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Ourouk

aujourd'hui Warka (Iraq)

Cité sumérienne du bas Euphrate.

1. Un maillon essentiel

On la désigne généralement sous cette forme akkadienne de son nom, qui, dans les textes sumériens, est écrit Ounou, Ouri ou Iri. Connue dans les textes bibliques sous le nom d'Érech, elle apparaît comme un maillon essentiel de l'évolution qui conduisit en pays sumérien la société villageoise du néolithique à la civilisation urbaine des temps historiques (fin du IVe et début du IIIe millénaire avant J.-C.) ; il se pourrait donc que ce site recouvrit la plus ancienne cité de l'histoire.

2. L'histoire d'Ourouk

2.1. Du village à la ville (5000-4000 avant J.-C.)

Le village qui apparaît sur le site au VIe millénaire avant J.-C. se donne un temple périodiquement reconstruit sur une terrasse à chaque fois rehaussée : la ziggourat d'An (dieu sumérien du Ciel). La ville qui lui succède vers la fin de l'époque d'Obeïd (4000 avant J.-C.) y ajoute un autre sanctuaire – qu'on appellera l'Eanna – et où seront honorés An et la déesse de l'Amour et la Fécondité, Inanna (plus tard Anou et Ishtar).

2.2. L'État le plus important en Sumer (v. 3750-2300 avant J.-C.)

Le début de la phase d'Ourouk de la culture sumérienne, vers 3750 avant J.-C., correspond aux premiers édifices de l'Eanna. Entre 3500 et 3300 avant J.-C., la cité se donne des constructions d'une taille exceptionnelle et rapidement remplacées. Si les temples des périodes suivantes sont moins imposants, l'État d'Ourouk est un des plus importants en Sumer, et certains de ses souverains se disent « rois du pays », comme Lougal-zagesi (fin du xxiv e siècle avant J.-C.).

2.3. La domination d'Akkad et d'Our avant le retour à l'indépendance

Soumis à Akkad, le royaume d'Ourouk redevient indépendant au xxiie siècle avant J.-C., et c'est Outouhegal d'Ourouk qui expulse les Goutis avant de dominer la basse Mésopotamie (2118-2111 avant J.-C.). Dominée ensuite par les rois d'Our (2111-2003 avant J.-C.) et d'Isin, Ourouk retrouve son indépendance sous une dynastie amorrite (1863-1801 avant J.-C.), qui est détruite par Rim-Sin de Larsa.

2.4. Le lent déclin d'Ourouk (xviiie siècle avant J.-C.-226 après J.-C.)

Dépendant de Babylone à partir de 1762 avant J.-C., Ourouk n'est plus dès lors qu'une ville sainte, qui reste le conservatoire de la culture suméro-akkadienne. Au iiie siècle avant J.-C., les Séleucides font édifier deux grands temples aux divinités traditionnelles, dont l'un sur la ziggourat d'An. Les Chaldéens d'Orkhoi (nom grec d'Ourouk) deviennent célèbres dans le monde hellénistique, mais leur ville décline, et le dernier texte cunéiforme connu, un almanach d'Ourouk, est écrit en 75 après J.-C.

Déjà la domination des Séleucides en Mésopotamie a été remplacée par celle des rois des Parthes, les Arsacides. Le déclin de la cité sainte se précipite alors, et c'est au milieu de véritables masures que s'élève le dernier temple du site, dédié par des Parthes au dieu Gareus, et l'occupation de Warka (actuel nom d'Ourouk) ne dépasse guère l'époque de l'éviction des Arsacides par la dynastie perse des Sassanides (226 après J.-C.).

Ainsi finit obscurément la grande cité qui avait été, au IVe millénaire avant J.-C., avec la première des écritures, les beaux temples de l'Eanna et la Dame d'Ourouk, le principal foyer de la culture mésopotamienne à ses débuts, et qui devait être, 4 000 ans plus tard, sa dernière représentante.

Pour en savoir plus, voir l'article Sumer.

3. Les découvertes archéologiques

Signalé dès 1835 par les Britanniques J. B. Fraser et L. Ross, le site de Warka est fouillé pour la première fois par William Kennet Loftus (1849, 1852 et 1853). Mais le dégagement méthodique des couches anciennes sera le fait des archéologues allemands, dont le premier est Julius Jordan (1912) et dont l'activité n'a été interrompue que lors des guerres mondiales.

La ville, qui mesure environ 3 km de long sur 2,1 de large, est loin d'avoir été explorée dans sa totalité. Les fouilles ont été concentrées tout particulièrement sur le centre religieux consacré à la déesse Inanna. Dans le secteur central, un grand sondage, dit de l'Eanna, du nom du sanctuaire consacré à la déesse protectrice d'Ourouk, a permis de définir une culture dite « d'Ourouk » (niveaux XIV-IV), caractérisée par une céramique tournée monochrome, remplaçant peu à peu la céramique peinte d'Obeïd. La grande architecture en briques crues apparaît surtout au niveau IV. On discute toujours du rôle de ces grandes constructions d'Ourouk IV, énormes bâtisses de briques crues, parfois sur fondations de pierre : « temples » pour les uns, grandes maisons d'apparat de riches familles pour les autres, peut-être les deux à la fois. Si le plan de base de ces constructions tripartites, très ornées, n'est pas une invention d'Ourouk IV (on peut en retracer l'origine dès l'époque d'Obeïd), les constructions d'Ourouk sont beaucoup plus grandes que toutes les constructions antérieures. Dès Ourouk V, on note les premières empreintes de cylindres-sceaux. De plus, l'écriture semi-pictographique apparaît à Ourouk IV (fin du IVe millénaire avant J.-C.). Bien que non déchiffrée, elle atteste l'existence d'une société complexe, où le besoin de contrôle de l'activité économique se fait sentir. De même, on voit se préciser dans l'iconographie de la glyptique la figure d'un personnage important de la ville, souvent appelé le « roi-prêtre ».

À partir d'Ourouk III (phase appelée aussi époque de Djemdet-Nasr) apparaît la grande sculpture sur pierre : stèles, vases sculptés, hauts-reliefs. La tête de la Dame d'Ourouk, prêtresse ou déesse, est célèbre. De même, l'iconographie du « vase d'albâtre » permet d'observer le déroulement d'une procession religieuse visiblement très codifiée.

Ces niveaux Ourouk V-III marquent donc, dans l'évolution générale de la basse Mésopotamie, une étape capitale. La ville du IIIe millénaire avant J.-C., patrie du roi semi-légendaire Gilgamesh, est plus mal connue. Ce roi entoura la cité d'un rempart. Le roi Our-Nammou y fit construire une ziggourat très semblable à celles d'Our et d'Eridou. Comme tous les grands sanctuaires du sud de la Mésopotamie, Ourouk fut l'objet de l'attention de tous les souverains mésopotamiens. Le roi kassite Kara-Indash y construisit un temple décoré extérieurement de reliefs en briques moulées. Aux époques séleucide et parthe, la ville se couvrit de grands bâtiments souvent ornés de briques émaillées (Bit Resh) ou de style très fortement hellénistique (temple de Gareus).