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François Mitterrand

Congrès d'Épinay, 1971
Congrès d'Épinay, 1971

Homme d'État français (Jarnac 1916-Paris 1996).

Introduction

François Mitterrand est arrivé à la magistrature suprême alors que, de son propre aveu, il ne l'espérait plus après avoir été écarté pendant vingt-quatre ans de toute responsabilité ministérielle. Peu d'hommes engagés dans la vie politique, ont eu une vie aussi contrastée, à deux versants : résistant, mais décoré par Vichy ; décolonisateur, mais longtemps partisan de l'Algérie française ; secret, mais livrant à la fin de sa vie des confidences d'ordre privé ; orateur remarquable, mais non tribun populaire ; accusateur public de la République gaullienne, mais assumant le pouvoir à la tête de la Ve République pendant quatorze ans…

1. Un jeune homme épris de littérature

François Mitterrand est issu d'une famille nombreuse de la moyenne bourgeoisie provinciale, modérément aisée, catholique, conservatrice et patriote mais non antisémite. Son père a été cadre d'une compagnie ferroviaire, puis, ayant créé une entreprise de vinaigre, devient président de la Fédération patronale des vinaigriers. Se pliant aux desseins de réussite sociale de son milieu – l'un de ses frères devient saint-cyrien, un autre polytechnicien –, François Mitterrand entame à Paris en 1934 des études de droit. Il fréquente aussi la faculté de lettres, puis l'école libre des Sciences politiques. Initié à la littérature dès son plus jeune âge, il étudie et lit énormément, participe à des conférences et des concours oratoires, écrit des articles. Logé chez les pères maristes, il milite au sein de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC).

De droite « par tradition », il s'intéresse vivement à la politique et adhère au mouvement des jeunes créé au sein des Croix-de-Feu par le lieutenant-colonel de La Rocque. Dès 1936, il fait pendant un an ses premières armes de journaliste en devenant chroniqueur littéraire de l'Écho de Paris, clairement hostile au Front populaire.

Son service militaire, qu'il effectue à Paris dans l'infanterie coloniale et qu'il termine avec le grade de sergent, fait naître chez lui des sentiments pour le moins mitigés à l'égard de l'armée. L'institution lui paraît sclérosée, la hiérarchie pesante et rigide, l'encadrement borné. C'est dans cet esprit qu'il part pour le front, en septembre 1939.

2. De Vichy à la Résistance

François Mitterrand subit la « drôle de guerre », puis la campagne de France comme une fatalité qu'il affronte avec détachement, mais avec la volonté de rester lui-même, alors que règnent les rumeurs et les comportements moutonniers. Sérieusement blessé devant Verdun, il est envoyé dans un camp de prisonniers en Allemagne

Sa période de captivité le conduit à prendre du recul par rapport à son héritage religieux et politique. Il fait l'expérience d'un brassage social nouveau pour lui, rencontre des hommes de gauche. En même temps, son aptitude pour l'écriture et pour la parole, qu'il continue d'entretenir, le confirme dans la certitude qu'il jouit d'un réel ascendant sur les hommes. Il s'évade du stalag une première fois, puis une deuxième. La troisième tentative, en décembre 1941, est la bonne. Il a 25 ans.

Pétainiste, François Mitterrand entre dans l’administration de l’État français à Vichy. D’abord rédacteur à la Légion française des combattants, il est nommé en mai 1942 chef du service de l'Information du Commissariat aux prisonniers de guerre (mai 1942). Il en démissionne en janvier 1943 et s’engage dans la Résistance, tout en conservant un poste à la direction des centres d'entraide ; c'est à ce titre qu'il reçoit en 1943 la Francisque gallique, qu’il assurera par la suite avoir accepté pour faciliter et couvrir son action clandestine.

François Mitterrand participe à la création du Rassemblement national des prisonniers de guerre (RNPG), qui s'adresse aux prisonniers rapatriés et évadés. D'obédience giraudiste (→ Henri Giraud), le RNPG est en concurrence avec un mouvement homologue, mais gaulliste, animé par le propre neveu du Général. Pour clarifier la situation, François Mitterrand se rend à Londres, puis à Alger, où il rencontre de Gaulle, qui, sur la recommandation d'Henri Frenay, résistant de la première heure et fondateur du mouvement Combat, tranche finalement en sa faveur. Les deux mouvements sont fusionnés au sein du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD), qui absorbe également un groupe relevant de la mouvance communiste. L'ensemble est dirigé par François Mitterrand, alias Morland, sous la tutelle du Conseil national de la Résistance (CNR). Morland, activement recherché par la Gestapo, échappe de justesse à plusieurs arrestations. C’est à cette période qu’il rencontre sa future femme, Danièle Gouze.

À la libération de Paris, le 24 août 1944, les différents ministères sont confiés – au nom du Gouvernement provisoire, qui se trouve encore à Alger – à des secrétaires généraux issus de la Résistance intérieure. Tout naturellement, François Mitterrand est responsable du département des Prisonniers et Déportés, dont le ministre (le « commissaire national ») est Henri Frenay. Il n'a pas encore 28 ans.

Pour en savoir plus, voir les articles Francisque gallique, Henri Giraud.

3. Le ministre de la IVe République

Dès l'arrivée d'Henri Frenay et du Gouvernement provisoire début septembre à Paris, François Mitterrand quitte le département des Prisonniers et Déportés. Son ambition n'est pas de faire une carrière dans la haute fonction publique. La politique devient son nouveau champ de bataille.

3.1. Un cacique du système

Il tente d’abord de s'appuyer sur le MNPGD, objet des convoitises du parti communiste et en proie à de violents conflits internes entre les « politiques », eux-mêmes divisés, et les partisans d'une action de type syndicaliste et corporatiste. Sur le plan professionnel, il devient rédacteur en chef du magazine féminin Votre Beauté, qu'il espère transformer en revue littéraire. Les deux expériences ne sont guère satisfaisantes, et il décide d'affronter le suffrage universel. Après un premier échec aux législatives de juin 1946 (dans la 5e circonscription de la Seine), il est élu député de la Nièvre au mois de novembre suivant grâce au soutien d’une coalition allant du centre gauche à la droite, hostile au tripartisme alors dominant. À l'Assemblée, il s'apparente à l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), dont le leader est René Pleven, compagnon de la première heure du général de Gaulle. Dès janvier 1947, à seulement 30 ans, François Mitterrand est nommé ministre des Anciens Combattants.

Si la guerre l’a politiquement transformé et conduit à la gauche de la gauche, c’est au centre gauche qu’il mène sa carrière ministérielle sous une IVe République à l’instabilité gouvernementale chronique. Nommé dix fois ministre, il assume des responsabilités de plus en plus importantes : ministre de la France d'outre-mer (1950-1951), de l'Intérieur (1954-1955) et garde des Sceaux (1956-1957).

Pour en savoir plus, voir les articles Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), IVe République.

3.2. L'homme de la Nièvre

Parallèlement, François Mitterrand est réélu sans interruption député de la Nièvre de 1946 à 1958. Élu au conseil général de la Nièvre dès 1949, il devient maire de Château-Chinon en 1959 – s'enracinant avec opiniâtreté dans un terroir auquel il a manifesté la même fidélité qu'à ses amis. C'est symboliquement dans sa mairie qu'il accueillera le résultat de l'élection présidentielle du 10 mai 1981.

Battu aux législatives lors de la grande vague gaulliste de 1958, il est immédiatement élu sénateur de la Nièvre, en redevient député en 1962, puis est constamment réélu jusqu'en 1981 ; de même il retrouve la présidence du conseil général de la Nièvre de 1964 à 1981.

3.3. Le partisan de la décolonisation en Afrique noire

Poursuivant l’œuvre de René Pleven, François Mitterrand est l'artisan du ralliement à l'UDSR d'un certain nombre d'élus africains – notamment Félix Houphouët-Boigny, futur président de la Côte d'Ivoire – jusque-là apparentés au groupe communiste de l'Assemblée. Ministre de la France d'outre-mer (1950-1951), il est favorable à une émancipation progressive des colonies d’Afrique et d’Indochine. Il met fin aux graves incidents qui secouent la Côte d'Ivoire en négociant avec Félix Houphouët-Boigny, ce qui lui vaut de violentes critiques de la part de la droite coloniale. Les liens qu'il tisse, au Parlement et même au gouvernement, avec ceux qui deviendront les chefs des nouveaux États indépendants, expliquent sans doute pour partie le fait qu'il se réservera, devenu lui-même président de la République, la haute main sur la politique africaine de la France.

Il est nettement moins libéral sur la question algérienne. Pour lui, comme pour Pierre Mendès France, dont il est le ministre de l'Intérieur lorsque l'insurrection éclate en 1954, l'indépendance est inconcevable. Tous deux se réfèrent au statut relativement progressiste de 1947, dont l'application a été jusque-là sabotée sous la pression des grands colons. Mais, à la différence de Pierre Mendès France, François Mitterrand restera membre du cabinet Guy Mollet jusqu'à sa chute (février 1956-juin 1957), en tant que garde des Sceaux, alors que la répression se radicalise, ternissant son image d’homme libéral et réformiste.

Pour en savoir plus, voir les articles décolonisation, guerre d'Algérie, Pierre Mendès France, Guy Mollet.

4. L'opposant à de Gaulle

François Mitterrand s'oppose d'emblée au général de Gaulle, à la manière dont celui-ci est revenu au pouvoir en 1958, sur fond d'insurrection à Alger, et au régime qu'il met en place dans le cadre de la Ve République. Il critique le caractère trop personnel du pouvoir présidentiel que lui attribue la Constitution de la Ve République, ce qu'il qualifie de « coup d'État permanent ». Le retour au pouvoir du général de Gaulle marque un tournant dans le parcours politique de François Mitterrand en le précipitant vers la gauche. Après l'échec du lancement médiatique de la candidature de « Monsieur X » (Gaston Defferre) à la présidentielle de 1965 et du projet de « grande fédération », c'est lui qui, seul candidat de la gauche, affronte de Gaulle et, à la surprise générale, lui impose un second tour. Battu, mais avec 45 % des voix, il prend la tête de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS).

Lors des événements de mai 1968, qui divisent l'opposition de gauche, il commet la maladresse d’annoncer au plus fort de la crise sa candidature à la présidence de la République, mal accueillie par l’opinion. Après le triomphe des gaullistes aux élections législatives de juin, il se montre réaliste et ne se présente pas à l'élection présidentielle de 1969, imposée par la démission du général de Gaulle, et à l’issue de laquelle la gauche n'est pas présente au second tour.

Pour en savoir plus, voir les articles Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), Charles de Gaulle.

5. Le reconstructeur de la gauche

François Mitterrand va suivre dès lors une nouvelle stratégie, fondée sur l'unification de la gauche non communiste et son ancrage à gauche. Adhérant au nouveau parti socialiste, qui vient de succéder à la vieille SFIO déconsidérée, il en prend la tête au congrès d'Épinay (11 juin 1971) et lui donne un sang nouveau en accueillant toute une jeune génération de militants venue notamment des mouvements anticolonialistes. L'ancrage à gauche est assuré par la signature d'un programme commun de gouvernement (1972) avec le parti communiste français (PCF) et les radicaux de gauche (→ parti radical, qui prévoit d'amples nationalisations pour assurer le contrôle de l'État sur l'économie.

Cette phase s'achève avec l'arrivée de Michel Rocard et de nombreux militants du parti socialiste unifié (PSU) et de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), à l’occasion de l’élection présidentielle de 1974, qui se solde par la très courte défaite du premier secrétaire du parti socialiste face à Valéry Giscard d'Estaing.

François Mitterrand est un habile capitaine : il sait composer avec les courants qui divisent le parti socialiste – rançon de son élargissement –, s'attache de jeunes et brillants lieutenants capables de faire contrepoids aux vieux « caciques » de l'ex-SFIO, et parvient à rendre le seul parti communiste responsable de la rupture du programme commun, aux yeux de l'opinion (1977). Aux élections législatives de 1978, le PCF est devancé par le PS, dont la progression va culminer en 1981.

Pour en savoir plus, voir les articles CFDT, parti socialiste (PS), parti socialiste unifié (PSU), Michel Rocard, SFIO.

6. Le quatrième président de la Ve République (1981-1995)

6.1. Le président de l’alternance

Candidat pour la troisième fois, François Mitterrand est élu président de la République le 10 mai 1981, au second tour, avec 51,8 % des voix. S’il a bénéficié des suffrages d’une partie de la droite hostile à Valéry Giscard d’Estaing, il se présente comme l’élu du peuple de gauche. La nouvelle Assemblée consacre en juin le triomphe du parti socialiste (la « vague rose »), et le premier gouvernement de Pierre Mauroy voit le retour aux affaires de quatre ministres communistes, pour la première fois depuis 1947. Une série de mesures sociales (retraite à 60 ans) ou symboliques, comme l'abolition de la peine de mort, sont prises dès les premiers mois du septennat.

S’il est le président de la gauche et de l’alternance, François Mitterrand, ancien grand adversaire de la Ve République, se coule non seulement dans le moule fabriqué par le général de Gaulle mais revient à une pratique symbolique du pouvoir suprême dans laquelle le fondateur de la Ve République excellait, mais que ses deux successeurs, chacun à sa manière, avaient quelque peu amoindrie. Aimant les symboles, il marque son investiture à la présidence par une cérémonie au Panthéon, au cours de laquelle il honore les grands noms associés aux valeurs de la gauche. Attaché au protocole, il se fait une haute idée de sa fonction, et veille à ce que ses prérogatives soient toujours respectées. En particulier, après la victoire de la droite aux élections législatives de 1986, et la nomination de Jacques Chirac à l'hôtel Matignon – qui crée une situation inédite de cohabitation –, il se place en garant des institutions et sait s’imposer dans les domaines pour lesquels il estime devoir jouer un rôle prééminent – les Affaires étrangères, en particulier la construction européenne et la politique africaine, ainsi que la Défense.

Pour en savoir plus, voir les articles cohabitation, Jacques Chirac, Valery Giscard d'Estaing, Pierre Mauroy.

6.2. La continuité en politique étrangère

À dire vrai, la droite lui conteste d'autant moins ce rôle que François Mitterrand assume, dans les faits, l'héritage de ses prédécesseurs. L'Afrique noire francophone demeure le « pré carré » où prévalent les relations interpersonnelles, voire familiales avec la nomination de son fils Jean-Christophe à la cellule africaine de l'Élysée, et ce sera le gouvernement Balladur qui opérera la première rupture dans la tradition avec la dévaluation du franc CFA en janvier 1994. De même, en matière de défense, le nouveau président ne remet en question ni le dogme de la dissuasion nucléaire, ni le statut particulier de la France au sein de l'OTAN ni le principe de la conscription. Quant à l'implication de la France dans la guerre du Golfe, elle recueille l'assentiment d'un très large éventail du spectre politique.

Voyant dans la construction européenne le gage d’une paix durable, François Mitterrand renforce l'axe franco-allemand et favorise plusieurs avancées : sur le plan institutionnel, avec la signature des accords de Schengen (1985), de l'Acte unique européen (1986), du traité de Maastricht (1992) ; et, d'un point de vue à la fois symbolique et économique, avec la construction du tunnel sous la Manche. Il se montre toutefois réticent lors de la réunification allemande qu'il admet sans enthousiasme, craignant une rupture de l'équilibre franco-allemand.

Pour en savoir plus, voir les articles accords de Schengen, Acte unique européen, OTAN, traité de Maastricht, tunnel sous la Manche.

6.3. Un second septennat difficile

Cultivant un goût du secret remarquable, François Mitterrand sait utiliser le suspense comme une arme, et le prouve magistralement en 1988 quand il laisse planer le doute sur sa candidature à l'élection présidentielle, ce qui lui permet à la fois d'écarter son concurrent socialiste, Michel Rocard, et de déstabiliser le camp adverse. Le 8 mai 1988, François Mitterrand est réélu président de la République avec une confortable majorité devant Chirac (54,4 % des voix). Dans un contexte de persistance de la crise économique, ce second mandat est marqué par la multiplication des scandales politico-financiers et la seconde cohabitation à partir de 1993 (Édouard Balladur est alors chef du gouvernement).

Rongé par un cancer, décelé en 1981 mais caché à l’opinion publique jusqu’en 1992, François Mitterrand connaît une fin de septennat difficile, endeuillée par les suicides du Premier ministre Pierre Bérégovoy et d'un de ses conseillers. Il fait en outre l'objet de violentes polémiques à la suite des révélations du journaliste Pierre Péan sur son rôle comme fonctionnaire du gouvernement Pétain ainsi que de son amitié avec René Bousquet, haut fonctionnaire de Vichy inculpé de crime contre l'humanité pour sa responsabilité dans la rafle du Vél' d'Hiv de juillet 1942 (Une jeunesse française, François Mitterrand, 1934-1947, 1994). La même année, il laisse révéler au grand public l'existence de sa fille naturelle, Mazarine Pingeot.

Il remplit ses fonctions jusqu’au terme de son mandat, malgré les ravages de la maladie. Retiré de la vie publique, il se consacre à la rédaction de ses mémoires, avant de mourir à Paris le 8 janvier 1996.

Homme de lettres autant qu'homme politique, François Mitterrand est l'auteur de plusieurs ouvrages, de l'essai politique à la chronique (Aux frontières de l'Union française, 1953 ; le Coup d'État permanent, 1964 ; Changer la vie, 1972 ; la Paille et le Grain, 1975 ; l'Abeille et l'Architecte, 1978 ; Ici et maintenant, 1980). Deux ouvrages seront publiés quelques semaines après sa mort : Mémoires interrompus et De l'Allemagne, de la France (1996).

Tout au long de son septennat, il a été l'initiateur d'une série de grands travaux de prestige qui contribuent à modifier le visage de Paris : la Pyramide du Louvre, la Grande Arche du quartier de la Défense, l’Opéra de la Bastille, la Cité des sciences et de l'industrie de la Villette, le ministère des Finances de Paris-Bercy et, enfin, la Bibliothèque nationale de France (BNF), qui porte son nom.

Pour en savoir plus, voir les articles Pierre Bérégovoy, Bibliothèque nationale de France (BNF), collaboration, Édith Cresson, Lionel Jospin, Opéra de la Bastille, parc de la Villette, quartier de la Défense, rafle du Vél' d'Hiv.

7. Un président et un homme controversés

« Le destin exceptionnel d'un homme complexe » : la formule pourrait caractériser la vie et la personnalité de François Mitterrand, et laisse entendre combien il est difficile de cerner un homme si contrasté ainsi que son action politique. Et ce d’autant plus que l’homme est très secret, protégeant farouchement sa vie privée, passée et présente, éludant les questions, n'hésitant pas à laisser utiliser des moyens réprouvés, comme les écoutes téléphoniques. Le goût du secret est rarement dissociable de la méfiance : le président se méfie, par exemple des services de renseignements et de sécurité, qu'il double d'une cellule ad hoc à l'Élysée. Il ne se confie guère à ses collaborateurs, qu'il met souvent en concurrence, sans le leur dire, quant il s'agit d'étudier un dossier délicat…

Les commentateurs se sont souvent interrogés sur sa sincérité politique, doutant parfois de ses sentiments socialistes. Même s'il n'a pas toujours choisi la « ligne droite », son itinéraire personnel le conduit indiscutablement de la droite à la gauche. Pour autant, s'il adhère au socialisme, c'est plus pour ses valeurs humanistes – le rejet de la peine de mort, par exemple, ou le droit à la culture – que pour ses dogmes.

Une fois à la tête de l'État, le redoutable chef de parti se pose avant tout en garant de la cohésion nationale, à tel point que certains de ses partisans trouveront parfois excessives certaines de ses concessions ou initiatives. C’est notamment le cas lorsqu’il retire le projet Savary de réforme de l’enseignement privé qui a jeté dans la rue un million de protestataires en 1984, désavouant son ministre de l’Education. De même, il fait voter une loi amnistiant les généraux putchistes de la guerre d'Algérie (1982), ou encore reprend à son compte la doctrine officielle de la République depuis 1944, selon laquelle le gouvernement de Vichy n'a constitué qu'une parenthèse dans l'histoire de France. Et, devant la polémique suscitée par la révélation de ses relations avec René Bousquet, il déclare qu'il est nécessaire de « mettre un terme à la guerre civile permanente entre Français », argument qu'avait déjà utilisé Georges Pompidou, une vingtaine d'années plus tôt, à propos de l'affaire Touvier. Pour certains, cette attitude relève surtout de son souci de maintenir son propre passé dans l'ombre. Pour d’autres, François Mitterrand, profondément marqué par la violence politique des années 1930, par le drame de l'Occupation et de l'épuration, par les affrontements liés à la guerre d'Algérie, répugne à raviver ces plaies encore douloureuses, au risque d'être accusé de sympathie à l'égard des « enfants perdus » de la République.

Pour en savoir plus, voir les articles histoire de la France, peine de mort, Ve République.