Son père était un gentilhomme campagnard, administrateur de plusieurs sociétés ; sa mère appartenait à une famille riche qui possédait des mines et une flotte de navires. Le jeune Franklin reçoit le meilleur enseignement de l'époque : à Groton, puis à Harvard, enfin à Columbia, où il acquiert son diplôme d'avocat. Mais ce n'est pas un élève brillant : il sait se faire apprécier de ses camarades, ses activités sont moins intellectuelles que sociales ; ses goûts le portent vers les bateaux et les chevaux, beaucoup plus que vers la jurisprudence. En 1905, il épouse une lointaine cousine, Anna Eleanor (1884-1962), qui est la nièce du président Theodore Roosevelt. Pendant quelque temps, il travaille dans un cabinet d'affaires de New York ; puis, en 1910, le parti démocrate lui demande de se présenter aux élections sénatoriales de l'État de New York : son nom, sa fortune, son dynamisme devraient faire merveille dans une région qui traditionnellement vote républicain. Au terme d'une campagne menée en automobile, il est élu.
Son inclination le pousse du côté des progressistes, et, lorsque T. W. Wilson se présente aux élections présidentielles de 1912, F. D. Roosevelt ne lui marchande ni son aide ni son appui. Il en est récompensé : le nouveau président fait de lui son secrétaire adjoint à la Marine ; c'est un poste où le brillant jeune homme peut unir son goût de la politique à sa passion pour les bateaux. Il exerce ses fonctions jusqu'en 1921 ; c'est dire qu'il a l'occasion de vivre, à un niveau élevé, des événements de grande importance : les multiples interventions militaires de son pays aux Antilles, la préparation et la participation à la Grande Guerre, les vains efforts de Wilson pour faire ratifier le traité de paix et le pacte de la Société des Nations. F. D. Roosevelt est un fidèle partisan de son président, le défenseur inébranlable d'une puissante marine, un personnage qui ne manque pas d'idées originales (il recommande avec vigueur en 1917 de lutter contre les sous-marins allemands par une attaque de leurs bases), mais sa jeunesse, ses airs de dandy lui donnent une audience limitée. Quoi qu'il en soit, la convention du parti en 1920 le désigne comme candidat à la vice-présidence ; les démocrates n'ont aucune chance de gagner les élections, mais F. D. Roosevelt se fait mieux connaître dans le pays.
L'arrivée des républicains au pouvoir le ramène à la vie privée. Au cours de l'été de 1921, il est frappé par la poliomyélite et lutte contre la maladie pendant plusieurs semaines. Il recouvre partiellement l'usage de ses jambes. Sa vie politique est gravement compromise ; il pourrait même y renoncer ; sa fortune, l'exemple de son père, les encouragements de sa mère l'incitent à mener la vie tranquille du gentilhomme campagnard. Mais, sous l'influence d'Eleanor, il réagit différemment : son caractère devient plus ferme ; il prend le goût de l'effort ; ses lectures se font plus nombreuses ; la vie politique est un excellent dérivatif à son infirmité. À demi paralysé, il manifeste une indomptable énergie, un allant qui surprend son entourage et bientôt le pays, une gaieté et une santé morale à toute épreuve. Paradoxalement, il incarne l'optimisme.
Et, dès 1924, il reparaît dans les assemblées du parti. En 1928, il brigue le poste de gouverneur de l'État de New York et est élu ; il sera réélu en 1930. C'est à ce poste que F. D. Roosevelt fait l'expérience des effets de la crise : comme le plus grand nombre de ses concitoyens, il a été surpris par l'ampleur du marasme. Mais, avec l'aide de Frances Perkins (1882-1965) et de Harry Lloyd Hopkins (1890-1946) – qui joueront un rôle primordial de 1933 à 1945 –, il met au point les premières mesures de secours, notamment la Temporary Emergency Relief Administration, qui dispose d'un budget de 60 millions et vient en aide à un million de chômeurs. Ses fonctions politiques, sa volonté de combattre la crise ont grandi son influence. En 1932, le parti démocrate, qui a surmonté ses divisions, a le vent en poupe : le président Herbert C. Hoover, qui ne manque ni de talents ni d'intelligence, a déçu et ne parvient pas à redonner confiance.
La convention démocrate, réunie à Chicago en juillet, désigne F. D. Roosevelt comme le candidat du parti à la présidence. Immédiatement, contrairement aux usages, F. D. Roosevelt se rend en avion devant les délégués pour accepter leur investiture. Sa campagne, il la mène tambour battant. Lui, l'infirme, il ne cesse de se déplacer d'un État à l'autre et, par son sourire, sa cordialité, son goût de la vie, remonte le moral de ses concitoyens. Pour lutter contre la crise, il annonce une « nouvelle donne » (New Deal), qui ne comporte aucun programme précis. Ce qu'affirme Roosevelt, c'est que le temps de l'individualisme est passé : « L'heure est venue de faire appel à un gouvernement éclairé. » Les obscurités n'en demeurent pas moins : le gouvernement fédéral devra-t-il dépenser ou économiser ? Contrôlera-t-il la vie économique, et jusqu'à quel point ? Faut-il maintenir une monnaie solide ou donner libre cours aux tendances inflationnistes ? Qui, des États ou de l'Union, viendra au secours des chômeurs ? L'équivoque n'épargne pas davantage le programme de politique extérieure : F. D. Roosevelt a pris parti, sous la pression de son aile droite, contre l'entrée des États-Unis dans la S.D.N. Mais il sait se faire entendre des Américains ; il a le génie des formules ; il exprime de grandes idées avec des phrases simples ; il « sent » ce que la majorité attend de lui. Aussi son succès électoral est-il net : il obtient près de 23 millions de voix et 472 mandats électoraux, contre 15 millions de voix et 59 mandats pour Hoover ; le candidat socialiste arrive en troisième position avec 900 000 suffrages.
Les États-Unis de mars 1933 sont au plus bas : 13 millions de chômeurs, les banques fermées, l'agriculture en pleine crise ; le produit national brut est passé de 104,4 milliards en 1929 à 60 milliards. La tâche du nouveau président est lourde. Il commence par redonner confiance : « La seule chose que nous ayons à craindre, déclare-t-il dans son discours inaugural, c'est la crainte elle-même, cette terreur sans nom et sans fondements, sans justification, qui paralyse les efforts nécessaires pour transformer une retraite en progression. » Des mesures d'urgence s'imposent, que l'on classe pour plus de commodité en deux groupes : le premier New Deal (1933-1934) et le deuxième New Deal (1935-1938). Quelques caractéristiques s'en dégagent, qui permettent d'éclairer la personnalité et la politique de F. D. Roosevelt. Intéressé par les théories économiques de John Maynard Keynes, Roosevelt met en place une série de grands projets d'infrastructures financés par l'État, dans le but de procurer du travail à des dizaines de milliers de chômeurs. Par ailleurs, il fait entreprendre une grande réforme du système bancaire qui abolit l'étalon-or et procède à une dévaluation du dollar. Dans le même temps, la production agricole américaine est volontairement limitée, le système fiscal alourdi, et une importante législation sociale instituée.
La présidence devient le centre moteur de la société. Le président conduit l'opinion publique, sans jamais perdre contact avec elle ; il la stimule, mais se garde d'aller trop vite. Il informe simplement et honnêtement : les « causeries au coin du feu » donnent pour la première fois dans l'histoire un rôle primordial à la radio ; bien entendu, tout ne peut pas être dit, il faut rassurer au moins autant qu'informer. Avec la presse, Roosevelt a éprouvé plus de difficultés : les deux tiers des journaux en 1936 par exemple lui sont hostiles. Cela ne l'empêche pas de tenir de fréquentes conférences de presse, au cours desquelles il charme, flatte, annonce ou menace. D'ailleurs, F. D. Roosevelt a le sens du « drame » : ce qui compte pour lui, c'est d'occuper par ses paroles et ses déplacements la première page ; il ne s'en prive pas. Contrairement à ses prédécesseurs, il fait appel aux intellectuels et s'entoure d'un « brain-trust » (un trust des cerveaux) : l'économiste Raymond Moley y côtoie Rexford Guy Tugwell, spécialiste des questions agricoles, Adolf A. Berle, Marriner S. Eccles, Benjamin V. Cohen, Harry L. Hopkins, tandis que Samuel I. Rosenman, Robert E. Sherwood et Felix Frankfurter sont plus spécialement chargés d'écrire les discours du président. Désormais, c'est vers Washington que se tournent les yeux des intellectuels américains.
De 1933 à 1945, le pouvoir exécutif ne cesse d'étendre ses compétences. Agences et bureaux sont chargés de mettre en œuvre les mesures législatives qui ont été adoptées par le Congrès ; ils touchent à tous les domaines et leurs sigles, obscurs au premier abord, vont illustrer la période. Ils travaillent en relation étroite avec la Maison-Blanche, qui se peuple d'une multitude d'assistants, accablés au sein du White House Office par les besognes administratives. Aussi, les dépenses fédérales, qui s'élevaient à 20 millions en 1850 et 500 millions en 1900, passent-elles à 9 milliards en 1940 et à 98 milliards en 1945. Toutefois, le Congrès subit un effacement limité : si F. D. Roosevelt est assez populaire pour faire élire dans son sillage des sénateurs et des représentants, il ne parvient pas, notamment en 1938, à empêcher la réélection de ceux qui lui déplaisent. En revanche, c'est de plus en plus de la présidence que partent les projets de lois ; F. D. Roosevelt vient en personne les soutenir devant le Congrès, prodigue ses encouragements aux législateurs hésitants et n'hésite pas à recourir fréquemment au veto lorsque les « bills » du Congrès lui déplaisent.
En un temps où bien des pays européens cherchaient dans les solutions autoritaires le remède à la crise, le président des États-Unis a su adapter la Constitution de 1787 aux besoins de la société des années 1930. Il l'avait promis dès mars 1933 : « Notre Constitution, disait-il, est si simple et si pratique qu'il est toujours possible de faire face à des nécessités exceptionnelles par de simples changements d'accent et d'organisation sans rien perdre des formes essentielles. » Dans cette perspective, le gouvernement fédéral propose des objectifs nationaux, mais les États lui sont associés dans le choix des solutions et l'application des mesures décidées. C'est pourquoi F. D. Roosevelt fut le véritable fondateur de la présidence moderne ; ses successeurs ont chacun adopté un style particulier, mais jamais plus la fonction présidentielle n'est retombée dans l'impuissance où elle avait été maintenue entre 1921 et 1933. Les Américains ont accepté la conception rooseveltienne, puisqu'ils ont, très exceptionnellement, réélu trois fois le même homme (1936, 1940, 1944).
Pour relever l'économie du pays, pour assurer la mobilisation des énergies nationales pendant le conflit mondial, deux principes ont guidé l'action de Roosevelt. Le premier est qu'il faut moderniser le capitalisme américain, et non le détruire : Roosevelt n'a nullement souhaité le bouleversement de la société. En second lieu, F. D. Roosevelt est essentiellement un pragmatique : les doctrines économiques, il n'y croit guère ; il les expérimente : si l'une ne donne pas les résultats escomptés, il recourt à l'autre – ou bien il utilise les deux en même temps. Son administration a été, l'espace de quelques années, le champ de bataille entre les libéraux et les partisans de la planification, entre les défenseurs de l'équilibre budgétaire et les tenants des dépenses fédérales, qui ne peuvent que mettre le budget en position de déficit. Quelques exemples montreront l'ambiguïté de New Deal. En juin 1933, le National Industrial Recovery Act (NIRA) demande, et n'impose pas, aux industriels d'élaborer des codes de concurrence loyale ; au même moment, la Tennessee Valley Authority (TVA) aménage, au nom du gouvernement fédéral, une vaste région et prend à sa charge la production d'énergie hydroélectrique. Cinq ans plus tard, la TVA a perdu son rôle planificateur, et la lutte contre les trusts est engagée. En 1933, les ouvriers obtiennent par l'article 7a du NIRA que leurs salaires et leurs horaires soient réglementés et qu'ils puissent bénéficier des conventions collectives : c'est un expédient politique, plus qu'une mesure préméditée, et les syndicats ne sont pas satisfaits. En juin 1935, la Cour suprême invalide le NIRA ; immédiatement, le président fait voter le Wagner-Connery Act, qui légalise la présence des syndicats dans les entreprises et accorde aux ouvriers le droit aux conventions collectives. En 1933, le gouvernement fédéral s'emploie à faire remonter les prix ; l'Agricultural Adjustment Act (AAA) [mai 1933] impose une limitation de la production agricole ; en même temps, Washington refuse de se lancer dans une politique dépensière. Les prix ne remontent pas ; les chômeurs sont toujours aussi nombreux. Aussi, à partir de 1934-1935, Roosevelt lâche-t-il la bride aux « dépensiers » : à la tête de la Works Progress Administration (WPA), Hopkins reçoit 5 milliards pour venir en aide aux chômeurs (jusqu'en 1941, la WPA dépensera 11 milliards) ; les dépenses fédérales devront « réamorcer la pompe ». C'est la politique du « deficit spending ».
F. D. Roosevelt n'a pas manqué d'ennemis : les républicains, qui défendent alors les intérêts des conservateurs, les fascistes de tous horizons, la Cour suprême jusqu'en 1937, la minorité de l'extrême gauche, tous ont souligné l'incohérence de sa politique, tous ont rappelé qu'en 1939 les États-Unis comptaient encore 9 500 000 chômeurs, que le produit national brut n'avait pas, en prix courants et malgré la dévaluation de 1934, retrouvé le niveau de 1929. C'est la production de guerre qui tirera les États-Unis du gouffre où la crise les avait plongés. Mais F. D. Roosevelt a fourni à son pays les moyens politiques et économiques, la confiance nécessaire pour affronter le conflit mondial et en tirer les plus grands profits.
Longtemps, en effet, l'opinion américaine s'est désintéressée des événements d'Europe – un peu moins de la situation en Extrême-Orient. Bien plus, elle a approuvé les précautions qui ont été prises de 1935 à 1937 pour éviter que le pays ne soit entraîné dans une nouvelle guerre. L'isolationnisme est alors triomphant. Roosevelt lui-même ne peut que se plier à la volonté de ses concitoyens. Mais, dès 1937, il manifeste son inquiétude : son discours d'octobre recommande de mettre en quarantaine les agresseurs ; la marine reçoit du renfort, l'armée ne compte en 1939 que 200 000 hommes. Le président suggère une conférence mondiale sur la limitation des armements ; sa voix n'est pas entendue ; il ne dispose pas des forces suffisantes pour empêcher l'Allemagne de déclencher la guerre. De 1939 à 1941, son rôle devient plus actif : F. D. Roosevelt ne cache pas ses sympathies pour les démocraties occidentales ; après la défaite de la France, il franchit un nouveau pas : l'Amérique prend des mesures de défense, consent à échanger de vieux destroyers contre des bases dans les territoires britanniques du Nouveau Monde, assume dès décembre 1940 le rôle de « grand arsenal de la démocratie ». En mars 1941, le Congrès adopte le prêt-bail (Lend-Lease Act), une idée de Roosevelt, qui permet aux États-Unis de fournir gratuitement de l'aide aux Britanniques, puis aux Soviétiques, aux Chinois, aux Français libres. Un programme de mobilisation économique est mis sur pied. En août 1941, Roosevelt rencontre Churchill, et les deux hommes énumèrent les buts de guerre de leur pays dans la charte de l'Atlantique. Lorsque les Japonais attaquent la base de Pearl Harbor en décembre, les Américains sont prêts, grâce à leur président, à s'engager activement dans la guerre.
Avec les méthodes qu'il a expérimentées au cours de New Deal, F. D. Roosevelt organise la mobilisation humaine et économique des États-Unis, lutte contre l'inflation, s'efforce de répartir équitablement les charges de la guerre. Chef d'une vaste coalition, ses décisions touchent à tous les problèmes mondiaux. Mais il se préoccupe surtout de mettre au point la meilleure formule de sécurité collective : après quelques hésitations, il accepte en 1943 l'idée d'une Organisation des Nations unies (O.N.U.). À vrai dire, il croit en même temps à la nécessaire coopération entre les grandes puissances de la future après-guerre (les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'U.R.S.S., la Chine) ; le rôle des États-Unis serait décisif pour la sauvegarde de la justice et de la liberté dans le monde. Peut-être a-t-il surestimé l'importance du contact entre les grands chefs : à Téhéran et à Yalta, il s'est aperçu que Staline, « l'oncle Joe », ne cédait pas au charme du président des États-Unis. À sa mort, qui survient, au début de son quatrième mandat, le 12 avril 1945, Roosevelt laisse à son pays un atout considérable : la plus grande puissance économique de la planète, et une mission redoutable : assurer la défense de la démocratie dans un monde où s'annonce déjà la guerre froide.
Voir plus
Voir plus