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Couperin

François Couperin
François Couperin

Dynastie française d'organistes, clavecinistes et compositeurs originaires de la Brie.

UNE FAMILLE DE MUSICIENS

Ces musiciens, qui ont vécu pour la plupart à Paris, sont issus de la Brie, leurs ancêtres ayant été praticiens et organistes dans la cité de Chaumes-en-Brie. Ils ont conservé des attaches avec cette terre natale tout au cours du xviiie s., et c'est parce que certains d'entre eux ont été distingués par un grand seigneur musicien briard, Jacques Champion dit de Chambonnières, qu'ils ont eu la faveur de venir exercer leur art à quelques pas de l'Hôtel de Ville de Paris, dans l'église Saint-Gervais, où ils se sont succédé.

L'organiste de l'abbaye de Chaumes-en-Brie, Charles Ier (?-avant 1662), eut parmi ses enfants trois fils : Louis, François et Charles II, qui vinrent- aux dires de Titon du Tillet- offrir un jour à Chambonnières une aubade pour sa fête : cela se passait vers 1650. Louis (Chaumes-en-Brie avant 1626-Paris 1661), nommé en 1653 organiste de Saint-Gervais, compose pour l'orgue à Paris dès 1651, fréquente les châteaux de Meudon au service d'Abel Servien ; joueur de viole, il reçoit une charge d'ordinaire de la musique du roi et participe, dès 1656, à certains ballets de cour. Il suit la musique royale, qui est envoyée dans le Midi pour le mariage du roi, et l'on trouve sa trace à Toulouse en 1659. C'est entre 1651 et 1661 qu'il écrit ses soixante-sept pièces d'orgue, ses cent trente pages de clavecin, ses deux fantaisies pour deux violes et ses trois symphonies. Pour avoir sans doute rencontré à Paris, en 1652, l'élève de Frescobaldi, Froberger, pour avoir profité plus que d'autres du mouvement italianisant en France, cet élève de Chambonnières colore ses pièces lentes de dramatiques dissonances, et ses quatorze préludes libres relèvent déjà d'une technique baroque annonçant le préromantisme. Son art se situe, pour l'orgue, entre Titelouze, Racquet et Roberday, pour le clavecin, entre Chambonnières et Lebègue.

Son frère François (Chaumes-en-Brie vers 1630-Paris après 1708), claveciniste et organiste, semble s'être occupé d'éducation musicale et s'être intéressé à la facture des instruments. Il est l'ancêtre de toute la dynastie des Couperin qui succéderont à son neveu, François le Grand. Il laissa une fille chanteuse, Marguerite Louise (Paris vers 1676-Versailles 1728), qui entra dans la musique royale en 1702, et un fils, Nicolas (Paris 1680-Paris 1748), musicien du comte de Toulouse, qui devait succéder à son cousin François le Grand à Saint-Gervais en 1723. Nous retrouverons plus loin la descendance de ce musicien.

Frère de Louis et de François Ier, Charles II (Chaumes-en-Brie 1638-Paris 1679) fut nommé organiste de Saint-Gervais en 1661, après la mort de Louis. Il était entré au service de la duchesse d'Orléans (la Palatine), se faisait appeler sieur de Crouilly et avait épousé Marie Guérin, fille d'un ancien barbier de la Grande Écurie.

COUPERIN LE GRAND

La vie

François II dit le Grand (Paris 1668-Paris 1733) passa toute son existence à Paris. Orphelin de père à onze ans, il a peut-être travaillé avec Thomelin, organiste de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, et Michel Richard Delalande, qui, dès 1679, tenait l'orgue de Saint-Gervais pour conserver cet office à la famille Couperin : il devait léguer cette charge à François le jour de ses dix-huit ans. À vingt ans (1689), François épousa Marie Anne Ansault, qui lui donna quatre enfants.

Nommé organiste de Saint-Gervais en 1685, François II fait une carrière fulgurante à la Cour. En 1690, il avait obtenu, par l'intermédiaire de Delalande, un privilège pour publier ses deux messes d'orgue (privilège dont il ne devait d'ailleurs pas profiter). Après concours, en 1693, Louis XIV le désigne pour être organiste de sa chapelle, et il est appelé à enseigner le clavecin au duc de Bourgogne et à six des princes et princesses qui entourent le roi. Il se fait entendre à Saint-Germain-en-Laye comme à Versailles, Fontainebleau et Saint-Maur. Il est alors appelé sieur de Crouilly. Sa clientèle est nombreuse à la Cour, et le roi, rentrant de Fontainebleau, va même jusqu'à lui confier la composition de petits motets. Dans les dernières années du règne de Louis XIV, Couperin le Grand compose les concerts destinés à être interprétés à Versailles devant la famille royale. Il recueille, en 1717, la survivance de D'Anglebert comme ordinaire de la musique pour le clavecin. Il a beaucoup d'élèves, tant dans le monde de l'aristocratie que parmi les organistes, et résume pour eux son enseignement dans des Règles pour l'accompagnement et dans l'Art de toucher le clavecin. Il confie à son cousin germain Nicolas la tribune de Saint-Gervais en 1723 et cède, en 1730, la survivance de sa charge d'organiste de la musique du roi à Guillaume Marchand.

Sa vie, qui s'écoule entre Paris et la cour de Versailles- sauf entre 1715 (mort de Louis XIV) et 1722 (retour de Louis XV au château de ses ancêtres)-, se confond avec son œuvre. Mais cette œuvre tombe vite dans un oubli de plus d'un siècle, jusqu'au jour où Jean-Bonaventure Laurens, qui se disait « antiquaire musical », publie, en 1841, une anthologie de ses pièces de clavecin. C'est Brahms et Friedrich Chrysander qui éditeront toute l'œuvre en 1886-1888, et c'est une Australienne, Mrs.Dyer, qui devait prendre l'initiative, en 1933, d'une édition générale de l'œuvre vocale et instrumentale de Couperin.

L'œuvre

La musique religieuse

Outre quelques airs sérieux, brunettes et chansons à boire à une, deux ou trois voix, Couperin a laissé de nombreuses pages de musique religieuse à deux et trois voix traitées la plupart du temps sous la forme du motet ou de la cantate. Certaines de ces partitions sont datées des années 1704-1705 : elles avaient été écrites sur l'ordre du roi pour être chantées à Versailles ou à Fontainebleau. Parmi ces œuvres, citons le Laudate Dominum, le Venite, exultemus, le motet de sainte Suzanne, la cantate Victoria, toute musique visant à une agréable fusion entre le beau chant français et les accents plus humains, les airs de vitesse des partitions italiennes. De cet ensemble de musique religieuse se détachent trois Leçons de ténèbres, écrites pour une abbaye de femmes des environs de Paris, les deux premières à une voix et la troisième à deux voix : cette dernière, qui traite en rondeau les lettres hébraïques de chaque verset des leçons, apparaît, avec sa basse chiffrée et ses recherches harmoniques de style madrigalesque, comme une des plus hautes inspirations lyriques de l'organiste de la chapelle royale.

Avant d'accéder à ce sanctuaire, Couperin, dès l'âge de vingt ans, s'était essayé à de courts versets d'orgue groupés sous deux rubriques : Messe propre pour les convents de religieux et religieuses et Messe à l'usage ordinaire des paroisses pour les fêtes solennelles. Ces deux groupements s'opposent par le style et la couleur. Pour les couvents, Couperin restreint sa palette à la tonalité unique de sol majeur ; les versets destinés au commentaire des prières de l'ordinaire, de même que l'offertoire et l'élévation, font alterner méditations tendres ou élégiaques dans un climat d'aimable facilité. Dans la messe destinée aux paroisses, Couperin paraphrase le thème grégorien du Kyrie « Cunctipotens » ; il écrit de courtes fugues ; de verset en verset, il se permet de passer d'une tonalité à une autre. En bref, il agrandit considérablement son horizon, jusqu'à composer un offertoire tripartite où il donne des preuves irréfutables de sa technique compositionnelle et de sa haute virtuosité. On imagine facilement que ce dernier recueil a retenti souvent à Versailles, le roi ayant de bonne heure montré une sympathie particulière à celui qu'il avait choisi pour l'un des organistes « par quartier » de sa chapelle, dès 1693.

La musique de cour

Vingt ans plus tard, nous le retrouverons auprès du vieux monarque, composant, pour soulager les misères physiques ou morales de celui-ci, quatre Concerts royaux pour instruments (flûte, hautbois ou violon, viole de gambe ou basson, autour d'un clavecin), auxquels il adjoindra dix autres concerts, intitulant le tout, lors de la publication qu'il devait en assurer en 1722-1724, les Goûts réunis.

Passant de la musique pure à la musique évocatrice, voire pittoresque ou à programme, Couperin, qui avait souhaité parvenir à une fusion entre l'esthétique française et l'esthétique italienne, a entendu rendre un égal hommage, par deux grandes sonates à trois, dites « Apothéoses », aux héros de chaque école : Lully (1724) et Corelli (1725). L'année suivante (1726), sous le titre les Nations, il reprend trois des premières sonates qu'il avait composées en sa jeunesse (1692-1693) et il les dénomme la Française, l'Espagnole, la Piémontaise : œuvres auxquelles il ajoutera la sonate dite l'Impériale. Chacun de ces quatre « ordres » groupe les anciennes sonates augmentées de suite de danses d'un grand intérêt polyphonique. Si le temps lui en avait été laissé, il est à penser qu'il aurait fait figurer, dans un second livre, les sonates retrouvées plus tard, comme la Superbe ou la Steinkerque (celle-ci faisant allusion aux bruits de guerre de la bataille qui porte ce nom) ainsi que la magistrale sonate à quatre dite la Sultane, qu'il dut écrire à l'intention de la duchesse de Bourgogne, à l'occasion du bal où celle-ci parut costumée en sultane.

À la fin de sa vie, et comme pour rendre un témoignage aux plus illustres de ses collègues touchant la viole de gambe (Marin Marais, Antoine Forqueray), Couperin devait verser au répertoire de cet instrument deux suites magnifiques pour une ou deux violes. C'est dans l'une d'elles que l'on trouve cette célèbre Pompe funèbre, l'un des plus purs et déchirants « tombeaux » qui soient.

Le grand maître du clavecin

Mais l'essentiel du message de Couperin réside surtout dans les deux cent quarante pièces qu'il a laissées pour le clavecin, et dont les premières remontent sans doute aux années 1692-1695, durant lesquelles le prince commençait à lui confier l'éducation musicale de ses enfants. Cette œuvre, qu'il double, en 1716, d'une méthode intitulée l'Art de toucher le clavecin (livre s'enrichissant de préludes donnés là à titre d'exemples), groupe quatre livres réunissant vingt-sept « ordres » : nom emprunté par l'auteur à l'histoire sociale de son temps, et qu'il préférait sans doute au terme suite. Ces livres parurent en 1713, 1717, 1722 et 1730. Chacune de ces pièces constitue un tout dont la perfection formelle et technique est à l'égal du sentiment et de l'esprit qui les animent. Binaire, chacune de leurs deux parties s'arrête à la barre de reprise ; il s'y adjoint parfois une petite coda en écho, qui peut reprendre certaines formules cadentielles de la dernière partie. Les premières créations de Couperin épousent encore la forme de l'allemande, de la courante, de la sarabande et du menuet. Puis l'auteur abandonne l'intitulé chorégraphique pour se faire le serviteur attendri ou naïf, ironique ou espiègle de la pièce de caractère, du portrait psychologique ou de la page pittoresque. Cela ne l'empêchera pas d'apercevoir ou de brosser des fresques comme les Fastes de la grande et ancienne ménestrandise ou les Folies françaises, dans lesquelles il peint, sur une basse contrainte, les dominos masqués et agrémentés de différentes couleurs qu'il a vu tourner à la ville.

Car il est d'abord musicien citadin, se promenant dans le Marais en regardant passer les Notables, la Commère, la Laborieuse, en assistant au travail de la Fileuse, en se laissant prendre aux agaceries du Tour de passe-passe ou en écoutant sonner le Réveil matin.

Homme qui aime la campagne et possède une maison à Saint-Germain-en-Laye, il se promène de Choisy à Taverny et sait apprécier les richesses, les points de vue, les parfums de la nature (les Vergers fleuris, les Gazouillements, le Point du jour, les Petits Moulins à vent, les Papillons, le Moucheron, les Petites Crémières de Bagnolet), et, si son œil perçoit l'Anguille qui file dans la rivière, son oreille entend bourdonner les Abeilles, chanter les Fauvettes plaintives, la Linotte effarouchée ou le Rossignol en amour.

Musicien de cour, en service à Versailles, il nous livre des portraits royaux sous le titre l'Auguste, la Majestueuse, l'Unique. Il évoque des personnages de la Cour (la Bourbonnaise, la Charolaise, la Conti, la Muse de Monaco, la Princesse de Sens). Il chante l'arrivée de Louis XV (les Lys naissants), il honore la Régente ou la Minerve, enfin la Princesse Marie.

Familier de la commedia dell'arte, il vit au temps de Watteau et dessine comme lui les Bacchantes, le Carillon de Cythère, l'Arlequine ou les Dominos. Il se plaît à définir les sentiments en passant des Charmes aux Langueurs tendres, de la Muse plantine aux Regrets. Poète, il se crée toute une métaphysique lorsqu'il analyse les Ombres errantes, l'Âme en peine ou les Barricades mystérieuses. Écrite à trois voix, chaque pièce est agrémentée d'ornements qui font rebondir l'une quelconque de ces trois parties ou qui pimentent l'harmonie. Contrairement à ce que l'on dit, Couperin ne se complaît pas dans la miniature ou le tableautin. Il lui suffit de quelques mesures (l'Unique) pour atteindre la majesté, et il côtoie la grandeur louis-quatorzienne dans la passacaille en si mineur ou la chaconne intitulée l'Amphibie. Pour Couperin, le classicisme obéit à des constantes d'équilibre et de concision qui laissent toujours place à la fantaisie.

LES DESCENDANTS DE COUPERIN LE GRAND

Parmi les filles de Couperin le Grand, citons Marie Madeleine, née à Paris en 1690, morte à l'abbaye de Maubuisson, où elle était organiste, en 1742, et Marguerite Antoinette (Paris 1705-1778), qui eut la charge de claveciniste de la Cour en 1730, comme survivancière de son père. Virtuose célèbre, celle-ci reçut, comme son père, l'emploi de maître de clavecin des Enfants de France.

Armand Louis (Paris 1727- Paris 1789), fils de Nicolas, succéda à son père à Saint-Gervais et tint différentes orgues de Paris. Il avait épousé Élisabeth Blanchet, fille du facteur de clavecins. Son œuvre groupe des pièces de clavecin, des sonates de chambre, des motets et des cantatilles. Ses deux fils Pierre Louis (Paris 1755- Paris 1789) et Gervais François (Paris 1759- Paris 1826) lui succédèrent à Saint-Gervais, sans laisser dans l'histoire de la musique des œuvres de valeur. Ce dernier a vécu la période révolutionnaire propice à la romance, aux transcriptions, aux variations, aux symphonies beaucoup plus qu'aux pièces d'orgue.

Céleste (Paris 1793- Paris 1860), la fille de Gervais François, est la dernière à avoir porté le nom de Couperin. Elle a tenu pendant quelques années l'orgue de Saint-Gervais.