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Léon Blum

Léon Blum
Léon Blum

Homme politique et écrivain français (Paris 1872-Jouy-en-Josas 1950).

1. Les années d'études et de dilettantisme

Léon Blum est reçu en 1890, à dix-huit ans, vingt-troisième de sa promotion à l'École normale supérieure. Après deux échecs consécutifs à la licence ès lettres (juillet et novembre 1891), il se spécialise dans le droit public et, à vingt-trois ans, est reçu au concours du Conseil d'État : il y entre comme auditeur.

La littérature occupe ses loisirs ; dès 1891, il collabore aux revues la Conque (où écrit aussi André Gide) et le Banquet, avec Fernand Gregh et Marcel Proust. En 1894, il devient l'un des rédacteurs habituels de la Revue blanche. Il écrit aussi au Gil Blas et à la Grande Revue. Bientôt, il devient chroniqueur dramatique du Matin, puis de Comœdia. Il publiera par la suite plusieurs essais : Nouvelles Conversations de Goethe avec Eckermann (1901), Du mariage (1907), Stendhal et le beylisme (1914).

L'affaire Dreyfus l'amène à la politique active. Il est ardemment dreyfusard. Une conversation avec Lucien Herr le conduit au socialisme ; il rejoint alors les intellectuels socialistes qui travaillent à réaliser l'unité et collabore à l'Humanité de Jean Jaurès ; en même temps, il siège au conseil d'administration de la Société nouvelle de librairie et d'édition, rue Cujas, qui publie la « Bibliothèque socialiste », et il y donne une analyse des congrès socialistes et ouvriers de 1871 à 1900. Cependant, le marxisme l'influence peu ; il croit avant tout au rôle des hommes et à l'action des idées.

2. L'engagement dans la vie politique et parlementaire

La mort de Jean Jaurès et le début des hostilités en 1914 jettent Léon Blum de nouveau dans l'action. Il devient chef de cabinet du ministre socialiste des Travaux publics, Marcel Sembat, et le demeure jusqu'en décembre 1916, où Sembat cesse d'être ministre. Dans une série d'articles anonymes réunis plus tard en brochure sous le titre la Réforme gouvernementale, il tire les leçons de son expérience. Partisan résolu de la défense nationale, il combat les socialistes « minoritaires », Paul Faure et Jean Longuet.

À une heure où l'unité socialiste semble menacée, on le pousse en avant pour qu'il joue un rôle de conciliateur. En avril 1919, Léon Blum rapporte devant le congrès le programme d'action que la SFIO présente aux électeurs. Le 16 novembre 1919, il est, de justesse, élu député de Paris (second secteur). Secrétaire du groupe parlementaire SFIO au congrès de Tours (décembre 1920), il critique les conceptions des partisans de la IIIe Internationale ; avec Paul Faure, devenu secrétaire général du parti, qui se reconstitue après la scission, Léon Blum, leader parlementaire et directeur du Populaire de Paris, travaille à reconstruire la « vieille maison » détruite par la rupture de l'unité.

À la tête de l'opposition, il préconise la nationalisation des chemins de fer et combat l'occupation de la Ruhr. Après la victoire du Cartel des gauches, le 11 mai 1924, il se prononce contre la participation socialiste au gouvernement ; il se rapproche alors des guesdistes. C'est l'époque où il distingue la conquête du pouvoir par la révolution et l'exercice du pouvoir dans le cadre du régime capitaliste, d'où il essaierait d'extraire le maximum de justice sociale. En 1933, il condamne avec vigueur les thèses néo-socialistes, qui, selon sa propre expression, l'épouvantent, et, en 1934, il se montre réservé, sinon hostile, devant le planisme d'Henri de Man.

3. Chef du gouvernement de Front populaire

Rallié à l'idée du Front populaire, dont il n'a pas été l'initiateur, Léon Blum est, au soir du 3 mai 1936, le leader du groupe le plus nombreux de la nouvelle majorité et revendique immédiatement le pouvoir. Après plusieurs semaines de consultations, qui confirment son souci de rester dans la légalité, il forme un cabinet avec les SFIO, les radicaux et les socialistes indépendants, mais sans les communistes, qui ont promis leur soutien, mais ont refusé leur participation. Sept ans avant de prendre le pouvoir, Léon Blum a écrit : « Je m'attribue sans excès de vanité une vue d'ensemble des affaires, une rapidité de jugement et de décision qui ne m'en rendraient pas incapable. » Cependant, son intelligence portée vers les analyses abstraites, ses moyens physiques discrets, s'ils parviennent à s'imposer aux foules grâce à un don d'extrême clarté dans l'exposition, ne les conquièrent pas comme l'éloquence d'un Jean Jaurès. Léon Blum, chef d'une coalition, risque d'être dépassé par le mouvement d'opinion qui l'a porté au gouvernement. Il n'en reste pas moins que son passage au pouvoir marque l'un des grands moments de la IIIe République.

La volonté de Léon Blum est d'appliquer le programme du Front populaire. Cependant, des difficultés imprévues surgissent, notamment une grande vague de grèves avec occupation. Par les accords Matignon, Léon Blum est obligé d'aller, dans le domaine social, plus loin que ne le prévoyait le programme. Par ailleurs, il décide de renforcer le contrôle de l'État sur la Banque de France, processus qui aboutira en 1945 à la nationalisation de celle-ci, préconise la nationalisation des industries de guerre et crée l'Office national du blé. Le surgissement de la guerre civile en Espagne lui pose de nouveaux problèmes ; jugeant impossible de se couper de la Grande-Bretagne et des radicaux, en apportant aux républicains espagnols l'aide dont ils ont besoin, il déçoit alors une partie de l'opinion.

En octobre 1936, il doit procéder à une dévaluation. Après avoir dû, en février 1937, proclamer une « pause » dans les réformes annoncées, Léon Blum, pris entre l'impatience des masses populaires et l'opposition des milieux conservateurs, est, le 21 juin 1937, obligé par le Sénat à démissionner. Pour ne pas briser le Front populaire, il accepte, malgré les réticences du parti socialiste, la vice-présidence du Conseil dans le cabinet Camille Chautemps qui se constitue alors. Il refuse d'entrer dans le suivant et forme, le 13 mars 1938, un nouveau cabinet, qui tombe devant le Sénat dès le 8 avril : c'est la dislocation du Front populaire. Hostile aux accords de Munich, qu'il vote par discipline de parti, Léon Blum est de plus en plus acquis à une politique de fermeté devant Hitler.

4. Les années difficiles

À l'Assemblée nationale de Vichy (juillet 1940), il est l'un des quatre-vingts parlementaires qui refusent de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Arrêté le 15 septembre 1940, il est interné successivement à Chazeron (deux mois) et à Bourassol (une année). Un « conseil de justice politique », constitué par le gouvernement de Vichy, le condamne, le 16 octobre 1941, à la détention dans une prison militaire (fort du Portalet).

En février 1942, il est traduit, avec plusieurs inculpés, devant la cour de Riom (→ procès de Riom) sous l'accusation d'avoir trahi les devoirs de sa charge. Sa défense se révèle si efficace que le gouvernement suspend les débats (11 avril 1942). C'est pendant ces mois de détention qu'il rédige son livre À l'échelle humaine, où il expose sa conception humaniste du socialisme. Après l'occupation, par les armées allemandes, de la zone sud, il est déporté successivement à Dachau, à Buchenwald et dans le Haut-Adige, où il est libéré, en mai 1945, par une armée américaine venant d'Italie.

5. Les dernières années

Revenu en France, il s'installe dans une semi-retraite. Par des articles dans le Populaire, il exerce une influence que certains contestent ; par ses interventions dans les congrès, il précise les conditions nécessaires pour qu'il soit possible d'envisager l'unité avec les communistes. Une mission aux États-Unis que lui confie en 1945 Félix Gouin, alors président du gouvernement provisoire, l'amène à orienter la France vers l'atlantisme.

En décembre 1946, Léon Blum constitue un gouvernement socialiste homogène dont la mission est de mettre en place les institutions de la IVe République ; pour lutter contre l'inflation, il décide une baisse autoritaire des prix.

Après la démission du gouvernement Ramadier (novembre 1947), Vincent Auriol, devenu président de la République, le charge de former un gouvernement, qui, selon toute vraisemblance, va se trouver devant une vague de grèves. Mais, le 22 novembre 1947, au lieu des 309 voix nécessaires, Léon Blum n'en recueille que 300. Il est encore, en août 1949, vice-président du Conseil dans l'éphémère ministère André Marie, mais il meurt subitement le 30 mars 1950.