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punk

(anglais punk)

Punk
Punk

Se dit d'un mouvement musical et culturel apparu en Grande-Bretagne vers 1975 et dont les adeptes affichent divers signes extérieurs de provocation (crâne rasé avec une seule bande de cheveux teints, chaînes, épingles de nourrice portées en pendentifs, etc.) afin de caricaturer la médiocrité de la société.

Une attitude

« Prostituée » en vieil anglais, « petit bout de bois inutile et sans valeur » en menuiserie, « paumé » en argot américain… Difficile de trouver terme à connotation plus péjorative que punk. Si rock and roll, funk, hard ou disco définissent des styles musicaux plus encore que l'esprit qu'ils induisent chez les puristes de chacun des ces genres, punk évoque avant tout une attitude. Musicalement, le mouvement se cristallise autour de l'électrochoc binaire qui secoua l'Angleterre tout entière en 1976-1977. Mais les Sex Pistols ou Clash sont loin d'être les premiers punks à avoir croisé la route du rock.

Un mot américain

Punk désignait dès les années 1930 un jeune bon à rien en quête de valeurs autres, en butte aux exigences du monde adulte. Et si Frank Zappa utilise l'expression dans une des chansons de We're Only In It For The Money dès 1967 (Flower Punk), c'est le critique Lester Bangs qui l'emploie pour la première fois pour décrire un courant musical. Le punk rock d'alors qualifie les innombrables « garage bands » américains des années 1960, autant d'ersatz crus et brouillons des hérauts de la « british invasion », Kinks, Who, Troggs, Them et, bien sûr, Stones en tête. En 1965, le moindre collège d'outre-Atlantique abrite son clone acnéique de Mick Jagger entouré d'une bande de musiciens à la technique aussi limitée que leur matériel. Amplis minuscules et instruments bon marché produisent un son rugueux et primitif. Mais ces groupes (Standells, Seeds, Count Five ? and The Mysterians, Shadows Of Night…), malgré leur talent restreint, atteignent, par leur simple fougue, leur désir de jouer, le temps d'un single ou deux, à la grâce. L'émergence du son de San Francisco en 1967-1968, authentique proposition d'alternative au style anglais, mettra un terme au mouvement.

Curieusement, lorsque l'expression est utilisée pour décrire un deuxième mouvement musical dans la première moitié des seventies, il ne s'applique pas à ceux que l'on considérera quelques années plus tard comme les véritables parrains du genre, comme les Stooges, le MC5 ou les New York Dolls. Les punks d'alors, à l'écart des courants heavy ou glam (rock paillettes, glitter rock) en vogue, chantent, sur fond d'un rock roots (rock traditionnel) qui s'inspire plus du Band que des Beatles, des petites histoires de tous les jours, les espoirs déçus et chagrins d'amour de l'homme de la rue. Ils ont pour nom Nils Lofgren ou Bruce Springsteen ….

Pourtant, vers la même époque, les véritables artisans de l'explosion punk à venir sont déjà à l'œuvre. À New York, un petit club pouilleux, le CBGB's, est investi par des rockers d'un genre nouveau, enfants illégitimes du Velvet Underground. Patti Smith, Television, les Talking Heads, Blondie partagent, plus que leur musique, le même look famélique, la même élégance miteuse, le même regard menaçant. Et puis il y a les Ramones. Quatre faux frères, crétins autoproclamés, aux têtes de dégénérés – teints blafards et lunettes noires –, portant jeans troués et baskets éclatées.

Leurs chansons se ressemblent toutes et tiennent en moins de deux minutes chrono : point de solos inutiles ou de prouesses musicales à exhiber, juste un rock brutal réduit à une expression minimale. En même temps, Richard Hell, bassiste du groupe américain Television, se coupe les cheveux courts et lacère ses T-shirts, qu'il rafistole avec des épingles à nourrice. Le style punk est né. Malcolm McLaren, le manager-styliste anglais, n'en perd pas une miette….

Angleterre, 1975

Le rock y est rentré dans les mœurs et ne dérange plus grand monde depuis longtemps. Ses vedettes, rebelles d'hier, qui fraient avec la jet-set internationale, rapportent bien trop d'argent aux puissantes compagnies du disque. À coups d'effets spéciaux, de décors luxuriants, de montagnes d'amplificateurs et d'instruments aussi chers qu'inutiles, les concerts ne servent plus qu'à afficher richesse et pouvoir. À des années-lumière des préoccupations et des angoisses de la jeunesse, la musique a perdu son urgence, les textes leur pertinence. En 1975, les Anglais ont pourtant de quoi être anxieux : le chômage se présente désormais comme l'unique alternative à la vie végétative après le lycée ou l'université. Seule option accessible à tous : monter un groupe de rock pour crier son dégoût de l'avenir en faisant table rase du passé.

Il aura simplement fallu à John Lydon, alias Johnny Rotten, de massacrer le Schools Out d'Alice Cooper, accoudé au juke-box de la boutique de vêtements de McLaren sur Kings Road, pour que le cours de l'histoire du rock soit changé. Par sa prestation calamiteusement convaincante, la jeune teigne décrochait le poste de chanteur des Sex Pistols. Le groupe va puiser à la source originelle du rock and roll pour en reconstruire une version moderne, désespérément brutale et sauvage. Violence et jusqu'au-boutisme dans le propos comme dans la musique sont à l'ordre du jour, les leçons de style des mods, des Stooges et des Ramones sont bien apprises. Les affreux, sales et méchants Pistols, vêtus de guenilles et toujours prompts à provoquer les institutions, font des émules. Deux accords simples, un rythme emballé, quelques slogans braillés et le tour est joué : un raz-de-marée de formations aux noms courts et agressifs (Clash, Jam, Damned, Generation X, Slits, Sham 69, Wire, Penetration, Adverts…) se rallient aux cris de guerre « Destroy ! » ou « No Future ! » proférés par Rotten.

Alors que le mouvement restera longtemps marginal aux États-Unis, en Angleterre les punks bouleversent les lois du marché. Les disques de ces jeunes voyous destructeurs et nihilistes s'arrachent. Les amateurs du rock parvenu des Pink Floyd, Fleetwood Mac, Yes et autres Stones se retrouvent subitement affublés d'une déshonorante étiquette d'ultra-conservateurs. Pour recueillir les groupes qui n'ont pas réussi ou ont refusé de signer des contrats – même sans concessions – avec des majors, toute une industrie parallèle et indépendante du disque se met en place. Des petits labels de fortune se retrouvent avec des disques d'or. Pour la première fois depuis bien longtemps, le public impose ses goûts et le business n'a plus qu'à suivre.

Retentissant

Le succès commercial du punk rock causera inévitablement sa perte. Alors qu'en 1978 les Pistols ont déjà implosé, le punk est devenu un fourre-tout commode, une étiquette dont tout le monde se réclame pour ne pas tomber dans le camp des ringards. Opportunistes en tout genre (Police, Joe Jackson …) se raccrochent au mouvement, qui adopte rapidement l'appellation plus rassurante et consensuelle de new wave (nouvelle vague). En France, le Belge Plastic Bertrand, punk star fabriquée, triomphe avec Ça plane pour moi. Entre les clichés ressassés et le propos et le rythme aseptisés, le punk paraît condamné. Les chefs de file (Lydon, Joe Strummer, Mick Jones, Paul Weller, PIL, BAD Style Council) tentent d'évoluer sans se renier, contre vents et marées. Leurs héritiers sensés ouvrent des voies nouvelles (Cure, Joy Division, Echo And The Bunnymen, Psychedelic Furs …) pour ne pas simplement imiter. La réussite du punk ne fonctionnait qu'en tant que pied de nez. Établi, institué, il n'est plus qu'une incongruité.

Aux États-Unis, sa marginalité a permis au punk d'exister pendant de nombreuses années. De Sonic Youth (New York) à Devo (Ohio), de Black Flag et des Dead Kennedys (Californie) à Hüsker Dü (Minnesota), sous l'appellation hard-core, de nombreux groupes ont fait perdurer l'esprit iconoclaste et rebelle du punk, tissant une authentique culture rock alternative. Un travail en profondeur posera lentement mais sûrement les jalons du phénomène grunge qui vit le peu consensuel Nevermind de Nirvana rééditer en Amérique l'exploit accompli quinze ans plus tôt par le non moins radical Never Mind The Bollocks des Sex Pistols outre-Manche. Mais, là encore, en devenant grand public, le rock alternatif américain a lui aussi perdu de son mordant. Et on ne compte plus les caricatures plus ou moins pathétiques de Nirvana ou des ancêtres punk. Green Day ou Offspring, en se contentant d'imiter leurs aînés plutôt que de s'en inspirer pour créer une musique nouvelle, ne sont guère plus pertinents qu'un groupe de nostalgiques des années 1950, qui chercherait en vain à réécrire Be Bop A Lula.

En 1996, pour fêter les vingt ans du punk, les Sex Pistols acceptaient finalement de se réunir pour une tournée et quelques millions de dollars. Le cynisme punk, par ce gigantesque pied de nez en forme de cas de conscience posé au public (cautionner ou non l'opération ?), y trouve en tout cas sa plus remarquable incarnation.