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architecture : styles et courants

Imhotep, pyramide de Djoser, Saqqarah
Imhotep, pyramide de Djoser, Saqqarah

HISTOIRE DE L'ART

L'architecture ancienne

L'Égypte ancienne

Plus de 3 000 ans avant J.-C., l'État pharaonique établi en Égypte développe son écriture et son administration. La puissante autorité des pharaons unifie politiquement le territoire, tandis que s'élaborent de grandes doctrines religieuses. Cette simultanéité est liée à la naissance d'une architecture funéraire et sacrée. Le lien est si fort que puissance et faiblesse des dynasties pharaoniques rythmeront l'épanouissement ou le déclin de l'architecture. Après les grandes tombes en brique d'argile crue de la Ire dynastie (3000 avant J.-C.), dont le matériau de base est fourni par les crues du Nil, dispensatrices de limon, apparaissent les architectures de pierre (pyramide de Djoser à Saqqarah, IIIe dynastie, vers 2660 avant J.-C.). Les Égyptiens élèvent des temples de pierre dès le Moyen Empire (2150 à 1780 avant J.-C.), mais ceux qui subsistent datent du Nouvel Empire (1580-1080 avant J.-C., vallée des Rois, temples de Louqsor, salle hypostyle de Karnak, Abou-Simbel) ou de l'époque ptolémaïque (332-30 avant J.-C., temples de Philae, Edfou, Kom-Ombo).

Seuls les tombes, les temples et la statuaire qui les accompagnaient (obélisques, avenues de sphinx et de lions) sont bâtis en pierre. Mais les formes de structures monumentales semblent avoir été influencées par l'architecture domestique égyptienne primitive, représentée notamment par des maisons aux murs de brique crue et aux colonnes faites de roseaux liés : les colonnes des temples présentent des chapiteaux sculptés de feuilles de palme (palmiformes), de lotus (lotiformes), d'ombelles de papyrus fermées (papyriformes) ou largement ouvertes (campaniformes), et des fûts gravés qui évoquent les tiges de ces végétaux.

La Mésopotamie

La pierre et le bois sont rares dans les plaines alluviales du Tigre et de l'Euphrate. L'utilisation de briques séchées au soleil a néanmoins permis la construction, dès la seconde moitié du IVe millénaire, de temples monumentaux en basse Mésopotamie (Ourouk, 3000 avant J.-C. ; ziggourat d'Our, 2500 avant J.-C.). La pierre importée, utilisée pour les fondations, témoigne du niveau d'organisation économique.

À partir du ixe s. avant J.-C., c'est l'Empire assyrien du nord de la Mésopotamie qui entreprend des constructions monumentales, riches en bas-reliefs (Ninive, Khursabad, Nimroud). Après la chute de Babylone, en 539 avant J.-C., les Perses (Empire achéménide, 550-333 avant J.-C.) capitalisent et fusionnent trois mille ans de tradition iconographique et architecturale du Proche-Orient avec la construction de leur résidence royale, Persépolis : dans ses nombreux palais, elle présente des emprunts à l'Asie Mineure et à l'Égypte, qui viennent s'ajouter à des ornements mésopotamiens, comme les monstres gardiens. Les éléments structurels sont de pierre : terrasses, colonnes supportant les plafonds des salles hypostyles, escaliers monumentaux, encadrements des ouvertures. Les murs, de brique crue, ont aujourd'hui pour la plupart disparu.

L'Amérique précolombienne

L'architecture précolombienne est principalement localisée en Amérique centrale (architecture mésoaméricaine) et dans les Andes centrales (aujourd'hui Équateur et Pérou). Les premiers grands ensembles cérémoniels, qui associent pyramides à degrés, cours et vastes esplanades, datent de 1300-1200 avant J.-C. Ce modèle va, en s'élaborant techniquement (de l'adobe, ou argile séchée mêlée de paille, à la pierre taillée), persister jusqu'à la conquête espagnole, témoignant d'une maîtrise déjà certaine de l'architecture au début de notre ère.

En Mésoamérique, Teotihuacán, ville fondée au ive s. avant J.-C., atteint son apogée vers 450 après J.-C., avec simultanément une rénovation urbaine et la construction de grands temples (pyramides du Soleil et de la Lune) abondamment décorés de têtes de serpent et de masques.

Les Mayas, du ive au xe s., créent de grandes villes à l'habitat dispersé, faites de pyramides, temples, aires de jeu de balle, palais avec voûtes en encorbellement et sculptures monumentales de grande qualité (Uxmal, Palenque, Chichén Itzá). Les Toltèques, venus du nord, fondent Tula (xe s.) et prennent Chichén Itzá. Leurs sculptures sont les premières à faire référence à des sacrifices humains. Les Aztèques dominent vers 1325 toute la région mésoaméricaine, à l’exception de Mitla, où restent les Mixtèques avec leurs palais finement décorés de reliefs géométriques qui contrastent avec les sculptures aztèques et toltèques, plus grossières. Les Aztèques fondent à cette époque Tenochtitlán (Mexico). Mais de leurs œuvres monumentales ne subsistent que quelques rares vestiges, après la destruction de la capitale par les conquistadors espagnols.

Dans la cordillère des Andes, des sociétés sédentaires très évoluées sur le plan politique, social, religieux et technique (réserves, irrigation, drainage, citernes) ont produit une architecture civile et religieuse élaborée dont on retient surtout celle de la période de l'Empire inca (xve et xvie s. de notre ère, Cuzco). Les portes monumentales, trapézoïdales, et les appareillages « cyclopéens » (énormes blocs de pierre de taille unis à joint vif) caractérisent l'architecture militaire inca.

L’architecture classique

Le monde grec

L'architecture grecque a été influencée par les prototypes de la civilisation minoenne de l'île de Crète, en particulier le palais de Cnossos (vers 1700-vers 1400 avant J.-C.). Les Mycéniens, après avoir conquis les Minoens, construisent des édifices massifs en pierre (porte des Lionnes et Trésor d'Atrée à Mycènes, 1400-1200 avant J.-C.). Cette architecture grecque primitive jette les bases de la grande architecture de l'époque classique.

Celle-ci est fondée sur la structure colonne-entablement (poteau-poutre), qui lui donne un caractère simple et immédiat. Pour cette raison, certains historiens de l'art la considèrent comme la transposition en pierre du modèle des cabanes primitives en bois.

Les Grecs ont créé un vocabulaire du détail architectural en pierre, qui restera pendant plus de deux mille ans une référence fondamentale pour l'architecture occidentale. Le langage de l'architecture des Grecs atteint son apogée au cours du ve s. avant J.-C. Les éléments décoratifs, couleurs vives et sculptures placées le long des frises ou dans les frontons, viennent orner les édifices bâtis selon trois ordres architecturaux : dorique, ionique et corinthien. Ceux-ci sont définis par la forme, les proportions, la disposition des parties saillantes de l'édifice : colonnes, pilastres, chapiteaux et entablements (« poutres » reliant les colonnes entre elles). Les composants de chaque ordre, dont les proportions sont très précisément définies, ne peuvent être correctement assemblés que d'une seule manière. Ainsi, les Grecs ne mélangent pas les différents ordres dans un même édifice – contrairement aux Romains, qui modifieront ces règles.

Le marbre est le matériau de base de l'époque classique : la dureté de cette pierre permet de la travailler avec précision et d'en obtenir une grande pureté de lignes et de détails. Le temple, monument grec par excellence, se compose d'une salle rectangulaire posée sur un stylobate (soubassement) à trois marches, couverte d'un toit dont la double pente répond à un fronton triangulaire, et entourée d'une rangée de colonnes. Les plus beaux exemples de ce système architectural très soucieux des proportions et du décor sont les édifices de l'Acropole à Athènes, et en particulier le Parthénon (447-432 avant J.-C.) ; ils sont restés le modèle de l'architecture occidentale jusqu'au milieu du xixe s.

Le monde romain

Au iie s. avant J.-C., les Romains conquièrent l'Afrique du Nord, la Grèce, l'Anatolie et l'Espagne, et assimilent les traditions architecturales de ces régions, en particulier celles de la Grèce. Ils intègrent également le savoir-faire technique de leurs voisins immédiats en Italie centrale, les Étrusques. L'apport des Romains est surtout de l'ordre de la technique constructive : utilisation de nouveaux matériaux (terre cuite, ciment, brique), perfectionnement de nouvelles structures (arc, voûte, dôme) déjà expérimentées par les Étrusques. Par ailleurs, les Romains créent deux ordres supplémentaires, le toscan et le composite, et utilisent parfois simultanément les cinq ordres. Le temple romain reprend le modèle grec, y ajoutant souvent une base élevée (Maison carrée de Nîmes, début du ier s. après J.-C.).

Les monuments civils romains, d'une taille et d'une complexité sans précédent, ne peuvent être construits avec le système grec du poteau et de la poutre : aqueducs (le pont du Gard), bains publics (thermes de Caracalla), basiliques (tribunaux), théâtres, arcs de triomphe, amphithéâtres (le Colisée), arènes, palais. À Rome, le Panthéon, reconstruit entre 118 et 128 après J.-C., sous Hadrien – il deviendra plus tard une église chrétienne –, illustre brillamment le système romain de construction de dôme en maçonnerie pleine. Son épaisseur et son poids sont réduits par cinq rangées de caissons, sa solidité est renforcée par des arcs amortissant les poussées, et son centre laisse entrer la lumière par un oculus de près de 9 m de diamètre. Ce tour de force technique ne sera surpassé qu'à la Renaissance.

La basilique romaine présente un plan avec nef centrale, bas-côtés, triforium et abside, qui deviendra caractéristique des églises romanes et gothiques.

L’architecture médiévale

L'architecture byzantine

L'architecture byzantine se développe dans l'Empire romain d'Orient, fondé par Constantin Ier le Grand lorsque, au ive s., celui-ci fonde une « Nouvelle Rome » (Constantinople) sur le site de l’antique Byzance. En construisant de grandes basiliques dans les sites chrétiens les plus importants de l'Empire romain, Constantin Ier consacre la prédominance du plan basilical dans l'architecture des églises chrétiennes. Dans l'Europe du Sud et de l'Est, en particulier dans les régions d'Italie, de Grèce et d'Anatolie restées sous la domination de l'Empire byzantin, les traditions romaines pour le plan et les techniques se perpétuent : Sant'Apollinare in Classe (534-539, Ravenne) a un plan basilical très légèrement modifié.

À Constantinople, de vastes églises à dômes, telle Sainte-Sophie (532-537), sont des constructions d'une échelle sans équivalent en Occident.

L'architecture islamique

Les origines de l'architecture du monde islamique sont obscures, les premiers successeurs de Mahomet étant nomades. Quinze siècles d'islam répandu des côtes de l'Atlantique à l'est de l'Asie l'ont rendue riche et variée, d'autant que l'une des caractéristiques de cette civilisation est sa faculté d'intégration des éléments d'architecture des pays conquis et d'adaptation aux paysages et aux traditions locales.

La Coupole du Rocher, à Jérusalem, construite par des artistes byzantins ou syriens entre 685 et 705 sur le sommet du mont Moriah (où la tradition place le sacrifice d'Abraham et l'ascension de Mahomet), est un des premiers édifices de la civilisation islamique. Son plan octogonal avec double déambulatoire ainsi que ses mosaïques sur fond d'or relèvent encore de l'art chrétien. Dans les cités conquises, des églises chrétiennes sont transformées en mosquées (Grande Mosquée de Damas, 706-715). Sous la dynastie des Omeyyades, la mosquée trouve son plan définitif : minaret pour l'appel à la prière ; large cour centrale avec fontaine pour les ablutions et portique pour s'abriter du soleil ; grande salle de prière, repérable à l'extérieur par son dôme et pourvue d'un mihrab, niche vide qui indique la direction de La Mecque, et d'un minbar, chaire à prêcher en bois ou en pierre. L'exemple le plus achevé en est la Grande Mosquée de Cordoue (785-987).

Lorsque, en 750, les Abbassides supplantent les Omeyyades et fondent Bagdad, la rupture se fait radicalement avec les conventions hellénistiques et byzantines (Grande Mosquée de Kairouan, Tunisie, 836 ; mosquée de Samarra, Iraq, vers 850). La pierre laisse la place à la brique, au stuc peint, aux mosaïques.

Parmi les mosquées tardives, les plus remarquables sont celles de Tabriz (Perse, 1204), du Caire (Égypte, 1384), d'Ispahan (Perse, 1585). En Espagne du Sud, l'opulence et la virtuosité trouvent leur apogée dans le palais de l'Alhambra de Grenade (1309-1354).

L'architecture romane

Dans l'Europe du Nord, où les vestiges romains sont moins abondants que dans le Bassin méditerranéen, les architectes des époques mérovingienne, carolingienne et ottonienne – à l'origine de l'architecture de style roman – expérimentent plus librement formes et structures nouvelles. Du milieu du xe s. au milieu du xiie s., l'architecture ne cesse d'évoluer vers le gothique. Pourtant, les caractéristiques essentielles de l'architecture romane sont romaines à l'origine : de vastes espaces intérieurs sont couverts par des voûtes en berceau reposant sur des colonnes et des piliers épais et trapus ; portes et fenêtres sont surmontées d'arcs en plein cintre, et la plupart des grandes églises ont un plan basilical modifié par des contreforts, des transepts et des tours. Les édifices sont compacts, massifs, et, du fait d'ouvertures proportionnellement réduites, assez sombres.

De beaux exemples jalonnent les chemins de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle : Sainte-Foy de Conques, grande église à déambulatoire et chapelles rayonnantes, du xie s. ; la Madeleine de Vézelay, abbatiale à nef et avant-nef abritant trois portails, du xiie s. ; cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, commencée en 1078 et dont le plan reprend, en le modifiant, celui de Saint-Sernin de Toulouse.

Portails, chapiteaux et autels s'ornent de sculptures extrêmement habiles, et les vitraux font leur apparition en Europe, mais encore sur de petites surfaces du fait de l'étroitesse des embrasures des fenêtres. À Cluny est élevée entre 1088 et 1130 une abbatiale où se multiplient tours, absides et absidioles et qui rivalise par ses dimensions (187 m de longueur) avec Saint-Pierre de Rome.

L'architecture gothique

Sans précédent dans le monde antique, mais aussi sans pérennité stylistique (hormis une éphémère résurgence au xixe s.), le gothique est l'une des inventions les plus hardies du génie occidental. Du milieu du xiie s. au xvie s., l'architecture de l'Europe du Nord, représentée surtout par des édifices religieux, met en œuvre arcs-boutants, arcs en ogive, voûtes à nervures et fenêtres à remplages (armatures de pierre). Les murs minces, les piliers élancés et les grandes surfaces vitrées donnent aux édifices gothiques un aspect de légèreté qui contraste avec l'architecture romane. On tient pour le premier édifice gothique l'abbaye royale de Saint-Denis, dont l'abbé Suger fait achever la façade et le chevet en 1144. Le gothique s'affirme dans les grandes églises du nord de la France et de l'Île-de-France : la cathédrale d'Amiens (1220-1270), remarquable par la hauteur et la finesse de ses piliers, et la Sainte-Chapelle (1241-1248), à Paris, où les murs pleins cèdent une large place aux vitraux.

L'architecture ogivale s'est principalement développée en France, où elle passe du style rayonnant au tardif style flamboyant (de la fin du xive au milieu du xvie s.), que l'on retrouve également dans la péninsule Ibérique (au Portugal, au contact de l'art islamique, il donnera naissance au style manuélin). L'architecture gothique gagne l'Angleterre à la fin du xiie s., et y évolue vers le « decorated style » et le style perpendiculaire (xive s.). Elle ne se répand dans le Saint Empire qu'au milieu du xiiie s. ; seules quelques cathédrales, comme celle de Cologne, commencée en 1248, égalent en taille et en qualité les modèles français. Mis à part la spectaculaire cathédrale de Milan, construite à la fin du xive s. par des maçons français et allemands, l'Italie utilise généralement le gothique plus comme un décor que comme un système de construction global.

Parmi les plus beaux exemples d'édifices civils gothiques figurent l'hôtel de ville de Bruges (1376-1420), en Belgique (dont la richesse à cette époque explique la grande concentration d'édifices tels que halles, comptoirs, hôtels, beffrois), le Palazzo Pubblico (commencé en 1298) à Sienne, en Italie, le pont Valentré (début du xive s.) à Cahors.

De l’architecture Renaissance au baroque

L'architecture de la Renaissance

Tandis qu'en Europe du Nord et dans la péninsule Ibérique le gothique continue de produire des chefs-d'œuvre jusqu'au xvie s., apparaît à Florence, au début du xve s., un mouvement de renouveau artistique et architectural qui gagne l'Italie, puis toute l'Europe. L'architecture de la Renaissance revient aux ordres antiques – ionique, dorique et corinthien – et emploie l'arc en plein cintre, la voûte en berceau et le dôme.

À l'origine, la Renaissance florentine ne signifie pas une rupture totale avec la pratique traditionnelle. Pour l'église de Santo Spirito, à Florence, commencée vers 1436, Filippo Brunelleschi a recours à un plan basilical, à des arcs en plein cintre et à un plafond plat ; mais les éléments traditionnels de l'architecture romane sont, en Italie, associés à un nouveau sens des proportions, à l'emploi de colonnes corinthiennes et à la construction d'un dôme à la croisée du transept. Commencée en 1420 sur les plans de Brunelleschi, la cathédrale de Florence, Santa Maria del Fiore (Sainte-Marie-de-la-Fleur), est considérée comme le premier monument de la Renaissance. L'architecte conçoit une vaste coupole de plan octogonal et à double coque pour alléger la structure. La couverture d'un espace de plus de 40 m de diamètre a été considérée à l'époque comme une prouesse technique sans précédent. Pour la réaliser, Brunelleschi combine le modèle romain de la coupole du Panthéon au système de construction gothique fondé sur la convergence des nervures. Le plan centré de cette réalisation majestueuse est devenu l'idéal de nombreux architectes de cette époque à Florence (tels Leon Battista Alberti et Michelozzo), et ultérieurement à Rome : au cours du xvie s., une version plus monumentale de ce style y sera mise en œuvre par Bramante, Raphaël et Michel-Ange dans les plans successifs qu'ils proposeront pour la reconstruction de la basilique Saint-Pierre.

En France, l'esprit de la Renaissance est représenté par une grande partie des châteaux de la Loire (aile François-Ier du château de Blois, galerie de Catherine de Médicis du château de Chenonceaux, et, surtout, château de Chambord, avec son grand escalier à double hélice et sa terrasse décorée d'innombrables clochetons, lanternes, pignons, lucarnes et cheminées somptueusement ouvragés). En Angleterre, le style s’installe avec l’œuvre d’Inigo Jones.

Maniérisme, baroque et rococo

Au xve s., l'architecture florentine repose, pour produire des effets esthétiques, sur les proportions, sur des lignes simples et droites et sur l'utilisation correcte des détails classiques. Cependant, au cours du xvie s., des architectes tels que Jules Romain et Michel-Ange abandonnent ce langage mesuré et retenu au profit d'une vision de ce style plus contournée et raffinée : le maniérisme transgresse délibérément les règles classiques, les déforme, quand il ne les raille pas, pour produire des effets de tension et de préciosité (à Florence, dans l'église San Lorenzo, érigée par Michel-Ange, chapelle funéraire des Médicis, 1515-1534, et bibliothèque Laurentienne, commencée en 1524). Le Bernin et Borromini introduisent des formes curvilignes et incorporent sculpture et peinture à leurs bâtiments afin d'enrichir et de dynamiser ce style, appelé par la suite baroque (église Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines, à Rome, commencée par Borromini en 1638).

La place Saint-Pierre est dessinée à partir de 1656 par Le Bernin pour accueillir la foule des pèlerins venus recevoir la bénédiction papale. Commandée par le pape Alexandre VII, la place ovale est limitée par les deux bras d'une gigantesque colonnade. De Rome, le style baroque se répand, aux xviie et xviiie s., jusqu'en Europe centrale et en Amérique du Sud.

Dans l'Europe du Nord, particulièrement en Autriche et en Allemagne, l'architecture baroque atteint une exubérance et une liberté inégalées ailleurs, culminant avec sa forme tardive, le rococo, comme en témoignent les édifices de Johann Balthasar Neumann : résidence des princes-évêques de Würzburg, construite de 1719 à 1744, et église de Vierzehnheiligen (sanctuaire de pèlerinage aux Quatorze-Saints), bâtie de 1743 à 1772.

En France, l'esprit du classicisme a beaucoup modéré l'influence du baroque et du rococo. Il s’affirme véritablement dans la première moitié du xviie s. avec François Mansart. Le classicisme de ce dernier avait toutefois été amorcé, au xvie s., par les œuvres de Pierre Lescot (fontaine des Innocents, hôtel Carnavalet) et Philibert Delorme (château d'Anet). Le palais de Versailles, commencé en 1669 par Louis Le Vau, et modifié et complété par Jules Hardouin-Mansart, exemple par excellence de l'élégance et du raffinement de l'architecture et de la décoration française de l'époque, sera ensuite imité dans toute l'Europe.

Le foisonnement des genres au xixe s.

L’architecture « néo »

Dès le milieu du xviiie s., une réaction s'amorce contre les excès décoratifs du baroque et du rococo. Le néoclassicisme se fonde sur une interprétation austère et dépouillée de l'architecture grecque, dont l'historien de l'art Johann Joachim Winckelmann vante la « noble simplicité et la calme grandeur », et de l'architecture romaine, que Piranèse contribue à remettre au goût du jour moins par ses rares réalisations d'architecte que par ses eaux-fortes (les Prisons) et par ses planches d'art décoratif : celles-ci constitueront le vocabulaire du néoclassicisme. Préférence pour l'ordre dorique grec, création d'une architecture aux formes géométriques pures, retour aux origines de l'architecture caractérisent ce style sévère bien en accord avec la philosophie rationnelle des Lumières.

À partir de la fin du xviiie s. et tout au long du xixe s., on assiste en Europe et aux États-Unis à une série de renaissances stylistiques. La période est dominée par les partisans du style classique (eux-mêmes divisés entre « grecs » et « romains ») et un regain d'intérêt pour l'art gothique. Le style néogothique apparaît à la fin du xviiie s., en Angleterre : l'écrivain Horace Walpole fait figure de pionnier avec sa maison de campagne de Strawberry Hill. Puis le « gothic revival » se développe particulièrement pendant la période victorienne, avec notamment la reconstruction par sir Charles Barry du palais du Parlement, en 1840-1865, ainsi que les quelque trente-neuf églises ou cathédrales et l'Albert Memorial élevés par sir George Gilbert Scott. Le style néogothique se répand aussi aux États-Unis (cathédrale Saint Patrick, à New York, par James Renwick, 1858-1879) et en France, où Eugène Viollet-le-Duc dirige la restauration de nombreux édifices médiévaux (église abbatiale de Vézelay, Notre-Dame apparaît une architecture monumentale fondée sur une synthèse de la grande tradition classique européenne depuis la Renaissance). La construction de l'Opéra de Paris (1861-1875) par Charles Garnier, pur produit de l'enseignement des Beaux-Arts, marque l'apogée de ce style.

L'éclectisme

Mais ces courants sont loin d'épuiser la diversité stylistique à laquelle les architectes ont recours ; on parle alors d’éclectisme architectural. Au xixe s. s'est élargi le champ des références architecturales grâce au développement des connaissances archéologiques et aux apports des voyages exotiques. De nombreux bâtiments sont construits comme des imitations explicites et voulues d'architectures byzantine (cathédrale de Westminster, à Londres, par John Francis Bentley, 1895), orientale ou égyptienne ; d'autres en style gothique vénitien ou renaissant florentin ; d'autres enfin mélangent tous ces styles, comme l'extravagant et colossal palais de justice (œuvre de Joseph Poelaert) qui domine Bruxelles.

Ce n'est certes pas la première fois que des styles du passé sont remis à la mode : les architectes de la cour de Charlemagne, au ixe s., tout comme les Italiens du xve s., avaient inclus des motifs classiques dans leurs édifices. Mais, au xixe s., les styles classiques ou gothiques sont détachés de leur contexte historique d'origine pour être réemployés dans des programmes architecturaux très différents. Ainsi, bien qu'empreint d'une connotation religieuse chrétienne, le gothique peut être employé à la construction aussi bien d'une villa particulière, d'un immeuble de bureaux new-yorkais (Woolworth Building, par Cass Gilbert, 1914), que d'une gare, telle celle de Turin, ou d'un hôpital.

Naissance de l’architecture métallique

Parallèlement à cet éclectisme généralisé, de nouvelles méthodes de construction et de nouveaux matériaux donnent naissance au xixe s. à une architecture moins dépendante de la tradition et plus tournée vers la recherche de l'originalité formelle. Les développements de la révolution industrielle et la définition de nouveaux types de programmes et d'édifices coïncident avec l'apparition et l'essor de l'architecture métallique. Le métal, employé à la construction de ponts dès la fin du xviiie s., sera bientôt étendu à la construction d'édifices les plus divers : passages couverts, halles, grands magasins, pavillons d'expositions (Crystal Palace, Londres, 1851), monuments commémoratifs (tour Eiffel, 1889) ou gratte-ciel, notamment aux États-Unis où l’école de Chicago, inaugure le concept dans les années 1880.

L'architecture moderne

L'architecture moderne représente un type de construction spécifique et reconnaissable, caractérisé par l'emploi de matériaux industriels – surtout l'acier, le verre et le béton – dépourvus d'ornementation et assemblés de manière à former des volumes géométriques simples, librement disposés dans l'espace.

Émergence du style international

En 1932, au musée d'Art moderne de New York, Philip C. Johnson, responsable des collections d'architecture du musée, et Henry-Russell Hitchcock, historien d'architecture, organisent une grande exposition, « Le style international : l'architecture depuis 1922 ». Sous cette appellation de style international sont regroupées des constantes formelles repérées par les organisateurs de l'exposition dans certains édifices construits après la Première Guerre mondiale en Allemagne, aux Pays-Bas, en URSS et en France : accent mis sur l'effet de volume aux dépens des effets de masse, composition asymétrique et absence de décoration appliquée. Pour Hitchcock et Johnson, ces principes esthétiques représentent l'aboutissement de la longue quête d'un style moderne qui remonte au début du xixe s. Ce style moderne est à la fois adapté aux matériaux contemporains et aux nouvelles techniques de construction, et débarrassé de références historiques ou d'emprunts à des formes du passé.

Cette manifestation new-yorkaise doit être comprise comme la défense et l'illustration d'une certaine forme d'architecture contemporaine. À ce titre, elle présente une vision nécessairement schématique de l'histoire des formes architecturales depuis plus d'un siècle. Le style international est la mise en évidence de certaines caractéristiques morphologiques des années 1920, mais aussi un ensemble de recommandations normatives aux architectes pour qu'ils construisent dans la veine dudit style. Certains architectes cités par Hitchcock et Johnson comme représentatifs du style international critiquent cette définition étroite et se démarquent d'une approche trop exclusivement formelle et stylistique de l'architecture contemporaine. Ils affirment que leur architecture n'est que la manifestation directe et logique de la science et de la société contemporaine, qu'elle changera à mesure que les conditions évolueront et qu'elle a fini par échapper aux limites imposées par les modes stylistiques.

L'évolution de l'architecture depuis 1932 a donné raison aux deux positions à la fois : le système formel, connu sous le nom de style international, a été universellement accepté comme l'expression symbolique de la modernité en architecture, mais il est également apparu comme une notion artificielle, ne reflétant pas inévitablement ni logiquement les conditions du xxe s.

Autour du Bauhaus

Parmi les architectes qui ont contribué à élaborer le style international, les Allemands ont, très tôt, constitué le groupe le plus important. Dès avant 1918, des architectes d'avant-garde installés à Berlin ont eu recours à des formes en acier et en verre dépourvues de références stylistiques et fondées sur une éthique industrielle et socialiste. Leur objectif premier est la remise en question de l'éclectisme hérité du xixe s. Ce mouvement expressionniste a été illustré avant la Première Guerre mondiale par Max Berg, dont la salle du Centenaire (1913), à Breslau, présente un spectaculaire dôme en béton armé, et par Hans Poelzig, qui construit en 1911 à Posen (Poznan) un hall d'exposition où la brique habille une ossature en acier.

Les idéaux sociaux et politiques de l'expressionnisme allemand pendant la période de l'immédiat après-guerre sont, par la suite, partiellement acceptés par les tenants de la Neue Sachlichkeit (« Nouvelle Objectivité »), dont, notamment, le principal théoricien, Walter Gropius, et Ludwig Mies van der Rohe. Ceux-ci reprennent les formes géométriques pures et la construction en verre et acier, mais cherchent à utiliser ces éléments avec une logique et une précision scientifiques.

Walter Gropius fonde en 1919, à Weimar, l'école du Bauhaus. Cette école d'avant-garde a joué un rôle déterminant dans l'élaboration et la diffusion de l'architecture du style international. En 1925, le Bauhaus est transféré à Dessau et, à cette occasion, Gropius construit les nouveaux bâtiments de l'école, considérés comme un des chefs-d'œuvre de l'architecture moderne. Le bâtiment impose certaines caractéristiques de la modernité constructive, comme le mur-rideau des ateliers ou les pilotis supportant une partie de l'aile de l'administration.

Après que Gropius a quitté le Bauhaus, en 1928, le rôle principal est assumé par Mies van der Rohe, qui dirige l'école de 1930 à 1933 (date à laquelle elle est fermée sous la pression des nazis). Mies van der Rohe a dessiné dans les années 1920 des projets de gratte-ciel de verre qui anticipent singulièrement les immeubles de bureaux construits à profusion dans les pays industrialisés après la Seconde Guerre mondiale. En 1927, il supervise la construction du lotissement du Weissenhof, à Stuttgart, en s'assurant la participation de grands architectes européens d'avant-garde de l'époque : le Néerlandais Oud et le Suisse Le Corbusier y construisent chacun des unités de logement, et Mies van der Rohe lui-même y érige un immeuble d'appartements. Cette construction collective a contribué à montrer que des solutions architecturales d'avant-garde sont opératoires et fiables dans le domaine du logement social.

Néoplasticisme et constructivisme

C'est au début des années 1920 que les architectes du Bauhaus prennent définitivement leurs distances à l'égard de l'expressionnisme pour se rapprocher de la « Nouvelle Objectivité ». Deux mouvements artistiques ont influencé ce déplacement : le néoplasticisme hollandais (le mouvement De Stijl) et le constructivisme soviétique.

Le groupe du néoplasticisme s'est rassemblé en 1917 sous la houlette du peintre et poète Theo Van Doesburg, fondateur de la revue éponyme du mouvement (De Stijl). Van Doesburg et Cornelius Van Eesteren présentent l'idéal néoplasticiste, en 1923 à Paris, dans la galerie de l'« Effort moderne ». On peut y découvrir une série de projets de maisons construites selon un arrangement asymétrique de plans peints aux couleurs primaires, qui n'est pas sans évoquer – en trois dimensions – les compositions abstraites du peintre Piet Mondrian. Cette démarche rigoureuse et abstraite est pleinement réalisée dans la maison Schröder, construite à Utrecht par Gerrit Rietveld en 1924. Cette maison, en brique et bois pour les murs, et en béton pour les fondations et les balcons, renferme un espace intérieur transformable par des cloisons coulissantes et possède – autre manifestation de modernité – des fenêtres en angle.

Le constructivisme, né à Moscou juste après la Première Guerre mondiale, voit les artistes d'avant-garde s'enthousiasmer pour la révolution d'Octobre et la construction de la nouvelle société communiste. En raison des difficultés économiques de l'URSS dans les années 1920, la plupart des spéculations architecturales constructivistes, auxquelles le peintre Kazimir Malevitch a apporté sa contribution, restent à l’état de projet. Le projet d'un Monument pour la IIIe Internationale, conçu en 1920 par le sculpteur abstrait Vladimir Tatline, reste l'emblème par excellence de l'architecture constructiviste : une structure métallique en spirale, haute de 400 m, porte plusieurs volumes primaires en verre qui doivent tourner sur eux-mêmes selon des vitesses de rotation différentes. Cette œuvre doit exprimer le triomphe de la nouvelle technologie sur la construction traditionnelle en maçonnerie, ainsi que l'élan révolutionnaire de la société soviétique. D'innombrables autres projets restés sur le papier témoignent de l'effervescence créatrice des architectes soviétiques des années 1920 : immeuble de la Pravda à Leningrad, par les frères Vesnine (1923) ; gratte-ciel pour Moscou, par El Lissitzky et Stam ; constructions d'Ivan Leonidov. Les clubs ouvriers effectivement construits (club Zouiev de Golossov, 1927 ; club Roussakov de Melnikov, 1929) et la typologie de la maison commune (telle celle du Narkomfim à Moscou par Guinzbourg, 1929), avatar contemporain du phalanstère de Charles Fourier, témoignent de l'originalité de l'architecture constructiviste.

Au début des années 1930, l'architecture constructiviste commence à faire l'objet de critiques de la part des institutions d'État à mesure que s'instaure la dictature stalinienne. L'occasion de sa disgrâce officielle est le concours pour le palais des Soviets à Moscou, en 1931, dont le projet lauréat, de Boris Iofan, est un bâtiment à colonnades conçu comme un gigantesque piédestal pour une statue de Lénine : les années 1930 sonnent le glas de l'architecture d'avant-garde en URSS, remplacée par une architecture académique et monumentale.

Les CIAM et la Chartes d’Athènes

L'œuvre du Suisse Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier, se fonde sur des principes différents de ceux des architectes allemands, même si l'apparence extérieure de son architecture reste la même. Ses premiers édifices, comme la villa Stein à Garches (1927), ressemblent à ceux de Walter Gropius et de Ludwig Mies van der Rohe par leurs dispositions spatiales asymétriques et fluides, ainsi que par leurs surfaces de verre et de stuc sans ornementation. Dans son livre capital Vers une architecture (1923), Le Corbusier prône une nouvelle architecture, qui doit suivre les processus conceptuels logiques de l'ingénieur. L'architecte admire la beauté des moyens mécaniques contemporains : paquebots, avions, automobiles, qu'il prend comme modèles pour ses édifices. Le Corbusier se démarque du géométrisme austère du Bauhaus et enracine son art dans la tradition monumentale de l'architecture française illustrée par ses mentors, Auguste Perret et Tony Garnier.

Pour Le Corbusier, la réorganisation de la cité est la première tâche de l'architecture moderne. Au Salon d'automne de 1922, il expose le projet d'une « ville de trois millions d'habitants » qui le conduira à proposer un modèle d'immeuble qu'il appelle « unité d'habitation ». La première, la Cité radieuse, sera érigée à Marseille entre 1947 et 1952. En 1928 sont fondés sous son impulsion les Congrès internationaux d'architecture moderne (CIAM), qui traitent des problèmes d'urbanisme. En 1942, Le Corbusier publie la Charte d'Athènes, synthèse des réflexions du CIAM, tenu en 1933 sur le paquebot Patrix voguant vers Athènes. Cet exposé des thèses fonctionnalistes est devenu, après la Seconde Guerre mondiale, l'ouvrage de référence des urbanistes.

L'architecture organique

Pour sa part, bien que l'exposition new-yorkaise de 1932 ait reconnu son œuvre, l'Américain Frank Lloyd Wright n’est pas compté parmi les architectes du style international, du fait de son « individualisme » et de son goût « romantique » pour la nature. D'une génération plus ancienne que ses collègues européens, il a pu les influencer grâce à la publication à Berlin, dès 1910, du recueil de ses œuvres.

Très tôt, Frank Lloyd Wright utilise des matériaux comme le béton armé dans des édifices caractérisés par des avant-toits importants, des surfaces peu ornées et des espaces fluides. Entre 1895 et 1910, il édifice, surtout dans les banlieues résidentielles de Chicago, une série de maisons connues sous le nom de « maisons de la Prairie ». Elles représentent un modèle d'habitat domestique authentiquement américain, fondé sur la tradition des maisons de pionnier. Autour d'un espace où est placée la cheminée, foyer dans tous les sens du terme, rayonnent les pièces en compositions asymétriques et dynamiques. Les saillies importantes des toits et le jeu complexe des terrasses tendent à unir la maison à la nature environnante. Des réminiscences japonaises mêlées à un parti pris d'horizontalité générale font de la maison un abri protecteur. La maison Robie, construite à Chicago en 1909, est la plus achevée de la série. Si Frank Lloyd Wright ne craint pas d'inclure les progrès techniques dans son architecture, il prône l'usage « organique » des matériaux de construction. Le bâtiment s'harmonise avec le site où il est installé ; ainsi le siège de la société Johnson Wax à Racine, dans le Wisconsin (1939), espace sans cloisons enveloppé de murs de brique associés à des parois de tubes de fibre de verre, ou la Maison sur la cascade (1936), à Bear Run, en Pennsylvanie, qui projette au-dessus d'un torrent ses terrasses de béton.

Le Finlandais Alvar Aalto s'attache également à intégrer bâtiment, fonction de celui-ci et site : son sanatorium (1931), à Paimio, a la forme d'une araignée étendant en tous sens les terrasses destinées aux malades afin de capter le soleil.

Consécration et remise en cause du style international

En 1932, le style international ne concernait qu'une faible proportion de l'architecture récente ; en dehors de maisons particulières, son influence se limitait à certains projets de logements en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas. La tradition académique et éclectique antérieure à la Première Guerre mondiale avait continué à exercer une influence dominante sur la plupart des constructions des années 1920 ; il en avait résulté une « architecture moderne » caractérisée par une sorte d'historicisme simplifié dont les témoins sont, par exemple, l'hôtel de ville de Stockholm (1909-1923), pour lequel Ragnar Östberg s'est inspiré tant des traditions locales que du palais des Doges de Venise, et les gratte-ciel Art déco de New York : le Chrysler Building, de William Van Alen (1930), avec ses soixante-dix-sept étages s'effilant en une flèche ornée de gargouilles, et celui dont la silhouette caractéristique est devenue emblématique de la ville, l'Empire State Building (1931), de l'agence Shreve, Lamb et Harmon, qui domine la 5e Avenue de ses cent deux étages.

Cependant, au cours de la grande crise des années 1930, la simplicité et l'économie du style international se sont imposées comme solution de rechange souhaitable à l'ornementation inopportune et au gaspillage d'espace inhérents à l'architecture éclectique. En outre, seuls les CIAM paraissent aptes à proposer des solutions claires au pressant problème du logement social. Le nouveau contexte socio-économique, tout autant que l'esthétique de l'architecture moderne, ouvre ainsi la voie à la consécration du style international en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. L'émigration des maîtres allemands du style international après l'arrivée au pouvoir d'Hitler, en 1933, contribue largement à la diffusion des idéaux constructifs modernes : Gropius enseigne à partir de 1937 à l'université Harvard aux États-Unis ; Mies van der Rohe, quant à lui, s'établit à partir de 1937 à Chicago, un des berceaux de l'architecture moderne (l’école de Chicago, à l’origine du gratte-ciel).

La Seconde Guerre mondiale marque un tournant décisif dans l'histoire de l'architecture moderne : les nécessités de la reconstruction créent une demande considérable dans les pays dévastés, tandis que les États-Unis, dont le territoire a été épargné, voient leur hégémonie culturelle s'affirmer au détriment de l'Europe. Le style international sert ainsi de cadre et de modèle pour la reconstruction des cités européennes, comme en témoigne le centre commercial de Lijnbaan, à Rotterdam, des architectes Van den Broek et Bakema (1953).

Aux États-Unis, les architectes de la période de croissance des années 1950 et 1960 se tournent vers le style international pour dessiner des immeubles de bureaux tels que la Lever House à New York (1952), par Gordon Bunshaft, de l’agence Skidmore, Owings & Merrill (SOM). Les institutions publiques voient dans la doctrine et l'esthétique du style international un moyen de donner une image moderne d'elles-mêmes. À New York, le siège des Nations unies (1952) est ainsi construit selon les principes du style international. D'abord dessinés par Le Corbusier, ses plans sont repris par une équipe internationale d'architectes placés sous la direction de l'Américain Wallace Harrison.

En 1959, un groupe international d'architectes rassemblés sous le nom de Team Ten parvient à dissoudre les CIAM et à définir ses propres objectifs en faveur d'un nouveau système de logement public plus humain. Les membres du Team Ten, notamment Alison et Peter Smithson et Aldo Van Eyck, tout en se fondant sur l'esthétique du style international, conçoivent des bâtiments plus complexes visuellement et à la texture plus riche. Dans la deuxième partie de sa carrière, Le Corbusier lui-même devient un représentant influent de cette évolution, comme en témoigne la sculpturale chapelle de pèlerinage de Notre-Dame-du-Haut, à Ronchamp (1955).

L'Américain Philip C. Johnson, qui a théorisé le style international en 1932 avec Henry-Russell Hitchcock, contribue plus que tout autre à faire connaître et admettre l'architecture de son maître, Mies van der Rohe, aux États-Unis, dans les années 1930 et 1940. En 1956, il signe avec celui-ci le Seagram Building, à New York, élégante tour d'aluminium anodisé et de verre fumé. Mais, à partir de 1960, il prend ses distances à l'égard de l'orthodoxie du style international et construit surtout des bâtiments publics monumentaux dans des matériaux riches.

Eero Saarinen oriente le style international vers des fins plus expressives, comme en témoigne son terminal TWA de l'aéroport J.F.-Kennedy de New York (1956-1962). Par sa forme symbolique évoquant l'envol d'un oiseau, par l'élégance de ses lignes et de ses courbes, le bâtiment contribue, comme la chapelle de Ronchamp, à montrer les spectaculaires possibilités du béton. Ces inventions plastiques sont également la marque des dernières œuvres de Frank Lloyd Wright. Le musée Solomon-Guggenheim (1942-1959), à New York, déploie une rampe de béton en spirale, le long de laquelle sont exposées les œuvres d'art.

Enfin, Louis Kahn cherche à définir une nouvelle monumentalité fondée sur des volumes primaires et le recours fréquent à la brique associée au béton. Son œuvre majeure demeure le Centre gouvernemental de Dacca, au Bangladesh (1962-1976). Louis Kahn exerce une influence considérable, bien que discrète, sur les architectes des années 1960 et 1970. À la fois inscrit dans la modernité constructive et sensible à la tradition architecturale au meilleur sens du terme, il représente le dernier des grands architectes modernes avant l'émergence des réflexions et des constructions postmodernes en tant que telles.

Tendances récentes

L’architecture postmoderne

Le terme d'architecture postmoderne – dite aussi postmodernisme – décrit le nombre croissant d'édifices contemporains qui rompent avec les critères du style international. Les architectes postmodernes sont plus intéressés par les formes historiques ou techniques que par la forme, c'est-à-dire une disposition de l'espace et de la masse déterminée théoriquement. Leurs œuvres tendent à être conçues en termes d'images et de symboles, et reposent sur des détails historiques ou l'exagération d'éléments structuraux destinée à révéler la fonction d'un bâtiment.

C'est à partir des années 1960 que se font jour des critiques et des remises en cause des préceptes du style international. Dans l'émergence de ce qui sera qualifié d'architecture postmoderne à partir des années 1970, les États-Unis jouent un rôle important. Dès 1961, Jane Jacobs, dans The Death and Life of Great American Cities, dénonce la déstructuration du tissu urbain traditionnel, résultat d'une application sans nuance de l'urbanisme fonctionnaliste issu de la Charte d'Athènes. Mais, à côté de ce diagnostic sévère, elle cherche à mettre en évidence les forces de régénération possibles.

En 1966, Robert Venturi, architecte travaillant à Philadelphie, publie Complexity and Contradiction in Architecture, véritable plaidoyer en faveur d'une architecture ambiguë dans sa forme et ses significations. Venturi reproche à l'architecture du mouvement moderne – surtout à celle de Mies van der Rohe – son puritanisme et sa monotonie. S'appuyant sur des exemples empruntés aux époques maniériste, baroque et rococo, il préconise le recours à l'ironie et à l'imbrication de motifs d'échelles différentes pour rendre les édifices plus attrayants. Ce manifeste influent fait entrer l'architecture dans une phase « maniériste » qui prend aussi ses sources du côté de l'architecture vernaculaire et commerciale. En 1972, Venturi fait paraître Learning from Las Vegas : en analysant l'extension urbaine de Las Vegas, et en repérant des structures formelles et spatiales dans ce paysage urbain apparemment chaotique, l'auteur réhabilite l'environnement commercial banal et dédaigné. La démarche de Venturi, qui fait appel à des notions empruntées à la sémiologie, tend à envisager l'architecture comme un des moyens de communication dans la société.

L’architecture high-tech

Parallèlement au développement du postmodernisme, certains architectes se tournent vers la technologie contemporaine comme source d'images, de formes et de structures. Ce courant, désigné sous le nom de high-tech (« haute technologie »), se réfère explicitement à l'esthétique industrielle dont la tradition remonte aux travaux des ingénieurs et constructeurs du xixe s. (halls d'expositions universelles, passages, serres, tour Eiffel, etc.). Déjà dans les années 1960, le groupe britannique Archigram et le groupe des métabolistes japonais ont puisé des références dans les possibilités technologiques modernes. Le Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, construit par Renzo Piano et Richard Rogers entre 1970 et 1977, est dans la lignée de cette exaltation du monde machiniste. Cette réalisation est fondée sur l'idée que la structure du bâtiment, les circulations et les espaces techniques ont une valeur esthétique en eux-mêmes et que, à ce titre, ils doivent être montrés. D'où cette apparence de raffinerie peinte (qui a suscité de vives polémiques).

D'autres édifices expriment la confiance dans la modernité techniciste, et le courant high-tech est brillamment illustré par deux architectes britanniques : Richard Rogers et Norman Foster. Après sa collaboration avec Piano, Rogers réalise en 1986 au cœur de la City de Londres, le nouveau siège de l’entreprise d'assurances Lloyd's : autour d'un immense atrium éclairé par une verrière en berceau, qui évoque le Crystal Palace de 1851, sont disposés les bureaux et les espaces de service ; des volumes ou capsules accrochés à la structure principale donnent l'image d'une construction en kit. Norman Foster s'est plutôt spécialisé dans l'architecture industrielle. On lui doit l'entrepôt Renault à Swindon (1983) et, surtout, le siège de la Banque de Hongkong et de Shanghai, achevé à Hongkong en 1986. Ce luxueux gratte-ciel d'affaires présente des éléments structurels apparents, tels les contreventements, qui donnent une épaisseur sculpturale à ses façades. Avec ce bâtiment, Foster a tenté une synthèse des grands modèles de l'architecture d'ingénieurs du xixe s., tout en s'inspirant de références technicistes tout à fait actuelles : capsules spatiales, plates-formes pétrolières, etc.

Une architecture plurielle

L'architecture actuelle se caractérise par le pluralisme des partis pris et des doctrines. Si l'influence de Louis Kahn s'exerce sur les maisons construites par l'architecte suisse Mario Botta, Le Corbusier ne cesse d'être une source d'inspiration pour de nombreux architectes d'aujourd'hui. L'Américain Richard Meier, en particulier, illustre brillamment ce « néocorbusianisme » raffiné dans ses constructions privées (maison Douglas au bord du lac Michigan, 1971) ou publiques (musée des Arts décoratifs de Francfort, 1985).

La culture architecturale italienne est illustrée par les recherches néorationalistes de la Tendenza et de son chef de file, Aldo Rossi (théâtre du Monde à Venise, 1979 ; restauration du théâtre Carlo-Felice à Gênes, 1986), centrées sur l'idée de respect d'une identité urbaine léguée par l'histoire. Le souci du contexte urbain, un maniérisme raffiné dans les détails et des réminiscences de l'architecture moderne des années 1920 et 1930 caractérisent l'architecture de Christian de Portzamparc (ensemble de la rue des Hautes-Formes à Paris, 1978), tandis que le logement social en France est prétexte à des réalisations monumentales chez Henri Ciriani et Henri Gaudin.

D'autres architectes, enfin, témoignent d'un retour délibéré aux formes du classicisme. Ricardo Bofill construit des fragments de ville le long de grandes perspectives axiales bordées de façades monumentales (Palais d'Abraxas à Marne-la-Vallée, Arcades du lac à Saint-Quentin-en-Yvelines, ensemble Antigone à Montpellier).

Dans les années 1980, deux nouveaux courants se font jour : l'un, dit déconstructiviste, défie le rationalisme tant classique que moderne en privilégiant les lignes obliques (comme l’illustre notamment le musée Guggenheim de Bilbao, construit par l’Américain Frank Gehry) ; l'autre, dit minimaliste, opère un retour à la géométrie des formes et à leur pouvoir symbolique.

Le succès des grands travaux effectués à Paris dans les années 1980 (pyramide du Louvre de l'Américain d'origine chinoise Ieoh Ming Pei, terminée en 1988 ; Grande Arche de la Défense du Danois Otto von Spreckelsen, inaugurée en 1989) témoigne de l'intérêt croissant que le public porte à l'architecture. Mais, par-delà la notoriété de quelques monuments, spectaculaires par leurs proportions et par leur plastique, la responsabilité des architectes contemporains est aussi de créer un habitat et un environnement quotidien de qualité.

Depuis la fin du xxe s., l'architecture s'inscrit dans un monde où l'on se doit de répondre en priorité aux besoins sociaux et culturels. On constate alors la pérennité des styles qui sont le mieux adaptés aux missions de la ville et de ceux qui sont une synthèse entre tradition et modernité.

Pour en savoir plus, voir l'article architecture.