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Francisco Franco

Général et homme d'État espagnol (El Ferrol 1892-Madrid 1975).

1. Une carrière militaire

Ce Galicien est le second des cinq enfants de Nicolás Franco, trésorier de marine, et de Pilar Bahamonde, femme effacée et pieuse issue d'une famille de marins. En 1907, ne pouvant s'inscrire à l'école navale à laquelle il se destinait, Francisco Franco Bahamonde entre à l'école d'infanterie de Tolède, où il reste jusqu'en 1910. Deux ans plus tard, il réussit à se faire envoyer au Maroc, où il est nommé lieutenant des troupes indigènes. En 1916, il est promu au grade de commandant et reçoit la médaille militaire. Rentré dans la Péninsule, il participe, sous les ordres du général Burguete, à la répression de la grève des mineurs asturiens (1917).

En 1923, il épouse Carmen Polo, fille d'un riche commerçant d'Oviedo, qui lui donnera un enfant, la future marquise de Villaverde. Jusqu'en 1926, Franco commande la Légion étrangère contre Abd el-Krim et met fin à la guerre du Rif. Un décret royal fait de lui le plus jeune général espagnol (1926).

Sous la dictature du général Miguel Primo de Rivera, Franco est placé à la tête de l'école militaire de Saragosse, mais, cet établissement ayant été supprimé par la seconde République (1931), il doit aller assumer le commandement aux Baléares (1933). Il joue encore un rôle actif dans la seconde répression de la grève des mineurs asturiens (octobre 1934), que lui a confiée le ministre de la Guerre Diego Hidalgo. En 1935, José Gil Robles, détenteur du portefeuille de la Guerre, veut renforcer l'armée et choisit alors Franco comme chef d'état-major. Toutefois, celui-ci ne conserve pas longtemps ces fonctions, car l'élection du Front populaire (février 1936) le relègue au poste de commandant général des troupes aux Canaries.

2. Le vainqueur de la guerre civile

Les 17 et 18 juillet 1936 éclate un coup d'État nationaliste. Franco publie aussitôt un manifeste en sa faveur à Las Palmas et, à la suite de l'accident d'avion qui coûte la vie au général José Sanjurjo, promoteur du soulèvement militaire, il prend la tête des opérations. Il s'envole pour Tétouan, s'assure le contrôle du Maroc espagnol, puis regagne la Péninsule.

À la fin du mois de juillet, l'Espagne est coupée en deux : le Nord et l'Ouest, dominés par les nationalistes, le Sud et l'Est (hormis quelques villes comme Séville et Cordoue et la région de Cadix), aux mains des républicains.

Tandis que l'armée du Nord est confiée au général Emilio Mola (qui se tue en avion neuf mois plus tard), la Junte de défense militaire, créée par les insurgés à Burgos, nomme Franco généralissime et chef du gouvernement (29 septembre), décisions rendues publiques le 1er octobre 1936. Quelques mois plus tard, Franco est proclamé Caudillo, et le décret du 30 janvier 1938 en fait le chef de l'État, du gouvernement et de l'armée.

Soutenu par la Phalange de José Antonio Primo de Rivera et par les forces de l'Allemagne hitlérienne (→ Guernica), Franco entre à Madrid le 28 mars 1939 et obtient la reddition sans condition des chefs républicains. Il parvient à réunir sous sa coupe monarchistes, phalangistes, carlistes (→ carlisme) et militaires. L'opposition est bannie et la répression sévère.

Pour en savoir plus, voir l'article guerre civile d'Espagne.

3. Entre soutien aux régimes nazi et fasciste, et neutralité

Considérant l'épuisement de l'Espagne au lendemain de la guerre civile, Franco préfère se maintenir dans la neutralité au début de la Seconde Guerre mondiale, bien qu'il croie, à cette époque, à la victoire des régimes nazi et fasciste – l'Allemagne et l'Italie ont été les premières à reconnaître son gouvernement (1936).

En 1940, il rencontre Hitler à Hendaye et occupe Tanger. En février 1941, il est l'hôte de Pétain. En 1941 il envoie une division de volontaires – la Division bleue (División azul) – combattre sur le front oriental contre les Soviétiques.

Mais il revient bientôt à la neutralité et évacue Tanger. Ce revirement ne suffit pas à lui gagner la faveur des Alliés, et, le 12 décembre 1946, à l'instigation des Soviétiques, l'assemblée générale des Nations unies recommande aux pays membres de rappeler leurs ambassadeurs en poste à Madrid.

4. La consolidation du pouvoir

Fragilisé tant sur la scène extérieure qu'intérieure, le Caudillo concentre tous les pouvoirs dans ses mains, soutenu par un parti unique aux composantes disparates – le Movimiento Nacional (Mouvement national). Il gouverne avec l'appui de l'armée, de l'Église catholique d'Espagne, de la Phalange et des grands propriétaires.

En 1942, il met en place les Cortes, assemblée dont les représentants sont nommés par le gouvernement ou élus par les corporations.

Le 26 juillet 1947, la loi de succession, stipulant que l'Espagne est une monarchie dont Franco est le chef habilité à nommer son successeur quand il le jugera opportun, est approuvée par référendum. Le général Franco choisit ses ministres en appliquant un habile système de bascule entre les différents groupes qui l'appuient.

5. Fin de l'isolement au plan international

Cherchant à rompre l'isolement de l'Espagne sur la scène internationale, Franco profite du déclenchement de la guerre froide, au tournant des années 1950, pour la réintégrer dans le concert des nations.

En effet, les États-Unis et la Grande-Bretagne considèrent que l'Espagne, dont la stabilité politique est garantie par la ferme autorité de Franco, constitue le meilleur rempart contre le communisme. Cette conviction débouche sur la signature d'un accord hispano-américain : en 1953, le Caudillo accepte l'établissement sur le sol espagnol de bases nord-américaines et reçoit en contrepartie une aide substantielle des États-Unis. Cet accord est renouvelé en 1958, puis en 1969, et suivi d'un « accord d'amitié » en 1970.

En 1953, Franco signe avec le Vatican un concordat qui rétablit ce qui avait été aboli par la République et resserre donc les liens entre l'Église et l'État. En 1955, l'Organisation des Nations unies (ONU) accueille l'Espagne parmi ses membres, suivie, en 1958, par l'Organisation européenne de coopération économique (OECE).

En 1956, devant le nationalisme grandissant au Maroc, Franco renonce au protectorat espagnol sur ce pays et ne conserve que Ceuta, Melilla, la Guinée équatoriale (indépendante en 1968), et l'enclave d'Ifni (rendue aux Marocains en 1969).

6. Le redressement économique

Face à la contestation qui gagne, à partir du milieu des années 1950, la société espagnole contrainte au rationnement et à l'émigration pour bénéficier du bien-être dont jouissent les pays voisins, Franco met un terme à l'autarcie et au dirigisme d'État en vigueur depuis près de vingt ans et promeut l'industrialisation rapide du pays.

À partir de 1965 environ, le développement économique – rendu possible par des années de paix, la participation à la vie internationale et l'apport des capitaux étrangers – commence à se faire sentir. L'émigration a tendance à se stabiliser, et l'afflux des touristes joue un rôle non négligeable.

Franco fait de plus en plus appel, au détriment de la Phalange, qui a légalement disparu en 1967, aux technocrates de l'Opus Dei, dont les objectifs essentiels sont précisément l'expansion et l'ouverture sur l'Europe (signature avec le Marché commun d'un accord commercial préférentiel, 1970).

7. Un régime contesté

Sur le plan politique, Franco ne consent qu'à une timide libéralisation.

En 1959, il fait preuve d'un certain esprit de conciliation en déclarant que les exilés et réfugiés politiques peuvent rentrer s'ils le désirent.

La loi organique de l'État du 22 novembre 1966 (promulguée en janvier 1967) institue la séparation des fonctions de chef de l'État et de chef de gouvernement, augmente le nombre de députés aux Cortes, renforce l'institution monarchique, crée le poste de député local et envisage la possibilité de créer des associations politiques.

La loi sur la presse de 1966 supprime la censure préalable. Le 22 juillet 1969, les Cortes approuvent à une majorité écrasante la désignation du prince don Juan Carlos de Bourbon comme futur successeur de Franco en qualité de roi.

Le régime incarné par le Caudillo est alors l'un des plus contestés qui soient, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur : Franco est, en effet, considéré par les uns comme un dictateur pérennisant des méthodes condamnées par les démocraties modernes, par les autres comme étant le seul homme capable d'assurer à l'Espagne, encore marquée par les séquelles d'une atroce guerre civile, son intégration dans l'Europe.

En juin 1973, Franco laisse à l'amiral Carrero Blanco le titre de chef du gouvernement et garde pour lui celui de chef de l'État. Après l'assassinat de l'amiral en décembre, Franco nomme Carlos Arias Navarro chef du gouvernement. Le Caudillo meurt le 20 novembre 1975 après un longue maladie, Juan Carlos ayant été investi des pouvoirs de chef de l'État le 30 octobre.