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jazz

(de l'américain jazz band)

Jelly Roll Morton
Jelly Roll Morton

Musique afro-américaine créée au début du xxe s. par les communautés noire et créole du sud des États-Unis, et fondée pour une large part sur l'improvisation, un traitement original de la matière sonore et une mise en valeur spécifique du rythme, le swing.

Les débuts du jazz

C'est à La Nouvelle-Orléans que se produit, entre 1890 et 1910, une fusion entre trois courants musicaux jusqu'alors parallèles : la musique populaire des Noirs (musique religieuse, chants de travail et surtout blues), le ragtime et la version « blanche », européanisée, de la musique populaire afro-américaine (chants des minstrel shows et musique de vaudeville). Cette synthèse s'opère grâce à la rencontre des musiciens noirs avec les musiciens « créoles de couleur », mulâtres d'expression française que le code législatif de Louisiane considérait comme des « nègres » : parmi eux, Jelly Roll Morton et Sidney Bechet.

Le jazz Nouvelle-Orléans

La fermeture, en 1917, du quartier réservé de « Storyville » provoque un exode massif de musiciens vers Chicago. King Oliver (1885-1938) s'y installe dès 1918 avec sa formation, le Creole Jazz Band, dont fait partie Louis Armstrong (1901-1971) ; en 1923, il enregistre les morceaux les plus caractéristiques du style Nouvelle-Orléans, fondé principalement sur l'improvisation collective et la recherche d'une polyphonie spontanée. En 1923 aussi, Jelly Roll Morton (1885-1941) y arrive avec les Red Hot Peppers. En 1925, Louis Armstrong dirige les premières sessions de son Hot Five. Parallèlement à l'activité des musiciens noirs, de jeunes musiciens blancs s'imposent, parmi lesquels le trompettiste Bix Beiderbecke (1903-1931), le clarinettiste Benny Goodman (1909-1986) et le batteur Gene Krupa (1909-1973). Peu à peu, New York prend le relais de Chicago. Fletcher Henderson (1898-1952) y fonde son premier grand orchestre (1924) et Louis Armstrong s'y impose comme la première « vedette de jazz ». Dès 1929, le style et la conception orchestrale de La Nouvelle-Orléans ont vécu ; ils ne retrouveront un public qu'en 1940, avec la vogue du New Orleans Revival.

Le middle-jazz

Le middle-jazz est encore appelé « mainstream » ou « jazz classique ». C'est la période où le jazz conquiert sa liberté, en même temps qu'une large audience. Les cadres étroits de l'improvisation collective Nouvelle-Orléans sont délaissés au profit de l'improvisation du soliste et de l'écriture orchestrale. Fletcher Henderson est le premier à tenter de renouveler le langage du jazz. Son orchestre, où s'illustrent de brillants solistes (en particulier Bennie Carter et Coleman Hawkins), ouvre la voie à Duke Ellington (1899-1974), qui joue au Cotton Club de Harlem de 1927 à 1932. C'est là que lui succèdent le grand orchestre de Cab Calloway (1907-1994) puis, en 1935, celui de Jimmie Lunceford (1902-1947). À la même époque, la formation de Count Basie (1904-1984) se produit à Kansas City. Cette période heureuse va recevoir le nom d'« ère du swing ». Entre 1936 et 1944, les grandes formations se multiplient.

Tandis que, avec Fats Waller (1904-1943), Coleman Hawkins (1904-1969), Teddy Wilson (1912-1986) ou encore Lionel Hampton (1909-2002), le jazz s'invente un classicisme, le public proclame le clarinettiste blanc Benny Goodman (1909-1986) « roi du swing » ; intégrant des musiciens de couleur dans son orchestre, il ouvre au jazz les portes de Carnegie Hall, lors d'un concert historique, le 16 janvier 1938. Mais, si Benny Goodman règne sur le swing, c'est surtout chez Count Basie que le swing règne. C'est au sein de son orchestre que se révèle le saxophoniste Lester Young (1909-1959).

Le jazz moderne

La révolution be-bop

À la fin des années 1930, refusant le conformisme croissant, toute une génération de jeunes musiciens décide de faire éclater les canevas traditionnels de l'improvisation. À partir de 1943 s'élabore un nouveau style : le be-bop. Kenny Clarke (1914-1985), Thelonious Monk (1917-1982), Dizzy Gillespie (1917-1993), Charlie Parker (1920-1955), Fats Navarro (1923-1950) et Bud Powell (1924-1966) innovent à la fois sur le plan rythmique, harmonique et mélodique.

Le jazz cool

À la fin des années 1940, un nouveau style se dessine : le jazz cool. Il est né de trois séries d'expériences autonomes. Dans l'orchestre de Claude Thornhill se révèlent deux arrangeurs de talent, Gil Evans (1912-1988) et le saxophoniste baryton Gerry Mulligan (1927-1996). Ceux-ci vont se retrouver dans la formation de Miles Davis (1926-1991), pour qui ils écrivent des arrangements sur des compositions be-bop. Une deuxième expérience est menée par le pianiste Lennie Tristano (1919-1978). La troisième tendance du cool est représentée par les Four Brothers (Herbie Steward, Stan Getz, Zoot Sims, Serge Chaloff, puis Jimmy Giuffre [1921-2008] et Al Cohn), saxophonistes dans l'orchestre de Woody Herman (1913-1987) qui réalisent une synthèse des jeux de Lester Young et de Charlie Parker.

Le hard-bop

Au milieu des années 1950, en réaction contre le cool, une nouvelle génération de musiciens noirs prêche un retour aux racines nègres du jazz : le blues, le gospel song et les chants de travail, dans une variante musclée du bop appelée « hard-bop » ou « jazz funky ». Surtout illustré en quintette, ce style est mis en valeur par les formations de Art Blakey (1919-1990), Max Roach (1925-2007) et Sonny Rollins (né en 1929).

La révolution coltranienne

Au début des années 1960, le contrebassiste Charles Mingus (1922-1979) prolonge l'œuvre de Duke Ellington en créant une musique véhémente et colorée avec des solistes qui annoncent le free jazz (Eric Dolphy [1928-1964]). Tout en se situant dans le prolongement direct des innovations parkeriennes, le saxophoniste alto Ornette Coleman (né en 1930) bouscule ouvertement les principes établis de l'harmonie et de l'improvisation. Mais c'est incontestablement le saxophoniste John Coltrane (1926-1967) qui révolutionne le jazz en 1960 avec une expérience modale qui le conduit en 1964 à participer à l'aventure du free jazz.

Le free jazz

Au milieu des années 1960 surgit un mouvement, autant politique que musical, de libération à l'égard des conventions et de l'« ordre établi ». C'est le free jazz (jazz libre) ou new thing (nouvelle chose). Brisant les critères traditionnels, les nouveaux défricheurs inventent une musique violente, chaotique, convulsive, faite d'improvisation collective. Les principaux responsables de cette tourmente sonore sont le pianiste Cecil Taylor (né en 1933), le trompettiste Don Cherry (1936-1995), les saxophonistes Albert Ayler (1936-1970), Archie Shepp (né en 1937) et Pharoah Sanders (né en 1940).

Le jazz contemporain

Le jazz-rock

Les années 1960 sont également marquées par les nombreuses tentatives de fusion entre les langages du jazz et du rock, tentatives qui se poursuivent tout au long de la décennie suivante. Les musiciens de la scène rock, désireux d'échapper à des schémas harmoniques et rythmiques devenus classiques, et peut-être aussi avides d'une certaine reconnaissance, sont les premiers à s'inscrire dans cette démarche. On trouve parmi eux : en Grande-Bretagne, l'organiste Graham Bond (1937-1974), le guitariste John McLaughlin (né en 1942), les groupes de l'« école » de Canterbury tels que Soft Machine, Caravan et Hatfield and the North ; aux États-Unis, Blood, Sweat and Tears et Chicago Transit Authority.

Côté jazz, le pionnier de ce courant est Miles Davis. Venu du be-bop, puis artisan du jazz cool et du hard-bop, le trompettiste, que l'on a dit « à la fois inventeur et vampire de toutes les modes qu'il a traversées », jette en 1969 une lumineuse passerelle entre jazz et rock (In a Silent Way, Bitches Brew), puis devient le chef de file du mouvement jazz-rock. Outre la compositrice Carla Bley (née en 1938) ou le vibraphoniste Gary Burton (né en 1943), on retrouve au sein de ce mouvement tous les musiciens qui ont gravité autour de Miles Davis : le saxophoniste Wayne Shorter (né en 1933) et le claviériste Joe Zawinul (1932-2007), fondateurs de Weather Report, les pianistes Herbie Hancock (né en 1940) et Chick Corea (né en 1941), John McLaughlin ou encore les batteurs Tony Williams (1945-1997) et Billy Cobham (né en 1944).

Le jazz-funk

Du jazz-rock au funk, le pas est logiquement franchi dans les années 1970. Mélange des différents courants américains revus et corrigés par les instruments électroniques, le funk, une vingtaine d'années après le hard-bop, inspire les musiciens de jazz. George Clinton (né en 1941) et Sly Stone (né en 1944) sont parmi les précurseurs d'un genre qui séduit aussi Herbie Hancock et Miles Davis. Il rallie encore les trompettistes Donald Byrd (né en 1932) et Freddie Hubbard (né en 1938), le vibraphoniste Roy Ayers (né en 1940) – qui permettra au jazz d'entrer à plusieurs reprises dans les hit-parades internationaux – ou les bassistes Stanley Clarke (né en 1951) et Marcus Miller (né en 1959).

En réalité, chez un nombre croissant de musiciens, le fossé entre le jazz et les diverses sensibilités pop n'existe plus vraiment dans les années 1980. Batteur, pianiste et chef-d'orchestre, Jack DeJohnette (né en 1942) y est pour beaucoup, de même que le pianiste Keith Jarrett (né en 1945), qui a en quelque sorte remis le jazz acoustique au goût du jour. D'autres encore, tels les trompettistes Lester Bowie (1941-1999) et Wynton Marsalis (né en 1961), les guitaristes John Abercrombie (né en 1944) et Pat Metheny (né en 1954), les saxophonistes David Sanborn (né en 1945), Mike Brecker (né en 1949) et Brandford Marsalis (né en 1960), enregistrent des albums inspirés, qui peuvent être appréciés aussi bien du public jazz que du public pop.

Acid jazz et rap-jazz

Le présent et l'avenir du jazz passent par sa capacité à féconder des courants novateurs. Apparu en Grande-Bretagne dans la seconde moitié des années 1980, l'acid jazz est né de la rencontre entre la soul, le hip-hop et le jazz lui-même. Outre Galliano (né Rob Gallagher), le James Taylor Quartet et A Man Called Adam, qui font figure de précurseurs, ses représentants les plus célèbres depuis les années 1990 sont les Brand New Heavies et le chanteur Jamiroquai (né en 1970), ardent promoteur d'une néo-soul jazzy.

Le jazz-rap est un autre exemple de la diversité et de l'influence du jazz contemporain. Originaire des États-Unis, plus précisément de New York, il est issu de la fusion entre le jazz cool et le hard-bop, laquelle ne va pas sans une démarche politique tendant à une nouvelle renaissance noire. Ainsi, il est illustré par les formations Afrika Bambaataa & The Jazzy Five, Tribe Called Quest (trio), The Jungle Brothers et De La Soul. Seule exception : les Dream Warriors ; originaires des Caraïbes, King Lou et Capital Q qui forment le duo sont les maîtres adulés de la scène jazz-rap canadienne.

Le jazz vocal

Le jazz vocal, lui aussi, a conquis le grand public. Certaines admirables chanteuses ont disparu, comme Billie Holiday (1915-1959), Ella Fitzgerald (1917-1996), Dinah Washington (1924-1963), Sarah Vaughan (1924-1990), Betty Carter (1930-1998), révélée au début des années 1960 grâce à Ray Charles (1930-2004), Nina Simone (1933-2003) ou Shirley Horn (1934-2005). Les Américaines Cassandra Wilson (née en 1955), Dee Dee Bridgewater (née en 1950), Dianne Reeves (née en 1956), la Canadienne Diana Krall (née en 1964) sont les voix les plus marquantes du jazz aujourd’hui. Pianiste et chef-d'orchestre, Harry Connick Jr (né en 1967) est de son côté un chanteur dont le swing naturel renoue avec un certain âge d'or.

Le jazz et l'Europe

Depuis les années 1920, l'Europe occupe une place qui est loin d'être négligeable dans la grande aventure du jazz, non seulement en accueillant des musiciens afro-américains, mais aussi en révélant ses propres talents. La France joue même à cet égard un rôle d'aiguillon. Le quintette du Hot-Club de France, fondé en 1934 par le guitariste Django Reinhardt (1910-1953) et le violoniste Stéphane Grappelli (1908-1997), a le premier fait des émules. Les pianistes Martial Solal (né en 1927), René Urtreger (né en 1934) et Michel Petrucciani (1962-1999), le multi-instrumentiste Michel Portal (né en 1935), l'organiste Eddy Louiss (né en 1941), les violonistes Jean-Luc Ponty (né en 1942) et Didier Lockwood (né en 1956), les contrebassistes Jean-François Jenny-Clark (1944-1998) et Henri Texier (né en 1945), les batteurs Daniel Humair (né en 1938, d'origine suisse) et Bernard Lubat (né en 1945), les guitaristes Christian Escoudé (né en 1947) et Bireli Lagrene (né en 1966) se sont hissés au sommet de la hiérarchie.

Dans d'autres pays, beaucoup de virtuoses s'expriment aussi. En Scandinavie, le contrebassiste danois Niels-Henning Orsted Pedersen (1946-2005) et le saxophoniste norvégien Jan Garbarek (né en 1947) sont reconnus comme de véritables chefs de file. L'harmoniciste belge Toots Thielemans (né en 1922), les pianistes espagnol Tete Montoliu (1933-1997) et allemand Joachim Kühn (né en 1944), le batteur italien Aldo Romano (né en 1941), le saxophoniste néerlandais Willem Breuker (1944-2010), le contrebassiste britannique Dave Holland (né en 1946) sont parmi ceux qui œuvrent pour que l'eurojazz ne soit en aucune façon une simple réplique de l'esthétique afro-américaine.