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Darius Milhaud

Darius Milhaud
Darius Milhaud

Compositeur français (Marseille 1892-Genève 1974).

La vie et la carrière

D'une très ancienne famille d'israélites comtadins, il s'est défini « Français de Provence et de religion israélite », son inspiration sera constamment placée sous le signe de cette double appartenance. Précocement doué pour la musique, il put s'y consacrer de bonne heure grâce à la compréhension de ses parents. Au cours de ses études au Conservatoire de Paris, marquées par divers conflits avec ses maîtres, car son goût de la polytonalité s'affirmait déjà, il se lia d'amitié avec Arthur Honegger, qui fréquentait comme lui la classe d'André Gédalge. Mais il travailla également avec Charles Widor et Vincent d'Indy. Il aborda dès l'âge de dix-huit ans les entreprises de grande envergure et se lia d'amitié avec Francis Jammes et Paul Claudel. Le premier lui inspira de nombreuses mélodies et son premier opéra, la Brebis égarée (1910-1915), tandis que de sa collaboration avec le second, inaugurée dès 1913, allaient naître quelques-unes de ses œuvres les plus considérables : l'Orestie (1913-1922), l'Homme et son désir (1918), Protée (1919), Christophe Colomb (1928), la Sagesse (1935), diverses cantates, et jusqu'à la Symphonie pour l'univers claudélien (1968). Le puissant tempérament épique de Claudel s'accordait à merveille avec le goût de Milhaud pour les grandes fresques, et cette collaboration féconde entre un poète catholique et un musicien israélite illustre leur commune hauteur d'esprit. Mais Milhaud s'inspira aussi d'André Gide (Alissa, 1913-1931 ; le Retour de l'enfant prodigue, 1917) et surtout de son cousin, le poète provençal Armand Lunel (les Malheurs d'Orphée, 1924 ; Esther de Carpentras, 1925 ; David, 1952).

Dès 1915, avec les Choéphores (seconde partie de l'Orestie), il commença à prospecter systématiquement les ressources de la polytonalité, dont il fut le pionnier le plus conséquent. Il en acquit auprès du public une réputation de « fauve » qui n'a jamais complètement disparu, et sa réussite populaire n'égala jamais celle d'Honegger ou de Poulenc, malgré la générosité de sa veine mélodique. En 1920, il se joignit au groupe des Six : ce fut l'époque de ses plus grands scandales (Protée 1919, 1re audition en 1920 ; Cinq Études pour piano et orchestre, 1920, 1re audition en 1921 ; la Création du monde, 1923. La joyeuse pochade du Bœuf sur le toit (1919, création en 1920) lui valut pour longtemps la fâcheuse réputation d'un bouffon et d'un musicien comique, alors qu'on méconnaissait ses œuvres capitales : c'est ainsi que les Euménides, terminées en 1922, ne connurent leur première audition (au concert) que trente ans plus tard, en novembre 1949, à Bruxelles.Dès lors, la vie de Milhaud se confondit avec son œuvre, qui prit une grande ampleur : seule la maladie put parfois mettre un frein à la création. En effet, à partir de 1926, Milhaud souffrit dans une mesure sans cesse croissante de terribles rhumatismes, qui finirent par en faire un infirme.

En 1940, le compositeur dut chercher refuge aux États-Unis, où on lui confia une chaire de composition à Mills College (Oakland, Californie). De 1947 à 1962, il partagea son temps à égalité entre l'ancien et le nouveau monde, enseignant alternativement à Mills College et au Conservatoire de Paris, d'où il ne prit sa retraite qu'en 1967.

Parmi les compositeurs de ce siècle, Milhaud ne le cède qu'à Villa-Lobos quant à la fécondité : à quatre-vingts ans, en possession d'une puissance créatrice intacte, il a allègrement dépassé l'opus 450 ! Abordant tous les genres, cette production est forcément inégale, mais chez l'authentique Latin qu'est Milhaud, abondance n'est synonyme ni de prolixité ni de démesure, et ses œuvres s'en tiennent toujours à des dimensions normales. L'inspiration, à la fois provençale et juive, de Milhaud est celle d'un lyrique méditerranéen, pour lequel « la Provence s'étend de Constantinople à Buenos Aires, avec Aix pour capitale ». L'Amérique latine prend en effet une place très importante dans son œuvre, particulièrement le Brésil, à la suite du séjour qu'il y effectua en 1917-1918 comme secrétaire de Paul Claudel, alors ambassadeur de France. De ce voyage naquirent notamment l'Homme et son désir, dont la disposition spatiale de divers groupes vocaux et instrumentaux ainsi que l'émancipation de la percussion anticipent audacieusement sur les recherches actuelles, le Bœuf sur le toit, les exquises Saudades do Brasil (1920-1921), d'une si poétique écriture polytonale, etc.

Mélodiste-né, Milhaud excelle à inventer des thèmes d'une courbe franche et saine, d'une structure essentiellement tonale et même diatonique, se prêtant admirablement à l'élaboration polyphonique, le plus souvent polytonale. Mais la polytonalité de Milhaud est également d'ordre purement harmonique (d'où son fameux « contrepoint d'accords »), le musicien y trouvant « plus de violence dans la force et plus de subtilité dans la douceur ». Le langage rythmique est simple, la périodisation presque aussi symétrique que chez les classiques ; l'orchestration, franche de couleur jusqu'à la crudité, recherche les timbres purs et ne devient parfois opaque que par la densité extrême de la matière polyphonique. Cet art lumineux, aux antipodes du chromatisme germanique (l'aversion de Milhaud pour Wagner et Brahms est légendaire !), se situe tout naturellement dans la grande tradition française de Couperin, de Rameau, de Berlioz, de Bizet et de Chabrier, dont se réclame le compositeur : c'est l'une des manifestations les plus considérables de la musique non sérielle de notre époque. L'œuvre de Milhaud exprime une profonde sérénité, une paix intérieure, d'autant plus admirables qu'elles émanent d'un être physiquement torturé. Excellent dans la traduction de l'allégresse, de la tendresse intime et de la poésie pastorale, elle garde, lors même qu'elle se hausse à une horreur tragique digne de l'Antiquité grecque, une sorte de noblesse olympienne opposée à tout expressionnisme subjectif ou trop « engagé ».

À la scène, Milhaud a donné une quinzaine d'opéras d'importance et de dimensions très diverses, allant des savoureux Opéras-minutes (1927) aux deux grandes trilogies : l'Orestie et la trilogie sud-américaine se composant de Christophe Colomb, l'un de ses chefs-d'œuvre, de Maximilien (1930) et de Bolivar (1942). David est d'égale envergure, de même que Saint Louis (1971), tandis que les Malheurs d'Orphée, Esther de Carpentras ou le Pauvre Matelot (1926) figurent de parfaites réussites dans le cadre plus restreint de l'opéra de chambre. Une douzaine de ballets couvre toute la carrière du musicien. Ici se trouvent quelques-unes de ses pages les plus célèbres : l'Homme et son désir, le Bœuf sur le toit, la Création du monde, l'une des adaptations les plus personnelles du jazz dans la musique européenne de l'époque, etc. Milhaud a écrit de très nombreuses pages chorales : cantates, oratorios (dont le Cantique de la sagesse et la symphonie Pacem in terris sont les plus importants), ainsi qu'une quantité de pages pour voix seule : cantates, cycles de mélodies avec orchestre ou piano. La musique d'inspiration juive, destinée au culte (Service sacré, 1947), au concert (Poèmes juifs, 1916 ; Six Chants populaires hébraïques, 1925) ou même à la scène (Esther de Carpentras, David), occupe une place toute particulière et comporte quelques-unes des œuvres les plus émouvantes et les plus profondes de Milhaud. Quant à la musique instrumentale, innombrable, elle comprend notamment douze symphonies, une trentaine d'œuvres concertantes, des pages symphoniques diverses, suites, sérénades, ouvertures, divertissements (citons particulièrement la Suite provençale de 1936 et la Suite française de 1944). La musique de chambre, outre quelques sonates et trios, nous offre surtout un ensemble de dix-huit quatuors à cordes, aussi unique dans la musique française que celui des symphonies, quatre quintettes, un sextuor et un septuor à cordes, de nombreuses pages pour instruments à vent (dont la savoureuse Cheminée du roi René, de 1939) ainsi que les six Symphonies-minutes, écrites entre 1917 et 1923 pour petits ensembles de solistes. Des pages pour piano et pour orgue complètent ce très riche catalogue.

Les œuvres principales de D. Milhaud

Opéras

La Brebis égarée (1910-1915 ; création en 1923) ; l'Orestie, trilogie (1913-1922) ; les Malheurs d'Orphée (1924 ; création en 1926) ; Esther de Carpentras (1925 ; création en 1938) ; le Pauvre Matelot (1926 ; création en 1927) ; Trois Opéras-minutes (1927-1928) ; Christophe Colomb (1928 ; création en 1930) ; Maximilien (1930 ; création en 1932) ; Médée (1938 ; création en 1939) ; Bolivar (1942 ; création en 1950) ; David (1952) ; Fiesta (1958) ; la Mère coupable (1965 ; création en 1966) ; Saint Louis (1971).

Ballets

L'Homme et son désir (1918 ; création en 1921) ; le Bœuf sur le toit (1919 ; création en 1920) ; la Création du monde (1923) ; Salade (1924) ; le Train bleu (1924) ; les Songes (1933) ; Moïse (1940) 1er audition en 1943) ; 'adame Miroir (1948) ; les Rêves de Jacob (1949) ; la Cueillette des citrons (1950) ; Vendanges (1952) ; etc.

Cantates et oratorios

Le Retour de l'enfant prodigue (1917 ; 1er audition en 1922) ; le Cantique de la sagesse (1935 ; 1er audition en 1945) ; le Château du Feu (1954 ; 1er audition en 1955) ; la Tragédie humaine (1958) ; Cantate de la Croix de charité (1960) ; Invocation à l'ange Raphaël (1962) ; Pacem in terris, symphonie chorale (1963) ; etc.

Musique religieuse

3 psaumes (1918-1921) ; Liturgie comtadine (1933 ; 1er audition en 1934) ; Service sacré (1947 ; 1er audition en 1949) ; Cantate des psaumes (1967) ; etc.

Chœurs a cappella

La Mort d'un tyran (1932 ; 1er audition en 1933) ; Cantate de la paix (1937 ; 1er audition en 1938) ; les Deux Cités (1937) ; Quatrains valaisans (1935 ; 1er audition en 1948) ; Cantate de la guerre (1940 ; 1er audition en 1947) ; Six Sonnets composés au secret (J. Cassou, 1946 ; 1er audition en 1947) ; Naissance de Vénus (1949) ; etc.

Mélodies

Alissa (A. Gide, 1913-1931) ; Poèmes juifs (1916 ; 1er audition en 1920) ; Poèmes de Francis Jammes (4 recueils, 1910-1918 ; 1er audition en 1919) ; les Soirées de Pétrograd (1919) ; Machines agricoles (1919 ; 1er audition en 1920) ; Catalogue de fleurs (1920 ; 1er audition en 1922) ; Six chants populaires hébraïques (1925) ; Quatre Chansons de Ronsard (1941) ; etc.

Symphonies

12 symphonies de 1939 à 1961, dont : n° 3 avec chœurs, Te Deum (1946 ; 1er audition en 1947) ; n° 4,, 1848 (1947 ; 1er audition en 1948) ; n° 8, Rhodanienne (1957) ; n° 11, Romantique (1960) ; n° 12, Rurale (1961 ; 1er audition en 1962). En outre : Symphonie pour l'univers claudélien (1968).

Concertos

Une trentaine, dont 5 pour piano (1933-1955) ; 2 pour 2 pianos (1941-1961) ; 3 pour violon (1927-1958) ; 2 pour violoncelle (1934-1945) ; 2 pour alto (1929-1955) ; 1 pour clarinette (1941 ; 1er audition en 1946) ; 1 pour hautbois (1957 ; 1er audition en 1958) ; 1 pour harpe ; (1953 ; 1er audition en 1954) ; 1 pour clavecin (1964) ; 1 pour percussion (1930) ; 1 pour flûte et violon (1939 ; 1er audition en 1940) ; en outre, nombreuse pages concertantes diverses, dont : Cinq Études pour piano et orchestre (1920 ; 1er audition en 1921) ; le Carnaval d'Aix, pour piano et orchestre (1926) ; 4 concertinos des Saisons, pour formations diverses de chambre (1934-1953) ; etc.

Œuvres diverses pour orchestre

2e suite symphonique, Protée (1919 ; 1er audition en 1920) ; Sérénade (1921) ; Saudades do Brasil (1921) ; Suite provençale (1936 ; 1er audition en 1937) ; Suite française (1944 ; 1er audition en 1945) ; Symphoniette pour cordes (1957) ; Symphonie concertante (1959) ; Promenade-concert (1967) ; la série des « Musiques pour… » différentes villes ; etc.

Musique de chambre

Concert de chambre pour 11 instruments (1961 ; 1er audition en 1962) ; Aspen Serenade pour 9 instruments (1957) ; 6 petites symphonies pour diverses formations de chambre (1917-1923) ; septuor à cordes (1964) ; sextuor à cordes (1958 ; 1er audition en 1959) ; 4 quintettes (1951-1956) ; la Cheminée du roi René, pour quintette à vent (1939 ; 1er audition en 1941) ; 18 quatuors à cordes (1912-1951), dont le 3e avec chant (1916 ; 1er audition en 1956), les 14e et 15e (1949), exécutables simultanément en octuor ; quatuors divers avec piano ; trio à cordes (1947) ; nombreux duos, sonates et sonatines pour divers instruments ; etc.

Piano

2 sonates (1916 ; 1er audition en 1920 et 1949) ; nombreux recueils ; pour 2 pianos : Scaramouche (1937) ; le Bal martiniquais (1944 ; 1er audition en 1945), etc. ; pour 4 pianos : Paris (1948).

Orgue

Sonate (1931 ; 1er audition en 1932) ; 9 préludes (1942 ; 1er audition en 1948) ; etc.