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habitat

Trulli à Alberobello
Trulli à Alberobello

L'habitat est l'ensemble de faits géographiques relatifs à la résidence de l'homme (forme, emplacement, groupement des maisons, etc.).

1. ARCHITECTURE

En architecture, on distingue deux types de bâtiments destinés au logement d’un ou de plusieurs individus : l’habitat individuel et l’habitat collectif. Si le premier se situe fréquemment en zone de campagne (habitat rural, voire rurbain), le second est plutôt l’apanage des villes où l’espace au sol est plus réduit (habitat urbain). Toutefois, aucun n’est exclusif d’un milieu.

On parle ainsi d’habitat individuel pour désigner une maison, une villa, un pavillon (ou toute autre forme vernaculaire) destiné à être habité par un ménage unique. Dans ce cadre, la largeur et la hauteur de la façade, l’espace non bâti de la parcelle (jardin ou parc, lorsqu’ils existent), ainsi que la superficie intérieure (en moyenne 120 m2) et le nombre de niveaux (généralement 1, 2 ou 3 étages) peuvent varier.

À l’opposé, on qualifie d’habitat collectif tout immeuble d’habitation de plusieurs étages servant de logement à plusieurs ménages distincts. Cet immeuble collectif peut prendre la forme d’une grande maison, d’une barre ou d’une tour ; si sa structure est particulièrement élevée, il est classé parmi les gratte-ciel. L’intérieur du bâti est toujours divisé en une multitude d’unités d’habitation, appelées appartements.

2. ETHNOLOGIE ET SOCIOLOGIE

L'édification d'un abri est un fait technique commun à l'homme et à l'animal, qui cherchent à réunir les conditions favorables à leur existence dans un territoire délimité. Cependant, à la différence de l'habitat animal, celui de l'homme n'est pas immuable dans le temps ni dans l'espace. Il est en partie lié à l'environnement naturel, mais il dépend surtout d'une représentation du monde, que révèle plus l'organisation de l'espace que les techniques et les matériaux utilisés. L'idée d'« habiter » implique les notions de stabilité et de durée (même si cette dernière est brève).

La forme, l'aspect, la disposition des habitats divers, reflets des sociétés qui les ont édifiés, résultent de facteurs géographiques (climat, nature du sol, relief…) et, surtout, de facteurs socioculturels (besoins fondamentaux de la vie quotidienne, économie, religion). Aucun de ces facteurs n'est déterminant, mais, une fois le modèle de base mis au point, tous interviennent avec une constante : la résistance à l'innovation, alliée à une grande faculté d'intégration à l'environnement.

André Leroi-Gourhan, dans Milieu et Techniques (1943-1945), fait remarquer que « l'habitation est sans doute un des traits les plus précieux pour l'étude historique des peuples ». Il existe selon lui « un lien très fréquent, presque normal, entre les grandes divisions de types architecturaux et le vêtement ». Il signale que, contrairement aux acquisitions de la métallurgie ou de la mécanique, l'habitat se diffuse difficilement et qu'il y a « un parallélisme sensible avec les coupures linguistiques et politiques ».

2.1. Permanence du modèle vernaculaire

Une fois le modèle établi, il change peu au cours des siècles et reste attaché à un peuple, même si ses conditions de vie se modifient radicalement. Un exemple frappant est donné au Japon : la légère maison de bois avec cloisons de papier du sud de l'archipel, au climat subtropical, a été importée dans une région au climat subarctique, auquel elle n'était pas du tout adaptée, lorsque les Japonais se sont répandus vers le nord ; c'est pourtant ce modèle qui a prévalu, au détriment des maisons à murs épais des Aïnous, peuple autochtone du Nord, lesquels ont fini par adopter les fragiles murs de bois du groupe dominant.

Au stade de la construction vernaculaire préindustrielle, la question du plan ou celle de la forme ne se posent pas, puisqu'il existe un modèle pré-adapté. Même lorsqu'une catégorie de constructeurs apparaît et que des artisans se spécialisent, il n'y a pas d'architecte, au sens moderne de la fonction. Le paysan français, italien ou irlandais qui commande un bâtiment à un artisan connaît déjà ce qu'il va faire construire ; le villageois africain qui bâtit sa case avec l'aide de la communauté sait à l'avance ce qu'il doit faire, car tout est réglé par la tradition. Seules l'adaptation à l'emplacement et la taille exacte sont à mettre au point.

Amos Rapoport, dans Pour une anthropologie de la maison (1969), rapporte qu'un charpentier de Sarajevo, à l'époque ottomane, se préoccupe de la pente du sol, de l'emplacement des arbres et du nombre qu'il peut en sacrifier, de la lumière, de l'eau, de la vue qu'ont les maisons voisines, mais ne pose pas au propriétaire la question du type de maison à construire : il existe un modèle, et celui-ci n'est pas remis en question.

2.2. Influence du climat sur le type d'habitat

Introduction

Le climat est l'une des contraintes les plus évidentes dans l'élaboration d'un type d'habitat. Ce n'est pourtant pas un facteur déterminant. On pourrait croire qu'un groupe humain essaie toujours de mettre en œuvre les moyens d'obtenir le meilleur confort possible. Pourtant, les Boros et quelques autres tribus qui vivent en Amazonie habitent de grandes maisons communautaires dont les murs et le toit sont recouverts d'une grande épaisseur de chaume ; celui-ci empêche l'air de circuler, ce qui est très inconfortable dans ce climat chaud et humide. Il est possible que ce type d'habitation ait été imposé par un groupe plus puissant venu d'ailleurs. Néanmoins, la réponse satisfait fréquemment à la recherche d'un meilleur confort, surtout sous les climats extrêmes.

Habitats des climats chauds et secs

Dans les régions de climat chaud et sec, les écarts de température sont souvent très grands, et les maisons sont serrées les unes contre les autres pour obtenir de l'ombre et diminuer la surface murale exposée au soleil ; souvent en pierre, ou en terre, les murs et les toits épais assurent une bonne inertie thermique et présentent de petites ouvertures peu nombreuses. Une cour intérieure ombragée, avec de la verdure et parfois de l'eau, peut augmenter la fraîcheur des pièces.

À Ghardaïa et dans les autres villes du Mzab saharien, les ruelles sont étroites, les maisons, à plusieurs étages, ont des cuisines souvent enterrées en sous-sol, ce qui les rend plus fraîches ; la nuit, il est possible de dormir sur les toitures-terrasses. Les cours intérieures sont des puits d'ombre.

Dans le brûlant Sud tunisien, les habitants de Matmata et des villages environnants ont obtenu la meilleure inertie thermique à moindres frais en creusant des maisons troglodytes dont chaque pièce est enterrée à au moins 10 m de profondeur. Les habitations, sur deux niveaux, s'ouvrent sur un puits-cour central. La même disposition se retrouve en Chine, dans le Shanxi, où 10 millions de personnes vivent ainsi sous terre.

Pour se protéger de la chaleur excessive, les Amérindiens Yokuts de Californie donnaient de l'ombre à l'ensemble de leur village de huttes en le couvrant d'un pare-soleil constitué d'une épaisse plate-forme de broussailles.

Habitats des climats chauds et humides

Le climat chaud et humide se caractérise par un rayonnement intense, et l'inconfort dû à l'humidité augmente rapidement avec la chaleur. Il faut donc ventiler au maximum l’habitat et se procurer de l'ombre, mais une forte inertie thermique est inutile puisque la température varie peu. On trouve alors souvent des maisons en matériaux légers, bois, fibres végétales, roseau et bambou, avec peu ou pas de murs ; une bonne ventilation exige des formes longues et étroites ; un plancher surélevé peut l'améliorer s'il est aéré – s'il est fait de lames de bambou rangées côte à côte, par exemple. L'air circule ainsi dans toutes les directions.

Dans l'île de Siar, en Nouvelle-Guinée, les maisons sur pilotis en matériaux légers dirigent leur pignon vers l'espace central du village. L'espace sous le plancher sert à ranger les pirogues. Un auvent incliné procure de l'ombre devant le pignon, qui est ouvert.

Les maisons japonaises, avec leur grand débord de toits, leurs murs légers en bois et papier de mûrier pouvant s'ouvrir largement par panneaux en général coulissants, leurs planchers souvent légèrement surélevés, sont bien adaptées à l'humide climat subtropical du sud de l'archipel.

Dans les pays musulmans, la culture de l'intimité et de la discrétion, notamment appliquée aux femmes, rend impossible l'absence de murs. Au Pakistan et dans le nord de l'Inde, on trouve ainsi de grands pans de murs à claire-voie, qui permettent aux occupants d'aérer et de ventiler sans être vus. Les Arabes Madans, qui habitent le territoire marécageux entre le Tigre et l'Euphrate, créent d'étonnantes maisons avec un seul matériau : un roseau géant, le phragmite. Les arceaux de la structure sont couverts de nattes ; les parois verticales sont ajourées.

Les peuples lagunaires de Côte-d'Ivoire ainsi que les Malais bâtissent des murs de bambous ou de côtes de palmier juxtaposés verticalement qui, outre la bonne ventilation qu'ils autorisent, filtrent la lumière et évitent la réverbération violente.

En Oman, les pêcheurs du bord de mer se sont dotés d'un habitat très élaboré, conçu de manière à assurer un certain confort thermique. Il comporte deux parties dans la même cour : des pièces d'hiver aux murs de terre épais, dont l'inertie thermique permet d'avoir chaud la nuit et de retransmettre la fraîcheur nocturne pendant le jour ; des pièces d'été en côtes de palme juxtaposées verticalement et liées, laissant passer le vent. Le dispositif est complété par les « tours à vent » en poteaux de bois, supportant quatre grandes pièces de tissu disposées selon les diagonales, de manière à capter les vents venant de toutes les directions. Le flux d'air est aspiré naturellement vers le bas, créant dans la pièce située au-dessous un courant d'air rafraîchissant.

Habitats des climats polaires

Les Inuits ont trouvé une réponse particulièrement bien adaptée au climat polaire. Ils choisissent toujours un site abrité du vent pour leurs villages. La forme même de l'igloo, demi-sphérique, facilite l'écoulement des vents violents. L'unique entrée est un tunnel incurvé, protégé par un mur bas de blocs de neige qui empêche le vent de s'y engouffrer. Toutes les chambres de l'habitation sont reliées à la salle commune par un tunnel, pour éviter les déperditions de chaleur. Dans le tunnel s'ouvrent des salles de transition où l'air se réchauffe. Le sol des chambres est surélevé pour profiter au maximum de l'air chaud.

Habitats des régions tempérées

Dans les régions tempérées, comme en France, les maisons rurales sont en général installées dans des replis de terrain qui les protègent des vents de tempête, souvent du côté nord ; elles offrent au soleil leur façade sud. En bord de mer, où le relief est souvent plat et les tempêtes d'hiver violentes, les habitations sont partiellement enterrées pour avoir moins de prise au vent et être mieux isolées ; l'inconvénient de ce dispositif est l'humidité, qu'il faut alors combattre à l'intérieur.

On peut se défendre de conditions climatiques difficiles, mais aussi utiliser les éléments naturels : dans l'île d'Oléron, le poisson pêché dans la journée était traditionnellement mis à sécher au vent et au soleil, accroché à un mât beaucoup plus haut que le toit des maisons.

2.3. Facteurs techniques

Le choix des matériaux

Les matériaux disponibles diffèrent en fonction du site et du climat. Le milieu rural est caractérisé par une économie de pénurie, qui est parfois sévère : les Inuits de l’Arctique n'ont que la neige, les peaux, les os et le bois d'épave ; les Mozabites du Mzab saharien, la terre et le bois de palmier ; les habitants des marais irakiens, le jonc ; ceux du sud de l'Italie, la pierre, avec laquelle ils bâtissent des abris ronds à toit conique, les trulli.

La mise en œuvre

S'il existe toujours, le choix des techniques appliquées aux matériaux est parfois très restreint. L'utilisation de ces derniers est conditionnée par le degré de perfectionnement des outils. Les problèmes techniques fondamentaux sont ceux de la couverture des espaces, de la reprise des poussées latérales des toitures sur les murs, de la durabilité, etc.

À un stade primitif, quand les habitants édifient eux-mêmes leurs habitations, la construction est le plus souvent collective, ce qui permet des formes plus complexes ou la manipulation de pièces lourdes. Chez les Bambaras, au Mali, la construction a lieu, comme presque partout ailleurs, en dehors des périodes de travaux agricoles, soit de février à avril environ. Si les matériaux – bois, paille et banco (mélange de terre, d'eau et parfois d'additifs divers) – sont réunis par la famille seule, la construction requiert l'aide de tous les villageois, qui seront nourris en échange de leurs services. L'organisation du travail est soumise à une certaine hiérarchie : les plus habiles montent les murs, les autres leur passent le banco pétri avec l'eau que les femmes apportent dans des calebasses. Le toit conique (ossature en branchages et couverture de paille) est confectionné au sol, puis hissé sur les murs par une quinzaine de jeunes gens ; si un problème d'entretien apparaît, il suffit de le déposer à nouveau. Des cérémonies rituelles marquent le début et la fin de la construction.

Lorsqu'il existe des artisans spécialisés, ceux-ci peuvent employer des techniques plus complexes. Ainsi, dans les villes « soudanaises » du Mali telles que Djenné et Tombouctou, des corporations de maçons édifient des maisons à plusieurs étages et aux façades décorées de bas-reliefs traditionnels.

Dans certaines sociétés, les habitants consacrent leur vie à la construction et à la décoration des édifices religieux et de leurs maisons, et sont tous devenus de remarquables bâtisseurs ; c'est le cas des Bataks, et plus encore peut-être des Minangkabaus de Sumatra, qui ont développé une grande virtuosité dans le travail du bois.

Quelquefois, les matériaux les plus durables – et les plus difficiles à travailler – sont utilisés pour les tombes et les lieux de culte, auxquels certaines communautés accordent plus d'importance qu'à leurs propres maisons, alors bâties avec des matériaux plus périssables. Parmi les nombreux exemples, citons la construction, en France, des églises et des cathédrales en pierre de taille, avec leurs couvertures en voûtes de pierre et leurs toitures en ardoise ou en tuile, environnées de chaumières aux murs souvent de terre crue, couvertes de paille ou de brande.

Un autre phénomène peut aussi jouer un rôle important dans le choix des matériaux : dans la partie du Sud-Ouest de la France correspondant au Gers actuel, où la pierre abonde et où les beaux arbres sont rares, les maisons des villages médiévaux étaient bâties à colombage sur un soubassement de pierre. Comment expliquer ce choix, sinon par une mode des maisons à pans de bois ?

Le toit

La seule partie vraiment indispensable d'une habitation, c'est le toit ; et le seul véritable problème à résoudre est celui de son poids, et donc des moyens de le maintenir en place. Souvent, une structure de poteaux, indépendante des murs, est édifiée uniquement pour supporter le toit. On admet généralement que les premières habitations furent de plan circulaire, avec un poteau central. Aujourd'hui, les habitations circulaires comprennent aussi bien de petites huttes que des maisons de plus de 20 m de diamètre. La maison de plan rectangulaire, d'après les découvertes archéologiques, avait probablement une toiture à deux pentes soutenue au milieu de la travée par une rangée de poteaux.

Il existe deux types principaux de solutions pour construire une toiture :
– les structures en tension : constructions à ossature comme les tentes ; structures en cerceau, à piliers centraux, charpentes composées de fermes ; structures tri-directionnelles. Les murs sont porteurs ou non, selon les cas.
– les structures en compression : dans les régions où l'on n'utilise que la pierre et la terre, les solutions techniques pour les couvertures sont les arcs, les voûtes et les coupoles ; les bories de Provence en sont un bon exemple. Les voûtes en « tas de charge » ont été très employées depuis l'Antiquité, en particulier à Mycènes, chez les Mayas, en Islande, en Italie du Sud et en Turquie.

Les véritables voûtes et coupoles sont très répandues au Moyen-Orient. Dans le Souf (région du Sahara algérien), les maisons de l'oasis d'El-Oued ont une cour centrale entourée de pièces couvertes de petits dômes modulaires accolés, de 2 m de rayon environ, construits en briques de plâtre. Cette construction modulaire, atypique de la région, donne toute sa personnalité à la ville.

Les murs

Lorsque les murs ne sont pas porteurs, le toit étant alors soutenu par une ossature indépendante, les parois peuvent être formées de matériaux légers. C'est le cas chez les Yaguas vivant sur le Marañón, affluent péruvien de l'Amazone. Les pilotis de la maison yagua portent un plancher surélevé en bambous fendus et un toit en feuilles de palme, et les murs sont pratiquement inexistants. Les yourtes sibériennes disposent de murs de feutre, plus ou moins épais selon les saisons. Toutes les parois des tentes, et celles des habitations nomades en général, sont revêtues de matériaux transportables tels que peaux, nattes, plaques de feutre.

Les murs porteurs sont généralement massifs, et leur hauteur est limitée car ils ont tendance à se déformer. Le problème ici est d'en limiter l'épaisseur pour conserver suffisamment de surface habitable. On peut obtenir un surcroît de résistance en créant des redents ou des contreforts, qui assurent une meilleure stabilité pour une moindre épaisseur. Pour renforcer sa résistance à la compression, la terre peut être pilonnée entre des planches (pisé), additionnée de fibres (torchis) ou façonnée en briques de terre crue ou cuite.

Toutes ces techniques ont été répandues en France, et de nombreux habitats en témoignent encore. On trouve le pisé dans la région lyonnaise et dans la Vienne, le torchis en remplissage de pans de bois en Sologne, en Normandie, dans les Landes, au Pays basque, les briques de terre crue dans tout le Gers et la région toulousaine. Les briques de terre cuite sont également très répandues : murs porteurs faits de briques pleines comme à Toulouse (la Ville rose), tuileaux, souvent en remplissage comme en Normandie ou en Sologne. La terre est le matériau le plus universel, et probablement le plus utilisé dans le monde entier.

Les lourds rondins de bois horizontaux ont largement été utilisés en Scandinavie, au Japon, au Népal, en Europe centrale, et diffusés en Amérique du Nord par les colons. Tout l'art consiste dans la taille des assemblages d'angle. La maison à ossature de bois est très répandue dans le monde. Les murs des isbas russes, par exemple, étaient constitués de deux parements de dosses (planches non écorcées) en pin fixées sur des poteaux de bois verticaux. On bourrait de la terre entre ces deux parois, ce qui conférait à la maison une excellente isolation.

Beaucoup de systèmes sont mixtes, comme ces deux procédés largement utilisés en France dans l'architecture ancienne, rurale et urbaine : murs en pans de bois remplis de pisé, et murs à deux parements de pierre remplis de terre.

Le troglodytisme

On ne peut évoquer les matériaux et les techniques sans parler du troglodytisme, où l'homme, utilisant un site favorable, creuse au lieu de bâtir. Les habitats troglodytes sont présents dans le monde entier. Certains sont fort bien connus, comme les cheminées des fées de Cappadoce, en Turquie. Outre Matmata en Tunisie, et les troglodytes chinois, on peut encore citer Santorin en Grèce, Massafra en Italie du Sud, et, pour la France, Doué-la-Fontaine (dans le Maine-et-Loire).

Le fait d'enterrer les maisons n'est pas un phénomène marginal, même en l'absence de falaises. En Islande, pays sans bois, les maisons semi-enterrées sont couvertes d'épais toits en mottes de tourbe plantés d'herbe. Les bergers de Pumpugliani, en Corse, disposaient de maisons et de fromageries semi-souterraines. En Amérique du Nord, à la période des « basket makers », plusieurs tribus indiennes ont habité dans des maisons-fosses. Parfois, le motif était défensif ou religieux : souterrains et catacombes sont nombreux. On trouve même des villes entièrement souterraines.

2.4. Facteurs socioculturels

Introduction

Si le milieu naturel influence, de multiples manières, l'architecture traditionnelle dans toutes les parties du monde, l'habitat est surtout totalement indissociable du mode de vie d'une société ; il traduit les habitudes culturelles, le type de relations sociales et le mode de pensée d'un groupe humain de manière apparente, mais aussi symbolique. Les idéaux, la manière admise de faire les choses, les actes socialement inacceptables, la structure de la famille, les classes sociales, la religion, les rapports avec les sociétés voisines, tout cela entre en jeu dans le choix d'un modèle d'habitat.

Certains dirigeants l'ont bien compris, qui pour transformer ou faire disparaître un mode de vie traditionnel ont contraint des populations à changer de lieu d'habitation ou de modèle d'habitat. La recette est efficace, le résultat infaillible. Ainsi, en Côte-d'Ivoire, les groupements familiaux ont changé lorsque, pour supprimer les « taudis » (c'est-à-dire les villages traditionnels), on les a lotis selon une trame régulière de larges rues perpendiculaires et que l'on a redistribué les parcelles. La grande cellule familiale a éclaté, et les cases rondes, inadaptées aux nouvelles parcelles carrées, ont été remplacées par des « villas en dur » couvertes de tôle.

La nature symbolique de l'habitat

Amos Rapoport souligne que, « étant donné un certain climat, la possibilité de se procurer certains matériaux, et les contraintes et les moyens d'un certain niveau technique, ce qui décide finalement de la forme d'une habitation et modèle les espaces et leurs relations, c'est la vision qu'un peuple a de la vie idéale » ; et il ajoute que « maisons et agglomérations sont l'expression matérielle du genre de vie, et cela [la vision de la vie idéale] constitue leur matière symbolique ». La religion étant un fait essentiel des civilisations préindustrielles, elle est à considérer pour déceler cette nature symbolique de l'habitat.

L'influence de l'image cosmique est particulièrement omniprésente en Afrique, où le sacré se reflète aussi dans l'habitat. Pour les Dogons du Mali, chaque élément possède une signification symbolique, depuis la région tout entière jusqu'aux objets matériels les plus humbles, tels que les sièges. Les villages vont par paires, pour représenter le ciel et la Terre ; chaque village est disposé à la manière des différentes parties du corps humain ; la maison du chef, le dogon, est elle-même une représentation du monde à son échelle. Les ancêtres défunts sont considérés comme faisant réellement partie des familles, et cette continuité des morts et des vivants constitue d'ailleurs une particularité marquante de la plupart des civilisations africaines ; on trouve des autels, voire des tombes, dans les maisons et dans les cours ; les descendants d'un même ancêtre se regroupent dans la même partie d'un village, etc.

Pour les Zoulous d’Afrique australe, le cercle est la forme parfaite qui attire les bénédictions du ciel ; ils donnent cette forme au grand enclos à bétail central entouré des cases d'habitation, elles aussi circulaires. La maison du chef est toujours placée à l'endroit où frappent les premiers rayons du soleil, et cela de façon si précise qu'on peut déduire, de son emplacement, la période de l'année à laquelle le camp a été dressé. Les autres maisons sont disposées en ordre hiérarchique par rapport aux « mouvements » du Soleil. Il semble que cette disposition ait été adoptée à une époque de guerre, en partie pour protéger le bétail, dont dépendait la survie de la communauté.

Dans le même ordre d'idées, mais à un niveau différent, les femmes kabyles de Ouadhias en Algérie ornent les murs de leurs maisons pour les décorer, mais aussi pour les protéger, en éloigner le mauvais sort ; ces dessins, géométriques mais entièrement symboliques, constituent aussi sans doute un rappel, continuellement livré au regard, du commerce constant que les femmes kabyles entretiennent avec les forces naturelles, et cette religiosité imprègne leur vie quotidienne. Les rites magiques dont elles se servent pour influencer le cours de leur vie familiale sont rappelés et soutenus par ces peintures, de manière apparente et esthétique, mais incompréhensible pour les non-initiés.

Les croyances et les pratiques entourant les activités élémentaires de la vie quotidienne (manger, dormir, etc.) entraînent une certaine organisation de l'espace. En Polynésie, l'existence de nombreux tabous conduit souvent à manger dehors ou sur des terrasses spéciales pour ne pas souiller la maison ; certaines personnalités, objets d'égards particuliers, ont même droit à des fours spéciaux pour la cuisson de leur nourriture.

En Europe centrale et orientale, le coin réservé au culte dans la pièce commune des fermes revêtait une grande importance. En outre, hommes et femmes prenaient place autour de la table pour le repas dans un ordre conforme à la hiérarchie et aux rôles respectifs des membres de la famille.

L’importance de l'orientation

L'orientation a souvent un caractère essentiel et commande alors la répartition des espaces en Inde, en Chine, chez les Mongols, dans la tente touarègue, en Laponie, etc. Mais c'est sans doute dans la maison traditionnelle malgache que cette répartition était la plus complexe : douze divisions de sa surface en fonction des étoiles correspondaient aux douze mois de l'année. Chacune avait un usage différent – l'une était par exemple affectée au riz et aux jarres d'eau –, et le lit était toujours à l'est, la tête dirigée vers le nord. La façade regardait toujours l'ouest, qui était la direction principale. L'entrée réservée aux visiteurs importants se trouvait au nord, et le lieu réservé au culte des ancêtres, le coin nord-est, était le plus sacré.

En Chine, dans la région de Canton, tout était orienté à l'intérieur de façon que le flux des forces bénéfiques puisse traverser la maison, et cela parfois au détriment du confort. En effet, la réussite est due, pour les paysans chinois, à des forces surnaturelles bénéfiques qui peuvent être captées par la bonne orientation des villages, des routes, des maisons par rapport à l'environnement, procurant ainsi un surcroît de puissance au clan. Les bouquets d'arbres servant de filtres aux influences bienfaisantes étaient plantés en premier, et l'on attendait quelquefois qu'ils aient poussé pour commencer à construire. Par ailleurs, les mouvements des mauvais esprits étant associés à la ligne droite, les routes comme les accès aux maisons ne sont jamais rectilignes ni leurs entrées tournées vers des directions considérées comme funestes.

Rapports sociaux et structuration de l'espace

Introduction

La composition du groupe social de base est un élément évidemment structurant de l'espace d'habitation, tout comme les rapports des hommes et des femmes ou le mode des relations sociales entre les familles.

C'est ainsi que les notions d'intimité, d'espace personnel, subissent de grandes variations à travers le monde, tandis que les espaces publics ou communautaires peuvent parfois prendre une importance qui nous semble démesurée : les Ibans et les Dayaks de l’île de Bornéo vivent dans des maisons communautaires qui peuvent atteindre 300 m de long. « Grande maison » est d'ailleurs synonyme de « village ». Ces maisons sont bâties sur pilotis. Les cellules familiales contiguës s'alignent en bordure d'une rue-corridor. Une large véranda borde toute la longueur et sert d'espace communautaire. En Amérique du Sud, on trouvait fréquemment des types de grandes habitations communautaires. Conique comme chez les Panarés du Venezuela, la maison pouvait aussi avoir un plan ovale ou rectangulaire. Chez les Yaguas de l'Amazonie péruvienne, une convention tacite permet de s'isoler et de préserver une certaine vie privée : il suffit de regarder vers le dehors en se détournant du centre de la maison pour que personne ne vous adresse une parole ni un regard. Ici, une convention culturelle remplace le mur ou la cloison.

Séparation des hommes et des femmes

Les rapports des hommes et des femmes dans la maison, et leurs rôles respectifs dans les sociétés, ont largement influencé la répartition de l'espace. Cela est particulièrement net dans toutes les civilisations de l'islam, où la femme doit vivre plus ou moins cloîtrée et éviter de se montrer aux hommes qui ne sont pas de la famille. Les maisons à cour intérieure permettent aux femmes d'accomplir les tâches domestiques sans être vues. Les cours intérieures ont sans doute d'autres fonctions, mais elles sont favorables à cette claustration des femmes, tandis que les hommes ont leurs salons de réception sur la rue.

Cette séparation va parfois plus loin. Ainsi, dans les villages kabyles d’Afrique du Nord, les hommes empruntent la rue centrale, bordée des maisons familiales à cour intérieure. Les femmes ont leur propre sortie sur l'arrière, et des chemins qui leur sont réservés, contournant le village par l'extérieur, leur permettent de circuler sans croiser la route des hommes. Les trajets féminins relient les cours entre elles et mènent aux points d'eau, fréquemment situés au pied du piton sur lequel est bâti le village.

En pays animiste, chez les Abrons de Côte-d'Ivoire et du Ghana, on trouve une tradition de grandes maisons à patio. Comme souvent en Afrique, chaque quartier est habité par un lignage qui se divise en plusieurs familles. Dans cette société matrilinéaire, les femmes n'ont pas le rôle effacé de leurs consœurs musulmanes. Cependant, malgré un style de vie tout à fait différent, on retrouve le même type de disposition, sachant que, ici, les hommes et les femmes ont des maisons complètement séparées : un homme habitant dans le quartier de son lignage voit fréquemment sa femme habiter à l'autre bout du village, dans la maison des femmes de son lignage ; les « maisons d'hommes » donnent sur la rue principale ou sur une place ombragée par un grand arbre et qui sert de lieu de réunion. Les « maisons de femmes » forment une seconde rangée, s'ouvrant sur l'arrière du village, la brousse et les petits chemins domestiques. Dans ce mode d'organisation donc, pas d'interdits mais la même disposition et toujours l'attribution des espaces : ouverts et publics aux hommes, retirés et plus privés aux femmes.

Aux origines de la civilisation occidentale, le modèle grec du mégaron antique, avec son foyer central, révèle la connotation féminine que possède la maison dans la culture grecque archaïque. L'espace intérieur domestique clos est celui de la femme ; le dehors, l'espace ouvert, est le domaine de l'homme. La division historique des rôles masculin et féminin a certainement contribué à la diffusion et à la persistance de la maison à une ou plusieurs cours centrales. La civilisation romaine reprendra en le perfectionnant le modèle grec.

Répercussion de la structure familiale

La structure familiale est un autre élément dont on retrouve l'influence dans l'habitat. Parfois, la structure sociale est très complexe, et sa traduction sur le terrain est difficile à interpréter. C'est souvent le cas des villages baoulés de Côte-d'Ivoire : un groupe d'habitations abrite des membres de la famille (dont la composition change fréquemment), des adoptés, des visiteurs, etc. Le village apparaît ainsi comme un amas désordonné de cases, alors même que les Baoulés s'y reconnaissent parfaitement : ils savent où sont les entrées des terrains familiaux, les lieux de passage, les terrains publics et les terrains privés.

À l'opposé, les « longues maisons » communautaires (ou « malocas »), que l'on trouve dans tout le bassin de l'Amazonie, regroupent des communautés entières ou des familles étendues. Ce sont en fait de véritables petits villages sous un seul toit. Les dispositions intérieures varient, depuis l'absence totale de cloison jusqu'au découpage en appartements pour chaque famille nucléaire, comme chez les Witotos de Colombie. En général, dans ces sociétés, les femmes cultivent le manioc, et les hommes chassent et pêchent. Cette division du travail est concrétisée dans l'habitat des Barasanas de Colombie : toute la façade de la maison est le côté des hommes, avec une porte qui leur est réservée, tandis que l'arrière, en forme d'abside, est cloisonné pour attribuer à chaque femme un lieu pour préparer la cassave (galette de manioc) et s'occuper des enfants. La partie centrale est divisée en chambres familiales bordant un espace servant de salle de réunion et de danse. Les femmes sortent par l'arrière vers les champs et le lavoir ; les hommes ont leur porte du côté de la forêt et du fleuve.

En Afrique sub-saharienne, l'unité bâtie elle-même est souvent individuelle : c'est la case, espace personnel d'un habitant. Chez les Malinkés, les cases sont rondes et disposées en couronne. Le chef de famille a sa case à l'est, l'ouverture vers l'ouest. À partir de lui, chacun prend sa place selon son rang dans la famille, en tournant vers la gauche, dans le sens de la course du Soleil. L'homme monogame occupe une seule case ; le polygame, outre la sienne, en bâtit une pour chacune de ses épouses, qui viennent lui rendre visite à tour de rôle. Les jeunes enfants vivent chez leur mère, mais les adolescents ont pour habitude de se regrouper et construisent parfois leur propre cour de cinq ou six cases. Ici, chaque habitant ou presque possède son « habitacle » personnel. L'espace commun est la cour, dont les différentes zones ont un rôle bien défini, même si (dans la plupart des cas) les limites n'en sont pas matérialisées. Pour définir un habitat complet, l'on doit prendre en compte les espaces bâtis, les espaces non bâtis mais habités, le territoire connu et utilisé et, enfin, le territoire connu mais non occupé.

Chez les Avikams de Côte-d'Ivoire, la grande cour de la famille élargie, enclose par une haute palissade, s'ouvre sur une ruelle intérieure qui dessert des deux côtés les habitations des familles restreintes (nucléaires). Ces habitations comprennent chacune une ou deux cases-chambres, une case-cuisine, et une arrière-cour qui rejoint la grande palissade entourant l'ensemble ; cette courette abrite la douche, la réserve de bois, les ustensiles. C'est dans l'espace central que se tiennent les réunions des hommes, souvent sous un abri couvert. À l'entrée se trouvent plutôt les jeunes hommes. Le chef de famille habite en principe au fond de l'enclos, en face de l'entrée. Cette répartition de l'espace se retrouve assez fréquemment, avec des variantes, là où les fils s'installent à proximité de leur père lorsqu'ils atteignent l'âge adulte. Chaque homme construit sa propre maison ; lorsqu'il meurt, elle est réutilisée par quelqu'un d'autre, ou abandonnée jusqu'à ce que l'on ait besoin de l'emplacement.

Dans la majeure partie de l'Afrique, traditionnellement, la maison n'a pas de valeur marchande, elle ne fait pas partie des héritages et ne participe pas à la richesse d'une famille. Le terrain, souvent communautaire, est attribué par le chef au gré des besoins. L'habitat rural de la majorité de la population médiévale en France ne représentait pas non plus un capital transmissible.

Les habitations à usage professionnel

Enfin, il est à noter que l'activité économique exercée par les habitants d'un lieu peut exercer une influence sur l'habitation, surtout si elle exige des lieux spécialisés tels que greniers, granges, logements pour les animaux, resserres à outils, pièces hautes pour placer des métiers à tisser…

2.5. Évolution de l'habitat de France

L’habitat médiéval traditionnel

Dans la France rurale ancienne, presque toutes les fermes avaient en commun de destiner la plus grande partie de l'espace aux animaux et aux réserves. La partie habitation était généralement des plus restreintes : une salle, organisée autour de l'évier et de la cheminée, et une chambre dans le meilleur des cas ; quelquefois, animaux et hommes se partageaient la même pièce unique.

Au xiiie s., le servage ayant reculé, beaucoup de paysans étaient devenus des hommes libres. Cependant, les territoires cultivables des villes libres étaient souvent réduits, et de nombreux paysans préféraient encore cultiver un domaine plus grand pour un maître, auquel ils étaient alors liés par de nouvelles conventions. La tenure pouvait prendre plusieurs formes, mais de toute façon les droits du paysan s'étaient bien élargis et, au xive s., les conditions de vie de ce dernier étaient beaucoup moins dures qu'auparavant. La manse carolingienne disparaissait peu à peu. En cette période de croissance, le même phénomène se produisait en Angleterre avec la hide et en Allemagne avec la Hufe.

Exception faite de marginaux, il semble que chaque ménage paysan ait possédé son habitation, souvent composée d'une seule pièce, parfois recoupée en deux ou trois parties. En Guyenne, la maison était en bois. Dans le Bassin parisien, elle était à colombages, avec un remplissage de terre ou de pierres plates bloquées au plâtre ; souvent les murs étaient en pierre. La légèreté des constructions est la cause probable de leur disparition. Les toits étaient couverts de tuiles là où l'on trouvait facilement de l'argile, particulièrement dans le Midi où la tradition des tuiles romaines avait persisté. Ailleurs, le chaume prédominait, exposant les villages à de fréquents incendies. On trouvait déjà en Bourgogne des toits de pierres plates.

La parcelle où est installée la maison est appelée « masure » en région parisienne. Dans le Midi ou le Centre, lorsque les terres de l'exploitation sont attenantes à l'habitation, c'est le « mas », dérivé de l'ancien terme « manse ». La maison est à cour ouverte ou fermée. Le bâti n'occupe qu'une petite partie de la parcelle. Dans les villages, la cour s'ouvre sur la rue, et autour de la maison ou derrière se trouvent le potager, le verger, quelquefois un petit champ ou un pré. Une clôture signale la limite des territoires domestiques, par opposition aux champs et aux pâtures.

La maison médiévale urbaine marque le début de la différenciation des espaces. La spécialisation des rôles et des savoirs, les compétences des artisans – charpentiers, menuisiers, maçons – autorisent des réalisations plus compliquées, plus soignées. De même, la spécialisation des activités conduit à celle des espaces. On commence à trouver deux entrées séparées, l'une pour la maison, l'autre pour le magasin. Par la suite, la chambre des ouvriers, installée au rez-de-chaussée à côté du magasin ou de l'atelier, sera définitivement séparée de celle de la famille. Au premier étage se trouvait la chambre à coucher familiale, servant également de salle de séjour. Ces deux espaces se sépareront plus tard. En milieu urbain, le manque de place conduit très vite à la construction de maisons à étages, dont le modèle le plus répandu est en pans de bois à encorbellements. Ces modes d'habiter évoluent peu tant que l'immense majorité de la population conserve son mode de vie traditionnel.

L’influence de la révolution industrielle

La révolution industrielle provoque la mutation irréversible du mode de vie essentiellement rural et artisanal des populations concernées, et transforme complètement l'habitat.

C'est en Angleterre que le phénomène trouve sa source. L'essor démographique, l'augmentation de la production industrielle, suivie par la mécanisation du système de production, entraînent un accroissement rapide de la population urbaine : l'exode rural s'accompagne d'une pénurie de logement pour les nombreux nouveaux ouvriers urbains. À Londres, naissent les slums, cités-dortoirs aux logements réduits, sur un seul niveau et rangés en bandes. La notion de rentabilité s'appliquant aussi à ce domaine, ces bâtiments sont sommaires. En France, les corons miniers réunis autour d'une cour commune sont une autre expression du même besoin de loger les ouvriers. C'est alors que la maison entourée d'un jardin, conçue pour une famille nucléaire, commence à devenir un élément de luxe. L'accord qui liait les maisons rurales avec la nature disparaît, la notion d'habitat est complètement vidée de son sens d'origine.

Sous la pression des politiciens radicaux et socialistes, et à la suite d'une épidémie de choléra à Manchester en 1830, les gouvernements interviennent pour améliorer les conditions d'hygiène. À partir de ce moment, des réflexions se développent dans des directions variées, telles les « cités-jardins » de l’urbaniste britannique Ebenezer Howard, qui ont connu une belle destinée. Pendant ce temps, la maison paysanne évolue en taille et en confort ; elle tend désormais à rejoindre les normes bourgeoises de l'habitation.

Le modèle bourgeois du xixe s.

La bourgeoisie possédante prend le relais des anciens seigneurs et bâtit des hôtels particuliers et des demeures campagnardes à l'imitation, tout d'abord, de l'architecture classique. La moyenne bourgeoisie, aux capacités financières plus réduites, met au point des modèles qui correspondent au goût nouveau pour le confort et l'hygiène. La domesticité est encore nombreuse et la place ne manque pas, sauf en ville où elle est plus mesurée. Les demeures bourgeoises sont le signe ostentatoire de la richesse d'une famille et l'expression de la notion du fonctionnel. En effet, une extrême spécialisation des espaces se produit peu à peu : à chaque activité correspond une pièce.

Visitons l'une de ces demeures de la fin du xixe s., située à la campagne (afin que, sans la limitation qu'imposerait le manque d'espace, le modèle puisse se développer en toute liberté). L'habitation est en recul par rapport à la voierie ; l'accès se fait par une allée aboutissant à un vaste espace découvert, parfois aménagé en pelouse, au-delà duquel on découvre la maison à étages, au volume massif. La façade, composée de façon symétrique, exprime la majesté. Un perron ou une terrasse surélevée de quelques marches mène à l'entrée. Le jardin ou le parc compose un cadre de verdure qui cherche à imiter le naturel, à la mode anglaise. Cet accès graduel est conçu pour impressionner le visiteur. À l'arrière ou à l'entresol, on trouve les services, cuisine, buanderie, arrière-cuisine. Ces communs étant souvent éloignés des salons et de la salle à manger, situés au rez-de-chaussée, en façade noble, l'office permet aux domestiques d'entreposer les plats avant de les servir. La typologie des différentes pièces, extrêmement différenciées, comprend des boudoirs, des fumoirs, des salles de billard, des bureaux, des bibliothèques, outre les chambres, antichambres, garde-robes et divers salons… La domesticité a ses circuits séparés (entrée, escalier et couloirs de service) et ne doit pas emprunter les mêmes trajets que les maîtres. Les domestiques ne disposent généralement que d'une chambre petite, située à l'étage supérieur, souvent mansardée. Le vocabulaire des espaces habités atteint alors sa plus grande diversité. La plupart de ces termes sont aujourd'hui tombés en désuétude, ce qui traduit la simplification des espaces habitables.

La petite bourgeoisie imite ce modèle de façon plus modeste. La bourgeoisie du xixe s. a porté à la quasi-perfection le modèle d'un certain art de vivre. La nostalgie en survit dans les jardinets et les villas des lotissements contemporains, dépourvus pour leur part d'espace et de luxe.

Le pavillon, archétype de l’habitat contemporain

L'effort dérisoire pour hisser sa maison sur une butte à signification de piédestal, les toits à la Mansart hors de proportion sur des « F4 » de 120 m2 y compris le garage, les noms mêmes donnés à ces modèles des « pavillonneurs » d'aujourd'hui : « Chambord », « Versailles », « Mylord », ou au contraire « Aiguade » ou « Val d'Aoste » à parfum de régionalisme perdu, sont riches d'enseignements. Car, tandis que Le Corbusier conçoit sa Cité radieuse à Marseille en 1952, que la reconstruction de l'après-guerre généralise l'immeuble collectif divisé en appartements modulaires, on s'aperçoit que la nostalgie du « nid » individuel reste fortement ancrée dans la majorité des esprits, ainsi qu'un certain nombre de stéréotypes hérités du passé. Après une période montrant plus d'invention et de diversité au début du xxe s., avec le style « chalet » et tous les néo-régionalismes fantaisistes, parfois influencés par l'Art nouveau des nouvelles banlieues et des stations balnéaires, il semble qu'on revienne à un modèle très figé d'habitat.

Indépendant des critères de l'esthétique, du fonctionnel, du modernisme, le désir le plus général des Français, désormais citadins à 80 %, est bien de posséder une maison individuelle conforme à un modèle qui prend ses références inconscientes très loin dans un passé collectif. Le pavillon est devenu la maison type, sans l'espace ni l'intégration à l'environnement qui donnaient sa plus grande qualité à l'habitat rural.

Le logement individuel est conçu dans sa quasi-totalité par des « pavillonneurs » qui proposent aux particuliers – réalisant en général le rêve de leur vie – des modèles préétablis correspondant à l'archétype de la maison. Une fois le modèle sélectionné, les futurs propriétaires choisissent quelques détails dans une gamme assez limitée (linteaux cintrés ou droits, porte d'entrée ouvragée ou sobre…) qui leur donnent le sentiment de se différencier du voisin tout en se conformant à l'aspect habituel (volume simple, toitures en pente, ouvertures munies de volets, etc.). Les règlements d'urbanisme encouragent ce processus en favorisant l'uniformité conforme à un certain « modèle régional » prédéfini, qui ne tient pas réellement compte de la tradition culturelle du terroir, ni de l'intégration au paysage.