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Macédoine

en macédonien Makedonija

Nom officiel : Ancienne République yougoslave de Macédoine

Carton de situation - Macédoine
Drapeau de la Macédoine
Drapeau de la Macédoine

État du sud-est de l'Europe, la Macédoine est située dans la péninsule des Balkans et bordée au nord par le Kosovo, au nord-est par la Serbie, à l'est par la Bulgarie, au sud par la Grèce et au sud-ouest et à l'ouest par l'Albanie.

  • Superficie : 25 700 km2
  • Nombre d'habitants : 2 107 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Macédoniens
  • Capitale : Skopje
  • Langue : macédonien
  • Monnaie : denar
  • Chef de l'État : Gjorge Ivanov
  • Chef du gouvernement : Nikola Gruevski
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Entrée en vigueur : 17 novembre 1991
    • Révisions : novembre 2001, décembre 2005
Pour en savoir plus : institutions de la Macédoine

GÉOGRAPHIE

En grande partie montagneux, ouvert cependant par quelques bassins et vallées (dont celle du Vardar), le pays associe élevage et cultures (bénéficiant parfois de l'irrigation et d'un climat localement méditerranéen) et quelques activités extractives (plomb, zinc). Skopje concentre environ le cinquième d'une population comptant une notable minorité d'Albanais de souche (près de 25%), localisés dans la partie occidentale.

Le centre et l'est du pays sont occupés par le vieux socle rhodopéen, disloqué en petits massifs aux orientations irrégulières (Jakupica, Osogovo, Malesevo, Kozuf). Celui-ci entre en contact, à l'ouest, avec le plissement dinaro-hellénique plus récent, orienté nord-sud : Sar, Korab (2 764 m), Pelister. L'ensemble de la région connaît une zone d'activité sismique (Skopje, 1963). Entre les massifs, des zones d'effondrement sont occupées soit par des lacs (Ohrid, Prespa), soit par des bassins alluviaux fertiles (Skopje, Polog, Pélagonie, Strumica). La vallée du Vardar, orientée nord-sud, relie l'Europe danubienne à la mer Égée.

Bien que ne disposant que de 27 % de terres arables, le pays est autosuffisant sur le plan alimentaire. Les bassins ont été bien mis en valeur par de puissants combinats agro-industriels à l'époque titiste. Des influences méditerranéennes se font sentir jusqu'à Skopje. L'agriculture se caractérise par le développement de cultures méditerranéennes ou subtropicales (coton, tabac, riz, fruits). Des gisements de plomb, de zinc, de chrome et de fer sont exploités, mais les ressources énergétiques locales sont insuffisantes. L'industrie est représentée par quelques de transformation (agroalimentaire) d'importance modeste.

Les activités tertiaires se concentrent à Skopje, capitale hypertrophiée regroupant un quart de la population. Longtemps restée rurale, la Macédoine a abordé la transition démographique tardivement : le taux de natalité est passé entre 1955 et 2007, de 36,2 à 11 ‰, et le taux de mortalité, de 13,2 à 9 ‰. La population albanophone a cependant conservé un profil démographique traditionnel, d'où son accroissement relatif (13 % de la population en 1961, 23 % en 1994). Sa concentration dans l'ouest du pays (Tetovo, Gostivar), son altérité linguistique et religieuse (slaves orthodoxes, albanophones musulmans), sa proximité immédiate avec le Kosovo contribuent à aggraver les problèmes de cohabitation. Le pays comprend plusieurs autres groupes minoritaires : Turcs, 4 % ; Rom, 2,3 % ; Serbes, 2 % ; Aroumains, 0,4 % (1994).

Largement subventionnée par la Fédération yougoslave pendant des décennies, l'économie macédonienne aborde la transition postcommuniste dans un contexte régional très défavorable. Coupée de son marché traditionnel yougoslave par la guerre et l'embargo international contre la Serbie, elle subit un embargo commercial de la part de la Grèce (février 1944-octobre 1995). Elle échappe pourtant à l'effondrement économique et social que connaissent les pays voisins (Albanie, Serbie, Bulgarie), en partie grâce aux rentrées de devises provenant de l'émigration économique (Canada, États-Unis, Australie, Europe occidentale).

Grâce à la relance du commerce avec la Yougoslavie dès la fin de la guerre du Kosovo (juin 1999), la Macédoine, qui est devenue la principale voie d'accès à cette région, connaît un regain d'activité économique. Cependant, le pays reste l'un des plus pauvres d'Europe. Sa situation économique est mauvaise : le secteur public est pléthorique, le chômage touche près de 40 % de la population active, les investissements étrangers se sont effondrés depuis 2001. Il est lié à l'Union européenne par un accord de stabilisation et d'association et s'y intégrera probablement assez rapidement.

HISTOIRE

1. L'Antiquité

Le royaume antique de Macédoine apparaît au viie siècle avant J.-C. avec Perdiccas, fondateur de la dynastie des Argéades. Ce petit État barbare, dont la langue s'apparente au phrygien, est en contact précoce avec la culture grecque, dont s'imprègnent les élites sociales. Il atteint son apogée sous Philippe II (359-336 avant J.-C.), qui contrôle la majeure partie des Balkans, et, surtout, sous son fils Alexandre le Grand (336-323 avant J.-C.), dont les conquêtes bouleversent tout le Proche-Orient et inaugurent la période hellénistique. Les Antipatrides, de 326 à 294 avant J.-C., puis les Antigonides, de 277 à 168 avant J.-C., gouvernent ce puissant royaume. La victoire romaine de Pydna met fin à l'indépendance macédonienne.

La Macédoine est organisée en province romaine en 148 avant J.-C. et sert de base à la conquête des Balkans. Elle est touchée par le christianisme de bonne heure (prédications de saint Paul en 50 et 56 après J.-C.). À la fin du ive siècle, elle est rattachée à l'Empire romain d'Orient.

2. La Macédoine slave

À la différence des précédentes incursions barbares, les Slaves, en s'installant à demeure au vie-viie siècle, modifient en profondeur le peuplement rural. Leur conversion au christianisme est promue par les saints Cyrille et Méthode, natifs de Thessalonique, qui traduisent les textes sacrés dans le parler local (alphabets glagolitique et cyrillique). Leurs disciples, les saints Clément et Naoum font d'Ohrid un foyer culturel slave important, siège d'un archevêché autocéphale (xie-xviiie siècle). Les Slaves de Macédoine vivent sous l'autorité de Byzance ou des royaumes bulgares. Sous le roi Samuel (976-1014), Ohrid est la capitale d'un royaume, bientôt anéanti par la reconquête byzantine. Sous domination serbe au milieu du xive siècle, la Macédoine est conquise par les Turcs Ottomans après la bataille de la Marica (1371). Restant à l'écart des affrontements militaires (sauf en 1689), elle partage le sort de toutes les provinces balkaniques de l'Empire ottoman.

3. Les luttes nationales

Au xixe siècle, cette province pauvre et isolée de l'Empire ottoman va devenir l'enjeu des rivalités entre les nationalismes balkaniques naissants. La population est très mélangée, et les évaluations statistiques divergent. On peut pourtant admettre que les Slaves orthodoxes constituent une faible majorité, les musulmans (Turcs, Albanais, slavophones et hellénophones), environ un tiers, le reste se répartissant entre Grecs et Aroumains orthodoxes, Juifs, Tsiganes, etc.

Le réveil national des Slaves macédoniens suit d'abord le réveil bulgare. Il rejette l'influence cultuelle grecque dans les églises et les écoles. Après la création de l'exarchat bulgare (1870), on oppose les Macédoniens exarchistes (étiquetés « Bulgares ») aux patriarchistes (étiquetés « Grecs »). Après la création de l'État bulgare (1878), un nouveau clivage apparaît entre les partisans d'une action commune, dirigée depuis Sofia, et ceux qui prônent une action autonome en soulignant de plus en plus la spécificité macédonienne. Ces derniers fondent, en 1893, l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO), qui développe un puissant réseau clandestin. L'insurrection d'Ilinden (1903) est réprimée dans le sang. L'incapacité des grandes puissances à proposer des solutions efficaces (programme de Mürzsteg, 1903), les propagandes rivales émanant des capitales balkaniques et surtout l'escalade de la violence (aux bandes armées rivales macédoniennes s'ajoutent les bandes grecques, serbes, albanaises et même roumaines) plongent la région dans un profond chaos. La révolution « jeune-turque » (1908), après un bref répit, introduit un facteur politique nouveau : le nationalisme turc, en rupture avec l'idéologie impériale ottomane.

4. La Macédoine dans le cadre yougoslave

Les guerres balkaniques (1912-1913) entraînent le partage de la Macédoine géographique. La Macédoine dite du Vardar (40 % du territoire) échoit à la Serbie, la Macédoine égéenne (50 %) revient à la Grèce, la Bulgarie, vaincue, ne reçoit que la Macédoine dite du Pirin (10 %). De 1915 à 1918, le territoire macédonien est occupé par la Bulgarie et sert de champ de bataille entre Alliés et Empires centraux. De 1918 à 1941, le régime yougoslave fait d'importants travaux d'aménagement, mais pratique une politique de serbisation coercitive, niant toute spécificité nationale, voire même régionale. L'occupation militaire bulgare (1941-1944) prône, à son tour, une bulgarisation autoritaire et brutale. La résistance communiste yougoslave, menée par Tito, propose une solution novatrice : fédéralisation de la Yougoslavie et reconnaissance politique de l'identité nationale macédonienne au congrès de l'ASNOM (Conseil antifasciste de libération nationale de la Macédoine), le 2 août 1944.

La République fédérative de Macédoine, restée isolée et sous-développée, connaît un rapide essor sous le régime titiste, sans toutefois parvenir à un réel décollage économique. À cela plusieurs raisons : des ressources naturelles assez médiocres, une situation périphérique en Yougoslavie, de mauvaises relations avec l'Albanie, la Grèce et la Bulgarie, voisines, qu'alimentent d'incessantes polémiques nationales, le désastreux séisme de Skopje (1963), etc. En revanche, un gros effort culturel est fait (alphabétisation) ; l'autocéphalie de l'Église orthodoxe de Macédoine est unilatéralement proclamée en 1967.

5. Depuis l'indépendance

5.1. Accession à l'indépendance

Ayant beaucoup profité du régime titiste, la Macédoine participe peu à sa remise en question. Elle ne procède à des élections pluralistes qu'en novembre-décembre 1990. Celles-ci ne permettent pas de dégager une majorité nette et des gouvernements de coalition, de tendance sociale-démocrate, se succèdent (Nikola Kljušev [1991-1992], Branko Crvenkovski [1992-1998]). En janvier 1991, le Parlement élit le communiste Kiro Gligorov président de la République (il sera réélu au suffrage universel en octobre 1994).

La montée de l'intransigeance centralisatrice en Serbie, les proclamations d'indépendance slovène et croate (25 juin 1991) et la guerre qui s'installe en Croatie précipitent l'option indépendantiste. Après référendum (8 septembre), l'indépendance est proclamée le 17 septembre 1991. Durant l'hiver 1991-1992, l'armée fédérale se retire du territoire macédonien. Le pays sort indemne de la dislocation yougoslave.

5.2. Fragilité du nouvel État

Hostilité de la Grèce

Fragile, pauvre et enclavé, le nouvel État est immédiatement confronté à de multiples défis. Sa reconnaissance internationale ne va pas sans difficultés, les plus sérieuses venant de l'hostilité de la Grèce, dont les griefs sont de nature symbolique et témoignent du désarroi d'Athènes devant la recomposition des équilibres régionaux. Revendiquant l'héritage hellénistique, Athènes oppose son veto à toute reconnaissance d'un État portant le nom de Macédoine. En effet, pour les Grecs, le terme « Macédoine » se réfère explicitement au royaume d'Alexandre le Grand, un des mythes fondateurs de l'hellénisme, et désigne une région du Nord du pays ou vivait une importante communauté slavo-macédonienne (les Egejci), expulsée après la fin de la guerre civile grecque (1945-1949). Selon le point de vue d'Athènes, son utilisation par Skopje est donc considérée comme une usurpation historique et comme l'affirmation d'une prétention territoriale sur les régions qui constituaient autrefois la Macédoine de l'Empire ottoman.

De ce fait, c'est sans drapeau et sous le nom provisoire d'« Ancienne République yougoslave de Macédoine » (ARYM/FYROM) que le nouvel État est admis à l'ONU le 8 avril 1993. Devant l'intransigeance de Skopje, Athènes passe des protestations diplomatiques aux sanctions économiques et décrète, en février 1994, un embargo commercial vers la Macédoine. Ce dernier durera dix-huit mois et coûtera plus de deux milliards de dollars à l'économie macédonienne. La Bulgarie, quant à elle, reconnaît l'État macédonien mais ni la langue ni la nation. Pour Sofia, le macédonien n'est qu'une variante dialectale du bulgare.

Tensions intercommunautaires

Au sein du nouvel État, les tensions entre les deux principales communautés – une majorité slavo-macédonienne orthodoxe et une minorité albanaise musulmane – s'aggravent du fait de la mauvaise intégration de cette dernière. En octobre 1995, le président Gligorov est blessé dans un attentat. Associé aux gouvernements de coalition successifs depuis 1991, le parti de la Prospérité démocratique (PPD, albanais modéré) est, sous la pression de Tirana, progressivement gagné par des éléments nationalistes radicaux. Ces derniers quittent le PPD en 1995 pour former le parti démocratique albanais (PDSh), formation beaucoup plus radicale et largement majoritaire, dès 1997. Le PDSh revendique notamment la légalisation de l'université clandestine de Tetovo (celle-ci, calquée sur sa voisine de Priština, assure un enseignement en albanais), la modification de la Constitution en vue d'accorder aux Albanais le statut de nation constitutive au même titre que la majorité slavo-macédonienne, et une représentation proportionnelle des Albanais dans la fonction publique. Les quelques ministres albanais participant au gouvernement du social-démocrate Branko Crvenkovski ne parviennent pas à empêcher les forces de l'ordre de réprimer très durement des manifestations d'Albanais, durant l'été 1997, à Tetovo et à Gostivar.

Un changement de majorité survient à la suite des élections législatives de novembre 1998. L'Alliance social-démocrate de Macédoine (SDSM, ex-communiste) perd le pouvoir au profit du bloc d'opposition de droite, formé de la VMRO-DPMNE (Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne-parti démocratique pour l'Unité nationale macédonienne, lointain héritier de la VMRO historique du début du siècle, reconstituée en 1990) de Ljubčo Georgievski et de l'Alternative démocratique (DA) de Vasil Tupurkovski. Afin d'assurer la représentation des Albanais, L. Georgievski offre cinq portefeuilles ministériels au DDSh. Cette alliance entre extrémistes des deux communautés permet, à travers quelques avancées – amnistie de quelque 800 Albanais, utilisation de la langue albanaise au Parlement, régularisation du statut de l'université de Tetovo –, d'apaiser les tensions les plus vives.

Mais au printemps 1999, l'afflux de centaines de milliers de réfugiés kosovars expulsés du Kosovo par les forces serbes menace dangereusement le fragile équilibre interethnique, politique et économique du pays, écartelé entre ses attaches serbes, albanaises, et son aspiration à rejoindre les institutions européennes et atlantiques. Par ailleurs, certaines initiatives diplomatiques prises par le jeune Premier ministre L. Georgievski – la reconnaissance par Skopje de l'appartenance de la Macédoine dite de Pirin à la Bulgarie (en échange, celle-ci reconnaît l'existence d'une nation et d'une langue macédoniennes), l'approbation discrète des frappes aériennes de l'OTAN en RFY et l'établissement de liens diplomatiques avec Taïwan – rendent malaisée la cohabitation avec le président Gligorov, plus âgé. Arrivé au terme de son dernier mandat, celui-ci cède sa place à Boris Trajkovski, candidat de la VMRO, élu en novembre 1999 à la présidence de la République.

5.3. Au bord de la guerre civile

En mars 2001, l'activisme de groupes armés se réclamant de l'Armée de libération nationale des Albanais de Macédoine (UÇKM) au nord-ouest du pays, à la lisière de Tetovo, à la frontière du Kosovo et de l'Albanie, contraint les autorités macédoniennes à intervenir militairement. L'agression se transforme rapidement en rébellion populaire, la minorité albanaise, lassée du régime, ayant rallié les rebelles albanais. La communauté internationale, qui redoute un embrasement généralisé, apporte son soutien aux dirigeants macédoniens, tout en les incitant à promouvoir le dialogue pacifique sur des réformes de nature à répondre aux revendications de la minorité albanaise.

Dès avril, l'Union européenne signe un Accord de stabilisation et d'association (ASA) avec la Macédoine, la faisant accéder au statut de « candidat potentiel » à l'adhésion. En mai, les principaux partis macédoniens, pressés par la communauté internationale, forment un gouvernement d'union nationale regroupant, outre la coalition au pouvoir, les deux principaux partis d'opposition – la SDSM, côté slave, et le PDSh côté albanais, tous deux chassés du pouvoir à l'issue des élections législatives de 1998. Au terme de six mois d'un conflit armé d'une intensité croissante, risquant à tout moment de plonger le pays dans la guerre civile, les principaux partis macédoniens et albanais signent, le 13 août 2001, à Ohrid des accords de paix, sous l'égide de la communauté internationale.

Les accords d'Ohrid

Ils prévoient une représentation accrue des albanophones dans l'appareil d'État, l'introduction d'une politique de décentralisation et la reconnaissance partielle de l'albanais comme langue officielle ; en contrepartie, l'intégrité territoriale de la Macédoine et son caractère unitaire sont réaffirmés, et les rebelles albanais s'engagent à démanteler l'UÇKM. La communauté slavo-macédonienne perçoit les accords dOhrid comme des concessions arrachées de force sous la pression internationale ; aussi leur processus de ratification par le Parlement ne progresse-t-il qu'avec lenteur et difficulté, au gré des peurs et des rancœurs nationalistes. Sur le plan sécuritaire, le démantèlement de la guérilla albanaise est supervisé par l'OTAN (opération « Moisson essentielle », août-septembre) dont le mandat est régulièrement prorogé. À la veille du scrutin de septembre 2002, les armes se sont tues, mais la défiance entre les deux communautés s'accroît et, dans les anciennes zones de conflit, la sécurité demeure précaire.

Les élections législatives anticipées du 15 septembre 2002 (dont la tenue était prévue par les accords d'Ohrid) sont remportées par la coalition Ensemble pour la Macédoine, dirigée par la SDSM de B. Crvenkovski, et par l'Union démocratique pour l'intégration (BDI/DUI), nouveau parti fondé par l'ancien chef de la guérilla albanaise, Ali Ahmeti, entré en politique. En votant pour l'alternance, les électeurs macédoniens expriment leur aspiration à la paix et leur désir de voir la pleine mise en œuvre des accords d'Ohrid : les Slavo-Macédoniens reprochant à leur Premier ministre, L. Georgievski, une gestion désastreuse de la crise de 2001 ; les Albanais sanctionnant un PDSh sourd à leurs revendications. Déjà Premier ministre de 1992 à 1998, B. Crvenkovski prend la tête du nouveau gouvernement SDSM-BDI en novembre.

5.4. Vers l'intégration euro-atlantique

La crise de 2001 a montré que la concrétisation de l'intégration euro-atlantique était la seule issue au conflit intercommunautaire. Skopje multiplie les signes de bonne volonté envers les États-Unis : en février 2003, le gouvernement cosigne la déclaration du groupe de Vilnius soutenant le projet américano-britannique d'intervention militaire en Iraq. Devenue membre, avec l'Albanie et la Croatie, de la Charte adriatique (mise en place en mai sous l'égide des États-Unis afin de faciliter l'intégration euro-atlantique de ces trois pays balkaniques), la Macédoine s'engage à ne pas poursuivre civils et militaires américains devant la Cour pénale internationale (CPI). En avril 2003, elle devient membre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ; l'ASA, signé avec l'UE en avril 2001, entre en vigueur en février 2004. Le mois suivant, l'acceptation de sa candidature officielle d'adhésion à l'UE par le Conseil européen constitue une marque d'encouragement importante à l'adresse des autorités macédoniennes, alors que les espoirs suscités au sein de l'opinion publique par les accords d'Ohrid ont laissé place à l'amertume : en dépit de quelques avancées (recrutement d'Albanais dans la fonction publique, réduction de la période de résidence nécessaire à une demande de naturalisation), la crise sociale et les frustrations albanaises demeurent.

À la suite de la disparition du chef de l'État B. Trajkovski dans un accident d'avion, le 26 février 2004, une élection présidentielle anticipée est organisée en avril. Le Premier ministre B. Crvenkovski est élu au second tour face à Saško Kedev, le candidat de l'opposition de centre droit (VMRO-DPMNE). Hari Kostov, ministre de l'Intérieur dans le précédent gouvernement, est élu Premier ministre (juin). Le 7 novembre 2004, l'opposition nationaliste contraint le pouvoir d'organiser un référendum contre la loi de décentralisation, dont l'application constitue un des points clés des accords d'Ohrid. Prévoyant une réduction du nombre de communes, la loi de décentralisation confère aux Albanais une autonomie accrue dans les domaines de la santé et de l'éducation, l'albanais devenant la deuxième langue officielle dans les régions de l'Ouest où ils sont majoritaires, ainsi qu'à Skopje. Le gouvernement, les partis politiques albanais ainsi que l'Union européenne appellent au boycott du référendum, qui, faute de participation suffisante, échoue. Peu auparavant, la nouvelle administration Bush, cherchant à féliciter la Macédoine pour son rôle dans la guerre en Iraq (où Skopje maintient 30 soldats) et à affaiblir les nationalistes, a reconnu l'Ancienne République yougoslave de Macédoine sous son nom constitutionnel de « République de Macédoine ». À la suite de la démission de H. Kostov en raison de ses divergences avec le BDI d'Ali Ahmeti, Vlado Bučkovski, proeuropéen convaincu, est nommé à la tête du gouvernement (décembre).

En décembre 2005, la Macédoine se voit accorder le statut de pays candidat à l'Union européenne. Le scrutin législatif de juillet 2006 se solde par la victoire de l'opposition de centre droit (VMRO-DPMNE), emmenée par Nikola Gruevski, au détriment des sociaux-démocrates (SDSM) : N. Gruevski devient Premier ministre et forme une coalition avec le PDSh de Menduh Thaçi, pourtant devancé lors du scrutin par le BDI d'Ali Ahmeti.

5.5. La question albanaise et le Kosovo

Si, depuis la décentralisation et les réformes consécutives aux accords d'Ohrid, les Albanais de Macédoine semblent avoir fait le jeu d'une intégration à la vie politique macédonienne, des tensions ressurgissent épisodiquement entre les deux communautés. Le 24 octobre 2007, la Cour constitutionnelle macédonienne invalide des articles de loi autorisant l'usage public du drapeau albanais dans le pays et sur les bâtiments des municipalités à majorité albanaise. Cette mesure provoque la colère de la principale minorité du pays, qui la juge antidémocratique et anticonstitutionnelle. Le 7 novembre, la police macédonienne lance une opération de grande ampleur autour de Tetovo pour arrêter un groupe armé albanais comptant plusieurs repris de justice en cavale du Kosovo et de Macédoine. L'intervention fait au moins six victimes et ne manque pas de provoquer des inquiétudes au sein de la communauté albanaise, faisant ressurgir le spectre des affrontements de 2001.

Au niveau politique, après un an et demi de coopération, la coalition gouvernementale entre la VMRO-DPMNE et le PDSh vole en éclats en mars 2008 au lendemain de la démission des ministres du parti albanais. Ces derniers exigeaient l'application de six mesures concrètes en faveur de la communauté albanaise : une reconnaissance rapide du Kosovo par la Macédoine, la fermeture immédiate de quatre dossiers récemment renvoyés en Macédoine par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et concernant des faits potentiellement commis par l'UÇKM durant le conflit de 2001, l'attribution d'une pension d'État aux anciens guérilleros albanais, l'octroi du statut de langue officielle à l'albanais sur tout le territoire macédonien, une intégration plus poussée des membres de la communauté albanaise dans la fonction publique et des concessions sur l'usage du drapeau albanais dans les municipalités où la communauté albanaise représente une forte majorité.

Ces demandes sont refusées par le Premier ministre macédonien, N. Gruevski, qui adopte une position prudente sur le Kosovo, refusant de reconnaître rapidement l'indépendance du nouvel État. En effet, une dégradation de la situation dans la région, une flambée de violence et la partition des zones serbes du Kosovo ne manqueraient pas de gravement déstabiliser la Macédoine, en fournissant aux extrémistes albanais de Macédoine et du Kosovo l'opportunité de réaliser le vieux rêve d'unification de toutes les terres albanaises.

Il a fallu la médiation des dirigeants albanais du Kosovo, Hashim Thaçi et Fatmir Sejdiu, pour que le PDSh accepte, au terme de deux semaines de crise, de réintégrer le gouvernement, mais N. Gruevski choisit finalement de convoquer des élections anticipées le 1er juin 2008. Celles-ci sont marquées par de fortes violences opposant les partisans des deux formations albanaises rivales, le PDSh et le BDI. La VMRO-DPMNE de N. Gruevski obtient la majorité absolue au sein du nouveau Parlement, et rompt son alliance avec le PDSh pour s’allier avec le BDI, qui accède au gouvernement. Ce choix, largement inspiré par les mentors occidentaux du pays, vise à ne pas marginaliser la communauté albanaise. En contrepartie, le BDI obtient la promesse d’une reconnaissance du Kosovo, effective en octobre 2008, au grand dam de Belgrade, qui applique de sévères mesures de rétorsion diplomatiques à l’encontre de Skopje.

5.6. Blocage des perspectives d'adhésion

Depuis l'obtention du statut de candidat officiel à l'intégration européenne en mars 2004, la Macédoine a résolument engagé un programme de réformes pour pouvoir entamer les négociations d'adhésion avec l'Union européenne. Selon un rapport publié en novembre 2007 par la Commission européenne, des progrès substantiels ont été réalisés dans la lutte contre la corruption et les réformes structurelles engagées ont permis un certain développement économique. Cependant, les faiblesses institutionnelles de la Macédoine et la politisation des organes d'État ralentissent les progrès et détériorent le climat des affaires. De plus, l'indépendance de la justice est toujours relative et la loi sur la police n'a pas encore été appliquée.

Olli Rehn, le commissaire à l'élargissement de l'Union européenne, se gardait donc bien, à la fin de l'année 2007, de donner un calendrier pour l'ouverture des négociations d'adhésion, appelant simplement les autorités macédoniennes à poursuivre la décentralisation consécutive aux accords d'Ohrid et à appliquer les dispositions prévues par l'Accord de stabilisation et d'association (ASA). Malgré cela, la Macédoine obtient, le 19 décembre 2009, la levée du régime des visas européens, en même temps que la Serbie et le Monténégro.

Le principal obstacle vient cependant du contentieux non résolu avec la Grèce, qui oppose son veto à l’adhésion de la Macédoine à l'OTAN lors du sommet de Bucarest (2-4 avril 2008). Un an plus tard, l’adhésion de la Croatie et de l’Albanie à l’Alliance atlantique est officialisée, et la Macédoine reste sur la touche, tandis que la Grèce menace également d’opposer son veto à toute poursuite du processus d’intégration européenne.

5.7. La longue querelle avec la Grèce

Depuis l’indépendance de son voisin septentrional, la Grèce conteste en effet à celui-ci le droit d’utiliser le nom de « Macédoine », qui appartiendrait de manière exclusive au patrimoine hellénique. La querelle, toujours restée latente, reprend de l’acuité après la victoire du Premier ministre grec Constantin Caramanlis (Nouvelle démocratie, conservateur) aux élections de 2007. Les tentatives de médiation menée par un émissaire des Nations unies ne donnent aucun résultat, alors que plusieurs options de compromis sont sur la table depuis des années, notamment le nom de « Macédoine du Nord ». Bien au contraire, la Grèce conteste désormais également l’usage d’un « double nom » (l’un pour un usage interne, l’autre pour un usage international), et s’oppose également aux appellations de « peuple macédonien » ou de « langue macédonienne ».

Face à l’intransigeance grecque, la Macédoine répond par la provocation, en multipliant les références à la Macédoine antique, qui ne peuvent qu’irriter Athènes. Ainsi, l’aéroport de Skopje a pris en 2008 le nom d’Alexandre le Grand, tout comme l’autoroute reliant Skopje à la frontière grecque. Le stade de Skopje s’appelle désormais Philippe de Macédoine, tandis que des statues des deux héros antiques sont érigées dans toutes les villes du pays. Cette « antiquomania » semble répondre au trouble identitaire des Macédoniens, et elle est délibérément orchestrée par la VMRO-DPMNE du Premier ministre Gruevski pour affirmer l’identité nationale. La victoire du Pasok aux élections anticipées du 4 octobre 2009 et le retour au pouvoir de Gheórghios Papandhréou, considéré comme plus flexible sur le sujet que son prédécesseur, font espérer un déblocage, mais les rencontres officielles entre les deux dirigeants, qui se sont effectivement multipliées à l’automne 2009, n’ont encore donné aucun résultat concret.

Parallèlement, la Macédoine saisit la Cour internationale de justice (CIJ), accusant Athènes de ne pas respecter les dispositions de l’Accord intérimaire de 1995. Skopje met notamment en cause le veto opposé par la Grèce à sa candidature à l’OTAN. Le 5 décembre 2011, la Cour émet un avis favorable à la Macédoine mais la question reste litigieuse malgré la médiation active de l’ONU.

5.8. Un climat social et politique de plus en plus lourd

Le gouvernement Gruevski lance l'immense chantier de « Skopje 2014 », qui prévoit une transformation radicale du centre de la capitale, avec la construction de nouveaux bâtiments publics d’un style souvent antiquisant, et une ambitieuse politique monumentale. Depuis 2010, quatre gigantesques lions de pierre encadrent déjà le principal pont sur le Vardar. Des monuments aux héros nationaux doivent décorer toutes les places de la ville, tandis que la construction de nouvelles églises orthodoxes est également prévue. Ce projet ambitieux suscite toutes les critiques. Les évocations de l’Antiquité sont, naturellement, perçues comme de nouvelles provocations contre les Grecs, tandis que les habitants de la capitale craignent que celle-ci ne soit défigurée. Des heurts opposent à plusieurs reprises la police à des jeunes manifestants contestant la construction d’un sanctuaire orthodoxe sur la place centrale. De même, la construction d’un musée ecclésiastique sur le site du Kale, la vieille forteresse ottomane de Skopje, est vivement dénoncée par les partis albanais ainsi que par la communauté musulmane. Des manifestations dégénèrent en affrontements avec les forces de l’ordre en février 2011.

Ce vaste chantier est également critiqué pour son coût dans un pays sévèrement touché par la crise mondiale et frappé par un fort renchérissement du coût de la vie. L’opposition social-démocrate dénonce le caractère dispendieux du projet et l’opacité de son mode de financement. Elle s'oppose également aux attaques lancées par le gouvernement contre la principale télévision indépendante du pays, A1, soumise à un contrôle fiscal entraînant son arrêt provisoire (novembre 2010) et l’arrestation de son propriétaire, Velja Ramkovski. Dénonçant une « attaque politique » contre un média clairement antigouvernemental, l'opposition organise plusieurs rassemblements de protestation, boycotte les travaux du Parlement, exigeant des élections anticipées qui sont finalement organisées en juin 2011.

Malgré la réapparition du spectre de tensions intercommunautaires qui conduit notamment au report du recensement de la population faute d’un accord entre les représentants des deux principales communautés, la coalition sortante entre la VMRO-DPMNE et son partenaire albanais, le BDI, est reconduite à la tête du gouvernement à l’issue de ce scrutin.

En progression de quelque 130 000 voix, la coalition menée par la SDSM ne tarde pas à affronter de nouveau le pouvoir. Le 24 décembre 2012, le passage en force du projet de budget – en l’absence des députés de l’opposition qui tentent en vain d’en empêcher l’adoption avant d’être expulsés de l’hémicycle – et les heurts violents entre partisans des deux camps détériorent de plus belle le climat politique. Un nouveau boycott du Parlement par la SDSM menace de paralyser les institutions, mais, avec la médiation de l’Union européenne, les deux principaux partis parviennent à un accord en mars 2013 ; en vue notamment des élections municipales que les sociaux-démocrates menaçaient également de boycotter et dont ils sortent cependant largement battus.

À la suite de cette nouvelle défaite, B. Crvenkovski laisse la présidence du parti à Zoran Zaev, maire de Strumica, ce changement de direction laissant espérer des relations plus apaisées entre forces politiques, conformément à l’accord de mars. Une telle normalisation contribuerait par ailleurs à faciliter l’ouverture de négociations d’accession avec l’UE, recommandée par la Commission en octobre 2013 (pour la cinquième fois depuis 2009), dans le sillage du « dialogue de haut niveau » instauré depuis mars 2012. De son côté, dans un rapport publié en juin, le Conseil de l’Europe engage le gouvernement à poursuivre dans la voie des réformes – indépendance de la justice, respect de la liberté d’expression et de la presse, pleine application des accords d’Ohrid, lutte contre la corruption –, des avancées nécessaires à l’intégration européenne du pays indépendamment de la querelle persistant autour de sa dénomination.

En avril 2014, le scrutin présidentiel et les élections législatives (anticipées pour la troisième fois consécutive) se soldent par la victoire du président sortant et par celle de la VMRO-DPMNE qui obtient 61 sièges sur 123. Avec 33 sièges, la SDSM connaît une nouvelle défaite. Mais, s’appuyant notamment sur les réserves de l’OSCE quant à l’équité de la campagne électorale, le parti dénonce les pressions exercées par le pouvoir ainsi que des fraudes, et ne reconnaît aucun des résultats. Le 27 mai, la plupart de ses députés démissionnent, s’attirant les remontrances de l’UE ; en vain. En leur absence, le nouveau gouvernement est investi le 19 juin avec une très large majorité. Depuis, l’opposition campe sur ses positions et refuse de siéger.