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Chicago

Chicago
Chicago

Ville des États-Unis, (Illinois), dans la région des Grands Lacs, au bord du lac Michigan.

  • Population pour l'agglomération : 9 676 418 hab. (estimation pour 2011)

GÉOGRAPHIE

C'est aujourd'hui le deuxième foyer industriel du pays. Au premier rang se placent les industries métallurgiques : les grands de la sidérurgie possèdent hauts fourneaux et aciéries dans la partie sud de Chicago et à Gary (Indiana). Toutes les industries utilisatrices de métaux se rencontrent : construction ferroviaire, la plus ancienne et la plus importante branche, machines agricoles, construction électrique, électronique, aéronautique, automobile, machines-outils. L'industrie alimentaire, autre activité traditionnelle, comprend la minoterie, la brasserie, la conserverie et surtout le conditionnement de la viande. Chicago et sa banlieue possèdent la gamme complète des industries du pétrole, des branches chimiques et pharmaceutiques, des industries liées au milieu urbain (imprimerie, édition, ameublement, matériel de bureau, instruments de mesure de précision, de laboratoire).

Nœud ferroviaire le plus important des États-Unis, Chicago est aussi un carrefour de liaisons aériennes (troisième aéroport international des États-Unis, le deuxième du monde pour les passagers en incluant le trafic intérieur). Son port (rives du lac sur 80 km, canal Illinois-Michigan, rivière de Chicago, rivière et lac Calumet) manipule quelque 100 Mt en provenance ou à destination des autres ports des Grands Lacs et de ceux de la côte atlantique surtout, des ports européens aussi.

Chicago est une place de finance, de banque et d'assurance, le siège de compagnies de transport, de maisons de commerce (Sears, Roebuck and Company, premier rang mondial pour la vente par correspondance). Elle fixe les cours des céréales, du bétail, du soja. C'est aussi un centre de technologie avancée et de science (universités et instituts de technologie) et une ville de musées (rives du lac Michigan).

La ville proprement dite est entourée de localités en pleine expansion, les unes résidentielles (Evanston, Skokie), les autres industrielles (Gary, Hammond, Elgin, Aurora, Joliet). L'ancien centre se partage entre un des ghettos (l'ancien Loop) et un centre directionnel en cours de rénovation ; parmi les gratte-ciel figurent les Sears Towers (443 m) et l'Aqua (266 m), construite par l'architecte américaine Jeanne Gang.

L'HISTOIRE DE CHICAGO

Chicago doit son origine à un court portage, établi de longue date par les Indiens, séparant les Grands Lacs du bassin du Mississippi, situé sur une des lignes de communication principales entre le Canada et la Louisiane, et emprunté aux xviie et xviiie s. par les explorateurs (L. Joliet, le P. Marquette, R. Cavelier de La Salle), les missionnaires et les commerçants. Le premier établissement permanent est un poste de traite de fourrures, établi par Jean-Baptiste Point du Sable, à l'issue de la révolution américaine. Par le traité de Greenville, conclu avec les Indiens en 1795, les Américains achètent la région de l'estuaire de la Chicago River. Entre 1803 (construction d'un fort à l'embouchure de la Chicago River) et 1870, Chicago acquiert des traits et fonctions qu'elle possède encore. Au terminus de la navigation, elle devient une des portes de l'Ouest, alors que la frontière du peuplement atteint le Midwest. Cette situation avantageuse est renforcée par le développement d'un nœud ferroviaire ; après la construction de la ligne de New York (1852), des hommes d'affaires avisés lancent des voies ferrées dans toutes les directions (Union Pacific, de Chicago à San Francisco, achevé en 1869). Entre-temps la guerre de Sécession a défavorisé Saint Louis (trop près des théâtres d'opérations) au profit de Chicago. La mise en valeur agricole du Midwest renforce l'importance de Chicago grâce à la disposition du réseau de chemins de fer. Carrefour ferroviaire et marché agricole, ces fonctions sont à l'origine des premières industries (constructions mécaniques et préparations alimentaires). La ville, qui n'avait que 350 habitants en 1833, en compte 30 000 en 1850 et 300 000 en 1870 (l'année suivante, un grand incendie déclenche un « boom » de reconstruction). Malgré un site peu favorable, une plaine marécageuse accidentée de moraines, la ville continue à s'étendre et à développer de nouvelles fonctions, par suite des grandes vagues d'immigration, du déplacement du centre de gravité national vers l'ouest et des besoins propres de l'agglomération. Elle franchit le cap du million en 1890 et celui des 2 millions en 1910.

CHICAGO DANS LES ÉTATS-UNIS

De son essor si rapide, du mélange des populations, de son activité fébrile, Chicago tire un orgueil un peu naïf. Tout est ici le plus grand et le plus beau du monde, même l'incendie de 1871, qui détruisit les deux tiers de la ville. Des journaux comme le Tribune et le Daily News (fondés l'un en 1847, l'autre en 1876) diffusent les opinions de la ville. La World's Columbian Exposition célèbre plus, en 1893, l'orgueilleux triomphe de Chicago que le 400e anniversaire de la découverte de l'Amérique. Pourtant, Chicago n'est pas seulement un centre d'affaires. Vers 1880-1910, une école d'architecture inventa de nouvelles formes, parmi lesquelles le gratte-ciel, bientôt imité par New York. Les ingénieurs changent le cours de la rivière pour assainir la cité. Les musées, l'auditorium ouvert en 1889, l'orchestre symphonique, l'université fondée par John D. Rockefeller en 1892 éveillent la métropole à la vie de l'esprit.

Chicago fut de nombreuses fois le siège des conventions nationales des partis et, dans la dernière décennie du xixe s., le centre de l'agitation ouvrière : après l'attentat de 1886 attribué à des anarchistes, la grève des chemins de fer de 1894 fut un moment décisif dans l'histoire du syndicalisme américain. Chicago a été aussi le foyer du réformisme : Jane Addams (1880-1935) y installa en 1889 un établissement social, Hull House ; les partisans de la réforme municipale remportèrent ici leurs premiers succès. Cette période, avec ses laideurs et ses espoirs, est dépeinte dans des romans comme la Fosse (1903), de Frank Norris, la Jungle (1906), d'Upton Sinclair, le Financier (1912), de Theodore Dreiser.

Au xxe s., les problèmes sociaux changent. À partir de 1919 et pendant une dizaine d'années, la prohibition fait de Chicago la capitale du gangstérisme. Après la Seconde Guerre mondiale, les tensions raciales s'aggravent. Les Noirs sont venus en masse travailler dans l'industrie. Les Blancs, qui bénéficient d'une situation matérielle supérieure, fuient le centre de la cité pour se réfugier dans les banlieues résidentielles. Le ghetto s'étend.

L'ÉCOLE ARCHITECTURALE DE CHICAGO

En 1871, un gigantesque incendie détruisit Chicago : ce fut le début d'une expérience architecturale entièrement nouvelle dont devait sortir la notion de « gratte-ciel ». Tandis qu'en Europe l'hégémonie de l'État orientait la construction métallique vers les travaux publics, les constructions ferroviaires ou la réalisation des « galeries » de prestige dans les expositions internationales, l'architecture de l'époque industrielle s'est incarnée aux États-Unis dans l'immeuble de grande hauteur, manifeste de la puissance financière des entreprises privées.

Le laminage de l'acier, permettant la réalisation de poutres rivetées, fut le point de départ : l'acier, résistant aussi bien à la traction qu'à la compression, devint l'ossature de la construction, dépouillée des murs d'enveloppe qui en assuraient précédemment la stabilité, mais, par le tassement de la maçonnerie, en limitaient également la hauteur. La mise au point du chauffage central et des ascenseurs (les premiers apparaissent à New York et Boston en 1853, à Chicago en 1864) fut le complément indispensable de cette première invention. De même, l'utilisation de fondations sur radier de béton qui, dans les terrains marécageux de Chicago, assurait une assiette et une souplesse suffisante aux lourdes masses des nouveaux édifices. De tout cela est née la « Chicago-Construction », innovation technique encore plus qu'architecturale dans le maniement des matériaux industriels.

Le « père » de l'école de Chicago est William Le Baron Jenney (1832-1907), installé à Chicago en 1868 : il est l'auteur en 1879 des entrepôts Leiter, utilisant des colonnes de fonte et des poutres en acier. En 1884-1885, il construira le « Home Insurance Building », qui est le premier véritable gratte-ciel – haut de neuf étages – construit à Chicago. En 1889, avec le « Second Leiter Building », il achèvera la mise au point de la formule en utilisant une ossature d'acier entièrement apparente, sans murs d'enveloppe en maçonnerie.

À côté de lui, Dankmar Adler (1844-1900) et Louis Henri Sullivan (1856-1924) ont conquis une renommée internationale en donnant aux gratte-ciel de Chicago une expression propre, qui rompt avec l'académisme architectural. L'Auditorium Building, construit par le cabinet Adler et Sullivan en 1889, apparaît à ce titre comme une révolution du style. Copiant d'assez près les grands magasins Marshall Field (1885) de Henry Hobson Richardson (1838-1886), cet édifice renouvelle l'esprit de l'ornementation et transforme la façade pour l'adapter à la nouveauté de la structure.

En 1893, le « Transportation Building » de l'Exposition de Chicago ainsi que le « Stock Exchange Building », en 1894 le « Guaranty Trust » de Buffalo et, en 1899-1904, les magasins Carson, Pirie and Scott seront autant d'œuvres essentielles. À côté de Jenney et de Sullivan, il faut encore citer Daniel H. Burnham (1846-1912) et John W. Root (1850-1891), associés à partir de 1873, ainsi que William Holabird (1854-1923) et Martin Roche (1855-1927), associés en 1877, les uns et les autres élèves de Jenney.

Les principales réussites de Holabird et Roche sont le « Tacoma Building » (1889) et le « Marquette Building » (1894). Quant à Burnham et Root, ils édifient en 1891 le « Monadnock Building », de seize étages, qui sera le dernier des gratte-ciel à enveloppe en maçonnerie, puis, en 1892, le « Masonic Temple » de vingt-deux étages, à son époque le plus haut bâtiment du monde ; le plus modeste « Reliance Building » sera, en 1894, l'une des plus élégantes manifestations du style de l'école de Chicago.

Cette esthétique de Chicago, bien qu'on l'ait peu mise en valeur, est l'un de ses aspects les plus attrayants. Abandonnant la tradition classique, les maîtres de Chicago ont recherché de nouveaux rythmes de composition qui, empruntés à l'art médiéval, avaient pour tâche de refléter la structure – « la forme suit la fonction », disait Sullivan : l'alternance des supports en façade, la verticalité de la composition et son lourd couronnement expriment des réalités constructives. Quant à l'ornement, il figure la dialectique de l'ossature et du remplissage. Aussi le conflit du nu et du décor est-il poussé très loin, dans la lignée de Henri Labrouste : il oblige aux remplissages proliférants d'ornements en tapis, bas-reliefs ou polychromie. La redondance va de pair avec le dessèchement du dessin, envahi par les lignes de composition géométriques, et le durcissement de la loi du cadre.

Les moyens techniques du xixe s. ne permettaient pas l'emploi exclusif des surfaces vitrées, le « mur-rideau » contemporain. La nécessité d'un remplissage lourd, non transparent, suscita à Chicago ce type particulier de décor de revêtement qui, appliqué à la faïence, à la céramique ou même à la maçonnerie, se rapproche – comme le carrelage ottoman – de l'esthétique du tissu. C'est en ce sens que l'œuvre de Sullivan, débouchant sur la polychromie, est extrêmement originale : elle annonce l'« Art nouveau » en gestation. Chez Sullivan, dont Frank Lloyd Wright fut le chef d'atelier et le spécialiste en ornements de 1887 à 1893, apparaît également un contraste entre ce type de décor à plat et l'utilisation des bas-reliefs de rinceaux, qui sont comme l'épiderme animé d'une structure vivante.

L'école de Chicago, née autour de 1880, a connu un court apogée : après l'Exposition de 1893, dont les bâtiments, sous la direction de Burnham, reviennent à un style académique, l'influence française de l'Ecole des beaux-arts deviendra prédominante. La foudroyante expansion de Chicago connaît alors un ralentissement. L'esthétique nouvelle, dont l'éclosion spontanée reflétait des réalités spécifiquement américaines, aura à souffrir de la rivalité avec les modèles traditionnels de la culture européenne, importés outre-Atlantique par des marchands en mal d'ennoblissement intellectuel. L'art nouveau se développera en Europe, tandis qu'aux États-Unis le gratte-ciel new-yorkais empruntera le vocabulaire gothique. C'est seulement dans les années 1950 que furent tirées toutes les leçons de l'école de Chicago, au moment même où deux historiens européens – Bruno Zevi et Sigfried Gledion – en redécouvraient l'importance.

Après la Seconde Guerre mondiale, Chicago redevient un laboratoire de la création architecturale, avec des œuvres aussi remarquables que les immeubles du Lake Shore Drive de Mies van der Rohe (1951), les tours de Marina City de Bertrand Goldberg (1964), le John Hancock Center, gratte-ciel en forme de derrick (1969) du cabinet Skidmore, Owings and Merrill, l'Aqua, en forme de pièce d'eau (2010), de l'Américaine Jeanne Gang.

LES MUSÉES DE CHICAGO

L'Art Institute, fondé en 1882 et installé en 1893 (Columbian Exposition) dans le bâtiment actuel, est un des plus importants musées américains, avec une représentation particulièrement remarquable de l'art de l'Extrême-Orient et de la peinture française ou apparentée, de Poussin à Dubuffet en passant par l'impressionnisme et ses suites (Cézanne, Seurat, Van Gogh…).

Field Museum of Natural History (sciences naturelles et anthropologie) et le Museum of Science and Industry sont parmi les plus importants du monde.