptement du Congrès, moyennant quelques concessions, l'adoption d'un vaste plan de relance de 787 milliards de dollars, destiné à créer 2 à 3 millions d'emplois (certes insuffisants pour compenser les destructions en cours) et à financer l'investissement dans la santé, l'éducation, les infrastructures, l'environnement et les nouvelles énergies. Quelques semaines plus tard, T. Geithner expose un nouveau programme de sauvetage et de réglementation (minimale) des banques, afin de venir à bout des actifs toxiques qui plombent leurs résultats et menacent leur survie comme plus généralement le maintien de l'activité. Après une aide massive en novembre, Citigroup, mastodonte bancaire en pleine déconfiture, est partiellement nationalisé à la fin de février, cependant que le gouvernement procède à de nouveaux renflouements de l'assureur AIG ou, en mars, avril, puis mai, des constructeurs automobiles eux aussi tout près de la banqueroute. Ces différentes initiatives ont néanmoins un coût, exorbitant : les prévisions de déficit budgétaire pour 2009 le situent à 1 750 milliards de dollars, c'est-à-dire près de 12,5 % du PIB (et encore près de 11 % pour 2010), un niveau inédit en temps de paix. Mais elles s'inscrivent pleinement dans le plan de relance concertée que B. Obama parvient à arracher à ses collègues du G 20 réunis à Londres au début d'avril.
Les différentes mesures prises par le nouveau gouvernement semblent enrayer la spirale récessionniste. Mais elles peinent à consolider la reprise et notamment à remettre en marche la machine à créer des emplois. De fait, le taux de chômage continue à grimper, pour avoisiner durablement les 10 %, non sans susciter inquiétude et mécontentement au sein d'une population alarmée par l'ampleur de la dépense fédérale et ses nouveaux champs d'intervention. Symboles des difficultés prégnantes du pays, GM est nationalisée et Chrysler passe aux mains de Fiat en juin. L'opposition à l'Administration capitalise notamment sur le rejet croissant par l'opinion du projet phare de la campagne du candidat Obama, le programme d'assurance santé universelle : beaucoup en effet estiment qu'il ne s'agit pas d'une priorité, qu'il va grever un peu plus les finances publiques et par ailleurs octroyer davantage de pouvoir au gouvernement fédéral et à sa bureaucratie. Aussi les débats qui s'engagent au Capitole sont-ils houleux et leur issue plus qu'incertaine. La remise en cause par le président de certains de ses engagements, comme celui de fermer Guantánamo dans l'année, ajoute aux déceptions de ses partisans et n'est pas pour rien dans les mauvais résultats électoraux enregistrés par les démocrates en novembre (perte des États du New Jersey et de la Virginie notamment), même si la défaite d'un républicain new yorkais très conservateur laisse penser que la radicalisation de l'opposition n'est encore guère payante. Pourtant, en janvier 2010, presque un an jour pour jour après l'entrée en fonction d'Obama, c'est bien un nouveau venu et un membre de l'aile droite du Grand Old Party, Scott Brown, qui prend significativement le siège de sénateur du progressiste Massachussetts, laissé vacant par le décès de Ted Kennedy à l'été, non sans tétaniser le parti de l'âne, le placer plus que jamais désormais sur la défensive, et le priver de la supermajorité au Sénat que le ralliement d'un républicain modéré fin avril et la validation d'une élection en juillet lui avaient permis d'acquérir, lui donnant alorsles moyens de contrer les tentatives d'obstruction parlementaire de la formation rivale.
Finalement, c'est un plan santé quelque peu édulcoré (concernant toutefois 31 millions d'Américains supplémentaires, sur les 50 privés de couverture maladie) qui est voté par le Congrès et signé par le président à l'orée du printemps 2010. Le projet de régulation des opérations spéculatives des banques est lui aussi adopté fin juin, moyennant un certain nombre de concessions. Malgré l'impact de la catastrophique marée noire qui souille durablement les côtes de la Louisiane après l'explosion d'une plateforme pétrolière fin avril, torpillé par les lobbies industriels, le plan climat proposé par l'Administration échoue à passer devant le Sénat. À ce titre, la lenteur de la réaction et l'impuissance patente du gouvernement face au désastre écologique accroissent les déceptions accumulées. De surcroît, devant les tensions que rencontre le sujet, le président renonce à présenter une réforme de la législation sur l'immigration, contrairement à ce qu'il avait promis pendant sa campagne, en particulier aux électeurs latinos. Aussi, malgré la nomination à la Cour suprême de deux femmes par ailleurs plutôt jeunes, pugnaces et progressistes, respectivement Sonia Sotomayor en 2009 (la première Hispanique à entrer dans l'institution) et Elena Kagan en 2020, le camp libéral ou progressiste déchante. Et la vague populiste soulevée par le mouvement des Tea Party, elle, se déchaîne, emmenée entre autres par Sarah Palin, au point de menacer des républicains sortants modérés lors des primaires internes pour la désignation des candidats aux midterms de novembre, et de pousser un peu plus vers la droite le Grand Old Party dont les caciques signent un « serment pour l'Amérique » très conservateur, répudiant la plupart des initiatives prises par l'Administration Obama.
En proie aux attaques (sur sa nationalité, sa religion, sa capacité à protéger le pays, après les attentats terroristes déjoués dans un avion le 25 décembre et à Times Square à New York le 1er mai, enfin ses options politiques, qualifiées de socialistes), le président voit son crédit s'effriter et ses soutiens peu à peu le quitter : après son directeur du Budget en juin, c'est au tour de ses conseillers économiques, Cristina Romer et Larry Summers pendant l'été, puis en octobre du proche et fidèle secrétaire général Rahm Emmanuel (officiellement pour briguer la mairie de Chicago) et enfin du chef du National General Council, le général James Jones, de quitter la Maison-Blanche, comme si l'équipe de choc avait failli ou devait laisser place à de nouvelles têtes, plus à même de s'entendre avec les futurs nouveaux leaders républicains du Congrès.
Et de fait, les midterms consacrent le retour de ces derniers sur le devant de la scène politique : avec un gain record de 60 sièges, le Grand Old Party reprend les rênes de la Chambre, et, s'il ne parvient pas conquérir le Sénat, il réduit nettement la majorité démocrate dans la haute assemblée (perte de 6 postes). Avec, en sus, le contrôle de 7 nouveaux États (dont les importants Ohio, Michigan et Pennsylvanie), et d'une vingtaine de nouvelles législatures locales, il se trouve en position de force pour définir le cadre des élections de 2012.
Prenant acte de la sanction, B. Obama s'engage à travailler avec les républicains, non sans toutefois laisser la réserve fédérale injecter à nouveau des centaines de milliards de dollars dans l'économie et presser le Congrès sur le départ à faire passer une série de mesures en suspens : levée du tabou sur les orientations sexuelles des militaires, approbation par le Sénat du traité START conclu avec la Russie, indemnisation des dépenses de santé des travailleurs du chantier de Ground Zero… Pour satisfaire les républicains, il accepte le report de la réforme fiscale qu'il envisageait de mener ainsi qu'un gel des salaires des fonctionnaires sur 2 ans, mais en contrepartie obtient notamment la prolongation sur 13 mois des allocations chômage. Après le fiasco du jugement civil à New York à la mi-novembre du premier détenu de Guantánamo Ahmed Ghailani (un seul chef d'accusation retenu contre ce Tanzanien responsable des attentats de Nairobi et Dar-es-Salaam en 1998, contre 285 prévus), et suivant l'interdiction faite par les représentants de tout nouveau transfèrement de prisonniers sur fonds fédéraux, il revient officiellement sur l'un de ses engagements initiaux et annonce qu'il s'apprête à émettre un décret exécutif légalisant la détention illimitée sur place (signé le 7 mars 2011). D'où en définitive pour ce mi-mandat un bilan législatif conséquent, que reconnaissent nombre de ses adversaires, même s'il déçoit en partie ses plus fervents partisans.
Poursuivant sa recherche de compromis tant avec les républicains que les milieux d'affaires et peaufinant son recentrage politique, il nomme en janvier William Daley, un ancien banquier, porte-parole de la Maison-Blanche, place Gene Sperling, lui aussi très proche du monde financier, à la tête de la commission d'experts économiques, et accepte la démission de cette dernière de Paul Volcker. Préoccupé par la « révolution de jasmin » tunisienne et le « printemps arabe » qui s'ensuit et menace de déstabiliser une région stratégique pour les États-Unis, le président doit composer à l'intérieur avec la Chambre républicaine qui engage un bras de fer sur la politique environnementale menée par l'Administration, le déficit budgétaire et la dette publique cumulée, qui atteint en avril le plafond autorisé. Des concessions aboutissent in extremis à un accord sur les coupes à opérer dans les dépenses en 2011, moins drastiques que prévues, mais substantielles (38,5 milliards de dollars d'économies, contre 100 originellement, et la préservation du planning familial, pourtant dans la ligne de mire des partisans du mouvement du Tea Party) ; mais la réforme fiscale et de nouveaux plans de réduction des dépenses fédérales feront à l'évidence l'objet de la campagne présidentielle de 2012, à laquelle B. Obama déclare le 4 avril son intention de concourir, pour décrocher un second mandat.
Bien que déconsidérés par la violence des attaques verbales qu'ils ont pu mener contre leurs adversaires démocrates et leurs possibles conséquences (fusillade mortelle en janvier à Tucson dans l'Arizona lors d'un meeting de la représentante démocrate Gabrielle Giffords) et des concessions qu'ils sont amenés à faire au Congrès, les plus radicaux des républicains n'en envisagent pas moins leur retour prochain à la Maison-Blanche : parmi eux figurent, bien plus que Sarah Palin dont l'étoile pâlit, Newt Gingrich, Rudolph Giuliani, Mitt Romney, ainsi que le milliardaire Donald Trump, qui relance une campagne d'interrogation sur la citoyenneté américaine du président, obligeant ce dernier le 27 avril à se fendre de la publication de son acte de naissance à Hawaï, alors que celui-ci se consacre à remanier pour l'été son conseil de guerre, Leon Panetta devant succèder à Bob Gates sur le départ depuis un an à la Défense, le général David Petraeus étant par ailleurs appelé à prendre la direction de la CIA et être remplacé par John Allen du Centcom à la tête des 140 000 hommes des forces internationales engagées en Afghanistan. Cependant, l'annonce le 2 mai de la liquidation d'Oussama Ben Laden dans le cadre d'une opération commando lancée contre le repaire de ce dernier au Pakistan, entraîne un grand mouvement de liesse dans le pays, de nature à valider la politique sécuritaire du président, pourtant jusque-là fortement contestée. L'embellie sondagière dont celui-ci bénéficie alors résistera-t-elle cependant aux inquiétudes persistantes sur la santé de l'économie américaine ?
Conscient des limites de la superpuissance américaine, B. Obama s'emploie à nouer de multiples partenariats visant à résoudre au cas par cas les problèmes qui se posent à l'échelle de la planète et à préserver au mieux les intérêts vitaux de la nation. Cette doctrine, mise en œuvre successivement avec la Chine, la Russie, l'Europe, le Pakistan, l'Inde – avec plus ou moins de bonheur – n'en est pas moins formalisée comme telle en mai 2010.
De fait, c'est en concertation avec l'Empire du Milieu que l'Administration cherche à répondre aux premières crises diplomatiques qui se posent véritablement à elle, à savoir la menace nucléaire nord-coréenne à la fin mai 2009, puis, quelques jours plus tard, les troubles post-électoraux en Iran, et par la suite la lancinante question sur la nature de la politique d'enrichissement en uranium menée par Téhéran. Sans véritable grand succès. En effet, les États-Unis sont amenés à prêter main forte à Séoul dans la mer Jaune à la fin novembre 2010 à la suite du bombardement de l'île de Yongpyong par les Nord-Coréens (et plus tôt, en mai 2010, de l'explosion de la corvette Cheonan imputée à Pyongyang). Au demeurant, l'opération de séduction menée par Washington envers Pékin (cf. le sommet à Washington en juillet) fait long feu et laisse vite place à de nombreux points d'achoppement, qu'il s'agisse des questions économiques, financières et monétaires exprimées lors des différents G 20 (Pittsburg en septembre 2009, Séoul en novembre 2010), de l'enjeu climatique (échec du sommet de Copenhague en décembre 2009, mais par contre demi succès à Cancún un an plus tard), ou encore de la compétition pour l'approvisionnement en ressources stratégiques, en Afrique notamment. À la déférence initiale succèdent même les sujets de crispation : ainsi le renforcement des liens avec Taïwan à la fin janvier 2010 ou la rencontre d'Obama avec le dalaï-lama en février ne manquent-ils pas d'indisposer les dirigeants chinois. Ceux-ci s'inquiétent aussi du lien ostensiblement renoué avec New Delhi lors de la réception du Premier ministre Manmohan Singh à Washington en novembre 2009 et de la visite en Inde du président des États-Unis un an plus tard, car ils y voient un message appuyé destiné à signifier que les deux puissances entendent dorénavant contrer l'influence régionale de Pékin. En somme, après avoir tout d'abord privilégié un axe sino-américain considéré comme majeur, l'Administration Obama redécouvre l'importance du contrepoids indien mis en avant par la précédente équipe.
La dénucléarisation est une autre priorité définie par Obama. Celle-ci passe par Moscou, avec qui les relations se détendent rapidement, dès mars 2009. La relance des négociations avec la Russie, gelées sous la précédente Administration, aboutit pendant l'été à l'annonce de la conclusion prochaine d'un nouveau traité bilatéral de réduction substantielle (de l'ordre de 30 %) des arsenaux nucléaires, et de fait, avancée significative, un nouvel accord START est conclu entre les deux parties à la fin mars 2010 et ratifié en décembre par le Sénat. La dimension transalantique n'est pas non plus négligée, même si celle-ci semble devoir être davantage incarnée par le vice-président Biden, à charge pour lui de rappeler aux Européens leurs engagements dans le conflit en Afghanistan, principal foyer d'inquiétude de l'équipe Obama.
Le Moyen-Orient reste en effet au cœur des préoccupations et des cauchemars des décideurs américains. Si conformément à l'une de ses promesses de campagne, B. Obama accèlère le retrait d'Iraq, effectif à la fin août 2010 (pour ne laisser stationner, malgré le blocage politique consécutif aux élections législatives de mars 2010 et la recrudescence en parallèle des violences, qu'une cinquantaine de milliers d'hommes, chargés du maintien de l'ordre), c'est pour étoffer dès février 2009 le front afghan, qui donne de multiples signes de faiblesse. Et ce continûment. L'imbroglio politique qui reconduit en novembre Hamid Karzai à la tête de l'État n'aide en rien l'action des forces internationales, qui, au reste, multiplient les bévues et s'aliènent un peu plus des civils lassés par la violence et la corruption dominantes. Le limogeage à un an d'intervalle des commandants en chef des forces internationales David McKiernan en mai 2009 et de son successeur Stanley McCrystal en juin 2010 témoigne des dissensions internes voire du désarroi qui règne en haut lieu à propos des stratégies à adopter dans ce qui apparaît de plus en plus comme un nouveau « bourbier ». David Petraeus, l'architecte du « surge » iraquien appelé désormais à diriger les forces en présence sur place, poursuit néanmoins l'intensification de l'offensive menée dans le Sud-Est du pays depuis le début de l'année et l'« américanisation » de l'opération internationale actée lors du sommet de l'OTAN à Lisbonne fin novembre 2010. Conjointement, les politiques s'attachent à renforcer le volet pakistanais du conflit, que ce soit en augmentant l'aide attribuée à Islamabad ou en multipliant les tirs de drones depuis la frontière entre les deux pays. Mais l'allié et voisin apparaît de moins en moins fiable : fragilisé par des inondations catastrophiques de l'été 2010 et le discrédit de ses leaders, il ne manque pas de s'irriter du réchauffement qui prévaut dorénavant entre Washington et l'ennemi indien. En outre, des fuites laissent entendre que ses services secrets n'ont de cesse de mener un double jeu qui obère un peu plus les chances de succès de la coalition. Bref, ce dernier théâtre (surnommé « Af-Pak ») demeure un nœud inextricable de tensions multiples comme un vivier de menaces tout aussi dangereuses. Dans ce contexte, les discours successifs d'Obama pour rassurer et apaiser la « rue musulmane » (cf. propos du Caire du 4 juin 2009, faisant suite à ceux d'Ankara et appelant plus explicitement encore à « fonder un nouveau départ entre les États-Unis et les musulmans, sur le respect mutuel » et sur l'idée que « l'Amérique et l'islam ne s'excluent pas » ; ou encore allocution de Jakarta du 10 novembre 2010) comme les efforts, pour l'heure infructueux, qu'il entreprend pour remettre autour de la table des négociations entre Israéliens et Palestiniens et désamorcer ce différend majeur qui nourrit les tentations de djihad, semblent impuissants à dépasser le stade des intentions et devoir, dès la fin 2010, n'aboutir à rien d'autre qu'un constat d'échec.
Prise de court par les soulèvements populaires du Maghreb en partie liés aux fuites de Wikileaks rendant publics 250 000 télégrammes du Département d'État et de ses ambassades à la fin novembre 2010, l'Administration Obama salue le courage des Tunisiens lorsque ceux-ci forcent vers le départ leur président Ben Ali le 14 janvier 2011 dans le cadre de la « révolution de jasmin », mais, craignant un scénario à l'iranienne, peine à trouver, lors du « printemps arabe » qui s'ensuit, une ligne claire s'agissant du fidèle allié égyptien et finit malgré tout par presser le président Moubarak à quitter ses fonctions. De même, en mars, B. Obama se rallie non sans hésitation à une action militaire contre la Libye du colonel Kadhafi, sous l'égide de l'OTAN, mais se contente de condamner la répression menée par les autorités de Damas contre le peuple syrien en colère et évite toute ingérence trop marquée dans les troubles qui secouent le Yémen ainsi que Bahreïn, deux États pivots dans la lutte que les États-Unis mènent contre al-Qaida. Un coup fatal n'en est pas moins porté à cette dernière lorsque dans la nuit du 1er au 2 mai 2011 un commando américain liquide O. Ben Laden dans sa retraite pakistanaise d'Abbottabad, semant un peu plus le trouble entre Islamabad et Washington, mais augurant peut-être d'un retrait prochain d'Afghanistan, et en tout cas suscitant un immense soulagement et une vague d'enthousiasme dans l'ensemble des États-Unis.
Terre d'exil et d'avenir, continent plein de promesses, l'Amérique du « Nouveau Monde » et de la « Frontière » a donné naissance à une littérature de la fuite en avant et du devenir perpétuel, faite de contrastes et d'oppositions.
Paradoxe, les immigrés de toutes origines y cherchent les racines qu'ils ont quittées, et l'homogénéité de l'ensemble masque les disparités les plus flagrantes.
Issu des périodes coloniale et révolutionnaire, l'imaginaire américain puise avant tout à la source du voyage, image d'un renouveau et d'un recommencement à l'infini dont l'Amérique du rêve est le centre et qui fausse la perception de l'« autre », quand elle ne l'exclut pas.
Les premières ébauches de littérature nationale n'apparaissent qu'après la rupture brutale du cordon ombilical avec l'Angleterre, et il faut attendre les années 1820 et les romans de Fenimore Cooper pour qu'émergent des thèmes véritablement américains. Cependant, dans leur diversité, biographies, traités, sermons et récits de voyage de la période coloniale énoncent déjà les causes de la rupture et informent l'imaginaire naissant. Les premiers colons se divisent en effet en deux groupes distincts. Alors que John Smith et Nathaniel Ward se considèrent toujours comme anglais et vantent à leurs compatriotes les avantages économiques du Nouveau Monde, d'autres mettent l'accent sur les raisons qui les ont poussés à quitter la mère patrie, et discutent des relations entre l'Église et l'État. Dans son Journal (1630-1649), John Winthrop défend l'idéal théocratique, que reprendront Increase, puis Cotton Mather (Magnalia Christi Americana, 1702) ; William Bradford raconte la rupture des Pères fondateurs avec l'anglicanisme (History of the Plymouth Planation, 1646), et, dans une série de pamphlets, Roger Williams prône la séparation de l'Église et de l'État, la démocratie et l'cuménisme. Libéralismes religieux, économique et politique vont de pair : il ne suffisait pas de fuir l'Europe, encore fallait-il bâtir un monde nouveau.
L'apparition des premières œuvres de fiction coïncide précisément avec le déclin croissant du calvinisme, selon lequel l'homme, né mauvais, doit se racheter par la foi et la vertu. Mais, alors qu'on donne la première pièce de théâtre professionnelle, le Contraste (1787), comédie de Royall Tyler où le personnage du «Yankee» fait son apparition, les premiers romans américains suivent des genres et perpétuent des styles européens : le Pouvoir des affinités (1789), de William Hill Brown, fait écho au sentimentalisme de Samuel Richardson, alors que Chevalerie moderne de H. H. Breckenridge (1792-1815) s'inspire de Cervantès et de Fielding. Le Wieland (1798) de Charles Brockden Brown poursuit la tradition du roman gothique.
Ainsi, la nouvelle République reproduit à sa façon le puritanisme de ses pionniers, et l'hypocrisie n'est pas absente de cet assouplissement religieux d'ordre essentiellement pragmatique ; le développement du commerce et l'entraide nécessaire dans un milieu naturel hostile impliquent une certaine tolérance, du moins en surface, comme en témoignent les écrits des « pères de la révolution » : Benjamin Franklin, dans l'Almanach du Bonhomme Richard (1732-1757), comme dans son Autobiographie (1788), plaide pour le bon sens et la perfectibilité humaine ; dans une série d'articles intitulée The American Crisis (1776-1783), Thomas Paine, journaliste et pamphlétaire, compare l'Angleterre aux forces du Mal ; enfin, Thomas Jefferson, coauteur de la Déclaration d'indépendance et de 85 essais qui jettent les bases théoriques de la république américaine (le Fédéraliste, 1787-1788), considère que, si les hommes sont égaux, il existe une «aristocratie naturelle de vertus et de talents» à laquelle il revient de diriger la nation. Chant à la gloire de l'Amérique du bon droit et de la liberté individuelle, la révolution de 1776 accouche d'un imaginaire replié sur lui-même. Le second conflit avec la couronne britannique (1812) confirmera cet enfermement, et la conquête de la Frontière, formidable découverte d'un espace quasi illimité, renforcera ce sentiment d'autosuffisance : les États-Unis n'ont besoin de personne, leur peuple fait leur richesse, et leur diversité leur capacité de renouvellement.
Les bases du rêve sont posées ; le poème épique de Joel Barlow qui dessine l'avenir des États-Unis, la Colombiade (1807), et l'arrivée au pouvoir d'Andrew Jackson lancent l'Amérique à « la recherche du bonheur ». Ainsi, de Fenimore Cooper à Jack Kerouac et Jim Morrison en passant par Melville, Whitman et la « génération perdue » (Hemingway, Fitzgerald), l'Américain voyage, toujours vers l'Ouest. La fin du XIXe s. coïncidera avec celle de l'avancée territoriale. La clôture de la Frontière (1890) fixe les limites de l'espace physique américain, et double l'enfermement de l'esprit fondateur. Dès lors, qu'il dénonce le rêve ou qu'il participe à sa poursuite, l'écrivain retombe immanquablement sur les images que le rêve a exclues. Ses origines le hantent et c'est à reculons qu'il avance dans une Histoire qui « pour nous ne commence pas par la découverte, mais par le meurtre et l'esclavage » (William Carlos Williams). De toute part surgissent des images qui viennent lui rappeler les «erreurs» commises en chemin et qui vont dessiner la figure de l'« autre », l'homme de couleur (rouge, noir), le Sud (terre du passé, des origines, des traditions), la femme, le pauvre, le fou.
La vague nationaliste qui suit la guerre de l'Indépendance et plus encore celle de 1812 entraîne, par son optimisme, l'émergence progressive d'une littérature authentiquement américaine, par les thèmes, les sujets ou les styles. S'il convient de mentionner Washington Irving (Histoire de New York, 1809 ; Livre d'esquisses, contes publiés en feuilleton à partir de 1819) et le poète William Cullen Bryant (Thanatopsis, 1817), qui traduisent encore l'influence britannique, deux écrivains se distinguent par leurs qualités d'innovation : E. A. Poe et J. F. Cooper.
Edgar Allan Poe, le grand critique littéraire à l'écart du courant nationaliste, bouleverse les règles du roman noir par sa logique et sa précision, et hausse le récit d'horreur au niveau de l'art (la Chute de la Maison Usher, 1840) : il sera en un sens le père du genre «policier» (Double assassinat dans la rue Morgue, 1841), mais ses récits, essais et poèmes (Aventures d'Arthur Gordon Pym, le Corbeau) traduits par Baudelaire seront longtemps plus estimés en France qu'aux États-Unis.
Au contraire, James Fenimore Cooper, surnommé «le Walter Scott américain», connaîtra la gloire grâce à son incarnation de l'individualisme et de l'esprit de la Frontière, Natty Bumppo, héros des cinq romans réunis sous le titre de Bas-de-Cuir (1841). Son exemple sera suivi, à l'est, par les poètes « du coin du feu », Longfellow, Holmes et Lowell, aristocrates de Nouvelle-Angleterre, qui célèbrent l'histoire de l'Amérique et chantent ses paysages ; à l'ouest, par tout un groupe d'écrivains peu connus en Europe (Davy Crockett, Johnson, J. Hooper, Joseph G. Baldwin) qui centrent leur tableau vivant et humoristique de la Frontière sur l'« homme du commun » cher au président Andrew Jackson.
La renaissance américaine, qui débute dans les années 1830-1840 avec le transcendantalisme, naît de cette redéfinition des rapports entre l'homme et la nature. Mystique et panthéiste, se définissant à nouveau par contraste avec l'Europe, le transcendantalisme procède dans ses grandes lignes du platonisme. Ralph Waldo Emerson lance le mouvement avec son essai Nature en 1836 : les hommes communient dans l'oversoul (l'âme universelle, ou surâme), dont la nature est l'incarnation. Chaque âme représente une part de l'oversoul, et l'individu accède à la transcendance grâce à la connaissance de soi et à la foi en la nature. Bronson Alcott, George Ripley, Oreste Brownson, Jones Very, William Ellery Channing et Margaret Fuller joignent leurs voix à celle d'Emerson dans la revue The Dial (1840-1844). Le poète Henry David Thoreau applique les idées d'Emerson et s'isole dans une cabane, puis relate son expérience dans Walden ou la Vie dans les bois (1854). Mais à côté de sa dimension métaphysique, le transcendantalisme est également porteur d'une volonté de changement qui s'exprime, en Europe, à travers les révolutions de 1848 et qui devait mener, aux États-Unis, à la guerre de Sécession, témoin de la première faille dans la bonne conscience de l'Amérique. Les œuvres de trois grands auteurs de cette période traduisent ce double aspect.
Il dédie à Emerson son autobiographie en vers libres (Feuilles d'herbe, 1855), hymne à la vie d'un enthousiasme juvénile. Ardent partisan d'Andrew Jackson et chantre de l'individualisme, il prédit, dans Perspectives démocratiques (1871), la grandeur de l'Amérique et de sa littérature.
À l'opposé du spectre se situe Nathaniel Hawthorne, qui, à la communion avec la nature, oppose la malédiction originelle de l'Amérique (la Maison aux sept pignons, 1851), celle d'un pays fondé sur le crime et l'hypocrisie. Ses romans historiques où se mêlent symbolisme et allégorie dénoncent le manichéisme des fondateurs de la nation : les notions rigides de Bien et de Mal vont à l'encontre d'un développement harmonieux de la nature humaine, incarnation, à l'échelle individuelle, de la surâme ; plutôt que la femme adultère et son amant, la Lettre écarlate (1850) fustige le mari et les juges. Si Hawthorne prolonge ainsi Thoreau, avocat de la Désobéissance civile (1849), il se démarque du concept transcendantaliste qui veut que toute misère trouve mystérieusement sa compensation : les amants ne reçoivent rien en échange de l'injustice dont ils sont les victimes ; seul l'enfant de la passion pourra prétendre au bonheur.
Enfin, Herman Melville, qui cultive son art à travers des romans inspirés de sa propre expérience de la mer, offre une vision du monde encore plus pessimiste dans Moby Dick (1851) : la lutte à mort entre l'homme (Achab) et la nature (Moby Dick) aboutit à la destruction de l'un comme de l'autre. Dernière image symbolique de ce roman allégorique, le narrateur (Ishmael), seul rescapé de cette chasse à la baleine, qui aux yeux d'Achab représente les forces du Mal, échappe à la mort en s'agrippant au cercueil de son ami, le bon sauvage.
La guerre de Sécession a moins d'effet sur la littérature que la disparition de la Frontière et la formidable expansion industrielle qui la suit. Cette fin de siècle marque l'avènement des littératures régionales et minoritaires, et l'essor du réalisme.
L'utilisation des dialectes et des décors régionaux, naguère réservée aux humoristes, passe, dans l'immédiat après-guerre, aux mains des « régionalistes », tenants d'un réalisme local, et qui souvent appartiennent à des minorités : les femmes (Willa Cather, Kate Chopin, Edith Wharton) ou les Noirs (Charles Chestnutt, William Wells Brown). Alors que la Case de l'oncle Tom (1852) de l'antiesclavagiste Harriet Beecher-Stowe avait provoqué le scandale, ces écrivains, parmi lesquels figurent également Ambrose Bierce et Bret Harte, s'attachent surtout à dépeindre l'Amérique du passé dans sa diversité. Mais le plus grand nom de ce courant est sans conteste Mark Twain, en qui Hemingway verra le véritable père de la littérature américaine. Né sur la Frontière, formé à l'école du journalisme et du voyage, Mark Twain révolutionne les lettres, écrit l'américain comme on le parle et développe un style précis et direct. Incarnation de l'Amérique, il s'inspire de ses errances (le Voyage des innocents, 1869 ; Mes folles années, 1872) et se penche sur sa jeunesse (Tom Sawyer, 1876 ; Huckleberry Finn, 1884), dans des œuvres où la nostalgie n'exclut pas la dénonciation (Huck part avec Jim, l'esclave noir en fuite).
L'essor du réalisme au tournant du siècle tient à divers facteurs historiques : l'expansion urbaine et industrielle, l'apparition d'une classe ouvrière et de nouvelles vagues d'immigrants, le développement de la presse et des techniques d'information. Les noms de Henry James et de William Dean Howells y sont étroitement associés, mais, alors que Howells s'attache à décrire les détails de la vie quotidienne (l'Ascension de Silas Lapham, 1885), Henry James deviendra l'un des maîtres du réalisme psychologique (Un portrait de femme, 1881) ; la complexité symbolique de ses derniers romans annonce un modernisme esthétisant de plus en plus éloigné du naturalisme et de la contestation sociale.
Tandis que Henry Adams (Démocratie, 1880), Edward Bellamy (Cent Ans après, 1888) et Upton Sinclair (la Jungle, 1906) s'en prennent au capitalisme et à la corruption du monde politique, Stephen Crane (la Conquête du courage, 1895), Frank Norris (la Pieuvre, 1901), Jack London (Croc-Blanc, 1905 ; Martin Eden, 1909) et Theodore Dreiser (Une tragédie américaine, 1925) perpétuent le naturalisme français dont ils accentuent dans une certaine mesure le tragique darwinien.
À la contestation sociale naissante les années 1920 ajoutent le modernisme, modification radicale de l'écriture qui touche aussi bien le théâtre que la poésie ou le roman.
Innovant dans la forme et dans les méthodes de production, le théâtre s'épanouit enfin, avec Thornton Wilder, Elmer Rice, Maxwell Anderson et surtout Eugene O'Neill, qui franchira sur les thèmes du rêve et de l'autodestruction (par l'alcool notamment) les barrières de l'expressionnisme : de l'Empereur Jones (1920) à Le deuil sied à Électre (1931), en passant par Anna Christie (1921), il place les théories modernes de l'inconscient et les techniques du courant de conscience au service de la résurrection de la tragédie grecque.
Elle connaît également un développement sans précédent. Outre ceux qui perpétuent une versification libre inspirée de Whitman, comme Vachel Lindsay et Carl Sandburg, et d'autres qui gagnent les faveurs de la critique et du public en utilisant des formes traditionnelles, comme Edwin Arlington Robinson et Robert Frost, on remarque surtout deux poètes expatriés à Londres, T. S. Eliot et Ezra Pound. Critique littéraire influent, Eliot évoque dans la Terre Gaste (1922) la stérilité spirituelle de l'ère industrielle. Père de l'imagisme et mentor d'un groupe de jeunes poètes dont Wallace Stevens et William Carlos Williams, Ezra Pound soulève la controverse avec ses Cantos, publiés entre 1919 et 1972, recueil en plusieurs langues sur le thème de la descente aux enfers où il décrit, à travers l'effritement de la langue, l'usure généralisée des êtres et des choses et la disparition d'un monde.
Critique sociale et dénonciation du rêve s'expriment aussi dans le roman et la nouvelle avec l'apparition d'une nouvelle génération d'écrivains et l'émergence de littératures minoritaires. Sherwood Anderson (Winesburg-en-Ohio, 1919) et Sinclair Lewis (Grand'Rue, 1920) dénoncent l'Amérique provinciale et ses hypocrisies, William Faulkner (Monnaie de singe, 1926), John Dos Passos (Trois Soldats, 1921) et Ernest Hemingway (Le soleil se lève aussi, 1926) disent leur désillusion face à la Première Guerre mondiale.
Plusieurs de ces écrivains (la Lost Generation, « génération perdue ») se regroupent à Paris, fuyant le vide culturel de l'Amérique triomphante et prospère (Francis Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway, Djuna Barnes). Fitzgerald peint avec un lyrisme minutieux la dérive de personnages riches et oisifs : prisonniers du rêve américain (Gatsby le magnifique, 1925), ou désenchantés (Tendre est la nuit, 1934), leur quête ne les mènera qu'à la mort ou à la folie. Hemingway, sous l'influence de Gertrude Stein, développe un style où « l'action explique la psychologie » : issu de l'école de la presse, il bannit le commentaire et colle aux faits ; ses héros, en lutte pour un idéal, témoignent de l'absurdité d'un combat dont ils sortent détruits, mais pas vaincus (En avoir ou pas, 1937 ; Pour qui sonne le glas, 1940 ; le Vieil Homme et la Mer, 1952). Son style, qui se prête merveilleusement à l'adaptation cinématographique et, dans une large mesure, sa « philosophie » influenceront les créateurs du roman policier hard-boiled (dur-à-cuire) : Dashiell Hammett (le Faucon maltais, 1939), Raymond Chandler (le Grand Sommeil, 1939 ; la Dame du lac, 1943), James McCain (Le facteur sonne toujours deux fois, 1934).
William Faulkner, premier romancier du Sud, part, à travers les douze romans qu'il consacre à une ville imaginaire du Mississippi, à la recherche de l'identité culturelle de l'Amérique, et retombe sur l'image du Noir (Lumière d'août, 1932), même si après l'avilissement surgit le signe de la rédemption (Requiem pour une nonne, 1951).
John Dos Passos dresse de la Grande Dépression de 1929 un tableau d'autant plus hallucinant qu'il y reprend les techniques du montage cinématographique (U.S.A., 1930-1936), tandis que James T. Farrell évoque la crise du point de vue de la minorité irlandaise (Studs Lonigan, 1935) et Henry Roth de celui des immigrants juifs (l'Or de la Terre Promise, 1934). Langston Hughes (Not Without Laughter, 1930) et Richard Wright (les Enfants de l'oncle Tom, 1938) marquent les débuts de la littérature et des mouvements politiques noirs. En marge, Nathanael West s'oriente vers la violence et l'absurde (l'Incendie de Los Angeles, 1939), tandis que Henry Miller, exilé en France, célèbre la joie de vivre dans son œuvre autobiographique (Tropique du Cancer, 1939).
La Seconde Guerre mondiale, puis celles de Corée et du Viêt-nam inspirent de nombreux romanciers. Norman Mailer (les Nus et les Morts, 1948), Irvin Shaw (le Bal des maudits, 1948) et Robert Stone (Dog Soldiers, 1974) opteront pour le réalisme, tandis que James Jones (Tant qu'il y aura des hommes, 1951 ; Mourir ou crever, 1962) s'inscrit dans la veine naturaliste et que Joseph Heller choisit l'humour noir (l'Attrape-nigaud, 1961), tout comme Kurt Wonnegut Jr (Abbatoir 5, 1969).
L'humour est également une des caractéristiques du « style New Yorker », ton littéraire imposé par le caustique et satirique hebdomadaire fondé en 1925 par Harold Ross. Ce style est illustré, notamment, par James Thurber, qui écrit et illustre des articles humoristiques pour la revue jusqu'à la fin des années 1950, John Updike, Philip Roth et J. D. Salinger. Un autre collaborateur du New Yorker, Truman Capote, après une œuvre tout d'abord marquée par l'esthétisme, crée le roman-vérité avec De sang froid (1966), récit quasi journalistique d'un meurtre. Tom Wolfe, journaliste au New York Herald Tribune et à Harper's Magazine, porte-drapeau du « nouveau journalisme », relève les contradictions du monde contemporain à travers des reportages-fictions (The Kandy-Kolored Tangerine-Flake Streamline-Baby, 1965) et des récits pleins d'ironie (le Bûcher des vanités, 1987).
La littérature américaine dans son ensemble tend désormais vers l'humour, l'absurde, le récit allégorique et la fantasy. Ainsi se développe le vaste domaine de la science-fiction – de Ray Bradbury (Fahrenheit 451, 1953) à Arthur C. Clarke (2001 : l'Odyssée de l'espace, 1968) – dans lequel on remarquera surtout Philip José Farmer, qui confronte religion et tolérance à travers la sexualité (les Amants étrangers, 1952) et l'immortalité (le Monde du fleuve, 1965-1981), et Philip K. Dick, dont le thème privilégié est le statut d'une réalité remise en doute par la « confusion » généralisée (le Temps désarticulé, 1959 ; Robot Blues, 1968).
L'autre versant de ce développement se consacre à l'introspection. Vladimir Nabokov, d'origine russe, et l'Argentin Jorge Luis Borges exerceront une influence prépondérante sur la naissance de cette « métafiction ». Nabokov, naturalisé américain en 1945, produit une œuvre sophistiquée où se côtoient innovations linguistiques et formelles (Lolita, 1955 ; Feu pâle, 1962). John Barth imite et parodie tout à la fois les formes conventionnelles (l'Opéra flottant, 1956 ; l'Enfant-Bouc, 1966), tout comme Donald Barthelme (Blanche-Neige, 1967 ; le Père mort, 1975). L'œuvre de William Gass présente une problématique de l'écriture sur fond de vie quotidienne du Middle West (In the Heart of the Heart of the Country, 1968).
Mais cette remise en question du sujet et de l'objet de l'écriture possède à l'évidence des implications politiques, sociales et culturelles. L'œuvre de Thomas Pynchon, de V (1963) à The Crying of Lot 49 (1966), repose sur une théorie de l'entropie qui aboutit à la dénonciation du vide, de la désintégration de l'énergie physique, morale et spirituelle de l'Amérique. Le thème de la reconstruction, qui passe par la quête des origines et la refonte d'éléments culturels émiettés, informe la littérature américaine de cette seconde moitié de siècle.
Dans le domaine du théâtre, Arthur Miller redéfinit la tragédie américaine du rêve sur le thème de la culpabilité originelle (Mort d'un commis voyageur, 1949), et Tennessee Williams sur celui de la castration et de la hantise de l'échec (la Chatte sur un toit brûlant, 1955). Edward Albee, dont l'œuvre s'apparente au théâtre de l'absurde, dénonce l'artifice des conventions qui masquent l'hypocrisie, la violence et la haine (le Rêve américain, 1961; Qui a peur de Virginia Woolf ?, 1962). Chez les poètes, Charles Olson et Robert Creeley s'associent à la « Black Mountain School », inspirée par William Carlos Williams, disciple d'Ezra Pound. Sylvia Plath (Ariel, 1965) et Robert Lowell (Pour les morts de l'Union, 1964) choisissent la voie, tragique pour l'une, sombre pour l'autre, de l'introspection.
Ils cherchent le salut d'une terre maudite : Carson McCullers dépeint la solitude des innocents, seuls capables de lucidité (la Ballade du café triste, 1951). Flannery O'Connor adopte une perspective rédemptrice et dénonce la tiédeur et l'aveuglement des bien-pensants face à la misère du monde (Et ce sont les violents qui l'emportent, 1960). Eudora Welty se passionne pour le rôle de la mémoire (The Optimist's Daughter, 1972).
Elles mêlent réalisme, histoire, folklore et mythes. Ralph Ellison conjugue le thème dostoïevskien du souterrain (Homme invisible, pour qui chantes-tu ?, 1952) : le Noir ne se distingue pas par la couleur de sa peau mais par le fait que les Blancs ne le voient pas. Véritable portrait de la communauté noire américaine dans sa diversité, l'œuvre de James Baldwin en définit l'identité créatrice (Notes of a native Son, 1955 ; Just above my Head, 1979). Plus récemment, deux voix de femmes se sont fait entendre dans la littérature noire : Toni Morrison (Tar Baby, 1981 ; Beloved, 1987) et Alice Walker (la Couleur pourpre, 1983 ; The Temple of my Familiar, 1990).
Entre les désillusions du lendemain de la Seconde Guerre mondiale et le choc de la guerre du Viêt-nam, alors que se fissurent l'image du rêve américain et le mythe de l'unité de la nation, un certain nombre d'écrivains d'origine juive découvrent que leur peuple est l'objet d'une nouvelle élection, qu'ils n'osent qualifier de divine : le Juif, minoritaire dans la société américaine, est l'emblème même de cette société éclatée, formée d'un conglomérat de ghettos. Décrire la quête d'identité d'une minorité revient ainsi à définir le cheminement de la majorité des constituants de la communauté américaine. Si Bellow inaugure ce constat avec son deuxième roman, la Victime, il est suivi par tout un courant, aux États-Unis et au Canada, d'où se détachent deux figures majeures, celle de Philip Roth (Goodbye Colombus, 1959 ; Portnoy et son complexe, 1969 ; Professeur de désir, 1977 ; la Leçon d'anatomie, 1983) et celle de Bernard Malamud (le Commis, 1957 ; le Tonneau magique, 1958 ; l'Homme de Kiev, 1966 ; la Vie multiple de William D., 1979) : tous deux campent des antihéros, humiliés et offensés, persécutés par des bourreaux, eux-mêmes peu convaincus de la consistance de leur être. Dans l'affrontement atroce et dérisoire qui les oppose à chaque moment de l'existence quotidienne finit par se faire jour une forme de sympathie, de solidarité : la cruauté a besoin de la souffrance ; la souffrance est l'humus de l'espoir. Être Juif, c'est offrir un concentré de la conscience américaine. Être Juif, c'est tout simplement être un homme.
Ainsi les écrivains de la Diaspora donnent-ils une nouvelle interprétation du jeu de la singularité et de la totalité sur lequel repose l'imaginaire américain.
L'intégration passe par l'affirmation de l'identité dans l'histoire tout autant que par la dénonciation idéologique. Les mouvements « jeunes » l'ont dit : la Beat Generation partit Sur la route (Jack Kerouac, 1957), entraînée par Allen Ginsberg (Howl, 1956) et les poètes de la San Francisco Renaissance (Lawrence Ferlinghetti, Gregory Corso) ; elle fut suivie de près par la génération Woodstock (Bob Dylan, Jim Morrison, Gary Snyder). Multimédiatiques, elles dénonçaient la rigidité molle de la société de consommation en effectuant un retour aux sources où se conjuguent expériences hallucinatoires, mysticisme et tradition du « voyage ».
Mais les années 1980 ont vu un retour progressif du conservatisme : reste aujourd'hui, à l'opposé des démonstrations de force de la majorité morale, une confusion des valeurs dont témoignent aussi depuis l'immédiat après-guerre les tenants du roman traditionnel, de J. D. Salinger (l'Attrape-Cœur, 1951), qui s'est retiré du monde, à John Updike, qui en conclut la chronique avec le dernier volume de sa tétralogie (Rabbit, 1960-1990). La littérature américaine se cherche elle aussi, et si quelques auteurs proposent de nouvelles formes à travers les genres et les styles (Joyce Carol Oates, Norman Mailer, Gore Vidal), les œuvres les plus dignes d'intérêt s'attachent à la remise en question du jeu de l'écriture lancée dans les années 1950 : John Barth (Sabbatial, a Romance, 1982), Thomas Pynchon (Slow Learner, 1984 ; Vineland, 1990), Guy Davenport (la Bicyclette de Léonard, 1990). Plus que jamais, le voyage est d'actualité.
C. Eames, F. Gehry, Gropius, P. Johnson, L. I. Kahn, R. Loewy, R. Meier, Mies van der Rohe, R. J. Neutra, Pei I. M., E. Saarinen, R. Venturi, F. L. Wright.
A. Calder, W. De Kooning, M. Duchamp, L. Feininger, S. Francis, A. Gorky, E. Hopper, J. Johns, Kienholz, F. Kline, R. Lichtenstein, Man Ray, R. Morris, Motherwell, B. Newman, G. O'Keeffe, C. Oldenburg, D. Oppenheim, N. J. Paik, J. Pollock, R. Rauschenberg, Rosenquist, M. Rothko, D. Smith, F. Stella, M. Tobey, A. Warhol.
Art conceptuel, art minimal, land art, pop art, précisionnisme.
Mrs. Beecher-Stowe, J. F. Cooper, N. Hawthorne, W. Irving, H. W. Longfellow, H. Melville, E. Poe, H. Thoreau, W. Whitman.
J. London, F. Norris, M. Twain.
S. Anderson, H. Crane, Dos Passos, T. Dreiser, W. Faulkner, S. Fitzgerald, D. Hammett, E. Hemingway, H. P. Lovecraft, E. O'Neill.
E. Alb ee, P. Auster, J. Barth, S. Bellow, R. Bradbury, W. Burroughs, E. Caldwell, T. Capote, J. Hawkes, J. Kerouac, N. Mailer, A. Miller, E. Pound, P. Roth, J. Steinbeck, J. Updike, T. Williams, R. Wright.
E. Carter, A. Copland, G. Gershwin, C. Ives.
C. Chaplin, B. Keaton, H. Lloyd, M. Sennett.
E. Lubitsch, J. von Sternberg, E. von Stroheim.
F. Borzage, F. Capra, G. Cukor, M. Curtiz, C. B. De Mille, J. Ford, L. McCarey, K. Vidor, W. Wyler.
R. Aldrich, J. Dassin, S. Donen, S. Fuller, H. Hawks, A. Hitchcock, J. Huston, E. Kazan, J. L. Mankiewicz, V. Minnelli, O. Preminger, N. Ray, R. Walsh, O. Welles, B. Wilder.
W. Allen, R. Altman, J. Cassavetes, F. F. Coppola, C. Eastwood, B. Edwards, S. Kubrick, S. Peckinpah, A. Penn, S. Pollack, M. Scorsese, S. Spielberg.
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