second Empire


Régime politique établi en France le 2 décembre 1852 par Napoléon III et qui dura jusqu'au 4 septembre 1870.
Installé après le coup d'État du 2 décembre 1851, le régime impérial fondé par Napoléon III, proclamé empereur des Français le 2 décembre 1852, repose sur la Constitution du 14 janvier 1852, modifiée par le sénatus-consulte du 7 novembre et approuvée massivement par plébiscite (21-22 novembre). Selon cette Constitution, l'empereur, chef de l'État, détient la totalité du pouvoir exécutif et l'essentiel du pouvoir législatif. Il nomme et révoque les ministres responsables devant lui seul. Il gouverne « au moyen » du Conseil d'État qui prépare les lois, du Corps législatif, composé de députés élus au suffrage universel, qui n'a ni le droit d'adresse, ni le droit d'interpellation, et du Sénat, formé de dignitaires inamovibles, gardien de la Constitution.
L'EMPIRE AUTORITAIRE (1852-1858)

Le régime impérial confisque les libertés individuelles et brise l'opposition par la terreur. Arrestations, exils, déportations frappent républicains, modérés, révolutionnaires. La droite (légitimistes, orléanistes, libéraux) est aussi victime de la répression, le bonapartisme, qui se dit ni de droite ni de gauche, voulant supprimer les partis et réconcilier les Français. La presse est muselée (décret du 17 février 1852), l'université est épurée. Les élections sont savamment organisées par l'État (découpage des circonscriptions, candidatures officielles, etc.). Jusqu'en 1857, l'opposition (8 élus au Corps législatif sur 261) refuse de prêter serment de fidélité à l'empereur et ne siège donc pas. Pourtant, le régime bénéficie d'appuis considérables : celui de l'Église, ceux de l'armée et de la police. Mais son atout maître est sa politique économique qui exploite habilement la fin de la crise ouverte en 1847-1848, et engage la France dans l'ouverture industrielle et capitaliste. Entouré d'hommes d'affaires novateurs (tels le duc de Morny, A. Fould), de saint-simoniens (M. Chevalier) et de pionniers du capitalisme (E. et I. Pereire), Napoléon III veut associer empire et progrès, autorité et modernité. Gardien de l'ordre, l'État est aussi le moteur de l'économie. Le second Empire amorce la modernisation dans quatre secteurs : le crédit, les transports, les échanges, l'urbanisation. En 1852 débute la « révolution bancaire » qui voit la création du Crédit foncier de France (1852), du Crédit Lyonnais (1863) et de la Société générale (1864). Les communications se développent considérablement avec la poste, le télégraphe électrique, les grandes compagnies maritimes (telles les Messageries maritimes, 1851) et surtout les chemins de fer : entre 1851 et 1870, la France passe de 3 600 à 18 000 km de voies ferrées, organisées en un réseau dense géré par six grandes compagnies et qui contribue à la naissance d'un marché national. Enfin, en 1853, Haussmann engage les travaux d'assainissement et d'embellissement de Paris, imité à Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille. En politique extérieure, la mission dont s'estime investi Napoléon III – restaurer la prépondérance française et construire l'Europe des nationalités – passe par la rupture de l'alliance des grandes monarchies (Autriche, Prusse, Russie) et l'abolition des traités de 1815.

Allié à la Grande-Bretagne et à l'Empire ottoman, Napoléon III sort victorieux de la guerre de Crimée (1854-1856), marquée par la prise de Sébastopol (8 septembre 1855) et achevée par le traité de Paris (30 mars 1856), qui détruit l'œuvre du congrès de Vienne. Son entrevue avec Cavour à Plombières (21 juillet 1858) permet, après les victoires de Magenta (4 juin 1859) et de Solferino (24 juin), d'entamer l'unité italienne et d'annexer Nice et la Savoie à la France (1860). Hors d'Europe, il affermit la position de la France en Algérie (conquête de la Kabylie, 1857), au Levant par le biais des missions religieuses, en Égypte, où F. de Lesseps commence le canal de Suez (1859), au Sénégal, dont Faidherbe commence la conquête (1854), et en Extrême-Orient, où il ouvre des ports de Chine à la France (1860), établit un protectorat français au Cambodge (1863) et en Cochinchine (1867).
L'EMPIRE LIBÉRAL (1858-1870)
La crise de 1858, consécutive à l'attentat d'Orsini contre l'empereur (14 janvier 1858), marque le terme de la période autoritaire du second Empire. Napoléon prend alors l'initiative de réformes libérales, sans doute pour récupérer sur la gauche les désistements provoqués par sa politique italienne chez les catholiques, et par le traité de libre-échange franco-anglais (23 janvier 1860) dans la bourgeoisie industrielle. Il amnistie les proscrits du 2-Décembre (15 août 1859) et rétablit le droit d'adresse (26 novembre 1860). La renaissance de l'opposition (32 élus au Corps législatif sur 283 en 1863) et les échecs extérieurs (Sadowa, 1866 ; expédition du Mexique, 1862-1867) le contraignent à multiplier les mesures libérales. Les grèves sont autorisées (25 mai 1864), le droit d'interpellation est rétabli (19 janvier 1867), le régime de la presse et des réunions publiques est libéralisé (9 mars et 6 juin 1868). Ces mesures ne font que renforcer l'opposition qui remporte un succès aux élections de 1869 à gauche comme à droite (30 républicains, 40 monarchistes). Le « tiers parti », conduit par Thiers et É. Ollivier, qui accepte l'Empire mais veut mettre fin au pouvoir personnel, est alors placé en position d'arbitre (116 élus). Le 2 janvier 1870, Napoléon III fait appel à É. Ollivier, qui forme un ministère et élabore la « Constitution de l'Empire libéral à virtualité parlementaire » (20 avril 1870) : si les ministres sont désormais responsables devant les députés, ils le sont encore devant l'empereur. Massivement approuvée par plébiscite (8 mai), cette nouvelle constitution paraît fonder l'Empire une seconde fois.
LA CHUTE DE L'EMPIRE

Mais, tandis qu'à l'intérieur se multiplient les grèves, dues au malaise économique, et les manifestations républicaines, Napoléon III, dupé par Bismarck dans l'affaire de la candidature du prince de Hohenzollern au trône d'Espagne (dépêche d'Ems, 13 juillet 1870), s'engage, sans appui diplomatique et sans préparation militaire, dans une guerre contre la Prusse (19 juillet) [→ guerre franco-allemande]. Un mois de revers (août-septembre) s'achève par la capitulation de Sedan (2 septembre), où l'empereur est fait prisonnier. Ce désastre provoque l'effondrement de l'Empire. Le 4 septembre, le peuple parisien, conduit par les députés républicains, impose la déchéance de Napoléon III, la proclamation de la République et la formation d'un gouvernement de la Défense nationale.